« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

L’opération « Serval » s’est caractérisée par sa fulgurance tactique face à des adversaires idéologiquement motivés et aguerris. Elle a nécessité les forces spéciales, le « trinôme de mêlée » (hélicoptères, arme blindée et infanterie), « l’appui autour de l’avant » (génie, artillerie, aviation) et la continuité de la chaîne logistique.

Tel est l’avis exprimé par le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre, au cours d’un colloque organisé le 4 décembre à Paris. Parmi les nombreux intervenants, figurent : l’amiral Édouard Guillaud, chef d’État-major des armées ; le général de corps d’armée Bertrand Clément-Bollée, commandant des Forces terrestres ; le général de brigade Patrick Brethous, chef du Centre de planification et de conduite des opérations.

Le cadre politico-militaire. Le théâtre du Mali, où le rôle de l’armée de Terre est déterminant, constitue une référence comme ceux d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire et de Libye, estime l’amiral Guillaud pour qui ils « augurent, d’ici à 2025, des engagements complexes avec une variété de moyens ». A l’instabilité du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Afrique, s’ajoutent la menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), le déni d’accès aéromaritime et la cyberguerre. A court terme, seront mêlés adversaire asymétrique, insurrection, trafics et terrorisme. L’opération « Serval » dégage plusieurs caractéristiques : objectifs clairs et soutenus par une forte détermination politique ; cadre national avec fourniture de l’essentiel des troupes au sol et de la totalité des frappes ; connaissance du milieu africain par le renseignement et le prépositionnement de troupes. La capacité d’intervenir hors de France permet d’exclure les facteurs « chance » et « hasard ». La difficulté des combats et l’élongation du territoire malien ont défini des critères stratégiques : réactivité du processus de décision au plus haut niveau politico-militaire pour une action effective 5 heures plus tard à 5.000 km de Paris ; points d’appui en Côte d’Ivoire et au Tchad ; pertinence des dispositifs d’alertes terrestre « Guépard », aérienne « Rapace » et navale « Tarpon » ; capacité d’engager une force avec son état-major et son soutien ; modèle d’armée complète pour un engagement aéroterrestre et national au Mali, alors qu’il était aéronaval dans le cadre de l’OTAN en Libye ; fulgurance de l’action par la simultanéité des frappes et la prise de risques calculés. Sur le plan opérationnel, « Serval » a montré : l’adaptation du soldat français au terrain, à la population et aux forces armées locales par son engagement quotidien au Sénégal et au Gabon ; la conjugaison de la rusticité et de la technologie pour le renseignement, la protection, la sécurité, le mouvement et la précision du feu ; l’intervention interarmées pour surprendre l’adversaire et le désorganiser en profondeur ; la maîtrise de la force par le renseignement, un processus décisionnel réactif et des règles d’ouverture du feu adaptées. Toutefois, l’amiral Guillaud a mentionné des fragilités dans le transport aérien, la logistique, les communications et le renseignement. Ainsi, 5 avions de surveillance ATL2 sont insuffisants pour assurer une permanence dans la durée. La boucle du renseignement doit être raccourcie pour fournir la bonne information au bon interlocuteur au bon moment, car l’adversaire se déplace vite. Enfin, conclut l’amiral : « C’est au sol que se gagnent les guerres. Réactivité, polyvalence et mobilité sont des atouts ».

Les facteurs de succès en amont. « L ‘épopée Serval restera une référence en matière opérationnelle », déclare le général de corps d’armée Bertrand Clément-Bollée, commandant des Forces terrestres. Ce succès tactique a été  rendu possible par « l’intelligence de situation », explique le général : penser l’action future en utilisant le retour d’expérience, qui actualise l’évolution tactique liée à l’innovation technologique. Les chefs doivent acquérir l’autonomie tactique et les soldats l’aguerrissement, un bon niveau au tir et la capacité de porter les premiers secours. La préparation opérationnelle des troupes, étalée sur 48 mois et adaptée aux besoins, doit mener au plus haut niveau les soldats qui seront amenés à intervenir. Conduite dans des centres spécialisés, elle porte sur l’entraînement interarmes pour les missions de protection du territoire national, des forces de souveraineté (Martinique), des forces de présence (Gabon et Sénégal), de « normalisation » (Bosnie et Côte d’Ivoire), de stabilisation (Liban) et d’intervention (Afghanistan et Mali). L’acquisition et la conservation des savoir-faire de métier s’effectuent en garnison. Toute unité étant éligible aux opérations, elle participe à l’alerte « Guépard ». « Plus que prévoir les engagements futurs, souligne le général Clément-Bollée, il faut les permettre ! Nous serons sans doute parfois surpris, mais jamais démunis ».

La maîtrise du temps opérationnel. Il faut d’abord appréhender le temps politique pour adapter le temps opérationnel, explique le général de brigade Patrick Brethous, chef du Centre de planification et de conduite des opérations de l’État-major des armées. « Il faut agir vite, taper fort et le plus rapidement possible, dit-il, il faut s’adapter en permanence au besoin opérationnel, au terrain et à la réaction de l’adversaire ». L’anticipation stratégique, à savoir planification des opérations, renseignement et relations internationales, a commencé tôt : planification opérationnelle pour le Sahel dès 2009 ; celle pour le massif de l’Adrar en 2010 ; présence sur place des forces spéciales en 2011 et 2012 pour avoir une vision des mouvements djihadistes et identifier les cibles au sol ; positionnement d’un drone Harfang à Niamey en janvier 2013, avant le déclenchement de « Serval ». Après une décision rapide d’engagement, une permanence des échanges politico-militaires s’est instaurée. Enfin, les contraintes logistiques ont dû être maîtrisées : capacités limitées des aéroports de Bamako et Niamey ; transports par air et mer ; recours à des moyens civils ; appui aérien allié.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

L’opération « Serval » (janvier-avril  2013) au Mali a été conçue, planifiée et exécutée en interarmées. Selon le général de corps aérien Thierry Caspar-Fille-Lambie, commandant de la Défense aérienne et des Opérations aériennes, 50 bombes ont été tirées d’avions de chasse lors de la phase de coup d’arrêt des colonnes djihadistes (11-19 janvier), 80 lors de celle de reconquête du Nord-Mali (20 janvier-8 février) et 130 lors de celle de neutralisation des groupes armés djihadistes (9 février-15 avril). A partir des aéroports de Bamako (Mali) et Niamey (Niger) les transports aériens sur le théâtre ont été réalisés à 47 % par les moyens français et à 53 % par ceux des pays partenaires. L’aérolargage de 250 parachutistes et de matériel sur Tombouctou (nuit du 27-28 janvier) a été réalisé en 9 minutes par des avions venus d’Abidjan. L’entrée en premier dans le massif de l’Adrar des Ifoghas (2-3 février) a mobilisé 1 drone Harfang, des avions de surveillance ATL 2 (Marine) ainsi que 2 Rafale et 4 Mirage 2000D qui ont effectué des frappes simultanées en moins d’une minute à 01 h du matin.




Mali : incident de Kidal et opérations « Hydre » et « Serval II »

Mi-novembre 2013, 2.800 militaires français sont déployés au Mali, dont les deux tiers au Nord de la boucle du Niger pour maintenir la pression sur les groupes djihadistes armés. Le 7 novembre à Paris, l’État-major des armées a fait un point de situation sur les circonstances de la découverte des corps des journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlan de RFI, dont l’enlèvement et le meurtre, le 2 novembre dans la région de Kidal, ont été revendiqués par l’organisation terroriste « Aqmi ». La Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali est chargée de la sécurité de la zone de Kidal qu’elle assure avec 1 bataillon sénégalais et 1 compagnie guinéenne, la France n’y déployant que 200 hommes. Dès l’enlèvement des deux journalistes connus et en moins d’une heure, le commandement de la Brigade « Serval », installé à Gao à 600 km de là, met en place des points de surveillance autour de Kidal, envoie sur zone des véhicules avec 30 hommes à bord, fait décoller 2 hélicoptères (1 Tigre et 1 Puma) de Tessalit à 200 km au Nord et réoriente 1 avion de chasse Rafale venu du Tchad. Dès la découverte des corps, le lieu du drame est sécurisé pour protéger les gendarmes enquêteurs. Le 3 novembre, 150 hommes quittent Gao pour renforcer le dispositif français à Kidal. Cet incident est survenu à la fin de l’opération « Hydre » (20 octobre-3 novembre) de contrôle de zone et de présence d’éléments djihadistes dans le Nord-Est du Mali, à Tombouctou et à Gao. Sur une zone équivalant à celle de Paris, 1.500 hommes de la Brigade « Serval », des forces armées maliennes, du Burkina Faso, du Togo et du Niger ont été appuyés par des avions de chasse et ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et jusqu’à 12 hélicoptères. La reconnaissance a pour but d’obtenir des renseignements tactiques (personnels) ou techniques (matériels). Le contrôle consiste à interdire toute liberté d’action à l’adversaire ou à l’empêcher de tirer parti du terrain évacué. L’opération « Hydre » a permis deux choses : le démantèlement d’un « plot logistique » de type militaire avec du ravitaillement, des véhicules et des moyens radio, au Nord-Est de Tombouctou ; la confirmation du mode d’action des djihadistes, à savoir éviter autant que possible tout conflit face à une force cohérente. La Brigade « Serval » a ensuite installé sa propre base logistique sur zone. Les opérations de type « Hydre », lancées de façon aléatoire sur la boucle du Niger dans diverses directions, se poursuivront. Enfin, l’opération de contrôle de zone « Serval II », purement française, a duré de juillet à octobre, dont 90 jours d’engagement. Elle a nécessité 11.000 heures de vol d’hélicoptères, 50 missions d’avions de chasse (240 heures de vol) et 51 convois terrestres. Les fouilles des caches ont mis à jour 30 t de matériels, 1,5 t d’explosifs et des ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Au cours de 2 accrochages, 10 djihadistes ont été « neutralisés » (hors d’état de reprendre le combat), 1 a été tué et 2 ont été faits prisonniers.

Loïc Salmon

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines




Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

L’arme blindée cavalerie a déployé presque tous ses matériels face à un adversaire asymétrique dans l’opération « Serval » au Mali. Pour son emploi futur, elle doit en tirer les conséquences en termes de doctrine, de coopérations et d’équipements.

Tel a été le thème des premiers « Ateliers de la cavalerie », tenus le 21 octobre 2013 à l’Ecole militaire à Paris.

Retour d’expérience spécifique. Le général de brigade Bernard Barrera, commandant de la brigade « Serval » (comme l’opération) de janvier à mai 2013, avait un cavalier comme adjoint. « Les blindés ont été indispensables pour une victoire tactique dans les trois premières semaines, dit-il, nous avons appliqué ce qu’on nous a appris à l‘Ecole de guerre pour une guerre qu’on n’attendait pas ». Il a fallu retrouver la capacité, la volonté et l’audace. Aucune unité ne s’est retrouvée sans appui feu, articulé entre les canons terrestres, l’aviation et les hélicoptères selon les circonstances. Toutefois, une instruction en amont s’avère nécessaire pour la coordination entre un chef d’unité terrestre et l’arme aérienne. L’opération « Serval » a été précédée par un entraînement de 18 mois en France avec parcours de tir et des chars Leclerc… qui seront remplacés par des véhicules à roues et canon. Finalement, les unités blindées engagées comprennent : 1 PC de groupement tactique interarmes, 2 escadrons d’AMX 10 RC, 1 escadron Sagaie (VAB) et 1 escadron d’aide à l’engagement (VBL). Tous les personnels reviennent d’Afghanistan, connaissent leur métier et sont heureux de servir. Le chef doit faire preuve d’imagination. Selon le général Barrera, les djihadistes ont commis l’erreur d’accepter le combat, alors que le Mali convient au combat de véhicules blindés dont l’allonge du canon suffit pour les affronter. Trop sûrs d’eux, ils pensaient que les troupes françaises n’iraient pas les chercher dans leurs repaires après un raid de plusieurs centaines de km par une forte chaleur. « Le pire aurait été qu’ils nous évitent. On arrivait sur une zone où on ne peut les détruire, car ils sont bien camouflés ». Malgré l’aide des drones américains et britanniques, 80 % des renseignements obtenus sont d’origine tactique et terrestre. Les grottes des djihadistes ont été repérées par les DRAC (drones portatifs de reconnaissance au contact) de la batterie de renseignement de brigade et les VBCI du 2ème Régiment de hussards, qui allaient directement dans les oueds. L’escadron d’aide à l’engagement est resté deux mois seul à Tombouctou, zone non sécurisée la nuit. Les combats ont eu lieu simultanément à Gao et dans le massif de l’Adrar. Les blindés ont effectué des reconnaissances et des combats offensifs en compagnie des troupes françaises et tchadiennes à pied. Sans les blindés, les avions et les hélicoptères, les soldats du 2ème Régiment étranger de parachutistes n’auraient disposé que de leurs fusils d’assaut pour se défendre. Les missions d’acheminement du carburant depuis la frontière algérienne duraient 2 jours. Les blindés roulaient à la vitesse des camions citernes, afin de tenir le terrain pendant 6 semaines. La rupture du pont aérien a été compensée par une noria de 70 camions, commandée par un lieutenant de 25 ans, pour la fourniture quotidienne de 20 t d’eau et de munitions. Les blindés ont été adaptés au terrain, indique le général, grâce à la complémentarité des moyens : infanterie légère dans les montagnes, blindés dans les grands espaces et infanterie blindée face aux unités motorisées du mouvement djihadiste Mujao. Un rapport de forces supérieur à celui de l’adversaire a toujours été recherché et optimisé par les appuis : un sous-groupement tactique interarmes étant préférable à un escadron de blindés. L’opération « Serval » a démontré : l’effet dissuasif des colonnes blindées ; l’efficacité des engins « roues canon », adaptés au rythme des véhicules plus lents ; l’usure des matériels et la nécessité des précautions logistiques (carburant) ; l’appui de l’infanterie, indispensable lors des reconnaissances des vallées ; la très bonne protection contre les armes légères, mais la vulnérabilité aux engins explosifs improvisés (mines) ; l’aptitude des chefs à l’autonomie et au combat interarmes. Enfin, conclut le général Barrera, « il faut toujours prendre des risques calculés ».

Perspectives. Trois tables rondes ont dégagé les contours de la future arme blindée cavalerie. La première a porté sur la doctrine, cet ensemble de notions fournissant une interprétation des faits et permettant de diriger l’action. L’intervention au Mali a révélé, au combat, l’efficacité du tir en roulant et à distance sur des cibles mobiles, la rapidité de l‘engagement sans temps mort et l’enchaînement des cycles tactiques. Les blindés partent plus loin que les fantassins, tiennent plus longtemps le terrain et rayonnent sur zone grâce à leurs moyens radio. L’état-major doit gérer le trop plein d’informations dû à la redondance des moyens. Le risque d’imbrication dans le dispositif ennemi existe. Le combat en zone urbaine implique de trouver les bons axes de pénétration. Enfin, il n’y a plus de prisonniers dans un combat asymétrique, mais des otages. La 2ème table ronde a examiné notamment les coopérations interarmes, interarmées, et interalliées en opérations extérieures (Opex). Le blindé se présente comme un compromis d’aptitudes d’observation, de mobilité, de protection et de puissance de feu. La cavalerie devra remplir ses missions de renseignement, de couverture des forces, de combat et d’exploitation du succès tactique. La multiplication des Opex accroît l’expérience pour développer l’interopérabilité des acteurs par la formation, l’entraînement et les échanges. La 3ème table ronde s’est intéressée aux équipements de demain. Le blindé, système d’armes (arme et munitions) d’une durée de vie de 40 ans avec un équipage plus réduit grâce à l’emploi de robots, embarquera des moyens ISTAR (renseignement, surveillance, désignation d’objectifs et reconnaissance). Il affronte déjà le petit drone, difficile à détecter et donc à détruire. Outre le recours accru à la simulation pour la formation et l’entraînement, l’utilisation des futurs engins de cavalerie devra rester simple et intuitive.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

L’opération « Serval » a permis à la cavalerie d’évaluer les performances de ses matériels. Parmi les plus récents, le véhicule blindé du combat d’infanterie (VBCI) se caractérise par son excellente mobilité, sa puissance de feu optimisée et ses bonnes conditions d’emploi. Le canon Caesar a manifesté sa très bonne mobilité et son tir précis et rapide. L’hélicoptère Tigre a révélé sa puissance de feu et sa qualité d’observation. Malgré le vieillissement du parc, les matériels anciens ont démontré leur capacité à durer dans des conditions climatiques éprouvantes (40-50 ° C). L’engin blindé de reconnaissance feu AMX-10 RC (roues et canon), entré en service en 1980, conserve ses qualités de mobilité et d’appui au contact. Le véhicule de l’avant blindé (VAB, 1976) maintient sa rusticité et sa bonne disponibilité, mais s’ensable fréquemment. Le véhicule blindé léger (VBL, 1990) assure encore une excellente mobilité et une très bonne disponibilité.




Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Dans son volet terrestre, l’intervention française au Mali a comporté quatre phases : course en avant pour arrêter le raid djihadiste sur Bamako ; établissement d’une tête de pont sur le fleuve Niger ; mise en place de points d’appui à Gao, Tessalit et Ménaka ; réduction des « sanctuaires » ennemis.

Le général de brigade Bernard Barrera, qui a commandé la brigade « Serval » pendant l’opération du même nom, et le colonel Pierre Esnault, chef de division au Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ont présenté un premier retour d’expérience de l’armée de Terre au Mali, le 30 septembre 2013, devant l’Association des journalistes de défense.

Les combats. Début février, après les prises de Gao et Tessalit, l’ennemi a disparu. Aucun coup de feu n’a été tiré à Tombouctou et Ménaka. Puis le 10 février, 3 combattants suicides se manifestent dans un commissariat et, le 19, la violence se déchaîne simultanément à Tessalit et dans le massif de l’Adrar. Le 21, les djihadistes attaquent les forces françaises et maliennes. Le 22, ils affrontent durement les Tchadiens (26 morts et 70 blessés) qui appliquent la tactique du « rezzou » en fonçant  sur eux avec leurs pick-up, sirènes hurlantes. Les forces spéciales aident ponctuellement en amont la brigade Serval pour la prise de points d’appui et lui fournissent des renseignements. Ensuite, la guerre d’usure commence, avec des infiltrations de djihadistes de nuit à Gao et Tombouctou. Lors des opérations « Panthère » de nettoyage, les légionnaires avancent d’environ 1 km/jour pour éviter de se trouver imbriqués dans les lignes adverses. Les djihadistes se trouvent en effet à des distances variant de 300 m … à 10 m ! Drogués, ils sont prêts à se faire tuer plutôt que de quitter leurs « sanctuaires ». Par comparaison, les talibans d’Afghanistan tirent à 800 m et préfèrent sauver leur vie. Les ordres de repli des djihadistes seront connus par les renseignements collectés par les Tchadiens, écoutes radio et petits drones. Les djihadistes du Nord parlent français et ceux du Sud le même dialecte que les Tchadiens. Début avril, tous ont été chassés des emplacements qu’ils tenaient depuis février et évitent tout combat. En outre, leurs « fantassins de base », n’étant plus payés ni commandés par l’organisation terroriste Aqmi, ont disparu. Par ailleurs, les militaires français ne s’attendaient guère à rencontrer des enfants soldats. Des villageois ont déclaré que leurs enfants leur avaient été « volés » et qu’ils risquaient d’avoir les mains coupées s’ils refusaient de les laisser partir. « Il n’y a pas d’exemple de Français qui aient tiré sur des enfants soldats », indique le général Barrera.  Des enfants, blessés par des éclats d’obus, ont pu être sauvés. Si certains servaient comme porteurs, d’autres âgés de 12-13 ans avaient reçu un entraînement militaire. Capturés, ils ont été envoyés à Bamako et remis à la Mission des Nations unies au Mali. Par ailleurs, des groupements français de perception opérationnelle, équipés de haut-parleurs, se déplaçaient le jour en première ligne pour inciter les villageois assoiffés à se rendre et, la nuit, leur transmettaient des messages. Favorable à l’intervention franco-africaine, la population renseignait sur l’adversaire et les caches de munitions. Toutefois, précise le général, il n’y a pas eu d’opération dite « d’influence » (psychologique).

Le bilan. Les pertes djihadistes se montent à environ 600 tués et 600 blessés, dont certains évacués à dos de dromadaire ou sur des mobylettes. La brigade Serval a tiré 34.000 munitions d’armes légères, 58 missiles anti-char, 753 obus d’artillerie, 80 obus de 105 m/m et 3.502 obus de 30 m/m. Elle a neutralisé 50 véhicules, 60 engins explosifs improvisés (EEI) et 20 vestes bourrées d’explosifs pour combattants suicides. Elle a découvert 150 t de munitions, provenant de stocks maliens ou libyens, de nombreux lance-roquettes anti-char (RPG), moyens de communications et GPS. Les hélicoptères français ont été pris à partie par des mitrailleuses et des RPG mais pas par des missiles sol/air, dont les djihadistes ne savaient pas se servir et qui se détériorent vite en milieu désertique s’ils ne sont pas entretenus. La chaîne logistique ennemie a été disloquée. Un « sanctuaire » conquis dans l’Adrar s’est révélé une véritable base terroriste avec des casemates pour les bombes destinées à la fabrication d’EEI, des ordinateurs et de faux passeports égyptiens et canadiens. Le Sud du Mali, où vivent des ethnies noires et arabes, constitue la plaque tournante des trafics de stupéfiants et d’êtres humains. « Les narco-trafiquants ont habillé leurs actions terroristes avec une connotation religieuse », estime le général.

Les enseignements. Sans attendre les rapports de fin de mission, le CDEF a tiré les premières leçons du succès de l’opération Serval, dont l’analyse se poursuit : entraînement spécifique de la brigade au combat interarmes et interarmées depuis 18 mois ; performance des matériels et équipements ; boucle décisionnelle courte ; rusticité et endurance de la troupe après 20 ans d’opérations extérieures ; audace et volonté du commandement. Au départ, il y avait une forte volonté politique, avec acceptation d’une campagne à risques (pertes de soldats), explique le général Barrera : il fallait libérer d’urgence le pays, détruire les « terroristes » et retrouver les otages français détenus par l’Aqmi. Après discussion entre Paris et le commandement sur le terrain, il a été décidé très vite de reprendre Tombouctou, site emblématique depuis l’explorateur français René Caillé (1799-1838), et Gao qui contrôle la boucle du Niger. Les véhicules blindés du combat d’infanterie, canons Caesar et hélicoptères Tigre ont donné toute satisfaction en matière de mobilité, puissance de feu et précision des tirs. En revanche, les véhicules de l’avant blindé, véhicules blindés légers et engins blindés de reconnaissance feu (AMX 10-RC) accusent leur âge. Des efforts restent à faire sur les matériels radio. Lors de leur passage au « sas de décompression » à Chypre, les troupes paraissaient plus éprouvées que celles de retour d’Afghanistan. Par ailleurs, de l’avis de plusieurs ministres de la Défense, si le Mali tombait, toute la bande sahélienne cédait. Enfin, conclut le général, « si l’ennemi avait gagné, il aurait mis en échec l’armée française ! »

Loïc Salmon

Mali : le massif de l’Adrar, principale zone d’opération

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

Le Mali s’étend sur 1,24 Mkm2. Sa température varie entre 30° et 40° C toute l’année et sa population compte 18 ethnies différentes. L’opération « Serval » s’est déroulée dans les champs de dunes d’Araouane, la brousse du Gourma, le massif montagneux de l’Adrar des Ifoghas  et la région des grands oueds. Du 11 au 31 janvier 2013, la montée en puissance a mobilisé 2.159 hommes du dispositif de déploiement d’urgence « Guépard », venus de métropole, et 422 soldats des forces prépositionnées, dont 162 de la force « Licorne » en Côte d’Ivoire et 260 de la force « Épervier » au Tchad. En mars, Serval comptait 4.500 soldats, 206 véhicules blindés, 21 chars, 4 canons Caesar et 21 hélicoptères. Les pertes françaises s’élèvent à 6 morts : 4 au combat et 2 par engins explosifs improvisés. L’effectif sera réduit à 2.000 hommes en novembre, puis à 1.000 fin janvier 2014.




Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

La Mission européenne d’entraînement au Mali (EUTM Mali), qui répond aux attentes des autorités maliennes, constitue un laboratoire pour la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne.

Telle est l’opinion de son chef, le général de brigade Bruno Guibert, qui a présenté la situation à mi-mandat à la presse le 29 août 2013 à Paris.

Réactivité et adaptabilité. L’Union européenne (UE) a manifesté une réactivité certaine : la formation sur le terrain a commencé moins de trois mois après la prise de décision. L’EUTM Mali, constituée en janvier 2013, a investi 13 M€ dans la rénovation du camp d’entraînement de Koulikoro. Elle compte 560 personnels de 23 pays, dont 120 Français. Ses missions de formation et d’expertise/conseil visent à aider à la reconstruction complète de l’armée malienne. Chacune des 15 nations participant à la formation des unités combattantes assure seule la responsabilité de l’instruction d’une spécialité où son excellence est reconnue. Il y a 200 instructeurs en tout. Cela entraîne une plus-value sur le plan opérationnel et permet une répartition des efforts entre toutes les nations participantes. L’entraînement de quatre bataillons maliens avec des hommes déjà engagés sur le terrain concerne toutes les spécialités, mais aussi l’exercice de l’autorité, condition essentielle pour que l’armée malienne reprenne confiance en elle. Il inclut le droit humanitaire, des règles de comportement, l’adaptation au contexte et la formation globale tactique.

L’approche française, explique le général, différente de l’américaine, consiste à prendre en compte un bataillon complet, du soldat au chef, pour maintenir sa cohérence et améliorer sa capacité opérationnelle. Le chef malien, en situation, donne des ordres à ses hommes, renforçant ainsi sa confiance en lui et celle qu’il leur inspire (leadership). « Nous, nous donnons des conseils », souligne le général. Cette formation dure 11 semaines, fait considéré comme exceptionnel à l’échelle de l’armée malienne. « Ça marche ! Ce sont des soldats qui parlent à d’autres soldats, il n’y a pas de divergences ». Ensuite, l’EUTM Mali apporte son expertise et ses conseils dans la construction d’une chaîne de commandement opérationnelle malienne.

Résultats et perspectives. Six mois après le lancement de l’EUTM Mali, le premier bataillon formé a été déployé dans le Nord du pays et le deuxième achève son entraînement. Le troisième commencera sa formation le 30 septembre. Le quatrième fera de même début janvier 2014. Un détachement d’assistance opérationnelle d’une vingtaine de militaires français accompagne les bataillons maliens déployés sur le terrain. Les résultats sont encourageants, estime le général Guibert, qui a constaté une adhésion enthousiaste des militaires maliens, qui font des efforts significatifs.

Un audit sévère avait été réalisé auparavant sur l’armée malienne, dont la défaite contre les djihadistes en janvier 2013 avait entraîné le déclenchement de l’opération « Serval » par les forces françaises. Pourtant, le président malien par intérim Dioncounda Traoré avait promu général de corps d’armée le capitaine Amadou Sanogo, responsable du coup d’Etat de mars 2012, et lui avait confié la direction d’un Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité. Toutefois, le 28 août, le gouvernement intérimaire a abrogé la nomination du général Sanogo, à la suite de la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita à l’élection présidentielle du 11 août. Le général Sanogo avait proposé des recommandations… qui ne seront guère prises en considération. En effet, le général Guibert a souligné qu’il ne traite qu’avec les autorités légales. Le nouveau président Ibrahim Keita entend poursuivre ce qui a été entrepris avec l’ONU, l’UE et la France. Il s’agit de pérenniser les acquis, renforcer l’action de formation et restructurer l’armée. Le détachement de liaison et d’expertise (ALTF en anglais) regroupe une équipe pluridisciplinaire d’une vingtaine de conseillers militaires dans les domaines du cadre général de la défense, du commandement et de la préparation opérationnels, du soutien logistique et des ressources humaines. L’ALTF assiste également les états-majors de l’armée malienne dans la rédaction des textes fondamentaux. Une loi de programmation militaire (2014-2018), élaborée par l’EUTM Mali à la demande des autorités intérimaires maliennes, sera présentée au président Keita, puis validée par la prochaine Assemblée nationale. D’autres pays européens peuvent encore compléter l’EUTM Mali, qui bénéficie déjà du savoir-faire des nations participantes et dont la mission s’inscrit dans l’approche globale de l’UE au Sahel. A cet effet, le général Guibert doit se rendre à Bruxelles et aussi à Vilnius (Lituanie), lors de la réunion informelle des ministres de la défense de l’UE (6 septembre).

Sécurisation. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes se sont repliés vers le Nord. Une opération de sécurisation, dénommée « Anaconda 2 », a été lancée dans le Nord du Mali et consiste à reconnaître les axes et contrôler la zone. La phase 1, menée au Nord de la ville de Gao du 13 au 25 août, a mobilisé 160 personnels du Groupement tactique interarmes « Désert », des hélicoptères, un appui aérien, des moyens de renseignement et des gendarmes, dont 3 Maliens. Grâce aux renseignements d’opportunité fournis par la population elle-même, de l’armement, des munitions, grenades, explosifs et détonateurs ont été saisis dans des caches anciennes. La phase 2, menée au Sud d’Almoustarat du 27 août au 2 septembre, a mobilisé 170 personnels français, surtout de l’infanterie, et 2 gendarmes  maliens. Elle avait pour objectifs de marquer la présence de Serval de façon imprévisible dans des endroits déjà inspectés et de  détruire la présence et la structure des djihadistes. Ces opérations de sécurisation visent à faire pression sur leurs capacités logistiques, afin d’éviter qu’ils reprennent pied dans la boucle du Niger.

Loïc Salmon

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines

Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

Le dispositif « Serval » et la Mission des Nations unies pour la      stabilisation du Mali (MINUSMA) assurent la sécurité de la Mission européenne d’entraînement au Mali. Selon l’Etat-major français des armées, « Serval » va passer de 3.200 hommes début septembre à 1.000 hommes cet hiver. Ses moyens aériens se composent de : 6 Rafale et 3 Mirage 2000D pour les frappes ; 1 avion de reconnaissance ATL2 et des drones pour le renseignement ; 1 avion ravitailleur C-135 ; 1 C-160 Transall, 1 C-130 Hercules et 1 Casa CN 235 pour le transport tactique. Les forces françaises sont réparties entre les villes de Bamako, Gao et Kidal ainsi que le massif de l’Adrar-Tessalit. Les forces africaines déployées dans le pays comprennent 8 bataillons maliens et des unités de la MINUSMA (Burkina-Faso, Ghana, Bénin, Tchad, Sénégal, Niger et Togo). Elles sont accompagnées de détachements français de liaison et d’appui.




Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Avec 15 % de femmes parmi son personnel militaire en 2012, l’armée française est la plus « féminisée » d’Europe, devant celles de la Grande-Bretagne (9,7 % en 2010) et de l’Allemagne (9,1 % en 2010). Elles servent dans tous les domaines, sauf les sous-marins en raison de la promiscuité à bord. Toutefois, le programme des futurs sous-marins nucléaires d’attaque « Barracuda » prévoit des aménagements pour leur embarquement. Sur les 60.000 femmes du ministère de la Défense, 38 % sont civiles. Les autres, au nombre de 33.000 dans les armées, représentent 6 % des militaires engagés en opérations extérieures. Une exposition photographique itinérante, inaugurée le 29 août 2013 par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement (photo), leur est consacrée. Elle en montre 23 dans leur quotidien : pilote de chasse à Saint-Dizier, navigateur en mer Rouge, secrétaire au sein du groupement Terre au Tchad, infirmière militaire en Jordanie, réserviste chef de groupe section Vigipirate à l’aéroport Roissy Charles-De-Gaulle, ingénieur civil expérimentateur navigant à Cazaux, commandant du bâtiment école Panthère à Brest, chef de projet à Paris, gendarme au Bourget, directeur de pont d’envol en océan Indien, mécanicienne armement à Solenzara, chasseur alpin à Paris, commandant supérieur des forces armées en Polynésie française à Tahiti, chef d’équipe appui image drone en Afghanistan, pilote d’hélicoptère à Saillagouse, juriste à Paris, adjoint chef d’escouade transport en Côte d’Ivoire, directeur d’essais à Biscarrosse, convoyeuse de l’air au Mali, chef d’équipe chargée de prévention à Paris, manœuvrier en surveillance maritime au large de la Birmanie, conducteur de chien à Chabeley et… parachutiste en Afghanistan ! Une femme haut fonctionnaire a été nommée à l’égalité des droits en 2012 au sein du ministère de la Défense et un observatoire de la parité établi en 2013 pour appuyer son action. Les femmes peuvent accéder au grade d’officier général : elles sont déjà une dizaine à la Direction générale de l’armement, quelques unes au Service de santé des armées et au Commissariat (service interarmées) et… une dans la Marine ! La voie a été ouverte par le médecin général Valérie André, présente à l’inauguration de l’exposition photographique à l’Hôtel de Brienne (Paris). Résistante et pilote d’hélicoptère, elle totalise plus de 4.200 heures de vol, 129 missions de guerre en Indochine, 365 missions de guerre en Algérie et 7 citations. Titulaire des croix de Guerre 1939-1945 et des Théâtres d’opérations extérieures, de la croix de la Valeur militaire, de la Médaille de l’aéronautique et de la Legion of Merit (Etats-Unis), elle est Grand-Croix de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. L’exposition est présentée sur les grilles du 231 boulevard Saint-Germain à Paris, siège du ministère de la Défense et de l’Etat-major des armées. Elle passera notamment à Toulon (15 octobre-7 novembre), Toulouse (7-30 novembre) et Lyon (mars 2014).

Loïc Salmon

Une deuxième femme amirale

Femmes en guerre 1940-1946




Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Soigner les blessés au combat nécessite d’agir très en amont même sur des accrochages en petits effectifs. La chaîne de santé relie, de façon indissociable, formation du personnel, hôpitaux, soutien des forces, ravitaillement sanitaire et recherche.

L’action du Service de santé des armées (SSA) en opérations extérieures (Opex) a fait l’objet d’un séminaire organisé, le 26 juin 2013 à Paris, à l’Ecole du Val-de-Grâce.

Soutien sanitaire. En juin, les forces françaises disposent d’un soutien médical dans dix Opex : « Serval » au Mali ; « Licorne » en Côte d’Ivoire ; « Epervier » au Tchad ; « Boali » en Centrafrique ; « Atalante » en océan Indien dans le cadre de l’Union européenne ; « Pamir » en Afghanistan (OTAN) ; « Tamour » en Jordanie ; « Daman » au Liban (ONU) ; « Trident » au Kosovo (OTAN) ; « Eulex » (police et justice) au Kosovo (Union européenne). « Toute mission exige une capacité à durer et un lien fort entre action militaire et action médicale », souligne le médecin en chef Angot de l’Etat-major opérationnel santé. Le soutien sanitaire repose sur deux principes fondamentaux. D’abord, la médicalisation et la réanimation-chirurgicalisation de l’avant impliquent de porter au plus près des combattants le maximum de moyens mobiles, performants et adaptés aux conditions de l’engagement. Ensuite, les évacuations sanitaires précoces sont systématiques vers les hôpitaux de traitement définitif, de préférence par voie aérienne mais pas uniquement. La prise en charge des blessés s’effectue selon quatre niveaux ou « role » en anglais (voir illustration). La médicalisation de l’avant (niveau 1) correspond aux premiers secours et au conditionnement médical primaire au sein des unités de combat. Le triage médico-chirurgical et la réanimation-chirurgicalisation de l’avant (niveau 2) sont mis en œuvre au sein des forces. Le traitement des blessés sur le théâtre (niveau 3) précède les évacuations sanitaires tactiques. Les évacuations sanitaires stratégiques (niveau 4) concernent le traitement définitif sur le territoire national.

Intégration aux opérations. « Le Service de santé des armées fait partie de la communauté des opérations. Il n’y a pas d’opération sans le Service de santé », déclare le général de corps d’armée Castres, sous-chef d’état-major opérations de l’Etat-major des armées. La protection et la « survivabilité » des combattants sont devenues impératives. Le cadre global politico-militaire évolue, constate le général : la moindre inhibition du pouvoir politique à recourir à la force va de pair avec une plus grande inhibition des forces militaires à utiliser l’éventail complet des armes. La solidarité de l’opinion publique diminue au fur et à mesure des pertes au combat. La capacité de sûreté des troupes engagées, par la surveillance, la robotisation et le tir à distance, doit l’emporter sur celle de l’adversaire. Le maintien de la motivation du soldat repose sur la présence du SSA. Définir la durée devient un objectif politique et conduit à des opérations plus offensives sous court préavis. Les forces doivent donc chercher l’adversaire et ne plus le lâcher, avant qu’il ne disparaisse du champ de bataille. La « culture expéditionnaire » du SSA fait la différence pour mener à bien des opérations aussi diverses que celles d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire, de Libye et du Mali. Aujourd’hui, le SSA va vers les blessés et non plus l’inverse. Compte tenu de l’agilité tactique des unités, les équipes médicales engagées au plus près doivent procéder à la mise en condition des blessés dans l’environnement nécessaire, selon une chaîne très robuste. Leur présence en amont au Mali a facilité la conduite des opérations. L’efficacité opérationnelle interarmées sur un théâtre dépend de la capacité du chef militaire à reconfigurer l’intervention au niveau de la section, des forces spéciales, du groupement d’hélicoptères et de la patrouille d’avions de chasse. Le SSA doit alors modifier son dispositif jusqu’à une équipe médicale par unité de combat, notamment les « modules de chirurgie vitale » auprès des forces spéciales, en général les plus touchées.

Agir vite et bien. Le médecin chef Planchet a vécu le tir fratricide dans le poste de combat avancé franco-afghan de Gwan, le 20 janvier 2012. A 9 h 27, un soldat de l’Armée nationale afghane tire à l’arme automatique sur 23 personnels en séance de sport : 4 sont décédés immédiatement et 14 blessés. Le docteur Planchet, dont l’infirmier accompagnateur a été blessé, rejoint la zone française 8 minutes plus tard avec 3 blessés pour demander du renfort, car le niveau de la menace n’est pas encore connu. Le plan « Mascal » pour les victimes nombreuses est déclenché. Chacun connaît son rôle et celui des autres pour agir au mieux le jour où il se passe quelque chose. A 9 h 37, le « PECC » (Centre de coordination d’évacuation des patients) alerte la chaîne médicale, qui achemine tous les blessés vers la zone française en 8 minutes. Un bilan rapide de la gravité des blessures détermine 8 évacuations prioritaires dites « Alpha » (dans les 90 minutes) et 6 dites « Bravo » (dans les 24 heures) par 7 rotations d’hélicoptères français et américains. En fait, le dernier blessé est évacué à 11 h 27, soit 2 heures après le tir. Grâce à des exercices fréquents, les sauveteurs de combat prodiguent, en toute autonomie, les bons soins à trois niveaux : soldat, infirmier et médecin. Ce dernier n’effectue que des gestes ponctuels, car il doit assurer la coordination de l’ensemble. Quelque 80 % des décès se produisent dans les 10 minutes après l’accrochage sur le champ de bataille, par suite d’hémorragies ou de lésions neurologiques ou respiratoires. Les décès tardifs, soit plusieurs jours après, sont dus à une défaillance multiviscérale ou des infections.

Evacuations aériennes. La voie aérienne militaire sous commandement opérationnel français est privilégiée pour les évacuations d’urgence, précise le capitaine Helleringer, convoyeur de l’air. Il y en a eu 97 en 2011, 74 en 2012 et 32 jusqu’au 21 juin 2013. Pour celles pouvant attendre plus de 24 heures, il est fait appel au Commandement du transport européen (EATC) qui compte 11 avions médicalisés (France, 5 ; Belgique, 2 ; Allemagne, 2 ; Pays-Bas, 2) : 487 en 2011, 476 en 2012 et 376 au 21 juin 2013. La voie aérienne civile suffit pour les blessés capables de voyager seuls : 226 en 2011, 165 en 2012 et 84 au 21 juin 2013. Enfin, le SSA pourra utiliser des avions tactiques A400 M en 2014 et des avions multi-rôles MRTT en 2016.

Loïc Salmon

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Au 1er mai 2013, le Service de santé des armées (SSA) compte 16.076 personnels (68 % de militaires), dont 1.825 médecins (plus 1.129 élèves et internes), 176 pharmaciens, 70 vétérinaires, 46 chirurgiens-dentistes, 4.718 personnels militaires paramédicaux et 3.344 réservistes. S’y ajoutent 55 centres médicaux des armées, 14 centres médicaux interarmées (outre-mer) et 9 hôpitaux d’instruction des armées. En juin 2013, le SSA déploie 1.120 personnels en posture opérationnelle : 470 dans les forces prépositionnées hors métropole, 460 en opérations et 190 dans le réservoir de forces en alerte.




Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Partis en Afghanistan pour vivre quelque chose de fort, mais sans illusion sur les buts géopolitiques de cette guerre interminable, deux jeunes officiers témoignent.

Camarades de promotion à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, aujourd’hui capitaines, Charles et Hughes (30 ans), ont raconté leur expérience personnelle de lieutenant au feu, au cours d’une conférence-débat organisée, le 25 avril 2013 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le logisticien. Officier du Train, Charles s’est occupé d’escorter des convois logistiques d’octobre 2009 à avril 2010, destinés à ravitailler les postes avancés de l’armée de Terre de Wardak, Logar, Parwan et dans les vallées de Kapisa et Surobi. Son peloton comptait 32 sous-officiers et soldats et 10 véhicules blindés de l’avant.  En six mois et demi, il a parcouru 20.000 km sans tomber dans une embuscade, mais avec des moments de tension en 2009 consécutifs au sévère accrochage d’Uzbin (10 Français tués et 21 blessés les 18 et 19 août 2008) et… beaucoup de pannes de véhicules. La préparation, compliquée et difficile, d’un convoi, qui va rouler un ou deux jours, demande du temps. Pendant le trajet, il faut faire attention aux engins explosifs improvisés (EEI) et aux intrus qui tentent de s’insérer dans le convoi. Les espaces sont interminables et les routes petites, parfois bitumées, mais souvent poussiéreuses et donc pénibles. Lors de son second mandat d’avril à octobre 2011, Charles devient officier de renseignement du Bataillon logistique. Sa mission consiste à étudier le terrain et compiler des dossiers, en vue d’apporter un conseil pour la prise de décision d’envoyer ou non un convoi. Les combats et attaques à la roquette, fréquents en 2008-2009, ont diminué considérablement en 2011. Les convois s’aventurent moins profondément dans les vallées et restent plus proches des bases. En outre, « la population est de moins en moins contente de nous voir ».

Le sapeur. Officier du Génie dans la 2ème Division blindée et, aujourd’hui, titulaire de la croix de la Valeur militaire, Hughes commande un détachement d’ouverture d’itinéraire d’avril à octobre 2011. Il dispose de 44 sapeurs, 2 véhicules détecteurs de métaux, 2 engins « Buffalo » au bras articulé et équipés d’un grillage de protection contre les roquettes et 6 véhicules blindés hautement protégés (VBHP) conçus pour résister aux explosifs. Tout emplacement d’une masse métallique détectée est marqué par de la peinture au sol. Les véhicules progressent en quinconce, parfois par des températures extérieures de 55-60 ° C. Dans les endroits resserrés, les sapeurs ouvrent l’itinéraire à pied avec leurs détecteurs de métaux portatifs, mais toujours sous la protection des VBHP. La zone française de patrouille s’étend sur 150 km. En six mois et demi d’opérations, le détachement a parcouru 6.000 km et repéré 11 EEI, mais 7 autres ont explosé. Les talibans, très déterminés, veulent causer le maximum de dégâts. Lors d’un accrochage, un taliban blessé a été exfiltré par ses compagnons. L’attaque à la roquette du véhicule de tête a pour but d’inciter les équipages des suivants à sortir de leur abri blindé pour les tuer. Le détachement d’Hughes est tombé dans deux embuscades valorisées par des EEI. Ses pertes humaines se montent à 1 tué, 2 blessés légers et 6 rapatriements psychologiques. Les missions, séparées par un seul jour de repos, durent 5 ou 6 jours sur le terrain. Il faut sans cesse s’adapter, car la mission, méticuleusement préparée pendant une semaine, se déroule rarement comme prévu. Les drones reconnaissent l’axe et renseignent sur toute présence suspecte. Les hélicoptères escortent le convoi sur 3 km en avant et rassurent ainsi les équipages. Certains ont été touchés par des roquettes ou des tirs bien ajustés. La menace des missiles portatifs sol-air « Stinger », fournis par la CIA aux talibans pendant leur guerre contre les troupes soviétiques, quoique latente, ne s’est pas matérialisée.

La solitude du chef. Malgré la différence de leurs missions, Charles et Hughes ont eu à prendre des décisions dans l’urgence et l’incertitude. Ils ont connu un stress permanent et pesant pendant toute la durée de la mission, malgré les six mois de préparation préalable en France. Les renseignements sont souvent « hyperalarmistes ». Dès la sortie de Kaboul, Charles doit assurer la cohésion d’hommes qu’il va commander pendant plusieurs mois et faire en sorte que tous restent attentifs en dépit de la routine. Il estime avoir acquis une expérience humaine et opérationnelle dans un pays… dont la population essaie de rejeter le « greffon étranger » le plus vite possible. Pour Hughes, chaque décision pèse son poids de responsabilité, car le mauvais choix peut provoquer la mort d’hommes. « J’ai vu des morts et des blessés et j’ai connu l’enfer », dit-il en précisant qu’il a perdu 6 kg en six mois et demi. « Psychologiquement, c’est interminable ». Pourtant, « on a le sentiment de contrôler notre vie ». L’annonce d’un blessé dans les rangs français pendant la préparation d’une mission peut entraîner son annulation. Au cours de la mission, le chef doit prendre des initiatives et donner des ordres. Quand des tirs éclatent de tous côtés, il doit conserver sa lucidité malgré sa peur, afin d’éviter la panique parmi sa troupe. Endurant, il doit s’adapter rapidement à des situations hostiles, montrer l’exemple, bien connaître ses personnels et leur inspirer confiance afin d’obtenir leur adhésion en opération, où la discipline formelle ne suffit plus. Certains de ses hommes pourraient en effet refuser de partir en mission et même, dans un cas extrême, lui tirer dans le dos. Sur un plan plus général, Charles et Hughes reconnaissent avoir été équipés de matériels performants. Ils ont aussi constaté un saut qualitatif au niveau du soldat entre leurs deux mandats. « L’armée s’est aguerrie rapidement et les officiers sont meilleurs que leurs prédécesseurs ». Mais l’amertume se manifeste avec le sentiment de ne pas avoir servi la France, mais plutôt d’avoir été les mercenaires des entreprises d’armement américaines qui prospectent le marché mondial, car, sur le terrain, « les Etats-Unis décident de tout ». De retour en France, Charles et Hughes ont été surpris de l’indifférence du public quand ils disaient avoir combattu en Afghanistan. Toutefois, ils s’estiment heureux d’en être revenus indemnes. Finalement, ils ont démissionné de l’armée…comme plusieurs de leurs camarades de promotion.

Loïc Salmon

Hughes (à droite) avec son adjoint. A l’époque, la base de Bagram de la Force internationale d’assistance et de sécurité comptait 38.000 personnels, dont la moitié de civils. A la date de la conférence (avril 2013), les pertes connues au cours des guerres en Afghanistan depuis 1979, accidents compris, étaient les suivantes : URSS, 15.000 morts sur un effectif de 160.000 hommes déployés ; Etats-Unis, 2.201 (90.000) ; Grande-Bretagne, 441 (10.000) ; France, 88 (4.000).




Armée de l’Air : anticiper et avoir un coup d’avance

L’opération « Serval » au Mali a combiné puissance aérienne et action terrestre. Bien entraînée, l’armée de l’Air y a démontré ses capacités d’intervention immédiate,  mais aussi de contrôle et commandement ainsi que de renseignement, surveillance et reconnaissance.

L’action de l’armée de l’Air a fait l’objet d’un colloque organisé, le 12 juin 2013  à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales. Parmi les intervenants figurent : Etienne de Durand, directeur du Centre de sécurité de l’Institut français des relations internationales ; le général de brigade aérienne Jean-Jacques Borel, commandant des opérations aériennes de l’opération « Serval » au Mali ; le général de corps aérien Patrick Charaix, commandant des Forces aériennes stratégiques ; un lieutenant-colonel dont le nom n’a pas été divulgué, pilote de Rafale engagé lors de l’opération Serval.

Instrument de puissance. Depuis plus vingt ans, l’arme aérienne assure une marge de victoire considérable dans la gestion de crises : guerre du Golfe en 1991 ; interventions de l’OTAN au Kosovo (1999) et en Afghanistan (2001) celles des Etats-Unis et de leurs alliés en Irak (2003) ; celles de la France avec la Grande-Bretagne en Libye (2011) et seule au Mali (2013). Pendant cette période, sont apparus une plus grande précision des frappes, les drones et des capteurs de renseignement beaucoup plus performants. Etienne de Durand met en garde contre : le désinvestissement dans la capacité aérienne en raison du risque de sous-dimensionnement par rapport aux besoins nationaux et à l’adversaire potentiel ; l’habitude à la dissymétrie  par rapport aux moyens aériens adverses dans les conflits récents ; la prolifération des systèmes sol/air. « Nous n’envisageons plus de perdre des pilotes et même des avions ». Selon lui, l’enjeu pour la France est de conserver sa supériorité aérienne en 2020, en  raison de la diminution de l’implication militaire des Etats-Unis et de l’effondrement de la capacité aérienne en Europe. Les conditions d’emploi de l’armée de l’Air varient selon les théâtres où la France s’est engagée, explique le général Borel. En Afghanistan, beaucoup d’avions alliés ont été déployés en appui des troupes au combat au sol et pour ravitailler les bases avancées. Peu d’avions français se trouvaient sur place. En Libye, campagne initiée par la France et la Grande-Bretagne rejointes par une coalition, de nombreux avions français ont effectué des frappes de sécurisation du théâtre sur des objectifs fixes (bases arrière et dépôts de munitions) et au plus près du terrain. Au Mali, opération lancée par la France, la composante aérienne a commencé dès le début et durera jusqu’à la fin. Pour la première fois depuis longtemps, l’armée de l’Air, qui n’avait pas d’adversaire aérien, a mis toutes ses capacités en œuvre et sous commandement uniquement national : attaques dans la profondeur, soutien et appui feu rapproché. La première mission a consisté à arrêter la progression des colonnes djihadistes sur Bamako, en coordination avec les forces spéciales au sol. Pour la seconde, des chasseurs partis de métropole ont frappé les points de ravitaillement et les centres d’écoute de l’adversaire pour le déstabiliser, l’obliger à se replier vers le Nord et réduire sa capacité à se mouvoir et à commander. La complémentarité des capteurs et la fusion des renseignements servent à écouter, identifier et localiser pour déterminer les objectifs. Des frappes quasi simultanées (en moins de deux minutes) ont fait bénéficier les troupes au sol de l’effet de surprise. D’autres ont verrouillé les axes d’exfiltration (petites vallées) vers les pays voisins. Les vols peuvent durer 7-8 h avec plusieurs ravitaillements en vol. La structure du commandement opérationnel (organisation et préparation des vols) a été bâtie en dix jours. Un « corpus documentaire », rédigé en anglais selon le modèle OTAN, précise les communications à utiliser et permet d’intégrer rapidement les moyens alliés de transport et de ravitaillement en vol. La logistique, compliquée, nécessite des vols de plusieurs milliers de km à travers l’Afrique, avec 40 % de missions de nuit, pour délivrer 20 t/jour d’eau et de nourriture aux troupes au sol. S’y ajoutent la construction d’infrastructures de combat et l’entretien des pistes, conditions indispensables pour durer sur zone. Selon le général Borel, le rayon d’action (6.400 km) du futur avion tactique A-400 M aurait permis d’éviter le relais à Bamako des C-160 Transall (5.500 km).

Emploi dual. Le concept d’emploi de la Force aérienne stratégique (FAS) a évolué avec ses avions, indique le général Charaix. Le Mirage IV, avion dédié à la dissuasion et qui volait à Mach 2 avec une escorte, a été remplacé en 2008 par le Rafale, capable d’effectuer aussi des missions conventionnelles. Ainsi, la FAS a « prêté » des Rafale, qui ont réalisé 30 % des frappes en Libye, et des Mirage 2000 N de pénétration à très basse altitude qui ont effectué 50 % des missions de reconnaissance au Mali. Les avions ravitailleurs C-135, autrefois réservés à la FAS, ne lui consacrent plus que 5 % de leur activité. En Libye, ils ont réalisé 7 % des ravitaillements en vol et, au Mali, 87 % des ravitaillements en vol… et 100 % des pleins d’essence des camions-citernes !  La crédibilité de la FAS garantit à la France sa capacité d’entrer en premier sur un théâtre, souligne le général Chaix. La FAS, ayant acquis de nouvelles têtes nucléaires en 2010, modifie son processus de montée en puissance et donne la priorité au remplacement des vieux C-135 par des ravitailleurs multirôles A330 MRTT.

Frapper fort, loin et vite. L’intervention au Mali est décidée le vendredi 11 janvier. A 20 h à la base aérienne de Saint-Dizier, un chef de patrouille de Rafale reçoit l’ordre de préparer une mission de bombardement sur Gao à 4.000 km de là (6 h de vol) avec atterrissage le dimanche à N’Djamena, 2.000 km plus loin. Le samedi à 4 h du matin, quatre Rafale, chargés de 24 munitions de 250 kg guidées par GPS ou laser, décollent de Saint-Dizier, puis sont rejoints par trois C-135. En cours de route, ils sont informés de trois changements d’objectifs, dont le dernier 1 h 30 avant la frappe. Ils larguent 19 bombes sur 19 objectifs avec succès. Il faut rester le moins longtemps possible dans la zone visée, souligne le pilote, et s’assurer de bien identifier les objectifs, de limiter au maximum les dommages collatéraux et de respecter l’ordre des priorités. Chaque Rafale peut traiter six objectifs différents.

Loïc Salmon

Armée de l’Air, deux mois d’opérations en Libye

Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

L’armée de l’Air a tiré cinq enseignements majeurs de l’opération « Serval » : cohérence des structures de commandement et de conduite des opérations aériennes ; appréciation autonome de la situation ; réactivité, grâce à la capacité d’agir à partir de ses bases en France ou pré-positionnées ; projection de puissance par le ravitaillement en vol et le transport stratégique et tactique ; pour le personnel, importance de la formation (acquisition de nouvelles capacités) et de l’entraînement (maintien de ces capacités). Bientôt, la formation et l’entraînement s’effectueront en cours d’opérations.




Opex : chaîne opérationnelle de santé au plus près des forces

L’organisation du soutien médical, véritable savoir-faire français reconnu par les armées alliées, constitue une partie importante de l’opération « Serval » au Mali. Le médecin en chef Emmanuel Angot, chef de « l’état-major opérationnel santé » de la Direction centrale du service de santé, l’a présentée à la presse, le 18 avril 2013 à Paris. A cette date, environ 150 évacuations sanitaires sur la France, dont 15 urgentes par avion Falcon, avaient été lancées depuis le début de l’engagement (11 janvier). Les pathologies se répartissent en 50 % de blessures au combat, 25 % de déshydratations et maladies liées à l’environnement du théâtre et 25 % de troubles psychologiques aigus consécutifs à l’engagement opérationnel. La fonction santé porte d’abord sur les soins au quotidien, en vue de maintenir la capacité opérationnelle à durer dans des conditions difficiles et, en amont, sur l’hygiène et la prévention. Ses effectifs se montent à 170 personnes en missions de courte durée et 500 personnels déployés sur huit opérations extérieures (Opex) : « Serval », « Licorne », « Epervier » et « Boali » en Afrique ainsi que « Tamour » en Jordanie dans un cadre français, « Pamir » en Afghanistan (OTAN), « Daman » au Liban (ONU) et « Atalante » en océan Indien (Union européenne). Le concept médical français des opérations repose sur le sauvetage au combat, la médicalisation sur place ou l’évacuation par hélicoptère pour une prise en charge chirurgicale et, après décision de l’état-major opérationnel santé, sur une évacuation médicale précoce en métropole. Ainsi, un blessé au combat est secouru dans les dix minutes par un camarade, transporté au poste de secours avancé dans l’heure qui suit, admis au bloc opératoire une heure plus tard, éventuellement rapatrié par avion médicalisé 24 heures après le combat s’il est grièvement atteint. Tous les blessés sérieux sont traités à l’hôpital d’instruction des armées Percy dans les sept jours. En Opex, l’environnement médical se décompose en trois phases : préparation opérationnelle et expertise sanitaire avant ; ravitaillement sanitaire, intégration au dispositif tactique et conduite du soutien médical pendant ; suivi des blessés physiques et psychiques ainsi que retour d’expériences après. « Cette chaîne opérationnelle santé contribue au moral des combattants », souligne le médecin en chef Angot.

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

OTAN : un Français à la tête des Services de santé