Exercice « Montauban 2014 » : l’assaut dans la 3ème dimension

L’exercice « Montauban 2014 » (11-17 avril) met en œuvre plusieurs unités des armées de Terre et de l’Air, en application du retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali (2013). Dans des conditions proches de la réalité, 1.600 militaires, 350 véhicules, 19 hélicoptères et 3 avions sont déployés sur 1.600 km2 dans le Sud-Ouest de la France. Le programme, modifiable selon les conditions météorologiques, inclut : actions de commandos parachutistes ; opérations aéroportées ; largage de personnels et de matériels ; franchissements de cours d’eau ; actions des plongeurs du génie ; reconnaissance offensive ; engagement en zone urbanisée ; fouille spécialisée ; contrôle de zone ; opérations héliportées ; défense NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; opérations logistiques. La 11ème Brigade parachutiste fournit la plus grande partie des personnels et des moyens terrestres. Son état-major réalise le contrôle opérationnel du 17ème Régiment du génie parachutiste (basé à Montauban) et du 3ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine (Carcassonne). En outre, il rôde ses procédures opérationnelles, déploie son poste de commandement et met en œuvre ses systèmes d’information et de commandement.

La 11ème Brigade parachutiste (BP) compte 8 régiments totalisant 7.500 personnels, stationnés dans le Sud-Ouest de la France et en Corse. Bien équipée et interarmes à dominante infanterie légère (4 régiments), elle possède aussi des unités de blindés légers et des appuis feux et génie. Elle participe aux opérations extérieures (Opex), envoie des unités en missions de courte durée au sein des forces prépositionnnées outre-mer et à l’étranger et conduit des missions sur le territoire national, notamment dans le cadre du plan « Vigipirate » de lutte contre le terrorisme. La 11ème BP arme en permanence  un dispositif d’alerte opérationnel dénommé « Guépard TAP », constitué d’un état-major et d’unités élémentaires largables avec appuis sur très court préavis. Cet échelon a été engagé au Mali début 2013, pour la saisie des aérodromes de Tombouctou et Tessalit. Issues des guerres d’Indochine et d’Algérie, les unités parachutistes ont été constituées sous divers noms et regroupées sous celui de 11ème BP en 1999. Elles ont participé à de multiples Opex : Kolwezi au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), Tchad, Liban, guerre du Golfe (Koweït), ex-Yougoslavie (Bosnie, Macédoine et Kosovo), Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali et République centrafricaine.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




La France libérée

Cet album, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, raconte en images la libération de la France, entre septembre 1943 et juin 1945.

A l’époque, les photographes du Service cinématographique de l’armée sont intégrés au sein des unités françaises aux côtés des troupes alliées, dès la campagne de Tunisie (17 novembre 1942-13 mai 1943). L’album commence à partir de septembre 1943 en Corse, premier territoire libéré de la métropole. Puis, les goumiers marocains du corps expéditionnaire français participent à la bataille de Monte Cassino, sous les ordres du général Juin, lors de la campagne d’Italie. Le 1er août 1944, à la tête de la 2ème Division blindée, le général Leclerc foule le sol de France à Utah Beach (Normandie) pour la première fois depuis juillet 1940. En août 1944, la Wehrmacht est encore présente à Nice, depuis son invasion de la zone Sud en novembre 1942. A partir du 15 août, les troupes françaises d’Afrique, commandées par le général de Lattre de Tassigny, débarquent en Provence et installent des canons de DCA sur le littoral de Sainte-Maxime. A Toulon, qui sera bombardé du 20 au 27 août, les hôpitaux seront épargnés grâce aux renseignements d’une infirmière de l’arsenal. Les tirailleurs du 3ème Régiment de tirailleurs algériens progressent dans les faubourgs de Marseille et des éléments de Forces françaises de l’intérieur se postent en embuscade sur la Canebière. Les convois de la 3ème Division d’infanterie algérienne se dirigent vers Aix-en-Provence. Tous sont accueillis en libérateurs dans les villages de Provence. Le 26 août, Rouen vit ses derniers jours d’occupation allemande. Le 14 septembre, le général De Gaulle s’adresse à une foule immense, rassemblée Place des Terreaux à Lyon. La veille, De Lattre de Tassigny, devenu chef de la 1ère Armée française, est entré triomphalement à Dijon. En décembre, les combats continuent près de la Pointe de Grave (Gironde). Les tirailleurs sénégalais de la 9ème Division d’infanterie coloniale se trouvent sur le front des Vosges (8-30 novembre), que viendront inspecter De Gaulle et Churchill (13 novembre). En décembre à Belfort, De Lattre de Tassigny reçoit le général Denvers, commandant de la 7ème Armée américaine, dont il dépend. Les premiers éléments du 1er Régiment de marche de spahis marocains arrivent en Alsace en novembre. A Strasbourg, libéré le 23 novembre, la Place Karl Ross redevient la Place Kléber. Trois jours plus tard, Leclerc peut enfin honorer le serment de Koufra (Libye, 2 mars 1941). Il a fait placarder une affiche dans toute la ville : « Habitants de Strasbourg, la France et ses alliés ne recommenceront pas la faute d’hier, l’envahisseur ne reviendra pas ». Après deux jours de combat, Metz est libéré le 22 novembre par le 20ème Corps d’armée américain. Le lendemain, des tankistes de la 1ère Armée française arrivent à Mulhouse, à proximité de la frontière allemande. Le 15 décembre, le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc atteint le Rhin. Malgré la prise de Colmar le 5 février 1945, les combats se poursuivent encore en Alsace en mars. A Paris, le 18 juin, cinq ans après l’appel de Londres, la foule se presse sur les Champs-Élysées pour voir défiler notamment les spahis à cheval. Quatre jours plus tôt, le général américain Eisenhower a été décoré de la croix de la croix de la Libération par le chef de la France… libérée après cinq ans d’occupation !

Loïc Salmon

Provence 1944

Jour-J

« La France libérée »  ECPAD, agence d’images de la défense, 10 €.

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Grande-Bretagne : commémorations en France du « Jour J » et de la Grande Guerre

Les Britanniques entendent souligner, de juin 2014 à mars 2015, l’importance des engagements de leurs troupes en France lors des deux conflits mondiaux. La Reine Élizabeth II figure parmi les 18 chefs d’État et de gouvernement invités aux cérémonies du 70ème anniversaire du débarquement. Environ 500 anciens combattants britanniques sont inclus parmi les 7.000 invités à la cérémonie internationale de Ouistreham. En complément de la protection policière, le ministère français de la Défense a déployé 2.400 militaires pour sécuriser les sites des cérémonies des 5-6 juin pour faire face à tout type de menace, avec des dispositifs terrestre, naval et aérien (drone, avions, hélicoptères, radars et navires). Le 6 juin 1944, sur les 130.000 hommes des troupes alliées débarquées sur les côtes françaises, 3.000 sont morts ainsi que 3.000 civils normands. Fin juillet 1944, la bataille de Normandie, à laquelle ont participé 1,5 million d’hommes, a fait 600.000 victimes (tués, blessés et disparus), dont 54.000 Allemands, 24.000 Américains, 20.000 Anglo-Canadiens et 20.000 civils. Le « Jour J », 28.845 soldats britanniques, dont les 177 hommes du Commando de fusiliers marins français en uniforme anglais, débarquent sur la plage dite « Sword » et 630 seront tués, dont 10 Français. Le 7 juin, la 50ème Division britannique libère, pratiquement sans combat, Bayeux, qui deviendra pour les Britanniques la ville de la commémoration du débarquement. Elle abrite en effet le plus grand cimetière britannique de la seconde guerre mondiale en France avec 4.648 tombes, dont 3.395 britanniques. Par ailleurs, pour commémorer le sacrifice de ses soldats morts pendant la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne organise diverses conférences entre juillet et novembre 2014, en vue d’en tirer des leçons encore valables aujourd’hui pour ses forces armées. Le programme a été présenté à l’Association française des journalistes de défense, le 15 mai 2014, au Quartier Général de l’armée de Terre britannique  à Andover. Ainsi, le 17 juillet, le « think tank » (organisation indépendante) Royal United Services Institute (RUSI) tient un colloque sur : le contexte politique et stratégique ; la vision des adversaires ;  la guerre en coalition ;  l’évolution de l’armée de Terre britannique (1914-1918) ; les caractéristiques du conflit (tactiques et technologies) ; les leçons du passé à tirer pour l’avenir. L’École d’état-major organise un séminaire du 7 au 12 septembre avec des universitaires, journalistes et officiers supérieurs français et britanniques ainsi que 60 étudiants britanniques et 50 français. Des déplacements sont prévus sur les lieux de combat où ont été engagées les troupes britanniques, notamment à Ypres, Neuve-Chapelle, Notre-Dame-de-Lorette et Beaumont-Hamel, au château de Querrieu, à Vimy et au bois de Delville. Les thèmes portent sur : la préparation d’une armée à la guerre (entraînement et réserves) ; le moral (personnels et facteurs humains) ; les équipements (technologies) ; la tactique (doctrine et entraînement) ; la stratégie (aspects politiques et militaires) ; la coalition (diverses nationalités). Ensuite, les 5 et 6 novembre, l’Académie royale militaire de Sandhurst (armée de Terre) organisera un « colloque d’exploitation »  des enseignements contemporains de ce séminaire. Enfin, le 1er mars 2015, le « Directorate Land Warfare » (Direction du combat terrestre) rendra public les minutes des interventions ainsi qu’une mise à jour des enseignements que l’armée de Terre britannique avait tirés du premier conflit mondial en 1931.

Loïc Salmon

 




Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés

Face à la complexité croissante des théâtres d’opérations extérieurs, les personnels de groupements tactiques interarmes (GTIA), doivent pouvoir disposer, souvent dans un délai très court, d’armements adaptés… mais pas trop sophistiqués !

C’est ce qu’ont expliqué le général de division Bernard Guillet, sous-chef d’état-major « plans et programmes », et le général de brigade Daniel Poëdras, directeur de la Section technique de l’armée de Terre « adaptation réactive des armements terrestres », au cours d’une table ronde, organisée le 6 juin 2012 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le combat terrestre se déroule dans un environnement complexe, parfois au sein de populations avec parfois des actions ponctuelles très violentes pendant quelques jours ou quelques semaines. La guerre et l’après-guerre se jouent au sol, souligne le général Guillet. L’armée de Terre doit donc être cohérente, polymorphe et capable de « réversibilité », à savoir passer très vite du combat de haute intensité à une action de maintien de la paix. Elle peut se trouver engagée dans un conflit dissymétrique, c’est-à-dire entre un Etat fort et un Etat faible et où les cibles sont militaires, ou dans une guerre asymétrique où l’adversaire compense son infériorité technologique par le terrorisme et la guérilla. Or, aujourd’hui, les nations occidentales acceptent de moins en moins les pertes en vies humaines, alliées ou adverses. Dans un contexte asymétrique, l’ennemi connaît les règles d’emploi de leurs armées, la lourdeur du commandement d’une coalition et l’influence de leurs opinions publiques sur leurs gouvernements. Il s’agit donc de protéger les soldats par un équipement approprié, le blindage des véhicules, une portée accrue des armes, le renseignement et des moyens optroniques (capteur optique associé à un traitement électronique de l’image). Pendant l’intervention en Libye en 2011, les hélicoptères ont pu attaquer de nuit grâce à leurs équipements infrarouges. Les armes à létalité réduite ont fait leur apparition dans les conflits asymétriques. Ainsi, en Afghanistan, des hauts parleurs à forte puissance permettent d’arrêter des foules hostiles, surtout quand les talibans utilisent des femmes et des enfants comme boucliers humains. Les lasers à haute intensité servent à la destruction des mines. Moins il y a de dommages collatéraux, plus il sera facile de gérer l’après-conflit d’autant plus que l’ennemi s’adapte en permanence. Selon le général Guillet, l’armée de Terre conservera son ascendant sur l’adversaire en préservant son volume de forces, notamment par sa polyvalence et sa supériorité technologique (dont allonge et puissance de feu). Au niveau du GTIA, le programme Scorpion (voir encadré) vise à conserver les échanges verticaux hiérarchiques et à améliorer les échanges horizontaux de collaboration interarmes. Il doit permettre à l’armée de Terre de tirer les leçons des conflits récents, de s’adapter aux conflits futurs en temps réel et de garantir la pertinence et la cohérence de ses équipements…dans un cadre budgétaire restreint !

Les nouvelles technologies d’armement procèdent du retour d’expérience des opérations passées en vue de les préparer à un engagement sur un nouveau théâtre, indique le général Poëdras. A l’analyse de la centaine d’opérations lancées depuis 2008, les menaces les plus fréquentes sont les mines, engins explosifs improvisés, piges et armes légères. Le programme FELIN de protection du fantassin est fourni avec un kit d’adaptation pour pouvoir le monter et le démonter en tout temps. Les moyens de détection incluent le renseignement électromagnétique, le radar d’alerte de départ de coup d’une roquette et les drones. La complémentarité des systèmes facilite le regroupement des informations. La capacité de combat de nuit intègre les drones tactiques, la veille optronique et la vision nocturne. Les moyens de communications assurent le suivi des véhicules blindés de l’avant et l’interopérabilité entre les systèmes d’informations opérationnels (drones et réseau de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan). Les interventions en Afghanistan et en Libye ont démontré la supériorité que donnent les équipements de nuit, mais des progrès restent à faire dans le soutien. Celui-ci devant se trouver au plus près des forces, il convient de simplifier la mise en condition opérationnelle des matériels et de pouvoir stocker les pièces de rechange pour réduire les flux avec la métropole.

La trop grande complexité d’un nouvel équipement risque de conduire les personnels à renoncer rapidement à l’utiliser, en raison du stress qu’il induit. La résistance au changement rend en effet difficile l’imposition d’un nouvel équipement. Par ailleurs, les troupes au sol, qui veulent voir leurs besoins satisfaits au plus tôt, reçoivent trop d’équipements dont elles n’ont qu’une connaissance sommaire du mode d’emploi. S’y ajoute la complexité des procédures OTAN. En outre, le théâtre afghan a fait redécouvrir… le combat à pied ! De son côté, l’adversaire parvient à contourner la technologie militaire qui lui fait défaut par une technologie civile plus simple et disponible sur le marché. En outre, il n’est pas soumis à la pression médiatique ni à la « judiciarisation » (poursuite judiciaires pour les conséquences d’une décision prise au combat) occidentales. Le général Poëdras préconise l’emploi de matériels utilisables dans des environnements civil et opérationnel. Enfin, l’avenir se prépare avec des technologies associant les équipements anciens et récents, comme l’a démontré le conflit en Afghanistan.

Loïc Salmon

Les groupements tactiques interarmes (GTIA), qui comprennent de 500 à 1.500 combattants, sont déployés en opérations extérieures et formés à partir d‘éléments de régiments d’infanterie, de cavalerie, du génie et d’artillerie. Le programme national « Scorpion » transforme un GTIA en un système de combat global en fédérant combattants et systèmes d’armes par la transmission et le partage instantané des informations. Il prend en compte les programmes existants VBCI (véhicule blindé de combat d’infanterie) et FELIN (fantassin à équipements et liaisons intégrés). La première étape du programme Scorpion prévoit, d’ici à 2021 : la rénovation d’une partie du parc des chars Leclerc (XL) ; la mise en œuvre du système d’information et de combat Scorpion (SICS) avec des kits de numérisation associés ; la livraison d’environ 1.000 véhicules blindés multirôles (VBMR) et de 70 engins blindés de reconnaissance et de combat (ERBC). Des appareils de simulation seront embarqués dans les véhicules. Enfin, deux étapes supplémentaires du programme Scorpion sont prévues d’ici à 2030.




L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

Par son adaptabilité, l’hélicoptère de combat de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) peut s’utiliser du conflit de haute intensité à l’action humanitaire. Sa rapidité d’emploi lui confère une dimension politico-militaire dans la gestion des crises.

Il aura quand même fallu 60 ans pour y arriver, comme le présente en détail ce livre, tiré de la thèse de doctorat d’histoire contemporaine du général (2S) André Martini, soutenue en 2004 puis enrichie pendant la décennie suivante. L’ALAT justifie sa double appartenance au monde rustique de l’armée de Terre et à celui de la technique aéronautique. Son esprit pionnier, caractéristique de la saga de l’aviation tout court, se heurtera souvent aux dures réalités administratives et financières, sans oublier les rivalités entre armées de Terre et de l’Air. Aux États-Unis, les expériences de ballons d’observation aériennes et de réglage de tirs d’artillerie débutent à la guerre de Sécession (1860-1865). La Grande-Bretagne met sur pied une unité de ballons au Beschuanaland (Afrique australe) en 1884. Mais la France les a précédées lors de la bataille de Fleurus…en 1794 ! Cette innovation est ensuite décriée comme une « tricherie » dans la conduite de la guerre. Elle ne réapparaît qu’au siège de Paris en 1870. Après les essais de « l’avion » de Clément Ader (1897) et surtout la traversée de la Manche par Louis Blériot en 1909, les militaires s’y intéressent. L’aéronautique désigne alors la science de la navigation aérienne, l’aérostation « les plus légers que l’air » et l’aviation « les plus lourds que l’air ». L’hélicoptère apparaît dans les années 1920, mais il faut attendre les guerres de Corée puis d’Indochine et surtout d’Algérie pour qu’il démontre son utilité. Le 8 mars 1956, le colonel Marcel Bigeard réussit la première opération héliportée en utilisant des hélicoptères comme engins d’assaut. Par ailleurs, fin 1960, plus de 1.500 blessés ont été évacués de nuit en plus de 750 missions extrêmement risquées. Vulnérable, l’hélicoptère sera rapidement doté de mitrailleuses, lance-roquettes et enfin missiles. Le besoin de deux niveaux d’action aérienne se manifeste : appui mené par des moyens concentrés sur quelques bases opérationnelles, du ressort de l’armée de l’Air ; action aérienne immédiate et intégrée à la manœuvre terrestre qui relève de l’ALAT. La formation des pilotes d’hélicoptères se fait dans les deux armées. Dans l’armée de l’Air, elle attire les pilotes devenus inaptes au métier de chasseur ou de transporteur. En revanche, dans l’armée de Terre, les jeunes officiers se tournent vers l’hélicoptère, comme leurs anciens vers la cavalerie légère. Les progrès techniques transforment le combat dans la 3ème dimension. Le radar « Spartiate » permet de guider vers l’arrière les hélicoptères possédant l’aptitude au vol ans visibilité, garantissant du secours aux équipages par tous les temps. Viennent ensuite les jumelles intensifiant la lumière résiduelle, pour le vol de nuit, et la caméra thermique pour l’identification des cibles. Les combats de demain, intenses et de courte durée seront soumis à la surveillance constante des moyens de renseignement et à la menace permanente d’armes précises à temps de réaction très bref. Le rythme des interventions de l’ALAT sera accru en conséquence. Devant la complexité des équipements destinés à maîtriser ces risques, le facteur humain restera toujours primordial.

Loïc Salmon

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

« L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre » 1794-2014, par le général André Martini. Éditions Lavauzelle, 448 pages.




Armée de l’Air, deux mois d’opérations en Libye

Dans les opérations aériennes en Libye, la France contribue en tout, sauf les drones, alors que les Etats-Unis en fournissent deux par jour pendant 12 heures, a déclaré le chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Jean-Paul Paloméros, devant l’Association des journalistes de défense le 26 mai 2011 à Paris. Mais, elle pallie cette absence par le pod (nacelle) Damoclès de désignation de cible et d’imagerie infrarouge, qu’emporte le Rafale standard F3 et qui donne une très grande précision. Ainsi un Rafale a pu localiser, à des dizaines de km, 15 avions au sol des forces pro-Kadhafi, tirer et revenir vérifier les dégâts. Les tirs de bombes de 250 kg se font à distance de sécurité avec une précision métrique. Début juillet, sera déployé le Rafale biplace équipé du missile air/sol moyenne portée. Son équipage, composé du pilote et d’un officier système d’armes, est un atout. « Pour différencier un pick up (camionnette avec espace ouvert) armé d’un pick up civil, il vaut mieux être deux à bord », précise le général Paloméros.  Les forces pro-Kadhafi  arment en effet des pick up civils pour frapper la population et chargent leurs ambulances d’armes. Elles essaient aussi de s’infiltrer dans les rangs des troupes d’opposition. « L’apport de l’arme aérienne peut faire basculer le rapport de puissance pour que la population libyenne puisse s’exprimer », souligne le général Paloméros. Les frappes visent des objectifs statiques (centres de commandement, dépôts de munitions) et dynamiques (blindés, pick up armés), en limitant au maximum les dommages collatéraux. Les pistes d’envol sont épargnées, afin de servir après les hostilités. Les poches de résistance disposent d’armes de petit calibre et de missiles sol/air transportés à dos d’homme. De 15 à 20 frappes de combat ont lieu chaque jour. « Sans capacité de renseignement électromagnétique, on ne peut mener une opération », précise le général. L’avion de renseignement électromagnétique Sarigue NG, déclassé en 2004, pourrait être remplacé, par exemple, par des drones et des avions d’origine civile. L’observation par satellite permet d’alimenter une banque de données en permanence et d’acquérir une capacité d’indépendance. Pour effectuer les échanges de renseignements entre alliés selon des procédures complexes, il faut utiliser les mêmes clés de décryptage, accessibles à la suite d’accords de confidentialité qu’ont déjà conclus les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. « Le souci est de durer, indique le général Paloméros, et donc de régénérer le potentiel ». Pour cela, tous les types d’avions de l’armée de l’Air sont déployés en Libye, même le Mirage 2000N en raison de sa polyvalence et son armement modulaire. Par ailleurs, des commandos parachutistes de l’air et deux hélicoptères Caracal sont embarqués sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, pour le sauvetage éventuel de pilotes. Ainsi, le 24 mai en Afghanistan, les deux membres de l’équipage d’un Mirage 2000D français, en appui d’une unité italienne au contact des insurgés, ont dû s éjecter à la suite d’une panne de réacteur. Ils ont été récupérés en 75 minutes par une équipe américaine aidée d’une patrouille italienne au sol. La surveillance aérienne a été assurée par un drone et une patrouille d’avions américains A10. Enfin, le retour d’expérience des opérations aériennes en Libye, notamment sur l’emploi d’avions monoplaces et biplaces, servira à la préparation de la prochaine loi de programmation militaire.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976. Il a 3.500 heures de vol à son actif. Affecté  au Royal Air Force College (Grande-Bretagne) en 1992, il a notamment commandé la 30e escadre de chasse à Reims (1988) et la base aérienne 120 à Cazaux (1996). En outre, il a été : sous-chef d’état-major opérations (1993), puis sous-chef plans (1994) au commandement de la défense aérienne à Taverny ; adjoint au général commandant les éléments français de l’opération « Crécerelle » en Italie, puis chef du bureau air et adjoint air au commandant de la FORPRONU à Sarajevo (1995) ; chef du bureau études et plans généraux à l’état-major de l’armée de l’Air à Paris (1998) ; secrétaire général des officiers de cohérence opérationnelle (2001), puis chef de la division plans programmes évaluation (2002) à l’Etat-major des armées à Paris. Nommé major général de l’armée de l’Air en 2005, il a été promu chef d’état-major le 25 août 2009. Le général Paloméros est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Médaille de l’aéronautique.




Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

La France développe sa capacité d’entrer en premier sur un théâtre d’opérations extérieur et celle de nation cadre dans une coalition. Outre des missions sur le territoire national, son système d’état-major de forces lui permet de projeter immédiatement un commandement opérationnel.

Ce système comprenait 4 états-majors de forces (EMF), réduits aujourd’hui à 2 et interchangeables : l’un à Besançon (EMF N°1) et l’autre à Marseille (EMF N°3). Ce dernier est commandé par le général de division Philippe Pontiès, qui l’a présenté, avec son équipe de direction, à l’Association des journalistes de défense le 25 novembre 2013 à Marseille. L’EMF 3 est en posture de projection pendant toute l’année 2014, tandis que l’EMF 1 reste en alerte et en préparation opérationnelle au moyen de divers exercices. Les rôles s’inverseront en 2015.

Opérations extérieures. Tous les personnels des EMF ont participé à des opérations extérieures. Pendant un an, un EMF est en mesure de projeter immédiatement environ 20 % de son effectif en temps ordinaire, chiffre passé à 80 % fin 2013 pour l’EMF 1 en raison de la relève dans l’opération « Serval » au Mali. Pour honorer le contrat opérationnel de l’armée de Terre (voir encadré), il remplit 4 missions : planifier et conduire des opérations interarmées de niveau division de l’OTAN ; assurer la mise sur pied d’un poste de commandement interarmées à dominante terrestre (PC opératif type « Serval ») pour un engagement national limité à 5.000 hommes en alerte « Guépard » ; armer un PC de circonstance dans le cadre de la défense du territoire national ; renforcer un PC interarmées à dominante aérienne ou maritime dans le cadre d’une opération. Il s’agit de s’adapter au contexte d’une guerre et dans l’urgence. L’EMF apporte la capacité de travailler ensemble, à la différence de la juxtaposition de compétences individuelles. La clé de son succès réside dans la cohérence, la connaissance mutuelle, la confiance et les automatismes. « Il faut bien connaître la doctrine pour mieux s’en affranchir », souligne le général Pontiès. L’efficacité repose sur la qualité des combattants, du 2ème classe au général et acquise par la formation, sur celle du dispositif de commandement et de contrôle et sur celle de la préparation opérationnelle. Pour rester à niveau, cette dernière correspond, idéalement, à 90 jours d’entraînement par homme et par an et à 180 heures de vol pour les équipages de l’Aviation légère de l’armée de terre. Des exercices d’EMF avec des pays alliés entretiennent la préparation opérationnelle. Avec le Qatar, cela envoie un signal fort dans la région du Moyen-Orient. Suite aux accords de Lancaster House, 60 personnels d’EMF sont envoyés en Grande-Bretagne dans le cadre de la force expéditionnaire commune. Renseignement. Tous les personnels officiers et sous-officiers viennent de l’École du renseignement de l’armée de terre (Saumur), de la Direction du renseignement militaire (DRM) et de la Direction générale de la sécurité extérieure. Pendant 4 semaines et dans des bâtiments sécurisés, ils se forment à l’outil SAERc (Solution d’aide à l’exploitation du renseignement « convergé »), dont la production est diffusée à toute personne habilitée de la planification et de la conduite des opérations. La chaîne SEARc assure une cohérence bout à bout pour un meilleur partage et une exploitation plus performante du renseignement. Un moteur de recherche dédié stocke des volumes très importants d’informations diverses (textes, images et sons), retrouve des données pertinentes (pays, armement, personnes etc.) et extrait au bon moment et rapidement celles recherchées. Il identifie : les relations entre plusieurs types d’entités dans une même phrase (personnes et mots clés par exemple) ; les principaux thèmes et catégories d’informations à partir d’un corpus documentaire. Il visualise : les relations entre les différentes entités (ébauche de réseau mafieux) ; les redondances dans le temps, coïncidences ou rapprochement entre différents types d’entités (présence dans un attentat d’un individu fiché) ; les entités géolocalisées (réseaux mafieux identifiés). Quelque 60.000 fiches thématiques permettent de faire des analyses statistiques et thématiques, de comprendre l’enchaînement d’événements et d’en déterminer le « centre de gravité ». Pendant la préparation opérationnelle, la cellule renseignement de l’EMF s’entraîne à partir des comptes rendus de situation d’un théâtre d’opération réel provenant de la base de données du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Lors de la projection de l’EMF, elle assure la veille en relation avec le Système d’information et de commandement des forces.

Environnement opérationnel. Outre la logistique, le renseignement, la planification et  la conduite des opérations, les fonctions de l’EMF incluent les actions sur les perceptions et l’environnement opérationnel : ciblage, opérations d’information, opérations militaires d’influence et actions civilo-militaires. Le ciblage consiste à identifier puis sélectionner des cibles pour agir sur elles avec des moyens létaux ou non, en vue d’obtenir l’effet recherché. Il est assuré par les forces spéciales, la guerre électronique, la cyberdéfense et les opérations d’information. Ces dernières visent à utiliser ou à défendre l’information, les systèmes d’information et les processus décisionnels pour appuyer une stratégie d’influence en respectant les valeurs défendues. Il s’agit d’informer la population et les responsables locaux neutres, de promouvoir les gens favorables à la cause défendue et de discréditer les opposants. Contrairement à la propagande, tout ce qui est diffusé par tracts ou par radio doit être exact et vérifiable. Les opérations militaires d’influence cherchent à obtenir un effet sur les comportements d’individus, de groupes ou d’organisations afin d’atteindre des objectifs politiques et militaires. En Afghanistan, les personnels français chargés des opérations militaires d’influence et des actions civilo-militaires ont été formés à l’OTAN. Après leur départ, le relais a été pris par l’ambassade de France et des organisations non gouvernementales, car l’effet durable se fera sentir… au bout d’une génération !

Loïc Salmon

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, l’armée de Terre doit pouvoir disposer de 66.000 personnels projetables à l’horizon 2025, dont : 10.000 sur le territoire national ; 7.000 en tout dans 2 ou 3 opérations de gestion de crises ou 15.000 dans 1 opération de coercition avec préavis et après réarticulation du dispositif engagé en opération ; 1.500 dans un groupement tactique interarmes de la Force interarmées de réaction immédiate (2.300 h) et déployable jusqu’à 3.000 km en 7 jours. L’État-major de forces N°3 (Marseille) compte 291 personnels, dont 107 officiers (3 généraux), 107 sous-officiers et 77 militaires du rang. Il inclut un escadron de quartier général pour le déploiement du système d’information et de commandement et la protection immédiate. S’y ajoutent 128 réservistes et 13 personnels civils.




L’anticipation géopolitique aidée par l’intelligence collective

La mesure systématique de l’intelligence collective pour anticiper des événements, même de nature géopolitique, permet de réduire l’incertitude grâce à la décentralisation des sources, la diversité des opinions et l’indépendance d’esprit.

C’est ce qu’a expliqué Emile Servan-Schreiber, directeur général de Lumenogic, lors d’une conférence-débat organisée le 8 octobre 2013 à Paris par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les bases théoriques. Le philosophe grec Aristote (384-322 avant J.C.) définit l’intelligence collective comme le rassemblement de nombreux individus ordinaires mais capables, ensemble, d’être meilleurs que les quelques meilleurs d’entre eux. En 2010, une étude américaine met en évidence que le quotient intellectuel (QI) d’un groupe, tangible et mesurable, se détermine non par la moyenne des QI individuels ni l’âge moyen, mais par la proportion des femmes en son sein. En outre, l’égalité du temps de parole et la sensibilité sociale (capacité de se mettre à la place de l’autre) rendent le groupe plus performant. Dans son livre « La sagesse des foules », James Surowiecki démontre que l’intelligence d’un groupe repose sur le savoir cumulatif de chacun des membres, dont les « subsidiarités » s’annulent. L’intelligence du groupe se détermine par la qualité des communications entre ses membres et sa diversité cognitive, à savoir les différentes approches d’un problème. Les sociétés les plus innovantes sont celles qui impliquent le plus de monde et non le plus d’argent. L’agilité à s’associer intellectuellement à d’autres personnes améliore l’intelligence collective. Il convient d’y ajouter un autre élément : le pari ! En effet, le fait de parier mobilise, dans le cerveau, des neurones spécialisés dans l’évaluation des risques et des récompenses. De plus, l’émotion est refoulée et le raisonnement privilégié. Parier encourage la confrontation d’idées plutôt que la conformité. Les parieurs prennent en effet des risques avec leur argent ou leur réputation si le pari n’est pas monétaire. Ainsi motivés, ils recherchent la « bonne » information. Pour eux, il s’agit d’avoir raison avant les autres. L’organisation de paris sur des pronostics d’événements constitue un véritable marché « prédictif », où la question posée aux parieurs est directement liée à l’objet de la prédiction. Tous les parieurs essaient de maximiser leurs gains et modifient leurs options d’achat ou de vente s’ils y trouvent un intérêt, rendant ainsi leur pronostic équilibré. Celui qui ne connaît rien du domaine concerné ne va pas jouer en bourse. Par contre, celui qui le connaît bien va jouer de plus en plus gros et son opinion va peser plus lourd. Selon des études américaines, les prévisions du marché se vérifient dans le monde réel : actualité, politique, économie, sciences et technologies. Dans son livre « Expert Political Judgement », Philip Tetlock donne les résultats d’une enquête réalisée entre 1985 et 2005 sur 82.000 prévisions et 284 experts américains. Il dresse une typologie des « renards » et des « hérissons ».  Le « renard » apparaît comme « visionnaire », ouvert à tout et connaissant beaucoup de petites choses. L’écrivain Michel de Montaigne (1533-1592) correspond à ce type. Le « hérisson », qui ne connaît qu’une chose ou un principe très important, apparaît comme un « idéologue ». Le philosophe et mathématicien Blaise Pascal (1623-1662) et le président George W. Bush s’approchent de ce type. Philip Tetlock conclut que les experts ne sont pas meilleurs que les amateurs avertis et que les « renards » sont bien meilleurs que les « hérissons ». Pourtant, les média préfèrent les gens bardés de certitudes : c’est plus divertissant et plus convaincant ! Les décideurs font naturellement confiance aux experts…  qui savent très bien se justifier.

Les applications opérationnelles. Dans le domaine géopolitique, personne ne peut prétendre avoir toutes les connaissances nécessaires, rappelle Emile Servan-Schreiber. La mise à jour en temps réel des données se fait au fil de l’information auprès de ceux qui sont sur le terrain. Par exemple, les prix des produits laitiers ont été multipliés par 3 en quelques mois, car les pays émergents ont perturbé ce marché. Les principales données doivent être calibrées, numérisées et « discriminantes ». Quand elles deviennent  floues, elles sont mieux analysées par plusieurs cerveaux travaillant ensemble que par un ordinateur. Les marchés « prédictifs » se sont avérés plus déterminants et surtout plus rapides (quelques minutes) que les sondages (deux jours). Les premiers donnent une prévision du résultat final, en continu, auprès de participants auto-recrutés par la connaissance du sujet et interactifs. Les sondages indiquent une préférence à un jour donné et une photographie ponctuelle d’un échantillon représentatif, mais aucunement impliqué. Ainsi, une étude des marchés des élections présidentielles américaines de 1884 à 1940 révèle qu’ils ne se sont trompés qu’une seule fois en 1916 (réélection de Woodrow Wilson). Ces paris, interdits depuis aux Etats-Unis, sont autorisés en Grande-Bretagne où la presse a plutôt tendance à regarder les marchés « prédictifs » que les sondages de moins en moins représentatifs. De son côté, la CIA a lancé une étude sur 4 ans (2011-2015) pour améliorer considérablement l’exactitude, la précision et la rapidité des agences de renseignement américaines. Il s’agit de : développer des techniques de pointe qui suscitent, pondèrent et combinent les jugements de nombreux analystes ; mesurer systématiquement la justesse des prévisions à l’aune d’événements géopolitiques réels. Ce projet intitulé « Good Judgement » (bonne évaluation en vue d’une décision) est confié aux universités de Pennsylvanie et de Berkeley et à… Lumenogic ! Cinq équipes université/industrie sont mises en concurrence pour développer les meilleures méthodes. Des dizaines de politologues, psychologues, statisticiens et praticiens analysent les réponses de plusieurs milliers de participants (payés 200 $/an) aux 100 à 200 questions annuelles de la CIA. En 2013, un premier résultat montre que les meilleurs parieurs sont capables de faire mieux que les professionnels à plein temps de la CIA qui disposent d’informations « sensibles » !

Loïc Salmon

Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Diplômé de mathématiques appliquées et de psychologie, Émile Servan-Schreiber est le fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, fondateur de l’hebdomadaire « « L’Express », et le petit-fils d’Émile Servan-Schreiber, co-directeur du quotidien économique « Les Echos ». Arrivé à 18 ans aux Etats-Unis, il a obtenu la nationalité américaine en 1993. Il y a créé plusieurs entreprises, dont Lumenogic. Son métier, a-t-il expliqué en avril 2012 à « France-Amérique, le journal français des Etats-Unis », consiste à mettre en place, dans les entreprises, des systèmes sur Internet qui permettent à l’intelligence collective de s’exprimer pour aider à prendre les meilleures décisions. Ainsi, Lumenogic combine l’expertise en technologies de l’intelligence collective, l’analyse sociale et la gestion des processus.




La logistique opérationnelle : intégrée à toutes les opérations militaires, de Verdun aux Opex

L’arme du train est engagée dans les opérations extérieures (Opex) au même titre que les forces spéciales et l’aérocombat, avec des dimensions interarmées et internationales.

Le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre l’a souligné au cours d’un colloque organisé, le 4 février 2016 à Paris, par les Écoles militaires de Bourges (train et matériel) à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun. Y sont aussi intervenus : le général de brigade (2S) Jean-Marc Marill, historien de la Grande Guerre ; le général de division Bernard Barrera, commandant de la brigade « Serval » au Mali (2013) ; le colonel Roberto Ramasco, adjoint pour le soutien interarmées lors de l’opération « Sangaris » en Centrafrique (2015) ; le colonel Bruno Depré, chef du bataillon logistique de l’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne (2015).

La « Voie Sacrée » de Verdun. Un maillon fragile peut mettre en péril tout un dispositif, rappelle le général Bosser. Il souhaite un commandement spécifique avec un état-major et un PC, chargés d’organiser la formation, l’entraînement et la préparation opérationnelle de 7 escadrons de logistique, comme en 1914. Il a cité le général allemand Ludendorff (1918), selon lequel Verdun fut la victoire du camion français sur le wagon allemand. Cette victoire résulte de la constitution de la « Voie Sacrée » entre Bar-le-Duc et Verdun (57,2 km), rappelle le général Marill. La bataille de Verdun, (21 février-18 décembre 1916) a fait l’objet d’un « tourniquet » de relèves, pour ménager les troupes, et d’un flot logistique inconnu à cette échelle. La Commission régulière automobile, créée dès le 20 février, a pour mission d’acheminer hommes, munitions et matériels. Les vivres et le fourrage des chevaux sont transportés par voie ferrée. Le général Pétain, commandant en chef à Verdun, institue une véritable noria pour alimenter le champ de bataille et en retirer en priorité les blessés, gage du moral du combattant. Quelque 200.000 blessés sont évacués par ambulances et voie ferrée entre mars et juin. Artère vitale, la « Voie Sacrée » est empruntée par 3.500 camions (répartis en 42 groupes), 800 autobus, 2.000 véhicules légers et 500 tracteurs d’artillerie pour acheminer, au plus fort de la bataille, 90.000 hommes et 50.000 t de ravitaillement par semaine. Les chauffeurs conduisent quotidiennement 18 heures pendant 10 jours. Au total, 2,4 millions d’hommes et 2 Mt de ravitaillement sont passés par la « Voie Sacrée ». L’armée française, devenue une référence mondiale, forme les troupes américaines à la logistique et la gestion des flux dès 1917. Lors de la guerre du Golfe de 1991, l’armée américaine s’inspire du remodelage à la française du champ de bataille de Verdun.

Les contraintes de « Serval ». Faute de logistique, l’opération « Serval » se serait arrêtée au bout de deux jours, estime le général Barrera, qui s’était souvenu de la « Voie Sacrée ». La logistique, fonctionnelle au début, est devenue opérationnelle par la suite. La phase de reconnaissance offensive au Mali (11- janvier-7 février 2013) se caractérise par la rapidité de la manœuvre tactique et des élongations de zones de combat de 500 km à 1.500 km. Il s’ensuit une logistique des flux tendus, en limite de rupture, pour assurer : l’autonomie des groupements tactiques interarmes ; l’approvisionnement par voie aérienne et « poser d’assaut » ; le maintien d’un dispositif de santé évolutif. Il y a eu en effet : ruptures de tirs d’artillerie pendant 2 heures, faute d’arrivage d’obus par avions puis hélicoptères ; « cannibalisation » de vieux camions maliens et entre véhicules français pour pallier les divers ennuis mécaniques. Dans son « barda » de 40 kg, chaque combattant n’emportait que 2 jours de réserve d’eau, alors que la température atteignait 50° C. Il a fallu assurer l’acheminement de 20 t d’eau par jour. Par précaution, 70 t de pièces détachées pour hélicoptères ont été acheminées lors du départ de France. A partir du 8 février, la brigade Serval, stabilisée, a pu rattacher ses unités à des bases logistiques à Bamako, Gao et Tessalit. Le soutien a reposé sur : des approvisionnements par voie routière avec des trajets de 4 à 6 jours aller-retour ; la création et la consolidation des stocks ; un maillage santé stabilisé ; une maintenance de proximité pour les matériels. Outre le ravitaillement des troupes tchadiennes, il a fallu procéder aux évacuations sanitaires des blessés et des cas de gastro-entérite et de coups de chaleur. Le « soutien de l’homme », pour durer, n’a pas été oublié : 1 oignon (vitamines complémentaires de la boîte de ration) et 1 bière légère par personne et par semaine ; une douche tous les 3 jours ; 5 minutes de communication aux proches par  semaine dans les PC. La France dispose d’une organisation logistique modulaire et interopérable, mais le système D (débrouillardise sans moyens conséquents) persiste et l’aide des alliés devient incontournable (avions gros porteurs), estime le général. Enfin, l’externalisation de certains services logistiques reste limitée, en raison des mines et de l’intensité des combats.

Conditions du succès. Les enseignements de « Serval » ont été pris en compte lors de l’opération « Sangaris » et du soutien à partir de Bangui, précise le colonel Ramasco. Le détachement logistique a dû soutenir 1.800 personnels, 750 véhicules, dont 191 blindés, et 15 aéronefs. Pays enclavé à 6.000 km de la France, la Centrafrique est desservie à partir du Cameroun par un grand axe routier et des routes secondaires. Pendant la saison des pluies (mi-juin/mi-décembre), le temps de trajet étant multiplié par 3, leur observation par satellite météorologique est indispensable. Le camp militaire de M’poko (Bangui), où atterrissaient les avions gros porteurs (Antonov et C17), ayant été attaqué, le détachement de soutien a entretenu un dialogue permanent avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Au niveau opératif (théâtre), la logistique opérationnelle représente 25 % de la force engagée. De son côté, le colonel Depré a présenté le retour d’expérience logistique pour maintenir un tempo élevé à l’opération « Barkhane ». Le bataillon logistique déployé doit remplir plusieurs critères : entraîner son personnel et entretenir les matériels ; être capable de conduire une mise en condition avant projection et de s’engager d’emblée ; intégrer les fonctions logistiques au niveau interarmées ; rester le pion unique de la manœuvre logistique.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Depuis les guerres napoléoniennes (1800-1814), l’arme du train permet aux forces terrestres de se projeter sur les théâtres d’opération et de mener leurs missions dans la durée. Elle garantit leur autonomie en organisant et coordonnant l’ensemble des mouvements et des ravitaillements. De leurs garnisons jusqu’au théâtre, elle achemine : une partie des moyens des forces, à savoir véhicules, pièces de rechange, carburants et munitions ; les ressources nécessaires à la vie en opération, c’est-à-dire vivres de combat, eau, ameublement et couchage de campagne, effets de protection balistique et vêtements  spécifiques. Sur le théâtre d’opération, l’arme du train met en place les zones logistiques et assure l’acheminement des ressources vers les zones de combat.




Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Les technologies numériques, civiles et militaires, intégrées permettront la souplesse nécessaire aux armées, pour leur mobilité sur les théâtres d’opérations étendus, tout en leur garantissant résilience et robustesse.

Cet aspect de la maîtrise de l’information en opération extérieure est abordé dans le document Ambition numérique du ministère des Armées, rendu public le 24 janvier 2019.

Architectures opérationnelles. Les futures architectures des systèmes opérationnels contribueront à améliorer la continuité et la coordination entre les milieux terrestre, maritime, aérien, spatial et cyber, grâce à la modernisation en cours des réseaux de communication. Evolutives, elles seront structurées autour de la « donnée », captée, sécurisée, traitée, transmise et stockée, en vue de sa valorisation à des fins opérationnelles. Le réseau d’infrastructure « Descartes » assure l’irrigation du territoire métropolitain. Celui de télécommunication par satellite « Syracuse IV » concerne l’élongation des théâtres extérieurs et celui de radiocommunication tactique « Contact » porte sur le soutien de la connectivité des forces au combat. Le programme « Système d’information des armées » modernise en profondeur des systèmes d’information, en vue d’une meilleure interopérabilité interarmées. Le « Système d’information et de combat Scorpion » porte sur le combat de contact terrestre. Le programme de « Cybersécurité » développera des produits de sécurité et de chiffrement pour le « Système d’opérations de la lutte informatique défensive ». Les technologies numériques seront intégrées aux systèmes de commandement, aux systèmes d’armes et aux plateformes de combat des différentes armées. Elles vont améliorer la collaboration numérique à tous les niveaux, des états-majors stratégiques aux unités tactiques, pour échanger des données, souvent en temps réel, ainsi que des images et des vidéos.

Domaines concernés. La transformation numérique touche les principaux métiers, interdépendants, des armées. Le renseignement, qui capte et exploite des données, y compris en source ouverte, implique d’en automatiser l’analyse, également sur les systèmes embarqués, et de proposer de nouvelles interfaces visuelles aux décideurs. Les technologies innovantes permettront de disposer de traitements automatisés ou semi-automatisés d’images (reconnaissance d’objets), de la vidéo (reconnaissance de situation), du langage (transcription et traduction) et du signal (détection de cibles furtives). Pour les états-majors, l’aide augmentée à la décision et à l’anticipation permettra de mieux exploiter la masse croissante de données venues de multiples sources, afin de détecter les signaux faibles. L’interopérabilité numérique sécurisée, indispensable aux opérations, nécessite de renforcer la connectivité de toutes les plateformes, des combattants entre eux et des forces alliées pour partager l’information jusqu’aux échelons tactiques (« shared consciousness »). Il s’agit d’optimiser la délégation d’exécution (« empowered execution ») pour favoriser, en temps réel, la saisie des opportunités, face à un adversaire semant la complexité et le chaos. Le numérique permettra une plus grande interactivité entre les échelons de commandement. Le recours aux moyens de « virtualisation-simulation » et de réalité augmentée sera généralisé pour la formation et l’entraînement Enfin, le ministère des Armées va favoriser l’émergence de campus numériques aux ressources pédagogiques accessibles en tout lieu.

Loïc Salmon

Défense : le ministère des Armées à l’ère du numérique

Armée de Terre : « Scorpion » et le combat aéroterrestre futur

DRM : intégrateur du renseignement militaire