Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Le groupe aéronaval (GAN) a quitté Toulon le 21 février 2021 pour la mission « Clemenceau » (quatre mois) jusqu’en océan Indien. La mission « Jeanne d’Arc » (146 jours), qui emmène le Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM) jusqu’en mer de Chine et au Japon, est partie de Toulon le 18 février.

Ces deux missions présentent un volet opérationnel avec des spécificités : lutte contre le terrorisme islamiste et renforcement des partenariats pour le GAN ; formation, coopération et assistance humanitaire pour le GEAOM.

Clemenceau 2021. En Méditerranée orientale, le GAN participe à l’opération américaine « Inherent Resolve » contre le djihadisme au Levant, via son intégration au dispositif français « Chammal » de soutien des forces irakiennes, engagées au sol pour détruire les capacités militaires de Daech. Dans le cadre des opérations « Inherent Resolve » et « Agénor » (Union européenne) en mer Rouge, dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien (mer d’Arabie), il approfondit les connaissances des zones traversées et assure une présence opérationnelle, réactive et adaptable pour garantir la sécurité régionale. Le GAN se compose du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui embarque : 20 avions de chasse Rafale marine (F3R) ; 2 avions de guet aérien E-2C Hawkeye ; 2 hélicoptères Dauphin pour la sécurité des équipages et les missions de recherche et de secours ; 1 hélicoptère Caïman pour les luttes anti-sous-marine et antinavire et le transport logistique. Il est escorté par : la frégate de défense aérienne et de commandement des opérations aériennes Chevalier-Paul ; la frégate multi-missions Provence, renforcée temporairement par sa jumelle Auvergne, pour les luttes anti-sous-marine et antinavire, l’appui aux opérations terrestres et la projection de puissance, chacune embarquant un hélicoptère Caïman ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour le recueil de renseignement, l’intervention contre des enaces navales ou sous-marines et la mise en œuvre de forces spéciales ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Var. En outre, un avion de patrouille maritime Atlantique-2, basé à terre, assure, pour le GAN, des missions de renseignement en haute mer, de lutte anti-sous-marine et, éventuellement, de puissance de feu sur des objectifs terrestres par des bombes guidées laser. « Clemenceau 2021 » prévoit la participation partielle de la frégate belge Leopold-1er, d’une frégate grecque et du destroyer américain Porter.

Jeanne d’Arc 2021. Dans le cadre de la présence française ans la zone indopacifique, le GEAOM intègre la « Combined Task Force 150 » de la coalition internationale en océan Indien, pour lutter contre les trafics et activités illicites liées au terrorisme et sécuriser les espaces maritimes. Il contribue au maintien de la connaissance des zones et de l’étude de leurs évolutions, afin d’anticiper l’apparition des crises tout en conservant une liberté autonome d’appréciation de la situation. Le GEAOM se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate Surcouf. Outre un groupement tactique et des hélicoptères de l’armée de Terre, les deux navires embarquent 148 officiers de Marine en formation, dont 14 femmes, 8 enseignes de vaisseau étrangers (Allemagne, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Togo et Viêt Nam) et 5 officiers invités (Egypte, Ethiopie, Indonésie, Malaisie et Maroc). « Jeanne d’Arc 2021 » inclut des exercices majeurs avec les Marines d’Inde, d’Australie, du Japon et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

 




Marines : le sous-marin, arme tactique puis outil stratégique

Arme du combat naval, le sous-marin a pris une dimension stratégique dans la conduite de la guerre, la dissuasion nucléaire et le déni d’accès à un théâtre.

Alexandre Sheldon Duplaix, chercheur au Service historique de la défense et conférencier à l’Ecole de guerre, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 3 décembre 2020 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN.

Evolution technologique. Le premier submersible, mu par la force humaine, apparaît en1776 aux Etats-Unis pour transporter, sans succès, une charge explosive jusqu’à la coque d’un vaisseau adverse. Au cours du XIXème siècle, l’invention des piles et batteries électriques va déboucher sur un mode de propulsion mixte pour le « torpilleur submersible ». Celui-ci se déplace en surface au moyen d’un moteur à vapeur, qui lui permet aussi de recharger des batteries alimentant son moteur électrique pour naviguer en plongée. Pendant la première moitié du XXème siècle, le sous-marin augmente sa vitesse, grâce à sa forme hydrodynamique, pour attaquer en plongée des navires de surface avec des torpilles acoustiques. Toutefois, le « schnorchel », tube d’acier alimentant en air son moteur diesel pour recharger les batteries sans faire surface, constitue une vulnérabilité. En 1954, la propulsion nucléaire, développée aux Etats-Unis, lui permet de s’en affranchir, d’augmenter sa vitesse, de renouveler l’oxygène du bord et d’alimenter toutes les installations électriques. Le Nautilus devient le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Dès 1961, l’armement nucléaire puis la technologie MIRV (missiles à plusieurs têtes suivant une trajectoire indépendante) donnent une dimension stratégique aux sous-marins américains lanceurs d’engins (SNLE). Pour combler son retard, l’URSS installe des missiles balistiques sur ses sous-marins à propulsion diesel-électrique puis construit des SNLE. Parallèlement dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis immergent des systèmes d’hydrophones dans les océans Atlantique et Pacifique pour surveiller les déplacements des submersibles soviétiques. Puis, l’augmentation de la portée des missiles n’oblige plus les SNLE américains à s’approcher des côtes soviétiques. L’URSS déploie alors des avions à long rayon d’action pour protéger les zones de patrouille de ses SNLE. Les Etats-Unis envoient des SNA chasser ses SNLE et menacent ses bases au moyen de leur aviation embarquée et de missiles de croisière. Par ailleurs, France, Grande-Bretagne et Chine construisent à leur tour des SNA pour développer une composante stratégique (SNLE). La Grande-Bretagne adopte la technologie et les missiles balistiques Polaris américains. Au début, la France dépend des Etats-Unis pour l’aide technique et l’uranium nécessaire aux réacteurs de ses sous-marins. Puis, elle met au point le concept de dissuasion pour interdire une attaque de l’URSS en visant ses principales métropoles. Dans les années 1980, l’URSS obtient, par espionnage, les codes et les zones de patrouille des sous-marins américains et les plans des hélices des SNA. A la fin de la guerre froide (1991), la Russie commence à déployer des SNA discrets.

Arme égalisatrice. L’arme sous-marine est déployée pendant les guerres de Crimée (1853-1856) et de Sécession (1861-1865). En 1917, l’Empire allemand lance la guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique, avant que les Etats-Unis soient prêts à intervenir. Les Marines alliées instaurent alors le blocus des ports allemands et organisent la protection des convois pour le transport rapide des troupes américaines. Entre les deux guerres mondiales, les Etats-Unis mettent au point le « plan Orange » pour couper les voies de communications du Pacifique au Japon, qui prévoit d’y affaiblir la flotte de croiseurs américains par des attaques de sous-marins avant une bataille navale décisive. L’Allemagne lance la production de sous-marins en 1942, alors que la Grande-Bretagne a déjà cassé le code de la machine Enigma utilisée par la Kriegsmarine. La guerre sous-marine américaine dans le Pacifique coupe les approvisionnements en combustibles du Japon, dont les pilotes ne peuvent obtenir une formation suffisante dès 1943. Dans les années 1980, le sous-marin intervient dans la guerre psychologique. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’utilisent dans des opérations spéciales pour inquiéter l’URSS. Ainsi, suite à l’échouement accidentel d’un submersible soviétique sur une côte suédoise en 1981, des incursions sous-marines dans les eaux suédoises sont attribuées à l’URSS et admises par les Etats-Unis en…2000. Pendant la guerre des Malouines (1982), un SNA britannique coule le croiseur argentin Belgrado, contraignant la flotte de surface argentine à rester dans ses ports. Le sous-marin assure des missions de renseignement et d’infiltration-exfiltration de commandos. Il participe aux guerres contre l’Irak en 1991 et 2003, avec le lancement de missiles de croisières américains Tomahawk. Des SNA restent déployés en Adriatique pendant toute la guerre du Kosovo (1998-1999) et au large de la Libye en 2011. Par ailleurs, le sous-marin classique devient une arme du combat littoral. Les Marines américaine, britannique et française, qui n’en possèdent plus, développent des drones sous-marins pour la reconnaissance et la lutte contre les torpilles, afin de conserver leurs SNA au large. Enfin, les petits sous-marins sont déjà utilisés par les narcotrafiquants pour le transport de la drogue et pourraient l’être, bientôt, par les organisations terroristes.

Dissuasion géopolitique. Les Etats-Unis préparent des missiles de croisière, contre les missiles de croisière développés par la Chine, non contrainte par les traités de limitation conclus entre Washington et Moscou. Outre la mise en chantier d’un 2ème porte-avions, celle-ci a construit des pistes d’aviation sur 7 îlots et atolls poldérisés en mer de Chine du Sud, pour protéger ses côtes contre le Japon, la Malaisie et l’Australie. Elle compte sur le projet, en cours, des « Routes de la soie » pour apaiser les tensions politiques avec ses voisins, mais veut empêcher toute indépendance formelle de Taïwan, l’intégrer sans combat et empêcher la VIIème Flotte américaine, stationnée dans le Pacifique Ouest et l’océan Indien, d’intervenir. Elle modernise en conséquence ses sous-marins classiques anaérobies, pouvant rester en plongée quelques jours sans sortir leur schnorchel, et développe des SNA qui patrouillent en mer de Chine du Sud. Ses SNLE sont équipés de missiles balistiques J-L 2 d’une portée de 8.000 km. Les essais réussis du J-L 3 d’une portée de 14.000 km lui permettront de frapper des objectifs sur la côte Ouest des Etats-Unis et, si tirés dans le Pacifique, d’atteindre Washington. Par ailleurs, Israël dispose d’une capacité de frappe nucléaire à partir de sous-marins anaérobies. L’Inde va lancer un SNA et construit un SNLE. L’Iran développe des sous-marins classiques pour sa Marine et des petits submersibles pour l’organisation paramilitaire des Gardiens de la Révolution. La Russie, qui ne dispose que du sixième des la flotte sous-marine de l’ex-URSS, développe des drones sous-marins pour patrouiller en Baltique. L’Australie va construire 12 sous-marins anaérobies bénéficiant de la recherche sur les SNA français.

Loïc Salmon

Sous-marins militaires

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer




Armée de Terre : entraînement et juste équilibre technologique

La préparation à un probable engagement de haute intensité et dans la durée nécessite un entraînement durci et des équipements performants et soutenables, à l’entraînement et au combat, pour le maintien de la supériorité opérationnelle.

Le général Thierry Burkhard, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), l’a expliqué lors de la présentation des forces terrestres, le 8 octobre 2020 à Versailles-Satory, devant la presse et les auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Aguerrissement accru. Le milieu terrestre, hétérogène et dur physiquement et psychologiquement, tue, rappelle le CEMAT. Rien qu’en 2019, l’armée de Terre a déploré 23 tués et 500 blessés en mission. Depuis plus de dix ans, elle s’est battue en Afghanistan, en Centrafrique, en Irak, au Mali et sur d’autres théâtres d’opérations. Forte de 115.000 hommes et femmes, elle recrute 16.000 soldats par an et dispose de 27.000 réservistes. Le combat terrestre se décentralise jusqu’au trinôme ou même au soldat tout seul, qui y détient une part de responsabilité. Au cours des dix dernières années, l’armée de Terre a concentré ses efforts sur le combat contre le terrorisme militarisé, avec de très bons résultats militaires. Intégratrice, puissante et résiliente, elle doit changer d’échelle dans ses enseignements, le volume des forces à déployer sous préavis, le niveau d’engagement et les nouvelles menaces.

Environnement stratégique. Un nouveau cycle de conflictualité se met en place avec le retour d’affrontements très violents, souligne le CEMAT. Profitant de l’affaiblissement du système international, de nombreux pays accroissent leur puissance militaire. Ils n’hésitent pas à tester les défenses, parfois brutalement, et aller jusqu’à l’incident ou l’affrontement. Par suite du nivellement de la supériorité technologique occidentale, de nombreux pays acquièrent du brouillage de drone, et des missiles de longue portée et en font profiter d’autres pays qu’ils activent. Au Sahel, la menace aérienne reste inexistante et celle des feux dans la profondeur très faible. Mais en Libye, les groupes armés disposent de véhicules blindés, d’un environnement électromagnétique complet et des défenses sol/air. Par ailleurs, la force se manifeste de façon plus insidieuse dans le cyber, la désinformation et le harcèlement par des actions difficiles à attribuer. En raison de la prépondérance de l’émotion, certains Etats provoquent, avec quelques tweets, le désordre dans les esprits, dans la rue et peut-être au sein des unités militaires. En effet, la propagande se trouve à la portée de tous via…les smartphones ! Un adversaire, non choisi, va chercher à surprendre et imposer son rythme et sa volonté. Déjà, de nombreux Etats développent des modes d’action hybrides, moins prévisibles et privilégiant l’intimidation et la désinformation. Il s’agit, précise le CEMAT, de faire peser incertitude et surprise chez l’ennemi par la ruse, la désinformation et la « déception », à savoir l’induire en erreur pour l’amener à agir contre ses propres intérêts.

Préparation de l’avenir. Selon le CEMAT, un groupement tactique Scorpion sera déployé sur un théâtre opérationnel en 2021, avec l’objectif d’une brigade Scorpion en 2023. Les brigades blindées recevront les futurs chars franco-allemands vers 2035. Les équipements essentiels seront renouvelés : armes de petits calibres ; jumelles de vision nocturne ; missiles antichars. Il faudra apprendre à manœuvrer avec les cyberattaques, la guerre informationnelle et la guerre électronique offensive.

Loïc Salmon

Armée de Terre : la préparation opérationnelle, source de la puissance au combat

Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité

Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

 




Défense : la réserve opérationnelle, outil indispensable aux armées

La Garde nationale crée une dynamique de l’engagement dans la réserve, militaire ou de sécurité. L’Etat-major des armées y puise des personnels de renfort, en fonction de ses besoins et des qualifications des réservistes.

La réserve a fait l’objet d’une présentation à la presse, le 6 octobre 2020 à Paris, par le général de division Walter Lalubin, délégué interarmées aux réserves, et le général de brigade aérienne Véronique Batut, secrétaire générale de la Garde nationale.

Imbrication permanente. Conseiller du chef d’Etat-major des armées, le délégué interarmées aux réserves lui propose des évolutions en fonction des capacités des armées. Tous les citoyens français concourent à la défense de la nation. Ce devoir peut s’exercer, dès l’âge de 17 ans, par une participation à des activités militaires dans la réserve. Les réservistes, militaires à part entière, peuvent effectuer les mêmes missions que les personnels d’active, y compris dans les forces spéciales et le renseignement. Les armées assurent leurs entraînement, préparation opérationnelle et maintien en condition opérationnelle. En 2020, 1.000 réservistes par jour ont participé aux opérations « Sentinelle » (protection du territoire) et « Résilience » (crise sanitaire du Covid-19). Pendant le pic de mars à juin, cette dernière a impliqué 3.000 militaires, dont 500 réservistes, pour l’assistance médicale (médecins, infirmiers et praticiens), la protection et la logistique santé, en appui du ministère des Solidarités et de la Santé, qui a mobilisé ses propres ressources de réserve. Par ailleurs, souligne le général Lalubin, outre la lutte contre le terrorisme (opération « Barkhane » au Sahel), les armées doivent se préparer au risque de confrontation conventionnelle de haute intensité. Environ un tiers des réservistes opérationnels font partie d’unités spécifiques de réserve des armées de Terre et de l’Air pour des missions de protection. Les autres suivent une formation en prévision d’un emploi, individuel ou en petit module, sur tous les théâtres d’opération. Le doublement des effectifs de la réserve opérationnelle a permis de compenser la diminution de ceux des armées d’active. Cette attrition, estimée à 75.000 postes, a résulté de la Révision générale des politiques publiques (2007-2012) et de la Modernisation de l’action publique (2012-2017). Outre la réserve opérationnelle de niveau I (voir encadré ci-dessous), le ministère des Armées dispose d’une réserve opérationnelle de niveau 2 (RO2), constitué d’anciens militaires de carrière ou sous contrat et de personnes ayant accompli un volontariat dans les armées. Tous sont soumis à l’obligation de disponibilité dans la limite de 5 ans à compter de la fin de leur lien au service. Mobilisable par décret du Premier ministre, la RO2 s’est montée à 58.000 réservistes en 2019. Avec les anciens du Service militaire volontaire et les volontaires issus du Service militaire adapté (insertion socioprofessionnelle au profit des jeunes des outre-mer), cette RO2 atteint 80.000 personnels de tous grades. Les réservistes opérationnels effectuent des carrières courtes, souvent de l’ordre de 3 à 5 ans. Par ailleurs, la « réserve citoyenne de défense et de sécurité » (RCDS) accueille les Français volontaires et bénévoles, pour servir comme « réserviste citoyen » au sein d’une armée ou d’un organisme rattaché. Contributeurs au rayonnement des armées, ils diffusent des informations sur elles au sein de la société civile, sous condition d’agrément. Le ministère des Armées a ainsi délivré 4.000 agréments RCDS en 2019. Conformément aux évolutions des lois de programmations militaires 2014-2019 et 2019-2025, le budget des réserves est passé de 70 M€ en 2016 à 170 M€ en 2020. La Garde nationale constitue un forum d’échanges de réflexion, d’études et de pratiques, conclut le général Lalubin.

Synergie des expériences. Créée le 13 octobre 2016 après les attentats terroristes de 2015, la Garde nationale (GN) repose sur deux piliers, rappelle sa secrétaire générale : deux tiers de réservistes pour la sécurité civile au sein de la Gendarmerie et de la Police, dépendant du ministère de l’Intérieur ; un tiers pour le ministère des Armées. Les personnels de 20 à 40 ans constituent la moitié des effectifs de la GN au 1er janvier 2020. Un réserviste sur deux vient du monde du travail. La sécurité intéresse surtout les gens ayant servi dans la Police. La GN leur apporte les bonnes pratiques des armées et autres composantes. Elle doit en priorité faire savoir les besoins des ministères de l’Intérieur et des Armées et connaître les attentes des réservistes. Ses objectifs en 2020 portent sur : l’accompagnement financier ; la valorisation de l’engagement des réservistes ; le partenariat avec leurs employeurs pour répondre à leurs attentes ; un accès amélioré à l’information par l’ouverture d’une plate-forme internet.

Journées nationales des réservistes. Sur le thème de l’engagement individuel à l’engagement collectif destiné à favoriser la cohésion nationale, la GN organise les « Journées nationales des réservistes » du 10 octobre au 12 novembre 2020 sur l’ensemble du territoire national.  En effet, les crises successives amènent les employeurs et les établissements d’enseignement à s’interroger sur l’impact sociétal des réservistes. Atouts opérationnels de leurs unités, ceux-ci représentent également la GN au sein de leurs environnements professionnels, sociaux et familiaux. Pendant les journées nationales des réservistes, des événements, dénommés « Rencontres de la Garde nationale » permettent au grand public de prendre la mesure des engagements des réservistes, hommes et femmes, qui garantissent une mobilisation quotidienne. Des réservistes y apportent leur témoignage en « présentiel », par visioconférence ou diffusion de vidéos en raison du contexte sanitaire. Ces rencontres ont rassemblé 54.000 personnes en 2019. Les Journées nationales sont organisées en coopération avec les ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, les entreprises, les collectivités territoriales et les associations de réservistes. Elles se terminent le 12 novembre par un ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe à Paris, cérémonie organisée par le commandement des réserves de la Gendarmerie nationale et le secrétariat général de la Garde nationale.

Loïc Salmon

La réserve d’engagement de premier niveau (RO1) est constituée de volontaires issus de la société civile, des armées d’active ou d’anciens appelés du contingent. Tous doivent souscrire un engagement à servir dans la réserve. En 2019, 40.321 personnes ont intégré la RO1, contre 26.000 en 2016. Ils ont été répartis ainsi : 24.255 dans l’armée de Terre ; 6.252 dans la Marine nationale ; 5.759 dans l’armée de l’Air ; 3.325 dans le Service de santé des armées ; 524 dans le Service du commissariat des armées ; 206 dans le Service des essences des armées. 4.000 réservistes sont employés chaque jour, dont plus de 1.000 dédiés à la protection du territoire national. 48 % sont issus de la société civile et 37 % sont âgés de moins de 30 ans. Chaque réserviste effectue en moyenne 40 jours d’activités par an, alors que l’objectif a été fixé, en 2016, à 36,5 jours/an.

Réserve militaire : nécessité de fidéliser les « civils »

Réserve : montée en puissance pour la sécurité nationale

Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes




Liban : l’opération « Amitié », réactivité et efficacité

Manœuvre logistique d’ampleur réalisée en urgence, l’opération « Amitié » de projection d’une force française de soutien dans le port de Beyrouth s’est déroulée du 4 août au 23 septembre 2020, pour aider l’armée libanaise.

Des retours d’expérience (Retex) ont été présentés à la presse le 22 septembre à Paris par l’Etat-major des armées. Y sont intervenus : le colonel Frédéric Barbry, son porte-parole (photo) ; le lieutenant-colonel chef opération du Groupement terre génie « Ventoux » ; le capitaine de corvette commandant le groupe de plongeurs-démineurs de la Méditerranée ; le lieutenant-colonel commandant l’Escadron de ravitaillement en vol de transport stratégique 1/31 « Bretagne » ; le commissaire principal adjoint au chef de bureau Planification de l’état-major opérationnel du Service du commissariat des armées.

Opération interarmées. En réponse aux explosions de 2.750 t de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth (190 morts et 6.500 blessés), l’opération « Amitié » a été lancée dès le 4 août, a rappelé le colonel Barbry. Elle a nécessité l’acheminement de 750 militaires et 1.200 t de fret humanitaire, en coordination avec les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Santé. Les 8 projections aériennes ont mis en œuvre : 4 A400M Atlas, 1 C-130J Super Hercules et 1 C-160 Transall pour le transport tactique ; 1 Airbus A310 pour le transport stratégique ; 1 avion ravitailleur A330 Phénix. La projection maritime a inclus le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre avec des moyens amphibie de débarquement, véhicules incendie, engins de déblaiement et travaux sous-marins et d’investigation, 1 hélicoptère Alouette III (Marine nationale) et 1 hélicoptère Caracal (armée de l’Air) ; le porte-conteneurs Calao, affrété militaire. Avec 1.100 rotations de camions bennes, l’opération « Amitié » a permis de dégager 25 ha de terrain et 17.000 t de gravats.

Retex Terre. L’effectif terrestre a inclus 390 hommes du Groupement génie « Ventoux » (dont des équipes pour les travaux en hauteur), 55 sapeurs-sauveteurs et 13 marins-pompiers de la Sécurité civile. Il a disposé d’un état-major opératif et de 4 PC successifs dans le département du Vaucluse, à Toulon, à bord du Tonnerre et dans le port de Beyrouth. Celui-ci a été « scanné » pour en vérifier les infrastructures. En outre, 37 missions d’information et 11 chantiers ont été lancés en ville, dont le découpage de 3.000 m de charpente métallique, pour la reprise de l’activité.

Retex Marine nationale. Les 15 plongeurs-démineurs, déjà en alerte, et les éléments du génie maritime ont reconfiguré leurs matériels, dont un appareil spécial pour la soudure sous-marine à 3.000 °C, un casque de plongée en surpression pour éviter des entrées d’hydrocarbures et un robot télé-opéré dans les endroits dangereux. Le Service hydrographique et océanographique de la marine a cartographié le fond du port sur 1 km2. 80 plongées d’identification ont eu lieu, facilitées par l’interopérabilité avec les plongeurs libanais formés en France.

Retex armée de l’Air. Les A 400M ont effectué 4 rotations entre la France et Beyrouth pour transporter 75 marins-pompiers, 3 chiens de recherche et 6 t de matériel. Le Phénix a réalisé un aller-retour Istres-Beyrouth, soit 4.000 km en 4 heures de vol, avec un seul « plein » et 2 heures d’escale. Le Caracal a été mis en alerte pour évacuer, éventuellement, un plongeur accidenté sur Chypre.

Retex Commissariat. Un détachement mixte a établi un dispositif financier et monté un réseau Wifi pour les liaisons avec les familles des militaires projetés.

Loïc Salmon

Service de santé : culture du retour d’expérience en opération extérieure

Opex : bilans de « Chammal » et de « Barkhane » en 2019

Logistique opérationnelle : de la maîtrise des flux à la force « Scorpion »

 




Marine nationale : les BRF pour durer en mer face aux menaces, nouvelles ou lointaines

Les futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) devront rejoindre, sans escorte, un théâtre d’opération, parfois très lointain, pour soutenir des frégates, le groupe aéronaval, le groupe amphibie ou l’interopérabilité en coalition.

Le capitaine de frégate Teisseire, chargé du domaine capacitaire Projection-Mobilité-Soutien, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 29 juin 2020 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Evolution stratégique. Dès 1917, la Marine américaine pré-positionne des pétroliers au Sud du Groenland pour ravitailler, en mer, ses convois en provenance des Etats-Unis, entrés dans la première guerre mondiale. Pendant la seconde, la Marine britannique en utilise en Atlantique pour allonger son rayon d’action dans la lutte contre les sous-marins allemands. La Marine américaine en emploie pour ravitailler sa flotte du Pacifique. Après 1945, la Marine française s’en sert pour ravitailler ses escadres en vivres, pétrole, carburant aviation et munitions. La crise de Suez (1956) aura pour conséquences la pérennité des pétroliers-ravitailleurs (PR), la nécessité des porte-avions et l’accélération du programme nucléaire pour garantir l’indépendance stratégique de la France. Dans les années 1960, la flotte, concentrée à 40 % dans le Pacifique pour protéger le site de Mururoa, a besoin de PR et de navires-ateliers. Lors des opérations extérieures postérieures à 1970, elle se recentre vers l’océan Indien, autour de la base navale de Djibouti et des porte-avions Foch et Clemenceau. Ce dernier et ses navires d’escorte (32 avec les relèves) y restent 14 mois en 1987-1988, pour protéger les navires de commerce français pendant le conflit Irak-Iran. Depuis 2016, le Charles-de-Gaulle, à propulsion nucléaire, dispose d’un groupe aérien « tout Rafale » à l’allonge très supérieure à celle du Super-Etendard modernisé. Une présence navale, forte et durable, dissuade les tentatives du fait accompli, tactique de certains Etats. A l’horizon 2040, les nouvelles frégates de taille intermédiaire et le porte-avions de nouvelle génération seront en service.

Mutation technique. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie et l’Italie développent des BRF. Dans le cadre de son programme « Flotte logistique », la Marine française va remplacer ses PR anciens par quatre BRF, dérivés du Vulcano italien et construits par Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique (Saint-Nazaire). Leur entrée en service s’échelonnera entre 2022 et 2029. Armé d’un canon de 40 mm pour contrer les menaces simultanées, de type asymétrique de surface ou aérienne et le missile antinavire, chacun aura une longueur de 194 m, un déplacement de 31.000 t à pleine charge, une autonomie d’environ 15.000 km et un équipage de 130 marins. Conformément aux normes environnementales internationales, il disposera d’une double coque et récupérera les déchets des bâtiments ravitaillés. Il pourra embarquer 60 passagers, le futur système de guerre des mines et de nouveaux armements. Il sera équipé d’un drone et d’un hélicoptère NH90, complémentaires pour les norias avec les autres bâtiments. Son pont d’envol pourra accueillir le V-22 Osprey américain à rotors basculants (photo), dont la grande capacité d’emport permettra de réduire les allers-retours vers la flotte. Equipé d’une imprimante 3 D, un BRF pourra fournir des pièces de rechange aux autres bâtiments, très « numérisés » et automatisés. Les BRF effectueront des norias entre le point d’appui logistique à terre et la force en mer…jusqu’en 2069 !

Loïc Salmon

Marines : outils politiques et de projection de puissance

L’appropriation des mers

Marine Nationale : 40 bâtiments en permanence à la mer




Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité

Dans le combat, probable, de haute intensité de demain, le commandant sur le terrain devra vaincre l’ennemi dans un contexte de chaos humain, matériel et informationnel sur un large spectre et pendant de longues périodes.

Ce thème a été abordé lors du colloque organisé, le 6 février 2020 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées (CEMA) ; le général de corps d’armée Bernard Barrera, major général de l’armée de Terre ; le général de division Patrick Bréthous, sous-chef d’état-major opérations aéroterrestres de l’armée de Terre ; le général de brigade Todd Wasmund, adjoint opérations de la 3ème Division américaine d’infanterie.

Haute intensité. Les armées assurent la protection de la France, à savoir ses intérêts ou sa survie en cas de menace existentielle, rappelle le CEMA. Les crises d’aujourd’hui ne correspondent pas à un engagement de haute intensité, mais plutôt à des confrontations intenses comme au Mali. Donner la mort sur ordre de l’Etat, pour atteindre un objectif désigné pour le bien commun, entraîne un taux d’attrition physique mal accepté par une grande nation démocratique. Celle-ci mobilise ses ressources dans tous les champs imaginables. Les moyens spatiaux et cyber démultiplient les effets militaires, pour vaincre l’adversaire sans coups de feu. Dans une guerre menée par des acteurs divers, le chef militaire porte la coordination. Sur le terrain, comme meneur d’hommes formés et entraînés, il favorise la cohésion de son unité, force morale qui donne la supériorité mais fragilise le combat tactique quand elle vacille, prélude à la défaite. La convergence des valeurs républicaines et du bien commun font bénéficier la France d’une attractivité suscitant des vocations militaires, qui font défaut à d’autres pays, indique le CEMA. L’exemplarité du chef et le souci de ses subordonnés lui permettent de garder la cohésion de l’unité dans l’engagement tactique. Exercice de définition, son ordre initial consiste à exposer les motifs des ordres de ses supérieurs en vue de convaincre ses subordonnés, qu’il comprend et connaît bien, et leur expliquer comment atteindre un effet majeur. Dans l’affrontement des volontés, qui caractérise le combat, la capacité d’initiative permet de faire face à l’inattendu, à la surprise du champ de bataille. Forme la plus élaborée de la discipline, l’initiative reste nécessaire au combat. Par ailleurs, le chef tactique doit toujours respecter l’éthique militaire face à la violence. Fort de sa capacité à discerner, il assume la responsabilité de ses choix, qu’il ne doit pas oublier.

Continuité et adaptation. Objet vivant en évolution permanente, la guerre génère de la complexité, estime le général Bréthous. Elle entraîne des dommages matériels, un effort économique, une instabilité politique et, pour les soldats, une perte du sentiment d’humanité. Ceux-ci se tournent vers leur chef tactique, qui peut risquer leur vie si nécessaire et doit contrôler le feu face à l’adversaire, qui n’aura pas toujours les mêmes contraintes éthiques. En conséquence, il suit une formation tout au long de sa carrière avec stages, franchissements de grades, passages sur simulateur avant l’environnement réel et dans le contexte de l’époque. Résistant à la fatigue et à la douleur, le chef maîtrise la technique de ses armes, agit en autonomie sur le plan tactique, suscite l’enthousiasme de ses soldats et les guide, même si certains meurent au combat. Son sens du service, son esprit guerrier, sa culture historique, sa connaissance du pays et du milieu politico-diplomatico-militaire enrichissent son expérience et élargissent sa culture générale. Au combat, il applique ce qu’il a appris, au fond du désert comme en haute montagne. En outre, il s’appuie sur l’intelligence collective de son état-major et permet à chacun de s’exprimer à son niveau. Il bénéficie des apports technologiques et des analyses de ses experts et de chefs alliés. Il n’existe pas de chef unique mais des chefs différents, que la troupe regarde et veut entendre, souligne le général Bréthous. Leur compréhension de la situation tactique leur permet d’apporter les bonnes réponses aux bonnes questions. Au sein d’un état-major, le chef ou son adjoint, qui s’aperçoit de toute dérive éventuelle, s’arrange pour que le « fort » compense le « faible » et maintient la cohésion.

Systèmes d’armes et d’hommes. Il faut se préparer à un conflit majeur, avec des pertes possibles, et à combattre en interarmes et interarmées, souligne le général Barrera. Il pourrait se produire en Europe avec des matériels plus performants que dans les années 1980 (Balkans) et des moyens immatériels (cyber), qui feront la différence. Les chefs tactiques s’y préparent avec les retours d’expérience acquis jusqu’à l’opération « Barkhane » au Sahel. Dans tout conflit futur, le chef continuera à décider au cœur de la bataille, en s’adaptant au contexte. Grâce à son esprit ouvert et curieux, il peut comprendre les complexités du monde et de la menace. Tirant partie de la technologie, il peut agir en mode dégradé face à l’incertitude, grâce à l’intelligence artificielle qui « discrimine les signaux » les plus importants. Il filtre l’information, n’en gardant que l’essentiel, et résiste à la désinformation, déstabilisante pour lui et ses soldats. Il maintient la cohérence de l’outil de combat dans les champs immatériel (cyber) et matériel (armes et équipements), en évitant les technologies trop compliquées, facteurs d’échecs au combat. En temps de stress et pour conserver l’efficacité, il doit éviter les réflexes corporatifs et faire preuve d’agilité intellectuelle. Il doit se montrer apte à s’intégrer et commander en multinational. Outre sa capacité d’éduquer et d’entraîner ses personnels, son autorité repose sur le bon sens. Il connaît ses subordonnés et ne leur donne que des ordres qu’ils soient capables d’exécuter. Il prépare ses ordres, conscient de la prise de risques quand l’enjeu n’en vaut pas la peine. Une troupe qui gagne peut encaisser des pertes et ne pas s’arrêter s’il y en a, estime le génal Barrera. Quand elle se sent en danger, la nation aussi se montre capable d’encaisser le choc. Les pertes ont été mal acceptées en Afghanistan, en raison de la trop longue durée de l’engagement. Ce n’est pas le cas au Sahel, car la lutte contre l’islamisme est bien perçue. La logique du « zéro mort » n’existe plus, conclut le général Barrera.

Loïc Salmon

Selon le général Wasmund, l’éthique du soldat de l’armée de Terre des Etats-Unis se résume en quatre principes : priorité permanente à la mission ; ne jamais accepter la défaite ; ne jamais déserter ; ne jamais abandonner un camarade blessé. Elle s’insère dans la profession de foi suivante : « Je suis un soldat américain ; je suis un guerrier et membre d’une équipe ; je sers le peuple des Etats-Unis et vit les valeurs de l’Armée ; je suis discipliné et solide physiquement et mentalement, entraîné et compétent dans mes tâches et exercices militaires ; j’entretiens toujours mes armes, mon équipement et ma personne ; je suis un expert et un professionnel ; je me tiens prêt à être déployé et engagé pour détruire les ennemis des Etats-Unis en combat rapproché ; je suis un gardien de la liberté et du mode vie américain. »

Défense : durer et vaincre dans un conflit de haute intensité

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique

Défense : l’alchimie de la décision du chef de guerre




Armée de Terre : retours d’expériences et interculturalité

Le monde militaire et celui des entreprises multinationales, confrontés tous deux à l’interculturalité, y adaptent leur formation en permanence.

Cette question a été abordée au cours d’un colloque organisé, le 27 novembre 2019 à Paris, par l’Etat-major spécialisé pour l’outre-mer et l’étranger. Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et de l’Enseignement militaire supérieur ; Alain Juillet, président de l’Académie d’intelligence économique ; Pascal Monpetit, consultant international ; Marie Serre, anthropologue.

Les enjeux stratégiques. L’interculturalité se trouve au cœur de nos pratiques et engagements, où la connaissance de l’autre accroît l’efficacité, souligne le général Destremau. Reconnaître la particularité d’un point de vue différent du nôtre constitue un avantage. Ainsi, par le dialogue entre civils et militaires, l’IHEDN intègre les différences, constantes et régularités pour saisir la relativité de son propre point de vue. Il favorise les échanges entre les cultures des secteurs privé et public, entreprises, administrations, associations et mouvements politiques qui s’ignorent. La règle de « Chatham House » (échange d’informations sous réserve d’un anonymat total) permet de découvrir un monde inédit et de travailler ensemble dans un but commun. Les différentes cultures déterminent des manières de vivre et d’agir, qui ne se réduisent pas aux différences des religions. Les spécificités d’un ministère font prendre conscience de la nécessité de l’action interministérielle. Dans le domaine académique, l’interdisciplinarité, indispensable pour la crédibilité, apparaît difficile à mettre en œuvre. Il s’agit de rapprocher des mondes, qui habituellement ne se parlent pas. La prospective de défense globale nécessite de connaître la situation internationale, enjeu majeur de la culture stratégique. La thèse de l’autonomie stratégique européenne recourt à l’interculturalité pour transcender les particularités de chaque pays, en vue d’une défense commune. Un accord sur les moyens nécessite de s’entendre pour garantir l’indépendance. L’erreur de l’Union européenne a été de construire l’Europe des marchés et non celle des citoyens. Dans la perspective d’une défense européenne, la France doit comprendre les perceptions qu’elle suscite. Face à l’internationalisation des confrontations, la diplomatie recherche les coopérations pour ajuster les forces, afin de résoudre les conflits. Les opérations interalliées se trouvent au cœur des engagements diplomatiques et de la réflexion stratégique. L’intérêt commun exige un lien solidaire pour conduire une opération en commun sur la base d’une culture stratégique commune. Cela implique agilité, souplesse et adaptation aux circonstances, car l’art de la guerre ne se réduit jamais à une mécanique.

Les « multinationales ». Les grands groupes, qui absorbent des entreprises dans le monde entier, doivent en fédérer les personnels, pour les faire adhérer à des objectifs qui n’étaient pas les leurs, explique Alain Juillet. Ils y parviennent par : des objectifs partagés et non pas imposés ; l’expertise des salariés ; un regard objectif sur l’entreprise rachetée. L’alliance entre Volvo (Suède) et Renault (France) a échoué en 1993 dans sa tentative de constituer un constructeur automobile de taille mondiale, en raison des comportements trop différents des personnels. Il convient de connaître l’histoire de l’autre pour bâtir une histoire commune, par exemple un dirigeant génial ou une spécialité unique. L’emploi d’une langue de travail commune, en général l’anglais, facilite la qualité des échanges. Or il semble difficile d’imposer l’anglais dans les grandes entreprises françaises. L’altérité (« aimer l’autre ») consiste à respecter chaque salarié, pour qu’il croit avoir une perspective de carrière par une égalité de traitement. Mais souvent, le recrutement de dirigeants par leur origine commune provoque la perte de cadres moyens très compétents…qui partent avec leur expertise ! La solution passe d’abord par l’apprentissage du travail en groupe, souligne Alain Juillet. En France, le classement de sortie d’une grande école crée des rangs qui ont tendance à se maintenir à vie. Aux Etats-Unis et en Chine, les cadres sont jugés sur leur capacité à travailler en groupes interchangeables. Pour une mission donnée, des personnels issus de différents services et métiers sont regroupés pour partager réflexions et résultats. Avant une expatriation, les cadres et leur famille devraient suivre une formation spécifique sur le pays d’accueil pour en connaître les codes. Par exemple, au Japon, la décision au sein d’une entreprise part d’en bas, alors qu’elle vient d’en haut aux Etats-Unis. Dans l’ensemble, lors de négociations, les Extrême-Orientaux disent toujours « oui » pour ne pas perdre la face. Le chef ne parle pratiquement pas, pour ne pas se trouver en porte à faux avec ses subordonnés. L’astuce consiste alors à demander une suspension de séance, au cours de laquelle les interprètes respectifs se concertent sur la signification réelle du « oui » à la question posée. Seule une bonne culture locale permet de bien comprendre ses interlocuteurs. Il s’agit de créer, par la formation, une communauté de valeurs pour fédérer des gens de cultures d’entreprise différentes. Enfin, l’absence de respect des spécialistes peut entraîner des problèmes internes considérables et conduire à la disparition d’entreprises.

Les défis interculturels. Les entreprises multinationales doivent adapter leur manière de communiquer et bien comprendre le processus de décision, estime Pascal Monpetit. En matière de communication, celle-ci apparaît conflictuelle et de façon explicite en Russie et implicite en France. Elle prend une forme d’évitement et de façon explicite aux Etats-Unis, mais implicite en Chine et en Suède. Au sein d’une entreprise, la décision se prend en équipe aux Etats-Unis, au niveau des spécialistes au milieu de l’organisation en Allemagne et au Japon, par une cascade de délégations en France et de façon autocratique en Russie… qui n’a pu créer d’entreprise multinationale en 30 ans !

Loïc Salmon

L’interculturalité nécessite un travail sur soi pour rencontrer l’altérité, explique Marie Serre (photo). Il existe un décalage dans le temps entre l’identité (moi) qui s’oppose à l’altérité (eux) et ne partage pas la même vision du monde ni le jeu des rapports sociaux de classe et de race (fait historique). De la représentation de l’autre et de soi s’ensuit une inégalité dans les relations internationales, où les objectifs peuvent diverger ou converger. L’ethnocentrisme privilégie les codes et croyances du groupe d’appartenance. Sa déconstruction, qui change le mode de pensée, implique de réfléchir à des questions comme « Pourquoi je pense ça ? », « Pourquoi j’agis comme ça ? » ou « Pourquoi je ressens ça ? ». Le dialogue permet de coopérer par le partage de croyances et d’expériences. Trop peu d’informations conduit à remplir les caractéristiques manquantes à partir de stéréotypes, généralités et préjugés personnels. Mais trop d’informations concentre l’attention sur les détails qui confirment les croyances antérieures.

Armée de Terre : opérations et relations internationales

Défense : se réapproprier la question militaire

Sûreté : élément stratégique des entreprises internationales




Marines : outils politiques et de projection de puissance

La capacité d’intervenir n’importe où à partir de la mer garantit le statut de grande puissance militaire. Parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, seuls les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne en disposent. Les opérations amphibies ont évolué techniquement, mais présentent des constantes historiques.

Martin Motte, professeur à l’Ecole de guerre, l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 5 juin 2019 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

La voile et le feu. Un vaisseau de haut bord, qui emporte des canons et des vivres pour plusieurs mois, pèse 32 fois plus qu’une galère, obligée de s’approvisionner tous les jours (voir encadré). Son artillerie, complétée par les bombes d’une galiote à faible tirant d’eau pour s’approcher d’un port fortifié, peut servir à une action de rétorsion, comme lors du bombardement d’Alger par la Marine française en 1682. Son propre tirant d’eau, supérieur à 7 m, l’empêchant de s’approcher d’une plage, il s’ensuit une disjonction entre combat naval et mise à terre de troupes au moyen de chaloupes, comme à Louisbourg (Amérique du Nord) par une force britannique en 1745. Le débarquement, plus ou moins long selon les fonds, peut bénéficier de l’appui feu du vaisseau contre la plage, mais inefficace contre des fortifications trop élevées. Toutefois, une opération amphibie s’avère hasardeuse si le vent change de direction. Ainsi, en 1758, des navires britanniques bombardent Saint-Malo, tandis que d’autres peinent à débarquer puis rembarquer une force expéditionnaire à Saint Gast, écrasée par l’armée française. L’année suivante, le colonel britannique Thomas Molyneux élabore une théorie de l’opération amphibie et recommande : l’attribution du commandement de la force à la mer à un amiral puis, à terre, à un général ; un entraînement spécifique ; une opération de diversion pour créer la surprise sur le lieu de débarquement ; la constitution d’une batellerie spécifique pour le transfert d’une compagnie complète ; l’appui feu par des canonnières au plus près de la plage ; l’échelonnement des vagues de débarquement avec un officier de plage, dès la première vague, pour coordonner les déplacements des troupes et de la logistique. Ces principes seront appliqués avec succès par la Marine britannique, lors de la prise de Québec en 1759 et la 3ème bataille d’Aboukir en Egypte en 1801, et par les forces alliées en Normandie en 1944.

L’ère industrielle (1850-1945). Les inventions techniques, à savoir armes à répétition, véhicules motorisés et indépendance du vent, renforcent la projection de puissance par mer. Les flux logistiques croissent pour les approvisionnements, les munitions, le charbon et le pétrole. Chemins de fer et automobiles améliorent la mobilité du des opérations à terre et en raccourcissent le temps. De 75.000 hommes au début de la guerre de Crimée (1854-1855), les effectifs passent à 140.000 hommes à ravitailler tous les jours au siège de Sébastopol. La flotte franco-britannique de 855 cuirassés parvient à détruire les forts russes, pourtant dotés de canons de gros calibres. Face à des armées locales moins bien équipées, France et Grande-Bretagne se taillent des empires coloniaux, mais perdent leur savoir-faire amphibie. La stratégie de déni d’action et de zone s’amorce à partir de 1880 avec la révolution de la défense du littoral par mines, sous-marins et torpilles capables de couler des cuirassés. Ainsi, l’expédition franco-britannique des Dardanelles en 1915 échoue : trois cuirassés coulés par des mines ; troupes transportées par péniches blindées, mais décimées par les mitrailleuses et canons à tir rapide turcs. Les pertes atteignent 60 %, contre 10 % à Omaha Beach en 1944. L’opération allemande « Albion » en Estonie en 1917, facilitée par des photos aériennes, déploie avec succès 24.000 hommes aguerris face à des troupes russes démotivées par la révolution bolchévique. En 1921, le colonel américain Earl Hellis, modernise les principes de Molyneux : liaison radio pour la coordination ; renforcement de la puissance de feu ; compétence pour gérer les troupes débarquées ; rapidité des mouvements sur la plage. Le débarquement de 13.000 Espagnols à Alhucemas (Al Hoceima), en 1925, combine l’appui feu aérien et les chars d’assaut contre 16.000 Marocains. Les grands débarquements de la guerre du Pacifique entre 1942 et 1945 et de Normandie en 1944 incluent : destruction des infrastructures terrestres pour annuler la mobilité de l’ennemi ; matériels nouveaux ; construction de ports artificiels.

L’amphibie aujourd’hui. Les opérations amphibies continuent pendant les guerres d’Indochine (1945-1954), de Corée (1950-1951), du Viêt Nam (1954-1975) et des Malouines (1982). Depuis la fin de la guerre froide (1991), le littoral devient un enjeu social, par la concentration des populations, et économique avec les prospections d’hydrocarbures offshore. Pour éloigner la menace de ses côtes, la Chine tire les leçons des opérations amphibies franco-britanniques du XIXème siècle, constitue un périmètre défensif de chaînes d’îles et d’atolls, correspondant aux conquêtes japonaises de1941-1942, et installe des missiles à terre et sur des navires. Dans le Pacifique, les Etats-Unis déploient porte-avions et sous-marins avec missiles de croisière. En cas de crise et à distance des missiles chinois, ils ajouteraient des bateaux-robots puis des navires d’assaut amphibie avec des hydroglisseurs et des appareils hybrides V-22 Osprey, combinant l’hélicoptère et l’avion, pour des poser d’assaut plus précis qu’un largage de parachutistes (photo). L’opération franco-britannique « Harmattan » en Libye en 2011, avec hélicoptères mais sans débarquement de troupes, a présenté un coût politique. Pour la France, le porte-hélicoptères amphibie de classe Mistral, transformable en navire-hôpital pour aider une population sinistrée, constitue un vecteur d’influence.

Loïc Salmon

Depuis l’Antiquité, le contrôle des passages et des îles s’avère primordial en mer de Chine, Baltique et Méditerranée. Le pseudo-Xénophon (- 130 avant JC) théorise l’opération amphibie par la capacité à débarquer, combattre et rembarquer très vite. Une galère de guerre athénienne se déplace à 10 km/h, contre 5 km/h pour un fantassin avec son équipement de 30 kg. Au Moyen-Age, le cheval devient plus important que le fantassin, car il permet de combattre plus rapidement à terre. Le débarquement des Normands en Angleterre, le 25 septembre 1066, s’effectue sans perte, car la bataille d’Hastings se déroulera trois semaines plus tard. Par la suite, l’action amphibie s’accompagne d’un épuisement de l’adversaire à terre par des tirs d’arbalètes et de balistes. Ainsi, pour prendre Constantinople, les Croisés débarquent au Nord-Est de la ville le 5 juillet 1203 et, avec les trébuchets transportés par mer, bombardent les troupes byzantines sur la plage, prennent le contrôle de l’estuaire de la Corne d’Or et attaquent simultanément la ville par le Nord-Est, côté terre, et le Nord-Ouest, côté mer. En Normandie en 1944, la percée d’Avranches par les armées alliées, six semaines après le débarquement du 6 juin, permet la reprise du port de Cherbourg, indispensable à la logistique.

Les Français du jour J

Libye : retour d’expérience de l’opération Harmattan

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer




Guerre : complexité des approches politique et militaire

Conduire une guerre nécessite une solidarité entre autorité politique, direction militaire et soutien populaire. Cela repose sur la confiance qui se gagne et se maintient en toutes circonstances.

Cette équation complexe a été exposée par le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’état-major particulier du président de la République (1999-2002), d’Etat-major des armées (2002-2006) et du Comité militaire de l’Union européenne (2006-2009), lors d’une conférence débat organisée, le 16 mai 2019 à Paris, par les associations EuroDéfense-France et Minerve EMSST.

Evolution de la guerre. Les philosophes et les physiocrates du XVIIIème siècle pensaient que la démocratie et les échanges commerciaux supprimeraient la guerre. A l’issue de la guerre froide (1947-1991) l’opinion générale estimait impossible le retour d’un conflit majeur pour trois raisons : supériorité de la puissance économique à la puissance militaire ; forte dévaluation des valeurs guerrières traditionnelles ; coût de la guerre dépassant le bénéfice escompté. Seul ce dernier argument reste valable, estime le général Bentégeat, qui souligne que l’Europe de l’Ouest connaît la paix depuis 1945 et que le nombre de conflits dans le monde a diminué de moitié depuis 1991. Toutefois, des signes avant-coureurs d’un retour probable de la guerre n’ont pas disparu. D’abord, l’obstacle majeur, à savoir la terreur de l’arme nucléaire, se trouve ébranlé par le boycott, par les Etats-Unis, du vote sur le Traité d’interdiction des armes nucléaires, adopté en 2017 par 122 pays lors d’une assemblée générale de l’ONU. Ensuite, des conflits persistent localement au Yémen et dans la bande sahélo-saharienne. Sur le plan économique, le retour à l’unilatéralisme du XIXème siècle vide le G20 de sa substance. Le décalage démographique entre l’Union européenne et l’Afrique va accroître les flux migratoires et le réchauffement climatique entraîner des conflits en Afrique avec des répercussions en Europe. Les ressorts de la guerre persistent : fond d’agressivité lié à la peur du plus fort ; remise en cause de l’état de droit par la violence, la haine et l’intérêt. La guerre change de forme : absence de déclaration formelle ; conflits ethnique et religieux ; élargissements aux cyberespace et espace extra-atmosphérique ; porosité de la frontière entre guerre et paix. La guerre, selon le théoricien militaire Clausewitz (1780-1831), reste un affrontement de volontés, mais avec un caractère hybride, une multiplicité d’acteurs et un poids accru des opinions publiques. En effet, la société ne supporte plus le choc de la mort au combat et n’assume plus des pertes massives. En 1914, au début de la première guerre mondiale, ces dernières avaient atteint 20.000 morts en un jour, sans susciter une émotion comparable à celle des 10 morts dans une embuscade en Afghanistan en 2008.

Eléments-clés. Auteur du livre « Chefs d’Etat en guerre », le général Bentégeat en a dégagé des caractéristiques. Le chef de l’Etat, décideur de la guerre, doit avoir une vision réaliste de la situation, une ambition raisonnable et la capacité de mobiliser la nation et toutes ses ressources. Sans scrupules, il choisit un chef militaire compétent et garde son sang-froid pour ne pas céder à l’émotion ni à la colère. Loyal mais sans complaisance vis-à-vis de lui, le chef militaire a acquis sa compétence par une expérience opérationnelle, quoique pas toujours appropriée. Son « sens politique » lui permet de comprendre les motivations et contraintes du chef de l’Etat, sans pour autant porter atteinte aux exigences opérationnelles. L’adhésion du peuple, facteur crucial du succès, nécessite de gagner la bataille de l’information, notamment sur les réseaux sociaux qui génèrent désinformation, émotion et impatience.

Fonctionnement opérationnel. Dirigeants politiques et militaires partagent un intérêt commun dans l’art de la guerre. Or le succès d’une opération se trouve contraint à l’immédiateté par le calendrier électoral des dirigeants politiques, qui vient dans le temps court, alors que les chefs militaires travaillent dans le temps long. Le politique donne des directives floues pour ménager l’opinion publique, quand le militaire attend des ordres clairs pour une action la plus précise possible. Les armées sont destinées à combattre et à gagner la guerre. Mais ignorer sa finalité politique conduit au risque d’un enfermement technique et tactique. Les chefs d’Etat recherchent le compromis, quand les chefs militaires tendent à s’en tenir aux schémas et slogans de la culture OTAN, indique le général Bentégeat. Quoique s’impose la soumission du chef militaire à l’autorité politique, celle-ci conserve une certaine méfiance à son égard. Elle aura alors tendance à exercer un contrôle, soit absolu et permanent, soit discret et sournois. Normalement, le chef de l’Etat fixe le but à atteindre et les « lignes rouges » spatiale et temporelle à ne pas dépasser et le chef militaire exécute. Toutefois, un échec tactique aura un impact politique susceptible de modifier les équilibres diplomatiques dans la région. En effet, l’action militaire n’est qu’un élément de la stratégie globale, qui inclut des aspects financiers et économiques. L’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne implique directement la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad et, indirectement, l’Algérie à la frontière Nord et l’Arabie saoudite qui finance. Les militaires ont quelque chose à dire sur les opérations mais ne restent qu’un an sur zone. Le but politique porte sur les aides au développement et aux armées locales. Il nécessite une coordination des actions auprès des gouvernements locaux pour parvenir à une solution diplomatique.

Le cas français. Chaque semaine un conseil restreint de défense et de sécurité nationale réunit le président de la République, le Premier ministre, les ministres concernés et le chef d’Etat-major des armées. Avec pour objectif le succès des opérations, ce dernier assure le commandement opérationnel du feu, le chef d’état-major particulier du président de la République la fonction de conseil et, depuis 2013, le ministre des Armées celle de l’emploi des forces. Le Parlement n’est consulté qu’après quatre mois. Toutefois, la complexité des opérations renforce l’incertitude de la prise de décision, indique le général Bentégeat. En matière de renseignement, les services français donnent une appréciation de la situation complétée, sur le plan opérationnel, par des moyens américains. La conduite d’une guerre par la France seule devient impossible pour des raisons de capacité militaire et de légitimité internationale, toute action unilatérale engendrant la suspicion. Enfin, les sondages soulignent le renforcement du lien Armée-Nation depuis la suspension de la conscription.

Loïc Salmon

Selon le général Bentégeat, l’Union européenne, qui dispose de 1,5 million de militaires, parvient difficilement à en déployer 5.000…dont la moitié de Français ! Ses deux groupements tactiques en alerte n’ont pas été engagés depuis 2005, en raison de difficultés capacitaires et par manque de volonté politique des dirigeants des pays membres. La constitution, à terme, d’une armée de l’UE présuppose une politique étrangère commune. Mais l’idée rencontre déjà une opinion favorable de la part de 43 % des Européens.

Chefs d’Etat en guerre

État-major des armées : bilan de l’amiral Édouard Guillaud

CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions