Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

L’intervention française « Sangaris », courroie d’entraînement de l’action internationale, a conservé l’initiative dans un environnement caractérisé par la surprise et la versatilité.

Le colonel Arnaud Goujon, ancien responsable de la conduite des opérations au niveau de l’état-major de théâtre implanté à Bangui, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de l’armée de Terre.

Constats clés. Plus haut niveau du commandement militaire projeté sur un théâtre, le commandement « opératif » gère et évalue dans la durée les effets de l’intervention. Il recouvre des dimensions militaire, civilo-militaire et politico-militaire. Y sont impliqués le général commandant la force « Sangaris », l’ambassadeur de France en Centrafrique et l’attaché de Défense à Bangui. La situation, volatile, incertaine, complexe et ambiguë, nécessite une solution globale avec des volets militaire, économique, international et diplomatique. La crise, déclenchée localement, s’est étendue aux niveaux national et régional. Les groupes armés se disputent les ressources pétrolières et diamantaires du pays. En outre, la transhumance saisonnière des troupeaux vers le Nord atteint la frontière Sud du Tchad, qui se préoccupe de sa sécurité. Des autorités politiques de transition, au pouvoir limité et à la liberté d’action faible, dirigent l’État centrafricain. Elles parviennent difficilement à lever l’impôt, à identifier les fonctionnaires et à connaître leur disponibilité. Faute d’un gouvernement légitimé par des élections, les divers groupes armés tentent en permanence de tester les failles de l’administration en créant des polices parallèles. Parmi eux, figurent les « anti-balaka », parfois soutenus par d’anciens militaires des forces armées centrafricaines fidèles à l’ancien président François Bozizé, porté au pouvoir par un coup d’État en 2003 et renversé en mars 2013. Ils s’opposent notamment aux milices de la  « séléka » à majorité musulmane et fidèles à Michel Djotodia, qui s’est autoproclamé président en mars 2013 puis a démissionné en janvier 2014. Tout le monde se connaît. Les intérêts politiques diffèrent, mais les intérêts économiques convergent vers le commerce avec le Cameroun. Victime des nombreuses exactions, une grande partie de la population civile, musulmane ou chrétienne, fuit dans la brousse. Il s’ensuit une grave crise humanitaire, aggravée par l’insécurité dans le pays. En conséquence, l’état-major « opératif » de « Sangaris » s’est doté d’une cellule civilo-militaire composée de quelques personnes pour les liaisons avec les organisations non gouvernementales et la coordination avec les moyens humanitaires de l’ONU.

Opérer en Centrafrique. Le 23 juillet 2014, les belligérants ont signé un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Toutefois, l’environnement reste imprévisible. Il est en effet difficile d’identifier les risques en raison des interactions entre « Sangaris », la MINUSCA (Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine) et les groupes armés, dont la zone d’action se réduit progressivement. De mars à octobre 2014, l’état-major « opératif » de la force « Sangaris » aura planifié le passage de relais à la MISCA (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous la conduite de l’Union africaine) puis à la MINUSCA, qui lui succède après la stabilisation de Bangui. « Sangaris » les appuie et les accompagne pendant leur montée en puissance. Elle doit adapter son tempo (mouvement d’exécution) à celui de la MISCA, dont le délai de déploiement du soutien est plus lent. En revanche, la MINUSCA dispose d’une organisation logistique plus opérationnelle. La saison des pluies, de juin à septembre, accroît les difficultés du terrain : il faut alors 48 h pour relier par la route Bangui à la frontière tchadienne, distante de 350 km. L’osmose entre la logistique et les opérations constitue un déterminant tactique, souligne le colonel Goujon, car un élément isolé ne peut rester sans appuis-feux. Opérer dans l’environnement centrafricain nécessite  la maîtrise du rapport de forces face à l’adversaire. Elle repose sur la connaissance de la situation, obtenue par les renseignements d’origines aérienne (avions Rafale), électromagnétique (radar) et humaine (population rencontrée sur la route). Leur mise en réseau permet de dialoguer avec le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris et la base aérienne de N’Djamena au Tchad. Il s’agit de porter l’effort à bon escient avec un faible volume de forces. Mais, explique le colonel, la compréhension des événements prend du temps, parfois une journée, et influe sur le rapport de forces. La dangerosité varie avec l’adversaire. Les unités « séléka », composées d’une trentaine de combattants équipés de mitrailleuses de 14,5 mm, manœuvrent comme une armée régulière et à 2 heures de route de leur PC. Par contre, les « anti-balaka », au comportement irrationnel, prennent des risques inconsidérés et subissent les pertes les plus sévères.

Rétablir l’état de droit. La supériorité sur l’adversaire exige une coordination étroite entre « Sangaris », la MISCA et la MINUSCA, indique le colonel Goujon. Cette dernière dispose d’un mandat de dix ans pour reconstruire les forces armées et de sécurité intérieure de l’État centrafricain. Le processus électoral renforçant la légitimité du gouvernement, il s’agit de ramener les acteurs dans le jeu politique. A cet effet, le général Francisco Soriano, commandant de « Sangaris », s’est souvent déplacé à Bangui et en province pour délivrer le même message : expliquer aux anciens adversaires ce qui s’est produit et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Malgré les tentatives de coup d’État pour renverser le gouvernement de transition, le ralliement progressif au processus politique s’est manifesté par des consultations populaires dans toutes les préfectures et au Forum de Bangui (mai 2015). Finalement, le niveau « opératif » de « Sangaris » a permis de garantir l’action politique de la communauté internationale en toute transparence, conclut le colonel Goujon.

Loïc Salmon

D’une superficie de 600.000 km2, la République centrafricaine (RCA) produit surtout du bois, du café et des diamants. Elle compte 5 millions d’habitants, dont 50 % de chrétiens, 35 % d’animistes et 15 % de musulmans. Le taux d’alphabétisation est de 46 % et l’espérance de vie de 47 ans. Lors du déclenchement de l’opération « Sangaris » (décembre 2013), la RCA cumule difficultés intérieures et extérieures. Le niveau de décision « stratégique », concernant la nation, se trouve à Paris, le niveau « opératif » (théâtre) à Bangui, la capitale, et le niveau « tactique » (champ de bataille) à Bouar, ville de l’Ouest du pays. La force « Sangaris » (du nom de l’opération) déploie 2.000 hommes et 12 hélicoptères, sur un théâtre d’une élongation d’environ 1.000 km par la route ou la piste. Les journalistes intégrés au dispositif accompagnent le général commandant du théâtre « opératif », pour avoir accès à l’information.




Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013

Véritable immersion dans l’opération « Serval », ce livre lève le voile sur les multiples préoccupations, et les émotions, du général qui doit suivre les événements, être joint à tout moment et prendre les bonnes décisions à temps.

Bernard Barrera l’a rédigé à partir de ses lectures, de son expérience et de ses notes quotidiennes du 12 janvier, quand il reçoit un appel du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris, au 7 mai à son retour en France. Il vient de tourner une des pages les plus intenses de sa vie d’officier. Il a dû mener des combats aéroterrestres, en liaison avec les contingents africains, et s’occuper des affaires civilo-militaires. Après les brèves interventions des forces spéciales, il s’agit de reprendre les villes de Tombouctou, Tessalit et Gao aux djihadistes, de les pourchasser et de les neutraliser, en vue d’une normalisation politique du Mali. La manœuvre retenue ressemble aux exercices de l’École de guerre et l’itinéraire à celui de l’expédition française de Bamako à Tombouctou …en 1894 ! Dans une précédente affectation au cabinet militaire du Premier ministre, le colonel Barrera a étudié les données opérationnelles de la région. Devenu général, il fait présenter la situation, par son PC, au ministre de la Défense venu à Gao le 26 avril, avec les moyens de renseignement (écoutes électromagnétiques tactiques, drones et échanges avec la population), le repérage d’un groupe adverse et sa destruction par un tir d’artillerie. Il présente régulièrement aux médias les missions en cours et les possibilités de reportage au sein des unités, en fonction des contraintes opérationnelles et des consignes reçues. La brigade « Serval » doit aussi tenter de libérer les otages français, détenus à l’époque dans la région, et éviter que les journalistes présents sur place ne le soient à leur tour. Depuis le début de l’opération, s’y ajoute la pression des autorités politiques pour accélérer l’opération et aller plus loin et plus vite. Après la reconquête des villes, l’adversaire fuit le combat. Pour garder l’initiative sur lui, l’état-major doit déterminer zones et actions successives. Grâce à la méthode de raisonnement tactique, les options sont identifiées à partir de l’étude des djihadistes, du terrain, du cadre espace-temps et de la mission. Chaque mouvement est pensé selon les moyens logistiques et d’évacuation sanitaire. Dans les situations d’urgence en zone urbaine, il s’agit de bien se coordonner avec les alliés, afin d’éviter les tirs fratricides et les pertes collatérales parmi la population omniprésente. Avec sa conseillère juridique, le général élabore les règles d’ouverture du feu, variables selon les cas de figure, et les conduites à tenir vis-à-vis des prisonniers et des enfants-soldats. La découverte de ces derniers par les militaires français, qui ont des enfants du même âge, provoque chez eux un choc comparable aux pertes, subies et assumées, dans leurs rangs. Outre la chaleur, la gastro-entérite à répétition et l’usure précoce des matériels, ils font face aux attaques « asymétriques » : pistes minées, assassinats et attentats-suicides de djihadistes drogués à la kétamine, qui inhibe la peur et anesthésie la douleur des blessures. Les soldats de la brigade « Serval » ont réussi leurs missions grâce à leur courage et leur professionnalisme, souligne le général Barrera. Jeune lieutenant, il avait d’abord commandé des appelés en Allemagne, face à la menace soviétique.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

« Opération Serval notes de guerre Mali 2013 » par le général Bernard Barrera. Éditions du Seuil, 448 pages, 21,50 €




ALAT : retour d’expérience opérationnelle

En cinq ans d’engagements en Afghanistan, en Libye, en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine et au Mali, l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a développé son savoir-faire et sa doctrine de l’aérocombat : vol tactique ou de combat, de nuit et au plus près du sol.

Un colloque sur ce sujet a été organisé, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Parmi les intervenants figurent : le général de brigade Laurent Kolodziej, à l’époque chef interarmes de l’opération « Serval » au Mali ; le général de brigade Michel Grintchenko, chef de l’état-major aéromobile au sein du Commandement des forces terrestres ; le général Sancho, commandant de l’ALAT espagnole.

Opération interarmes. Outil de guerre souple et réactif, l’hélicoptère de combat démultiplie la liberté d’action du chef, explique le général Kolodziej. L’aérocombat s’inscrit dans la manœuvre tactique, décidée par le chef interarmes, au contact de l’adversaire et à dominante arme blindée cavalerie ou infanterie mécanisée. Il permet de s’affranchir des distances, rend son emploi réversible et assure la surprise. Au Mali, intégré à un groupement tactique interarmes (GTIA) déployé sur une zone grande comme une fois et demi la Belgique, le groupe aéromobile apporte la plus-value de la combinaison des composantes de combat, la souplesse de l’articulation et une complémentarité des capacités (appui feu et logistique). Il permet l’acquisition du renseignement et l’agression dans la 3ème dimension. Il assure des actions d’opportunité : prendre pied sur un objectif lointain et difficile d’accès ; combiner le feu et la reconnaissance ; accélérer les approvisionnements en alimentation, eau et munitions. En outre, les mesures de coordination dans la 3ème dimension, qui excluent l’improvisation, sont acquises par la préparation opérationnelle de personnels certifiés et entraînés dans les régiments. La planification interarmées intègre les contraintes logistiques de l’avant : points d’appui sécurisés de la « plateforme opérationnelle désert » pour ne pas user trop vite hommes et machines ; maillage de points de ravitaillement et de maintenance des hélicoptères. Plus exposé que les troupes au sol en cas de crash, l’hélicoptère doit être rapidement sécurisé, avec la prise en compte de blessés parmi l’équipage et par une température extérieure pouvant monter à 55° C. Le déploiement de 3.000 hommes sur un vaste territoire exige l’intégration permanente d’un détachement ALAT au PC du GTIA, en vue d’agir vite, fort et loin : opération héliportée, raid dans la profondeur ou force de réaction rapide comme l’héliportage d’une compagnie (140 hommes) à une distance de 100 km en moins d’une heure. Il s’agit de pré-établir un dispositif cohérent, sans dévoiler sa manœuvre. Un groupe aéromobile permet souplesse et réactivité. Il peut se réarticuler au cas où la mission est reconfigurée en vol. Par exemple, quand l’adversaire n’est pas celui qu’on croyait ou n’est pas là où on le croyait. Capacité majeure du combat de haute intensité grâce à son ubiquité, l’aérocombat montre aussi à la population locale que la force « Serval » peut agir partout.

Fulgurance et continuité. Les récents engagements de l’ALAT ont mis en avant ses diverses facettes tactiques, indique le général Grintchenko : Afghanistan, puissance de feu de petits modules dans un espace restreint; Côte d’Ivoire, combat en zone urbaine et déstructuration d’une armée hostile et à rechercher ; Libye, briser un front et détruire 2 brigades ; Mali, immensité des zones d’action et grosse masse de manœuvre. Préparée en 3 jours avec des actions offensives de 3 mois, l’opération « Serval » dure depuis janvier 2013. Elle a engagé 20 hélicoptères, 1 avion, 50 véhicules et 300 personnels. L’hostilité de l’environnement atteint la limite du possible technique et humain : température, altitude, nuit noire et sable abrasif. L’entrée en premier, pour sécuriser les autorités maliennes, signifie pour les équipages : délai inconnu de l’arrivée des munitions, absence de PC et ignorance du lieu de logement. Ce combat semi itinérant exige de se déplacer toujours avec sa logistique et d’installer une « plateforme désert », permanente ou temporaire, à partir de rien et qui permettra de durer. La combinaison avec les troupes au sol prend en effet du temps… pendant lequel les réservoirs des hélicoptères se vident ! Le combat devient de haute intensité face à un adversaire fanatisé, initialement mobile puis en position de défense ferme dans son réduit. Les attaques en « meute » nécessitent de nombreux appareils, qui brûlent beaucoup de potentiel (heures de vol). Elles exigent aussi de l’intelligence collective pour déterminer les configurations multiples, afin de couvrir l’ensemble du spectre des missions. Le Tigre, très bien protégé, dispose d’une redoutable puissance de feu, terreur des djihadistes. La boucle décisionnelle, très courte, du commandement des hélicoptères, facilite une forte réactivité pour exploiter l’occasion. Par exemple, la découverte d’une préparation d’embuscade entraîne le déroutement d’un hélicoptère, qui ira tirer sur la  colonne djihadiste concernée avant qu’elle ne se mette en position. Les actions d’éclat alternent avec celles, plus humbles et constantes, pour assurer la continuité de l’action : rechercher un camion qui s’est perdu, secourir un véhicule en panne ou même un canon Caesar destiné à appuyer une unité. Les hélicoptères de nouvelle génération (Tigre et NH90) ont permis de gagner les batailles, souligne le général Grintchenko. Mais, dit-il, la guerre a été gagnée par ceux de l’ancienne génération (Puma et Gazelle), quoique plus vulnérables, qui ont apporté volume, rusticité et disponibilité avec un coût d’emploi acceptable.

Fiabilité du matériel. La Famet (ALAT espagnole) a mis 3 hélicoptères Tigre au service de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan entre mars et décembre 2013. Le général Sancho en a présenté un retour d’expérience, qu’il juge très satisfaisant avec un taux de disponibilité de 91% sur 8 mois. La Famet a couvert une zone de 450 km de large sur 550 km de long. Ses missions ont consisté notamment en escorte de convois (31 %), protection aérienne (23 %), reconnaissance et surveillance (8 %), renseignement (5 %) et opérations spéciales (5 %). La menace venait surtout des armes de petit calibre, et des lance-roquettes individuels utilisés comme armes anti-aéronefs et, dans une moindre mesure mais dont il fallait tenir compte, des missiles sol/air portatifs. Enfin, la Famet devrait disposer de 28 Tigre en 2025 et de 47 en 2040.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

L’Aviation légère de l’armée de terre entretient des liens traditionnels et tactiques avec les troupes au sol, qui peuvent compter sur elle pour un appui feu ou une évacuation sanitaire. L’expérience acquise lui permet de réduire la prise de risques au strict nécessaire. Arme de mêlée, d’appui et de soutien, elle change le rapport de forces sur le terrain. Son appui feu démultiplie l’effet combiné air/sol. Enfin, le tir à vue évite les dégâts collatéraux, qui pourraient remettre la décision en cause.




« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

L’opération « Serval » s’est caractérisée par sa fulgurance tactique face à des adversaires idéologiquement motivés et aguerris. Elle a nécessité les forces spéciales, le « trinôme de mêlée » (hélicoptères, arme blindée et infanterie), « l’appui autour de l’avant » (génie, artillerie, aviation) et la continuité de la chaîne logistique.

Tel est l’avis exprimé par le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre, au cours d’un colloque organisé le 4 décembre à Paris. Parmi les nombreux intervenants, figurent : l’amiral Édouard Guillaud, chef d’État-major des armées ; le général de corps d’armée Bertrand Clément-Bollée, commandant des Forces terrestres ; le général de brigade Patrick Brethous, chef du Centre de planification et de conduite des opérations.

Le cadre politico-militaire. Le théâtre du Mali, où le rôle de l’armée de Terre est déterminant, constitue une référence comme ceux d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire et de Libye, estime l’amiral Guillaud pour qui ils « augurent, d’ici à 2025, des engagements complexes avec une variété de moyens ». A l’instabilité du Maghreb, du Moyen-Orient et de l’Afrique, s’ajoutent la menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), le déni d’accès aéromaritime et la cyberguerre. A court terme, seront mêlés adversaire asymétrique, insurrection, trafics et terrorisme. L’opération « Serval » dégage plusieurs caractéristiques : objectifs clairs et soutenus par une forte détermination politique ; cadre national avec fourniture de l’essentiel des troupes au sol et de la totalité des frappes ; connaissance du milieu africain par le renseignement et le prépositionnement de troupes. La capacité d’intervenir hors de France permet d’exclure les facteurs « chance » et « hasard ». La difficulté des combats et l’élongation du territoire malien ont défini des critères stratégiques : réactivité du processus de décision au plus haut niveau politico-militaire pour une action effective 5 heures plus tard à 5.000 km de Paris ; points d’appui en Côte d’Ivoire et au Tchad ; pertinence des dispositifs d’alertes terrestre « Guépard », aérienne « Rapace » et navale « Tarpon » ; capacité d’engager une force avec son état-major et son soutien ; modèle d’armée complète pour un engagement aéroterrestre et national au Mali, alors qu’il était aéronaval dans le cadre de l’OTAN en Libye ; fulgurance de l’action par la simultanéité des frappes et la prise de risques calculés. Sur le plan opérationnel, « Serval » a montré : l’adaptation du soldat français au terrain, à la population et aux forces armées locales par son engagement quotidien au Sénégal et au Gabon ; la conjugaison de la rusticité et de la technologie pour le renseignement, la protection, la sécurité, le mouvement et la précision du feu ; l’intervention interarmées pour surprendre l’adversaire et le désorganiser en profondeur ; la maîtrise de la force par le renseignement, un processus décisionnel réactif et des règles d’ouverture du feu adaptées. Toutefois, l’amiral Guillaud a mentionné des fragilités dans le transport aérien, la logistique, les communications et le renseignement. Ainsi, 5 avions de surveillance ATL2 sont insuffisants pour assurer une permanence dans la durée. La boucle du renseignement doit être raccourcie pour fournir la bonne information au bon interlocuteur au bon moment, car l’adversaire se déplace vite. Enfin, conclut l’amiral : « C’est au sol que se gagnent les guerres. Réactivité, polyvalence et mobilité sont des atouts ».

Les facteurs de succès en amont. « L ‘épopée Serval restera une référence en matière opérationnelle », déclare le général de corps d’armée Bertrand Clément-Bollée, commandant des Forces terrestres. Ce succès tactique a été  rendu possible par « l’intelligence de situation », explique le général : penser l’action future en utilisant le retour d’expérience, qui actualise l’évolution tactique liée à l’innovation technologique. Les chefs doivent acquérir l’autonomie tactique et les soldats l’aguerrissement, un bon niveau au tir et la capacité de porter les premiers secours. La préparation opérationnelle des troupes, étalée sur 48 mois et adaptée aux besoins, doit mener au plus haut niveau les soldats qui seront amenés à intervenir. Conduite dans des centres spécialisés, elle porte sur l’entraînement interarmes pour les missions de protection du territoire national, des forces de souveraineté (Martinique), des forces de présence (Gabon et Sénégal), de « normalisation » (Bosnie et Côte d’Ivoire), de stabilisation (Liban) et d’intervention (Afghanistan et Mali). L’acquisition et la conservation des savoir-faire de métier s’effectuent en garnison. Toute unité étant éligible aux opérations, elle participe à l’alerte « Guépard ». « Plus que prévoir les engagements futurs, souligne le général Clément-Bollée, il faut les permettre ! Nous serons sans doute parfois surpris, mais jamais démunis ».

La maîtrise du temps opérationnel. Il faut d’abord appréhender le temps politique pour adapter le temps opérationnel, explique le général de brigade Patrick Brethous, chef du Centre de planification et de conduite des opérations de l’État-major des armées. « Il faut agir vite, taper fort et le plus rapidement possible, dit-il, il faut s’adapter en permanence au besoin opérationnel, au terrain et à la réaction de l’adversaire ». L’anticipation stratégique, à savoir planification des opérations, renseignement et relations internationales, a commencé tôt : planification opérationnelle pour le Sahel dès 2009 ; celle pour le massif de l’Adrar en 2010 ; présence sur place des forces spéciales en 2011 et 2012 pour avoir une vision des mouvements djihadistes et identifier les cibles au sol ; positionnement d’un drone Harfang à Niamey en janvier 2013, avant le déclenchement de « Serval ». Après une décision rapide d’engagement, une permanence des échanges politico-militaires s’est instaurée. Enfin, les contraintes logistiques ont dû être maîtrisées : capacités limitées des aéroports de Bamako et Niamey ; transports par air et mer ; recours à des moyens civils ; appui aérien allié.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

L’opération « Serval » (janvier-avril  2013) au Mali a été conçue, planifiée et exécutée en interarmées. Selon le général de corps aérien Thierry Caspar-Fille-Lambie, commandant de la Défense aérienne et des Opérations aériennes, 50 bombes ont été tirées d’avions de chasse lors de la phase de coup d’arrêt des colonnes djihadistes (11-19 janvier), 80 lors de celle de reconquête du Nord-Mali (20 janvier-8 février) et 130 lors de celle de neutralisation des groupes armés djihadistes (9 février-15 avril). A partir des aéroports de Bamako (Mali) et Niamey (Niger) les transports aériens sur le théâtre ont été réalisés à 47 % par les moyens français et à 53 % par ceux des pays partenaires. L’aérolargage de 250 parachutistes et de matériel sur Tombouctou (nuit du 27-28 janvier) a été réalisé en 9 minutes par des avions venus d’Abidjan. L’entrée en premier dans le massif de l’Adrar des Ifoghas (2-3 février) a mobilisé 1 drone Harfang, des avions de surveillance ATL 2 (Marine) ainsi que 2 Rafale et 4 Mirage 2000D qui ont effectué des frappes simultanées en moins d’une minute à 01 h du matin.




Mali : incident de Kidal et opérations « Hydre » et « Serval II »

Mi-novembre 2013, 2.800 militaires français sont déployés au Mali, dont les deux tiers au Nord de la boucle du Niger pour maintenir la pression sur les groupes djihadistes armés. Le 7 novembre à Paris, l’État-major des armées a fait un point de situation sur les circonstances de la découverte des corps des journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlan de RFI, dont l’enlèvement et le meurtre, le 2 novembre dans la région de Kidal, ont été revendiqués par l’organisation terroriste « Aqmi ». La Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali est chargée de la sécurité de la zone de Kidal qu’elle assure avec 1 bataillon sénégalais et 1 compagnie guinéenne, la France n’y déployant que 200 hommes. Dès l’enlèvement des deux journalistes connus et en moins d’une heure, le commandement de la Brigade « Serval », installé à Gao à 600 km de là, met en place des points de surveillance autour de Kidal, envoie sur zone des véhicules avec 30 hommes à bord, fait décoller 2 hélicoptères (1 Tigre et 1 Puma) de Tessalit à 200 km au Nord et réoriente 1 avion de chasse Rafale venu du Tchad. Dès la découverte des corps, le lieu du drame est sécurisé pour protéger les gendarmes enquêteurs. Le 3 novembre, 150 hommes quittent Gao pour renforcer le dispositif français à Kidal. Cet incident est survenu à la fin de l’opération « Hydre » (20 octobre-3 novembre) de contrôle de zone et de présence d’éléments djihadistes dans le Nord-Est du Mali, à Tombouctou et à Gao. Sur une zone équivalant à celle de Paris, 1.500 hommes de la Brigade « Serval », des forces armées maliennes, du Burkina Faso, du Togo et du Niger ont été appuyés par des avions de chasse et ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et jusqu’à 12 hélicoptères. La reconnaissance a pour but d’obtenir des renseignements tactiques (personnels) ou techniques (matériels). Le contrôle consiste à interdire toute liberté d’action à l’adversaire ou à l’empêcher de tirer parti du terrain évacué. L’opération « Hydre » a permis deux choses : le démantèlement d’un « plot logistique » de type militaire avec du ravitaillement, des véhicules et des moyens radio, au Nord-Est de Tombouctou ; la confirmation du mode d’action des djihadistes, à savoir éviter autant que possible tout conflit face à une force cohérente. La Brigade « Serval » a ensuite installé sa propre base logistique sur zone. Les opérations de type « Hydre », lancées de façon aléatoire sur la boucle du Niger dans diverses directions, se poursuivront. Enfin, l’opération de contrôle de zone « Serval II », purement française, a duré de juillet à octobre, dont 90 jours d’engagement. Elle a nécessité 11.000 heures de vol d’hélicoptères, 50 missions d’avions de chasse (240 heures de vol) et 51 convois terrestres. Les fouilles des caches ont mis à jour 30 t de matériels, 1,5 t d’explosifs et des ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Au cours de 2 accrochages, 10 djihadistes ont été « neutralisés » (hors d’état de reprendre le combat), 1 a été tué et 2 ont été faits prisonniers.

Loïc Salmon

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines




Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

L’arme blindée cavalerie a déployé presque tous ses matériels face à un adversaire asymétrique dans l’opération « Serval » au Mali. Pour son emploi futur, elle doit en tirer les conséquences en termes de doctrine, de coopérations et d’équipements.

Tel a été le thème des premiers « Ateliers de la cavalerie », tenus le 21 octobre 2013 à l’Ecole militaire à Paris.

Retour d’expérience spécifique. Le général de brigade Bernard Barrera, commandant de la brigade « Serval » (comme l’opération) de janvier à mai 2013, avait un cavalier comme adjoint. « Les blindés ont été indispensables pour une victoire tactique dans les trois premières semaines, dit-il, nous avons appliqué ce qu’on nous a appris à l‘Ecole de guerre pour une guerre qu’on n’attendait pas ». Il a fallu retrouver la capacité, la volonté et l’audace. Aucune unité ne s’est retrouvée sans appui feu, articulé entre les canons terrestres, l’aviation et les hélicoptères selon les circonstances. Toutefois, une instruction en amont s’avère nécessaire pour la coordination entre un chef d’unité terrestre et l’arme aérienne. L’opération « Serval » a été précédée par un entraînement de 18 mois en France avec parcours de tir et des chars Leclerc… qui seront remplacés par des véhicules à roues et canon. Finalement, les unités blindées engagées comprennent : 1 PC de groupement tactique interarmes, 2 escadrons d’AMX 10 RC, 1 escadron Sagaie (VAB) et 1 escadron d’aide à l’engagement (VBL). Tous les personnels reviennent d’Afghanistan, connaissent leur métier et sont heureux de servir. Le chef doit faire preuve d’imagination. Selon le général Barrera, les djihadistes ont commis l’erreur d’accepter le combat, alors que le Mali convient au combat de véhicules blindés dont l’allonge du canon suffit pour les affronter. Trop sûrs d’eux, ils pensaient que les troupes françaises n’iraient pas les chercher dans leurs repaires après un raid de plusieurs centaines de km par une forte chaleur. « Le pire aurait été qu’ils nous évitent. On arrivait sur une zone où on ne peut les détruire, car ils sont bien camouflés ». Malgré l’aide des drones américains et britanniques, 80 % des renseignements obtenus sont d’origine tactique et terrestre. Les grottes des djihadistes ont été repérées par les DRAC (drones portatifs de reconnaissance au contact) de la batterie de renseignement de brigade et les VBCI du 2ème Régiment de hussards, qui allaient directement dans les oueds. L’escadron d’aide à l’engagement est resté deux mois seul à Tombouctou, zone non sécurisée la nuit. Les combats ont eu lieu simultanément à Gao et dans le massif de l’Adrar. Les blindés ont effectué des reconnaissances et des combats offensifs en compagnie des troupes françaises et tchadiennes à pied. Sans les blindés, les avions et les hélicoptères, les soldats du 2ème Régiment étranger de parachutistes n’auraient disposé que de leurs fusils d’assaut pour se défendre. Les missions d’acheminement du carburant depuis la frontière algérienne duraient 2 jours. Les blindés roulaient à la vitesse des camions citernes, afin de tenir le terrain pendant 6 semaines. La rupture du pont aérien a été compensée par une noria de 70 camions, commandée par un lieutenant de 25 ans, pour la fourniture quotidienne de 20 t d’eau et de munitions. Les blindés ont été adaptés au terrain, indique le général, grâce à la complémentarité des moyens : infanterie légère dans les montagnes, blindés dans les grands espaces et infanterie blindée face aux unités motorisées du mouvement djihadiste Mujao. Un rapport de forces supérieur à celui de l’adversaire a toujours été recherché et optimisé par les appuis : un sous-groupement tactique interarmes étant préférable à un escadron de blindés. L’opération « Serval » a démontré : l’effet dissuasif des colonnes blindées ; l’efficacité des engins « roues canon », adaptés au rythme des véhicules plus lents ; l’usure des matériels et la nécessité des précautions logistiques (carburant) ; l’appui de l’infanterie, indispensable lors des reconnaissances des vallées ; la très bonne protection contre les armes légères, mais la vulnérabilité aux engins explosifs improvisés (mines) ; l’aptitude des chefs à l’autonomie et au combat interarmes. Enfin, conclut le général Barrera, « il faut toujours prendre des risques calculés ».

Perspectives. Trois tables rondes ont dégagé les contours de la future arme blindée cavalerie. La première a porté sur la doctrine, cet ensemble de notions fournissant une interprétation des faits et permettant de diriger l’action. L’intervention au Mali a révélé, au combat, l’efficacité du tir en roulant et à distance sur des cibles mobiles, la rapidité de l‘engagement sans temps mort et l’enchaînement des cycles tactiques. Les blindés partent plus loin que les fantassins, tiennent plus longtemps le terrain et rayonnent sur zone grâce à leurs moyens radio. L’état-major doit gérer le trop plein d’informations dû à la redondance des moyens. Le risque d’imbrication dans le dispositif ennemi existe. Le combat en zone urbaine implique de trouver les bons axes de pénétration. Enfin, il n’y a plus de prisonniers dans un combat asymétrique, mais des otages. La 2ème table ronde a examiné notamment les coopérations interarmes, interarmées, et interalliées en opérations extérieures (Opex). Le blindé se présente comme un compromis d’aptitudes d’observation, de mobilité, de protection et de puissance de feu. La cavalerie devra remplir ses missions de renseignement, de couverture des forces, de combat et d’exploitation du succès tactique. La multiplication des Opex accroît l’expérience pour développer l’interopérabilité des acteurs par la formation, l’entraînement et les échanges. La 3ème table ronde s’est intéressée aux équipements de demain. Le blindé, système d’armes (arme et munitions) d’une durée de vie de 40 ans avec un équipage plus réduit grâce à l’emploi de robots, embarquera des moyens ISTAR (renseignement, surveillance, désignation d’objectifs et reconnaissance). Il affronte déjà le petit drone, difficile à détecter et donc à détruire. Outre le recours accru à la simulation pour la formation et l’entraînement, l’utilisation des futurs engins de cavalerie devra rester simple et intuitive.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

L’opération « Serval » a permis à la cavalerie d’évaluer les performances de ses matériels. Parmi les plus récents, le véhicule blindé du combat d’infanterie (VBCI) se caractérise par son excellente mobilité, sa puissance de feu optimisée et ses bonnes conditions d’emploi. Le canon Caesar a manifesté sa très bonne mobilité et son tir précis et rapide. L’hélicoptère Tigre a révélé sa puissance de feu et sa qualité d’observation. Malgré le vieillissement du parc, les matériels anciens ont démontré leur capacité à durer dans des conditions climatiques éprouvantes (40-50 ° C). L’engin blindé de reconnaissance feu AMX-10 RC (roues et canon), entré en service en 1980, conserve ses qualités de mobilité et d’appui au contact. Le véhicule de l’avant blindé (VAB, 1976) maintient sa rusticité et sa bonne disponibilité, mais s’ensable fréquemment. Le véhicule blindé léger (VBL, 1990) assure encore une excellente mobilité et une très bonne disponibilité.




Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Dans son volet terrestre, l’intervention française au Mali a comporté quatre phases : course en avant pour arrêter le raid djihadiste sur Bamako ; établissement d’une tête de pont sur le fleuve Niger ; mise en place de points d’appui à Gao, Tessalit et Ménaka ; réduction des « sanctuaires » ennemis.

Le général de brigade Bernard Barrera, qui a commandé la brigade « Serval » pendant l’opération du même nom, et le colonel Pierre Esnault, chef de division au Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ont présenté un premier retour d’expérience de l’armée de Terre au Mali, le 30 septembre 2013, devant l’Association des journalistes de défense.

Les combats. Début février, après les prises de Gao et Tessalit, l’ennemi a disparu. Aucun coup de feu n’a été tiré à Tombouctou et Ménaka. Puis le 10 février, 3 combattants suicides se manifestent dans un commissariat et, le 19, la violence se déchaîne simultanément à Tessalit et dans le massif de l’Adrar. Le 21, les djihadistes attaquent les forces françaises et maliennes. Le 22, ils affrontent durement les Tchadiens (26 morts et 70 blessés) qui appliquent la tactique du « rezzou » en fonçant  sur eux avec leurs pick-up, sirènes hurlantes. Les forces spéciales aident ponctuellement en amont la brigade Serval pour la prise de points d’appui et lui fournissent des renseignements. Ensuite, la guerre d’usure commence, avec des infiltrations de djihadistes de nuit à Gao et Tombouctou. Lors des opérations « Panthère » de nettoyage, les légionnaires avancent d’environ 1 km/jour pour éviter de se trouver imbriqués dans les lignes adverses. Les djihadistes se trouvent en effet à des distances variant de 300 m … à 10 m ! Drogués, ils sont prêts à se faire tuer plutôt que de quitter leurs « sanctuaires ». Par comparaison, les talibans d’Afghanistan tirent à 800 m et préfèrent sauver leur vie. Les ordres de repli des djihadistes seront connus par les renseignements collectés par les Tchadiens, écoutes radio et petits drones. Les djihadistes du Nord parlent français et ceux du Sud le même dialecte que les Tchadiens. Début avril, tous ont été chassés des emplacements qu’ils tenaient depuis février et évitent tout combat. En outre, leurs « fantassins de base », n’étant plus payés ni commandés par l’organisation terroriste Aqmi, ont disparu. Par ailleurs, les militaires français ne s’attendaient guère à rencontrer des enfants soldats. Des villageois ont déclaré que leurs enfants leur avaient été « volés » et qu’ils risquaient d’avoir les mains coupées s’ils refusaient de les laisser partir. « Il n’y a pas d’exemple de Français qui aient tiré sur des enfants soldats », indique le général Barrera.  Des enfants, blessés par des éclats d’obus, ont pu être sauvés. Si certains servaient comme porteurs, d’autres âgés de 12-13 ans avaient reçu un entraînement militaire. Capturés, ils ont été envoyés à Bamako et remis à la Mission des Nations unies au Mali. Par ailleurs, des groupements français de perception opérationnelle, équipés de haut-parleurs, se déplaçaient le jour en première ligne pour inciter les villageois assoiffés à se rendre et, la nuit, leur transmettaient des messages. Favorable à l’intervention franco-africaine, la population renseignait sur l’adversaire et les caches de munitions. Toutefois, précise le général, il n’y a pas eu d’opération dite « d’influence » (psychologique).

Le bilan. Les pertes djihadistes se montent à environ 600 tués et 600 blessés, dont certains évacués à dos de dromadaire ou sur des mobylettes. La brigade Serval a tiré 34.000 munitions d’armes légères, 58 missiles anti-char, 753 obus d’artillerie, 80 obus de 105 m/m et 3.502 obus de 30 m/m. Elle a neutralisé 50 véhicules, 60 engins explosifs improvisés (EEI) et 20 vestes bourrées d’explosifs pour combattants suicides. Elle a découvert 150 t de munitions, provenant de stocks maliens ou libyens, de nombreux lance-roquettes anti-char (RPG), moyens de communications et GPS. Les hélicoptères français ont été pris à partie par des mitrailleuses et des RPG mais pas par des missiles sol/air, dont les djihadistes ne savaient pas se servir et qui se détériorent vite en milieu désertique s’ils ne sont pas entretenus. La chaîne logistique ennemie a été disloquée. Un « sanctuaire » conquis dans l’Adrar s’est révélé une véritable base terroriste avec des casemates pour les bombes destinées à la fabrication d’EEI, des ordinateurs et de faux passeports égyptiens et canadiens. Le Sud du Mali, où vivent des ethnies noires et arabes, constitue la plaque tournante des trafics de stupéfiants et d’êtres humains. « Les narco-trafiquants ont habillé leurs actions terroristes avec une connotation religieuse », estime le général.

Les enseignements. Sans attendre les rapports de fin de mission, le CDEF a tiré les premières leçons du succès de l’opération Serval, dont l’analyse se poursuit : entraînement spécifique de la brigade au combat interarmes et interarmées depuis 18 mois ; performance des matériels et équipements ; boucle décisionnelle courte ; rusticité et endurance de la troupe après 20 ans d’opérations extérieures ; audace et volonté du commandement. Au départ, il y avait une forte volonté politique, avec acceptation d’une campagne à risques (pertes de soldats), explique le général Barrera : il fallait libérer d’urgence le pays, détruire les « terroristes » et retrouver les otages français détenus par l’Aqmi. Après discussion entre Paris et le commandement sur le terrain, il a été décidé très vite de reprendre Tombouctou, site emblématique depuis l’explorateur français René Caillé (1799-1838), et Gao qui contrôle la boucle du Niger. Les véhicules blindés du combat d’infanterie, canons Caesar et hélicoptères Tigre ont donné toute satisfaction en matière de mobilité, puissance de feu et précision des tirs. En revanche, les véhicules de l’avant blindé, véhicules blindés légers et engins blindés de reconnaissance feu (AMX 10-RC) accusent leur âge. Des efforts restent à faire sur les matériels radio. Lors de leur passage au « sas de décompression » à Chypre, les troupes paraissaient plus éprouvées que celles de retour d’Afghanistan. Par ailleurs, de l’avis de plusieurs ministres de la Défense, si le Mali tombait, toute la bande sahélienne cédait. Enfin, conclut le général, « si l’ennemi avait gagné, il aurait mis en échec l’armée française ! »

Loïc Salmon

Mali : le massif de l’Adrar, principale zone d’opération

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

Le Mali s’étend sur 1,24 Mkm2. Sa température varie entre 30° et 40° C toute l’année et sa population compte 18 ethnies différentes. L’opération « Serval » s’est déroulée dans les champs de dunes d’Araouane, la brousse du Gourma, le massif montagneux de l’Adrar des Ifoghas  et la région des grands oueds. Du 11 au 31 janvier 2013, la montée en puissance a mobilisé 2.159 hommes du dispositif de déploiement d’urgence « Guépard », venus de métropole, et 422 soldats des forces prépositionnées, dont 162 de la force « Licorne » en Côte d’Ivoire et 260 de la force « Épervier » au Tchad. En mars, Serval comptait 4.500 soldats, 206 véhicules blindés, 21 chars, 4 canons Caesar et 21 hélicoptères. Les pertes françaises s’élèvent à 6 morts : 4 au combat et 2 par engins explosifs improvisés. L’effectif sera réduit à 2.000 hommes en novembre, puis à 1.000 fin janvier 2014.




Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

La Mission européenne d’entraînement au Mali (EUTM Mali), qui répond aux attentes des autorités maliennes, constitue un laboratoire pour la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne.

Telle est l’opinion de son chef, le général de brigade Bruno Guibert, qui a présenté la situation à mi-mandat à la presse le 29 août 2013 à Paris.

Réactivité et adaptabilité. L’Union européenne (UE) a manifesté une réactivité certaine : la formation sur le terrain a commencé moins de trois mois après la prise de décision. L’EUTM Mali, constituée en janvier 2013, a investi 13 M€ dans la rénovation du camp d’entraînement de Koulikoro. Elle compte 560 personnels de 23 pays, dont 120 Français. Ses missions de formation et d’expertise/conseil visent à aider à la reconstruction complète de l’armée malienne. Chacune des 15 nations participant à la formation des unités combattantes assure seule la responsabilité de l’instruction d’une spécialité où son excellence est reconnue. Il y a 200 instructeurs en tout. Cela entraîne une plus-value sur le plan opérationnel et permet une répartition des efforts entre toutes les nations participantes. L’entraînement de quatre bataillons maliens avec des hommes déjà engagés sur le terrain concerne toutes les spécialités, mais aussi l’exercice de l’autorité, condition essentielle pour que l’armée malienne reprenne confiance en elle. Il inclut le droit humanitaire, des règles de comportement, l’adaptation au contexte et la formation globale tactique.

L’approche française, explique le général, différente de l’américaine, consiste à prendre en compte un bataillon complet, du soldat au chef, pour maintenir sa cohérence et améliorer sa capacité opérationnelle. Le chef malien, en situation, donne des ordres à ses hommes, renforçant ainsi sa confiance en lui et celle qu’il leur inspire (leadership). « Nous, nous donnons des conseils », souligne le général. Cette formation dure 11 semaines, fait considéré comme exceptionnel à l’échelle de l’armée malienne. « Ça marche ! Ce sont des soldats qui parlent à d’autres soldats, il n’y a pas de divergences ». Ensuite, l’EUTM Mali apporte son expertise et ses conseils dans la construction d’une chaîne de commandement opérationnelle malienne.

Résultats et perspectives. Six mois après le lancement de l’EUTM Mali, le premier bataillon formé a été déployé dans le Nord du pays et le deuxième achève son entraînement. Le troisième commencera sa formation le 30 septembre. Le quatrième fera de même début janvier 2014. Un détachement d’assistance opérationnelle d’une vingtaine de militaires français accompagne les bataillons maliens déployés sur le terrain. Les résultats sont encourageants, estime le général Guibert, qui a constaté une adhésion enthousiaste des militaires maliens, qui font des efforts significatifs.

Un audit sévère avait été réalisé auparavant sur l’armée malienne, dont la défaite contre les djihadistes en janvier 2013 avait entraîné le déclenchement de l’opération « Serval » par les forces françaises. Pourtant, le président malien par intérim Dioncounda Traoré avait promu général de corps d’armée le capitaine Amadou Sanogo, responsable du coup d’Etat de mars 2012, et lui avait confié la direction d’un Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité. Toutefois, le 28 août, le gouvernement intérimaire a abrogé la nomination du général Sanogo, à la suite de la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita à l’élection présidentielle du 11 août. Le général Sanogo avait proposé des recommandations… qui ne seront guère prises en considération. En effet, le général Guibert a souligné qu’il ne traite qu’avec les autorités légales. Le nouveau président Ibrahim Keita entend poursuivre ce qui a été entrepris avec l’ONU, l’UE et la France. Il s’agit de pérenniser les acquis, renforcer l’action de formation et restructurer l’armée. Le détachement de liaison et d’expertise (ALTF en anglais) regroupe une équipe pluridisciplinaire d’une vingtaine de conseillers militaires dans les domaines du cadre général de la défense, du commandement et de la préparation opérationnels, du soutien logistique et des ressources humaines. L’ALTF assiste également les états-majors de l’armée malienne dans la rédaction des textes fondamentaux. Une loi de programmation militaire (2014-2018), élaborée par l’EUTM Mali à la demande des autorités intérimaires maliennes, sera présentée au président Keita, puis validée par la prochaine Assemblée nationale. D’autres pays européens peuvent encore compléter l’EUTM Mali, qui bénéficie déjà du savoir-faire des nations participantes et dont la mission s’inscrit dans l’approche globale de l’UE au Sahel. A cet effet, le général Guibert doit se rendre à Bruxelles et aussi à Vilnius (Lituanie), lors de la réunion informelle des ministres de la défense de l’UE (6 septembre).

Sécurisation. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes se sont repliés vers le Nord. Une opération de sécurisation, dénommée « Anaconda 2 », a été lancée dans le Nord du Mali et consiste à reconnaître les axes et contrôler la zone. La phase 1, menée au Nord de la ville de Gao du 13 au 25 août, a mobilisé 160 personnels du Groupement tactique interarmes « Désert », des hélicoptères, un appui aérien, des moyens de renseignement et des gendarmes, dont 3 Maliens. Grâce aux renseignements d’opportunité fournis par la population elle-même, de l’armement, des munitions, grenades, explosifs et détonateurs ont été saisis dans des caches anciennes. La phase 2, menée au Sud d’Almoustarat du 27 août au 2 septembre, a mobilisé 170 personnels français, surtout de l’infanterie, et 2 gendarmes  maliens. Elle avait pour objectifs de marquer la présence de Serval de façon imprévisible dans des endroits déjà inspectés et de  détruire la présence et la structure des djihadistes. Ces opérations de sécurisation visent à faire pression sur leurs capacités logistiques, afin d’éviter qu’ils reprennent pied dans la boucle du Niger.

Loïc Salmon

Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines

Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

Le dispositif « Serval » et la Mission des Nations unies pour la      stabilisation du Mali (MINUSMA) assurent la sécurité de la Mission européenne d’entraînement au Mali. Selon l’Etat-major français des armées, « Serval » va passer de 3.200 hommes début septembre à 1.000 hommes cet hiver. Ses moyens aériens se composent de : 6 Rafale et 3 Mirage 2000D pour les frappes ; 1 avion de reconnaissance ATL2 et des drones pour le renseignement ; 1 avion ravitailleur C-135 ; 1 C-160 Transall, 1 C-130 Hercules et 1 Casa CN 235 pour le transport tactique. Les forces françaises sont réparties entre les villes de Bamako, Gao et Kidal ainsi que le massif de l’Adrar-Tessalit. Les forces africaines déployées dans le pays comprennent 8 bataillons maliens et des unités de la MINUSMA (Burkina-Faso, Ghana, Bénin, Tchad, Sénégal, Niger et Togo). Elles sont accompagnées de détachements français de liaison et d’appui.




Armée de l’Air : anticiper et avoir un coup d’avance

L’opération « Serval » au Mali a combiné puissance aérienne et action terrestre. Bien entraînée, l’armée de l’Air y a démontré ses capacités d’intervention immédiate,  mais aussi de contrôle et commandement ainsi que de renseignement, surveillance et reconnaissance.

L’action de l’armée de l’Air a fait l’objet d’un colloque organisé, le 12 juin 2013  à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales. Parmi les intervenants figurent : Etienne de Durand, directeur du Centre de sécurité de l’Institut français des relations internationales ; le général de brigade aérienne Jean-Jacques Borel, commandant des opérations aériennes de l’opération « Serval » au Mali ; le général de corps aérien Patrick Charaix, commandant des Forces aériennes stratégiques ; un lieutenant-colonel dont le nom n’a pas été divulgué, pilote de Rafale engagé lors de l’opération Serval.

Instrument de puissance. Depuis plus vingt ans, l’arme aérienne assure une marge de victoire considérable dans la gestion de crises : guerre du Golfe en 1991 ; interventions de l’OTAN au Kosovo (1999) et en Afghanistan (2001) celles des Etats-Unis et de leurs alliés en Irak (2003) ; celles de la France avec la Grande-Bretagne en Libye (2011) et seule au Mali (2013). Pendant cette période, sont apparus une plus grande précision des frappes, les drones et des capteurs de renseignement beaucoup plus performants. Etienne de Durand met en garde contre : le désinvestissement dans la capacité aérienne en raison du risque de sous-dimensionnement par rapport aux besoins nationaux et à l’adversaire potentiel ; l’habitude à la dissymétrie  par rapport aux moyens aériens adverses dans les conflits récents ; la prolifération des systèmes sol/air. « Nous n’envisageons plus de perdre des pilotes et même des avions ». Selon lui, l’enjeu pour la France est de conserver sa supériorité aérienne en 2020, en  raison de la diminution de l’implication militaire des Etats-Unis et de l’effondrement de la capacité aérienne en Europe. Les conditions d’emploi de l’armée de l’Air varient selon les théâtres où la France s’est engagée, explique le général Borel. En Afghanistan, beaucoup d’avions alliés ont été déployés en appui des troupes au combat au sol et pour ravitailler les bases avancées. Peu d’avions français se trouvaient sur place. En Libye, campagne initiée par la France et la Grande-Bretagne rejointes par une coalition, de nombreux avions français ont effectué des frappes de sécurisation du théâtre sur des objectifs fixes (bases arrière et dépôts de munitions) et au plus près du terrain. Au Mali, opération lancée par la France, la composante aérienne a commencé dès le début et durera jusqu’à la fin. Pour la première fois depuis longtemps, l’armée de l’Air, qui n’avait pas d’adversaire aérien, a mis toutes ses capacités en œuvre et sous commandement uniquement national : attaques dans la profondeur, soutien et appui feu rapproché. La première mission a consisté à arrêter la progression des colonnes djihadistes sur Bamako, en coordination avec les forces spéciales au sol. Pour la seconde, des chasseurs partis de métropole ont frappé les points de ravitaillement et les centres d’écoute de l’adversaire pour le déstabiliser, l’obliger à se replier vers le Nord et réduire sa capacité à se mouvoir et à commander. La complémentarité des capteurs et la fusion des renseignements servent à écouter, identifier et localiser pour déterminer les objectifs. Des frappes quasi simultanées (en moins de deux minutes) ont fait bénéficier les troupes au sol de l’effet de surprise. D’autres ont verrouillé les axes d’exfiltration (petites vallées) vers les pays voisins. Les vols peuvent durer 7-8 h avec plusieurs ravitaillements en vol. La structure du commandement opérationnel (organisation et préparation des vols) a été bâtie en dix jours. Un « corpus documentaire », rédigé en anglais selon le modèle OTAN, précise les communications à utiliser et permet d’intégrer rapidement les moyens alliés de transport et de ravitaillement en vol. La logistique, compliquée, nécessite des vols de plusieurs milliers de km à travers l’Afrique, avec 40 % de missions de nuit, pour délivrer 20 t/jour d’eau et de nourriture aux troupes au sol. S’y ajoutent la construction d’infrastructures de combat et l’entretien des pistes, conditions indispensables pour durer sur zone. Selon le général Borel, le rayon d’action (6.400 km) du futur avion tactique A-400 M aurait permis d’éviter le relais à Bamako des C-160 Transall (5.500 km).

Emploi dual. Le concept d’emploi de la Force aérienne stratégique (FAS) a évolué avec ses avions, indique le général Charaix. Le Mirage IV, avion dédié à la dissuasion et qui volait à Mach 2 avec une escorte, a été remplacé en 2008 par le Rafale, capable d’effectuer aussi des missions conventionnelles. Ainsi, la FAS a « prêté » des Rafale, qui ont réalisé 30 % des frappes en Libye, et des Mirage 2000 N de pénétration à très basse altitude qui ont effectué 50 % des missions de reconnaissance au Mali. Les avions ravitailleurs C-135, autrefois réservés à la FAS, ne lui consacrent plus que 5 % de leur activité. En Libye, ils ont réalisé 7 % des ravitaillements en vol et, au Mali, 87 % des ravitaillements en vol… et 100 % des pleins d’essence des camions-citernes !  La crédibilité de la FAS garantit à la France sa capacité d’entrer en premier sur un théâtre, souligne le général Chaix. La FAS, ayant acquis de nouvelles têtes nucléaires en 2010, modifie son processus de montée en puissance et donne la priorité au remplacement des vieux C-135 par des ravitailleurs multirôles A330 MRTT.

Frapper fort, loin et vite. L’intervention au Mali est décidée le vendredi 11 janvier. A 20 h à la base aérienne de Saint-Dizier, un chef de patrouille de Rafale reçoit l’ordre de préparer une mission de bombardement sur Gao à 4.000 km de là (6 h de vol) avec atterrissage le dimanche à N’Djamena, 2.000 km plus loin. Le samedi à 4 h du matin, quatre Rafale, chargés de 24 munitions de 250 kg guidées par GPS ou laser, décollent de Saint-Dizier, puis sont rejoints par trois C-135. En cours de route, ils sont informés de trois changements d’objectifs, dont le dernier 1 h 30 avant la frappe. Ils larguent 19 bombes sur 19 objectifs avec succès. Il faut rester le moins longtemps possible dans la zone visée, souligne le pilote, et s’assurer de bien identifier les objectifs, de limiter au maximum les dommages collatéraux et de respecter l’ordre des priorités. Chaque Rafale peut traiter six objectifs différents.

Loïc Salmon

Armée de l’Air, deux mois d’opérations en Libye

Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

L’armée de l’Air a tiré cinq enseignements majeurs de l’opération « Serval » : cohérence des structures de commandement et de conduite des opérations aériennes ; appréciation autonome de la situation ; réactivité, grâce à la capacité d’agir à partir de ses bases en France ou pré-positionnées ; projection de puissance par le ravitaillement en vol et le transport stratégique et tactique ; pour le personnel, importance de la formation (acquisition de nouvelles capacités) et de l’entraînement (maintien de ces capacités). Bientôt, la formation et l’entraînement s’effectueront en cours d’opérations.




Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

L’intervention militaire française au Mali a eu un effet positif sur le recrutement des jeunes de 18-24 ans, a déclaré, le 28 février 2013 à Paris, le général de brigade Benoît Royal, sous-directeur recrutement à la Direction des ressources humaines de l’armée de terre. Celle-ci compte embaucher 10.000 militaires cette année, sur une population cible de 120.000 civils. Avec un budget de 800 €/jeune, elle arrive en quinzième position parmi les principaux employeurs, mais, en termes d’effectifs, à la deuxième derrière Mac Donald qui souhaite embaucher 20.700 jeunes. L’armée de Terre rencontre en effet de nombreuses difficultés structurelles : baisse générale des effectifs de la classe d’âge concernée ; effet répulsif des pertes humaines en Afghanistan ; perte de visibilité des militaires auprès de la population ; désertification militaire de zones sur le territoire national ; attentisme de la jeunesse ; contraintes du métier. Par ailleurs, les familles n’accompagnent plus leurs enfants dans les bureaux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre. De plus en plus de parents n’ont pas connu le service national. Pour combler son déficit d’image,  elle recourt surtout à la publicité, de plus en plus chère mais indispensable : télévision, internet, réseaux sociaux, affichage et presse. La part d’internet parmi les origines des candidatures croît régulièrement : 31 % en 2010, 39 % en 2011, 43 % en 2012 et 53 % en 2013. Une campagne de spots télévisés entraîne 140.000 clics par semaine sur le site internet de recrutement, contre 40.000 sans spots. La campagne 2013 est la première où des scènes d’opérations sont reconstituées pour rechercher l’authenticité. Selon le général Royal, les jeunes réfléchissent sur l’idée qu’ils se font de l’armée de Terre et recherchent « un métier qui sert à quelque chose, qui ait du sens ». Environ 15 % des recrutés savent dans quelle arme ils veulent servir. Moins de 10 % des jeunes recrutés en 2012 étaient au chômage. La solde d’un engagé, nourri et logé, se monte à 1.200 € net par mois. Enfin, l’armée de Terre poursuit ses efforts de fidélisation du personnel. Le taux de dénonciation de contrat des engagés volontaires est en effet passé de 24,8 % en 2007 à 30 % en 2009 pour retomber à 23 % en 2012.

Loïc Salmon