Marine : MCO, de la conception du navire à sa déconstruction

Le maintien en condition opérationnelle (MCO) des navires permet de garantir la composante maritime de la dissuasion nucléaire, la liberté d’action sur et sous la mer, la lutte contre les trafics illicites, la préservation de la zone économique exclusive et la police des pêches.

L’ingénieur général de l’armement Guillaume de Garidel-Thoron, directeur central du Service de soutien de la flotte (SSF) l’a expliqué lors d’un point de presse le 5 mai 2022 à Paris.

Les missions. La disponibilité technique d’un navire, à savoir le nombre de jours où il est capable de naviguer, se monte à 75 %-80 % pour les frégates, plus de 80 % pour les porte-hélicoptères amphibies (PHA) et environ 50 % pour les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Pour toute la flotte, l’obsolescence des matériels s’ajoute à la fatigue des structures et à la corrosion. Outre les périodes programmées d’indisponibilité de longue durée du porte-avions et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, le SSF accueille les nouveaux bâtiments et entretient les plus anciens (remotorisation des usines électriques des frégates de surveillance basées outre-mer). Il assure des réparations exceptionnelles comme l’échange du radôme de la frégate Forbin, frappé par la foudre, ou la soudure, entre décembre 2020 et juin 2021, de l’avant du SNA Saphir (désarmé en 2019) à l’arrière du SNA Perle, endommagé par un incendie. Enfin, il déconstruit les unités retirées du service actif, notamment les sous-marins à propulsion diesel électrique de type Agosta (photo). Les frais d’entretien d’un navire représentent 60 % de son coût de possession (achat et maintenance). Le SSF dispose d’un budget annuel de 1,4 Md€, en moyenne, et d’infrastructures à Brest, Toulon, Cherbourg, en Polynésie française et Nouvelle-Calédonie et à la Martinique, La Réunion et Mayotte. Il gère 12 millions d’articles de rechange embarqués à bord des bâtiments et à terre. Créé en 2000, le SSF compte 250 experts, issus de la Marine nationale ou de la Direction générale de l’armement (DGA) et dont le passage par le SSF valorise la carrière. En contact direct avec les équipages et les chantiers lors des indisponibilités de longue durée, ses ingénieurs bénéficient de l’expertise technique de la DGA et du Commissariat à l’énergie atomique. Le SSF conclut des contrats (paiements à 30 jours) avec des petites et moyennes entreprises portant sur des familles de navires (frégates de tous types, patrouilleurs, chasseurs de mines, bâtiments de commandement et de ravitaillement et PAH), des équipements embarqués ou des capacités spécifiques (chaufferie nucléaire). Le contrat de MCO conclu pour le SNA Suffren, entré en service en 2021, court jusqu’en 2025.

L’innovation. Dès la conception d’un nouveau navire, l’Etat-major de la marine et la DGA prennent le MCO en compte en ce qui concerne la logistique, la documentation technique et la liste des articles de rechange. Outil de gestion des stocks des pièces, le système numérique en service fait déjà l’objet d’une réflexion sur son remplacement dans quatre ou cinq ans. L’installation de capteurs de données sur les moteurs diesel des nouveaux bâtiments permettra d’optimiser la maintenance et de l’assurer à titre préventif. Le MCO initial nécessite un travail de la DGA en amont, pendant les essais à la mer du navire avant son entrée en service. Avec l’aide des ateliers à terre et de drones aériens ou sous-marins, les projets innovants portent sur l’expérimentation, les expertises, les cartographies, la transformation numérique et la télémaintenance avec l’équipage en mer pour démultiplier les capacités.

Loïc Salmon

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer

DGA : l’hydrodynamique, de la faisabilité au suivi du navire

Marines : l’industrie navale, concurrence et innovations




Industrie de défense : Arquus, rebond mais incertitude

Le constructeur français de véhicules militaires terrestres Arquus a amélioré son chiffre d’affaires en 2021, malgré la pandémie du Covid-19. Toutefois, celle-ci rend encore difficile la prospection de clients à l’international en 2022.

Son président, Emmanuel Levacher, a présenté la situation à la presse le 16 février 2022 à Paris.

Résultats. Propriété du groupe suédois Volvo, Arquus est issu de la fusion de Renault Trucks Defense, ACMAT (Ateliers de constructions mécanique de l’Atlantique) et Panhard en 2018. Il ne publie pas de données financières, mais plutôt des pourcentages. La fusion avait entraîné une hausse du chiffre d’affaires de 38 % en 2019. Mais l’année suivante, le ralentissement de l’activité, consécutif à la pandémie, avait provoqué une baisse de 10 %, puis la reprise s’est traduite par une hausse de 6 % en 2021. Le chiffre d’affaires a été réalisé à 75 % sur le marché français et à 25 % à l’international. Le carnet des commandes cumulées totalise 5 Mds€ de prises de commandes, dont 1,20 Md€ de commandes fermes. Pour l’année 2021, les prises de commandes se montent à 275 M€ pour la France et 60 M€ à l’export en Afrique et au Moyen-Orient. La réalisation des engagements de la loi de programmation militaire 2019-2025 a permis la production de : 1.200 VT4 (véhicules tactiques polyvalents non protégés) en 2021 avec une prévision de 1.134 en 2022 ; 119 véhicules blindés multi-rôles Griffon (116 en 2022), dont certains sont déjà déployés en opération ; 20 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar (18 en 2022), destinés au 1er Régiment étranger de cavalerie ; 186 tourelleaux télé-opérés Hornet pour armer les Griffon (243 en 2022) ; 22 véhicules blindés légers (120 en 2022). Pour la première fois, Arquus a assuré le soutien des Griffon du programme de combat collaboratif Scorpion. Un conflit de haute intensité nécessiterait de la masse, à savoir des chars et de l’artillerie lourde sur une longue période, indique le président. Cela signifierait plus de blindage pour faire face à des engagements dans la durée. Arquus dispose de la capacité pour augmenter sa production si nécessaire.

Projets. Le groupe dispose de cinq sites répartis dans toute la France, dont quatre dédiés à la production : Marolles pour la militarisation des moteurs ; Limoges, chargé des véhicules neufs, reçoit 8 M€ sur la période 2020-2023 pour la construction d’un nouveau centre logistique et de nouveaux bureaux ; Garchizy, chargé des cabines blindées et de la distribution des pièces de rechange, reçoit 2,5 M€ d’investissement ; Saint-Nazaire, chargé de la maintenance opérationnelle terrestre, reçoit également 2,5 M€. Le site de Versailles-Satory abrite les bureaux d’études et la fonction support. L’armée de Terre devant renouveler ses capacités tactiques et logistiques, Arquus va développer : des « briques technologiques » innovantes ; la protection des véhicules ; l’hybridation du Griffon par stockage de l’énergie électrique ; des robots terrestres de 3 t ; la lutte anti-drones. Il anticipe le programme VBAE (véhicule blindé d’aide à l’engagement), conçu en coopération européenne. D’ici à 2030, Arquus compte faire passer son taux de féminisation à 35 % (20 % en 2021) et réaliser un chiffre d’affaires de 1 Md€. Outre la vente de VLRA (véhicules légers de reconnaissance et d’appui) et de camions tactiques Sherpa, il compte s’implanter en Europe (Grèce, Roumanie, Estonie, République tchèque, Suède et Belgique), mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Il vend déjà ses matériels dans 60 pays.

Loïc Salmon

Défense : les industriels pendant la crise du Covid-19

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : budget 2022, une hausse annuelle de 4,3 %




Industrie de défense : 42 Rafale et 2 Scorpène pour l’Indonésie

Les ministres français et indonésien des Armées ont signé, le 10 février 2022 à Djakarta, deux lettres d’intention, l’une pour une commande ferme de 42 avions Rafale F3-R par l’Indonésie et l’autre sur 2 sous-marins Scorpène.

Les commandes. Selon Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, ces commandes font suite à une lettre d’intention sur la coopération en matière d’équipement signée en août 2020, puis un accord de partenariat stratégique conclu le 28 juin 2020 et enfin aux travaux de la Direction générale de l’armement, du ministère de l’Economie et des Finances et des industriels. La commande des Rafale se monte à 8,1 Mds$ et porte sur 30 avions monoplaces et 12 biplaces. La première tranche compte 6 appareils et la seconde 36. La production de la première commencera en 2025, trois ans après l’entrée en vigueur du contrat par le versement du premier acompte par l’Indonésie courant 2022. Pour honorer cette nouvelle commande qui garantit une chaîne de production jusqu’en 2031, le constructeur Dassault Aviation et ses sous-traitants vont augmenter la cadence de construction pour ne pas retarder les commandes de Rafale destinés à l’armée de l’Air et de l’Espace. Le contrat, qui bénéficiera d’un accompagnement de la Banque publique d’investissement, va inclure des retours industriels pour l’Indonésie, qui seront quantifiées par les groupes Dassault Aviation, Thales et Safran. Suivront des contrats de formation et d’entraînement des pilotes indonésiens. Cela porte à 284 le nombre de Rafale vendus à l’exportation, dont 200 depuis 2017, à savoir au Qatar, à l’Egypte, à l’Inde, à la Grèce, à la Croatie, aux Emirats arabes unis et à l’Indonésie. Le Rafale a démontré ses performances au combat lors des opérations extérieures en Libye, en République Centrafricaine et au Sahel. Quant aux deux sous-marins Scorpène à propulsion diesel-électrique, la lettre d’intention porte sur des études de recherche et de développement, notamment leurs performances, en vue d’une commande ferme. Un engagement couplé Rafale-Scorpène avait été précédemment conclu avec l’Inde.

Un partenaire-clé. Avec les commandes indonésiennes, la France renforce sa présence dans la zone Indo-Pacifique, où se trouvent 2 millions de ses ressortissants et une zone économique exclusive de 9 Mkm2. L’Indonésie devient ainsi son deuxième partenaire après l’Inde et le premier en Asie du Sud-Est devant Singapour. L’Indonésie, peuplée de 265 millions d’habitants et que longent les détroits stratégiques de Malacca et de Singapour reliant les océans Indien et Pacifique, réalise le plus important produit intérieur brut (PIB) de l’Asie du Sud-Est. Son budget de Défense a atteint 7,7 Mds$ en 2020, soit 0,8 % de son PIB. Il devrait passer à 1,5 % du PIB en 2024 pour moderniser les forces armées. Sur la période 2011-2020 l’Indonésie a acheté à la France des équipements militaires totalisant 167 M€ avec un pic de 480 M€ en 2013. Il s’agit d’hélicoptères, à savoir 14 H225 Caracal, 12 Puma et 11 Panther, ainsi que des navires et des radars.

Loïc Salmon

DGA : 80 Rafale F4 et 12 Caracal pour les Emirats arabes unis

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Asie-Pacifique : présence militaire française accrue




Aviation militaire : le futur hélicoptère interarmées léger

A partir de 2027-2030, les trois armées vont utiliser un seul type d’hélicoptère polyvalent. Dénommé « hélicoptère interarmées léger (HIL) Guépard », ce dernier est dérivé de l’appareil civil H160, prévu en service en 2022.

Le 22 décembre 2021, le ministère des Armées a notifié à Airbus Helicopters la commande de 169 HIL, capables d’effectuer des évacuations sanitaires, des transports de matériels et de fret ainsi que des missions spécifiques. Le Guépard remplacera les Gazelle, Alouette III, Dauphin, Panther et Fennec.

Les caractéristiques. D’une vitesse maximale de 260 km/h, le Guépard dispose d’une autonomie de 4 heures et d’un rayon d’action de 700 km. Outre ses deux pilotes, il embarque cinq soldats équipés ou une civière avec une équipe sanitaire. A terme, il pourra être ravitaillé en vol par un avion de KC-160J. L’armée de Terre va recevoir 80 Guépard utilisés aussi pour la reconnaissance armée, l’appui-feu, l’infiltration de forces spéciales et comme poste de commandement embarqué. La Marine nationale prendra livraison de 49 appareils pour le combat aéromaritime, la protection et le soutien d’une force navale, une action spéciale navale et l’action de l’Etat en mer. L’armée de l’Air et de l’Espace va réceptionner 40 Guépard pour la surveillance et la défense de l’espace aérien national, la recherche et le sauvetage, l’appui-feu et le renseignement. Le HIL embarquera des équipements spécialisés : missile ANL pour le combat aéromaritime ; radar tactique AESA 2 D (radar à balayage électronique à antenne active) pour les missions navales et aériennes de surveillance ; pod mitrailleuse axiale pour la reconnaissance terrestre et l’appui-feu air-sol. Le Guépard sera doté du système électro-optique (EOS), mis au point par Safran et qui regroupe plusieurs capteurs pour l’observation à longue distance, de jour comme de nuit. Ses capacités de ciblage très précis permettent d’identifier navires, groupes armés ou véhicules à plusieurs kilomètres et assurent le suivi automatique d’une cible. Son interconnexion au casque TopOwl permet à l’équipage de disposer, sur la visière du casque, de la projection de l’image recueillie par l’EOS ainsi que du ralliement de la ligne de visée de l’EOS sur un objectif visé au casque par le pilote. Ce dernier dispose d’un assistant de mission. Il s’agit d’un calculateur qui contrôle différents systèmes militaires et réalise la fusion des données pour enrichir la situation tactique.

Les contrats. Prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025, la commande des 169 Guépard totalise 10 Mds€ et inclut : le développement ; la fourniture du système de soutien et de formation ; le maintien en condition opérationnelle pendant dix ans. Le concept de « flotte unique » permet de mutualiser les coûts de développement entre les trois armées et d’optimiser le soutien grâce aux effets d’échelle, notamment sur les stocks de pièces de rechange. Les travaux de développement dureront jusqu’en 2029. La production, qui commencera en 2024, va s’échelonner sur dix ans. Les livraisons débuteront en 2027 pour l’armée de Terre, en 2029 pour la Marine nationale et en 2030 pour l’armée de l’Air et de l’Espace. En outre, 10 hélicoptères civils H160, destinés à la Gendarmerie nationale, ont été commandés pour un montant supérieur à 200 M€ dans le cadre du plan de soutien à l’industrie aéronautique. Enfin, le centre d’expertise DGA Essais en vol va recevoir un H160 pour la mise au point et la qualification des équipements et des futurs systèmes d’armes.

Loïc Salmon

Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes




Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

Le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Union européenne (UE) constitue une priorité de la présidence de la France au premier semestre 2022.

Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, et Hervé Grandjean, porte-parole du ministère, l’ont expliqué en conférence de presse le 16 décembre 2021 à Paris.

« Boussole stratégique ». Afin d’éviter un déclassement stratégique, l’UE doit renforcer sa cohésion et sa capacité d’action, souligne Alice Guitton. La présidence française va porter ses efforts sur cinq axes : hausse de l’ambition opérationnelle ; contribution au droit international et préservation de l’accès aux espaces communs contestés ; résilience et solidarité face aux influences extérieures ; souveraineté technologique et industrielle ; rôle mondial par des relations équilibrées et mutuellement bénéfiques. La « Boussole stratégique », initiée sous la présidence allemande (second semestre 2020), qui fixe une vision à l’horizon 2030, a été endossée par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres. En outre, elle dispose d’un mécanisme de suivi de sa mise en œuvre par le Conseil européen (composé de la présidence en cours, des dirigeants des 27 Etats membres et de la présidente de la Commission européenne). Ses propositions visent à agir, sécuriser, investir et coopérer. Conformément à l’article 44 du traité de l’UE (1992), il s’agit d’abord d’assouplir le mécanisme de déclenchement des opérations de l’UE concernant les missions de formation et le déploiement rapide d’unités militaires. Un document, examiné en novembre 2021 pendant la présidence slovène du Conseil européen de l’UE, mentionne des forces modulaires jusqu’à 5.000 militaires d’ici à 2025 et l’engagement d’investissement dans les technologies de rupture. Selon Alice Guitton, la sécurisation des espaces maritime, aérien, extra-atmosphérique et cyber se concrétisera par l’élaboration d’une stratégie spatiale d’ici à 2023, le développement d’une cyberdéfense, l’expérimentation de la « Présence maritime coordonnée » et la modernisation de la stratégie maritime de 2014. Pour réduire la dépendance extérieure en matière de technologies et de matériels, l’innovation sera renforcée par la création d’une plateforme dédiée au sein de l’Agence européenne de défense. La coopération avec l’OTAN implique interopérabilité et complémentarité avec celle au sein de l’UE pour appuyer une montée en puissance de la capacité européenne. S’y ajoutent : des partenariats avec des pays d’Afrique et de la zone indopacifique, dont le Japon ; le dialogue avec les pays tiers ; une politique migratoire.

Participations militaires françaises. Le ministère des Armées, rappelle Hervé Grandjean, participe à 50 des 60 projets de la « Coopération structurée permanente », destinée à éviter la duplication des moyens ou des structures dans l’UE. Il a joué un rôle décisif dans le lancement de « l’Initiative européenne d’intervention » et le format de la « task force Takuba » (forces spéciales) au Sahel. De plus, la France participe à deux opérations européennes : « Irini » pour le respect de l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye ; « Atalanta » pour dissuader et réprimer la piraterie au large de la Somalie. Elle s’implique aussi dans des programmes industriels : Système de combat aérien du futur avec l’Allemagne et l’Espagne ; projet terrestre CaMo avec la Belgique ; construction des frégates multi-missions et de la flotte logistique avec l’Italie ; Constellation spatiale optique avec l’Allemagne et la Suède.

Loïc Salmon

Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

Union européenne : une diplomatie en progression lente




DGA : 80 Rafale F4 et 12 Caracal pour les Emirats arabes unis

Les Emirats arabes unis (EAU) vont acquérir 80 avions de chasse Rafale au standard F4 (en développement), dans le cadre d’un partenariat stratégique qui inclut l’achat de 12 hélicoptères de sauvetage H225M Caracal. Il n’y aura aucun transfert de technologie.

Les contrats ont été signés le 3 décembre 2021 à Dubaï, lors de la visite du président de la République Emmanuel Macron. Le 9 novembre à Paris, l’ingénieur général Thierry Carlier, directeur du développement international de la Direction générale de l’armement (DGA), a présenté le rôle du ministère des Armées dans ce plus grand contrat aéronautique à l’export.

Partenariat stratégique ancien. Les EAU abritent des forces militaires françaises terrestres, navales et aériennes. Ils ont apporté une aide décisive lors des évacuations de ressortissants français, européens et afghans depuis Kaboul en août 2021, lors de l’arrivée des talibans. Depuis plus de 50 ans, les EAU achètent des avions de chasse français. Leur flotte compte 60 Mirage 2000 et 60 Mirage 2000-9, qui seront remplacés par les 80 Rafale F4 entre 2025 et 2031, indique l’ingénieur général Carlier. Leur contrat, qui fait suite à un accord intergouvernemental de 2009, se monte à près de 17 Mds€ : 14 Mds€ pour les Rafale F4 ; 2 Mds€ pour leur armement ; 700 M€ pour les Caracal. Il inclut la formation des pilotes et des mécaniciens par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), qui recevra des F4 en 2024. Le choix du Rafale par les EAU repose sur ses performances sur divers théâtres d’opérations récents et aussi sa rapidité de disponibilité. Le F4, qui bénéficiera des retours d’expérience sur les versions précédentes, allie connectivité (spot laser et cyber) et interopérabilité. Il sera adapté à l’ensemble du spectre du combat aérien à l’horizon 2025-2035. La transaction commerciale a été précédée d’une période de négociations, de novembre 2020 à juin 2021, entre le ministère des Affaires étrangères, celui de l’Economie et des Finances, les industriels et la DGA (expertise). Sa direction internationale compte 200 personnes, dont 80 à Paris spécialisées dans les différents produits, et 20 attachés d’armement dans les ambassades pour faire connaître les produits et prospecter les clients. La chaîne de production du Rafale mobilise 7.000 personnes. La cadence de fabrication, actuellement d’un par mois, devrait connaître des pointes à deux ou trois pour satisfaire les commandes de l’AAE et de six pays clients (Egypte, Inde, Qatar, Grèce, Croatie et EAU).

Rafale F4 et hélicoptère Caracal. Du 26 au 29 avril 2021 à Istres, la DGA a procédé aux premiers essais en vol du Rafale F4 en huit missions complexes de 50 sorties de 2 Rafale Marine et 6 Rafale, 2 Mirage 2000 et 2 Alphajet de l’AAE avec des experts de Dassault Aviation, Thales (équipements électroniques) et MBDA (missiles). Cette campagne de « revue d’aptitude à l’utilisation » a porté sur la capacité du viseur de casque Scorpion pour le combat collaboratif, dont notamment la localisation précise d’autres aéronefs par des moyens passifs au sein d’une patrouille. La prochaine campagne évaluera les capacités du F4 pour les missions air-surface dans le cadre d’opérations interarmées ou interalliées. Le F4 sera doté du missile air-air Mica-NG et emportera la bombe AASM (armement air-sol modulaire) de 1.000 kg. Ravitaillable en vol, l’hélicoptère H225M Caracal dispose d’armements de sabord, d’équipements de vision nocturne et d’une capacité « d’aérocordage », permettant la dépose de commandos dans des lieux très difficiles d’accès.

Loïc Salmon

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Armée de l’Air et de l’Espace : voir plus haut et décider plus vite que l’adversaire

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

L’Union européenne (UE), réduite à 27 Etats membres, élabore une stratégie portant sur la réponse aux conflits et crises externes, le renforcement de ses capacités militaires et la protection de son territoire et de sa population.

L’équipe « B2 » (cinq auteurs) l’explique dans l’ouvrage intitulé « La boîte à outils de la défense européenne Nouveautés 2020-2021 », publié à Bruxelles aux éditions du Villard en mai 2021.

Les risques et menaces. La Russie multiplie les actes d’intimidation contre l’UE. Ont été attribués à ses services de renseignement : la cyberattaque contre le Bundestag (Parlement fédéral) allemand en 2015 ; l’agression chimique en mars 2018 contre l’ancien agent russe Sergueï Skripal, réfugié en Grande-Bretagne ; des explosions dans des entrepôts en République tchèque en 2014 ; l’accueil hostile, le 3 février 2021 à Moscou, réservé au Haut représentant de l’UE venu plaider la libération de l’opposant Alexeï Navalny. Depuis 2019, la Turquie se confronte aux pays européens. En Méditerranée orientale, elle effectue des forages d’hydrocarbures dans les zones maritimes considérées comme chypriotes ou grecques. Elle a conclu un accord avec la Libye sur une zone économique exclusive empiétant sur celles de l’Italie, de Chypre et de la Grèce. Elle en conclu un second de nature militaire avec l’envoi de soldats et de matériels. Lors de la guerre dans le Haut-Karabagh (27 septembre-10 novembre 2020), elle a soutenu l’Azerbaïdjan par l’envoi d’hommes et de matériels. Elle maintient une présence en Somalie et dans les Balkans. La Chine est perçue par l’UE comme rivale, partenaire et concurrente, qui affiche sa souveraineté très au-delà de son environnement proche. Elle intervient jusqu’en Europe par le développement des « Nouvelles routes de la Soie », l’acquisition de biens économiques souverains ou sa « diplomatie des vaccins ». Outre le terrorisme interne ou externe, les Etats membres de l’UE font l’objet de tentatives de déstabilisation par des groupuscules militarisés ou des mouvements séparatistes, notamment en Espagne (Catalogne et Pays basque). D’anciennes menaces réapparaissent : armes chimiques ou bactériologiques ; espionnage politique ou industriel ; pressions sur les approvisionnements en énergie. Conséquences des technologies émergentes, de nouvelles menaces surgissent, à savoir la désinformation, l’ingérence électorale et les cyberattaques.

L’analyse géopolitique et spatiale. Depuis novembre 2020, la menace est évaluée par le Centre unique d’analyse du renseignement (SIAC, sigle anglais), qui regroupe le centre de renseignement militaire de l’Etat-major de l’UE et le centre de situation et de renseignement du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), placé sous l’autorité du Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le SIAC reçoit des informations des services de renseignement civils ou militaires des Etats membres. L’UE dispose du Centre satellitaire de Torrejon (Espagne) pour le renseignement géo-spatial destiné aussi aux Etats membres et à des organisations internationales. Ainsi, lors du conflit dans l’ex-Yougoslavie (1991-2002), ce centre a adressé des cartes au Comité international de la Croix-Rouge. Il a fourni certaines analyses sur le Darfour à la Cour pénale internationale et d’autres à la mission de l’ONU en Libye. Il a confirmé l’existence de dépôts de munitions en Syrie, les déplacements de matériels le long de la frontière ukrainienne et les camps de prisonniers ouïgours dans le Xinjiang chinois. Par ailleurs, le centre de Torrejon évalue les risques de collision entre engins spatiaux et lance des alertes d’évitement. Il calcule les trajectoires d’objets artificiels lors de leur rentrée incontrôlée dans l’atmosphère. Il détecte et caractérise les fragmentations d’orbite. Enfin, l’UE dispose, à Bruxelles, du Collège européen de sécurité et de défense, dont le budget est passé de 500.000 € en 2013 à 2,06 M€ en 2021. Ce collège forme les personnels permanents du SEAE et ceux envoyés dans les missions de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ou du SEAE, avec renforcement des formations pour les missions civiles et le domaine du cyber.

Une BITD européenne. L’UE dispose de moyens militaires nombreux, mais disparates et à différents niveaux de modernisation et d’interopérabilité. Ainsi, elle compte : 1.700 avions de combat de 16 types différents ; 380 hélicoptères d’attaque de 5 types ; 4.200 chars de 12 types, contre un seul aux Etats-Unis ; 120 navires de surface de 33 types (4 aux Etats-Unis). Le développement d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) commune a nécessité l’instauration d’un fonds européen de défense (FED) pour la mise au point de nouvelles capacités de défense, mais pas leur acquisition…qui reste à la charge des budgets des Etats membres ! Adopté par le Parlement européen le 29 avril 2021, le FED se monte à 8 Mds pour la période 2021-2027, contre 0 € pour l’industrie de défense en 2014. L’enveloppe se répartit entre 2,7 Mds€ pour la recherche et la technologie et 5,3 Mds€ pour la recherche et le développement. La coopération en matière d’armement porte sur six domaines prioritaires : char de combat ; patrouilleurs de haute mer ; équipement individuel des fantassins ; lutte contre les drones et dénis d’accès ; défense spatiale ; mobilités aérienne et maritime ; installations logistiques ; résilience des systèmes informatiques.

Les conséquences du « Brexit ». Depuis l’entrée en vigueur du « Brexit » le 1er février 2020, l’UE a perdu 66 millions d’habitants et un important partenaire économique et financier, doté d’un vaste réseau diplomatique et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Toutefois, pendant des années, la Grande-Bretagne a limité sa contribution aux missions et opérations de la PSDC au strict minimum. Son départ élimine une possibilité de blocage de la PSDC. La politique étrangère, la sécurité extérieure et la coopération en matière de défense ne sont pas couvertes par l’accord avec l’UE. Depuis le 1er janvier 2021, il n’y a plus de cadre formel pour coordonner les « listes noires » individuelles (gel des avoirs0) ou les mesures d’embargo économique contre des pays tiers. La Grande-Bretagne ne peut plus participer aux missions et opérations de la PSDC ni aux structures de commandement de l’UE. Elle ne bénéficie plus des accords internationaux négociés par l’UE, dont ceux sur le transfert de pirates. Elle peut participer aux programmes européens de surveillance de la terre (Copernicus) et de surveillance par satellite (EU satellite surveillance & tracking). Mais elle n’a plus accès au signal crypté réservé à la sphère gouvernementale du système Galileo de positionnement par satellites. Considérée comme un pays tiers, elle ne peut plus participer aux efforts d’intégration de la défense et de développement des capacités. Elle ne participe plus aux réunions des ministres de la Défense ni à l’élaboration de la politique de défense européenne. Elle peut être associée à certains projets, sur décision au cas par cas. Enfin, elle reste étroitement associée à l’Agence européenne de cybersécurité.

Loïc Salmon

Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Europe : défense future, la dimension militaire

Europe : l’autonomie stratégique, réflexion et construction d’une capacité




Défense : le chef de l’EIGS tué et le grand contrat australien rompu

La force Barkhane a neutralisé Adnan Abou Walid al Sahraoui, émir de l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS), filiale de Daesh au Sahel. Par ailleurs, l’Australie a rompu le contrat portant sur la construction de 12 sous-marins.

Florence Parly, ministre des Armées s’est exprimée sur ces sujets devant la presse, le 16 septembre 2021 à Paris, en présence du général Thierry Burkhard, chef d’Etat-major des armées, et de Bernard Emié, directeur général de la sécurité extérieure.

EIGS décapité et déstabilisé. Selon la ministre, la lutte contre le terrorisme vise deux objectifs depuis 18 mois : construire la montée en puissance des armées sahéliennes ; désorganiser les groupes affiliés à Daesh, dont l’EIGS, ou à Al Qaïda dont l’AQMI (Al-Qaïda au Magrheb islamique). Il faudra du temps à l’EIGS pour trouver à Abou Walid al un successeur de son étoffe. Bernard Emié rappelle que l’émir a ordonné l’assassinat de 8 humanitaires (6 Français) au Niger (août 2020) et des massacres de populations locales au Burkina Faso (novembre 2020), au Mali (mars 2021) et au Niger (juillet 2021). La chaîne de commandement de Daech se trouve déstabilisée par la neutralisation de sept de ses membres : l’émir de l’EIGS, décédé ; Abdelhakim Sahraoui, N°2 du groupe (décédé) ; Abou Abderrahmane Sahraoui, N°3 et responsable religieux (décédé) ; Issa Sahraoui, chef pour le Mali (décédé) ;  Ikarey, chef militaire (décédé) ; Khattab al Mauritani, expert en explosifs (capturé) ; Abou Dardar, chef de la police islamique (capturé). Al Qaïda, implanté à l’Est du Mali, et Daesh dans le Liptako (zones des trois frontières entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger), tentent d’étendre leur influence vers le golfe de Guinée. La coopération entre services de renseignement français, africains, américains et européens a permis de localiser l’émir de l’EIGS. Sa neutralisation résulte d’une traque lancée le 17 août par un commando de 20 soldats dans la forêt clairsemée de Dangarous (Mali), explique le général Burkhard. Des frappes aériennes, entre le 17 et le 22 août, ont neutralisé une dizaine de véhicules, dont la moto transportant l’émir de l’EIGS. Par ailleurs, Florence Parly a indiqué qu’un éventuel accord entre les autorités maliennes et Wagner, société russe de mercenaires, serait incompatible avec l’intervention française au Sahel.

Contrat australien rompu. Le 15 septembre, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont annoncé un programme de sous-marins à propulsion nucléaire pour l’Australie. Or l’appel d’offres, que la France avait remporté en 2016, portait sur une propulsion diesel-électrique. Florence Parly estime que la dénonciation imprévisible de cet accord d’Etat à Etat constitue un non-respect de la parole donnée, base des relations internationales. En outre, elle remet en cause la souveraineté de l’Australie, qui aurait pu se doter d’une capacité sous-marine autonome grâce à l’acquisition du savoir-faire dérivé du programme de sous-marins nucléaire d’attaque (SNA) Barracuda, dont le Suffren, premier exemplaire, a été livré à la Marine en novembre 2020. Enfin, cette décision met en péril 400 emplois australiens et 650 en France chez Naval Group. Les clauses contractuelles seront étudiées attentivement pour préserver les intérêts français et pour que les conséquences soient le moins pénalisantes pour le constructeur, souligne la ministre. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit la construction par Naval Group de cinq autres SNA livrables d’ici à 2030 et l’étude du sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération.

Loïc Salmon

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Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Face aux nouvelles menaces, le maintien de la souveraineté nationale dépend de la capacité d’agir dans l’espace et de la possession d’une base industrielle et technologique de défense (BITD).

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé en visioconférence, le 17 juin 2021 à Paris, par l’association 3AED-IHEDN en partenariat avec l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Patrick Destremau, directeur de l’IHEDN ; Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence de l’innovation de défense ; Philippe Pelipenko, Centre national d’études spatiales ; Saad Aqejjaj, groupe d’ingénierie industrielle Ausy.

Nouvelles alliances. L’industrie de défense s’inscrit dans un affrontement de puissances et dans un jeu d’alliances en compétition, indique le général Destremau. Pour des raisons de puissance, de sécurité et de prestige, les Etats exercent des contrôles directs et indirects sur leurs territoires et populations. Celles-ci ne vivent pas dans le cyberespace, domaine d’échanges et de combats hybrides. Même s’il permet de prendre l’ascendant sur l’adversaire, ce domaine ne constitue pas le centre principal d’affrontement. La Chine étend sa sphère d’influence en Asie du Sud-Est et sur la péninsule coréenne…à proximité du Japon, allié des Etats-Unis. Si ceux-ci entrent en guerre, la question se pose de savoir jusqu’où ira la solidarité entre Alliés. Par ailleurs, le concept de « territorialisation » de la mer (que pratique la Chine en mer de Chine méridionale), reste à définir dans le droit international, d’autant plus que l’océan Arctique devient lui aussi un champ d’affrontement stratégique.

Nouvelles conflictualités. La défense doit prendre en compte plusieurs domaines de « rupture », explique Emmanuel Chiva. Une tendance à « l’arsenalisation » de l’espace apparaît avec 60.000 satellites en orbite et les prototypes de « gardiens » de satellites géostationnaires. La guerre des mines va être menée sous les pôles et contre les câbles sous-marins de télécommunications. La manipulation de l’information se développe avec l’intelligence artificielle. La Chine a monté, sur camions, des radars « quantiques », capables de détecter les avions « furtifs » (à faibles signatures radar et infrarouge) et de leurrer les dispositifs adverses.

Conflits dans l’espace. Les doctrines américaine et chinoise comptent sur l’espace pour dominer les champs de bataille futurs, indique un rapport de l’association 3AED-IHEDN présenté par Philippe Pelipenko. Toute action offensive dans l’espace entraînera une riposte avec un impact au sol pour les belligérants et les autres nations, en raison des dégâts collatéraux, pas toujours réversibles. Ainsi, la perte de certains satellites par rayonnement ou débris d’objets en orbite, affectera tous les services offerts par ces satellites. Déjà, plus de 50 Etats disposent de satellites lancés par des pays ou acteurs tiers. Les conflits dans l’espace pourraient prendre une forme asymétrique. En effet, pour s’assurer une possibilité d’intervention mondiale, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie dépendent des moyens spatiaux, facteurs de vulnérabilité. Cela pourrait inciter d’autres acteurs, mineurs mais technologiquement avancés, à les attaquer. De très petits acteurs peuvent même accuser des pays tiers d’ingérence à leur souveraineté en cas de dommages aux symboles de leurs progrès scientifiques ou aux services donnés à leurs populations. Par ailleurs, l’attribution d’une attaque s’avère difficile au-delà de la proximité physique de deux plates-formes, qui emploient laser, brouillage, cyberattaques et autres moyens. La guerre dans l’espace repose surtout sur des éléments d’information, de communication et de leur « séquencement » (suite ordonnée). Le mode de déclenchement d’un tel conflit correspond à des dimensions politique, militaire, économico-sociale et informationnelle de la souveraineté. Selon le « think tank » Rand Corporation, les moyens militaires des Etats-Unis dépendent à 30 % de l’espace. Le risque de déclenchement accidentel d’un conflit existe si un système satellitaire est rendu inopérant par une météorite, un débris ou une panne non détectée. L’affaire peut devenir réellement politique dans le cas de l’Inde et du Pakistan ou avec une forte probabilité dans celui de la Chine et les Etats-Unis. Le déclenchement peut provenir d’une « gesticulation » dans le but de communiquer, sur les plans militaire et politique, son aptitude à rendre réellement ou potentiellement un système satellitaire inopérant. Cela s’est produit pendant la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’URSS, et récemment du fait de la Russie à l’encontre de satellites géostationnaires commerciaux. Un déclenchement offensif et identifiable répond à des objectifs précis politiques, militaires ou d’information. Déjà vingt pays disposent de lanceurs capables d’opérations simples et dix autres de moyens cyber. Aucun traité international ne couvre encore ce mode de déclenchement, sauf celui sur l’interdiction d’armes nucléaires dans l’espace. Des neutralisations localisées ont déjà eu lieu, comme l’aveuglement de satellites d’alerte américains, lors de manœuvres russes au Moyen-Orient, ou le brouillage russe du système GPS, pendant des exercices OTAN en Laponie.

BITD à l’horizon 2035. La construction et le maintien d’une BITD pour sécuriser les systèmes de défense nécessitent de remplir plusieurs conditions, indique Saad Aqejjaj. Celle-ci implique de disposer d’un réseau de personnels scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens et aussi d’une capacité financière constante pour soutenir les commandes publiques sur une longue durée. La capacité de recherches indépendantes repose d’abord sur le transfert de technologies en vue de développer une industrie autonome. Déjà, la Chine et la Corée du Sud concurrencent, en qualité, les pays occidentaux dans leurs propres sphères d’influence. En 2021, plusieurs pays émergents développent leur BITD. Celle de l’Afrique du Sud, solide du temps de l’apartheid, met l’accent sur les ressources humaines. Le Brésil maîtrise tous les éléments, mais ne reçoit pas de financements publics suffisants. La Turquie souhaite exporter des matériels de défense et prospecte parmi les pays de la mouvance islamique. Soumis à un embargo sur les armes, l’Iran a construit une industrie de défense avec, notamment, l’aide de la Corée du Nord. L’Inde recherche des capitaux étatiques et des investissements privés. La Corée du Sud progresse considérablement sur le plan technologique et pénètre les marchés de l’Indonésie, de la Turquie et de la Thaïlande. La BITD de l’Indonésie, résultat d’une volonté politique, développe des équipements navals et aériens avec la Turquie, l’Inde et la Corée du Sud. Singapour suit l’exemple d’Israël pour ses besoins terrestres et navals. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis disposent des moyens financiers, mais manquent de ressources humaines. En 2035, les Etats-Unis, la Russie, la Chine et Israël maintiendront une BITD de pointe, mais l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie affronteront la concurrence des pays émergents. L’Australie devra avoir développé la sienne, face à la menace chinoise.

Loïc Salmon

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Défense : anti-terrorisme et remontée en puissance

Le dispositif « Barkhane » au Sahel se transforme avec l’augmentation des effectifs de la force « Takuba ». La loi de programmation militaire et la remontée en puissance des armées vont de pair.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a expliqué lors d’une rencontre organisée, le 2 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

« Barkhane » et « Takuba ». Le même jour, la France a annoncé la reprise des opérations militaires conjointes et les missions de conseil auprès des forces armées maliennes, suspendues le 3 juin. Cela fait suite aux engagements pris par les autorités maliennes de transition, endossés par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) au sommet du 19 juin à Accra (Ghana). Depuis un an, les opérations en cours ont très fortement affaibli l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), qui s’en prend aux populations civiles, souligne Florence Parly. Ainsi l’opération « Solstice » s’est déroulée du 6 au 20 juin entre Ouallam (Niger) et Ménaka (Mali) pour traquer les groupes armés terroristes. Elle a été conduite par les forces Barkhane et Takuba (300 militaires français et européens) et les forces armées nigériennes (800) avec l’appui d’avions de chasse Mirage 2000, d’hélicoptères d’attaque Tigre et de drones armés Reaper. Ont été saisis : 13 motos ; près de 30 armes légères d’infanterie ; environ 50 appareils de communication ; du matériel servant à la fabrication d’engins explosifs. Six djihadistes, dont un recruteur actif dans la nébuleuse touareg, ont été neutralisés. Deux lieutenants de l’émir de l’EIGS, susceptibles de fournir des renseignements, ont été capturés : Katab el Mauritani et Abou Dardar, auteur suspecté de mutilations. D’une façon générale, les Etats-Unis coopèrent avec Barkhane pour la surveillance de zone, la logistique opérationnelle et le ravitaillement en vol. Même si des actes terroristes ne se produisent plus sur le territoire national, indique la ministre des Armées, les organisations affiliées à Al Qaïda ou Daech étendent leur influence vers le Sud et le golfe de Guinée. Il s’agit d’empêcher que le Sahel et l’Afrique ne deviennent leur zone refuge pour attaquer le flanc Sud de l’Europe. La force d’intervention Takuba associe des forces spéciales européennes pour des missions de conseil, d’assistance et d’accompagnement au combat des forces maliennes avec l’appui de moyens aériens et de l’artillerie. Après l’Estonie, la République tchèque, la Suède, le Portugal, les Pays-Bas et la Belgique, l’Italie, la Roumanie et le Danemark vont envoyer des militaires renforcer Takuba. D’autres discussions sur des contributions supplémentaires sont en cours au niveau politique. A terme, il s’agit de rétablir les services publics au Mali (police, justice et éducation).

Maintenir la LPM. La ministre des Armées entend veiller à ce que la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 soit respectée malgré la crise sanitaire. La construction d’un bateau hydro-océanographique sera décalée d’un an, mais une 3ème frégate de défense et d’intervention a été commandée, en vue d’une livraison anticipée à la Marine et d’assurer une continuité dans le plan de charge de Naval Group. Le nouveau chef d’Etat-major des armées, le général Thierry Burkhard, en fonctions courant juillet, a été nommé pour quatre ans, soit jusqu’à la fin de la LPM, pour en maintenir la continuité de pilotage après les élections, présidentielle et législatives, de 2022. Il doit aussi réaliser la remontée en puissance des armées sur une durée suffisante et les préparer à des combats de plus haute intensité.

Loïc Salmon

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