Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse

Le musée de l’Armée raconte l’évolution des armes, de l’âge du bronze à l’ère atomique, au château de Blois (6 juillet-3 novembre 2013) et dans la cour d’honneur des Invalides à Paris (17 juillet-13 octobre 2013). L’exposition de Blois, très complète, compte une trentaine de pièces, modestes ou exceptionnelles, tandis que celle des Invalides en reprend les panneaux. La scénographie de Blois, enrichie de documents inédits, propose un regard insolite sur l’histoire des guerres. De tous temps, les armes ont exercé une fascination (collections, films et jeux vidéo) et une indignation (objets représentatifs de la violence). Projet pluridisciplinaire, cette exposition, qui va de 1500 avant notre ère à 1980, confronte l’objet ancien à l’image contemporaine. Ses organisateurs ont voulu montrer la place centrale des armes dans la société avec leurs aspects techniques, psychologiques et philosophiques. La réalité du combat du fantassin est indépendante de l’outil : les soldats se battent directement de la même façon, malgré les progrès techniques, et rarement au-delà de 300 m, car ils ne voient plus l’ennemi. La cavalerie (photo), à haute valeur symbolique (chevalerie), constitue un exemple unique dans l’histoire des armes. Longtemps considérée comme « auxiliaire », elle a connu son apogée entre le XIVème et le XVIIème siècle grâce à l’armure et la lance. Debout sur ses étriers, calé par le troussequin de sa selle, le cavalier fait corps avec sa monture. L’énergie cinétique, déployée par cette masse de 600 kg lancée à 20 km/h, se transmet jusqu’à la pointe de la lance, sans compter l’effet psychologique, et se trouve démultipliée par une charge de 2.000 cavaliers. Arme aristocratique par excellence (équipement coûteux), la cavalerie est d’abord mise à mal au XVIème siècle par la « piétaille » suisse, armée de longues piques (le « hérisson »), pour briser l’élan des chevaux, et de hallebardes pour désarçonner les cavaliers. L’arquebuse, moins chère à produire que l’arbalète, puis le mousquet et le fusil mettent progressivement un terme à sa suprématie. La cavalerie renaît avec le blindage des chars de la première guerre mondiale. Mais son pire ennemi apparaît pendant la seconde : l’arme anti-char portative de l’armée allemande, qui deviendra le RPG 7 russe d’aujourd’hui capable de percer un blindage de 26 cm à 300 m. Enfin, clou de l’exposition du château de Blois où figure son emblème (la salamandre) : l’épée d’apparat du « roi-chevalier », François 1er,  a valeur de double trophée : prise lors de la défaite de Pavie (1525) contre Charles Quint, elle est conservée à Madrid jusqu’en 1808 puis rapportée en France par Napoléon.

Loïc Salmon




Saint-Exupéry, pilote de guerre

Soixante-dix ans après la publication aux éditons Gallimard du dernier roman d’Antoine de Saint-Exupéry intitulé « Pilote de guerre », un colloque a fait le point sur la dernière partie de sa vie (1939-1944).

Capitaine de réserve en 1939, Saint-Exupéry, ancien pilote de l’Aéropostale, est jugé inapte pour l’aviation de chasse mais, grâce à ses relations, parvient à se faire affecter au groupe de reconnaissance (GR) II/33 basé à Orconte (Marne). La déclaration de guerre surprend l’armée de l’Air française en pleine rénovation. Malgré les énormes efforts de l’industrie aéronautique considérée comme prioritaire, 30 % des avions livrés sont incomplets en raison de l’insuffisance d’hélices, d’armements, de radio et d’accessoires. Après la « drôle de guerre » où les belligérants restent sur leurs positions, l’Allemagne reprend l’offensive le 10 mai 1940. L’armée de l’Air française et l’aviation britannique basée en France alignent 1.470 avions modernes… contre 6.265 pour la Luftwaffe ! Le 20 mai, la Wehrmacht arrive à Abbeville et Amiens. Trois jours plus tard, le capitaine de Saint-Exupéry et son équipage sont envoyés en reconnaissance au-dessus d’Arras. Cette mission servira de trame principale à « Pilote de guerre ». Il part sans illusions : «  On ne tiendra aucun compte de nos renseignements. Nous ne pourrons pas les transmettre. Les routes seront embouteillées. Les téléphones seront en panne. L’état-major aura déménagé d’urgence. Les renseignements importants sur la position de l’ennemi, c’est l’ennemi lui-même qui les fournira ».  Pourtant, il repère une division blindée, qui attaque en force, et parvient à ramener son avion, touché par la DCA allemande, à Orly. Cette réussite lui vaut la croix de Guerre avec palme. Le 20 juin, Saint-Exupéry décolle de Bordeaux pour Perpignan puis Oran et arrive à Alger le 23. La veille, l’armistice avait interdit de vol tous les avions français rescapés !

A l’époque, « Saint-Ex », comme on l’appelle, est un écrivain célèbre. Il a reçu le prix Femina pour « Vol de nuit » et, pour « Terre des Hommes », le Grand Prix de l’Académie française et le « National Book Award » américain. Fort de cette notoriété, il débarque à New York le 31 décembre dans l’intention de convaincre les Etats-Unis de s’engager aux côtés des Alliés. Pressé par ses éditeurs américains, il rédige « Pilote de guerre » en huit mois. La version anglaise « Flight to Arras », publiée en février 1942, un mois après l’entrée en guerre des Etats-Unis, enthousiasme la jeunesse américaine. En France, son livre est édité à Paris le 27 novembre 1942 par Gallimard, qui en tire 24.539 exemplaires, vendus très rapidement. Le 8 février 1943, la censure allemande interdit sa publication, qui reprendra officiellement en octobre 1944 après des éditions clandestines à Lyon et Lille. A la fameuse déclaration du général De Gaulle sur la bataille perdue par la France mais pas la guerre, Saint-Exupéry répond dans ses « Ecrits de guerre » : « Dites la vérité, général. Nous avons perdu la guerre. Nos alliés la gagneront ». Il lui en sera longtemps tenu rigueur. Aucun exemplaire de « Pilote de guerre » n’arrivera en Afrique du Nord, contrôlée par les gaullistes. En outre, la disparition de Saint-Exupéry en mission de guerre le 31 juillet 1944 ne sera honorée par la citation « Mort pour la France » qu’en mars 1950, soit bien après le départ du général De Gaulle du gouvernement en janvier 1946.

Loïc Salmon

Saint-Exupéry, pilote de guerre. Actes du colloque tenu les 28 et 29 juin 2012 à Saint-Maurice-de-Rémens. Editions Gallimard/258 pages/21 €




Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Cette exposition consacrée à Napoléon  1er (1769-1821), la plus synthétique et ambitieuse depuis celle du bicentenaire de sa naissance, se tient au musée de l’Armée, proche de son tombeau aux Invalides, l’un des monuments les plus visités de France.

L’exposition. Tout est abordé : guerre, diplomatie, politique, administration, monnaie, propagande et arts. Dans un souci d’impartialité, les visions française et « européennes » sont confrontées : œuvres d’art, tableaux, gravures et caricatures… surtout britanniques ! Une maquette de la colonne Vendôme à Paris rappelle qu’elle fut surmontée, pendant trente ans, d’une statue de bronze de l’empereur en redingote, portant bicorne et la main gauche dans son gilet, Cette statue se trouve aujourd’hui… dans la cour d’honneur des Invalides !

Figurent en bonne place : plusieurs sculptures d’artistes italiens (Canova, Pacetti, Bartolini et Vela) ; la peinture monumentale (David) du Premier consul à cheval, manteau rouge au vent, franchissant le col alpin du Grand Saint-Bernard, l’assimilant à Hannibal et Charlemagne ; une réplique d’époque des parures de rubis et diamants de l’impératrice Marie-Louise (collection Chaumet) ; un uniforme du tsar Alexandre 1er (musée du Kremlin). De son côté, le National Maritime Museum de Londres a prêté, pour la première fois, l’habit de l’amiral Nelson percé à l’épaule gauche par une balle française, qui l’a blessé mortellement à la bataille navale de Trafalgar. C’était le 21 octobre 1805. Napoléon abandonne alors son projet d’invasion de l’Angleterre, se tourne vers le continent européen et remporte la « bataille des Trois Empereurs » (France, Saint Empire Romain Germanique et Russie) à Austerlitz le 2 décembre suivant. Cette armée du camp de Boulogne deviendra la « Grande Armée », dont une exposition récente au Fort de Vincennes a rappelé les heures de gloire jusqu’à la campagne de Russie en 1812 (voir rubrique « Archives » 12-12-2012 : « Des Aigles et des Hommes, sur les traces de la Grande Armée »).

L’ascension et le déclin. L’exposition du musée de l’Armée compte plusieurs séquences retraçant l’épopée napoléonienne et l’organisation de l’Europe occidentale en Grand Empire, appelé parfois « Empire d’Occident » en référence à ceux de Rome et de Charlemagne, dont Napoléon 1er revendique l’héritage. L’ascension de Bonaparte commence au siège de Toulon (1793) et se poursuit pendant les campagnes d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1799), le coup d’Etat du 18 brumaire (1799) et le Consulat (1799-1804). Elle culmine le 2 décembre 1804, quand il se couronne empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er. L’Empire se construit par la guerre : des cartes montrent son évolution jusqu’à 134 départements en 1812. Celles des pays ennemis de la France expliquent les raisons géographiques et géopolitiques de leur hostilité à l’Europe napoléonienne, caractérisées par sept coalitions jusqu’à la défaite de Waterloo en 1815 : l’Autriche, la Prusse, le royaume de Sicile, les Etats pontificaux, la Russie, l’Espagne, le Portugal et, last but not the least, la Grande-Bretagne ! Pendant les Cent-Jours (20 mars-22 juin 1815), les puissances alliées, réunies au Congrès international de Vienne, réorganisent le continent européen à leur avantage.

La légende. De nombreuses citations ponctuent le parcours d’exception de Napoléon jusqu’à son exil et sa mort à Sainte-Hélène, qui donneront lieu à une exposition au musée de l’Armée en 2016. Dans ses mémoires, le chancelier autrichien Metternich écrit : « Les uns ne voyaient en Napoléon que le grand général ; d’autres cherchaient à expliquer son élévation par la supériorité de son esprit politique ; d’autres enfin ne voulaient l’admettre que comme un aventurier comblé par la fortune ; tous oubliaient que, pour se rendre compte des succès prodigieux de cet homme, il était indispensable de tenir compte à la fois de ses qualités personnelles et des circonstances au milieu desquelles il a vécu ». Lucide, il ajoute : « L’erreur générale de l’Europe provenait de ce qu’on ne voyait pas qu’au mouvement national en France avait brusquement succédé l’action unique de l’ambition dévorante d’un seul homme ».

Dans son roman « La Chartreuse de Parme », Stendhal devient lyrique : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée, qui venait de passer le pont de Lodi et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur ». Dans une lettre autographe adressée le 12 novembre 1808 au grand chancelier de la Légion d’Honneur Lacépède et présentée à l’exposition, le poète allemand Goethe ne cache pas son admiration : « Aujourd’hui que sa Majesté Impériale et Royale daigne me distinguer en me décorant de son Ordre, je me sens très heureux de continuer par devoir et par reconnaissance ce que j’avais commencé par l’impulsion du sentiment ». Prenant modèle sur la Légion d’Honneur, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III établit la croix de Fer en 1813 pour récompenser les actions militaires, sans distinction de grade ou de catégorie sociale. Deux exemplaires d’époque sont exposés. Cette même croix de Fer inspirera, à son tour, la création de la croix de Guerre française… en 1915 ! Enfin, que pensait Napoléon de l’Europe ? Il s’en est confié à Las Cases dans le « Mémorial de Sainte-Hélène », dont deux citations sont reproduites. D’abord, il rappelle le sommet de sa gloire : « Mon élévation est sans exemple. J’ai livré cinquante batailles rangées que j’ai presque toutes gagnées. J’ai mis en vigueur un code de lois qui fera passer mon nom à la postérité. De rien, je me suis élevé au rang du plus puissant monarque du monde. L’Europe était à mes pieds ». Au crépuscule de sa vie, il anticipe un grand projet européen : « Je pense qu’après ma chute et la disparition de mon système, il n’y aura en Europe d’autre grand équilibre possible que dans l’agglomération et la confédération des grands peuples ».

Loïc Salmon

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’histoire des Invalides en 3 D

L’exposition « Napoléon et l’Europe » (27 mars -14 juillet 2013), organisée par le musée de l’Armée avec le concours de la Fondation Napoléon et du Centre national d’art et d’exposition de la République fédérale d’Allemagne à Bonn, se tient aux Invalides à Paris. Elle rassemble plus de 250 œuvres d’art, objets et documents prêtés par une cinquantaine de musées et institutions européennes. En marge, ont été programmés : un cycle de conférences en mars ; des projections de films en avril ; une table ronde intitulée « Napoléon et l’uchronie » (8 juin) ; un cycle de concerts dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides jusqu’au 27 juin avec surtout des œuvres de Beethoven, qui avait notamment composé sa troisième symphonie « Eroica » en l’honneur de Napoléon Bonaparte, alors Premier consul. Renseignements :  www.musee-armee.fr/ExpoNapoleonEurope

 




Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Deux siècles après la campagne de Russie, une exposition au château de Vincennes, intitulée « Des Aigles et des Hommes », retrace l’épopée de la Grande Armée de 1805 à 1812, avec son cadre institutionnel, son fonctionnement et l’expérience de la guerre vécue par ceux qui ont fait l’Empire.

Origine. Cette armée, qui se battra dans toute l’Europe, voit le jour en 1798 avec la loi Jourdan-Delbrel de 1798, qui institue la conscription. En 1803, Bonaparte, Premier Consul, envisage d’envahir l’Angleterre et rassemble 164.000 hommes dans les camps de Bruges, Montreuil, Saint-Omer et Boulogne. Deux ans plus tard, le 29 août 1805, cette « armée des côtes de l’Océan » prend le nom de « Grande Armée » et lève discrètement le camp pour traverser l’Europe et vaincre la coalition  austro-russe à Austerlitz le 2 décembre de la même année. C’est son baptême du feu. Un document autographe de Napoléon relate cette bataille, la plus glorieuse de son règne : « Soldats, il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on vous réponde : voilà un brave ». Auparavant, le Premier Consul a choisi et institué l’Ordre de la Légion d’Honneur (19 mars 1802) et en a distribué les premiers insignes à l’Hôtel des Invalides le 14 juillet 1804,  quelques mois avant son sacre. Cette récompense, destinée aux militaires et aux civils qui se sont distingués, devient très populaire. Elle sera attribuée à 38.163 titulaires jusqu’à la chute de l’Empire en 1815. Par ailleurs, l’aigle romaine est devenue l’emblème officiel du nouveau régime politique et…  de l’armée qui l’arbore sur la hampe de ses drapeaux !

Histoire. Synonyme de l’armée française sous l’Empire, la « Grande Armée » ne désigne en fait qu’une partie des troupes impériales, de 1805 à 1808 puis de 1811 à 1814. Répartie en corps d’armée, elle s’illustre pendant les campagnes de 1805, 1806 et 1807 et perd cette appellation en 1808 par un décret, qui la place sous les ordres du maréchal Davout. Ainsi, dans la péninsule ibérique, l’armée impériale est désignée comme « armée d’Espagne », même quand Napoléon en prend le commandement de novembre 1808 à février 1809. Elle devient « armée du Rhin », quoique commandée par l’Empereur en personne, pendant la campagne de 1809 en Europe continentale jusqu’au traité de Vienne. Finalement, dans une correspondance datée du 15 février 1811, Napoléon manifeste sa volonté d’organiser à nouveau, en prévision de la campagne de Russie, une « Grande Armée » constituée de trois armées différentes, où se côtoient plus de vingt nations et peuples européens : 50 % des effectifs sont composés d’étrangers… considérés comme « français » de fait. Vaincue, mais reconstituée pour affronter les troupes de la sixième coalition (Grande-Bretagne, Russie, Autriche, Prusse et quelques Etats allemands), la Grande Armée se distingue pendant les campagnes d’Allemagne (1813) et de France (1814). Elle disparaît avec l’exil de l’Empereur à l’île d’Elbe. Pendant les Cent-Jours, Napoléon ne commande qu’une « armée du Nord », qui sera défaite à Waterloo.

Organisation. L’exposition met en lumière les hommes et la vie militaire au sein de la Grande Armée : archives, dessins et même un tambour évoquant les parcours des combattants et le quotidien des « grognards », avec l’exaltation des victoires et la détresse des revers à partir de 1812. Sont aussi évoquées l’organisation et l’administration de l’énorme machine militaire, où les états-majors travaillent dans l’ombre des maréchaux. La « Garde impériale », qui regroupe les combattants d’élite, restera une unité de réserve qui ne combattra vraiment que pendant la campagne de France. Six cents de ses membres accompagneront l’Empereur à l’île d’Elbe. En campagne, la Grande Armée élève des fortifications, jugées indispensables par Napoléon pour assurer la projection des forces et la maîtrise de leurs lignes de communications. Le renseignement revêt une importance primordiale. En effet, la stratégie napoléonienne impose la remontée rapide et la centralisation des informations. Les opérations nécessitent une connaissance très fine de l’espace de bataille et la production de cartes précises et tenues à jour. Les ingénieurs géographes dépendent du Dépôt de la Guerre en temps de paix et du service topographique de la Grande Armée pendant les campagnes. Les officiers du génie participent également à l’élaboration des cartes. En temps de paix, les reconnaissances permettent de collecter des informations pour connaître la géographie physique et humaine du théâtre des opérations. En temps de guerre, elles servent à déterminer la position des armées ennemies et leurs itinéraires. Elles sont complétées par les interrogatoires des prisonniers de guerre et des civils. Les renseignements recueillis au niveau des unités et des bureaux de « partie secrète » des états-majors des corps d’armée remontent au grand quartier général, lui-même doté d’un service topographique. De son côté, l’Empereur dispose de son propre cabinet topographique, d’interprètes et…même d’un bureau de statistiques à partir de 1812. Bien entendu, les transmissions étaient cryptées. Quand il avait intercepté des estafettes, l’ennemi tentait de casser le code… qui avait déjà changé quand il y parvenait.

Héritiers de la fougue des combattants révolutionnaires et guidés par le génie militaire de leur chef, les soldats de la Grande Armée ont mené leurs aigles de victoire en victoire, dont les noms inscrits sur leurs drapeaux… font désormais partie du roman national !

Loïc Salmon

L’exposition « Des Aigles et des Hommes » se tient au pavillon du Roi dans le château de Vincennes (banlieue parisienne) du 29 novembre 2012 au 24 février 2013. Elle est organisée par la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives et le Service historique de la défense, en collaboration avec le musée de l’Armée, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, le musée Carnavalet (Ville de Paris) et la Fondation Napoléon. En marge de l’exposition, les conférences suivantes sont prévues au pavillon de la Reine : « Le recrutement de la Grande Armée » (12 décembre) ; « La proclamation d’Austerlitz » (19 décembre) ; « La symbolique impériale et son héritage » (9 janvier) ; « La campagne de Russie » (16 janvier) ; « La correspondance de Napoléon » (23 janvier 2013) ; « Les campagnes de la Grande Armée dans l’œuvre des artistes du Dépôt de la Guerre » (30 janvier) ; « Napoléon et l’Europe » (6 février). Renseignements : www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr




L’histoire des Invalides en 3 D

Pendant huit jours (11-18 avril 2012), un spectacle de son et lumière en projection vidéo 3D fera revivre, de façon grandiose, l’histoire des Invalides à Paris sur les 196 m de façade de la cour d’honneur. Il est donné au profit de l’Institution nationale des Invalides, qui recevra 50 % des bénéfices.

Les organisateurs ont présenté ce spectacle inédit lors d’une conférence de presse, tenue précisément aux Invalides le 6 mars.

Histoire et culture : la construction de ce monument, l’un des plus visités de la capitale, a été décidée par Louis XIV le 24 février 1670 pour subvenir aux besoins de ses soldats malades, infirmes et âgés. Aujourd’hui, l’Institution nationale des Invalides accueille 90 pensionnaires, anciens déportés et grands blessés militaires et civils (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Les combattants blessés et handicapés au cours d’opérations extérieures y séjournent (article « Opex : prise en charge et suivi des grands blessés », dans « Archives » 18-1-2012). L’hommage de la nation aux militaires morts en Opex se déroule dans la cour d’honneur. Les Invalides abritent aussi le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,5 million de visiteurs en 2011. En outre, plus de 100.000 élèves, du primaire au lycée, y effectuent des parcours thématiques chaque année. Enfin, le caveau des gouverneurs contient les cercueils de grands soldats et celui de Rouget de l’Isle, compositeur de « La Marseillaise ». Mais, les Invalides sont aussi un lieu de culture. Des opéras y sont joués : « Carmen » (2010), « Madame Butterfly » (2011) et « Aïda » (septembre 2012). « La Nuit aux Invalides » : le spectacle se concentre sur trois personnages historiques dont le nom est lié au monument : Louis XIV bien sûr, Napoléon (le tombeau) et le général De Gaulle (le mémorial). Trois acteurs célèbres, connus pour le timbre profond de leur voix, y apportent leur concours : André Dussolier, Jean Piat et Céline Duhamel. Pour François Nicolas, président de la société organisatrice AmaClio dont le nom signifie en latin « j’aime l’Histoire », il s’agit de faire converger « le soir, le sensationnel et l’émotion ». AmaClio et le scénariste Bruno Sellier ont associé leurs idées pour créer le concept de la « mœniaménie », néologisme formé de deux mots latins relatifs aux « remparts » et aux « avis ». Cela consiste donc à donner la parole aux murs et aux pierres. Ainsi, l’élément le plus fameux de la cour d’honneur, l’œil de bœuf dit « l’Œil de Louvois » (ministre de la guerre de Louis XIV et architecte du lieu), raconte ce qu’il a vu défiler devant ces murs et les secrets mystérieux qu’ils renferment depuis plus de trois siècles. Enfin, tout spectacle de son et lumière nécessite des matériels et une technologie de pointe, que maîtrise la société « Spectaculaires ». Son fondateur Benoît Quéro entend allier « la sublimation de l’architecture » et « embarquer les gens dans des histoires ». Quelque 40.000 spectateurs sont attendus !

Loïc Salmon

De gauche à droite : Benoît Quéro, fondateur de la société « Spectaculaires» ; Bruno Sellier, créateur du spectacle ; François Nicolas, président de la société AmaClio ; Jean-Noël Glady, secrétaire général du musée de l’Armée ; colonel Olivier Sastre, conseiller communication du Gouverneur militaire de Paris ; François Lagrange, conseiller historique de la Direction du musée. Le spectacle sera donné chaque soir du 11 au 18 avril 2012, sur trois séances (21h15, 22h15 et 23h15), suivies d’une visite du dôme des Invalides, scénarisé pour l’occasion et exceptionnellement ouvert jusqu’à minuit. (www.lanuitauxinvalides.fr)




La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

La résistance à l’occupation allemande en Europe, d’abord civile, est devenue armée en 1943, date de l’instauration du service du travail obligatoire en Allemagne pour les jeunes Français, de la levée en masse en Union soviétique et de l’unification de la Résistance française (intérieure et de Londres) suivie de sa fusion avec l’armée d’Afrique. En France, cette période n’a été véritablement étudiée par les historiens qu’après l’ouverture des archives en 1979. Elle a donné lieu à une journée d’étude sur ces « combattants de l’ombre » organisée, le 1er octobre 2011 à l’Ecole militaire à Paris, par le ministère de la Défense et des Anciens Combattants.

Des universitaires ont animé deux tables rondes sur l’engagement et l’action en Europe : Olivier Wieviorka, Jean-Pierre Azéma, Jean-François Muracciole et Anne Simonin pour la France, Masha Cerovic (URSS), Gabriella Gribaudi (Italie), Chantal Kesteloot (Belgique) et Julian Jackson (Université de Londres).

France : sur une population métropolitaine de 41 millions d’habitants, les résistants sont estimés à 300.000 dans l’ensemble, dont 50.000 de la France Libre à Londres, 20.000 « coloniaux » et 3. 000 étrangers de 59 nationalités différentes. Ce sont surtout des hommes jeunes (90% nés entre 1918 et 1922 et 50 % orphelins de père) pour qui il est plus facile de rallier la Grande-Bretagne, les femmes constituant 16 % de la Résistance intérieure, mais à peine 3 % de la France Libre. Tous s’engagent par patriotisme, pour des valeurs communes avec les Alliés et contre les « collaborateurs » et miliciens du régime de Vichy. L’Afrique équatoriale française et les comptoirs français de l’Inde se rallient à la France Libre, l’Afrique occidentale française reste très majoritairement fidèle à Vichy et la Marine garde une neutralité absolue. Parmi les Français Libres, les volontaires juifs, proportionnellement plus nombreux que les non juifs, viennent surtout d’Afrique du Nord et rejoignent la 2ème Division blindée de Leclerc (10-15 % des effectifs). La Résistance intérieure s’organise dans les maquis, tandis que la France Libre monte des réseaux à la demande de la Grande-Bretagne, soucieuse de récupérer les équipages de ses avions abattus. Avec l’Holocauste, la résistance civile (grèves, presses clandestines et aides aux Juifs) prend une dimension militaire (renseignements, sabotages et exécutions de militaires allemands). En matière de lutte clandestine, la France Libre sépare le renseignement de l’action et tente de contrer la propagande de Vichy, très forte car les bombardements alliés frappent indistinctement civils français et militaires allemands. Le parti communiste, qui organise des attentats contre les arrières de la Wehrmacht à la demande de Moscou dès 1941, se méfie des maquis et va surtout se battre dans les villes. Son objectif est de prendre le pouvoir avec l’aide de l’armée Rouge.

Union soviétique : quelque 700.000 combattants, dont 300.000 en Biélorussie, s’engagent surtout par patriotisme (souvenir de la 1ère guerre mondiale), très peu pour l’idéal multiethnique de l’URSS et enfin en réaction à la terreur allemande, qui fait 80.000 morts en six mois. Les membres du parti communiste, fonctionnaires de l’URSS, sont plus souvent du côté de la collaboration que de la résistance. En revanche, de jeunes officiers de l’armée Rouge, qui ont l’expérience du combat et du commandement, organisent les réseaux et la guérilla dans les forêts, car les villes sont surveillées par les Allemands. Les commandants sur le terrain refusent d’intégrer les femmes dans leurs rangs, pourtant nombreuses à se porter volontaires. Les attentats à la bombe et les exécutions de dignitaires allemands se multiplient.

Italie : après l’entrée des troupes allemandes et l’instauration de la République de Salo (Nord et Centre) en 1943, la résistance s’organise surtout à Naples. Elle est patriotique, antifasciste pour des raisons économiques liées au rationnement généralisé, sociale contre les grands propriétaires fonciers, alliés du parti fasciste, et bénéficie de l’aide des Alliés. Les jeunes, ouvriers et paysans, désertent l’armée et se réfugient dans les montagnes. L’assistance apportée par les femmes, surtout des transferts de messages, ne sera pas reconnue après la guerre.

Belgique : la Résistance reste minoritaire, essentiellement civile et financée secrètement par le gouvernement en exil à Londres. Les Britanniques y réactivent leurs réseaux constitués lors de la 1ère guerre mondiale. La Résistance sauve la moitié de la population juive et organise, en 1944, 400-600 sabotages par mois.

Le mot de la fin revient au résistant français Raymond Aubrac, présent dans la salle : « Tous les résistants de France et d’Europe, qui ont décidé de désobéir et de prendre des risques, l’ont fait parce qu’ils pensaient que ça servirait à quelque chose ».

Loïc Salmon

Les chaînes Arte France et Cinétévé, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) et la société Toute l’Histoire ont coproduit une série télévisée en six épisodes de 52 minutes sur la résistance en Europe, intitulée « Les combattants de l’ombre ». Tournée dans 14 pays, ce document-fiction mêle témoignages d’acteurs de l’époque encore en vie, archives publiques et privées et reconstitutions. Diffusé dans toute l’Europe et dans d’autres pays, il s’articule en six parties : les difficiles débuts de la résistance (1939-1941) ; la résistance s’organise (1941-42) ; la résistance face au génocide (1942-43) ; la résistance se radicalise (1943) ; la résistance dans la tourmente (1943-44) ; illusions et désillusions de la résistance (1944-45). Un livre portant le même titre est coédité par Arte Editions, Albin Michel et le ministère de la Défense. Enfin, une exposition de 25 panneaux effectuera une tournée nationale dans le circuit scolaire.