Les généraux français de la Grande Guerre

Malgré les effectifs considérables qu’ils ont commandés, les généraux de la première guerre mondiale ne pouvaient prétendre qu’aux grades de brigadier et divisionnaire. Ceux de général de corps d’armée et d’armée ne seront introduits qu’en 1921.

Certains officiers ont connu un avancement rapide, de lieutenant-colonel au début de la guerre à général de division commandant une armée à la fin. Jeune brigadier en 1914, Mangin occupe cette haute fonction 2 ans et demi plus tard. Pétain, colonel ancien, y parvient en…quelques mois ! Ce brusque rajeunissement des cadres, qui exerceront longtemps de hautes responsabilités, aura de graves conséquences. Pétain demeure vice-président du Conseil  supérieur de la guerre jusqu’en 1931… à 75 ans ! Son disciple Debeney commande l’École de guerre, où s’élabore la doctrine de l’armée, avant de devenir chef d’état-major. Gouraud, commandant de la IVème armée en 1918, reste gouverneur militaire de Paris et membre du Conseil supérieur de la guerre jusqu’en 1937. L’enseignement militaire supérieur sera marqué jusque dans les années 1930 par un « magistère bleu horizon » (couleur de l’uniforme de la Grande Guerre). En 1977, le général Beaufre, juge ainsi son propre passage à l’École de guerre (1927-1929) : « La guerre de 1914-1918, codifiée par Pétain et Debeney, avait conduit à tout placer sous le signe de barèmes, d’effectifs, de munitions, de tonnes, de délais, de pertes, le tout ramené au kilomètre courant. C’était technique et commode, voire rassurant, mais foncièrement faux ; on le vit bien en 1940 ». L’ouvrage « Les généraux français de la Grande Guerre » présente notamment la carrière de 6 commandants en chef, 6 commandants de groupes d’armées et 13 commandants d’armées. L’apolitisme militant est la règle. Malgré l’affaire Dreyfus et celle des fiches, les influences politiques directes sont quasiment absentes des critères de choix des commandeurs. Parmi eux, figurent trois maréchaux entrés vainqueurs dans l’Histoire : Foch pour la guerre elle-même (1918), Joffre pour la bataille de la Marne (1914) et Pétain pour celle de Verdun (1916). Ferdinand Foch (1851-1929) choisit l’artillerie à sa sortie de l’École Polytechnique. Professeur 6 ans à l’École de guerre où il enseigne la théorie de « la bataille pour vaincre », il adaptera la doctrine aux possibilités et contraintes du moment et appliquera dans son commandement le concept « des batailles pour user ». Jacques Joffre (1852-1931), issu lui aussi de Polytechnique, préfère le génie et commence sa carrière en Extrême-Orient, au Soudan et à Madagascar. Promu général de brigade à 49 ans mais non breveté de l’École de guerre, il s’entoure de jeunes officiers brevetés… qui appliqueront les idées en vogue sans discernement quant à leur niveau d’exécution, lorsqu’il commandera en chef. Au début de la guerre, il « limoge » 160 généraux qu’il juge incompétents face à l’offensive allemande. Philippe Pétain (1856-1951) sort de Saint-Cyr fortement marqué, comme sa génération, par l’idée de « revanche » après la défaite de 1870. Il fixera l’armée allemande à Verdun par des évacuations, relèves et ravitaillements permanents des troupes françaises le long de la « voie sacrée », partant de Bar-le-Duc. Enfin, en 1917, il rétablit la discipline dans l’armée avec doigté et fermeté… sans que les Allemands s’en aperçoivent !

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Les généraux français de la Grande Guerre » par Claude Franc. Éditions E-T-A-I, près de 300 photos, 192 pages. 39 €




Exposition « Le voyage de l’obélisque » au musée de la Marine

Cette exposition retrace le transport  de l’obélisque du temple de Louxor (Égypte) à la place de la Concorde à Paris. Cette aventure, où il a fallu tout inventer, a duré 7 ans (1829-1836), mobilisé 121 hommes pendant l’expédition et coûté 1,3 million de francs-or de l’époque.

Contexte historique. Lors de la campagne d’Égypte (1798-1801), le commandant en chef, le jeune général Napoléon Bonaparte (29 ans !), emmène avec lui 167 savants et artistes, cautions culturelles des opérations militaires. L’ensemble de leurs travaux est publié sous le nom de « Description de l’Égypte » en 9 volumes et 11 atlas de planches entre 1809 et 1819. Trois ans plus tard, Jean-François Champollion déchiffre les hiéroglyphes, dont le sens s’était perdu depuis la fin de l’Empire romain. En 1829, le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, qui emploie des officiers et ingénieurs français et britanniques pour moderniser le pays, propose de donner les deux obélisques d’Alexandrie à la France. De son côté, le consul britannique tente de les obtenir pour son pays. Champollion se rend à Louxor, dont les 2 obélisques, dédiés au dieu Amon et au pharaon Ramsès II, sont mieux conservés, mais situés au bord du Nil à 750 km en amont d’Alexandrie. Il fait à Méhémet Ali la proposition suivante : les 2 obélisques de Louxor et 1 obélisque d’Alexandrie pour la France et, pour la Grande-Bretagne, 1 obélisque d’Alexandrie et 1 obélisque du temple de Karnak. Ce dernier est plus grand que ceux de Louxor… mais plus lourd et donc plus difficile à transporter ! Néanmoins, le consul britannique accepte. Survient la Révolution de 1830 (29 juillet-9 août), qui chasse Charles X, dernier roi de France, et met sur le trône Louis-Philippe, le « roi des Français ». En 1836, les difficultés du transport du premier obélisque de Louxor ont été telles qu’il n’est plus question d’aller chercher le second ni celui d’Alexandrie. Louis-Philippe choisit de l’installer place de la Concorde à Paris pour faire oublier les souvenirs sanglants de la Révolution. En effet, cet endroit, autrefois « Place Louis XV », avait été renommé « Place de la Révolution ». C’est là qu’avait été guillotiné le roi Louis XVI, dont la condamnation à mort avait été votée notamment… par Louis-Philippe d’Orléans, dit Philippe-Égalité, son propre cousin et père de Louis-Philippe ! Le don des obélisques, cadeau diplomatique de gouvernement à gouvernement, a été officialisé par les signatures des deux parties en 1830. L’obélisque de la Concorde a été déclaré monument historique en 1937 et coiffé d’un « pyramidion » en bronze doré en 1998, à l’imitation de celui en électrum (alliage naturel d’or et d’argent) du temps de sa vie antique. Le second obélisque de Louxor, qu’aucun gouvernement français n’a envisagé sérieusement de récupérer, a été officiellement « restitué » à l’Égypte en septembre 1981.

Défis techniques. En février 1830, le ministère de la Marine, chargé du transfert des obélisques, fait voter un premier financement des opérations de 300.000 francs par le Parlement. Du 25 mai au 5 juillet, a lieu l’expédition d’Alger, début de la conquête de ce qui deviendra l’Algérie. La Marine profite de l’occasion pour faire construire, à l’arsenal de Toulon, un navire spécifique pour le transport du premier obélisque et dénommé Luxor.  Mis à l’eau le 26 juillet, ce trois-mâts, long de 42 m, est à fond plat et équipé de 5 quilles. Il doit pouvoir naviguer en haute mer jusqu’à Cherbourg, ne pas dépasser 2 m de tirant d’eau pour évoluer sur le Nil, ni 9 m de large pour passer entre les arches des ponts sur la Seine. A l’issue de la difficile traversée de la Méditerranée jusqu’à Alexandrie, le commandant du Luxor fait part au ministre de la Marine de la nécessité d’un navire à vapeur pour le remorquer lors du voyage du retour. Grâce à la crue du Nil, le Luxor atteint Louxor le 14 août 1831. Entre-temps, 400 ouvriers locaux ont commencé à creuser une chaussée de 400 m de long entre l’obélisque et la rive du Nil. Il s’agit ensuite de dégager du sable ce monolithe de 23 m de haut et pesant 230 t, de le recouvrir d’un coffrage de bois et de l’abattre (voir photo de la maquette). Plus de 200 hommes vont manœuvrer les appareils de halage et de retenue. Finalement, le 19 décembre 1831, l’obélisque est chargé à bord du Luxor, démâté et dont l’avant a été scié et enlevé. Le piédestal de l’obélisque, trop abîmé, ne sera pas emporté, à l’exception d’une partie représentant un groupe de  « babouins adorant le soleil », jugé trop impudique pour figurer place de la Concorde et qui terminera son voyage… dans la galerie des antiquités égyptiennes au Louvre. Après diverses péripéties sur le Nil, le Luxor arrive à Alexandrie le 2 janvier 1833. Il est pris en remorque par le Sphinx, première corvette à voiles et à vapeur de la Marine française construite à l’arsenal de Rochefort (1829). Parti le 1er avril d’Alexandrie le convoi arrive à Cherbourg le 12 août, après des escales à Rhodes, Corfou, Toulon, Gibraltar, Cap Saint Vincent et La Corogne. Un mois plus tard, il atteint le Havre, où le Luxor est pris en remorque par le navire à vapeur civil Héva jusqu’à Rouen. Là, le Luxor est démâté pour passer sous les ponts de la Seine et halé par 14 puis 28 chevaux jusqu’à Paris, où il arrive le 23 décembre 1833. Le voyage de 12.000 km du Luxor aura duré 2 ans et 9 mois. L’érection de l’obélisque, par 350 soldats, a lieu le 25 octobre 1836, place de la Concorde, devant le roi et 200.000 Parisiens.

Les autres obélisques. La récupération par la Grande-Bretagne de l’obélisque couché d’Alexandrie, dénommé « aiguille de Cléopâtre », n’a lieu qu’en 1876… et grâce à une initiative privée ! Le monolithe est mis dans un caisson étanche, transformé en embarcation avec un mât et remorqué par un bateau à vapeur. Au cours d’une tempête, la remorque se casse et le caisson dérive plusieurs jours avant d’être retrouvé. Il est érigé le 12 septembre 1878 sur le quai Victoria à Londres, à l’aide d’une machine à vapeur. La France ayant renoncé à son obélisque d’Alexandrie, celui-ci est proposé aux États-Unis en 1869. Lui aussi doit son transfert à un financement privé. Abattu le 5 décembre 1879 à l’aide d’une machine hydromécanique, il effectue un voyage difficile de 112 jours jusqu’à New York, où il est érigé à Central Park le 22 janvier 1881. Aujourd’hui, à part ces 3 obélisques, il est possible d’en voir encore 4 à Rome, 1 à Istanbul et… seulement 4 en Égypte : 1 à Héliopolis, 1 à Louxor et 2 à Karnak, dont celui que les Britanniques ont finalement renoncé à transporter.

Loïc Salmon

L’exposition « Le voyage de l’obélisque » (12 février-6 juillet 2014) se tient au musée de la Marine à Paris. Elle rassemble sur 350 m2 une centaine de tableaux, plans originaux, dessins, maquettes, dioramas des différentes opérations, objets archéologiques et documents qui illustrent les moments forts du transport de l’obélisque égyptien du temple de Louxor à Paris. Outre un album de l’exposition, sont programmés : des conférences (27 mars, 10 avril et en mai) ; un film de 52 minutes (France 5, 16 mars) ; une rencontre avec l’auteur-réalisateur (5 juin). Renseignements : www.musee-marine.fr




L’Or des manuscrits

Cet ouvrage recense, avec érudition, les 100 manuscrits originaux ou des copies anciennes retraçant 40 siècles de l’Histoire de l’humanité, conservés dans des musées et bibliothèques publiques. Certains ont même été considérés comme prises de guerre.

En regard d’une reproduction de chaque manuscrit, un texte relate les circonstances de sa découverte, ses tribulations, ce qu’il révèle sur les plans religieux, littéraire et historique ainsi que les interprétations qui en sont données. Cette longue histoire commence par un papyrus égyptien sur la sagesse écrit 1.800 ans avant Jésus-Christ. Des manuscrits sur soie et bambous, datant du IIIème siècle avant J.-C., constituent une référence de la médecine chinoise. Ceux de Qumran (mer Morte), restés cachés 2.000 ans, donnent un éclairage nouveau au judaïsme et au christianisme. Le « Codex Vaticanus » (IIIème siècle), bible secrète des papes, est emporté à Paris par Napoléon en 1809… et restitué par Louis XVIII en 1815. En revanche, une copie des « Serments de Strasbourg » (842), rédigés en roman (ancêtre du français) et en tudesque (futur allemand) par les petits-fils de Charlemagne pour se faire comprendre de leurs troupes, récupérée en 1797 par le général Bonaparte, restera trésor national à la chute de l’Empire en 1815. La saga, écrite en anglais au Xème siècle, du guerrier goth Beowulf, vivant 400 ans plus tôt, inspire le philologue Tolkien qui, en 1937, publie le conte de fées « Le Seigneur des anneaux », qui sera vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde !  « Le serment d’Hippocrate », connu par un manuscrit byzantin du XIIème siècle, sert encore d’éthique médicale dans certains pays, dont la France. « La chanson de Roland », première épopée de la littérature française, composée de 4.002 vers rédigés en français anglo-normand entre 1140 et 1170, se trouve… en Grande-Bretagne. Lors du procès des Templiers (1307-1312), 231 témoignages de ces moines soldats ont été consignés dans un rouleau de parchemin de 60 m, conservé aux Archives vaticanes. « Le Livre des merveilles du monde », qu’a dicté Marco Polo en prison (1297) à Rusticien de Pise et célèbre pour ses riches illustrations, a été rédigé en français, dont une copie appartient à la Bibliothèque nationale de France. Jeanne d’Arc, chef de guerre soi-disant analphabète, était capable de signer de son nom, comme l’attestent des lettres adressées en1429 aux habitants de Riom. L’unique document sur la découverte de l’Amérique, rédigé de la main de Christophe Colomb en 1493, reste la référence de ce périple. Le premier tour du monde de Magellan (1520-1523) a été décrit au jour le jour et probablement en français par l’Italien Pigafetta, l’un des 18 rescapés sur les 240 hommes partis sur 5 navires. Le 4 juillet 1776, le Congrès de Philadelphie a adopté sa « Déclaration unanime des treize États-Unis d’Amérique », scellant leur indépendance sur un document de 63,5 cm x 190,5 cm ! Le « Chant de guerre pour l’armée du Rhin », écrit par Rouget de Lisle en 1792 à Strasbourg (!), deviendra « La Marseillaise », mondialement connue. Une lettre codée de Napoléon datée du 20 octobre 1812, lendemain du début de la retraite de Russie, indique sa décision de faire sauter le Kremlin. Par une lettre du 8 novembre 1943, adressée à son rival, le général Giraud, le général De Gaulle assoit son autorité sur la France Libre.

Loïc Salmon

« L’Or des manuscrits » par Christel Pigeon, Gérard Lhéritier, Pascal Matéo et Jean-Noël Mouret. Éditions Gallimard et Musée des lettres et manuscrits, 240 pages, 100 illustrations, 29 €.




Les Compagnies des Indes

La Compagnie des Indes orientales fonctionne, sous plusieurs statuts, de Louis XIV à la Révolution française.

Sa création marque l’irruption des ports de la façade atlantique dans les circuits traditionnellement réservés à ceux de la Méditerranée vers le Levant et la mer Noire. Les échanges commerciaux avec l’Asie s’accélèrent aux XIIIème et XIVème siècles avec l’unification des « routes de la soie » par l’Empire mongol. Le Portugais Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne-Espérance en 1498 et arrive en Inde. La politique de l’Empire portugais qui, en 1515 s’étend jusqu’aux Moluques, consiste «  à faire du commerce là où c’était possible et à faire la guerre là où c’était nécessaire ». En 1580 quand il reçoit la couronne du Portugal, le roi d’Espagne Philippe II interdit l’accès de ses ports aux navires des Provinces-Unies. La Compagnie hollandaise des Indes orientales, plus connue sous le sigle « VOC », voit alors le jour et établit des agences commerciales en Asie. Elle devient le modèle des autres nations marchandes de l’Occident, qui copient sa puissance financière avec le recours à de nombreux actionnaires privés et l’organisation d’un monopole commercial protégé par l’État. Après 1608, des armateurs de Londres s’associent à la haute noblesse anglaise pour développer l’East India Company (EIC). En France en 1664, Louis XIV et Colbert instituent la Compagnie des Indes orientales, qui obtient le monopole des relations maritimes et commerciales de la Perse à la Chine et au Japon. Elle fait construire ses navires dans ce qui deviendra le port de Lorient, à proximité de Port-Louis, auparavant dévolu à la Marine royale qui installera ses arsenaux à Brest, Rochefort et Toulon. Au fil des années, la Compagnie des Indes orientales forme ses propres officiers responsables de l’itinéraire d’une campagne, du respect de la discipline à bord, de l’encadrement des marins, de la surveillance des opérations commerciales et du transport des passagers. Le recrutement des équipages est une préoccupation permanente dans un contexte de fréquente pénurie. Les navires sont armés de canons pour leur protection. Outre des marchandises et des esclaves africains, ils transportent aussi des passagers, dont plus de 50 % sont des soldats du roi et des troupes de la compagnie. Les gouverneurs des comptoirs français de l’Inde engagent aussi ponctuellement des mercenaires indiens armés à l’européenne, les « cipayes », dont la valeur sera démontrée pendant les guerres franco-anglaises. Malgré la chute du comptoir français de Pondichéry en 1761, l’EIC ne triomphe pas complètement. En effet, des officiers et ingénieurs français se mettent au service d’États indiens pour contribuer à la modernisation de leurs armées. Cette influence sera entretenue jusqu’en 1840 par de discrets envois français et plusieurs générations d’arrivants. Au cours du premier tiers du XIXème siècle, l’EIC exerce une véritable souveraineté sur toute la péninsule. Toutefois, après la révolte des cipayes en 1857, elle est reléguée au commerce et perd ses attributions politiques. En 1874, la reine Victoria devient impératrice des Indes et l’EIC disparaît. De 1815 à 1962, la France conservera 5 comptoirs en Inde : Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor.

Loïc Salmon

« Les Compagnies des Indes », ouvrage collectif sous la direction de René Estienne. Éditions Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA, 288 pages, plus de 350 illustrations. 49 €




Angkor, naissance d’un mythe

Avec les travaux archéologiques du site d’Angkor par l’Ecole française d’Extrême-Orient fondée en 1898, la France a réalisé dans la jungle cambodgienne ce qu’elle avait déjà entrepris avec des institutions similaires à Rome (1829) et Athènes (1846).

A l’occasion de l’exposition « Angkor, naissance d’un mythe » au musée Guimet à Paris (16 octobre 2013-13 janvier 2014), un ouvrage retrace le parcours et l’œuvre de celui qui fit connaître ce site en France, à savoir l’officier de Marine Louis Delaporte (1842-1925) qui y a consacré sa vie. Après avoir conquis la Cochinchine (Sud de l’Empire d’Annam), les amiraux de Napoléon III placent le Royaume du Cambodge sous la protection de l’Empire français en 1863, le dispensant ainsi de l’obligation du tribut qu’il versait au Royaume du Siam, son voisin. Toutefois, ce dernier ne lui restitue les provinces de Battambang, de Siem Reap et d’Angkor qu’en 1907. Ce fut l’occasion de festivités grandioses en 1909 dans le site des temples qui stimulèrent un tourisme naissant. Les fêtes d’Angkor, suspendues pendant les guerres de 1970 à 1991, perdurent aujourd’hui pour affirmer l’identité khmère et la souveraineté nationale.

L’enseigne de vaisseau Louis Delaporte part en Indochine en 1865. L’année suivante, le gouverneur de la Cochinchine, l’amiral Pierre-Paul de la Grandière, le désigne pour l’expédition de reconnaissance du cours du Mékong, sous les ordres du capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée et du lieutenant de vaisseau Francis Garnier. Les ruines imposantes et harmonieuses d’Angkor stupéfient Louis Delaporte. Il écrit : « L’art khmer, issu du mélange de l’Inde et de la Chine, épuré, ennobli par les artistes qu’on pourrait appeler les Athéniens de l’Extrême-Orient, est resté en effet comme la plus belle expression du génie humain dans cette vaste partie de l’Asie qui s’étend de l’Indus au Pacifique ». Il met ses talents de dessinateur au service de cette « Mission du Mékong », qui connaît un grand retentissement en France avec la publication du récit du voyage par Francis Garnier dans la revue Le tour du monde (1870-1871 et 1873). Louis Delaporte retourne au Cambodge en 1873 en mission officielle pour vérifier la navigabilité du fleuve Rouge et permettre la collecte, pour les musées nationaux, de tout ce qui présente un intérêt archéologique et artistique. De retour à Paris, il est chargé de monter, au château de Compiègne, un « musée khmer », dont l’Exposition universelle de 1878 assure la notoriété. Il effectue une dernière mission au Cambodge en 1881 pour lancer plusieurs chantiers de fouilles, qu’il continuera à contrôler depuis Paris. Son « musée indochinois », installé au palais du Trocadéro (Paris), abritera, jusqu’aux années 1930, des sculptures originales, des moulages en plâtre et des reconstitutions composites d’architecture des temples khmers. Ces moulages furent longtemps considérés comme sans valeur, car ne relevant pas de l’histoire de l’art. Mais, depuis quelques années, ils sont restaurés et exposés en tant qu’œuvre d’art à part entière au musée Guimet. L’Ecole française d’Extrême-Orient se charge des travaux scientifiques sur l’art khmer. Mais, Louis Delaporte n’en fit jamais partie, « laissant aux érudits la recherche des idées mystérieuses, du sens caché des diverses parties des édifices et des représentations sacrées qui en sont l’ornement ».

Loïc Salmon

Exposition « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » aux Invalides

INDOCHINE, des territoires et des hommes, 1856-1956

« Angkor, naissance d’un mythe » ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée des arts asiatiques Guimet 312 pages dont 3 dépliants et environ 280 illustrations 49 €




INDOCHINE, des territoires et des hommes, 1856-1956

Cet ouvrage, véritable « somme » de la présence française en Indochine pendant 100 ans, complète l’exposition organisée par le musée de l’Armée à Paris (16 octobre 2013-26 janvier 2014).

La première partie concerne les rapports politiques et culturels. L’Histoire, vue par les vainqueurs ou les vaincus, a pour but le dialogue à égalité de tous les acteurs de cette période. La domination politique française, souvent acquise par les armes, s’est prolongée par la domination juridique. L’administration et la justice, abandonnées par les mandarins de l’empire d’Annam en fuite, sont alors exercées par des officiers de Marine et d’Infanterie de marine. En 1873, le recrutement s’élargit aux civils à Saigon puis l’Ecole coloniale voit le jour en 1889 à Paris. En outre, dès le début de la conquête, officiers de Marine et militaires mènent des explorations scientifiques pour reconnaître les espaces inconnus et le réseau hydrographique, notamment le Mékong (Henri Mouhot, Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier). Sur le plan sanitaire, l’Indochine n’a pas la sombre réputation de l’Afrique subsaharienne. Dès 1867, les médecins militaires exercent leur art et collectent des données botaniques, ethnographiques et cartographiques. Tout médecin doit remplir trois missions : humanitaire ; politique, en montrant la supériorité occidentale et d’abord française ; économique, en fortifiant et accroissant la main-d’œuvre indigène. Les consultations gratuites itinérantes et les campagnes de prévention et de vaccination sont lancées dans les années 1870. La médicalisation est un fait militaire, contrairement à l’éducation, autre pilier de l’action sociale civilisatrice. Les militaires exercent les plus hautes fonctions pendant les périodes troublées : amiraux gouverneurs du début ; colonels chefs de territoires militaires et généraux commandants supérieurs dans les capitales de la colonie de Cochinchine et des protectorats du Tonkin, d’Annam, du Cambodge et du Laos, pendant la pacification ; amiraux Decoux et Thierry d’Argenlieu et généraux de Lattre de Tassigny et Salan cumulant les responsabilités civiles et militaires à partir de 1940. Pourtant dès 1946 et quoique bien renseignés, les chefs militaires français, auréolés de leur victoire sur l’Allemagne nazie, ne comprendront pas la forte volonté d’indépendance de la population indochinoise. L’autodidacte Ho Chi Minh (1890-1969), fondateur du journal Le Paria et militant du Parti communiste français, est envoyé à Moscou en 1923 et devient l’un des cadres les plus actifs du bureau Orient de l’Internationale communiste. La suite est connue. La seconde partie de l’ouvrage constitue le catalogue de l’exposition. Les militaires sont les premiers collectionneurs de « bibelots » (boîtes incrustées de nacre, ivoires ou soieries), à l’origine des collections de nombreux musées d’Europe enrichies par legs ou dons. Mais, pour limiter le pillage d’œuvres d’art, des décrets sont promulgués en 1900, 1913 et 1924. L’exotisme inspire les écrivains, dont Henri Casseville (Sao, l’amoureuse tranquille, 1928), André Malraux (La voie royale, 1930) et Claude Farrère (Fumée d’opium, 1932). Enfin, les affiches des diverses propagandes de l’époque et les polémiques récurrentes rappellent que l’ex-Indochine ne laisse pas indifférent.

Loïc Salmon

Exposition « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

INDOCHINE, des territoires et des hommes 1856-1956, ouvrage collectif de 50 auteurs. Editions Gallimard Musée de l’Armée 320 pages 39 €




Exposition « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » aux Invalides

A l’occasion de l’Année France-Viêt Nam  (2013-2014), une exposition du musée de l’Armée met en scène un siècle d’histoires croisées de la France, du Cambodge, du Laos et du Viêt Nam avec le double processus de colonisation et de décolonisation.

Lors de sa présentation à la presse le 26 septembre 2013, le directeur du musée de l’Armée, le général de division (2S) Christian Baptiste, en a souligné la finalité : permettre de parler de l’ancien ennemi sans vision unique de l’Histoire. « Le musée de l’Armée, dit-il, n’est ni un avocat ni un procureur, il projette un regard scientifique sur les faits et leurs enchaînements pour comprendre l’Histoire ».

De la conquête à la « pacification ». Située au carrefour de l’Inde et de la Chine, la péninsule, qui tire son nom de ces deux pays, intéresse les puissances européennes dès le XVème siècle. Le pape y envoie des missionnaires et le Portugal, la Hollande et la Grande-Bretagne y établissent des relations commerciales. De son côté, la France cherche des points de ravitaillement pour les navires de la Compagnie des Indes orientales, fondée en 1664. Des officiers français vont moderniser la Marine vietnamienne et édifier des citadelles style Vauban. À l’époque, les royaumes « indianisés » du Cambodge et du Laos sont dominés par le Siam (Thaïlande) et le Viêt Nam se trouve dans l’orbite de la culture politique chinoise. Ces pays sont peuplés de diverses ethnies, qui entretiennent entre elles des relations tendues. Pendant la première guerre de l’opium (1839-1842) entre la Grande-Bretagne et l’Empire chinois, la France intensifie sa présence maritime en mer de Chine. En fait, la conquête de la péninsule indochinoise résulte de la rivalité franco-britannique dans la région, des intérêts économiques liés au marché chinois et des persécutions des chrétiens par l’empereur du Viêt Nam, Tu Duc. Entre 1856 et 1867, la Marine française conquiert la province méridionale de Cochinchine, étend son influence sur le Cambodge et contrôle le bassin inférieur du Mékong. La corvette Catinat, qui donnera son nom à la principale rue de Saigon, arrive dans la baie de Tourane. Après l’échec des négociations diplomatiques avec les mandarins, elle bombarde les forts de la ville de Tourane (aujourd’hui Da Nang). Le corps expéditionnaire français passe de 2.000 hommes en 1858 à 6.000 en 1862 et se renforce par la levée d’unités indigènes composées de catholiques des environs de Saigon. De 1873 à 1897, la  IIIème République poursuit l’action de Napoléon III et envoie un corps expéditionnaire conquérir l’Annam (Centre de la péninsule) et le Tonkin (Nord), à la suite des pressions des milieux d’affaires (le « Parti Colonial ») et au nom de la grandeur et de la « mission civilisatrice » de la France. Mais, la pénétration française se heurte à la résistance militaire du Viêt Nam, aidée par des bandes chinoises dont celle des « pavillons noirs », et à l’intervention  de la Chine elle-même. Dès 1887, « l’Union indochinoise » regroupe la colonie de Cochinchine et les protectorats du Cambodge, de l’Annam et du Tonkin. Un 4ème protectorat, le Laos, la rejoint en 1893. Dès le début, les militaires érudits étudient les populations et les civilisations et cartographient les terres et les fleuves. Les officiers de santé luttent contre les pandémies. Ces « savoirs coloniaux » permettront de contrôler et d’administrer toute l’Indochine. Cela ne se fera pas sans mal, en raison de révoltes rurales et du soulèvement des élites mandarinales après la perte de souveraineté de l’empereur du Viêt Nam. La « pacification », presqu’achevée en 1897, ne devient définitive qu’après la première guerre mondiale. Toutefois, dès la fin du  XIXème siècle, la construction d’un réseau ferré, de routes et d’infrastructures, l’extension des surfaces cultivées, l’exploitation des ressources minières et l’implantation d’industries transforment la colonie indochinoise en « perle de l’Empire ». En 1910, quelque 20.000 Français y vivent, dont 75 %  dans les villes de Saigon, Cholon et Hanoï. Après le premier conflit mondial, les élites mandarinales ruinées sont remplacées par une bourgeoisie de commerçants et propriétaires fonciers vietnamiens et chinois et une nouvelle « intelligentsia » formée en France et dans les écoles de l’Union indochinoise. Cette élite intellectuelle choisit le nationalisme radical puis le communisme naissant, qui s’appuie sur le mécontentement des paysans et le malaise des ouvriers après la crise économique de 1929.

De la guérilla à la guerre conventionnelle. Après l’invasion de la Chine en 1937, le Japon instaure une politique de collaboration avec le représentant du gouvernement de Vichy en 1940. Pourtant, le 9 mars 1945, il prend le contrôle de l’Indochine par un coup de force surprise… cinq mois avant sa capitulation. Dès 1941, le parti communiste vietnamien crée l’organisation politique et paramilitaire « Viêt Minh » pour obtenir l’indépendance de la péninsule. Deux ans plus tard, afin de rétablir l’autorité de la France dans l’Indochine occupée par les troupes japonaises, le Comité français de libération nationale, installé à Alger, crée le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO). Commandé par le général Leclerc, il y débarque en 1945 et reprend le contrôle de la Cochinchine, du Cambodge et du Laos. La même année, le Viêt Minh a repris les points stratégiques du Tonkin sous contrôle chinois et, le 2 septembre à Hanoï, Ho Chi Minh proclame la « République démocratique du Viêt Nam ». Le 6 mars 1946, les accords « Ho Chi Minh-Sainteny » entérinent le retour des troupes françaises au Tonkin et reconnaissent « l’Etat libre » du Viêt Nam  au sein de l’Union française. Toutefois, les incidents se multiplient et une insurrection éclate à Hanoï le 19 décembre. La « guerre d’Indochine » dure jusqu’à la chute du camp retranché de Dien Bien Phu le 7 mai 1954. Suite aux accords de cessez-le-feu à Genève (juillet 1954), le CEFEO rentre en France en avril 1956.  Entre 1943 et 1954, il aura perdu environ 100.000 hommes, dont plus de 20.000 métropolitains, 11.000 légionnaires, 15.000 Africains et Maghrébins et 4 .000 Indochinois.

Loïc Salmon

INDOCHINE, des territoires et des hommes, 1856-1956

Angkor, naissance d’un mythe

L’exposition intitulée « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » se tient du 16 octobre 2013 au 26 janvier 2014 au musée de l’Armée aux Invalides à Paris. Quelque 350 objets, armes, costumes, uniformes, peintures, photographies, affiches, films et documents proviennent d’archives de particuliers et de diverses institutions, dont l’INA, l’ECPAD, les Archives françaises du film (CNC), les Archives nationales d’outre-mer, le Service historique de la défense, la Bibliothèque nationale de France, le ministère des Affaires étrangères et le musée du quai Branly. Parallèlement, l’Indochine fait l’objet de deux autres expositions : « Angkor, la naissance d’un mythe » au musée Guimet à Paris (16 octobre 2013 – 13 janvier 2014) ; « Indochine 1920-1950 Voyages d’artistes » au musée des Années Trente à Boulogne-Billancourt (23 octobre 2013-16 février 2014). Renseignements : www.musee-armee.fr; www.guimet.fr; www.boulognebillancourt.com.




La Légion d’honneur

En 2013, environ 93.000 personnes sont décorées de la Légion d’honneur. Chaque année, celle-ci est attribuée à 2.100 civils à parité hommes/femmes, à 1.100 militaires d’active, de réserve et anciens combattants et à 400 étrangers.

Toutefois, ces derniers ne font pas partie de cet ordre de chevalerie, institué en 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, pour récompenser les « services éminents » rendus à la Nation et selon les principes égalitaires de la Révolution. Le fameux « ruban rouge » moiré, pérenne depuis plus de deux siècles mouvementés de l’Histoire de France, remonte à Louis XIV qui avait créé l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693, supprimé par la Convention en 1792. L’Ordre de la Légion d’honneur est, depuis sa création, dirigé par un Grand Maître, en l’occurrence le chef de l’État intronisé le jour de son investiture. Son nom vient de la Rome antique, modèle des révolutionnaires de 1789 : les soldats romains étaient nommés « honorati » et la « légion » en regroupait l’élite. Son siège est installé depuis 1803 à l’hôtel de Salm (Paris), qui abrite aussi le musée de la Légion d’Honneur où sont exposées des décorations de plus de 120 pays : 4.600 œuvres, dont 4.000 insignes d’ordres et récompenses français et étrangers depuis le Moyen-Âge. En raison de son prestige, de nombreux gouvernements étrangers s’en sont en effet inspirés pour créer leurs ordres nationaux. Les femmes ont accédé progressivement aux trois grades et deux dignités, finalisés en 1816 : chevalier dès 1851 ; officier, 1895 ; commandeur, 1931 ; grand officier, 1953 ; grand-croix, 1998. Soucieux de l’instruction des filles de « légionnaires », Napoléon crée en 1805 les « maisons d’éducation de la Légion d’Honneur » aux Loges (collège) et à Saint-Denis (lycée), qui dispensent encore aujourd’hui une éducation morale et citoyenne ainsi qu’une formation intellectuelle de qualité : 100 % de réussite au brevet et au baccalauréat. Ces maisons sont ouvertes aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles des membres de la Légion d’Honneur, des titulaires de la Médaille militaire (créée pour les militaires non officiers par Napoléon III en 1852) et des membres de l’Ordre national du Mérite (fondé par le général de Gaulle en 1963), mais les places sont chères : 300 places par an pour 1.000 candidates !

Les décorés de la Légion d’honneur, sans distinction de naissance, d’origine sociale, de profession et de diplôme, se retrouvent sur l’essentiel : le dépassement de soi, l’excellence au bénéfice du bien commun et le rayonnement de la France. Ils sont ensuite incités à faire partie de la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH), fondée en 1921, reconnue d’utilité publique et qui compte aujourd’hui 60.000 membres. Sous la devise « Honneur Patrie Solidarité », la SMLH poursuit trois objectifs : concourir partout au prestige de l’Ordre de la Légion d’honneur ; promouvoir ses valeurs et développer l’esprit civique et patriotique auprès de la jeunesse ; participer à des activités de solidarité nationale.

Pour éviter les abus, certaines personnes ne peuvent être proposées pendant l’exercice de leurs fonctions : ministres, parlementaires, membres des cabinets ministériels et fonctionnaires internationaux. Toutefois, les anciens Premiers ministres de la Cinquième République ayant exercé leurs fonctions pendant deux ans au moins sont élevés à la dignité de grand officier. Par ailleurs, tout acte déshonorant commis par un « légionnaire » peut entraîner une sanction : blâme, suspension et même exclusion de l’Ordre. Enfin, le port sans droit de la Légion d’Honneur est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 € d’amende !

Loïc Salmon

La Légion d’honneur, ouvrage collectif, 3ème édition en 2013. Éditions Nane 48 pages 10 €

 




Femmes en guerre 1940-1946

Cet ouvrage, réalisé par cinq personnes, présente les femmes qui ont participé, sous l’uniforme, à la seconde guerre mondiale du côté des Alliés. Abondamment illustré de photos et documents, sans oublier les détails vestimentaires et insignes,  il souligne leur engagement et leurs difficultés à se faire admettre par leurs collègues masculins. « Bien des combattants d’hier tiennent pour inadmissible la présence de femmes dans leurs rangs. Nous ternissons la pureté de leur légende, mettons de la sauce majorette dans leur gloire », explique Suzanne Torrès, qui épousera le futur général Massu. Elle fait partie des Françaises vivant à New York que la riche Américaine Florence Conrad, soutenue par les puissantes ligues féministes, recrute en 1943 pour créer le groupe de conductrices ambulancières « Rochambeau », du nom du commandant des troupes françaises pendant la guerre d’Indépendance américaine. Les « Rochambelles » accompagnent la 2ème Division blindée du général Leclerc jusqu’en Allemagne. En décembre 1940, au Caire, le général Catroux crée le Bureau central d’assistance pour les Forces françaises libres au Moyen-Orient et en confie la direction à sa femme Marguerite, infirmière principale de 1ère classe. Une autre infirmière, la comtesse Gali-Leila du Luart, met sur pied la Formation chirurgicale mobile (FCM) N°1, franco-américaine de statut civil, pour secourir les grands blessés pendant la campagne de France. Elle reçoit la croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Après divers avatars, la FCM reprend du service en Tunisie en 1942, suit tous les combats en Italie, rejoint la France le 31 mai 1945 et défile à Paris le 14 juillet. L’armée de l’Air crée le Corps auxiliaire féminin en 1943 à Alger. Parmi ces « filles de l’air » figurent la chanteuse américaine Joséphine Baker (croix de guerre avec palme et chevalier de la Légion d’Honneur) et l’aviatrice Maryse Bastié (croix de Guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur). Outre ces grandes dames, nombreuses furent les femmes de métropole et des colonies à contribuer à la libération de la France. En Afrique du Nord, les volontaires doivent avoir entre 18 et 45 ans mais, les effectifs ne suffisant pas, un appel individuel sous les drapeaux est institué pour les Françaises de 21 à 40 ans, célibataires, veuves, divorcées et mariées sans enfants. Seules celles ayant souscrit un engagement peuvent servir aux armées. De tous les corps féminins, celui des transmissions, créé par le général Merlin, est le plus connu. Les « Merlinettes » participent à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Parmi les 30 d’entre elles recrutées par le 2ème Bureau (renseignement), 7 seront parachutées en France occupée, capturées par les Allemands et exécutées. La Marine constitue les Services féminins de la flotte (SFF), dont les cadres sont recrutés en fonction des diplômes, des états de service ou des services rendus. Deux groupes d’ambulancières SFF se distinguent au 1er Régiment de fusiliers marins et au Régiment blindé de fusiliers marins. Les premières, engagées en Italie en juillet 1944, seront considérées comme membres à part entière de l’unité, malgré la méfiance du début, pour leur courage, leur endurance et leur calme en toutes circonstances. Les secondes seront présentes à la prise de Berchtesgaden (« nid d’aigle » d’Hitler) les 4 et 5 mai 1945. Pourtant, l’unique monument aux ambulancières mortes pour la France, situé à Réchésy (Territoire de Belfort), ne sera inauguré… qu’en 1991 !

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

 

« Femmes en guerre 1940-1946 » (2013).

Éditions E-T-A-I/176 pages/36 €




JU 87 « Stuka »

A travers les carrières et les témoignages de ses pilotes, c’est l’histoire de l’avion Ju 87 (Junkers) « Stuka » d’appui aux troupes au sol que relate Jean-Louis Roba, qui a puisé aux sources françaises, britanniques, italiennes et surtout allemandes.

Il s’est aussi entretenu avec huit de ces « As », dont le plus célèbre, le colonel Hans-Ulrich Rudel, l’homme aux 2.530 missions de combat et 2.000 cibles terrestres, navales et aériennes détruites, record mondial ! Récipiendaire des plus hautes décorations du IIIème Reich et dont la tête est mise à prix pour 100.000 roubles par Staline, Rudel préfère se rendre à l’armée américaine le 8 mai 1945, aux commandes de son Stuka dernier modèle. Ses exploits ont servi au développement de l’avion américain à turboréacteurs A-10 « Thunderbolt II », actuellement en service et spécialisé dans l’attaque des blindés. La robustesse du Stuka, sa remarquable maniabilité due à la configuration de ses ailes en « W » et sa grande précision consécutive à la tactique du bombardement « en piqué » le feront surnommer « tueur de chars » dans sa version finale. Lors du « Blitzkrieg » (guerre éclair) de 1940, il forme un tandem avec les « panzer » (blindés) dans les grandes offensives en Europe du Nord. En fait, la conception du bombardier en piqué, plus efficace contre des cibles mobiles que le bombardier attaquant horizontalement ou dispersant ses projectiles, est… d’origine américaine ! Ernst Udet, As allemand de la première guerre mondiale, la découvre en 1931 lors d’un meeting aérien aux Etats-Unis. L’adjonction d’une sirène pour terroriser l’ennemi au sol sera abandonnée après le Blitzkrieg. Constituée d’une petite hélice fixée sur une jambe du train d’atterrissage, elle ralentissait un avion déjà lent. Remplacée par un sifflet sur la bombe larguée, elle la déviait et nuisait à son efficacité. Pendant la Bataille d’Angleterre, les autorités britanniques connaissent les faiblesses de la Luftwaffe et de la Wehrmacht, grâce au déchiffrement des renseignements d’origine électromagnétique (nom de code « Ultra »). Le Stuka, utilisé avec succès contre des navires dans la Manche, est trop vulnérable pour les raids contre la terre. L’immensité du front russe augmente l’activité des Stuka et donc leurs pertes, surtout pendant la bataille de Stalingrad en 1942. En outre, l’offensive de l’Afrika Korps en Libye mobilise de nombreux Stuka, jusqu’au coup d’arrêt à El Alamein et au débarquement des Alliés en Afrique du Nord la même année. En Tunisie, les Stuka causent tellement de dommages aux troupes américaines que le général Patton demande d’agir « contre les attaques constantes de ces Stuka allemands soi-disant obsolètes » ! La dernière version du Stuka, dénommée « Gustav » et encore plus précise, peut détruire au canon 5 ou 6 chars au cours d’un seul vol. En 1943 en mer Egée, la Royal Navy domine la mer, mais la Luftwaffe domine les airs : les Stuka contribuent à la dernière grande victoire de la Wehrmacht en Grèce, où une armée britannique, général en tête, capitule en rase campagne. Tout au long de la guerre, cet avion mythique aura été utilisé par les propagandes des deux bords : symbole d’invincibilité et de terreur pour pousser l’adversaire à la capitulation pour l’une, « robot maléfique et inhumain » pour justifier l’effondrement brutal des armées franco-britanniques en mai et juin 1940 pour l’autre.

Loïc Salmon

« Les As du Junkers JU 87 Stuka » (2013).  Éditions E-T-A-I/ 192 pages/38 €