Pierre Sellier, le « clairon de l’armistice »

Quatre fois blessé, titulaire de la croix de Guerre et de la Médaille militaire, le caporal Pierre Sellier (1892-1949), chevalier de la Légion d’honneur décoré aux Invalides à Paris, entre dans l’Histoire en novembre 1918.

La première guerre mondiale a mobilisé 8,5 millions de Français en 4 ans, dont 1,35 million sont morts et des millions d’autres blessés, gazés, défigurés et amputés. A l’époque, le clairon transmet les ordres sur la base de sonneries réglementaires. Le 7 novembre 1918, Sellier sonne le « Cessez-le-feu » (arrêt négocié des combats) sur la ligne de front, puis le 11 novembre à 11 h quand l’armistice est effectivement signé. Son parcours militaire a été reconstitué à partir des Journaux des marches et opérations des régiments où il a servi. Incorporé comme soldat de 2ème classe en 1913 au 172ème Régiment d’infanterie (RI) à Belfort, il devient clairon en 1915 et sert aussi au 171ème RI. Ce dernier reçoit la croix de Guerre en 1917 puis la fourragère en 1919. Le 7 novembre 1918, Sellier est agent de liaison du capitaine Lhuillier, commandant le 19ème bataillon de chasseurs stationné à La Capelle (Aisne). Le quotidien L’Intransigeant rapporte la scène suivante : « – Sellier dit le capitaine, j’aurai sûrement besoin de toi aujourd’hui pour sonner. Pour sonner quoi ? A quel propos ? Pour les avions ? Pour les gaz ? Sellier était trop peu bavard pour le demander. Aussi son capitaine succomba-t-il quelques instants plus tard sous le poids du secret. – Sellier, on attend les parlementaires boches. » Dans son unique interview au même journal, Sellier raconte : « « Alors monsieur, j’ai sonné le garde à vous ! J’ai sonné le refrain du 171ème : « Encore un bleu qu’a perdu son pompon » ; j’ai sonné le refrain du 19ème bataillon ; j’ai sonné celui du 20ème bataillon qui était en réserve ; en somme tous les refrains de la division. Puis j’ai sonné : « Cessez le feu », enfin « Halte-là », comme au champ de tir. Enfin, je suis monté sur le marchepied de l’auto des parlementaires et mon capitaine me criait sans cesse : « Sonne donc ! Sonne donc ! » » Le 25 août 1919, Sellier, démobilisé, reçoit son « certificat de bonne conduite », document de recommandation ou de référence pour l’accès à un futur emploi. Rappelé en 1939, promu maréchal des logis (sergent) le 23 mars 1940, il est démobilisé le 11 mai. Il entre alors en résistance, rejoint le maquis du Lomont puis s’engage dans la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny jusqu’en Allemagne du Sud. Il termine la guerre comme adjudant et retourne à la vie civile. Sa mort soudaine en 1949, à l’âge de 56 ans, est annoncée à la radio. Après des obsèques solennelles, il est d’abord inhumé au cimetière de Beaucourt, puis transféré en 1964 à celui de Reppe (Territoire de Belfort). Entre les deux guerres, Sellier avait décliné une première proposition de tournée triomphale, aux Etats-Unis, de l’American Legion, association des anciens combattants du corps expéditionnaire américain. Il en avait refusé une seconde, mais cette fois en compagnie de son homologue allemand, le maréchal des logis chef Arthur Zobrowski. Ce dernier a refusé de vendre sa trompette à un financier américain. Sellier, lui, a fait don de son clairon au musée de l’Armée aux Invalides. Son nom a été donné à une rue de sa ville natale, Beaucourt, où une stèle a été érigée en son honneur. Il figure sur un vitrail du temple protestant de Château-Thierry (Aisne) et sur des monuments à La Flamengrie (Aisne) et Beauwelz (Belgique).

Loïc Salmon

« Pierre Sellier, le clairon de l’armistice », par Damien Charlier et Eva Renucci. Éditions Le Livre d’histoire, 170 p/29 €

Exposition « L’ Armistice, 11 novembre 1918 : un document, une histoire » à Vincennes

Novembre 1918, aléas d’une mission de paix

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne




Monde combattant : écoute, concertation, protection et modernisation

Aide et accompagnement des soldats et anciens combattants, honneur à la mémoire de ceux morts au feu ou à l’entraînement et renfort du lien Armées-Nation constituent des missions à remplir dans la durée.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, l’a expliqué, le 23 janvier 2019 à Paris, lors de ses vœux au monde combattant.

Actions en 2019. La carte du combattant est désormais attribuée aux soldats français engagés en Algérie entre juillet 1962 et juillet 1964. Cette mesure, qui coûtera 30 M€ par an, portera sur 50.000 cartes, dont plus de 8.000 dossiers ont déjà été instruits. A la suite des accords d’Evian mettant fin à la guerre d’Algérie (18 mars 1962), quelque 75.000 soldats français, dont une majorité d’appelés, sont restés mobilisés pendant cette période. Malgré les demandes récurrentes d’associations d’anciens combattants, ils n’avaient jamais pu bénéficier de la carte de combattant, de la reconnaissance, de l’action sociale et des avantages y afférant. En revanche, cette carte est attribuée à tous les militaires déployés en opérations extérieures, dans le cadre des obligations internationales de la France. En outre, la reconnaissance de la nation envers les combattants de la première guerre mondiale s’exprimera aussi par l’entrée au Panthéon de l’écrivain Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14. Les combattants de la seconde seront honorés lors du 75ème anniversaire de la Libération. De plus, après dix ans de péripéties, le monument aux morts pour la France en opérations extérieures sera édifié dans le parc André Citroën à Paris. Par ailleurs, l’Institution nationale des Invalides recevra 35 M€ pour le renouvellement de ses infrastructures et la mise aux normes de ses installations pour les reconstructions physique et psychique des blessés. Un contrat d’objectifs 2019-2023 pour l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) sera signé au premier semestre. Pour les jeunes générations, une préfiguration du « service national universel », non militaire, va concerner 3.000 volontaires dans 13 départements en juin. Plus de 100 M€ seront investis dans les six lycées militaires entre 2019 et 2025.

Bilan 2018. Les noms des 1.400.000 morts pour la France inscrits sur les monuments de pierre sont désormais accessibles sur internet, grâce à l’indexation des fiches matricules. La Mission du centenaire 1914-1918 a labellisé plus de 6.000 projets et organisé des dizaines de cérémonies nationales et internationales. Par ailleurs, l’allocation de reconnaissance des anciens harkis et la rente viagère des veuves a été revalorisée de 400 € en septembre. En outre, un dispositif de solidarité en faveur de leurs enfants a été créé par décret en décembre. D’autre part, le processus d’attribution des pensions militaires d’invalidité (PMI) a été amélioré par la « présomption d’imputabilité » en cas d’accident en service. Le tarif des expertises médicales a été augmenté de 43 % pour les rendre plus attractives pour les médecins et accélérer les délais d’examen. De plus, le contentieux des PMI a été transféré vers les juridictions administratives et un recours administratif préalable devant une commission spécifique a été créé. En 2018, environ 770.000 jeunes ont effectué leur « Journée Défense et Citoyenneté ». Depuis son expérimentation en 2015, le « Service militaire volontaire » a totalisé plus de 2.500 contrats, dont 72 % ont débouché sur une insertion positive, à savoir un emploi ou une formation qualifiante.

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

307 – Dossier : « Les blessés en Opex, le retour et après »

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Défense : la jeunesse au cœur du lien Armées-Nation




Nom de code M

Maxwell Knight (1900-1968), dit « M », quoiqu’autodidacte en la matière, est considéré comme l’un des meilleurs « officiers traitants » du MI5, le service de renseignement intérieur britannique.

A la tête de la section « Infiltration » de 1931 à 1961, il a recruté et dirigé des agents au sein des mouvements fascistes puis communistes, pour défendre les intérêts de son pays pendant cette période fertile en événements. Engagé dans la Marine à 17 ans, il termine la première guerre mondiale avec le grade d’enseigne de vaisseau. Sa « carrière » commence en 1923 avec son embauche, à temps partiel, par l’organisation Makgill, agence de renseignement privée au service d’associations défendant les intérêts de compagnies maritimes, minières ou industrielles. Cette organisation infiltre des informateurs, notamment dans le Parti communiste, les syndicats les plus combatifs, les mouvements anarchistes et l’Armée républicaine irlandaise. En outre, « M » travaille, également à temps partiel et dans le renseignement, pour les « Fascisti » britanniques. Il réussit si bien, qu’à 25 ans, il anime un réseau de 52 agents infiltrés au sein du Parti et des organisations communistes, en plein essor à l’époque. Son expérience de la pénétration des organisations subversives et ses relations d’alors lui serviront quand il intègrera le MI5 quelques années plus tard. Il repère les qualités d’un agent potentiel : intelligence, application, modestie, humour, patriotisme et… ambition non réalisée. En outre, « M » sait lui donner l’impression de se sentir unique ! Il utilise aussi des membres de familles résolument de « droite » pour infiltrer des groupes de « gauche ». Il pose pour principe que ses agents ne sachent rien les uns des autres, pour garantir leur propre sécurité. Travailleur acharné, il ne redoute pas l’échec. « M » servira de modèle à des personnages de romans d’espionnage de Ian Fleming et de John Le Carré, qui seront adaptés au cinéma. Par ailleurs, ses équipes d’agents, masculins et féminins, parfois recrutés par petites annonces dans les journaux, recourent aux écoutes téléphoniques et pratiquent le cambriolage. Au cours des années 1930, la Grande-Bretagne devient une cible de choix pour l’espionnage et la subversion de la part des pays à régimes totalitaires, à savoir l’Union soviétique, l’Italie et l’Allemagne. Selon ses nouveaux statuts, le MI5, qui reçoit des moyens accrus et des pouvoirs étendus, doit d’abord enquêter sur le communisme en métropole et dans tout l’Empire britannique. Ensuite, il devra, de la même manière, surveiller le fascisme. Il découvre que les Partis communiste et fasciste britanniques sont rétribués par Moscou et Rome et pourraient être instrumentalisés en cas de conflit. En 1935, la section de « M » parvient à démanteler le réseau qui a permis à l’URSS d’acquérir les plans secrets de nouveaux armements navals britanniques. En 1940, la mention « capitaine M. Knight, Whitehall » figure sur une liste de personnalités britanniques à livrer à la Gestapo, après l’invasion du Sud de la Grande-Bretagne et la prise de Londres par la Wehrmacht. Grâce à l’infiltration d’un réseau d’espions hostiles, « M » avait en effet mis fin à une fuite, potentiellement catastrophique, d’informations sensibles entre Washington et Londres. Le procès qui suivit avait entraîné la détention en masse des fascistes locaux, contribuant à éliminer le risque d’une « Cinquième colonne » en Grande-Bretagne et à renforcer la détermination de la population à se battre. En 1943, à l’occasion de l’anniversaire du roi, « M » est fait officier de l’Empire britannique.

Loïc Salmon

« Nom de code M », par Henry Hemming. Mareuil Éditions, 432 pages. 20 €

James Bond dans le spectre géopolitique

James Bond n’existe pas

Guerres secrètes




Faut-il recréer un service national ?

Le projet de « service national universel », qui nécessite une révision de la Constitution pour le rendre obligatoire, devrait être testé en 2019 et étendu progressivement pour toucher toute une classe d’âge en 2026.

Le service « militaire » des jeunes gens, personnel dès 1872 et universel en 1889, devient réellement égalitaire en 1905. Il vise aussi à renforcer le patriotisme et l’esprit démocratique à travers des conférences, visites et lectures. Les étudiants peuvent exercer des fonctions de sous-officiers et d’officiers de réserve. Le premier conflit mondial, guerre de la nation armée, mobilise 80 % des hommes de 18 à 48 ans. L’engagement volontaire, qui permet de choisir son arme, attire les élites sociales et intellectuelles vers la Marine, l’aéronautique naissante et l’artillerie, où les besoins de compétences techniques grandissent. L’universalité et l’égalité du service militaire, vecteur de cohésion nationale et de brassage social, se maintiennent pendant l’entre-deux guerres. Sa durée varie de 18 mois à un an, puis à deux ans. Le lieutenant-colonel de Gaulle, partisan de « l’armée de métier » en 1934, changera d’avis lorsqu’il commandera un régiment de chars de combat comme colonel. Il constate en effet que les « appelés » sont tout à fait capables de servir des armements modernes. La convention d’armistice du 22 juin 1940 interdit la conscription, qui sera rétablie en 1945. La durée d’un an du service militaire passe à 18 mois en 1950, pour permettre à la France de répondre à ses engagements au sein de l’OTAN. Le « contingent », exclu de la guerre d’Indochine (1946-1954), participe massivement à celle d’Algérie avec 1,2 million de jeunes gens mobilisés entre 1954 et 1962, pour des durées de 18 à 33 mois avec des particularités à l’encontre de l’égalité affichée. Ne se sentant guère concernés par un « conflit de décolonisation », les « appelés » ne suivent pas les chefs militaires et les unités professionnelles rebelles lors du « putsch » des généraux (avril 1961). Il s’ensuit une fragilisation du lien entre la nation et son armée. L’ordonnance de 1959 officialise le service « national », composé du service « militaire » et du service de « défense » pour les besoins en personnel non militaire. En 1965, il inclut des formes totalement civiles favorisant étudiants et catégories sociales aisées, à savoir « coopération » dans les anciennes colonies, aide technique dans les départements et territoires d’outre-mer, affectations en ambassade, dans des entreprises françaises à l’étranger (1984) ou la police (1985). Le « statut d’objecteur de conscience », reconnu dès 1963, implique de servir 20 mois dans une administration ou une association à but social ou humanitaire, au lieu de 18, 16, 12 et enfin 10 mois dans les armées. Les « appelés » constituent les deux tiers de l’effectif de l’armée de Terre, un peu moins du tiers de celui de l’armée de l’Air, un quart de celui de la Marine nationale et 10 % de celui de la Gendarmerie. Ils ne participent ni aux opérations extérieures (Opex) au Tchad, en Centrafrique et au Zaïre, ni à la guerre du Golfe (1991). La conscription, suspendue par la loi du 28 octobre 1997, peut être rétablie le cas échéant. Cette décision, effective en 2002, repose sur : l’inutilité de gros effectifs en raison de la dissuasion nucléaire ; un coût élevé ; l’obligation d’un vote de l’Assemblée nationale pour l’envoi du « contingent » en Opex. Le recensement et l’appel de préparation à la défense restent obligatoires pour tous, filles comprises.

Loïc Salmon

« Faut-il recréer un service national », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 268 pages. 25 €

Exposition « France Allemagne (s) 1870-1871 » aux Invalides

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes




J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim

Paul Leterrier (96 ans), combattant de la France libre, témoigne de la bataille de Bir Hakeim où la résistance des Français a permis aux Britanniques de se replier et triompher à El Alamein, empêchant les Allemands d’atteindre le canal de Suez.

Élevé dans un quartier populaire du port du Havre, Paul Leterrier veut lui aussi prendre le large et s’engage à 15 ans sur le paquebot Normandie. Jeune matelot, il sert en 1ère classe dans des croisières, découvre New-York, Rio de Janeiro et mène une vie exigeante à « l’âge d’or de la navigation ». La guerre bouleversera son existence au service de la Compagnie Générale Transatlantique. Retourné au Havre après le début des hostilités, il subit l’occupation ennemie et décide, très vite, de rallier les Forces françaises libres. C’est le début d’un périple qui le fait passer par Marseille, où ses qualités de marin lui permettent d’embarquer sur un cargo chargé de civils fuyant la guerre pour l’Afrique du Nord. Patient, il profite d’une escale à Beyrouth en 1941 pour déserter au nez et à la barbe de ses gardiens vichystes. Il rejoint le 1er Peloton de fusiliers marins comme servant sur un canon anti-aérien. Il y apprend le métier des armes, campe dans le désert et connaît très vite le feu et le terrible Afrika Korps, « sarabande infernale » à laquelle son unité ne peut opposer que quelques canons et beaucoup de courage. Jour et nuit, la déferlante de chars, d’avions et de soldats ennemis tente de briser ses retranchements à Bir Hakeim. Soufflé par une bombe, Paul doit être évacué d’urgence à l’hôpital de Tobrouk. Ses blessures l’y laissent hors de combat pendant deux mois. Mais à peine sorti de convalescence, il ne tarde pas à réintégrer son unité, où sous le commandement du général Koenig, lui et ses camarades continuent de tenir tête à une force considérable dirigée par le général Rommel. Malgré le manque d’eau, de munitions et de renforts, l’unité garde le moral, refuse les offres de reddition et tente de rendre coup pour coup aux bombardements incessants des Stukas et des tirs d’artillerie. Paul est à nouveau blessé par un éclat d’obus dans la cuisse, qu’il conservera en souvenir. En outre, il contracte une dysenterie qui lui fait perdre 20 kg. Encerclés par un ennemi dix fois supérieur, les Français de Bir Hakeim n’ont plus d’autre choix que d’abandonner la position le 10 juin 1942. Evacués vers l’hôpital français du Caire, les blessés reçoivent la visite du général de Gaulle le 10 août. Malgré cette défaite, la France est restaurée dans son honneur et son statut de nation belligérante. Paul doit néanmoins rester loin des champs de bataille pour reprendre des forces. Début janvier 1943, il repart avec les Alliés dans la campagne de Tunisie. Alors qu’il visite les ruines de Carthage avec un camarade, il rencontre par hasard…Churchill, qui leur fait le « V » de la victoire en réponse à leur salut réglementaire ! En avril 1944, le 1er Bataillon de fusiliers marins s’embarque pour l’Italie. Paul conduit le véhicule de pointe de son peloton, cible privilégiée des mines, canons antichars et des éléments retardateurs de l’armée adverse, bref « le sacrifié ». Mais il a la « baraka » (chance en arabe) et s’en sort à chaque fois. Le 13 août, son unité quitte le Sud de l’Italie à destination de la France et débarque le 16 août à Cavalaire, près de Saint-Tropez. La remontée vers Paris est ponctuée d’escarmouches meurtrières. Ainsi, à la sortie d’un village, Paul est blessé au cou, à la main et au mollet. Son « pifomètre infaillible » lui évite toujours le pire au moment critique. Ses camarades n’ont pas tous eu la même chance. Il perd son meilleur ami, abattu par un Allemand. Il a aussi contracté la dysenterie, la jaunisse et le paludisme. A la Libération, seule sa mère parvient à le persuader de ne pas s’engager pour l’Indochine, considérant qu’il « en avait assez fait comme ça ». Titulaire de la croix de guerre 1939-1945, il reçoit celle de chevalier de la Légion d’honneur en 1983. Le 11 juin 2002, Paul, promu officier de la Légion d’honneur, est décoré dans la cour d’honneur des Invalides par le président de la République, Jacques Chirac. Il se souciait peu de « passer au grade supérieur ou de recevoir des décorations ». Revenu à la vie civile, il sert dans la police, notamment à la Direction de la surveillance du territoire en Algérie. En 2012, il revient en pèlerinage, solitaire, sur le site de la bataille de Bir Hakeim, « disparu sous le désert, redevenu ce qu’il était lors de notre arrivée en février 1942 ».

Pierre Wachel

« J’étais Fusilier Marin à Bir Hakeim », Paul Leterrier, Éditions Pierre de Taillac, 190 pages, 16,90€

Parachutée au clair de lune

Provence 1944

De l’Asie à la France libre

Demoiselles aux pompons rouges (Fusiliers-marins, Dixmude 1914)




Le livre qui va faire de vous un chef

L’exemple et l’expérience militaires trouvent des applications dans le monde civil. En effet, le commandement se caractérise par la capacité de donner confiance, la maîtrise de la complexité d’une situation et la crédibilité du chef.

Les grands chefs militaires ont élaboré un programme, avec le souci constant du résultat : « Il ne faut pas cesser de monter ses forces en système » (Maréchal Foch). Ils sont parvenus à faire partager leur vision par leurs subordonnés : « Je fais les plans de bataille avec les rêves de mes soldats » (Napoléon). L’analyse de leurs conseils permet de dégager quelques principes permanents. Il s’agit d’abord de planifier, tout en gardant la souplesse nécessaire pour faire face aux imprévus inévitables. Interprète du bien commun, le chef n’est pas celui de la volonté générale, mais tient compte de l’expérience et des avis de ses collaborateurs. Le commandement, qui implique le contrôle, ne se partage pas : « je crois qu’il faudrait plutôt un mauvais général que deux bons » (Bonaparte dans une lettre au Directoire). Il s’agit ensuite de trouver des collaborateurs efficaces, performants et convaincus de l’utilité de leur tâche : « Une réunion d’hommes ne fait point de soldats. L’exercice, l’instruction et l’adresse leur en donnent le caractère » (Napoléon). Il faut former, animer, encourager et motiver : « La puissance militaire remporte des batailles, la force morale remporte les guerres » (Général George Marshall). Avant de promouvoir un colonel, Napoléon demandait s’il avait de la « chance ». Le général MacArthur la définissait comme la « faculté de saisir les bonnes occasions ». Pour tout chef, avoir du « caractère » consiste à garder un esprit libre et indépendant, diriger sans chercher de satisfaction immédiate comme celle d’être aimé, être impartial et reconnaître ses erreurs. L’autorité va de pair avec la compétence, acquise par la volonté d’apprendre tout au long de la vie : « La réalité du champ de bataille est qu’on n’y étudie pas ; simplement on fait ce que l’on peut pour appliquer ce que l’on sait. Dès lors pour pouvoir peu, il faut savoir beaucoup et bien » (Maréchal Foch). Un chef qui donne l’exemple obtient la confiance de ses hommes : « Dans les moments de panique, de fatigue, de désorganisation, l’exemple personnel du chef agit et fait merveille » (Maréchal Rommel). L’esprit de décision accompagne le succès : « Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu » (Jules César). Quoique difficile à mesurer avant que la crise survienne, le courage s’acquiert par les qualités morales, l’exercice, la mise en situation et la réflexion : « Dans les temps héroïques, le général, c’était l’homme le plus fort ; dans les temps civilisés, le général, c’est le plus intelligent des braves » (Napoléon). L’idéal doit s’incarner avec constance dans la réalité : « L’énergie déployée par un chef a souvent plus d’importance que ses dons intellectuels » (Maréchal Rommel). Outre le maintien du moral, il convient de consacrer une part importante de son temps à s’informer : « La véritable école du commandement est la culture générale » (Général de Gaulle). Tout le monde ne se commandant pas de la même façon, l’adaptation s’impose : « Certains se contenteront d’une directive générale, tandis que d’autres auront besoin de plus de détails. Le commandement doit être direct et personnel » (Maréchal Montgomery). Le mot de la fin revient à Foch : « Ne rien faire (qui ne soit pas de son niveau), tout faire faire (par des collaborateurs convaincus), ne rien laisser faire (contrôle de la bonne  exécution des ordres donnés).

Loïc Salmon

« Le livre qui va faire de vous un chef » par Max Schiavon. Éditions Pierre de Taillac, 96 pages. 9,90 €

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation




Journée d’étude « Honneur de la cité, cités à l’honneur », le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc (Meuse)

Le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (à droite), remet une croix de Guerre 1914-1918 au colonel (ER) Philippe Mignolet, conservateur du musée du génie belge (à gauche). Au centre : Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du SHD (cravate rose) et le colonel (ER) Eric Tripnaux-Monin (micro à la main).

Placée sous le haut patronage du général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur, une journée d’étude, consacrée aux villes décorées, s’est déroulée le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc. Elle a été organisée par le Service historique de la défense, le Département de la Meuse, qui a mis à disposition l’hémicycle de son hôtel, et l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, dont le délégué pour la Meuse, le colonel (ER) Alain Artisson, directeur de la mission « Histoire » du département.

Plus de cent élus de communes, décorées des deux guerres mondiales, ont écouté avec attention les interventions mettant ces cités à l’honneur. La journée a été ouverte par de brèves allocutions de Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse, du colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM), et de Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du Service historique de la Défense (SHD) et vice-président de la Société d’histoire des ordres et décorations. Ont suivi des exposés, passionnants et documentés, sur les villes décorées de la Légion d’honneur, celles décorées de la croix de Guerre et celles médaillées de la Résistance et Compagnons de la Libération. Par ailleurs, le colonel (ER) de l’armée belge, Eric Tripnaux-Monin, a expliqué pourquoi la ville de Liège a reçu la Légion d’honneur en 1916 et d’autres villes la croix de Guerre française. En effet, une croix de Guerre belge a été créée le 25 octobre 1915, pour acte de bravoure à titre individuel ou collectif. Toutefois, la Belgique n’a décoré aucune ville commune belge pendant la Grande Guerre, alors que toutes ont subi des dommages. Il faudra attendre 2006 pour que sept d’entre elles reçoivent l’appellation de « ville martyre » ! En revanche, onze villes recevront la croix de Guerre belge 1940-1945. Les actes complets du colloque feront l’objet d’une publication en juin 2019 par le SHD et l’ANCGVM. En outre, le dossier du numéro de juin 2019 de la revue « Croix de Guerre & Valeur militaire » de l’ANCGVM reprendra l’essentiel des exposés.

 

 

Loïc Salmon

Bar-le-Duc | Juin 2017

 




A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Les cartes et analyses de spécialistes de quinze pays différents expliquent pourquoi, cent ans après l’armistice de 1918, la paix n’est pas encore vraiment instaurée à l’Est de l’Union européenne et aux Proche et Moyen-Orient.

Les traités. Pourtant, la page de la Grande Guerre aurait dû être tournée avec les divers traités, rédigés en français, anglais et parfois italien, mais dont seule la version française fait foi : Versailles, 28 juin 1919, avec l’Allemagne ; Saint-Germain-en Laye, 10 septembre 1919 avec l’Autriche ; Neuilly-sur-Seine, 27 novembre 1919 avec la Bulgarie ; Trianon, 4 juin 1920 avec la Hongrie ; Sèvres, 10 août 1920 avec la Turquie, non appliqué et remplacé par celui de Lausanne, 24 juillet 1923. Outre le rétablissement de la paix en Europe et dans le monde, ces traités devaient redessiner la carte des Etats formés après la disparition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, considérés comme responsables du conflit. Ces traités multilatéraux résultent d’un processus juridique complexe mis au point entre l’Acte final du congrès de Vienne (9 juin 1815), élaboré à l’issue des guerres napoléoniennes, et le premier traité multilatéral mettant fin à la guerre de Crimée (30 mars 1856). Hôte de la Conférence de la paix en 1919, la France devient la dépositaire des traités multilatéraux rédigés à l’issue des négociations. Un seul exemplaire étant signé par tous les Etats membres, le gouvernement français établit les procès-verbaux des dépôts de ratification des traités, remet des copies certifiées conformes aux pays signataires et indique leur date d’entrée en vigueur. Il doit rassembler les pièces constitutives de chaque traité, en vérifier la validité et en suivre l’exécution. Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères conserve tous les documents signés par les chefs d’Etat et souverains des pays concernés par la première guerre mondiale. Il s’agit de la Belgique, de la Bolivie, du Brésil, de la Chine, de Cuba, de l’Equateur, de la Grèce, du Guatemala, de Haïti, du Hedjaz intégré aujourd’hui à l’Arabie saoudite, du Honduras, du Liberia, du Nicaragua, de Panama, du Pérou, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de l’Etat serbe-croate-slovène dont les composantes sont aujourd’hui indépendantes, du Siam (Thaïlande), de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux) et de l’Uruguay. Tous ces documents sont désormais consultables sous forme numérique.

« Atlas raisonné ». L’ouvrage « A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », catalogue de l’exposition éponyme au musée de l’Armée, présente un aperçu du destin de vingt-cinq pays concernés. Ces entités politiques, étendues ou minuscules, anciennes ou récentes, durables ou éphémères, restituent la grande variété des situations. Une carte de synthèse, établie par les ingénieurs géographes du Centre des archives diplomatiques rappelle les frontières de 1923, avec des éléments antérieurs pour une meilleure mise en perspective. L’histoire de chaque pays, entre 1918 et 1923, présente sa participation aux divers conflits avec les conséquences en termes de territoires, de nationalités et d’instabilité politique (révolutions et contre-révolutions). Les interventions militaires françaises, significatives, sont parfois mentionnées. En effet, forte de sa prépondérance militaire en 1918, la France a tenté, avec ses soldats, ses diplomates et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

Loïc Salmon

« A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 336 pages, 300 illustrations, 29 €

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Les parcours de quelques héros méconnus, combattants sous l’uniforme ou dans l’ombre, font revivre de l’intérieur la seconde guerre mondiale.

Ainsi, Edmond Cardoze participe, le 27 juillet 1944 dans le Sud-Ouest, à un sabotage ferroviaire qui va lourdement pénaliser le réapprovisionnement des unités allemandes sur le front de Normandie. Chargé de réorganiser un réseau de Forces françaises de l’intérieur (FFI), André Jolit constitue, à 22 ans, la plus importante unité de la Gironde avec 756 hommes armés. Michel Slitingski participe, au sein d’unités FFI, à la bataille du Mont Mouchet, (massif Central, 11 juin 1944) contre la brigade allemande Jesser qui ne parvient pas à les anéantir. Les frères Alain, Olivier et Francis Massart s’engagent dans divers combats de la France libre. Pilote, Alain intègre le groupe de chasse « Ardennes, qui sert d’appui-feu à la 1ère Armée française lors du débarquement de Provence (15 août 1944). Pilote également dans le groupe « Ile-de-France » dont il prendra le commandement, Olivier est abattu par la DCA dans la région de Wesel (Allemagne 13 mars 1945) et fait prisonnier. Francis, qui a rejoint le 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Maroc, est grièvement blessé le 6 octobre 1944 mais termine la campagne d’Alsace par la prise de Colmar (3 février 1945). Engagé volontaire en 1914 puis sous-lieutenant en 1917, François de Carrère rejoint, en 1942, le corps franc Pommiès, (Sud-Ouest) puis la 1ère Armée française. Commandant, il sera très grièvement blessé dans les Vosges le 28 novembre 1944. Marie-Benoît, prêtre capucin, cache aviateurs alliés, résistants et juifs dans son couvent de Marseille, après l’armistice de 1940, et facilite leur fuite vers l’Espagne et la Suisse. Il obtient du Vatican 4 M$ pour ses opérations de sauvetage. Dénoncé, il parvient à se réfugier à Rome. Son nom figure parmi les premiers des « Justes » sur le Mémorial de Yad Vashem, dédié aux héros et victimes de la Shoah, à Jérusalem. L’instituteur Georges Guingouin, membre du Parti communiste dont il sera exclu en 1952, crée les premiers groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans les maquis du Limousin en 1941. Grâce au SOE britannique, il arme 6.800 FTP pour des embuscades et des sabotages. Il sera fait Compagnon de la Libération. Sergent-chef cité en 1940, Maurice Bénézech crée le maquis Bernard à Bagnères-de-Bigorre en 1942 et participe à la destruction de colonnes allemandes en retraite (1944). Installée à Paris en 1923, la sœur Marie Skobtsov, russe et orthodoxe, entre dans la Résistance dès l’occupation allemande. Ayant caché de nombreux juifs, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück, où elle prend la place d’une juive dans la chambre à gaz (31 mars 1945). Son nom est inscrit à Yad Vashem. La pharmacienne Laure Gatet intègre le réseau de Bordeaux de la Confrérie Notre-Dame en 1941 et fournira des renseignements importants sur les installations militaires allemandes. Arrêtée, elle mourra à Auschwitz (25 février 1943). Membre du réseau Amitiés chrétiennes, Germaine Ribière cache des enfants juifs dans des familles et institutions religieuses et fait passer des juifs en Suisse. Elle sera honorée du titre de « Juste » à Yad Vashem. L’ingénieur Jacques Nancy, membre du service action de la France libre, fonde la section spéciale de sabotage en Charente qui multiplie les exploits jusqu’à la reddition de la poche de Royan (avril 1945).

Loïc Salmon

« Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance » par Dominique Lormier. Éditions Alisio, 336 pages. 19,90 €

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre




Exposition « Les armes savantes » à Versailles

La centralisation du pouvoir à Versailles de 1682 à 1789 a conduit à y concentrer longtemps tous les acteurs de l’innovation militaire : prescripteurs, concepteurs, fabricants et utilisateurs.

Inventions aux débouchés militaires. L’exposition relate 350 ans de modernisation de l’outil militaire français, qui prend en compte les inventions scientifiques et nouvelles techniques réalisées dans le monde pendant cette période. En 1770, Cugnot procède aux essais du premier véhicule automobile propulsé par une chaudière à vapeur. En 1783, le ballon à air chaud des Français Mongolfier s’élève avec ses premiers passagers. En 1800, l’Italien Volta invente la pile électrique et l’Anglais Durand dépose le brevet des premières « boîtes de conserve », perfectionnant le procédé du Français Appert, mis au point en 1795. Le Français Niepce réalise la première photographie vers 1826. L’Américain Morse invente le télégraphe électrique en 1840. L’industriel allemand Krupp développe le premier canon antiaérien en 1870 et l’Américain Maxim la mitrailleuse moderne en 1885. Le Français Vieille met au point la poudre à canon sans fumée en 1884. Le Français Ader effectue le premier décollage d’un « plus lourd que l’air » en 1897. Deux ans plus tard, la Marine nationale française réalise la première transmission sans fil. En 1903, les Français Becquerel et les époux Curie reçoivent le prix Nobel de physique pour leur étude de la radioactivité. En 1915, l’armée allemande emploie massivement les gaz de combat. L’année suivante, l’armée britannique engage des chars de combat dans la bataille de la Somme. En 1938, les physiciens allemands Hahn et Strassmann découvrent la fission nucléaire. En 1942, l’avion à réaction allemand Messerschmitt Me262 effectue son premier vol. Les 6 et 9 août 1945, l’aviation américaine lâche deux bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki. En 1957, l’URSS lance le « Spoutnik », premier engin placé en orbite autour de la terre. En 1965, l’entreprise italienne Olivetti commercialise le premier ordinateur personnel Programma 101. Le réseau Apronet, ancêtre d’internet et mis au point par le ministère américain de la Défense, est opérationnel en 1969. Le premier téléphone mobile est commercialisé par l’entreprise américaine Motorola en 1983, suivi du premier récepteur GPS portatif Magellan NAV 1000, également américain, en 1989. La firme américaine Apple met sur le marché l’iPhone, premier smartphone à interface tactile multipoints, en 2007.

Organisation rationnelle. En raison de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), le maréchal de Belle-isle, secrétaire d’Etat à la Guerre, puis son successeur, le duc de Choiseul, également secrétaire d’Etat à la Marine, lancent la construction à Versailles des hôtels communs de la Guerre, de la Marine et des Affaires étrangères, autrefois disséminés dans Paris. Versailles se trouve alors au cœur des réformes militaires terrestres et navales de 1763 à 1790 : renouvellement des fortifications de Vauban ; amélioration de la tactique de l’armée ; développement de la Marine, qui participera à la guerre d’indépendance américaine en 1781-1783. L’artillerie et le génie, « armes savantes », y sont conçues, étudiées et validées. La manufacture d’armes, créée en 1783, emploie 400 ouvriers qui fabriqueront plus de 125.000 fusils et carabines et près de 480.000 armes blanches pour la Garde impériale puis, à la Restauration, pour la Maison militaire du roi. Son « directeur-artiste » de 1793 à 1818, Nicolas-Noël Boutet, en fait le symbole de l’excellence technique et artistique en matière d’armement. La manufacture réalise en effet des armes d’honneur (épées et fusils), de luxe (pistolets) ou de prestige (glaives) commandés en France et dans toute l’Europe. L’hôpital militaire Larrey est installé dans les Grands Communs de Versailles en 1832. Deux ans plus tard, l’armée reçoit 30 ha du plateau de Satory pour y effectuer des manœuvres. Ce dernier devient alors l’un des lieux majeurs de l’innovation militaire, où se combinent entraînement des troupes et développement de nouveaux armements et matériels. Le gouvernement, installé à Paris de la Révolution à la chute du Second Empire, revient à Versailles en 1871 pendant la Commune. En 1874, le système de fortifications du territoire proposé par le général Séré de Rivières, issu de l’arme du génie, prévoit la construction d’un nouveau camp retranché dans la région pour éviter un éventuel siège de la capitale. Il s’agit de contrôler les accès routiers et ferroviaires au Sud-Ouest de Paris et de protéger Versailles et Satory par les forts de Saint-Cyr et du Haut-Buc, la redoute de Bois d’Arcy et cinq batteries au Sud et à l’Ouest du plateau de Satory. Déclassées après la première guerre mondiale, ces fortifications abritent des unités de soutien jusqu’en 1950.

Enseignement militaire. Lieux de formation et de réflexions techniques et tactiques, les écoles militaires préparent au bon emploi et à la maîtrise de l’innovation des armes. L’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr arrive dans la région versaillaise en 1802, suivie de l’Ecole militaire de l’artillerie et du génie en 1884. Devenue celle du génie uniquement en 1912, elle forme les élèves officiers issus de l’Ecole polytechnique. En 1889, l’Ecole de chemin de fer est implantée chez le 5ème Régiment du génie. Sont instituées, en 1919, le Centre d’études des chars de combat et, en 1922, l’Ecole militaire de l’Air, subdivision du génie à l’époque. Cette dernière déménage à Salon-de-Provence après 1945.

Expertise de l’armement. Le passage de la création à l’innovation, indispensable à la défense militaire, s’effectue selon un processus en « boucle ». L’Etat, à savoir la Direction générale de l’armement, définit la nature et la fonction des outils à créer. La conception de matériels toujours plus complexes nécessite de grandes équipes et une gestion de projet. Leur développement adapte des technologies diverses. Les essais rigoureux des matériels, menés par l’Etat, portent sur la performance, la fiabilité et la sécurité. La construction mobilise un réseau de partenaires, fournisseurs et sous-traitants et aussi le retour d’expérience des militaires sur le terrain. Il s’agit ensuite de maintenir en condition opérationnelle les armements en service et d’anticiper leurs successeurs. Ainsi, Versailles a accueilli l’atelier de construction des divers blindés AMX en 1945 et la Section technique de l’armée de terre en 1974. L’entreprise Arquus, spécialisée dans les véhicules militaires, s’y installe en 2006. Le groupe français Nexter et l’armurier allemand MKW, y préparent le futur blindé européen.

Loïc Salmon

L’exposition « Les armes savantes, 350 ans d’innovations militaires » (15 septembre-9 décembre 2018) se tient à Versailles. Elle a reçu le label de la Mission du centenaire de la guerre de 1914-1918 et bénéficie du soutien du groupe Nexter Systems. Tableaux, documents et objets proviennent du musée de l’Armée, du Service historique de la défense, du musée des Plans-Reliefs, du musée Lambinet, des Archives communales de Versailles et aussi d’institutions militaires et d’industriels de l’armement basés à Versailles.

Espace Richaud, 78 boulevard de la Reine 78000 Versailles, du mercredi au dimanche de 12 h à 19h.

Le nouveau visage de la guerre

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025