Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Enjeu majeur pour la souveraineté et la supériorité stratégique de la France, le calcul quantique s’appuie sur des propriétés de la matière n’existant qu’à l’échelle de l’infiniment petit.

La nouvelle plateforme nationale de calcul quantique a été annoncée, le 4 janvier 2022 à Paris, par Florence Parly, ministre des Armées, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique.

Caractéristiques. A pleine maturité, le calcul quantique devrait pouvoir effectuer des opérations complexes 1 milliard de fois plus vite que les supercalculateurs en service. Il permettra de traiter des problèmes impossibles à résoudre actuellement dans le temps humain. Le calcul quantique faciliterait la modélisation fine de nouveaux systèmes, la simulation précise de phénomènes physiques ou le traitement massif de données. Dans les vingt prochaines années, le calcul quantique pourrait enclencher révolutions technologiques et avancées majeures applicables aux domaines civils et militaires : observation de la Terre et anticipation de catastrophes naturelles ; modélisation d’un agent infectieux et de remèdes médicaux adaptés ; meilleure compréhension de la photosynthèse pour mieux capter l’énergie solaire et le gaz carbonique atmosphérique. Capable d’interconnecter systèmes classiques et ordinateurs quantiques, la plateforme nationale sera mise à la disposition d’une communauté internationale de laboratoires, de startups et d’industriels, afin d’identifier, de développer et d’expérimenter de nouveaux usages.

Applic ations militaires. Les capteurs militaires en service mesurent le temps, la gravité ou le champ magnétique avec de très grandes précisions. Trois domaines du calcul quantique, spécifiques aux armées, ont été identifiés par Florence Parly lors du lancement de la plateforme. D’abord, les capteurs quantiques permettront : d’améliorer considérablement les performances de détection des systèmes d’armes ; de disposer de systèmes de navigation ne dépendant plus des signaux des satellites, grâce aux mesures des infimes variations de la gravité terrestre. Ensuite, une grande attention est portée aux communications et à la cryptographie quantique et post-quantique. Pour empêcher un futur ordinateur quantique de « casser » les algorithmes de chiffrement, des équipements de très haut niveau de sécurité sont développés pour protéger les données, stockées ou échangées, pendant plusieurs dizaines d’années. Enfin, la capacité de calcul quantique prolongera les travaux dans le domaine de la dissuasion nucléaire. Elle traitera très vite des milliards de données à des fins de renseignement, optimisera les trajectoires de milliers de véhicules ou de satellites, modélisera finement la géométrie d’une antenne ou simulera l’évolution d’un système dynamique.

Financement. La stratégie nationale dans le domaine quantique vise 16.000 emplois d’ici à 2030. Pour la période 2021-2025, elle disposera de 1,8 Md€, dont 1 Md€ de la part de l’Etat, pour le développement des technologies quantiques. Le Programme (public) d’investissements d’avenir a effectué un premier versement de 70 M€ sur un total de 170M€. Soutenue par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique, la plateforme sera hébergée dans le « Très Grand Centre de Calcul », implanté au Sud de Paris à la Direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables.

Loïc Salmon

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Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle

 




Marine : technologie de pointe pour combattre partout

La préparation au combat de haute intensité, en interarmées et de façon synchronisée dans l’espace et le cyber, nécessite une technologie avancée et du personnel à motiver et fidéliser.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 12 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’action en interne Outre une présence mondiale, la Marine assure des missions permanentes : patrouille d’au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) pour la dissuasion ; patrouille d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) ; équipes spécialisées pour la connaissance et l’anticipation ; défense côtière et interdiction maritime par des équipes de fusiliers marins ; soutien aux opérations par les commandos Marine. Selon l’amiral Vandier, le plan « Mercator », lancé en 2018, doit d’abord développer la capacité offensive, à savoir retrouver l’initiative et l’audace. Ensuite, il porte sur l’investissement pour les « cas d’usage » à 2-3 ans, comme par exemple : la lutte anti-drones en combinant satellite et laser qui aveugle ; le traitement des méga données pour évaluer l’environnement électromagnétique ; la frégate de défense et d’intervention et son « jumeau numérique » pour développer la modélisation. Grâce à la gestion de carrière et la rémunération, « Mercator » vise à fidéliser le personnel compétent, notamment féminin qui subit une forte attrition après 10-12 ans de service.

La présence extérieure. En juin 2021, la Marine déploie 49 navires, 12 aéronefs et 3.083 marins dans l’océan Atlantique, en Méditerranée, en Manche et mer du Nord, en océan Indien et dans le Pacifique. Le CEMM estime nécessaire de développer également une stratégie défensive. Ainsi, l’appareil militaire contribue aux technologies maritime, spatiale et cyber, qui soutiennent la croissance économique. L’Occident, pénalisé par le coût du travail, doit reprendre la main par la technologie duale (civile et militaire). La Marine française a besoin de patrouilleurs pour assurer la sécurité du SNLE (au départ et à l’arrivée) et de frégates multi-missions pour gérer les perturbations et les tentatives de chantage de la Russie. Les frégates naviguent aussi en Méditerranée centrale, à cause de la situation dans l’Ouest libyen et des migrations, et orientale, en raison du conflit en Syrie, du canal de Suez et de l’activisme turc à proximité des gisements de gaz. La mer Rouge constitue une zone d’action militaire entre la Russie, les Etats-Unis et la Chine, déjà présente dans le détroit de Bab el-Mandeb. Les porte-avions américains ne vont plus dans le golfe Persique, où la mission française « Agénor » recueille du renseignement électromagnétique (cyber et radar tridimensionnel). Dans les océans Indien et Pacifique, la Chine manifeste un comportement agressif avec ses bateaux de pêche, navires garde-côtes et bâtiments militaires. La situation se complique dans le détroit de Taïwan, île que Pékin considère comme une province à conquérir sans guerre.

La troisième voie. Selon l’amiral Vandier, la Chine pratique déjà une forme d’assujettissement économique et financier en Asie du Sud-Est. La France prône un multilatéralisme efficace partout où elle l’estime nécessaire, indépendamment de la tension Washington-Pékin. Ainsi pour acquérir une dimension océanique face à la Chine, l’Australie a décidé de se doter de sous-marins français malgré les pressions politiques des Etats-Unis, car « acheter américain » aurait été considéré comme un acte offensif par Pékin.

Loïc Salmon

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Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Vecteurs de leur armes nucléaires, les missiles balistiques de l’Inde et du Pakistan affectent la sécurité régionale. La maîtrise des armements, réelle au niveau bilatéral, reste faible quant aux instruments juridiques internationaux.

Seule l’Inde a adhéré, en 2016, au Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC, voir encadré). Emmanuelle Maitre et Lauriane Héau, chargées de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, ont présenté la situation en Asie du Sud dans une note publiée à Paris en mars 2021.

Arsenaux balistiques. L’Inde a procédé avec succès à l’explosion d’un premier engin nucléaire en 1974 et le Pakistan en1998. Tous deux ont développé des technologies balistiques dès les années 1960. L’acquisition de missiles balistiques a été motivée par le statut et le prestige qui en résultent, la capacité d’infliger des dommages considérables, par l’emport d’armes de destruction massive (nucléaires, chimiques ou biologiques), et l’effet psychologique associé à une frappe éventuelle. Les tensions entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Inde et la Chine ont contribué au développement des arsenaux dans la zone Asie-Pacifique. Parallèlement à la recherche et au développement dans le domaine spatial, l’Inde a lancé des programmes de missiles dans les années 1970 et 1980. Dans la catégorie des missiles balistiques à courte portée (SRBM, jusqu’à 1.000 km), elle a mis au point, à partir de 1988, les Prithvi-I, II et III, Agni-1 et Dhanush et développe le Prahar. Elle dispose aussi du missile Agni-2 à moyenne portée (MRBM, de 1.000 à 3.000 km). Les missiles Agni-3 et 4 ont des portées intermédiaires (IRBM, de 3.000 à 5.000 km). Les Agni- 5 et 6, en développement, entrent dans la catégorie des missiles intercontinentaux (ICBM, au minimum 5.500 km). Le Sagarika K-15, réalisé, et le Sagarika K-4, en développement, pourront être tirés d’un sous-marin (SLBM, plus de 5.500 km). En outre, l’Inde a lancé un programme de défense anti-missile. De son côté, le Pakistan a poursuivi simultanément ses recherches spatiales et balistiques. Dès 1989, il a commencé les essais des SRBM Haft-1 et 2, suivis de ceux des Haft-3, 4 et 9. Dans la catégorie des MRBM, il dispose des Haft-5 et 6 et met au point les Ababeel et Shaheen 3. En outre, il développe plusieurs IRBM avec l’aide de la Corée du Nord (technologie Nodong) et de la Chine (achat de missiles M-11). De plus, il investit dans le système chinois LY 80 de défense aérienne à basse et moyenne altitudes et aurait acquis des « MIRV », à savoir des ogives de missiles capables d’emporter plusieurs bombes nucléaires et de les envoyer sur diverses cibles parfois distantes de centaines de km les unes des autres. Par ailleurs, dans la catégorie des missiles de croisière, l’Inde développe les BrahMos et Nirbay et le Pakistan les Ra’ad et Babur. Tous seront capables d’emporter une arme nucléaire ou une charge militaire conventionnelle.

Domaine spatial. A l’exception des Maldives, tous les Etats d’Asie du Sud possèdent au moins un satellite ou participent à sa mise en œuvre. Ainsi, l’Inde a construit le centre spatial Satish Dharwan à Sriharikola et la station équatoriale de lancement de fusées à Thumbo-Thiruvananthapuram. Sa présence s’affirme sur l’ensemble du spectre du domaine spatial : lanceur ; fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique ; satellite militaire ; vol interplanétaire. Le Pakistan s’en rapproche : fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique. Le Sri Lanka exploite des satellites de communications et à vocation scientifique. Le Bangladesh se limite aux satellites de communications ou à vocation scientifique. Actuellement, les satellites à vocation scientifique suffisent au Népal et au Bhoutan et ceux de communications à l’Afghanistan. L’exploitation pacifique des satellites porte notamment sur l’agriculture ou la réponse aux catastrophes naturelles. Toutefois, l’essai réussi d’une arme antisatellite par l’Inde en 2019 inquiète la communauté internationale, car tout nouvel essai d’une telle arme rendrait l’espace dangereux pour les entreprises civiles. Avec l’émergence du « New Space », industrie spatiale née aux Etats-Unis, des entités privées peuvent en effet utiliser des constellations de petits satellites en vue de développer des produits commerciaux. En conséquence, des petits systèmes de lancement pourraient envoyer dans l’espace des objets, dont certains risqueraient d’être confondus avec des missiles.

Freins limités à la prolifération. Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka ont ratifié (ou adhéré à) la Convention internationale sur les armes chimiques et à celle sur les armes biologiques. Tous ont envoyé un rapport initial au « Comité 1540 », créé en application de la Résolution 1540 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée à l’unanimité le 28 avril 2004. Cette résolution stipule « que tous les États doivent s’abstenir d’apporter un appui, quelle qu’en soit la forme, à des acteurs non étatiques qui tenteraient de mettre au point, de se procurer, de fabriquer, de posséder, de transporter, de transférer ou d’utiliser des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou leurs vecteurs, en particulier à des fins terroristes. » Toutefois, aucun n’a soumis au Comité 1540 de plan national de mesures de prévention de la prolifération de ces armes et de leurs vecteurs. Par ailleurs, l’Inde et le Pakistan n’ont pas ratifié le Traité sur la prolifération des armes nucléaires ni le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et ni le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Cependant, l’Inde a signé un protocole additionnel avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, ouvrant la voie à un accord de coopération avec les Etats-Unis en 2006. Quant à la lutte contre la prolifération de missiles balistiques, le Pakistan s’abstient systématiquement lors des votes des résolutions bi-annuelles de l’ONU en faveur du HCoC. Toutefois, l’Inde et le Pakistan ont conclu un accord en 2005, prolongé en 2011 et portant sur un préavis de 72 heures des essais en vol de missiles balistiques, en fixant des limites géographiques et des trajectoires claires pour ces essais.

Loïc Salmon

Seul instrument multilatéral centré sur les vecteurs d’armes de destruction massive, le Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC), créé en 2002, compte 143 Etats signataires en décembre 2020. Ceux-ci s’engagent à : respecter les traités de l’ONU et les conventions internationales sur la sécurité spatiale ; soumettre une déclaration annuelle sur leurs capacités en matière de missiles balistiques et leur politique nationale sur la non-prolifération et le désarmement ; envoyer des notifications préalables à tout lancement de missile balistique ou de lanceurs spatial. L’Autriche, qui assure le contact central immédiat du HCoC, met ces informations en ligne sur une plateforme réservée aux Etats signataires. Ceux-ci s’engagent à la plus grande retenue dans le développement de leurs capacités balistiques, sans pour autant y renoncer. Le HCoC permet d’accroître la transparence, d’éviter tout malentendu et de développer pacifiquement des activités spatiales.

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14 juillet 2021 : engagements de haute intensité, technologies de pointe et anniversaires

L’édition 2021 du défilé du 14 juillet à Paris porte sur les combats possibles de haute intensité, une technologie élevée, la résilience et le rappel du passé.

Présentée le 4 juin 2021 par le général de corps d’armée Christophe Abad, gouverneur militaire de Paris, elle reprend son format traditionnel d’avant la pandémie du Covid 19. Le défilé du 14 juillet 2021 met ainsi en œuvre : 5.000 participants, dont 4.300 à pied ; 71 avions et 25 hélicoptères ; 221 véhicules ; 200 chevaux de la Garde républicaine. Dans le cadre de l’opération « Takuba » au Mali, les forces spéciales sont mises à l’honneur avec un détachement de 81 soldats d’Italie, des Pays-Bas, de Belgique, d’Estonie, de République tchèque, de France, du Portugal et de Suède.

L’action dans les airs. Le défilé des avions, ouvert par la Patrouille de France, met en scène les missions de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) et de la Marine nationale. La dissuasion nucléaire est représentée notamment par les Forces aériennes stratégiques avec 1 avion ravitailleur multi-rôles A330 MRTT et 6 chasseurs Rafale B. La maîtrise de l’espace aérien est matérialisée par 1 AWACS E3F (détection et commandement aéroporté), 4 chasseurs Mirage 2000-5 et 2 Mirage 2000 B. L’action dans la profondeur se manifeste avec 1 A330 MRTT, 6 Mirage 2000 D, 4 Rafale C et 2 Rafale B. La Marine nationale déploie le Groupe aérien embarqué avec 1 avion de guet aérien Hawkeye et 8 Rafale Marine. S’y ajoutent 2 ATL2 de la patrouille maritime, pour les opérations extérieures, et 1 Falcon 50 Marine, pour la lutte contre les trafics illicites. Les trois armées montrent aussi leurs hélicoptères. L’armée de Terre présente ses missions : protection du territoire national avec 3 appareils (Puma, Caïman et Cougar) ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne avec 3 appareils (1 Tigre et 2 Caïman). Celles de l’AAE consistent en interventions extérieures et sur le territoire national, présentées par 2 Caracal, 1 Fennec canon et 1 Fennec TE. La Marine nationale montre 2 Caïman, 2 Panther et 1 Dauphin pour la maîtrise des espaces aéromaritimes et le combat naval.

La sécurité par les airs. L’AAE montre ses moyens d’engagement, de projection et de soutien par trois types d’avions de transport, représentés par 1 A400 M, 1 Transall C160 et 2 Casa CN235. S’y ajoute, pour le renseignement, 1 avion léger de surveillance et de reconnaissance. L’AAE présente 2 Pilatus PC 21 et 2 Xingu destinés à la formation, l’entraînement et la préparation. La Direction générale de l’armement déploie le nouvel avion de soutien d’essais en vol TBM 940. La Sécurité civile montre 1 Beech B200, 1 Canadair et 1 Dash Q400 dédiés à la lutte contre les incendies et 1 hélicoptère d’intervention. La Gendarmerie déploie 3 hélicoptères (1 EC145 et 2 EC135), destinés à l’assistance, le sauvetage, la surveillance, le renseignement et l’intervention.

Les anniversaires. L’année 2021 rappelle les 80 ans du « serment de Koufra » (division Leclerc), les 80 ans des Forces aériennes françaises libres, les 75 ans de la base aéronavale de Lann Bihoué, les 60 ans de la Direction générale de l’armement, les 30 ans de la division « Daguet » et les 10 ans du Service interarmées des munitions.

Les cérémonies. En ouverture, la musique de la Garde républicaine souligne la concorde nationale. La clôture met en exergue une jeunesse engagée, représentée par une chorale de 120 jeunes. Le Chœur de l’armée française entonne la « Marseillaise ».

Loïc Salmon

14 juillet 2019 : coopération européenne et innovation

14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international




Défense : les infrastructures, de la construction à l’expertise

Le Service d’infrastructure de la défense (SID) intervient, partout et en tout temps, pour assurer la résilience du ministère des Armées, des hébergements aux grands programmes d’armement et sites nucléaires.

Son directeur central, le général de corps d’armée Bernard Fontan, l’a présenté à la presse, au cours d’une visioconférence à Paris le 27 mai 2021.

Eventail complet de capacités. Placé sous l’autorité du Secrétariat général pour l’administration, le SID construit et adapte les infrastructures des forces armées, directions et services, en métropole, outre-mer et opérations extérieures (Opex). Outre la maintenance lourde des infrastructures communes, il réalise celles destinées à l’entraînement des forces et à la collecte de données. En Opex, il met en œuvre centrales électriques, installations pyrotechniques, centres médico-chirurgicaux et unités de traitement de l’eau (captage, filtrage, distribution, retraitement des eaux usées et leur rejet dans la nature). Ses 6.600 personnels (67 % civils et 33 % militaires) traitent 4.100 immeubles et 2,7 Mdsm2 de terrain, 30,5 Mm2 de surface bâtie et 230 M€ d’achat d’énergie. Leurs domaines de compétences incluent les ports, installations nucléaires, centres de traitement des déchets, monuments historiques et forêts.

Programmes majeurs. Dans le cadre de la loi de programmation militaire 2019-2025, le SID réalise notamment les infrastructures d’accueil et de soutien des sous-marins d‘attaque Barracuda à Toulon et les travaux à l’Ile Longue (Brest), base de la Force océanique stratégique. Pour l’armée de l’Air et de l’Espace, il adapte les infrastructures des bases de Mont-de-Marsan et d’Orange pour le soutien des avions de chasse Rafale. Il reconfigure la base d’Istres pour l’accueil des Airbus A330 MRTT de la 31ème Escadre aérienne de ravitaillement et de transport stratégique dédiée à la dissuasion nucléaire. Pour l’armée de Terre, le SID réalise les infrastructures relatives au programme de combat collaboratif Scorpion (écoles, centres de maintenance et régiments).

Organisation. Créé en 2011, le SID a réalisé un maillage fin du territoire, indique le général Fontan. Son réseau s’articule autour d’une direction centrale, d’un centre d’expertise et d’un centre national de production à Versailles et de sept établissements répartis en métropole. Ces derniers comprennent 49 unités de soutien au plus près des bases de défense, qui disposent d’antennes pour soutenir les régiments, bases aériennes et navales ainsi que les centres de la Direction générale de l’armement. A ces quelque 200 sites s’ajoutent les unités implantées hors du territoire métropolitain, à savoir à Cayenne (Guyane), Fort-de-France (Martinique), Nouméa (Nouvelle-Calédonie), Papeete (Polynésie française), Saint-Denis (La Réunion), Abou Dhabi (Emirats arabes unis), Abidjan (Côte d’Ivoire), Dakar (Sénégal), Libreville (Gabon) et Djibouti. Le SID suit les consommations d’énergie et optimise les contrats d’achat d’électricité et de gaz. Il assure la transition énergétique globale en identifiant les sites les plus gourmands, afin de diminuer leur consommation, respecter les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de recourir aux énergies alternatives. Cela implique le remplacement des chaudières à gaz, l’arrêt du charbon en 2024 et l’installation de panneaux photovoltaïques. Depuis 2017, le SID recrute plus de 400 personnes par an. Son budget est passé de 1,5 Md€ en 2015 à 2,1 Mds€ en 2020.

Loïc Salmon

Défense : relance de la politique immobilière des armées

La sûreté nucléaire des installations de défense

Défense : la stratégie énergétique, un atout opérationnel pour la résilience




Les ors de la République

Maillon de la chaîne de commandement, l’Etat-major particulier (EMP) du président de la République se caractérise par sa compétence et sa loyauté. Apolitique, il se situe au-dessus des divergences partisanes.

Le général Henri Bentégeat y a servi pendant sept ans, d’abord comme adjoint « Terre » auprès de François Mitterrand (1993-1995) et de Jacques Chirac (1995-1996) puis comme chef (1999-2002), avant d’assumer les fonctions de chef d’Etat-major des armées (2002-2006). Il a vécu les cohabitations, où ces chefs d’Etat ont dirigé la France avec un Premier ministre d’une sensibilité politique différente de la leur. L’EMP participe à la gestion des crises et des conflits selon une procédure de décision réactive, sans frein de la part du Parlement, informé d’une opération militaire dans les trois jours puis qui doit autoriser sa prolongation au-delà de quatre mois. En outre, toutes les administrations sont concernées et les chefs militaires y sont associés de bout en bout. L’EMP assiste à toutes les réunions de crise au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et du ministère des Affaires étrangères, quand les intérêts de la Défense peuvent se trouver mis en cause. L’émotion, l’hypermédiatisation et l’information en continu effacent le recul et négligent le temps long, où se mesure l’efficacité. Chaque matin, les adjoints de l’EMP (Terre, Marine et Air) lisent notes des services de renseignement, messages des attachés de défense, analyses du SGDSN et de la Délégation aux affaires stratégiques, études de l’Etat-major des armées et télégrammes diplomatiques, pour traquer l’information destinée au chef de l’Etat, un fait inattendu demandant confirmation ou les signes d’une menace potentielle nécessitant une vigilance accrue. Le soir et les week-ends, ils prennent à tour de rôle l’astreinte à domicile. Tenus informés par le centre de transmission militaire de la présidence, ils doivent être en mesure de rédiger une note urgente pour le chef de l’Etat ou de rejoindre l’Etat-major des armées pour y suivre les développements d’une situation de crise potentiellement explosive. Le secrétaire général de l’Elysée gère alors la suite à donner à tout événement qui exige une réaction immédiate de la présidence de la République. L’ordre protocolaire place le chef de l’EMP juste derrière lui, pour souligner l’importance de la responsabilité de chef des armées, qui ne se partage pas. Ainsi, le lendemain de son intronisation, le nouveau président est informé, en tête à tête, des plans et procédures des codes nucléaires par le chef de l’EMP. Ces plans ne sont accessibles qu’à « ceux qui ont à en connaître ». La dissuasion nucléaire, socle de l’indépendance stratégique de la France, vise désormais, non plus les grandes villes d’un Etat adverse, mais ses centres de pouvoirs politiques, militaires ou économiques, en limitant les dégâts collatéraux. La protection des intérêts vitaux, jamais explicites, de la France serait affirmée par un tir d’ultime avertissement. Le chef de l’EMP, qui ne dépend que du chef de l’Etat, éclaire ses choix en amont. Son influence dépend des relations qu’il a su établir avec lui. Les décisions présidentielles sont prises en conseil de défense ou en conseil restreint, où tous les participants peuvent s’exprimer. Leur mise en œuvre relève du ministre ou du chef d’état-major des Armées. Parmi les administrations, seules celles de la Défense et des Affaires étrangères appliquent intégralement les décisions du chef de l’Etat…sans tergiverser !

Loïc Salmon

« Les ors de la République » par le général d’armée Henri Bentégeat. Editions Perrin, 220 pages, 17 €.

Défense : l’alchimie de la décision du chef de guerre

Chefs d’Etat en guerre

Guerre : complexité des approches politique et militaire




Marines : le sous-marin, arme tactique puis outil stratégique

Arme du combat naval, le sous-marin a pris une dimension stratégique dans la conduite de la guerre, la dissuasion nucléaire et le déni d’accès à un théâtre.

Alexandre Sheldon Duplaix, chercheur au Service historique de la défense et conférencier à l’Ecole de guerre, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 3 décembre 2020 à Paris, par l’association Les Jeunes IHEDN.

Evolution technologique. Le premier submersible, mu par la force humaine, apparaît en1776 aux Etats-Unis pour transporter, sans succès, une charge explosive jusqu’à la coque d’un vaisseau adverse. Au cours du XIXème siècle, l’invention des piles et batteries électriques va déboucher sur un mode de propulsion mixte pour le « torpilleur submersible ». Celui-ci se déplace en surface au moyen d’un moteur à vapeur, qui lui permet aussi de recharger des batteries alimentant son moteur électrique pour naviguer en plongée. Pendant la première moitié du XXème siècle, le sous-marin augmente sa vitesse, grâce à sa forme hydrodynamique, pour attaquer en plongée des navires de surface avec des torpilles acoustiques. Toutefois, le « schnorchel », tube d’acier alimentant en air son moteur diesel pour recharger les batteries sans faire surface, constitue une vulnérabilité. En 1954, la propulsion nucléaire, développée aux Etats-Unis, lui permet de s’en affranchir, d’augmenter sa vitesse, de renouveler l’oxygène du bord et d’alimenter toutes les installations électriques. Le Nautilus devient le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Dès 1961, l’armement nucléaire puis la technologie MIRV (missiles à plusieurs têtes suivant une trajectoire indépendante) donnent une dimension stratégique aux sous-marins américains lanceurs d’engins (SNLE). Pour combler son retard, l’URSS installe des missiles balistiques sur ses sous-marins à propulsion diesel-électrique puis construit des SNLE. Parallèlement dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis immergent des systèmes d’hydrophones dans les océans Atlantique et Pacifique pour surveiller les déplacements des submersibles soviétiques. Puis, l’augmentation de la portée des missiles n’oblige plus les SNLE américains à s’approcher des côtes soviétiques. L’URSS déploie alors des avions à long rayon d’action pour protéger les zones de patrouille de ses SNLE. Les Etats-Unis envoient des SNA chasser ses SNLE et menacent ses bases au moyen de leur aviation embarquée et de missiles de croisière. Par ailleurs, France, Grande-Bretagne et Chine construisent à leur tour des SNA pour développer une composante stratégique (SNLE). La Grande-Bretagne adopte la technologie et les missiles balistiques Polaris américains. Au début, la France dépend des Etats-Unis pour l’aide technique et l’uranium nécessaire aux réacteurs de ses sous-marins. Puis, elle met au point le concept de dissuasion pour interdire une attaque de l’URSS en visant ses principales métropoles. Dans les années 1980, l’URSS obtient, par espionnage, les codes et les zones de patrouille des sous-marins américains et les plans des hélices des SNA. A la fin de la guerre froide (1991), la Russie commence à déployer des SNA discrets.

Arme égalisatrice. L’arme sous-marine est déployée pendant les guerres de Crimée (1853-1856) et de Sécession (1861-1865). En 1917, l’Empire allemand lance la guerre sous-marine à outrance dans l’Atlantique, avant que les Etats-Unis soient prêts à intervenir. Les Marines alliées instaurent alors le blocus des ports allemands et organisent la protection des convois pour le transport rapide des troupes américaines. Entre les deux guerres mondiales, les Etats-Unis mettent au point le « plan Orange » pour couper les voies de communications du Pacifique au Japon, qui prévoit d’y affaiblir la flotte de croiseurs américains par des attaques de sous-marins avant une bataille navale décisive. L’Allemagne lance la production de sous-marins en 1942, alors que la Grande-Bretagne a déjà cassé le code de la machine Enigma utilisée par la Kriegsmarine. La guerre sous-marine américaine dans le Pacifique coupe les approvisionnements en combustibles du Japon, dont les pilotes ne peuvent obtenir une formation suffisante dès 1943. Dans les années 1980, le sous-marin intervient dans la guerre psychologique. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’utilisent dans des opérations spéciales pour inquiéter l’URSS. Ainsi, suite à l’échouement accidentel d’un submersible soviétique sur une côte suédoise en 1981, des incursions sous-marines dans les eaux suédoises sont attribuées à l’URSS et admises par les Etats-Unis en…2000. Pendant la guerre des Malouines (1982), un SNA britannique coule le croiseur argentin Belgrado, contraignant la flotte de surface argentine à rester dans ses ports. Le sous-marin assure des missions de renseignement et d’infiltration-exfiltration de commandos. Il participe aux guerres contre l’Irak en 1991 et 2003, avec le lancement de missiles de croisières américains Tomahawk. Des SNA restent déployés en Adriatique pendant toute la guerre du Kosovo (1998-1999) et au large de la Libye en 2011. Par ailleurs, le sous-marin classique devient une arme du combat littoral. Les Marines américaine, britannique et française, qui n’en possèdent plus, développent des drones sous-marins pour la reconnaissance et la lutte contre les torpilles, afin de conserver leurs SNA au large. Enfin, les petits sous-marins sont déjà utilisés par les narcotrafiquants pour le transport de la drogue et pourraient l’être, bientôt, par les organisations terroristes.

Dissuasion géopolitique. Les Etats-Unis préparent des missiles de croisière, contre les missiles de croisière développés par la Chine, non contrainte par les traités de limitation conclus entre Washington et Moscou. Outre la mise en chantier d’un 2ème porte-avions, celle-ci a construit des pistes d’aviation sur 7 îlots et atolls poldérisés en mer de Chine du Sud, pour protéger ses côtes contre le Japon, la Malaisie et l’Australie. Elle compte sur le projet, en cours, des « Routes de la soie » pour apaiser les tensions politiques avec ses voisins, mais veut empêcher toute indépendance formelle de Taïwan, l’intégrer sans combat et empêcher la VIIème Flotte américaine, stationnée dans le Pacifique Ouest et l’océan Indien, d’intervenir. Elle modernise en conséquence ses sous-marins classiques anaérobies, pouvant rester en plongée quelques jours sans sortir leur schnorchel, et développe des SNA qui patrouillent en mer de Chine du Sud. Ses SNLE sont équipés de missiles balistiques J-L 2 d’une portée de 8.000 km. Les essais réussis du J-L 3 d’une portée de 14.000 km lui permettront de frapper des objectifs sur la côte Ouest des Etats-Unis et, si tirés dans le Pacifique, d’atteindre Washington. Par ailleurs, Israël dispose d’une capacité de frappe nucléaire à partir de sous-marins anaérobies. L’Inde va lancer un SNA et construit un SNLE. L’Iran développe des sous-marins classiques pour sa Marine et des petits submersibles pour l’organisation paramilitaire des Gardiens de la Révolution. La Russie, qui ne dispose que du sixième des la flotte sous-marine de l’ex-URSS, développe des drones sous-marins pour patrouiller en Baltique. L’Australie va construire 12 sous-marins anaérobies bénéficiant de la recherche sur les SNA français.

Loïc Salmon

Sous-marins militaires

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer




Armes nucléaires : arsenaux modernisés d’ici à 2040

Les Etats détenteurs de l’arme nucléaire portent leurs investissements futurs surtout sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et les performances des missiles.

Ce constat a fait l’objet d’une note publiée, le 2 octobre 2020 à Paris, par deux membres la Fondation pour la recherche stratégique : Bruno Tertrais, directeur adjoint, et Emmanuelle Maitre, chargée de recherche.

Perspectives. Après analyse des arsenaux nucléaires, actuels et futurs, notamment des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de l’Inde, du Pakistan et d’Israël, quatre tendances caractérisent leur modernisation : pérennisation des armes pour les Etats occidentaux, diversification et amélioration pour les autres ; développement de la composante maritime, à des degrés divers, pour tous ; montée en gamme des missiles en portée, vitesse et capacité d’emport ; dualité des systèmes d’armes, classique ou nucléaire, combinant porteurs (chasseurs-bombardiers ou sous-marins) et lanceurs (missiles balistiques ou de croisière). Vers 2030, l’Inde et le Pakistan, qui devraient disposer chacun de 200 à 1.000 armes nucléaires, deviendront des « puissances nucléaires de deuxième rang », au même titre que la Chine, la France et la Grande-Bretagne. De leur côté, les Etats-Unis et la Russie pourraient se lancer dans une course aux armements, en multipliant les têtes nucléaires sur les lanceurs balistiques. Toutefois, les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19 pourraient provoquer une baisse des investissements dans ce domaine.

Les Etats-Unis. La modernisation de la triade nucléaire est estimée à 1.200 Mds$ sur 30 ans. Les SNLE de la classe Columbia (voir encadré), qui effectueront leur première patrouille en 2030-2031, coûteront le cinquième du budget de la construction navale militaire pendant une décennie. Leurs missiles Trident 2-D5LE resteront en service jusqu’en 2084. Le bombardier B-21 Raider, en cours de développement, remplacera les B-1B et B-2 à partir de la fin des années 2020. Il emportera des missiles LRSO à longue portée et des bombes B-61-12. Sur les 1.000 exemplaires de LRSO prévus, la moitié sera dotée d’une arme nucléaire. La bombe B-61-12 restera en service jusqu’en 2038. Transportable sur les F-15, F-16 et PA-200 Tornado, elle sera déployée en Europe avant 2025.

La Russie. Quatre nouveaux SNLE Borei sont entrés en service. A la fin des années 2020, dix unités seront réparties entre la Flotte du Nord et celle du Pacifique. Le programme de « drone torpille thermonucléaire » Status-6 Poseidon, s’il est maintenu, commencera en 2027. La modernisation de la composante terrestre, entreprise en 2000, sera achevée en 2025 avec 530 lanceurs opérationnels. Déjà, 140 lanceurs, mobiles ou en silo, RS-24 Yars (SS-27 Mod-2) peuvent emporter jusqu’à quatre armes nucléaires chacun. Certains lanceurs SS-19 modifiés sont équipés du planeur hypersonique Avangard, capable de déborder les boucliers anti-missiles américains, grâce à sa vitesse et sa faculté de changer de cap et d’altitude. Dans les années 2030, tous les bombardiers stratégiques actuels à long rayon d’action, Tu-160 et Tu-95, seront remplacés par l’appareil de nouvelle génération PAK-DA. Ils emporteront le missile AS-23B, mis au point pendant la décennie précédente.

La Chine. En 2020, 6 SNLE seraient déjà en service et équipés chacun de 12 missiles JL-2. Beaucoup plus discrets, de nouveaux submersibles de type O96 sont en développement pour constituer un parc de 10 SNLE au cours de la décennie 2030. Ils seront équipés du missile JL-3, en cours d’essais et dont la portée intercontinentale leur permettra d’élargir leurs zones de patrouille. Après vingt ans de développement, le missile intercontinental sol-sol DF-41 devrait bientôt entrer en service. Il aurait une capacité d’emport d’armes nucléaires accrue et des modes de lancement diversifiés par rapport aux missiles balistiques existants. A la fin des années 2020, le futur bombardier stratégique H20, comparable au B-2 américain, pourra emporter des missiles de croisière à charge militaire classique CJ-10K ou nucléaire CJ-20.

L’Inde. Un 2ème SNLE Arihant doit entrer en service en 2021 et deux sont en construction. Une base dédiée sur la côte Est (baie du Bengale) pourra en abriter quatre en 2030-2040. En outre, 2 bâtiments de surface emportent chacun 2 missiles Dhanush à courte portée et à tête nucléaire, dirigés contre le Pakistan. Le missile balistique intercontinental Agni-5, mobile, menace les centres vitaux chinois. Une version mer-sol de l’Agnis-6 pourrait voir le jour. Dans les années 2030, l’Inde va augmenter sa capacité de production de matières fissiles et doter des lanceurs à longue portée de têtes nucléaires multiples.

Le Pakistan. Le missile de croisière Babur-3 équipera les sous-marins classiques Agosta et quelques submersibles d’origine chinoise prévus dans la décennie 2020. Le missile sol-sol Abadeel pourra emporter des têtes multiples, pour contrer les défenses antimissiles indiennes. Les bombes Ra’ad (air-sol) et les missiles de croisières Babur (sol-sol) sont destinés à la dissuasion nucléaire du Pakistan.

Israël. Six sous-marins classiques auraient été adaptés à l’emport de missiles de croisière à charge nucléaire. Plusieurs dizaines d’armes nucléaires, en stock, peuvent déjà équiper les missiles sol-sol Jéricho-II et III, à portée régionale, ou être embarquées sur les chasseurs bombardiers F-16.

Loïc Salmon

A l’horizon 2030-2040, l’arsenal nucléaire stratégique des Etats-Unis devrait totaliser : 12 SNLE classe Columbia de 20.810 t en plongée emportant chacun 20 missiles balistiques Trident II D5LE/D5LE2, en remplacement de 14 SNLE Ohio (18.750 t) ; des missiles balistiques sol-sol GBSD remplaçant les 450 Minuteman III en service en 2020 ; des bombardiers B-21 transportant des bombes B61-12 et des missiles de croisière à propulsion nucléaire LRSO pour remplacer 46 B-52H et 20 B-2. L’arsenal nucléaire de la Russie devrait totaliser : 10 SNLE Borei (24.000 t) emportant chacun 16 missiles Balava et 1 SNLE Oscar (18.300 t) adapté pour le lancement de 6 torpilles Poseidon, en remplacement de 6 SNLE Delta IV et Delta III (12.600 t) en 2020 ; des missiles balistiques RS-28, SS27 Mod 1 et Mod 2 (RS-24 Yars) ; 60 bombardiers Tu-160M modernisés transportant des bombes AS-23B. L’arsenal nucléaire de la Chine devrait totaliser : 10 SNLE Jin (11.000 t) emportant des missiles JL-3, contre 6 emportant chacun 12 missiles JL-2 en 2020 ; des missiles balistiques DF-15, DF-21, DF-16, DF-5B, DF-31 et DF-41 ; 20 bombardiers H-20 transportant des bombes CH-AS-X-13. L’arsenal nucléaire de la Grande-Bretagne devrait se limiter à 4 SNLE Dreadnought (17.200 t) avec chacun 12 missiles Trident-2-D5 américains. L’arsenal nucléaire de l’Inde devrait totaliser : 4 SNLE Arihant (5.500-6.500 t) emportant 4-8 missiles H-4 et K-5 ; des missiles Agni III, IV, V et VI ; des bombardiers Mirage 2000H, Rafale et Su-30MKI transportant bombes et missiles. L’arsenal nucléaire du Pakistan devrait totaliser : des sous-marins classiques (1.760 t) avec des missiles Babur-3 ; des missiles balistiques Abadeel ; des bombardiers F-16 A/B et JF-17 transportant des bombes Ra’ad-2.

Dissuasion : nécessité de la modernisation des forces nucléaires françaises

Dissuasion nucléaire : modernisation de la composante aéroportée

Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question




Forces nucléaires : Covid-19, dissuasion et désarmement

La pandémie du Covid-19 et ses conséquences économiques et industrielles affectent la dissuasion nucléaire (via ses arsenaux et ses personnels), la maîtrise des armements nucléaires et la non-prolifération.

Ces thèmes ont fait l’objet d’une note et d’un « podcast » (diffusion par service audio) de la Fondation pour la recherche stratégique. La note, publiée le 11 mai 2020, a été rédigée par Marie-Alix Lanternier, assistante de recherche, et Emmanuelle Maitre, chargée de recherche et intervenante dans le podcast, diffusé le 16 octobre 2020.

Effets de la pandémie. Les forces nucléaires des Etats détenteurs cherchent un équilibre entre le maintien de leurs capacités en matière de dissuasion et la protection de la santé des personnels qui la mettent en œuvre, indiquent Marie-Alix Lanternier et Emmanuelle Maitre. Pour certains, la pandémie offre une occasion de militer pour le désarmement, d’autres y voient une opportunité d’utiliser l’arme nucléaire en riposte à une éventuelle attaque biologique de la part d’un Etat. Aux Etats-Unis, Hans Kristenstein, membre du groupe de réflexion et d’information Federation of American Scientist (Fédération des scientifiques américains), écrit, le 29 avril 2020, qu’une seule base nucléaire a été épargnée par le Covid-19. Toutefois, celui-ci a contaminé les équipages de quatre porte-avions, dont le Theodore-Roosevelt, contraint de rentrer au port de l’île de Guam (océan Pacifique). Le commandement stratégique US Stratcom assure que le coronavirus n’a pas diminué la capacité de dissuasion, en raison de la culture et de l’entraînement des forces nucléaires stratégiques, programmées pour agir dans des circonstances difficiles. Dès le début de la pandémie, les personnels des forces nucléaires aériennes, navales et terrestres ont fait l’objet d’un dépistage et d’une protection prioritaires et ont bénéficié de mesures de prophylaxie. De son côté, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, souligne la nécessité de maintenir les capacités de défense et de dissuasion. Il estime que la pandémie a renforcé les menaces dans le domaine de la sécurité et que les adversaires de l’Alliance atlantique pourraient en tirer parti. En Grande-Bretagne, lors de la contamination du Premier ministre, Boris Johnson, par le Covid-19 en avril 2020, le commandement nucléaire et la responsabilité d’ordonner une frappe ont été délégués à des membres désignés du gouvernement. La Marine britannique, qui a déjà envisagé le risque d’une épidémie, souligne la nécessité de maintenir en service quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et non pas trois, pour assurer la permanence à la mer, car deux se trouvent actuellement en entretien de longue durée. Seul Etat membre de l’Union européenne (UE) à disposer de forces nucléaires, la France a connu la contamination de plus de 1.000 marins du groupe aéronaval, qui a été rapatrié sur Toulon. Toutefois, cela n’a guère mis en péril la dissuasion. En effet, la force nucléaire du porte-avions Charles-de-Gaulle, assurée par le missile ASMPA monté sur Rafale Marine, n’est pas activée en permanence. En Russie, seul l’équipage d’un sous-marin d’attaque a été placé en quarantaine, à la suite d’un contact indirect avec un cas confirmé de Covid-19. La Chine, engagée dans une rhétorique agressive en riposte à sa gestion de l’origine de la pandémie, investit massivement dans la modernisation de ses moyens militaires et renforce son arsenal nucléaire. Sur le plan budgétaire, la crise sanitaire pourrait inciter les Etats membres de l’UE à réduire leurs dépenses militaires au profit d’un soutien économique et social à leurs populations. Une analyse du German Council on Foreign Relations (Conseil allemand pour les relations étrangères) estime que si les dirigeants européens réagissent en ce sens, comme lors de la crise financière de 2008, l’ambition d’une posture autonome de défense et de dissuasion risque de s’effondrer, accroissant la vulnérabilité de l’UE. La crise économique pourrait inciter davantage les Etats-Unis à envisager de se retirer de l’OTAN pour ne plus avoir à financer la défense de l’Europe. Cette étude estime que l’issue de la crise sanitaire et économique pourraient constituer une opportunité à saisir en matière de désarmement, en raison de la diminution possible des dépenses militaires dans la plupart des Etats. Elle envisage un scénario de négociations en ce sens entre les Etats-Unis et la Russie, affectés par la baisse du prix du pétrole. La Russie ne sera plus en mesure de poursuivre ses plans de modernisation de ses forces armées comme prévu. De leur côté, les Etats-Unis viennent à peine de commencer à moderniser leur arsenal nucléaire.

Désarmement nucléaire difficile. Le désarmement nucléaire implique un traité interdisant la possession d’arme atomique, car une seule ogive entraîne des conséquences stratégiques énormes, explique Emmanuelle Maitre. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, signé par 84 pays et ratifié par seulement 44, n’inclut pas de protocole de vérification de désarmement. Celui sur l’interdiction des essais, pas encore en vigueur, en prévoit. Les stations d’enregistrement sismiques, réparties dans le monde, détectent les explosions nucléaires. Le désarmement restera un vœu pieux s’il n’y a pas certitude de la destruction d’un arsenal nucléaire, estime Emmanuelle Maitre. Les dimensions réduites d’une bombe atomique actuelle facilitent sa dissimulation sur une vaste zone. Le protocole de vérification comprend des mesures très intrusives sur les objectifs des recherches en cours et le résultat dépend de la coopération de l’Etat inspecté. Certitude scientifique et confiance d’Etat à Etat se complètent. Ainsi, quand l’Afrique du Sud a décidé de détruire son arsenal nucléaire dans les années 1977-1980, Pretoria avait fait preuve d’une ouverture d’esprit suffisante pour convaincre l’Agence internationale de l’énergie atomique que ses engagements avaient été respectés. Personne, y compris les Etats-Unis, n’avait cru que l’Irak possédait des armes nucléaires dans les années 1990, le démantèlement ayant déjà eu lieu. Quant à la Corée du Nord, il n’y a aucune certitude absolue sur les déclarations de Pyongyang sur les installations et les matières nécessaires à un arsenal nucléaire. Les travaux sur le désarmement nucléaire ont commencé au sein de laboratoires américains dans les années 1960, rappelle Emmanuelle Maitre. Il s’agissait d’évaluer la possibilité de négociations sur la maîtrise des armements avec l’URSS et donc d’autoriser des experts soviétiques à visiter des installations américaines. L’inspection doit en effet établir qu’une arme et ses matières (uranium ou plutonium) ont bien été démantelées. Il lui faut observer la signature radioactive de l’arme en cours de démantèlement et la comparer avec les différents composants destinés à être démantelés, pour déceler un éventuel détournement. Cela nécessite des mesures fiables. Or les données entrant dans la composition d’une arme nucléaire, trop « sensibles », dépassent le cadre d’une inspection par des inspecteurs étrangers ou d’une institution internationale. Le Partenariat international sur la vérification du désarment nucléaire (plus de 20 Etats) étudie les procédures en vue d’un traité.

Loïc Salmon

Nucléaire : conséquences du Covid-19 sur le TNP

Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question

Armes nucléaires : vérifier pour lutter contre la prolifération




Armes nucléaires : l’interdiction des essais en question

Le succès stratégique de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) se trouve fragilisé par des incertitudes politiques.

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, l’explique dans une note publiée le 16 juillet 2020 à Paris.

L’état des lieux. En 2020, sur les 184 pays ayant signé le TICE, 168 l’ont ratifié. Il manque 44 ratifications pour qu’il puisse entrer en vigueur. La Chine, l’Egypte, les Etats-Unis, l’Iran et Israël l’ont seulement signé, mais pas l’Inde ni le Pakistan ni la Corée du Nord, précise Bruno Tertrais. Depuis son adoption par l’assemblée générale de l’ONU en 1996, il a été respecté par tous les Etats, sauf la Corée du Nord. L’Organisation du TICE doit détecter toute explosion nucléaire dans le monde et la signaler aux pays signataires du traité, afin de prendre des mesures pour empêcher les puissances disposant de l’arme nucléaire, de poursuivre leurs essais, et celles qui ne l’ont pas, de s’en doter. Gouvernée par une commission plénière regroupant tous les Etats membres, sa commission préparatoire dispose d’un secrétariat technique de 300 personnes, provenant de 87 Etats membres, et d’un budget financé à plus de 50 % par les grands Etats occidentaux (22 % par les seuls Etats-Unis). En 2020, près de 90 % des 337 stations prévues de son système de surveillance étaient certifiées. Ce système permet une couverture permanente en temps réel par des moyens de détection sismique, hydroacoustique, infrasonore et radiologique. Il est parvenu à détecter, dans certaines conditions, des explosions libérant une énergie très inférieure à 1 kilotonne, seuil exact dépendant de la localisation de l’explosion et du bruit de fond ambiant, qui varie au cours du temps. Ainsi, l’essai nord-coréen de 2006 correspondait à une magnitude de 4,08. En 2020, le seuil de détection sismique atteint la magnitude de 3,2 dans l’hémisphère Nord et de 3,4 au niveau mondial. Dans le domaine civil, ce système de surveillance a permis de détecter le tsunami en Indonésie (2004) et l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima consécutif à un séisme (2011). Il devrait connaître d’autres applications, notamment dans les sciences de l’atmosphère. Les stations hydroacoustiques, dont 11 suffisent à couvrir la planète, pourront assurer la surveillance du trafic maritime, de l’environnement et des accidents ainsi que le suivi des migrations des baleines. Faute d’entrée en vigueur du TICE, son organisation dépend des contributions financières et des transmissions de données des Etats membres et reste vulnérable à une crise politique due au comportement d’un Etat membre.

La Russie. Un grave accident, survenu le 8 août 2019 lors d’un essai de propulseur, avait entraîné la fermeture temporaire de plusieurs stations russes de surveillance de « radionucléides » (élément instable qui dégage un rayonnement en se décomposant). Cette fermeture semble avoir été prise en compte par le Département d’Etat américain, indique Bruno Tertrais. Dans un rapport rendu public en juin 2020, il écrit que la Russie a procédé à des expériences liées aux armes nucléaires ayant dégagé une énergie nucléaire, mais sans préciser de date. Il met ainsi en doute le respect des obligations de la Russie, au titre du Traité sur la limitation des essais souterrains d’armes nucléaires. Déjà en mai 2019, l’Agence américaine du renseignement de la défense avait évoqué l’hypothèse d’une violation du TICE par la Russie lors d’expériences hydro-nucléaires « sur-critiques » en Nouvelle-Zemble. Les expériences hydro-nucléaires sont autorisées par le TICE à condition d’être « sous-critiques ». Ce type d’explosion de très faible puissance, dénommé aussi « tir froid », n’entraîne pas de réaction en chaîne. Il sert à valider le fonctionnement de l’amorce de l’arme thermonucléaire. L’ogive ne contient qu’un explosif chimique et une très faible quantité de plutonium. Un tir froid contribue à assurer la sécurité, la sûreté et la fiabilité de l’arme nucléaire. La Russie a nié être en contravention avec ses engagements, sans préciser leur nature exacte quant aux essais hydro-nucléaires. En septembre 2019, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait déclaré que son pays n’avait pas procédé à une seule explosion nucléaire depuis 1991.

La Chine. Le rapport de juin 2019 du Département d’Etat américain mentionne la conduite probable, par la Chine, de multiples expériences ou essais liés aux armes nucléaires. Il note également un niveau élevé d’activité sur le site de Lop Nor, unique et vaste centre d’essais nucléaires chinois situé dans la région autonome du Xinjiang. Toutefois, selon Bruno Tertrais, la plupart des analystes restent prudents, car le rapport ne donne prise à aucune accusation précise d’infraction au TICE. Par ailleurs, les travaux en cours à Lop Nor pourraient correspondre à un aménagement des installations destinées aux essais de tirs froids.

Les Etats-Unis. Un Etat détenteur de l’arme nucléaire pourrait invoquer des motifs de garantie de fiabilité ou de sécurité pour procéder à une nouvelle campagne d’essais réels, avertit Bruno Tertrais. Les Etats-Unis n’ont jamais caché leur intention en ce sens en cas de détection d’un défaut majeur dans l’une des formules d’armes nucléaires en service, vu que leur gamme s’est réduite. La possibilité d’un essai de démonstration aurait été évoquée lors de réunions internes au plus haut niveau en mai 2020. En l’absence d’un besoin technique exprimé, un délai de quelques mois suffirait pour réaliser un essai « simple », au sens de l’Autorité de sûreté nucléaire (agence dépendant du ministère fédéral de l’Energie). Toutefois, selon une enquête réalisée dans 11 pays occidentaux en 2019, les opinions publiques se montrent très critiques à l’égard de la conduite de nouveaux essais nucléaires. Le livre Blanc 2018 de l’Association pour le contrôle des armements, basée aux Etats-Unis, reconnaît la fragilité de la norme de « non essai » et recommande de la renouveler et de la renforcer au fil du temps. Or le TICE constitue le pilier essentiel de la non-prolifération, souligne Bruno Tertrais. La nécessité d’une interdiction complète des essais nucléaires figure explicitement dans le préambule du Traité de non-prolifération des armes nucléaires.

Loïc Salmon

Entre 1945 et 1998, huit pays ont procédé à 2.161 essais nucléaires : Etats-Unis, 1.125 dont 212 atmosphériques, 3 tirés de sous-marins et 910 souterrains ; Union soviétique, 720 dont 217 atmosphériques, 1 tiré de sous-marin et 502 souterrains ; France, 210 dont 50 atmosphériques et 160 souterrains ; Chine, 47 dont 21 atmosphériques et 26 souterrains ; Grande-Bretagne, 45, dont 21 atmosphériques et 24 souterrains ; Corée du Nord, 6 souterrains ; Inde, 6 souterrains ; Pakistan, 2 souterrains. Entre 1960 et 1996, la France a effectué des essais ainsi répartis : 4 essais atmosphériques et 13 souterrains dans le Sud algérien de 1960 à 1966 ; 46 essais atmosphériques et 147 souterrains entre 1966 et 1996 en Polynésie française. Depuis la signature du TICE (1996), sont effectués : des essais nucléaires en simulation ; des expériences de fissions et fusions à très petite échelle ; des « tirs froids » (amorces de l’arme) et des essais de détonique à l’air libre ou en puits.

Nucléaire : conséquences du Covid-19 sur le TNP

Forces nucléaires : incertitude sur leur maîtrise à terme

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