Cent ans de conquête de l’air au Grand Palais de Paris

Réaliser l’harmonie entre l’homme, la machine et le vol, tel est l’enjeu du nouveau spectacle (9-14 avril 2016) de la société Amaclio, à l’occasion du centenaire des premiers combats aériens pendant la bataille de Verdun.

Lors de la présentation à la presse le 15 mars, les organisateurs ont rappelé que le premier salon de l’aéronautique s’est tenu au Grand Palais en 1909.

Tradition et innovation. Construit à partir de 1897 pour l’Exposition universelle de 1900, cet édifice, situé au bord de la Seine, accueille des manifestations artistiques et surtout des expositions dédiées à la modernité. Le « salon de la locomotion aérienne » s’y tiendra jusqu’en 1951, avant de changer de nom et de s’installer au Bourget. Le Grand Palais, avec son immense verrière armée de fer et d’acier, son style et son passé, semblait donc tout indiqué pour évoquer la conquête de l’air. Après ses reconstitutions historiques en son et lumière, « La Nuit aux Invalides », « Les Luminescences d’Avignon » et « Les Écuyers du Temps » (Saumur), Amaclio a voulu montrer que, depuis un siècle, « voler » fascine autant le grand public qu’il passionne les ingénieurs, compagnons, mécaniciens et pilotes. Retracer une telle épopée en un spectacle de 61 séquences en 56 minutes sur 360 degrés a nécessité de voir les choses en grand : 3 écrans de 26 m x 16 m ; 3.000 m2 de projection ; 23 vidéos projecteurs ; 5.000 heures de tournage et d’infographie ; 1 avion d’affaires Falcon ; 1 avion de combat Mirage III, conçu en 1950 ; 1 avion Rafale, en service dans l’armée de l’Air et la Marine françaises depuis 2001. Pour assurer deux séances par soirée pendant six jours, Amaclio mobilise 400 personnes, 80 techniciens et 60 camions pour enchanter jusqu’à 3.000 spectateurs à chaque fois.

Dassault franchit le siècle. Diplômé de l’École supérieure d’aéronautique et de construction mécanique en 1913, Marcel Bloch (devenu Dassault en 1949) est mobilisé en 1914 au laboratoire d’aéronautique de Chalais-Meudon. Il dessine, pour son compte, l’hélice « Éclair » l’année suivante, qui sera utilisée par l’aviation militaire française pendant la première guerre mondiale. En 1917, il crée, avec son associé Henry Potez, la Société d’études aéronautiques (SEA) destinée à concevoir et fabriquer des avions d’observation. Les essais n’étant guère satisfaisants, le premier avion, dénommé SEA 1, est abandonné. Ses concepteurs en concluent qu’il ne faut jamais assembler trop d’éléments nouveaux sur un seul prototype. Dorénavant, le futur groupe Dassault adoptera longtemps une politique technique des « petits pas » consistant à intégrer progressivement des innovations sur des éléments connus. Le SEA IV en apporte la preuve : il est commandé à 1.000 exemplaires par le ministre de l’Armement et des Fabrications de guerre dès fin 1917, mais seule une centaine sera livrée. Après une éclipse de dix ans, Marcel Bloch revient à l’aviation dans les années 1930. La saga Dassault reprendra après la deuxième guerre mondiale avec la famille d’avions de combat multirôles Mirage, qui équiperont les forces aériennes d’une vingtaine de pays. Dans les années 1960, le groupe Dassault se lance dans la fabrication d’avions civils pour une clientèle d’affaires, surtout étrangère. Le premier, « Mystère 20 », sera « américanisé » en « Falcon 20 ». Aujourd’hui, 75 % de la production des avions Falcon est exportée et 500 entreprises participent à la construction du Rafale. Le groupe Dassault est maître d’œuvre du programme européen de drone de combat « Neuron ».

Loïc Salmon

L’histoire des Invalides en 3 D

 




Secret Défense

Cet ouvrage, abondamment illustré, raconte les heurs et malheurs du renseignement militaire et lève le voile sur certains épisodes de l’histoire de la France. Cryptographie (« chiffre »), clé de la sécurité des transmissions, et actions subversives sont allées de pair.

Ainsi, le chiffre de Jules César (100-44 avant J.C.) sera « cassé » seulement au milieu du IXème siècle, celui de Blaise de Vigenère (1523-1596) en 1854 et celui d’Antoine Rossignol (1600-1682) à la fin du XIXème siècle. L’organisation des services de renseignement (SR) incluant la collecte d’information (stratégiques et tactiques) et les « actions » (infiltration, provocation, manipulation ou interrogatoire « musclé »), mise au point par la Rome impériale, durera en France jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Au Moyen-Age, le contexte des guerres extérieures et des tentatives de déstabilisation du pouvoir monarchique, incite Louis XI à créer un système de relais de postes dans tout le royaume pour faire remonter rapidement le renseignement. Les guerres de religion aux XVIème et XVIIIème siècles favorise l’éclosion massive de l’espionnage. Environ un tiers des agents sont d’anciens officiers nobles, traîtres par idéologie ou nécessité. Un autre tiers comprend les secrétaires ou juristes ayant accès aux documents des princes. Le reste est constitué d’ecclésiastiques, fins psychologues et parfois proches du pouvoir. S’y ajoutent les marchands, financiers et aventuriers de tout poil. Dans les armées, l’espion, qui n’est pas protégé par les lois de la guerre, risque l’exécution sommaire après la torture pour en obtenir aveux et dénonciations. La recherche du renseignement, même tactique, est prise de haut par les officiers, qui estiment déshonorantes les activités des SR. A part les campagnes de Crimée (1854-1856), d’Italie (1859) et les expéditions coloniales en Afrique et en Extrême-Orient, ce dédain perdure en France jusqu’en 1870, alors que les officiers anglais, russes, américains et prussiens n’ont aucun scrupule à se déguiser et prendre une fausse identité pour pénétrer les desseins de l’ennemi. L’attitude des princes envers les SR fluctue au cours des siècles. Le père Joseph, éminence grise du cardinal de Richelieu, met sur pied un vaste réseau d’agents professionnels, de l’Angleterre au Levant en passant par le Canada et la Russie, et crée une académie de cryptographie. Ainsi, grâce au déchiffrement de messages des protestants de La Rochelle, le cardinal parvient à les faire capituler. Pendant la guerre contre l’Espagne, son service de contre-espionnage arrête des agents ennemis, dont les peintres de renom Rubens, Velasquez et Van Dick ! Son successeur, Mazarin, envoie en missions secrètes le plus fameux des cadets de Gascogne, D’Artagnan. Les SR de Louis XIV, réorganisés par Louvois, recourent aussi aux petits groupes de partisans pour effectuer des reconnaissances dans la profondeur des territoires ennemis. Louis XV, qui se méfie des SR de l’État, crée le « Secret du Roi », qui ne dépend que de lui. Son agent le plus célèbre, le chevalier d’Éon, s’habillait parfois en femme. Louis XVI enverra discrètement armes et munitions aux « insurgents » américains, avant les expéditions officielles de l’amiral De Grasse et du général Rochambeau. Napoléon multiplie les SR pour mieux les contrôler : gendarmerie, armées, diplomatie, police politique et police des Tuileries pour sa protection rapprochée. Pendant la Grande Guerre, l’agent double Mata Hari deviendra l’archétype de la femme fatale.

Loïc Salmon

« Secret Défense » par Constantin Parvulesco. Éditions E-T-A-I, 144 pages, 37,50 €.

Mousquetaires !

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

 




D’Azincourt à Marignan, Chevaliers & Bombardes

La France et l’Angleterre, passées du Moyen-Age lors de la bataille d’Azincourt (1415) à la Renaissance avec celle de Marignan (1515), ont connu les mutations de l’art de la guerre.

A Azincourt, leur supériorité numérique a conforté les Français dans la conviction d’une victoire bientôt acquise. Ce sentiment était renforcé par le mépris de leur chevalerie à l’égard de la « piétaille » anglaise, qui osait la défier. Leur défaite s’explique notamment par l’inadaptation de la cavalerie lourde face à la mobilité de l’infanterie et la profusion des hommes au regard de l’étroitesse du terrain. Par la suite, le modèle des fantassins suisses, en rangs serrés et équipés de longues piques, sera imité dans toute l’Europe. Cette émergence de l’infanterie favorise la promotion sociale par le métier des armes. Par ailleurs, l’artillerie, apparue dès 1338 en France pour la défense des villes et châteaux, s’améliore au cours du siècle suivant : canons en fer ou en bronze, boulets métalliques et affuts sur roues. Pendant la trêve de la guerre avec l’Angleterre entre 1444 et 1449, Charles VII constitue une armée permanente payée chaque mois. Il crée d’abord 15 « compagnies d’ordonnance » de 100 « lances » chacune, soit environ 6.000 combattants. Une lance compte un « homme d’armes », cavalier lourd en armure, et quelques piétons et cavaliers légers en nombre variable. Le roi institue ensuite les « francs-archers », soit 8.000 hommes recrutés parmi les roturiers. Chaque paroisse doit désigner un habitant, en principe volontaire, qui, exempté de l’impôt de la taille, doit s’équiper et s’exercer régulièrement au tir à l’arc et à l’arbalète. Il doit répondre à l’appel en cas de conflit et reçoit une rémunération pour la durée de son service actif. Le roi crée aussi « l’arrière-ban », à savoir un service militaire réorganisé des nobles qui doivent s’équiper d’une armure, d’armes et d’un cheval et se préparer à la guerre selon leur statut et leur fief. En raison de leurs compétences financière, administrative et militaire, les frères Bureau modernisent l’artillerie royale, qui devient plus nombreuse et mobile avec le recrutement ponctuel de charretiers et de pionniers. La garde du corps du roi, où prédominent les archers écossais, assure sa protection rapprochée et prend part au conflit en cas de besoin. Lors de sa longue guerre contre Charles le Téméraire, Louis XI développe le camp militaire mobile, car la capture ou le pillage du camp de l’ennemi demeure un enjeu tactique. Ordonné avec rues et quartiers autour d’une place d’armes pour le rassemblement des fantassins et des cavaliers, il est clos par des palissades et des chariots avec un fossé où les pièces d’artillerie légère prennent position. Les chevaux de combat sont utilisés d’abord pour la reconnaissance, le harcèlement, la poursuite et les expéditions en pays ennemi (« chevauchées »). En bataille rangée, la cavalerie sert surtout à prendre l’ennemi à revers (Castillon, 1453) et charge rarement de front (Marignan, 1515). Le nombre de chevaux d’attelage suit l’accroissement des effectifs des armées, des vivres, des bagages, du nombre de pièces d’artillerie et de la masse des munitions. Quoique fier de son artillerie lourde et de sa cavalerie, François Ier prévoit de les renforcer par 42.000 piquiers et hallebardiers et 12.000 arquebusiers et d’appliquer une discipline très sévère. Pourtant, ses successeurs devront longtemps recruter des mercenaires pour disposer d’une infanterie de qualité.

Loïc Salmon

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

« D’Azincourt à Marignan, Chevaliers & Bombardes 1415-1515 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 272 pages, 35 €




Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

1415 et 1515, ces dates de grandes batailles, où triomphent d’abord l’arc et ensuite le canon, sont restées dans l’histoire et le roman de l’Angleterre et de la France.

Cette exposition présente les mutations survenues entre la bataille d’Azincourt (1415), qui voit la défaite de la chevalerie française face aux archers anglais, à celle de Marignan (1515) où l’artillerie française l’emporte sur les fantassins suisses dans le Nord de l’Italie. Elle commence avec la présence, sous le porche des Invalides, d’un canon en bronze marqué de la salamandre couronnée, emblème de François Ier. Ce canon, qui pèse plus de 2 t, pouvait tirer des boulets en fonte de fer de 18 kg et nécessitait un attelage de 7 chevaux. Dans les salles d’exposition, deux dispositifs multimédias reconstituent les deux batailles, que sépare un siècle d’innovations.

D’Azincourt à Castillon. Cela commence en 1337 par une querelle dynastique sur des héritages, que revendiqueront plusieurs générations de souverains français et anglais, descendants du roi de France Louis IX, dit Saint-Louis (1214-1270). La guerre va durer 116 ans. Malgré ses victoires de Crécy (1336) et de Poitiers (1346), l’Angleterre n’a pu conquérir la France, en raison de la guérilla menée par le connétable Bertrand Du Guesclin (1320-1380). En 1415, le roi anglais Henry V débarque en Normandie avec 9.000 hommes, assiège Harfleur qui capitule après trois mois d’un siège éprouvant qui affaiblit son armée. Il décide alors de rejoindre le port de Calais pour rentrer en Angleterre. Une armée française de 12.000 hommes, commandés par le connétable Charles d’Albret et le maréchal Jean II le Meingre, surnommé Boucicaut, se lance alors à sa poursuite et bloque tous les passages de la Somme. Pourtant, les Anglais, affamés et souffrant de la dysenterie, parviennent à franchir le fleuve, mais sont arrêtés devant Azincourt. L’affrontement débute le 25 octobre vers 11 h. La nuit précédente, une averse a transformé le champ de bataille en bourbier gênant la progression des chevaliers français. Les archers anglais s’avancent, plantent des pieux pour gêner la cavalerie adverse et décochent une pluie de flèches. Très entraînés, ils peuvent en tirer une dizaine à la minute. Les chevaliers français, décimés, ne parviennent pas à disloquer les troupes anglaises, composées surtout de fantassins. Beaucoup sont faits prisonniers ou meurent sous les flèches que continuent de lancer les archers. En fin de journée, l’arrière-garde française tente une dernière attaque, encore repoussée. A 17 h, le combat cesse. L’armée française déplore plus de 5.000 morts, dont l’élite de la chevalerie. Henry V, qui n’a perdu que 500 hommes, est à nouveau maître de la Normandie et rembarque à Calais avec ses prisonniers et son butin. Sur le plan politique, les négociations pour terminer la guerre aboutissent au traité de Troyes (1420), qui déshérite le dauphin Charles (futur Charles VII) au profit d’Henry V… qui meurt avant le roi de France Charles VI. Leurs fils vont alors se disputer la couronne de France jusqu’à la victoire finale de Charles VII à Castillon (1453), grâce surtout à l’artillerie des frères Jean et Gaspard Bureau, et après l’épopée de Jeanne d’Arc (1428-1431).

Marignan et le rêve italien. Les guerres d’Italie, qui dureront de 1494 à 1559, trouvent aussi leurs origines dans des querelles d’héritages. La famille d’Anjou, issue du roi de France Jean II le Bon (1319-1364), avait autrefois régné sur Naples. L’Italie, quoique morcelée en divers petits États rivaux, connaît un foisonnement culturel et scientifique qui attise les convoitises. Lors de la première expédition (1494-1497), Charles VIII fait valoir ses droits sur le royaume de Naples, légué par René d’Anjou à Louis XI, son père. Louis XII, son cousin et héritier, entreprend trois guerres (1499-1500 ; 1501-1504 ; 1508-1513) pour récupérer Naples et… le Milanais, héritage de sa grand’mère Valentine, fille de Jean Galéas Visconti (1351-1402), duc de Milan à l’époque. A sa mort en 1515, François Ier, son cousin et héritier et également arrière-petit-fils de Valentine, revendique ses droits sur le Milanais. Il a obtenu la neutralité de l’Angleterre et de l’Empire romain germanique ainsi que le soutien de Venise et la bienveillance de Gênes et de la Savoie. Il dispose de 2.500 canonniers, pour manœuvrer 60 pièces lourdes et 200 plus légères, et de 22.000 mercenaires allemands. En tout, 45.000 hommes sont commandés par le connétable Charles de Bourbon, l’ingénieur militaire Pedro Navarro et Pierre Terrail, seigneur de Bayard. A Marignan, près de Milan, les attendent les forces de Maximilien Sforza, nouveau duc de Milan placé par l’Espagne, celles du pape Léon X et 35.000 fantassins suisses, réputés invincibles. François Ier négocie le départ de 12.000 mercenaires suisses contre une forte somme. Le 13 septembre, le combat s’engage et s’interrompt à la nuit. Le lendemain, les Suisses attaquent en premier mais, faute de coordination, ne peuvent résister aux charges de cavalerie. Vers 11 h, à l’arrivée des renforts vénitiens, les Suisses battent en retraite. Ils ont laissé près de 10.000 morts sur le champ de bataille, tandis que le camp franco-vénitien en compte de 5.000 à 8.000. Le roi de France exerce alors une influence sur toute l’Italie du Nord. En 1516, il signe le concordat de Bologne avec Léon X et la « paix perpétuelle » avec les cantons suisses.

De la chevalerie à l’artillerie. La chevalerie, morte à Azincourt, se perpétuera par les Ordres honorifiques de chevalerie. En 1430, Philippe le Bon, duc de Bourgogne et cousin du roi Louis XI, fonde celui de la Toison d’Or, décerné à 31 « chevaliers » dont la fidélité l’emporte sur les vertus guerrières. En réponse, Louis XI, son rival, crée l’Ordre de Saint-Michel en 1469. Par ailleurs, après plus d’un siècle d’expérience et de mises au point, le canon va transformer pour longtemps l’art de la guerre. A Marignan, l’artillerie a joué un rôle déterminant face aux carrés des piquiers suisses. Pourtant, l’idéal chevaleresque reste encore très fort au XVIème siècle. Ainsi, un doute subsiste sur l’adoubement de François Ier par Bayard sur le champ de bataille. Le roi avait en effet été déjà fait chevalier à l’occasion de son sacre. De plus, ce récit n’apparaît dans aucun des nombreux textes écrits après Marignan entre 1515 et 1525. Il a été publié en novembre 1525, peut-être pour justifier la capture du roi lors de la défaite de Pavie le 24 février de la même année, face à l’empereur Charles-Quint. Cet épisode forgera la légende du « roi-chevalier ».

Loïc Salmon

 

L’exposition « Chevaliers & Bombardes » (7 octobre 2015- 24 janvier 2016), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente armes, armures, pièces d’artillerie, manuscrits richement enluminés, documents et monnaies provenant des collections de musées français et étrangers. Figurent également : un canon de Louis XI ; un autre du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, son cousin et adversaire ; l’épée de Louis XII et les armures de François Ier et du chevalier Bayard. Ont été également programmés conférences en octobre et novembre 2015, projections de films en novembre 2015 et concerts de novembre 2015 à janvier 2016 en la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Renseignements : www.musee-armee.fr




Exposition « De Louis XIV à De Gaulle » au Grand Trianon

Palais privé, le Grand Trianon aura assuré la permanence du pouvoir en France à travers les monarchies : absolue avec Louis XIV et Louis XV, impériale avec Napoléon 1er, constitutionnelle avec Louis-Philippe, et… républicaine depuis le général De Gaulle !

Fastes des amours royales. En 1668, Louis XIV rachète le village de Trianon, le rase et le transforme en jardin pour l’enclore dans le parc de Versailles. La résidence royale de Versailles, en cours d’agrandissement, ne méritera véritablement son nom qu’à partir de 1682. En attendant, l’architecte Louis Le Vau édifie à Trianon un petit château pour abriter les amours du Roi-Soleil avec la marquise de Montespan. Ce sera le « palais de Flore », ainsi surnommé car les travaux, commencés à l’hiver 1670, se terminent au printemps suivant. Quoiqu’appelé aussi, « Trianon de porcelaine », il est en fait recouvert de faïences bleues et blanches, commandées aux manufactures de Delft, Rouen, Lisieux et Nevers et inspirées des porcelaines chinoises… matière que les Européens ne savent pas encore fabriquer ! La faïence est partout : à l’intérieur et à l’extérieur du château et même comme simple « verny » (terme de l’époque) sur les pots et caisses des jardins. Ceux-ci, tracés par un neveu d’André Le Nôtre, le grand jardinier de Versailles, comprennent des plates-bandes plantées de fleurs rares, commandés en France et en Europe : anémones, lys, cyclamens, tulipes (très chères à l’époque), jacinthes et jonquilles. Ces jardins parfumés renforcèrent le nom de « Flore » du premier Trianon, dont le décor peint, inspiré des Métamorphoses du poète latin Ovide, montre des déesses transformées en fleurs. Par ailleurs, l’exposition présente un tableau intitulé « Apollon et Thétys », particulièrement révélateur. Apollon, dieu du soleil dans la mythologie grecque, rend visite à sa maîtresse, la nymphe marine Thétys, mère d’Achille, l’un des héros de l’Illiade, que vénérait Alexandre le Grand. Or, à cette époque, le Roi-Soleil voue une grande admiration au conquérant, dont l’épopée figure sur les plafonds de la galerie des glaces du château de Versailles et sur des tapisseries conservées à la manufacture des Gobelins à Paris. Trianon devient donc le château des amours du Roi, contrairement à Versailles qui célèbre sa gloire. Très fragile en raison des hivers rigoureux du XVIIème siècle, le Trianon de porcelaine nécessite un entretien constant. Il ne survit pas à la disgrâce de Madame de Montespan, compromise dans l’affaire dite des « Poisons ». Une enquête de police, entreprise de 1679 à 1682, révèle que deux femmes, dont une dénommée « La Voisin », auraient fourni de quoi empoisonner leur mari à des dames de la haute aristocratie, notamment Madame de Vivonne, belle-sœur de la marquise. Celle-ci est directement mise en cause pour avoir obtenu de La Voisin des poudres susceptibles de lui ramener l’amour du Roi. Celui-ci l’avait alors délaissée pour Madame de Maintenon, gouvernante des six enfants… qu’il avait eus avec Madame de Montespan ! La marquise de Maintenon, qui épouse le Roi en 1683 après la mort de la Reine Marie-Thérèse, refuse d’habiter le palais de Flore. Louis XIV le fait alors démolir en 1687 et remplacer par le château de Trianon actuel, édifié par Jules Hardouin-Mansart puis transformé par Robert de Cotte. Ce « Trianon de marbre », en raison du marbre recouvrant la partie principale (photo), comprend notamment un appartement pour le Roi, qui y dort pour la première fois en 1692. Après 1704, chaque membre de la famille royale y dispose de son propre logement : le duc d’Orléans, frère du Roi, et son épouse, la princesse Palatine ; le Grand Dauphin ; les filles du Roi et de Madame de Montespan ; le duc de Bourgogne, son petit-fils, et son épouse Marie-Adelaïde de Savoie, mère de Louis XV. Un tableau en pied met à l’honneur celle qui donne un « coup de jeune » à la Cour du vieux Roi, qui l’apprécie beaucoup. Pourtant, après sa mort en 1712, la découverte de lettres compromettante de la Maison de Savoie, parfois en guerre contre la France, fait dire à Louis XIV avec amertume : « La coquine nous trompait » ! Trianon reste un château très privé, où seules les dames de la Cour sont conviées aux fêtes et spectacles. L’appartement de Madame de Maintenon, qui donne sur le jardin du Roi, sera repris en 1750 par…la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV ! Ce dernier y fait tracer le jardin à la française et construire le « Petit Trianon ». Le Trianon de marbre  prend alors le nom de « Grand Trianon », qui perdure.

Simplicité post-révolutionnaire. Trianon devient ensuite la résidence de deux souverains montés sur le trône de France à l’issue de révolutions : Napoléon 1er, après celle de 1789-1799, et Louis-Philippe après celle de 1830. Après son divorce avec Joséphine de Beauharnais, l’Empereur s’y installe en 1810 avec sa nouvelle épouse, Marie-Louise d’Autriche, nièce de la Reine Marie-Antoinette, qui avait fait du Petit Trianon son univers intime et éloigné de la Cour de Versailles. Napoléon ne change guère l’aspect du Grand Trianon, qui conserve l’esprit de l’Ancien Régime. Toutefois, il aménage les anciens appartements de Louis XV et de Madame de Pompadour et y crée son cabinet particulier, seule pièce à décor Empire du palais. C’est à Trianon qu’il organise une grande fête à l’occasion de la naissance de son fils, le Roi de Rome, en août 1811. L’Empereur n’y revient que deux ans plus tard, pour reconstituer la Grande Armée après la désastreuse campagne de Russie. Après 1815, la Restauration se contente d’ôter les tableaux napoléoniens du Grand Trianon et de détruire les symboles impériaux. Toutefois, un décor peint représentant Napoléon à la chasse a échappé à sa vindicte. Pour célébrer son couronnement, Charles X organise un grand bal à Trianon le 19 juin 1825. Le 30 juillet 1830, il y tient son dernier conseil des ministres avant de s’enfuir en Écosse. Son cousin et successeur, Louis-Philippe, fils du duc d’Orléans et révolutionnaire Philippe-Égalité, prend le titre de « Roi des Français ». Soucieux de la réconciliation nationale, il organise le retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène aux Invalides à Paris en 1840 et transforme le château de Versailles en musée de l’Histoire de France. Surnommé le « roi-bourgeois », il s’installe à Trianon en 1835 avec sa nombreuse famille (6 garçons et 4 filles). Deux ans plus tard, il y marie sa fille Marie d’Orléans, au talent artistique reconnu, au duc de Wurtemberg. Comme Charles X, il repasse par Trianon avant de s’exiler en Angleterre, chassé par la Révolution de 1848. Transformé ensuite en musée hétéroclite, le Grand Trianon sera restauré en 1960 par le général De Gaulle, à l’instigation de son ministre de la Culture, André Malraux.

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

L’exposition « De Louis XIV à De Gaulle » (18 juin-8 novembre 2015), organisée par le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, se tient au Grand Trianon à Versailles. Elle présente tableaux, gravures, dessins, meubles et objets sur quatre siècles. Un second volet, prévu en 2016, retracera l’histoire du Grand Trianon depuis 1960, époque où il deviendra la résidence des hôtes de marque de la France. Pour tous renseignements : www.chateauversailles.fr




Churchill De Gaulle

De leur rencontre en 1940 à leurs héritages, de leur « mésentente cordiale » à leur admiration réciproque, le catalogue de l’exposition « Churchill-De Gaulle » retrace le parcours de ces personnages historiques.

Leur heure de gloire sonne le 9 juin 1940, quand Winston Churchill (65 ans), qualifié dans ses mémoires de « romantique » par Charles De Gaulle (49 ans), rencontre celui qu’il appellera plus tard « l’Homme du Destin ». Dans son enfance, Winston souffre du manque d’affection de ses parents. Son père, grand aristocrate, ne pense qu’à sa carrière politique, et sa mère, riche héritière américaine, est accaparée par ses amants. Charles naît dans une famille bourgeoise de Lille. Son père, professeur, lui fait découvrir l’Histoire  et sa mère voue à la patrie une passion égale à sa piété religieuse. Élève exemplaire, Charles se transforme en  intellectuel doté d’une solide formation classique, alors que Winston, « cancre » aux lectures éclectiques et hétéroclites, devient un autodidacte brillant. Nantis d’une mémoire phénoménale, tous deux partagent la même passion pour le métier des armes et l’histoire militaire de leurs pays respectifs et entament une carrière militaire. Pour Churchill, ce ne sera qu’un tremplin pour réussir très jeune en politique, où De Gaulle, soldat par vocation, n’entrera que par défaut et sur le tard. Ce dernier portera des jugements mitigés sur Napoléon, que le premier admirera profondément toute sa vie. Leur formation initiale d’officier les prépare à servir l’État avec passion. La première guerre mondiale est leur première expérience commune. Premier Lord de l’Amirauté dès 1911, Churchill  a modernisé la flotte, amélioré les conditions de vie des marins et créé une aviation navale, mais porte, en 1915, la responsabilité de l’échec de l’expédition des Dardanelles. Il rejoint alors le front en Flandre, de novembre 1915 à mai 1916. Le lieutenant De Gaulle, trois fois blessé et fait prisonnier en 1916, ne sera libéré que le 11 novembre 1918. Une vingtaine d’années plus tard, l’accès aux responsabilités suprêmes les transforme en chefs de guerre, où le pouvoir civil décide en dernier ressort en matière militaire. Tout en reconnaissant en De Gaulle « la France en lutte »,  le gouvernement britannique maintient des contacts avec celui de Vichy en 1940 et 1941. La méfiance entre le général et le Premier ministre s’installe après l’échec du débarquement à Dakar en 1940 et les conquêtes, réalisées uniquement sous commandement britannique, de la Syrie (sous tutelle française) en 1941 et de Madagascar (colonie française) en 1942. Elle sera exacerbée après l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, dont le président, Franklin Roosevelt, ignore De Gaulle. Comme pour le débarquement en Afrique du Nord en 1942, Roosevelt refuse de l’associer aux préparatifs de celui du 6 juin 1944 en Normandie. Toutefois, l’accueil enthousiaste des Français réservé au général le 14 juin incite Roosevelt à reconnaître le chef du gouvernement provisoire de la République française en octobre. Le 11 novembre suivant, Churchill et De Gaulle descendent ensemble les Champs-Élysées (photo) et s’inclinent devant la statue de Clemenceau, la tombe du maréchal Foch et le tombeau de Napoléon. A son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle exprimera sa reconnaissance à Churchill en lui décernant la croix de la Libération. Ce dernier aurait déclaré un jour que la croix de Lorraine…aurait été « la plus lourde » des croix qu’il ait eu à porter !

Loïc Salmon

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

« CHURCHILL DE GAULLE », ouvrage collectif de 35 auteurs. Fondation Charles De Gaulle, Musée de l’Armée et Éditions de La Martinière, 288 pages, 28 €




Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Cette exposition retrace les destins, hors du commun, de ceux qui ont incarné la résistance pendant le second conflit mondial et dirigé leur pays au début de la guerre froide : Winston Churchill (1874-1965) en Grande-Bretagne et Charles De Gaulle (1890-1970) en France.

A cette occasion, le musée des blindés de Saumur a prêté deux chars de 1940, placés de chaque côté de l’entrée du porche de la façade des Invalides. Le char lourd français BI bis a équipé les bataillons commandés au feu par le colonel De Gaulle. Le nouveau char lourd britannique Matilda II affrontera plus tard l’Afrikakorps du maréchal Rommel. Deux halls retracent le contexte historique. Extraits d’actualités cinématographiques et documents sonores font revivre le général français « à titre temporaire » et le « bouledogue » britannique. L’exposition commence avec l’enfance de ces chefs et se termine par leurs obsèques présentées simultanément, solennelles pour Churchill (30 janvier 1965) et très simples pour De Gaulle (12 novembre 1970). Leur existence aura été partagée entre le métier des armes, la politique et l’écriture.

Les soldats. Le lieutenant Winston Churchill choisit la cavalerie à sa sortie de l’École royale militaire de Sandhurst. Il reçoit le baptême du feu en 1895  à Cuba…au service des forces loyalistes espagnoles pour mater une révolte ! Deux ans plus tard, il sert dans le Nord de l’Inde et obtient son premier commandement au feu contre des tribus afghanes. Pendant la guerre des Madhistes au Soudan, il prend part à la bataille d’Omdurman (2 septembre 1898), l’une des dernières charges de cavalerie de l’histoire militaire britannique. Il participe ensuite à la très meurtrière guerre des Boers (1899-1900) contre l’État libre d’Orange et la République du Transvaal. Capturé, il parvient à s’évader et à rejoindre l’unité de cavalerie « South African Light Horse ». Sa tête est même mise à prix par les Boers pour 25 £, somme importante pour l’époque. Premier lord de l’Amirauté en 1914, Churchill doit démissionner l’année suivante après la bataille désastreuse des Dardanelles. Il revêt alors l’uniforme de lieutenant-colonel pour se battre dans les tranchées des Flandres. Il y rencontre son cousin, le 9ème duc de Malborough. Tous deux échappent à la mort au cours d’un bombardement et gravent leurs initiales sur un éclat d’obus. A l’été 1940, Churchill, Premier ministre, met sur pied un service secret d’action subversive, le « Special Operations Executive » (SOE), composé de deux sections : la « F » avec une organisation et un commandement uniquement britanniques ; la « RF » pour coopérer avec son homologue gaulliste, le « Bureau central de renseignements et d’actions » (BCRA). Entré à Saint-Cyr en 1908, le lieutenant Charles De Gaulle est affecté en 1912 au 33ème Régiment d’infanterie, commandé par le colonel Philippe Pétain. Il reçoit le baptême du feu à la bataille de Dinant, en 1914. Blessé pour la  troisième fois à Verdun en 1916, il est capturé par les Allemands. Malgré cinq tentatives d’évasion, il reste prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Dans les années 1920 et 1930, il sert en Pologne, dans l’armée française du Rhin et au Levant. Devenu colonel, il ne parvient pas à faire adopter son projet de corps blindé mécanisé par sa hiérarchie. Après l’appel du 18 juin 1940, le tribunal de Clermont-Ferrand le condamne par contumace « à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens » (2 août).

Les hommes politiques. Élu député du parti Conservateur en 1900, Churchill occupe divers postes ministériels importants, avant et après la Grande Guerre, jusqu’en 1929. A nouveau Premier lord de l’Amirauté en 1939, il devient Premier ministre en 1940. En juin, il rencontre De Gaulle, alors sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Raynaud et envoyé à Londres pour négocier l’aide britannique, afin de pouvoir continuer la guerre. A l’annonce radiodiffusée de l’armistice français, Churchill l’autorise à utiliser le micro de la BBC pour lancer un appel à la résistance. Les deux hommes concluent un accord sur la constitution de la « France Libre », mouvement militaire et entité politique représentant la France, avec son siège à Londres. La plupart des volontaires français combattent aux côtés des armées britanniques. A Brazzaville, De Gaulle institue un « Conseil de défense de l’Empire », afin d’établir des relations d’État à État avec le gouvernement britannique. L’image de chacun se dessine. Churchill se caractérisera par le chapeau, le gros cigare, le nœud papillon et le pistolet mitrailleur. Quant à De Gaulle, sa voix entendue régulièrement à la BBC sera vite associée à un général en uniforme. Malgré le bombardement de la flotte française de Mers-El-Kébir par la Marine britannique (3 juillet 1940) et l’échec de la tentative de ralliement de Dakar par une flotte anglo-française libre (23-25 septembre), Churchill et De Gaulle conservent leur confiance réciproque. Par la suite, leurs relations seront tendues et même au bord de la rupture. Finalement, grâce à l’unification de la Résistance et au soutien populaire, De Gaulle s’impose et écarte le risque d’une guerre civile en France. En 1944, celle-ci se voit attribuer une zone d’occupation en Allemagne. Le 26 juillet 1945, Churchill perd les élections. Six mois plus tard, De Gaulle démissionne du gouvernement provisoire de la République française. Le premier revient au pouvoir de 1951 à 1955 et le second de 1958 à 1969.

Les écrivains. Contre tous les usages, Churchill mène une double carrière d’officier et de correspondant de guerre pendant cinq ans (1895-1900). Ses articles assurent sa renommée en Grande-Bretagne et lui inspirent la rédaction de plusieurs livres, dont il tire l’essentiel de ses revenus. Après 1945, il écrit le premier tome de « La seconde guerre mondiale », qui en comptera six. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1953. De Gaulle publie son premier livre en 1938 : « La France et son armée », rédigé dix ans plus tôt à la demande du maréchal Pétain. Il se remet à l’ouvrage après la guerre et publie ses « Mémoires de guerre » entre 1954 et 1959. Churchill travaille avec une équipe de chercheurs et dicte, la nuit, à sa secrétaire qui tape à la machine. De son côté, De Gaulle écrit à la main et rature beaucoup. Deux ou trois personnes effectuent des recherches et vérifient l’exactitude des événements. Sa fille Élisabeth tape l’épreuve finale, qu’il aura réécrite… plus lisiblement !

Loïc Salmon

Churchill De Gaulle

Parachutée au clair de lune

L’exposition « Churchill-De Gaulle » (10 avril-26 juillet 2015), organisée par le musée de l’Armée avec le concours de la Fondation Charles De Gaulle, se tient aux Invalides à Paris. Elle rassemble photos, tableaux, documents, affiches, lettres, uniformes, appareils et objets provenant notamment du Churchill Archives Centre de Cambridge et du musée de l’Ordre de la Libération. Parallèlement, ont été programmés : des conférences en avril et mai ; un cycle cinématographique « Churchill-De Gaulle » du 4 au 8 juin ; des concerts d’avril à juin dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides, pour rappeler la fin de  la seconde guerre mondiale et découvrir les grands compositeurs du XXème siècle, de Benjamin Britten au « Beatle » Paul Mc Cartney. Renseignements : www.musee-armee.fr




D’or et d’argent

Les décorations des derniers princes descendant du Grand Condé (1621-1686) sont exposées pour la première fois à Chantilly, à l’initiative du musée Condé et de la Société des amis du musée de la Légion d’Honneur et des ordres de chevalerie.

Le duc d’Aumale (1822-1897), fils de Louis-Philippe, en a hérité en 1829 en tant que filleul du duc de Bourbon, dernier prince de Condé et première fortune de France. Les trois précédents propriétaires de Chantilly ont servi dans « l’armée de Condé », constituée d’émigrés et de royalistes en lutte contre les troupes révolutionnaires. A la bataille de Valmy le 20 septembre 1792, les Alliés (Autriche, Prusse et Hesse) s’en méfient et la cantonnent à l’arrière. Cette armée, qui compte 20.000 hommes en 1797, perd son intérêt pour les Alliés après le coup d’État du 18 brumaire (1799), qui porte le général Bonaparte au pouvoir. Faute de crédits, elle sera dissoute en 1801 après la signature du traité de paix de Lunéville. Louis-Joseph de Bourbon (1736-1818), seul membre de la famille royale à avoir perçu l’importance de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, décide de quitter la France avec toute sa famille. Il prend la tête de l’armée de Condé en 1792 et rentre en France en 1814. Il loue   à l’État sa résidence du Palais-Bourbon… occupée par la Chambre des députés ! Il parvient à récupérer une partie des trésors de Chantilly, qui avaient été confisqués et réunis aux collections nationales. Son fils, Louis-Henri-Joseph (1756-1830) est le parfait représentant de ces émigrés qui n’ont « rien appris, rien oublié » en 25 ans d’exil. Pendant les Cent-Jours  (1er mars-7 juillet 1815) du retour de Napoléon à la tête de l’État, il rencontre en Angleterre Sophie Dawes qui, devenue grâce à lui baronne de Feuchères, négociera le legs de sa fortune au futur duc d’Aumale, tout en gardant une partie pour elle. Le duc de Bourbon avait en effet perdu son fils, Louis-Antoine-Henri, le célèbre duc d’Enghien (1772-1804) enlevé et exécuté dans un fossé du château de Vincennes. Le catalogue « D’or et d’argent » présente tous les ordres de chevalerie et décorations, français et étrangers, portés par les trois derniers princes de Condé et le duc d’Aumale. L’Ordre de Malte est le dernier héritier des ordres militaires, religieux et hospitaliers européens apparus à la suite des croisades. Au XIVème siècle, ces derniers prennent un caractère étatique et dynastique. L’un d’eux, l’Ordre anglais de la Jarretière fondé par Édouard III en 1348, perdure aujourd’hui. Entre le XVème et le XVIIème siècle, le port d’insignes d’ordre de chevalerie certifie publiquement la qualité de membre d’une famille royale, ce qui facilitera ultérieurement l’identification ou même la datation des personnages de certains tableaux. En France, l’Ordre de Saint Michel est institué par Louis XI en 1469. Celui du Saint-Esprit, crée par Henri III en 1578, sera le plus prestigieux jusqu’à la Révolution et pendant la Restauration (1815-1830). Louis XIV innove en 1693 par l’institution de l’Ordre de Saint-Louis, décerné uniquement au mérite aux officiers catholiques de l’armée royale. Les trois derniers Condé ont donc fait preuve de leur talent militaire et de leur vaillance pour recevoir la croix de chevalier de Saint-Louis. Son ruban rouge sera repris par le Premier Consul Napoléon Bonaparte en 1802 pour l’instauration de la Légion d’Honneur. La Restauration ne l’abolira pas, mais remplacera l’aigle impériale ou l’effigie de l’Empereur par le profil du « Bon Roi » Henri IV.

Loïc Salmon

Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

La Légion d’honneur

« D’or et d’argent » par Nicole Garnier-Pelle, Patrick Spilliaert et Astrid Grange. Éditions Monelle-Hayot. 120 pages/25 €.




Expositions « D’or et d’argent » et…d’autres raretés au château de Chantilly

Revaloriser les collections du musée Condé autour du duc d’Aumale enrichie de nouvelles pièces, tel est l’objectif des expositions en cours au château de Chantilly. En parallèle, la restauration des lieux se poursuit.

Distinctions. Le duc d’Aumale, 5ème fils de Louis-Philippe, choisit très tôt la carrière militaire, où il connaîtra un parcours fulgurant mais court. Entré dans l’infanterie à 16 ans, il participe à la conquête de l’Algérie dès 1840. Cité à l’ordre de l’armée d’Afrique cette année-là, il est promu lieutenant-colonel et fait chevalier de la Légion d’Honneur. Le 16 mai 1843, il capture la « smalah » de l’émir Abd el Kader et devient lieutenant-général, à l’époque plus haut grade militaire après la dignité de maréchal. Ses décorations figurent en bonne place dans l’exposition « D’or de d’argent » (6 avril-29 septembre 2014). Son épée porte trois étoiles sur la garde, la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, abîmée par les chocs répétés contre le fourreau, et la médaille coloniale, avec la barrette « Algérie », créée… en 1893 ! Elle lui a été en effet attribuée en 1895 au titre de ses états de service et de sa présence en Algérie entre 1840 et 1848, entrecoupée par un rapatriement sanitaire en France. Il a également reçu, à titre honorifique à l’occasion d’échanges diplomatiques et dynastiques, des décorations étrangères, presque toutes conservées à Chantilly. Il est récipiendaire de 5 grands-croix : celle de l’Ordre belge de Léopold (1842) son beau-frère, inspiré de la Légion d’Honneur ; celle de la Tour et de l’Épée (1845) , Ordre du mérite portugais, à l’occasion du mariage de sa sœur Clémentine avec Auguste de Saxe-Cobourg, frère du roi consort du Portugal ; celle de l’Ordre brésilien de la Croix du Sud (1843) , lors du mariage de son frère François, officier de Marine connu sous le titre de prince de Joinville, avec Francisca Carolina, fille de Pierre 1er, empereur  du Brésil ; celle de l’Ordre de Saint-Ferdinand et du Mérite (1844), à l’occasion de son propre mariage avec Marie-Caroline de Bourbon-Sicile ; celle de l’Ordre de la maison grand-ducale de Mecklembourg-Schwerin (1896) à la suite du mariage de son frère Ferdinand avec Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Enfin, le mariage de son frère Antoine, duc de Montpensier, avec une infante d’Espagne, lui confère les insignes de l’Ordre de la Toison d’Or (1846).

Archives. La bibliothèque et les archives du château de Chantilly conservent  environ 60.000 volumes, 8.000 cartes et plans et 80.000 lettres. L’exposition « Aumale secret » (6 avril-29 juin 2014) met en valeur une trentaine de pièces inédites entrées dans les archives entre 2010 et 2013. La plus récente a été acquise en novembre 2013, lors de la vente aux enchères de la collection de l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin. Dans cette lettre officielle, datée du 2 mars 1848 alors qu’il est gouverneur général de l’Algérie (à 26 ans !), il indique avoir appris la constitution d’un gouvernement républicain à Paris, par des journaux en provenance de Marseille et de Toulon. Il écrit aux agents de l’État qu’il dirige : «  La nation va être appelée à lui donner sa sanction. Vous avez immédiatement à prendre les mesures nécessaires pour assurer au gouvernement le concours de la population et la tranquillité publique.  Le Gouverneur Général répète qu’il n’a reçu aucune communication officielle. Les bons citoyens et l’armée, fidèles comme lui à la cause de la France, attendront avec le plus grand calme les ordres de la mère-patrie ». Il mis ainsi fin à sa carrière militaire, avant d’être banni comme toute la famille royale. Par ailleurs, la bibliothèque de Chantilly s’est enrichie en 2013 d’un fonds exceptionnel de plusieurs milliers de lettres et pièces adressées ou transmises à Raymond-François Laplagne-Barris, homme de confiance de Louis-Philippe et administrateur des biens du duc d’Aumale entre 1842 et 1867. Tout y est décrit minutieusement : acquisitions d’œuvres d’art, aménagements du château et achats de propriétés. En 1852, la famille d’Orléans perd le droit de posséder des biens en France et doit les vendre aux enchères. Concernant ceux du duc d’Aumale, des affiches indiquent la vente des immeubles et de « 175 hectares, 90 ares 16 c. terres, prés et bois » du Domaine de Chantilly, que le duc rachètera en 1871. Enfin, sa correspondance avec Gustave de Reiset, comte et diplomate, éclaire sa vie personnelle et ses convictions profondes. Après la défaite de Napoléon III à Sedan, d’Aumale écrit : « Mon cœur ne bat plus que pour la France ».

Restaurations. La Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly (encadré) assure la maîtrise d’ouvrage des restaurations, financées en partie par la Direction des affaires culturelles Picardie. Après plus d’un an de travaux achevés en février 2014, le « cabinet d’angle », très endommagé, a retrouvé son éclat du XVIIIème siècle : panneaux de boiseries blancs rehaussés de motifs végétaux en reliefs dorés ;  parquet ; lambris ; dorure ; voussure du plafond ; bureau des princes de Condé. Un vase de bronze, exécuté pour le duc d’Aumale, est placé au centre de 4 poufs blancs restaurés. La fondation a également remis en état le « Santuario », petite pièce hexagonale réalisée lors de la reconstruction du château à partir de 1875 et destinée à la collection d’estampes du duc. Aujourd’hui, il abrite 40 enluminures du Livre d’heures d’Étienne Chevallier par Jean Fouquet ainsi que deux tableaux, authentiques, de Raphaël : « la Madone de la Maison d’Orléans » et « Les Trois Grâces ». Un éclairage particulier a été mis en place pour redonner de l’éclat aux œuvres et à leurs cadres. Les décors du Santuario ont été respectés à l’identique avec des tentures bleues sur les murs et une verrière au plafond pour conserver un éclairage naturel. La température est maintenue à 20 ° C et l’hygrométrie à 50-60 % d’humidité. Une grille, dissimulée dans un mur, diffuse de l’air qui est récupéré par une autre grille au sol. Enfin, d’autres salles sont en cours de restauration. La plupart des meubles d’origine a été dispersée pendant la Révolution.

Loïc Salmon

 

Le « Domaine de Chantilly », qui regroupe le château, le parc et les grandes écuries, a été réalisé par Henri d’Orléans (1822-1897), duc d’Aumale et fils de Louis-Philippe. Gouverneur général de l’Algérie en 1847 et exilé en Angleterre l’année suivante, il revient en France en 1871, veuf et ayant perdu ses fils de 18 et 21 ans. Élu député de l’Oise, il préside le Conseil général d’octobre 1871 à août 1886. Élu membre de l’Académie française et des Académies des Beaux-Arts et des Sciences morales et politiques il entre à l’Institut de France, à qui il lèguera Chantilly en 1884. Toutefois, il pose comme conditions que le musée Condé, qu’abrite le château, soit ouvert au public, que sa présentation soit préservée et que les collections ne puissent être prêtées. En 2005, l’Institut de France a signé une convention de coopération avec la « Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly », créée par l’Aga Khan. Parmi les autres mécènes figurent notamment « Les Amis du musée de Condé », les « American Friends of Chantilly » et des entreprises privées. En 2013, le Domaine de Chantilly a accueilli 413.000 visiteurs (+ 14 % en un an).




Mousquetaires !

D’Alexandre Dumas, historien militaire, au Paris de D’Artagnan, le catalogue de l’exposition « Mousquetaires ! » raconte en détail et avec beaucoup d’illustrations ce XVIIème siècle mouvementé… qui fait encore rêver !

Peu de traces matérielles subsistent de l’époque des mousquetaires, devenus personnages mythiques. Les estampes les représentent souvent de dos, comme des officiers observant le champ de bataille et des « gentilshommes » par excellence, modèles d’élégance et de société. Ces bretteurs portent des habits luxueux, une grande cape et une épée au côté. Le duel, quoiqu’interdit, se pratique dans la clandestinité. Il exprime la tension entre les aspirations héroïques, l’idéal de la noblesse, et les exigences du service du Roi, à savoir la soumission à la discipline et à la hiérarchie militaires. Cet univers est décrit par Gatien Courtilz de Sandras, mousquetaire quelques années au cours de sa carrière militaire de 1660 à 1679 et auteur des « Mémoires de Mr. D’Artagnan », à l’authenticité douteuse. Dumas s’en est inspiré, mais a aussi puisé à d’autres sources pour intégrer ses héros à l’Histoire en train de se faire. Dans la vie, D’Artagnan a arrêté le surintendant Nicolas Fouquet (1661) et le marquis de Lauzun (1671) et les a conduits à la forteresse de Pignerol (Piémont), où fut emprisonné à la même époque l’homme au masque de fer. L’Anglaise Lucie Haye, comtesse de Carlisle, fut mêlée à des affaires d’espionnage, emprisonnée et probablement torturée pendant la révolution anglaise (1641-1649). Dumas la transforme en la sulfureuse Milady de Winter, qui sera exécutée par le bourreau de Béthune en présence des fameux mousquetaires. Les ferrets, bijoux de la Reine Anne d’Autriche et au cœur de l’intrigue du roman « Les Trois Mousquetaires », font aujourd’hui partie d’ornements militaires. Ce sont les pièces de métal qui terminent la fourragère et les aiguillettes. Les autres mousquetaires, mentionnés par Courtiltz de Sandras, sont des personnages réels. Jean-Arnaud du Peyrer, comte de Tréville, s’engage dans les « Gardes françaises » (1616) puis est nommé sous-lieutenant d’une compagnie de mousquetaires (1625). Il en deviendra le capitaine-lieutenant (1634) après s’être illustré au siège de La Rochelle (1627-1628). Son cousin Henry d’Aramitz (l’Aramis du roman) entre aux mousquetaires à 20 ans en 1640. Autre cousin éloigné, Armand de Sillègue d’Athos d’Autevielle rejoint les mousquetaires en 1640 et meurt au cours d’un duel trois ans plus tard. Isaac de Portau (Porthos), né en 1617, commence comme cadet dans une compagnie des Gardes françaises commandée par le beau-frère du comte de Tréville. Il participe au siège de Perpignan en 1642, aux côtés de D’Artagnan, et entrera par la suite dans la compagnie des mousquetaires. Tous sont des cadets de familles nobles du Sud-Ouest de la France, pour qui les armées royales constituent un débouché professionnel. La bravoure jusqu’à la témérité forge la légende des Gascons. En outre, si elle est remarquée par les autorités, elle peut leur valoir un emploi public. En dehors de leurs incursions en Flandre, Val de Loire, Bretagne et même Angleterre, les mousquetaires de Dumas résident à Paris, chez l’habitant au faubourg Saint-Germain, afin d’être près du Louvre pour assurer notamment l’escorte du Roi en temps de paix. Le catalogue de l’exposition inclut un plan de Paris de l’époque…qui permet de suivre leurs traces !

Loïc Salmon

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

« Mousquetaires ! », ouvrage collectif de 23 auteurs sous la direction d’Olivier Renaudeau. Éditions Gallimard Musée de l’Armée 272 pages 35 €