Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

L’expérimentation de la « smart base » a été lancée le 29 juin 2015 sur la base aérienne 105 d’Évreux (BA 105), en présence du général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air, de Guy Lefranc, président du « Grand Évreux Agglomération », et de Gilles Treuil, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Eure. Grâce à la technologie numérique et des approches innovantes, la smart base devrait notamment augmenter l’efficacité du système de combat, améliorer les conditions de travail et le cadre de vie des personnels de la base 105 et de leur famille et, enfin, renforcer le « lien citoyen ». Implantée sur le plateau d’Évreux depuis 1912 et principal employeur du département de l’Eure, la BA 105 a été choisie pour cette expérimentation, car elle est très engagée dans le tissu économique local et accueille près de 150 collégiens, étudiants et stagiaires par an. Elle s’étend sur 750 ha autour d’une piste de 3.000 m et abrite près de 2.500 militaires et civils de la défense, dont environ 500 appartiennent aux services de soutien. A l’été 2016, elle prendra en charge 18 avions de transport Casa actuellement stationnés à la base de Creil. Son escadron de transit et d’accueil aérien représente près de 13.000 mouvements, 2.400 passagers et 4.500 t de fret par an. La BA 105 peut aussi accueillir et assurer le soutien d’avions ravitailleurs en vol, en cas de montée en puissance du dispositif de dissuasion nucléaire aéroportée. Elle met en œuvre la flotte d’avions de transport tactique Transall destinés aux théâtres d’opérations. En outre, elle dispose de capteurs de renseignement particuliers de linguistes et d’opérateurs dans le cadre de sa mission de prévention. Depuis août 2015, elle abrite l’Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable, qui regroupe l’Escadron de détection et de contrôle mobile 90.538 et le Groupement tactique des systèmes d’information et de communications aéronautiques (GTSIC Aéro) 10.805. Ce dernier travaille notamment avec les unités de défense sol/air de la Force opérationnelle terrestre et les Forces spéciales air. Il compte 550 experts dans le domaine des systèmes de surveillance, d’information et de communications, l’appui électronique et la mise en œuvre d’outils de commandement sur divers théâtres en métropole et à l’étranger : Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (banlieue parisienne) en juin 2015 ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne depuis août 2014 ; opération « Chammal » en Irak depuis septembre 2014. Dans la cadre du projet smart base et en partenariat avec la CCI de l’Eure, le GTSIC Aéro 10.805 participera à la mise en place d’un forum civilo-militaire d’échange d’expériences et de développement de synergies, en vue d’assurer une veille technologique. Enfin, la BA 105 constitue le centre de gravité de la Base de défense (BDD) d’Évreux, qui inclut trois autres sites : Rouen avec un centre du service national et des centres de recrutement des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale ; Le Havre avec un commandement maritime et une compagnie de Gendarmerie maritime ; Favières pour les moyens de communications. En outre, la BDD soutient partiellement le centre de la Direction générale de l’armement de Val-de-Reuil, dédié aux techniques hydrauliques. Enfin, son centre médical est ouvert aux 3.000 gendarmes de la région, du département de l’Eure-et-Loir à la côte normande.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Dissuasion nucléaire : pertinence pérenne et retombées pour les armées

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




14 juillet 2015 : les opérations sur le territoire national à l’honneur

Les unités et communes décorées de l’Ordre de la Libération ainsi que les unités civiles et militaires déployées dans le cadre de l’opération « Sentinelle » (Plan Vigipirate attentat) constituent le thème du défilé du 14 juillet 2015. Lors de sa présentation à la presse le 2 juillet, le général Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, a souligné le caractère symbolique de la présence des forces spéciales du ministère de l’Intérieur, qui marchent devant les troupes à pied : RAID, Brigade de recherche et d’intervention et Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale. En alerte permanente, elles sont donc représentées par leurs porte-emblèmes, qui suivent la délégation mexicaine invitée. En effet, à l’occasion de la visite d’État en France (13-16 juillet) du président du Mexique, Enrique Pena Nieto, des cadets des écoles des armées de Terre et de l’Air, de la Gendarmerie et de la Marine marchent au « pas de l’oie », accompagnés de 2 aigles et 4 faucons. Tous sont précédés par la parade des formations et communes « Compagnons de la Libération », reconstituant une croix de Lorraine avec le « V » de la victoire. Parmi les 1.038 personnes décorées, l’Ordre n’en compte plus que 15 encore en vie. Une dizaine doit siéger à la tribune présidentielle. En outre, cinq communes membres de l’Ordre en assurent la pérennité : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l’Ile-de-Sein. Enfin, 18 unités décorées sont ainsi réparties : le Bataillon de marche N°2, la 13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère, le Bataillon de l’infanterie de marine et du Pacifique, le Régiment de marche du Tchad, le 2ème Régiment d’infanterie coloniale, le 1/3ème Régiment d’artillerie coloniale, le 1er Régiment d’artillerie coloniale, le 1er Régiment de marche de spahis marocains et le 501ème Régiment de chars de combat pour l’armée de Terre ; l’Escadrille française de chasse N°1, le Régiment de chasse « Normandie-Niemen », le 2ème Régiment de chasseurs parachutistes de l’armée de l’Air, le Groupe de bombardement « Lorrain », le Groupe de chasse « Ile-de-France » et le Groupe de chasse « Alsace » pour l’armée de l’Air ; le sous-marin Rubis, la corvette Aconit et le 1er Régiment de fusiliers marins pour la Marine nationale. Les unités dissoutes depuis sont représentées à la parade. Par ailleurs, toutes les unités militaires défilantes ont participé à l’opération « Sentinelle », qui n’inclut pas la protection de l’événement, dévolue à la Préfecture de police. Dans la capitale, « Sentinelle » mobilise 4.000 personnels, dont 80 défilent le 14 juillet. Les unités actives dans les opérations extérieures (Opex) « Barkhane » (bande sahélo-saharienne), « Sangaris » (Centrafrique), « Chammal » (Irak) et « Ébola » (Guinée équatoriale) participent au défilé, en particulier les moins connues : le 28ème Groupe géographique, représenté pour la première fois depuis 30 ans ; le 17ème Régiment du génie parachutiste ; l’Établissement de communication et de production audiovisuelle des armées ; le Service de santé ; la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Le défilé du 14 juillet 2015, plus court de 15 minutes qu’en 2014, mobilise 3.463 militaires à pied, 208 véhicules, 241 cavaliers de la Garde Républicaine, 31 hélicoptères et 55 avions dont 1 belge et 2 espagnols. Sur ordre du chef d’État-major des armées, tous, à l’exception de ceux invités par les mairies de l’agglomération parisienne, rejoignent directement leurs unités à l’issue, afin de préparer les relèves de « Sentinelle » et des Opex ou se reposer.

Loïc Salmon

Terrorisme : plan Vigipirate renforcé dans toute la France

14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre

14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions




Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

L’armée de Terre doit repenser son organisation en rééquilibrant ses interventions sur le territoire national et en opérations extérieures. La modernisation de la manœuvre tactique implique de renouveler la formation et l’entraînement.

Telle est l’opinion du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, exprimée lors d’une rencontre organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par l’Association des journalistes de défense. Évolution de l’environnement. L’armée de Terre de 1972, avec corps d’armée, divisions et brigades, était conçue pour affronter les troupes du Pacte de Varsovie. Le numéro d’avril 2015 de Terre Information Magazine (TIM) rappelle que ce modèle d’armée a été professionnalisé en 1995, autour de forces modulables et projetables dans une logique d’intervention. En vingt ans, ce « corps expéditionnaire » a fait ses preuves et acquis une solide expérience sur tous les théâtres d’opération. En outre, la manœuvre tactique a été accélérée par la numérisation progressive du champ de bataille et « l’infovalorisation ». Cette dernière est un procédé rapide de remontée, d’exploitation et de dissémination de l’information du champ de bataille, qui facilite la détection et le traitement des menaces. Par ailleurs, TIM indique que, sur le plan humain, le moral de l’armée de Terre est fragilisé, son avenir peu lisible et que ses réformes s’accumulent. La transformation des forces armées, définie par le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale et la Loi de programmation militaire 2014-2019, entraîne une contraction des ressources ainsi qu’une centralisation et une rationalisation des moyens. De son côté, le général Bosser estime que la dissolution d’une vingtaine de régiments, en dix ans, a provoqué un déséquilibre dans la vie courante des unités et leur préparation opérationnelle. En outre, de nouveaux équipements sont entrés en service : véhicule blindé du combat d’infanterie, équipement Félin et surtout lance-roquettes unitaire, dont la puissance de feu correspond à un demi-régiment d’artillerie. Selon TIM, les menaces se durcissent et se rapprochent : persistance d’adversaires potentiels conventionnels ; djihadisme international avec ramifications sur le territoire national. A ce sujet, dans l’éditorial, le chef d’état-major évoque la deuxième rotation « Sentinelle » (plan Vigipirate) : « Avec 6.400 soldats déployés et 3.000 en alerte, et en comptant ceux qui sont en projection extérieure, pour l’essentiel en Afrique et au Levant, l’armée de Terre vit une cadence qu’elle n’a pas connue depuis plusieurs décennies ». Le 19 mai, devant l’Association des journalistes de défense, il mentionne d’autres menaces comme les États faillis et celles qui n’ont pas  de frontières : catastrophes écologiques ou sanitaires, cyberattaques, terrorisme et migrations massives de populations.

Recrutement et transformation. Les effectifs projetables de l’armée de Terre passeront de 66.000 à 77.000 personnels par des recrutements de 5.000 hommes en 2015, 5.000 en 2016 et 1.000 en 2017. Actuellement il y a 3 candidats pour 1 poste. Afin d’éviter de former de futurs adversaires, chaque candidat retenu fera l’objet d’une enquête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense. Il s’agit de recruter plus et de faire partir moins, souligne le général. Ceux qui ont quitté l’armée de Terre un an auparavant pourront la réintégrer, sauf ceux jugés indésirables. Certains, partis après 8 ans de service et en situation difficile (chômage ou précarité), seront repris pour des durées variables (1 à 3 ans). Les chefs de corps seront autorisés à recruter localement 30 à 45 jeunes. Compte tenu du délai de 6 mois de formation initiale, l’armée de Terre devrait retrouver, à l’été 2017, le volume de forces projetables d’avant l’opération « Sentinelle », consécutive au plan « Vigipirate alerte attentats » lancé en janvier 2015. Ces forces bénéficieront du programme « Scorpion » de modernisation des capacités de combat des groupements tactiques interarmes (GTIA), engagés au contact direct de l’adversaire. Selon le général Bosser, elles seront regroupées en deux divisions, l’une en préparation opérationnelle et l’autre en opération extérieure (Opex) ou intérieure (territoire national). Chacune s’articulera en 3 brigades à 7.000 personnels correspondant à 7 régiments et 7 PC de GTIA. Maillon clé de l’armée de Terre, la brigade d’infanterie va monter en puissance. Elle bénéficie en effet d’une bonne image dans l’opinion publique, comme la 11ème Brigade parachutiste ou la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. L’actuelle 3ème Brigade mécanisée, installée à Clermont-Ferrand, sera dissoute et transformée en brigade d’aérocombat avec un savoir-faire élargi. Celle-ci sera utilisée pour : les actions dans la 3ème dimension ; le flanc-garde de troupes en progression ;  les raids dans la profondeur ; le transport tactique ; les opérations combinées avec des troupes au sol. Déployée en Opex ou sur le territoire national, elle fournira aussi des PC volants. Tout ce qui concerne les hélicoptères sera placé sous le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre : brigade spéciale aéromobile, groupement d’appui à l’aérocombat, soutien et école. Avec plus de 350 appareils, l’armée de Terre est la première utilisatrice d’hélicoptères en Europe. Sa Direction des ressources humaines assure la sélection, la gestion des carrières et la reconversion des personnels avec autorité sur les écoles militaires de formation initiale des officiers et des sous-officiers. En revanche, les écoles de spécialisation seront du ressort des commandements spécifiques : renseignement, aviation légère de l’armée de Terre, logistique, forces spéciales, maintenance des forces et systèmes d’information et de commandement. Le renseignement reste assuré par le 2ème Régiment de hussards, le Bataillon de guerre électronique et le 61ème Régiment d’artillerie qui met en œuvre des drones. Dans immédiat, ces derniers ne sont utilisés que pour le renseignement, précise le général Bosser. Enfin, directement rattachée à son état-major, la Section technique de l’armée de terre assure la veille technico-opérationnelle et l’adoption des matériels futurs.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Le général d’armée Jean-Pierre Bosser choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1981. Breveté de l’École de guerre (1996), il a notamment commandé le 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (2001-2003) et la 11ème Brigade parachutiste (2008-2010). Il a participé à diverses opérations : Liban (1982) ; Tchad (1983 et 1989) ; République Centrafricaine (1984, 1988 et 2003) ; évacuation de ressortissants au Gabon (1990) ; Kosovo (2002). Il a aussi effectué une mission d’assistance technique en Mauritanie (1985). Il a été affecté à la Direction des ressources humaines (2007) et nommé  sous-chef « performance-synthèse » de l’état-major de l’armée de Terre (2010). Il prend la tête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense en 2012, avant d’être nommé chef d’état-major de l’armée de Terre le 1er septembre 2014. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Bosser est commandeur de la Légion d’Honneur  et de l’Ordre national du Mérite.




Salon de l’aéronautique et de l’espace 2015 : + 5 % d’exposants

Le 51ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget accueille 2.260 exposants dont 50 % étrangers, soit une hausse de 5 % en deux ans, a déclaré Marwan Lahoud, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 21 mai 2015. « C’est un bon cru, grâce aux grandes commandes militaires » dit-il. Avec les commandes de l’avion de chasse Rafale par l’Égypte (24 appareils), l’Inde (36) et le Qatar (24), les commandes françaises ont atteint 73 Md€ en décembre 2014. Le Salon du Bourget (15-21 juin 2015), aujourd’hui à 20 % militaire et à 80 % civil, est aussi, pour tous les décideurs de l’aéronautique du monde, l’occasion de se rencontrer. Il aura reçu 120 aéronefs, 300 délégations officielles, 140.000 visiteurs professionnels  et 180.000 visiteurs grand public. Selon le GIFAS, il reste le plus grand du monde du genre avec 2.215 exposants et 139.000 visiteurs professionnels en 2013 (photo), par rapport à celui de Farnborough (Grande-Bretagne) avec 1.506 exposants et 132.000 visiteurs professionnels en 2014, le salon ILA de Berlin avec 1.203 exposants et 125.000 visiteurs professionnels en 2014 et ceux de Dubaï (2013) et Singapour (2014) avec approximativement 1.000 exposants et 50.000 visiteurs professionnels. Le Salon du Bourget 2015 est le moins cher du monde, par suite de la baisse de l’euro, et aussi le plus international, précise le GIFAS avec 26 pavillons nationaux, 47 pays représentant les exposants et 181 pays représentant les visiteurs professionnels. Compte tenu du plan « Vigipirate alerte attentat » en cours, la sécurité mobilise près de 1.500 personnels, privés et publics, fournis notamment par la Direction de  l’ordre public et de la circulation, la Police de l’air et des frontières, la Gendarmerie mobile, la Direction générale de la sécurité intérieure, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Brigade anti-criminalité départementale 93, la Police parisienne et la Préfecture de Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, lors des trois derniers jours (vendredi, samedi et dimanche) se tient le 1er Salon de l’emploi et de la formation de l’industrie aéronautique et spatiale, du transport aérien et de la défense nationale. Les personnes à la recherche d’une formation, d’un stage ou d’un emploi peuvent y rencontrer quelque 70 exposants : entreprises (avionneurs, motoristes, équipementiers, sous-traitants, sociétés de services en ingénierie informatique et agences d’intérim) ; établissements de formation (écoles d’ingénieurs, instituts universitaires de technologie, universités, lycées professionnels, centres de formation d’apprentis et écoles spécialisées) ; associations ; fédérations. En outre, le GIFAS indique que ses entreprises adhérentes ont recruté environ 10.000 personnes (20 % de jeunes diplômés) en 2014 : 43 % d’ingénieurs et cadres ; 26 % d’employés, de techniciens et d’agents de maîtrise ; 31 % d’ouvriers qualifiés. Enfin, l’industrie aéronautique, spatiale, de défense et de sécurité a employé 180.000 personnes en 2014, auxquelles s’ajoutent 11.000 emplois équivalents temps plein de l’intérim aéronautique.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

 




Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

Le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, adopté par le Conseil des ministres le 20 mai 2015, sera présenté à l’Assemblée nationale début juin. Jean-Claude Mallet, conseiller spécial du ministre de la Défense, l’a présenté à la presse le même jour. Le budget du ministère de la Défense augmentera de3,8 Md€ par rapport à la LPM initiale pour totaliser 162,41 Md€ sur 2015-2019, grâce à des crédits budgétaires supplémentaires et des cessions immobilières et de matériels militaires. La Force opérationnelle terrestre augmentera de 11.000 hommes pour totaliser 77.000 personnels. Compte tenu des engagements extérieurs depuis trois ans (reliquat Afghanistan, Mali et Centrafrique), un investissement de 1,5 Md€  portera sur les équipements clés. Ainsi, pour l’aérocombat notamment dans la bande sahélo-saharienne, 7 hélicoptères Tigre supplémentaires seront commandés et la cadence de livraison des hélicoptères de transport tactique NH90 sera accélérée. Les trois derniers avions ravitailleurs MRTT seront livrés entre 2018 et 2025, pour compenser le retrait du service des C 135, âgés en moyenne de 51 ans. Compte tenu des aléas de l’avion de transport tactique A 400 M, 4 avions C 130 Hercules doivent être acquis, dont 2 capables de ravitailler des hélicoptères en vol. Les forces spéciales recevront 2 avions C 130 et renouvelleront leur parc de jumelles à vision nocturne. En 2023 aura lieu la première livraison du programme de frégates de taille intermédiaire, complémentaires des frégates multi missions (FREMM), dont 6 auront été livrées en 2019. D’ici là, les frégates furtives seront rénovées avec l’ajout d’un sonar, lors de leurs arrêts techniques programmés. En matière de renseignement, la capacité d’observation spatiale sera renforcée par l’acquisition d’un troisième satellite, en coopération avec l’Allemagne dans le cadre du programme MUSIS (système multinational pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation). En outre, une charge utile ROEM (renseignement d’origine électromagnétique) sera installée sur les drones Reaper. Pour garantir la souveraineté française dans le Sud-Est de l’océan Indien, la Marine nationale recevra un 4ème bâtiment multimissions, qui sera basé à La Réunion. En outre, elle va acquérir 4 bâtiments de soutien et d’assistance hauturier pour la surveillance des approches maritimes métropolitaines. La capacité d’intervention aérienne sera renforcée par l’acquisition de 25 nacelles TALIOS (système optronique de ciblage et d’identification à longue distance) destinées aux Mirage 2000 et Rafale, dont 152 appareils auront été livrés en 2019 sur les 180 commandés. En matière de cyberdéfense, 1.000 personnels civils et militaires supplémentaires seront recrutés sur la période 2014-2019. De plus, les organisations et les capacités d’analyse et de surveillance du ministère de la Défense seront renforcées. Dans ce dernier domaine et afin d’améliorer la protection du territoire national, des partenariats seront conclus avec les entreprises, en vue de recruter 28.000 à 40.000 réservistes pour servir de 30 à 210 jours/an pendant au moins 3 ans. Par ailleurs, le projet d’actualisation de la LPM 2014-2019 autorise la création et l’adhésion libre à des « associations professionnelles nationales de militaires ». Toutefois, sont interdites actions collectives (grèves) ou initiatives individuelles pour défendre des intérêts professionnels de la part de militaires engagés en opérations, afin de garantir  la disponibilité des armées.

Loïc Salmon

Défense : conserver les capacités nécessaires dans un budget contraint

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle




Armée de Terre : des motos « baroudeuses » pour améliorer l’efficacité opérationnelle

Le 13 avril 2015, la Section technique de l’armée de Terre a pris livraison de 150 nouvelles motos « Yamaha XTZ 660 Ténéré », inspirées des motos de la course Paris-Dakar. Adaptées aux besoins militaires et construites en France, elles remplacent les « Cagiva 350 cm3 ». Les motos de l’armée de Terre ont pour missions d’escorter les véhicules blindés et de sécuriser leurs itinéraires, d’appuyer les unités et d’occuper les zones de déploiement. Elles doivent renforcer la capacité d’action des unités, à savoir donner au chef interarmes le temps de prendre une décision tactique. Les « Yamaha XTZ 660 Ténéré » ont une cylindrée de 660 cm3, pèsent 215 kg et peuvent aller jusqu’à 175 km/h. Elles sont équipées d’un réservoir de 23 litres, d’un cadre tubulaire en acier, d’un système antiblocage des roues (ABS), de l’allumage électronique, d’un démarreur électrique, d’une protection des mains et d’un gyrophare. L’ABS optimise la distance de freinage et aide le conducteur à conserver la maîtrise de son véhicule en cas de freinage dans de mauvaises conditions : pluie, neige, verglas ou graviers. Les « Yamaha XTZ 660 Ténéré » sont destinées au Bataillon de commandement et de soutien de la Brigade franco-allemande et aux 6 régiments du Train (121ème, 503ème, 511ème, 515ème et 516ème) de la 1ère Brigade logistique. Cette dernière, qui totalise 900 personnels d’active et de réserve, inclut le 519ème Groupe de transit maritime, le Régiment de soutien du combattant, le Régiment médical et le 24ème Régiment d’infanterie de Paris (réserve). Elle assure en permanence le soutien des forces dans le cadre de projections intérieures et de grands exercices. Subordonnée au Commandement des forces terrestres stationné à Lille, elle engage 8 % à 15 % de ses moyens partout où les forces françaises sont déployées : opérations extérieures au Mali, en Centrafrique, au Liban, au Kosovo et en Côte d’Ivoire ; prépositionnements à Djibouti et aux Gabon, Tchad, Sénégal et Émirats arabes unis ; en outre-mer à la Réunion et en Martinique, Guadeloupe, Guyane, Nouvelle-Calédonie et Polynésie.

Loïc Salmon

Motos et sides-cars de la seconde guerre mondiale

Jeep militaires

Char Sherman

 




Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision

Les drones navals et les robots sous-marins permettront une protection accrue des navires, de leurs équipages et du territoire maritime national. L’emploi de la force, décision politico-militaire, exclut de tout automatiser.

Un colloque sur l’expérience acquise sur ces engins et leurs perspectives a été organisé, le 17 décembre 2014 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM). Y ont notamment participé : Océane Zubeldia de l’Institut de recherches stratégiques de l’École militaire ; les capitaines de vaisseau Olivier Lebas et Marc Aussedat de l’État-major des armées ; l’ingénieure Sophie Vacher de la Direction générale de l’armement (DGA) ; le capitaine de vaisseau François Moreau et le capitaine de corvette Raphaël Burgun de l’état-major de la Marine.

Besoins opérationnels. Le drone naval doit s’adapter au sévère milieu marin et permettre d’économiser du personnel, explique Océane Zubeldia. Il s’agit de l’intégrer au système de combat du bâtiment et de le mettre en condition opérationnelle. Par ailleurs, drone et robot constituent des capteurs de renseignement déportés en altitude, en profondeur ou en immersion dans un environnement hostile, indique le capitaine de vaisseau Aussedat. Leur discrétion dans l’espace littoral contourne l’avantage militaire adverse et, du point de vue national, assure une meilleure surveillance des côtes et exerce un effet dissuasif pour leur protection. A l’horizon 2040-2050, les systèmes embarqués à bord des drones pourront analyser automatiquement toutes les informations recueillies pour choisir la plus opérationnelle ou bien la masse d’informations disparates sera analysée par des hommes à terre. Aujourd’hui, la capacité à déceler les signaux faibles (indices) reste du ressort de l’homme, qui simplifie la situation tactique en vue de prendre la décision la plus efficace. Par son déplacement, le drone perturbe l’environnement tactique, mais ne doit pas gêner l’intervention décidée par l’autorité politique. L’ouverture du feu dépend d’une appréciation de la situation globale. A terme, cette appréciation pourra être automatisée si la situation est simple, mais pas si elle est complexe. L’art de la guerre ne se modélise pas. Neutre, le drone n’affecte pas le déroulé des opérations et de la planification. En outre, explique le capitaine de vaisseau Lebas, l’évolution technologique du drone nécessite de repenser son concept d’emploi. Il s’agit d’en saisir les opportunités pour qu’elles répondent aux besoins opérationnels, tout en maintenant la chaîne de commandement. En 1988, dans le contexte de la guerre Iran/Irak, un avion de ligne iranien avait été abattu dans le golfe Persique par deux missiles surface/air tirés du croiseur américain USS-Vincennes, dont le système radar/tir entièrement automatisé l’avait identifié comme hostile ! Depuis, l’industrie de défense a capitalisé les retours d’expérience technique des drones aériens militaires et civils, comme les matériaux, la miniaturisation, la puissance des calculs embarqués et la communication, indique Sophie Vacher. Après les essais de drones à ailes fixes ou tournantes en 2003-2004, la Marine nationale a privilégié les seconds, susceptibles d’apponter sur une frégate (photo). Les concepts d’emploi et performances sont étudiés en amont. Les drones et robots marins permettent d’économiser heures de vol et jours de mer et de créer des métiers nouveaux, mais leur coût élevé de développement exige les bons compromis de performance et de polyvalence. Les efforts portent sur l’optronique, la guerre électronique, le radar, la communication (bandes passantes) ainsi que la standardisation et « l’encapsulage informatique » des messages.

Retour d’expérience. En 2012, au large de Toulon, la DGA a procédé avec succès aux essais de décollage et d’appontage automatiques du drone D2AD, à partir de la frégate Guépratte. Le système D2AD comprend : un segment « vol » avec une balise et un harpon ; un segment « sol » avec des senseurs sur le pont d’envol du bâtiment, une station de prédiction des mouvements du navire et une station de guidage du drone. Les essais se sont poursuivis à partir du patrouilleur l’Adroit avec le Serval (encadré), qui a effectué quelque 170 h de vol et 300 appontages à la date du colloque du 17 décembre 2014. Selon le capitaine de corvette Burgun, divers enseignements ont été tirés : coûts d’emploi réduits par rapport à l’effectif optimal de l’équipe et à la surface maritime surveillée ; performances de la charge utile optronique ; entraînement et qualification des opérateurs ; dimensionnement du lot de soutien ; capacité de transmissions de vidéos en temps réel. Il fallait éviter que l’Adroit brouille les signaux d’autres bateaux. En effet, les futures missions du drone porteront sur la police des pêches dans l’océan Indien, la lutte contre les trafics illicites, la surveillance côtière et l’identification des pistes détectées par le bâtiment porteur. En outre, des solutions ont été identifiées pour l’embarquement sur des frégates de 1er rang et l’intégration minimale sur des bâtiments de projection et de commandement (BPC). Un shelter pourrait être installé sur le pont d’envol du BPC, d’où un drone décollerait pour une mission amphibie avec retour vers une installation au sol. Des réflexions sont en cours sur la complémentarité d’emploi des drones et des hélicoptères embarqués. Parallèlement, depuis 2011 au large de Brest, la DGA explore l’usage de drones et robots marins dans la guerre des mines, à partir du concept de « drone porte drones ». Un projet d’études amont, dénommé « Espadon » (Évaluation incrémentale de solutions potentielles d’automatisation de déminage pour les opérations navales), prépare le programme SLMAF (Système de lutte antimines futur) pour remplacer les moyens actuels. Les mines sont présentes dans tous les conflits maritimes (golfe Persique 1988 et Libye 2011). D’un emploi simple et d’une gamme très large, rudimentaires ou très sophistiquées, elles peuvent être mouillées jusqu’à 300 m de fond par des moyens non spécialisés.

Impact stratégique. Les drones faciliteront de nouvelles missions de la mer vers la terre et diminueront les risques en opérations, souligne le capitaine de vaisseau Moreau, qui met en garde contre la focalisation sur l’engin au détriment de l’entraînement. Le « tout technologique » doit être robuste pour affronter l’environnement marin (météo, courants, corrosion et distances), car la récupération d’engins en mer est plus difficile qu’à terre. Enfin, l’intelligence humaine peut faire autre chose que le traitement de l’information, qui peut être automatisé, conclut le capitaine de vaisseau Moreau.

Loïc Salmon

Marine : « navalisation » d’un drone aérien et test d’un système vidéo embarqué

Marine : une FGM projetable partout dans le monde

La Marine nationale a expérimenté un système de drone S-100 Camcopter, rebaptisé « Serval » (Système embarqué de reconnaissance vecteur aérien léger) : longueur, 3,10 m ; diamètre rotor, 3,40 m ; emport charge utile, 50 kg ; vitesse en patrouille, 60 nœuds (111 km/h) ; endurance, 5h30. Le robot naval est un véhicule sous-marin autopropulsé et filoguidé par fibre optique. Équipé de capteurs pour une imagerie en deux ou trois dimensions, il permet une localisation précise par transpondeur acoustique.




Marine nationale : une capacité opérationnelle globale

La capacité opérationnelle de la Marine repose sur la possibilité d’intervention partout dans le monde (groupes aéronaval et amphibie), la dissuasion (Forces océanique stratégique et d’action navale nucléaire), la protection (contre-terrorisme et guerre des mines) et le renseignement (connaissance et anticipation).

Son chef d’état-major, l’amiral Bernard Rogel a fait le point de la situation le 9 février 2015 à Paris, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Permanence des opérations. En raison de la richesse du fond des océans, les pays riverains instaurent de nouvelles frontières maritimes pour y imposer leur souveraineté, à l’origine de tensions. Alors que le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale fixe 2 zones de surveillance à la Marine, celle-ci en couvre 4 ou 5 pour préserver les intérêts de la France, rappelle son chef d’état-major. Ainsi, le porte-avions Charles-de-Gaulle et un groupe de guerre des mines se trouvent en océan Indien, zone stratégique. Environ 90 % de la consommation mondiale de pétrole y transite et passe par le canal de Suez et les détroits d’Ormuz, de Bab-el-Mandeb et de Malacca. La piraterie continue en océan Indien et repart en Asie du Sud-Est (Malacca et Sud de la Chine) avec le détournement de pétroliers ou le siphonage des cargaisons en mer. Elle arrive dans le golfe de Guinée, où sévissent le brigandage maritime (attaques de navires de soutien des plates-formes pétrolières), la pêche illégale et surtout les trafics de drogue, d’armes et de cigarettes, qui alimentent le terrorisme à terre. Dans le cadre de l’opération permanente « Corymbe », un bâtiment de la Marine nationale patrouille dans le golfe de Guinée, où 75.000 ressortissants français vivent dans les pays riverains. Il s’agit notamment d’éviter un lien entre piraterie et l’organisation djihadiste Boko Haram, très active dans la région. Outre la prévention, « Corymbe » inclut un volet formation des Marines africaines. Le sommet de Yaoundé sur la lutte contre la piraterie, qui a réuni 13 pays africains en 2013, a décidé d’ouvrir des centres de surveillance en Afrique Centrale et de l’Ouest. Des moyens maritimes ont été fournis par 8 pays, dont la France. Cette dernière coopère avec l’agence européenne Frontex pour lutter contre l’immigration illégale en Méditerranée occidentale par le détroit de Gibraltar. Toutefois, « un immigrant illégal est un naufragé à sauver », rappelle l’amiral, qui indique que 13.000 migrants ont été interceptés ou secourus à Mayotte en 2014. Par ailleurs, la France entretient un partenariat stratégique avec l’Inde, qui acquiert une puissance navale. La Russie a conservé sa capacité sous-marine et déploie notamment une quinzaine de bâtiments au large de la côte syrienne. La montée en puissance de la Marine chinoise se manifeste par la présence croissante de frégates et de sous-marins en Méditerranée, autour de l’Afrique, en océan Indien et dans le golfe Arabo-Persique.

Capacités de demain. La Marine doit recevoir 4 frégates multimissions (FREMM) avant 2016 et 6 autres avant 2018, qu’elle mettra en service 6 mois après leur livraison. Leur financement entre dans le budget annuel de la Défense, complété par les ressources exceptionnelles des « sociétés de projet ». Ces dernières, à capitaux publics et privés, achèteront des équipements (FREMM et avions de transport tactique A400M) qu’elles reloueront aux armées, avec une clause de rachat par l’État à tout moment. Toutefois, précise l’amiral Rogel, l’activité opérationnelle de la Marine française sera préservée si un bâtiment est vendu en priorité à l’export. Déjà, la Marine égyptienne a manifesté son intention d’acquérir rapidement 1 FREMM (6.000 t) et 4 corvettes Gowind (2.700 t) auprès du constructeur DCNS, pour moderniser sa flotte. Les FREMM françaises, très automatisées, remplaceront progressivement les frégates F70 (4.900 t), très mécaniques. Leurs équipages, composés surtout de spécialistes, seront deux fois moins nombreux, impliquant une adaptation de la Marine. A l’horizon 2025, cette dernière aura besoin de 6 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda, livrables à partir de 2017, et de 15 frégates, dites de 1er rang. Celles-ci, destinées à aller au plus près des zones de crise, auront des capacités de défense aérienne et aussi de lutte anti-sous-marine, en raison de la prolifération des sous-marins dans le monde. Pour compléter les FREMM, la Marine étudie un projet de frégate de taille intermédiaire de l’ordre de 4.000 t. Le choix sera arrêté après la livraison des 3 dernières FREMM, fin 2018. SNA Barracuda et FREMM seront équipés du missile de croisière naval (MDCN) pour frapper dans la profondeur du théâtre d’opérations, dans le cadre d’un engagement en coalition. Cela implique une réflexion sur la stratégie et la tactique à partir de la mer, compte tenu de la polyvalence des missiles de précision Aster 15 (1,7-30 km de portée), Aster 30 (3-120 km) ou MDCN (1.000 km). La Marine, qui dispose déjà de 3 BPC (Mistral, Tonnerre et Dixmude), ne reprendra pas le Vladivostok, destiné à l’origine à la Marine russe et dont les spécificités diffèrent, indique l’amiral. L’avenir du Vladivostok dépendant d’une décision politique, le constructeur DCNS pourrait le proposer à l’exportation. Enfin, la coopération opérationnelle franco-britannique se renforce, notamment par la surveillance aérienne des côtes de la Grande-Bretagne…qui ne dispose plus d’aviation de patrouille maritime !

« Etre marin ». En 2015, après 226 ans de présence à la Place de la Concorde, la Marine installe son état-major à Balard, déménage son service des ressources humaines à Tours et transfère celui du recrutement à Vincennes. Mais elle conserve ses compétences, ses valeurs et son rôle d’intégrateur social, souligne son chef d’état-major. La Marine recrute 180 jeunes par an hors concours, dont 1 parviendra au grade d’amiral ! Elle s’évertue à leur donner une formation diplômante avec équivalence civile, qui facilitera leur reclassement ensuite. Comme plus de 80 % des personnels qui la quittent trouvent un emploi dans l’année qui suit malgré la mauvaise conjoncture économique, il faut fidéliser ceux qui restent, souligne l’amiral Rogel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner

La flotte de surface de la Marine nationale inclut notamment : 1 porte-avions ; 3 bâtiments de projection et de commandement et 1 transport de chalands de débarquement ; 26 frégates ; 4 bâtiments de commandement et de ravitaillement ; 11 chasseurs de mines ; 20 patrouilleurs. La flotte sous-marine compte : 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; 6 sous-marins nucléaires d’attaque. La flotte d’aéronefs totalise : 27 avions de patrouille et de surveillance maritime ; 57 avions de chasse embarquée (Rafale et Super Étendard modernisé) ; 3 avions de guet aérien (Hawkeye) ; 47 hélicoptères de combat et de sauvetage ; 56 aéronefs de service public, soutien et écoles. S’y ajoutent les fusiliers marins, pour la protection des « points sensibles », et les commandos Marine, pour les forces spéciales. En janvier 2015, 38 bâtiments et 5.039 marins sont déployés en Méditerranée occidentale et orientale, océans Atlantique, Indien et Pacifique, Antilles et Guyane.




DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié des contrats (programmes) pour 11,5 Md€ et investi 782 M€ dans la recherche (études amont) en 2014, afin d’équiper les forces à temps, de préparer la défense de demain et d’augmenter les exportations. Son délégué général, Laurent Collet-Billon, en a présenté les résultats et projets au cours d’une conférence de presse, tenue le 9 février 2015 à Paris. Parmi les industriels concernés, DCNS arrive en tête en matière de programmes, devant Airbus Group, le Commissariat à l’énergie atomique, Thalès, Safran, Dassault, le Centre national d’études spatiales, Nexter, MBDA et Renault Trucks. En 2014, la DGA a livré aux forces armées françaises : 4 avions de transport tactique A400M, d’un volume unitaire d’emport équivalent à 3 Transall et capables d’atteindre l’Afrique sans ravitaillement en vol ; 11 avions de chasse Rafale ; 3 hélicoptères de combat Tigre appui destruction (HAD) ;  9 hélicoptères NH90 ; 212 systèmes d’armement air/sol modulaire (AASM) ; 77 véhicules blindés du combat d’infanterie ; 4.036 équipements du fantassin Félin ; 13 lance-roquettes unitaires ; les 20 premiers équipements de communication par satellite Comcept, associés au satellite Athena Fidus. Elle a commandé : les premiers blindés du programme Scorpion ; les avions ravitailleurs MRTT ; le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de type Barracuda ; la version M51. 3 du missile destiné aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, la DGA a consacré 6,4 millions d’heures aux essais et expertises en 2014 : tirs au rail des premières charges du missile moyenne portée ; tir de 2 munitions AASM laser contre une cible remorquée par une embarcation rapide ; campagne d’essais de largage lourd et de parachutage de l’A400M ; campagne OTAN d’essais de guerre électronique, exercice aérien Embow XIV ; tir de qualification du système de missile de croisière naval en configuration frégate multimissions (FREMM) ; essais de manœuvrabilité sur maquette du Barracuda ; tir de démonstration d’une roquette guidée laser 68 mm depuis un tigre HAD ; pour les FREMM, campagne d’essais, mesures signatures surface équivalente radar et acoustique, guerre électronique, liaisons données tactiques ; participation d’experts de la DGA à la campagne d’essais de guerre électronique OTAN MACE ; essais d’embarquement de la torpille lourde F21 sur SNA ; qualification finale du Tigre en version HAD (photo) ; campagne de mesure de discrétion en vol du drone moyenne altitude longue endurance nEUROn face à divers capteurs. L’actualisation de la Loi de programmation militaire nécessitera le recours à des ressources exceptionnelles (2,3 Md€) hors budget, provenant notamment de « sociétés de projets ». Ces dernières, à capitaux publics et privés, achèteront des équipements (FREMM et A400M) qu’elles reloueront aux armées, avec une clause de rachat par l’État à tout moment. Les programmes en coopération se poursuivent. Avec la Grande-Bretagne, les études de faisabilité du futur drone de combat FCAS DP ont été lancées et le programme de missile antinavire léger (ANL) a été notifié à MBDA. Avec l’Allemagne, le programme d’observation spatiale a été lancé. Enfin, pour faciliter les ventes à l’export, une licence unique remplace l’agrément préalable et l’autorisation d’exportation de matériel de guerre depuis le 4 juin 2014. Des négociations sont en cours sur la vente du Rafale à l’Égypte, au Qatar et à l’Inde.

Loïc Salmon

DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

DGA : bons retours sur investissements en 2011

 




État-major des armées : un chef, une mission et… au-delà

L’outil militaire doit conserver les moyens des ambitions de la France dans la durée. Ses succès sur le terrain doivent se compléter par des avancées en matière de développement, de gouvernance, d’éducation ou de justice.

Telle est l’opinion du général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées (CEMA), exprimée le 30 janvier 2015 à Paris, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Opérations rapidement évolutives. « L’accélération du temps, conjuguée à l’extension de l’espace, est un facteur essentiel pour gagner au combat », déclare le CEMA. Guerre, combat et victoire sont des notions à réactualiser en permanence aujourd’hui et probablement plus vite qu’auparavant. Les crises se sont mondialisées dans les domaines du recrutement des combattants et de leur formation, du financement des actions et de la propagande. «  L’internationalisation du djihadisme est la plus récente illustration de cette contagion des crises avec ses répercussions sur les théâtres nationaux ».  Par ailleurs, la violence ne s’exprime plus uniquement dans les institutions étatiques et ne se confine plus à l’intérieur des frontières. « Aujourd’hui, certains États se comportent parfois comme des bandes armées et des bandes armées comme des États ». C’est notamment les cas de l’organisation djihadiste Daech, autoproclamée « État islamique de l’Irak et du Levant » ou simplement « État islamique » et qui a conquis une partie des territoires syrien et irakien. Le lien entre les sécurités intérieure et extérieure se renforce : «  La violence s’exporte, le terrorisme se franchise ». Le retour en France de ressortissants français et européens, partis faire la guerre en Syrie et en Irak, est une composante des menaces terroristes au Sahel et au Proche-Orient. Les opérations extérieures constituent la « défense de l’avant ». Les moyens militaires sont affectés en priorité au Sahel, où l’autorité des forces françaises est reconnue par les unités des pays africains et occidentaux sur zone. L’opération « Barkhane » y déploie : 3.000 militaires ; 20 hélicoptères ; 6 avions de chasse ; 4 drones ; 200 véhicules blindés ; 200 véhicules logistiques ; 7 avions de transport tactique et stratégique. Le CEMA entretient des liens étroits avec ses homologues du G5 du Sahel pour le développement et la sécurité, créé en février 2014 : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. En revanche, la France est équipière dans la coalition menée par les États-Unis contre Daech. Lancée le 19 septembre 2014, l’opération « Chammal », conduite en coordination avec les Alliés, fournit un appui aérien aux forces armées irakiennes au sol par des missions de renseignement, reconnaissance armée et contrôle aérien. Placées sous contrôle opérationnel de l’amiral commandant la zone océan Indien et son état-major interarmées, les forces françaises de « Chammal » regroupent : 600 militaires ; 15 avions de chasse ; 1 avion de ravitaillement en vol C135-FR ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2. L’objectif de « Barkhane » et de « Chammal » est d’empêcher toute connexion entre les organisations terroristes de Daech, d’Al Qaïda, d’Aqmi (Maghreb), de Boko Haram (Nigeria) et de leurs affiliés. La base avancée de Manama (Nord Niger) a été installée pour gêner leur liberté d’action par des actions transfrontalières et de cloisonnement. Sur le territoire national, l’opération « Sentinelle » déploie 10.500 militaires contre le terrorisme dans le cadre du plan « Vigipirate renforcé attentat ». Au niveau mondial, le général de Villiers observe une banalisation de l’usage de la force avec ses limites et les difficultés à la maîtriser. Il constate que le recours à la force militaire redevient un moyen politique en soi et non plus le simple prolongement d’une politique par d’autres moyens. En outre, l’avance technologique, facteur d’ascendant, ne dissuade plus les groupes terroristes. Fanatisés par leur idéal de mort, ceux-ci emploient des moyens bon marché et facilement accessibles : tireurs embusqués ; engins explosifs improvisés ; attaques suicides ; cyber-attaques. Le CEMA indique que les interventions françaises dans les Balkans, en Afghanistan, en Afrique ou ailleurs durent en moyenne 15 ans. Outre une approche globale, la guerre nécessite une adaptation continuelle des moyens à mettre en œuvre et une compréhension rapide de ses nouveautés.

Armées en pleine transformation. Composantes de la résilience de la nation, les forces armées protègent la population, les valeurs et les intérêts vitaux de la France et lui permettent d’assumer ses responsabilités sur la scène internationale, rappelle le général de Villiers. En outre, la menace du terrorisme sur le territoire national est redevenue une réalité, mais elle n’est pas la seule. Les crises récentes renforcent la pertinence du choix d’un modèle complet d’armée, conformément au Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, et excluent de baisser la garde. Or, les capacités militaires (armement, formation et entraînement des personnels) demandent du temps sur les plans technologique et opérationnel, pour passer de la conception à l’emploi sur le terrain. Chef des opérations et conseiller du gouvernement, le CEMA assume aussi les responsabilités de la programmation militaire, de la transformation des armées et des relations militaires internationales. L’opération « Sentinelle » rappelle la nécessité de disposer de suffisamment de personnels militaires. En conséquence, le président de la République, chef des armées, a décidé de réduire de 7.500 postes les déflations d’effectifs prévus par la Loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) et ce à partir de 2015. Cette loi prévoit des ressources financières, y compris celles dites « exceptionnelles » par la vente de fréquences notamment. Le CEMA entend garder une cohérence entre missions et moyens et entre ressources et besoins, en accord avec les autorités politiques (président de la République et ministre de la Défense). La LPM sera donc actualisée, mais non pas révisée, précise-t-il. Le modèle d’armée sera mis à jour à partir du cadre stratégique actuel et des principaux enseignements des engagements récents.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : retour d’expérience de l’opération Harmattan

Résilience : la survie de la collectivité nationale

Le chef d’État-major des armées (CEMA) est secondé par le major général des armées, dont dépendent notamment les sous-chefs d’état-major. Parmi ces derniers, celui chargé des opérations dirige l’action des forces françaises à l’extérieur et à l’intérieur des frontières sous l’autorité du CEMA, définit les objectifs de préparation opérationnelle et rédige les textes réglementaires d’organisation opérationnelle et du retour d’expérience. Le sous-chef « plans » est chargé de la définition du format des armées et leur cohérence capacitaire ainsi que la planification et la programmation. Le sous-chef « performance » est responsable du pilotage, de la transformation et de l’appui « métiers ». Par ailleurs, le CEMA dispose du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) pour la gestion des crises en amont (veille stratégique et planification) et en aval (conduite). Lorsqu’une opération est déclenchée, une cellule de crise est créée pour en assurer la conduite.