Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Deux coopérations internationales se sont concrétisées le 20 février 2020 : contrat du démonstrateur de l’avion du système de combat aérien futur (SCAF) et tir de qualification du missile anti-navire léger (ANL/Sea Venom). Le lendemain, la ministre des Armées a évoqué le Commandement de l’espace.

Le SCAF tripartite. Florence Parly, ministre des Armées, Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre allemande de la Défense, et Angel Olivares Ramirez secrétaire d’Etat auprès de la ministre espagnole de la Défense, ont signé à Paris le contrat du démonstrateur de l’avion de combat du SCAF. Réalisé en coopération entre les trois pays pour un besoin militaire commun, le SCAF (photo) comprend : un avion de combat ; des drones d’accompagnement ; un « cloud » de combat, « système de systèmes » qui leur permet d’être connectés et d’interagir. Les vols d’essai du démonstrateur commenceront en 2026, pour une mise en service opérationnelle du SCAF après 2050.

L’ANL/Sea Venom bipartite. Suite aux tirs de développement effectués en 2017 et 2018, le tir de qualification du missile anti-navire léger franco-britannique a été réalisé avec succès sur le site d’essais de la Direction générale de l’armement, au large de l’île du Levant (Var), à partir d’un hélicoptère. Il s’agit d’un tir à longue portée avec vol du missile à très basse puis moyenne altitude et accrochage automatique de la cible en milieu de course. Pour la première fois, il a permis la mise en œuvre de la capacité du mode « homme dans la boucle ». Ainsi, grâce à la retransmission, à bord de l’hélicoptère, de l’image de la cible observée par le missile, un opérateur, qui s’y trouvait, a pu modifier le point d’impact du missile sur la cible. L’ANL/Sea Venom doit équiper, à terme, les hélicoptères AW-159 Wildcat britanniques et les futurs Guépard français. Le programme de ce missile a été lancé en 2014, dans le cadre de la coopération franco-britannique du traité bilatéral de Lancaster House (2010).

Le Commandement de l’espace. La ministre des Armées, Florence Parly, s’est rendue au Centre national d’études spatiales (CNES) à Paris pour évoquer la future implantation du Commandement de l’espace (CdE) de l’armée de l’Air, qui deviendra « l’armée de l’Air et de l’Espace ». Le CdE sera intégré dans les locaux du CNES jusqu’en 2021 avant de s’installer dans un site temporaire de 200 postes de travail au sein du CNES. Vers 2025, il déménagera à Toulouse dans un bâtiment de 5.000 m2. Ce centre répondra à trois objectifs : renforcement des usages militaires en matière d’observation, de communications et de recueil de renseignement ; extension des capacités de connaissance de la situation spatiale ; développement d’une capacité d’action. Le centre comprendra : 400 postes de travail ; une salle d’opérations organisée autour de toutes les compétences spatiales de surveillance, d’écoute et de repérage ; un laboratoire d’innovation ; un centre de formation ; une salle technique. Ce projet mettra en synergie tous les domaines relatifs au CdE et au CNES : opérations ; formation ; innovation ; infrastructure ; ressources humaines ; domaine juridique. Le CdE doit assurer la préservation et l’intégrité des satellites français et européens. Chaque jour, les citoyens français utilisent entre 10 et 40 satellites, via leurs applications personnelles ou professionnelles. Les opérations militaires françaises nécessitent de grandes capacités d’images et de géolocalisation. Le nombre de satellites en orbite, actuellement de 1.500, devrait passer à 7.000 d’ici à 2030.

Loïc Salmon

Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires




Défense : loi de finances 2020, hausse des dépenses maintenue

Le projet de budget du ministère des Armées, présenté au Parlement en octobre 2019, prévoit une hausse de 1,7 Md€ en 2020, pour la 3ème année consécutive, pour le porter à 37,5 Md€, soit 1,86 % du produit intérieur brut.

Cette ressource nouvelle de 1,7 Md€ (+ 4,5 %) inclut des augmentations de 1,1 Md€ pour les programmes d’armement majeurs des armées, 250 M€ pour les opérations et 350 M€ pour les autres dépenses d’équipement. Le budget de 37,5 Md€ se répartit en 20,9 Md€ pour les équipements, 12,1 Md€ de masse salariale et 4,5 Md€ pour le fonctionnement du ministère. L’autonomie stratégique nationale se trouvera garantie dans quatre domaines : la dissuasion nucléaire avec 4,7 Md€, 2ème tranche d’un total de 25 Md$ entre 2019 et 2023 pour renouveler les composantes océanique et aéroportée ; la cyberdéfense avec 1,6 Md€ pour la lutte dans le cyberespace ; l’espace avec 448 M€, 2ème tranche d’un total de 4,3 Md€ pour la période 2019-2025 ; le renseignement avec 366 M€.

Livraisons attendues. En 2020, l’armée de Terre devrait recevoir : 1.000 véhicules légers tactiques polyvalents ; 128 blindés Griffon ; 4 blindés Jaguar ; 7 hélicoptères NH90 ; 1 système de drones tactiques ; 50 postes de missiles moyenne portée ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F ; 25.000 nouveaux casques composites de protection. La Marine nationale devrait prendre livraison de : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; 2 hélicoptères Caïman Marine ; 1 sous-marin d’attaque Barracuda ; 1 lot de missiles Aster pour les frégates multi-missions de défense aérienne. L’armée de l’Air devrait recevoir : 2 avions de chasse Mirage M2000 D rénovés ; 2 avions de transport tactique A400M Atlas ; 1 avion de transport stratégique et de ravitaillement MRTT Phénix ; 1 avion ravitailleur KC-130J ; 1 système de drones Reaper. Le volet spatial sera doté d’un 2ème satellite de reconnaissance optique Musis CS0, le 1er étant en service à 800 km d’altitude depuis fin 2018 et le 3ème attendu en 2021.

Commandes prévues. Pour 2020, l’armée de Terre a commandé : 1.500 véhicules légers polyvalents ; 271 blindés Griffon ; 50 chars Leclerc rénovés ; 42 blindés Jaguar ; 364 blindés Serval ; 14 hélicoptères Tigre rénovés ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F. La Marine nationale a commandé : 3 avions de guet aérien embarqués Hawkeye E20 ; 7 avions de surveillance et d’intervention maritime Falcon ; 2 modules de lutte contre les mines. L’armée de l’Air a commandé : 4 avions de transport tactique C-130H rénovés ; 4 drones européens Male (moyenne altitude longue endurance). Pour le volet spatial, ont été commandés : 4 stations sol utilisateurs ; 3 radars de trajectographie Satam rénovés.

Infrastructures. En 2020, la ville de Rennes accueillera le commandement de la cyberdéfense, celle de Tours les Directions des ressources humaines et celle de Toulouse le Commandement de l’espace. Le budget 2020 prévoit 1,7 Md€ de crédits pour la politique immobilière, dont 1,35 Md€ au titre des infrastructures de défense hors dissuasion nucléaire. Ainsi, le port de Brest sera doté des infrastructures d’accueil des frégates multi-missions et la base aérienne d’Istres de celles des MRTT Phénix. Plusieurs dizaines d’unités en disposeront pour les nouveaux blindés Griffon et Jaguar dans le cadre du programme Scorpion.

Recrutement. Le ministère des Armées embauche 23.000 militaires et 4.000 civils par an. En 2020, 150 postes seront créés dans le renseignement, 100 dans le cyber et 50 dans d’autres secteurs.

Loïc Salmon

Défense : se réapproprier la question militaire

Défense : des moyens face aux menaces de demain

Garde nationale : faciliter l’engagement et fidéliser

 




Défense : des moyens face aux menaces de demain

L’année 2019 entame une dynamique de hausse du budget de la défense, en vue d’atteindre 2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 selon la loi de programmation militaire (2019-2025).

Le 5 septembre 2019, le ministère des Armées a rendu public l’édition 2019 des « chiffres clés de la défense ».

Financement. Le ministère des Armées dispose d’un budget total de 46,7 Md€ en 2019, soit 14,05 % du budget général de l’Etat. Il remplit trois missions : « Défense » avec 35,9 Md€ de crédits budgétaires (+ 1,7 Md€ en un an), hors pensions et recettes issues de cessions de biens et correspondant à environ 13,3 % du budget général de l’Etat ; « Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation », correspondant à 0,7 % du budget de l’Etat ; « Recherche duale » (civile et militaire), correspondant à 0,1 % du budget de l’Etat dans le cadre de la mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur ». A titre indicatif, le document publie les comparaisons des dépenses de défense (pensions comprises) en 2018 des Etats-Unis et des pays européens, établies par l’OTAN. Elles ont été calculées en dollars aux prix et taux de change de 2010 pour éviter tout biais sur le taux de change €/$. Les Etats-Unis y consacrent 605,4 Md$, soit 3,39 % de leur PIB, et les 21 pays de l’Union européenne et membres de l’OTAN (hors Grande-Bretagne) 199,9 Md$, soit 1,83 % de leur PIB. L’objectif de 2 % fixé par l’OTAN, est déjà dépassé par la Grande-Bretagne avec 2,15 % (61,4 Md$), mais pas encore atteint par les pays suivants : France, 1,82 % avec 53,1 Md$ ; Pays-Bas avec 1,35 % (12,8 Md$) ; Allemagne avec 1,23 % (48,7 Md$) ; Italie avec 1,15 % (24,6 Md$) ; Espagne avec 0,93 % (14,5 Md$).

Effectifs. Fin 2018, le ministère des Armées employait 267.604 personnels (20,7 % de femmes), dont 61.287 civils (38,4 %) et 206,317 militaires (15,5 %). Ces derniers se répartissent entre 15,9 % d’officiers, 44,8 % de sous-officiers, 38,4 % de militaires du rang et 0,9% de volontaires. L’âge moyen du personnel militaire s’établit à 33 ans et celui du personnel civil à 47 ans. La gestion du personnel militaire se répartit entre : armée de Terre (55,7 % des effectifs), 114.847 personnels dont 14.040 officiers, 38.852 sous-officiers, 61.525 militaires du rang et 430 volontaires ; armée de l’Air (19,6 %), 40.531 dont 6.413 officiers, 23.895 sous-officiers, 10.065 militaires du rang et 158 volontaires ; Marine nationale (17 %), 35.113 dont 4.559 officiers, 23.043 officiers mariniers, 6.775 quartiers-maîtres et matelots  et 736 volontaires ; Gendarmerie (1,2 %), 2.543 dont 202 officiers, 1.915 sous-officiers et 426 volontaires) ; Service de santé des armées (3,7 %), 7,547 dont 3.149 officiers, 4.294 sous-officiers et 104 volontaires ; Direction générale de l’armement (0,9 %), 1.787 officiers ; Service du commissariat des armées (0,9 %), 1.829 dont 1.812 officiers, 2 sous-officier et 15 volontaires ; Service des essences des armées (0,7 %), 1.389 dont 205 officiers, 334 sous-officiers et 850 militaires du rang ; autres services, à savoir Affaires générales militaires, Contrôle général des armées et Service d’infrastructure de la défense (0,3 %), 731 dont 694 officiers et 37 sous-officiers. Les personnels civils se répartissent entre : armée de Terre, 13 % ; armée de l’Air, 8,7 % ; Marine, 4,3 % ; autres services…74 % !

Garde nationale. Les réservistes opérationnels sous contrat (hors Gendarmerie) se montent à 38.529 dont 58,9 % dans l’armée de Terre, 15,6 % dans la Marine, 14,8 % dans l’armée de l’Air, 8 % dans le Service de santé, 1,4 % dans le Service du commissariat et 0,2 % à la Direction générale de l’armement.

Loïc Salmon

Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

Défense : montée en puissance et restructuration




Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées

L’intelligence artificielle (IA) permettra de mieux comprendre et prévoir les menaces, d’agir plus vite et avec plus de précision et de certitude, pour éviter surprise et méprise et donner du sens aux flux massifs de données.

Ses applications de défense ont été présentées à la presse, le 23 mai 2019 à Paris, par l’ingénieur en chef de l’armement chargé de mission à la Direction générale de l’armement (DGA) sur l’IA et la transformation numérique.

Domaines concernés. Utilisée à des fins militaires dans un cadre éthique, l’IA complète l’action humaine, mais ne la remplace pas. Elle assure la souveraineté nationale, conserve la supériorité opérationnelle et préserve des vies. Elle détecte et reconnaît les données, recherche des corrélations qu’elle calcule de façon massive, raisonne, facilite la traduction de langues rares et optimise la maintenance et la sécurité informatique. La DGA a cerné ses divers domaines d’emploi. Pour les drones, avions et satellites de surveillance, l’IA détecte automatiquement les zones et objets d’intérêt à transmettre, permettant une modification de la planification en cours de mission. Pour le renseignement, l’IA exploite automatiquement les données massives, procède à la fusion multi-sources, détecte les « signaux faibles » et constitue un outil de fouille et de synthèse de données. Dans le cyberespace, l’IA détecte les tentatives d’attaque, analyse les vulnérabilités, anticipe les menaces et apporte une assistance aux opérations défensives et offensives. Pour les personnels, l’IA permet un entraînement individualisé sur simulateur avec des comportements adverses réalistes. Au poste de commandement, l’IA présente une situation tactique fusionnée (ami et ennemi), évalue le potentiel des forces, apporte une aide à la décision et à la planification par des propositions de manœuvres avec évaluation des chances et risques. Dans la robotique terrestre, l’IA permet une perception automatisée, une navigation semi-autonome en environnement complexe et une collaboration robot/drone. Dans la guerre des mines, l’IA est intégrée au sonar du robot sous-marin pour détecter et classifier les mines, en coordination avec le robot de surface. Sur un navire de surface et un sous-marin, l’IA équipe sonars et radars, pour la détection et la classification des cibles furtives, et les systèmes de combat pour la fusion multi-capteurs et multiplateformes ainsi que les aides à la manœuvre et à la décision. Dans le combat collaboratif du système terrestre Scorpion, l’IA présente une situation tactique fusionnée, une aide à la mobilité et à la riposte ainsi qu’une proposition d’allocation automatique de cibles entre plusieurs systèmes. Dans le réseau de communication, l’IA permet une gestion dynamique des flux et priorités, une reconfiguration automatique (pannes et défaillances) et des aides à la surveillance des réseaux. Quant aux hélicoptères et avions de chasse et de transport, l’IA assure un dialogue multimodal, un contrôle par l’équipage et une interaction homme-machine.

Projets en cours. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit, pour l’IA, 100 M€/an d’investissements et 200 équivalents temps pleins d’ici à 2023. Une trentaine de projets, d’études et de démonstrateurs sont déjà lancés. Opérationnel en 2021, « Artemis » (Architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multi-sources) doit mettre au point une plateforme, souveraine et sécurisée, de « big data » (mégadonnées) et d’IA.

Loïc Salmon

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Le combattant va devoir accepter l’aide de l’intelligence artificielle (IA) en soutien de « l’intelligence tactique » pour converger vers la victoire, tout en conservant le contrôle de la technologie.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 janvier 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC). Y sont intervenus : le colonel Gilles Haberey, chef d’état-major du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement ; le colonel Marc Espitalier, coordonnateur environnement Scorpion (armée de Terre) ; le capitaine de frégate Camille Girard, état-major de la Marine ; le colonel Etienne Faury et un lieutenant-colonel, tous deux de l’état-major de l’armée de l’Air ; Alexandre Hervieu, expert IA à DGA Maîtrise de l’information ; Yonathan Teboul, responsable IA chez le missilier MBDA.

La fascination technique. Tous les décideurs politiques et militaires ont tenté de trouver des procédés pour dominer la complexité du champ de bataille et ses facteurs de ruptures, explique le colonel Haberey. La guerre est conduite en vue de la construction d’une paix durable et non pas pour éradiquer l’ennemi, comme le montrent les opérations en Afghanistan et en Syrie. Or il existe des solutions multiples pour garantir la fin des hostilités. La clé du succès réside dans le discernement pour imaginer la phase post opérationnelle. Le militaire fait preuve d’ingéniosité et d’initiative dans les actions de guerre. L’IA, qui lui facilitera la tâche, constitue une condition nécessaire mais pas suffisante pour vaincre demain. Elle synthétise le contexte : ami ou ennemi ; réalités physique et humaine. Mais la décision du chef, probabilité qui remet en cause tous les équilibres, ne se modélise pas. Par son aide inégalée à la prise de décision et à la compréhension de la situation tactique, l’IA augmente les capacités du chef. Dans la bataille présentée sous ses différents aspects, elle lui propose une solution mathématique, mais ne permet pas la recherche de l’erreur humaine, de la responsabilité et de la culpabilité. Elle identifie les cibles et les traite avec précision et létalité contrôlée, plus facilement dans les milieux aérien et maritime que terrestre. Ce traitement « chirurgical », qui ne s’applique pas partout, tient la guerre à distance de la société. Or au cours de ses missions de pacification ou de résolution de crises l’armée de Terre se trouve confrontée à des formes complexes de conflictualité. Le guerrier, l’ingénieur, le philosophe et le sociologue doivent réfléchir ensemble pour gagner sur le terrain, avec une technologie maîtrisée et dans une limite éthique. Aux Etats-Unis, indique le colonel Haberey, ce qui est faisable est légal et donc moral. Mais en France, la cause juste donne un sens à l’action.

L’armée de Terre. Les forces terrestres opèrent dans un milieu physiquement complexe, difficile à modéliser et face à un ennemi hybride, avec le risque de dommages collatéraux, souligne le colonel Marc Espitalier. Les unités, éloignées les unes des autres, collectent des données, les traitent et les partagent. Elles s’adaptent, se protègent et doivent durer sur le terrain. L’IA, capable de démultiplier les effets, permettra à chaque soldat, dépositaire d’une partie de la mission et donc de la force, de se concentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée et de prendre des initiatives. Elle s’intègre au « système infovalorisé Scorpion », qui mettra en service le futur char de combat franco-allemand à l’horizon 2035, et combine intelligence tactique, puissance et résilience. L’intelligence tactique inclut : la compréhension de la situation grâce au traitement des données par les algorithmes des capteurs ; la performance du commandement pour atteindre et maintenir la supériorité décisionnelle. La puissance nécessite : la masse, accrue par la robotique ; la coopération avec les forces alliées ; l’influence par la communication au bon moment et la lutte contre la désinformation ; l’agilité, résultant d’une adaptation permanente des structures par une reconfiguration des systèmes. La résilience concerne : la force morale, acquise par l’entraînement en quasi-expérience ; l’endurance, par une « maintenance prédictive » des équipements réduisant le déploiement des moyens logistiques sur le terrain.

La Marine nationale. L’IA développera la capacité opérationnelle à localiser 500.000 navires dans le monde, explique le capitaine de frégate Girard. La « veille collaborative navale » met en œuvre plusieurs frégates qui partagent la situation tactique, en vue d’un pistage précoce et de meilleures classification et analyse de la cible. Les Marines américaine, britannique et française procèdent à des exercices de « wargaming » pour établir de nouvelles doctrines face aux bâtiments russes et chinois. A l’horizon 2024, le groupe aéronaval français pourra évaluer la présence d’unités russes ou chinoises dans le golfe Arabo-Persique, en les détectant dans le détroit d’Ormuz. Par ailleurs, l’IA intervient dans la conception du système de lutte anti-mines du futur. Un « bâtiment mère », en communication satellitaire avec un centre d’exploitation à terre, déploie des drones sous-marins et un de surface. Ce dernier remorque un sonar, qui complète l’action des drones sous-marins pour détecter un champ de mines. Ensuite, il envoie son robot sous-marin télécommandé, qui met en œuvre des moyens de neutralisation.

L’armée de l’Air. L’IA facilitera la gestion de la navigation aérienne et de la manœuvre char/avion dans le combat futur, explique le lieutenant-colonel (Air). Elle raccourcit le cycle OODA (observer, orienter, décider et agir) dans la conduite d’une opération dans le temps court et, quand elle dure, de la gérer sur le long terme. Elle s’inscrit dans la préparation opérationnelle avec le simulateur de la base de Mont-de-Marsan, pour anticiper le combat aérien de demain et rejouer les scénarios précédents. L’IA apporte puissance de calcul et reconnaissance automatique d’images. Par ailleurs, indique le colonel Faury, tout est enregistré dans un avion en mission, où les cyberattaques constituent un risque majeur. Toutefois l’homme conservera toujours le moyen de revenir en mode basique de pilotage et de combat au cours de la mission.

Loïc Salmon

En matière d’intelligence artificielle (IA), indique Alexandre Hervieu, les travaux de la Direction générale de l’armement portent sur les systèmes multi-agents, la connaissance et le raisonnement, la recherche opérationnelle et l’apprentissage automatique. Celui-ci inclut la reconnaissance d’images, le traitement automatique du langage et l’analyse de séries temporelles. L’IA présente diverses vulnérabilités sur : la reconnaissance d’images visibles par infrarouge, radar à synthèse d’ouverture et sonar ; les données sonores par leurrage ; les textes par « empoisonnement » des données d’entraînement ; les suites numériques par des « portes dérobées ». Selon Yonatan Teboul, l’IA apporte une aide au renseignement par la fusion des informations d’images, de textes et du contexte pour comprendre la situation. Le même signal peut donner lieu à des interprétations différentes nécessitant une fusion sémantique. L’IA traduit en termes compréhensibles des équations mathématiques, caractérisés par leurs effets : formes, objets et couleurs.

Défense : l’IA, nombreuses applications militaires possibles

Défense : intelligence artificielle, vers une norme internationale de fiabilité




Marines : innovations et ruptures capacitaires

La conception de systèmes navals modulaires, selon une ligne de produits avec des mises à niveau dans le temps court, permet d’intégrer les innovations, y compris celles du monde civil, au cours de leur longue vie opérationnelle.

Cette évolution et les ruptures technologiques possibles ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 22 octobre 2018 à Paris, par le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont intervenus : l’ingénieur général (2S) Joël Barre, délégué général pour l’armement ; Eric Papin, directeur technique chez Naval Group ; Philippe Gros, maître de recherche à la FRS.

Contexte techno-économique. L’identification des rythmes technologiques permettra de planifier l’innovation à l’horizon de 15-20 ans, explique Joël Barre. La Direction générale de l’armement (DGA) travaille avec les armées pour analyser les menaces et les nouvelles technologies. Les industriels y sont ensuite associés pour identifier les futurs systèmes d’armes et déterminer le juste besoin pour mieux préparer les programmes. La nouvelle Agence de l’innovation de défense (AID) vise à concrétiser les inventions d’opportunité dans ce qui n’est pas inclus dans la feuille de route, pour gagner en performance en raccourcissant les délais. Son « Innovation Défense Lab » va identifier les innovations du monde civil intéressant les armées et accélérer leur intégration dans les systèmes militaires existants ou les programmes futurs. Relié aux laboratoires des armées, il travaillera en réseau pour les expérimentations rapides sur des créneaux à haute valeur ajoutée. La DGA soutient les petites et moyennes entreprises, soit 80 % des membres du GICAN. Son dispositif RAPID (Régime d’appui pour l’innovation duale), d’un montant annuel de 50 M€ depuis 2016, s’accompagne d’un fonds de la DGA de 10 M€ pour les protéger dans la guerre économique. En outre, seront créés des « Clusters régionaux d’innovation », à rapprocher du Centre technique de la DGA pour démultiplier localement l’action de l’AID. Les études amont analysent les ruptures capacitaires et trouvent les innovations pour répondre aux besoins d’une force navale, à savoir le combat aéromaritime, le sauvetage aéronautique, la guerre électronique et l’action sous-marine. Le drone naval va détecter et identifier la menace, qui sera neutralisée à distance de sécurité par un robot. Les audits techniques majeurs donnent l’occasion d’améliorer encore les performances par de nouveaux capteurs et radars.

Perspectives technologiques. Tous les 2-3 ans apparaît une nouvelle technologie à installer sur une frégate, qui a nécessité 10 ans d’études et de construction et doit rester 30 ans en service, souligne Eric Papin. La capacité opérationnelle d’un navire repose sur sa supériorité en matière d’information, d’engagement armé et de durée à la mer pendant plusieurs mois, avec une empreinte environnementale la plus faible possible. La capacité opérationnelle d’une force navale englobe l’évaluation de la situation tactique par des multi capteurs, la gestion dynamique des communications, la mise en œuvre coordonnée et « collaborative » des systèmes d’interception, drones et armes autonomes. Pour conserver l’avantage face aux différentes menaces, cette capacité doit : assurer la furtivité des navires dans un environnement hostile ; leur constituer un véritable bouclier de protection ; se préparer aux attaques asymétriques et aux cyberattaques ; résister aux combats et agressions d’origine maritime. L’amélioration de l’autonomie en énergie passe par : la mutualisation des sources ; un stockage sûr, dense et optimisé ; une distribution par un réseau ouvert, fiable, sûr et respectueux de l’environnement ; une consommation optimisée ; un système de gestion simple et adaptable. Les équipages deviendront plus autonomes sur des navires plus complexes et davantage disponibles à la mer, grâce à une maintenance prévisible et une aide à distance. La conception du navire du futur, connecté et cybersécurisé, doit optimiser l’intégration des senseurs et des systèmes d’armes. Il s’agit de rendre accessibles les solutions technologiques indispensables aux besoins opérationnels. L’évolution des capacités opérationnelles et l’intégration de nouveaux services seront prises en compte tout au long de la vie du navire.

Armes laser pour combat naval. Arme à énergie dirigée, le laser va révolution-ner le champ de bataille, mais n’est pas encore opérationnel à grande échelle, indique Philippe Gros. Son faisceau lumineux, produit par une réaction chimique ou électrique, perfore certains types de matériaux en une seconde et à plusieurs kilomètres. Arme d’auto-défense d’un navire, le laser permet de neutraliser vedettes rapides et drones et de se défendre contre des menaces hybrides. Sur le plan stratégique, Etats-Unis, Russie, Chine, Iran, Corée du Nord et organisations terroristes s’intéressent à son développement, induisant une prolifération des drones armés, moyens de déni d’accès et d’interdiction de zone, systèmes de reconnaissance et de frappes de précision. Devant l’érosion de leur supériorité militaire, les Etats-Unis y voient un avantage compétitif, grâce aux progrès considérables réalisés depuis dix ans. Ils comptent en acquérir pour leurs navires de surface dans les cinq prochaines années. En Chine, le laser fait l’objet de recherches depuis une quarantaine d’années, sans confirmation dans le domaine naval. En outre, il se trouve en concurrence avec d’autres systèmes d’arme et manque de financement et de moyens industriels pour sa réalisation. En Grande-Bretagne, le groupe international MBDA développe un laser d’une puissance de 50 KW dont les essais au sol et à la mer débuteront en 2019. A titre indicatif, un laser de 10 KW à 150 KW peut détruire des cibles non « durcies ». Mais il lui faut une puissance de 150 KW à 500 KW pour neutraliser un avion de chasse, une roquette ou un obus. Il doit monter de 500 KW à 1 MKW pour « tuer » un missile de croisière supersonique, un satellite en orbite basse ou un missile balistique en phase d’accélération.

Loïc Salmon

Lors de la 50ème édition du salon Euronaval tenu en banlieue parisienne du 23 au 29 octobre 2018, la France et l’Italie ont conclu un accord bilatéral portant sur la construction de quatre bâtiments logistiques (programme FLOLOG) à double coque et conformes aux standards internationaux les plus élevés. Remplaçant les unités à simple coque, ils ravitailleront en carburants, munitions, pièces de rechange et vivres les porte-avions, frégates et bâtiments de projection et de commandement déployés en haute mer. Les quatre navires français, dont deux livrés d’ici à 2025, reprennent la conception du Vulcano italien, en cours de construction, en y apportant les modifications nécessaires au soutien du groupe aéronaval, centré sur le porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle. La France et l’Italie ont construit en coopération les frégates multi-missions (FREMM) et le système de défense aérienne FSAF (famille de missiles sol-air futurs). Elles se sont associées à d’autres pays pour la réalisation du drone moyenne altitude longue endurance MALE-RPAS et du programme de radio-logicielle ESSOR.

Marines : outils de combat et affirmation de puissance

Marine nationale : le fait nucléaire, dissuasion politique et actions militaires




Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain

 




Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

L’Agence de l’innovation de défense (AID) fédère toutes les innovations qui contribuent à garantir l’autonomie stratégique et la supériorité opérationnelle des forces armées.

Son directeur, Emmanuel Chiva, l’a expliqué à la presse, le 15 novembre 2018 à Paris, à l’occasion du Forum Innovation défense (22-24 novembre, Paris). Des innovations concernant le combattant ont été présentées.

Imaginer demain et après-demain. Il s’agit de détecter les nouvelles tendances et anticiper les ruptures technologiques issues du monde civil, réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire, y compris avec les startups, explique Emmanuel Chiva. L’AID doit orienter et conduire l’ensemble des innovations de défense, en s’appuyant sur les centres de développement (4.000 personnes) de la Délégation générale de l’armement (DGA). Elle devra en susciter de nouvelles, les capter, les accélérer, les valoriser et les transférer vers les utilisateurs, en favorisant l’expérimentation rapide et les cycles courts. Elle diffusera de nouvelles pratiques, notamment en matière d’achat. Elle facilitera la coopération avec les autres ministères, les industriels, les petites et moyennes entreprises et d’autres pays européens. Elle accompagnera l’innovateur pour qu’il gagne de l’argent et développe son innovation, dont la propriété intellectuelle sera protégée. Créée le 1er septembre 2018 et rattachée au délégué général pour l’armement, l’AID sera opérationnelle en avril 2019 avec un effectif d’une centaine de personnes, militaires et civiles. Selon la loi de programmation militaire (2019-2025) son budget passera de 1,2 Md€ en 2019 à plus de 1,5 Md€ en 2022.

Exemples d’innovation. La société française Scalian, fournisseur de logiciels et d’études pour la DGA, et la firme américaine Daqri, fabricant de lunettes et casque de « réalité augmentée », ont mis au point l’équipement du « Fantassin augmenté, sécurisé et tactique ». Le casque Daqri, contient un dispositif stéréoscopique, un affichage transparent et intégré, une caméra grand angle de 166 ° et 120 Hz et une caméra thermique. Les entités, à savoir une personne amie ou ennemie, un véhicule ami ou ennemi, un bâtiment ou un point à atteindre, sont suivies par GPS. Sont affichées sur la visière du casque : les entités sur un radar/boussole ; les distances de chaque entité ; le gisement topographique ; la situation tactique en deux dimensions. Sont également possibles : la prise de photo/vidéo avec la caméra thermique ; la création d’objet manquant (nouvel ennemi) dans la situation tactique ; la visualisation sur un poste de commandement de la brigade des forces terrestres. De leur côté, l’Institut de recherche biomédicale des armées et la Direction des approvisionnements en produits de santé des armées ont développé un « Air Shock Absorber », système de coussins d’air muni de compartiments et cloisons, qui dissipent l’énergie d’un projectile. Cette innovation, disponible en 2019, permettra de diminuer les lésions anatomiques et physiologiques lors de l’impact sur le gilet pare-balles. Enfin, le Forum de l’innovation présente plus de 160 innovations et démonstrations dans divers stands : celui de l’AID ; « Protéger & Réparer » (prothèse de jambe bionique) ; « Projeter & Durer » (interface technico-logistique) ; « Combattre & Gagner » (camouflage adaptatif) ; « Administrer & Soutenir » (plateforme numérique participative) ; « communiquer et renseigner » (communication par satellite adaptée aux chasseurs).

Loïc Salmon

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Service de santé : renforcement des capacités biomédicales




Armement : DGA, bilan 2018 et perspectives 2019

La démarche capacitaire consiste à exprimer les besoins en équipements, selon la menace, intégrer les innovations technologiques, y compris celles du monde civil, et évaluer le coût global d’une opération en termes d’armement, d’entraînement, de conduite, de ravitaillement et d’infrastructures.

Elle est effectuée par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement (DGA) dont le délégué, Joël Barre, a présenté les missions à la presse le 8 novembre 2018 à Paris.

La DGA, qui a engagée 11,2 Md€ et payé 10 M€ pour l’équipement des forces en 2017, prévoit 12,7 Md€ en 2018 et 14,3 Md€ en 2019. Le budget des études « amont » doit passer de 920 M€ en 2019 (+ 18 % en un an) et 758 M€ de paiements (+5 %) à 1 Md€ en 2022.

Etudes et essais. Des projets seront lancés fin 2018 et en 2019 : travaux franco-allemands en préparation du système de combat aérien futur (SCAF), pour succéder au Rafale de conception uniquement française ; premières études de préparation du porte-avions de nouvelle génération, successeur du Charles-de-Gaulle ; protection des véhicules terrestres et des fantassins ; futurs satellites de communication militaire ; démonstrateurs technologiques du partenariat innovant ARTEMIS (ARchitecture  de Traitement et d’Exploitation Massive de l’Information multi-Sources) entre la DGA et le groupe d’électronique de défense Thales. En 2018, la DGA a procédé à des essais majeurs : performance hélice et résistance carène nue pour la frégate de taille intermédiaire ; sortie du Charles-de-Gaulle de son 2ème arrêt technique majeur ; comportements routiers et nautiques du pont flottant motorisé ; tir de développement du missile balistique M51.3 au banc des propulseurs ; tir du missile antinavire léger. La mise au standard F3-R des 144 Rafale en service dans l’armée de l’Air et la Marine a commencé. Ce standard a pris notamment en compte les retours d’expérience opérationnelle de l’armement air-sol modulaire et l’interopérabilité. En outre, il associe le nouveau missile air-air à très longue portée Meteor au radar à balayage électronique RBE2 à antenne active. Sa nacelle à désignation d’objectifs Talios améliore détection, reconnaissance et identification de cibles, de jour comme de nuit, en vue de frappes air-sol de grande précision. Le standard F3-R sera installé sur les 96 Rafale vendus au Qatar, à l’Egypte et à l’Inde. La DGA a notifié à l’industriel MBDA la rénovation technique des 300 Mica (missiles d’interception, de combat et d’auto-défense) en service et l’achat de 567 Mica NG (nouvelle génération), développés avec un autodirecteur infrarouge ou électromagnétique. Le Mica rénové sera utilisé jusqu’en 2030 par les Rafale tous standards, Mirage 2000-5 et Mirage 2000 rénovés. Les Rafale F3-R emporteront le Mica NG.

Partenariats européens. Avec la Grande-Bretagne, les travaux se poursuivent sur la phase d‘étude de concept du futur missile antinavire et du futur missile de croisière. Outre le SCAF et le futur char de combat, la coopération avec l’Allemagne porte sur la patrouille maritime, le futur standard de l’hélicoptère Tigre, auquel l’Espagne est associée, et le drone européen moyenne altitude longue endurance, avec l’Espagne et l’Italie. Cette dernière va construire des pétroliers-ravitailleurs avec la France. Pour son programme Camo (capacité motorisée), la Belgique va acquérir 382 véhicules blindés multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar du programme français Scorpion.

Loïc Salmon

Armement : baisse de 50 % des exportations françaises en 2017

Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique




Armée de Terre : la remontée en puissance par l’innovation

La supériorité opérationnelle, terrestre et aéroterrestre, repose sur l’innovation technologique, qui démultiplie vitesse, puissance et protection du soldat et nécessite une synergie entre combattants, ingénieurs et industriels.

Ce thème a été abordé au cours d’une table ronde organisée, le 13 juin 2018 en banlieue parisienne, dans le cadre du salon Eurosatory 2018. Y sont intervenus : le général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, Joël Barre, délégué général pour l’armement, et Stéphane Meyer, président du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT).

Esprit guerrier et technologie. La Revue stratégique 2017 a, notamment, pour ambition de faire de l’armée de Terre la première d’Europe, rappelle le général Bosser. Or en opérations, elle affronte de nouveaux défis, à savoir un réarmement généralisé, des adversaires hybrides, isolés et aux tactiques inédites, des engins explosifs improvisés, des drones et la guerre électronique. Après vingt ans d’opérations extérieures, la préparation de l’avenir s’impose face à une évolution rapide de la menace, constituée de nouveaux systèmes d’armes avec de l’infanterie et des moyens plus mobiles. La préparation du soldat au combat inclut armement, entraînement, tenues diverses, conditions de travail, soutien et aide à sa famille. S’y ajoutent la rénovation des matériels, notamment de l’artillerie après les batailles de Mossoul (Irak) et Raqqa (Syrie) ainsi que la modernisation du parc de véhicules, dont certains dépassent 40 ans. Pour répondre aux besoins, l’armée de Terre coordonne son action avec la Direction générale de l’armement (DGA) et les industriels. Si donner un cap ne pose pas de problèmes avec les grands groupes, il s’avère difficile auprès des petites et moyennes entreprises et surtout des startups, indique le général Bosser. Dans le temps long, cela porte sur les choix capacitaires, les concepts et les préprogrammes. L’innovation en « boucle courte » nécessite davantage de réactivité pour ne pas aller plus lentement que l’adversaire : rapidité des processus d’acquisition, modification des usages, simplification des procédures et invention de nouvelles tactiques. L’efficacité opérationnelle dépend du juste besoin des matériels et de leur livraison à temps aux forces spéciales et conventionnelles. L’innovation récupère toutes les bonnes idées, comme l’impression en 3 D ou les véhicules sans pilote. Elle induit de nouveaux métiers à tous les niveaux, du caporal-chef au commandant sur le terrain. L’armée de Terre vit en permanence dans l’expérimentation, qui implique la responsabilité du commandement. A titre d’exemple, Daech a utilisé un mini-drone en vente dans le commerce (300 €) pour cibler (caméra) et tuer (engin explosif) deux cadres des forces spéciales en train d’instruire des soldats irakiens.

Faire plus ou mieux. Les programmes demandent une analyse fonctionnelle entre les armées, qui expriment des besoins, la DGA, qui les transforme en contrats, et les industriels, qui en chiffrent le coût, explique Joël Barre. Une concertation entre les trois acteurs permet de maîtriser les coûts par rapport à la performance attendue. Tout rajout au programme initial implique une évaluation supplémentaire. En matière d’innovation, l’ouverture au monde civil permet de capter l’évolution technique, notamment numérique, pour améliorer la performance des systèmes d’armes. Le dispositif « Rapid » (Régime d’appui pour l’innovation duale) finance la recherche dans des domaines susceptibles d’intéresser la DGA qui, en outre, accorde des subventions au développement de petites et moyennes entreprises. L’Innovation Defense Lab et l’Agence de l’innovation (voir encadré) apportent de nouvelles possibilités à la « boucle courte » entre le Secrétariat général pour l’administration, la DGA et les forces armées. Les innovations proposées par des personnels des armées doivent déboucher sur les programmes planifiés. Ainsi, les processus d’acquisition et le développement du programme national « Scorpion » de l’armée de Terre feront l’objet de rendez-vous périodiques pour y incorporer les innovations, sans attendre le stade ultime qui répondra à l’intégralité des besoins. La phase 2 de Scorpion inclut la robotique, les véhicules complémentaires, leur protection et celle contre la menace cyber, technologies à développer à partir de 2019. Toutefois, indique Joël Barre, il faut savoir accepter l’échec dans l’expérimentation, comme pour les micro-drones « indoors » des forces spéciales destinés à entrer dans les bâtiments fermés. En outre, il faut éviter de créer une dépendance industrielle étrangère pour certains matériaux (terres rares). Enfin, en sus des ressources financières nationales, l’Union européenne prévoit 1 Md€ pour la recherche et le développement de l’innovation, afin de créer des filières de souveraineté sur certains composants, en vue d’en limiter la dépendance vis-à-vis de pays extérieurs.

Etat d’esprit. Priorité à l’attente des clients et compétitivité pour vaincre la concurrence constituent le fil rouge des industriels de l’armement terrestre, souligne Stéphane Meyer. Injecter de l’innovation dans les programmes implique le droit à l’erreur pour lever les risques. La veille technologique permet de constater ce que font les adversaires et le monde civil, notamment en matière d’intelligence artificielle et de robotique. Il s’agit de continuer à travailler en réseau entre utilisateurs, concepteurs et industriels et de se trouver au bon endroit à trois ou à deux. Le retour d’expérience optimise l’intelligence collective au niveau des états-majors et au contact des utilisateurs en opérations, proches du terrain. Le GICAT aide les startups à transformer des idées en produits. En outre, l’Union européenne intervient en soutien à l’innovation. Il convient donc de comprendre les processus, définir des projets, s’appuyer sur les réseaux d’experts et créer des consortiums pour réaliser de bonnes idées à plusieurs entreprises de pays différents. Ainsi, le GICAT poursuit ses activités en Grèce, en Belgique et en Espagne.

Loïc Salmon

La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 1 Md€ par an à partir de 2022 (730 M€ en 2018) pour les études et l’innovation dans la défense, notamment pour les applications opérationnelles de l’intelligence artificielle (IA). A cet effet, une cinquantaine d’experts supplémentaires en matière de science des données numériques et d’IA dont l’investissement progressera jusqu’à 100 M€/an. L’IA sera notamment applicable à la reconnaissance automatique d’images, la guerre électronique, le combat collaboratif, la navigation autonome des robots, la cybersécurité, la « maintenance prédictive » (reconnaissance des signes précurseurs de la défaillance) et l’aide à la décision et au commandement. Une veille technologique sera assurée par l’« Innovation Defense Lab », lieu d’échanges et de réflexions ouvert sur l’écosystème des startups. Lancée le 16 mars 2018, l’étude « Man Machine Teaming » vise à développer l’IA pour l’aviation de combat. Enfin, l’Agence de l’innovation de la défense a été créée à l’été 2018. Rattachée à la Direction générale de l’armement, elle s’ouvre au monde civil, aux startups et à l’Europe.

Eurosatory 2018 : l’accent sur l’innovation technologique

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme