Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

La souveraineté numérique d’un Etat repose sur l’emploi des technologies civiles et militaires et sur le contrôle humain des systèmes d’information et d’aide au commandement.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement.

Du possible à l’utile. Les « Big Data » civils fournissent des données nécessaires à la conception d’une opération militaire (renseignement, météo et cartographie). L’ensemble des données produites sur le champ de bataille doit être structuré et filtré explique un expert. Mais algorithmes, Big Data et intelligence artificielle (IA) ne peuvent prédire l’avenir ou déterminer une dangerosité. L’analyse géopolitique reste du ressort des chercheurs universitaires. Les services de renseignement essaient de comprendre un mouvement de société dans un pays donné et d’anticiper les réactions de ses dirigeants. Ils tentent aussi de recueillir l’information secrète et certaine, pour éclairer la décision de leurs propres autorités politiques et militaires. Ils aident aussi les forces de sécurité à neutraliser les menaces, par des renseignements précis, réels ou crédibles. L’IA automatise des recherches, impossibles à l’échelle humaine, pour déceler des tendances. Par exemple, le contact entre un individu potentiellement djihadiste et son donneur d’ordre s’établit par le biais de plusieurs autres personnes. Or, les divers membres de cette filière lancent des milliers d’appels téléphoniques, dont seuls des algorithmes parviendront à trouver rapidement l’information pertinente. L’arrestation d’individus suspects permet de récupérer des données sur les modes opératoires (clandestinité, communication et action) et ainsi de détecter certaines similitudes. Enfin, les algorithmes réalisent des traductions automatiques des langues les plus pratiquées dans le monde, mais pas encore des plus rares.

Le pourquoi avant le comment. Depuis l’apparition d’internet en 1971 puis du GPS en 1991, les armées savent gérer les ruptures technologiques. Mais, estime un général, l’intelligence collective l’emporte souvent sur l’IA pour la réalité stratégique. Les regards convergents de tous permettent de conserver du discernement pour hiérarchiser les informations et leur donner du sens. La vigilance s’avère nécessaire sur les plans juridique (lois sur la sécurité et le renseignement) et pédagogique (définition de l’IA et de ses limites d’emploi). Outil de corrélation des données pour obtenir un résultat, l’IA dispose de la puissance de calcul pour trier les informations, nombreuses, incertaines, évolutives ou incomplètes (images, écoutes spécifiques et réseaux sociaux). La pléthore d’informations techniques entraîne le besoin de renseignements d’origine humaine pour mettre les conclusions en perspective. Le renseignement donne la capacité de conserver l’autonomie d’appréciation, d’organiser de la résilience et d’envisager le temps d’après la crise. Destiné à l’action et aux opérations, le renseignement technique nécessite de petits démonstrateurs, l’union des talents pour l’innovation et la création de synergies de proximité. En matière d’armement, poursuit le général, l’impact du numérique doit en être évalué dès sa conception. Ensuite, conformément à une doctrine d’emploi et un cadre juridique, les armées peuvent recruter des spécialistes et former des sous-officiers compétents pour les besoins opérationnels. Créativité et inventivité s’imposent face à l’adversaire, bien équipé lui aussi.

Réduire les incertitudes. Pour aider la décision opérationnelle en temps réel, le renseignement se doit d’être très réactif et collaboratif, explique un expert du numérique. Destiné à réduire les incertitudes, l’algorithme militaire intègre les paramètres de la mission, des règles d’engagement (ouverture du feu) et des contraintes légales et traite les données sur le contexte de la situation et la véracité des informations. Il s’inscrit dans la boucle OODA : Observer et Orienter pour évaluer la situation, Décider et Agir pour la gérer. L’acquisition de renseignements, par la captation de données en environnements hostiles ou inconnus et la détection de signaux faibles par l’IA, va de pair avec l’automatisation de certains processus, en vue d’assurer une permanence. L’orientation inclut : l’analyse de la situation en temps réel ; l’interconnexion/analyse avec d’autres systèmes ; la consultation de bases de données tactiques ; la comparaison avec les modèles établis ; la construction d’une image mentale de la situation ; les propositions de choix possibles. Lors de la prise de décision, l’algorithme aide au choix, libère le stress du combattant ou du chef et contrôle le respect des règles d’engagement. L’action porte sur la précision, la délégation de tâches et le suivi de la cible. Les nouvelles technologies du numérique exercent déjà des effets sur le combat, poursuit l’expert. D’abord, les drones sont devenus indispensables au renseignement militaire. Les données sont enrichies, notamment par l’usage des jumelles multifonctions, dont la thermie. L’analyse des données s’externalise et/ou s’automatise. La réduction du cycle OODA permet de prendre l’initiative et de la sauvegarder. Il s’agit de trouver le renseignement très en amont, puis de riposter immédiatement et avec précision. Le combat dans l’espace numérique se caractérise par l’hyperconnexion et le traitement de l’information en temps réel en « local » (ordinateur de l’utilisateur) ou « déporté », grâce au « cloud » tactique. Le « cloud » héberge à distance de grandes quantités d’informations, accessibles de manière quasi instantanée. Au niveau tactique, il permet de recourir, en cas de besoin, à des données sur le théâtre d’opérations non stockées en local. Toute donnée présente un caractère critique pour les systèmes militaires, en qui les utilisateurs doivent d’abord avoir confiance. En outre, la surveillance des réseaux est devenue permanente pour la sécurité et la recherche du renseignement. « L’opération numérique » consiste à attaquer les systèmes d’information de l’adversaire, dont dépendent ses capacités militaires, pour le déstabiliser. Elle passe par la maîtrise préalable des systèmes hertziens et du cyberespace.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Les nouvelles technologies, potentiellement moins meurtrières, disposent d’une capacité de ciblage qui accroît l’effet de surprise, souligne un général. Mais elles effacent les frontières de l’espace géographique (drones militaires pilotés à partir du territoire américain), de l’espace militaire (dommages collatéraux des drones armés de la CIA, agence civile) et du contrôle à vue (furtivité des engins volants, invisibilité du cyber et discrétion des forces spéciales). La discrimination et la proportionnalité se diluent, faute de contact. La guerre entre dans un espace caché, hors des Etats et où tout est permis. En outre, face à l’automatisation, l’homme abandonne une part de responsabilité et son contrôle s’amenuise. Dans une guerre totalement dérégulée, la machine risque de l’emporter sur l’homme, avertit le général.




Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 14 Mds€ en 2016, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 7 juillet 2017. Elles se montaient à 16 Mds€ en 2015, année exceptionnelle.

Les partenariats « stratégiques ». L’industrie française de défense, qui regroupe une dizaine de grands groupes et 4.000 petites et moyennes entreprises, emploie 165.000 personnes. Elle réinvestit de 10 % à 20 % du chiffre d’affaires des exportations dans la recherche et le développement, afin d’assurer son avance technologique et de maintenir des emplois de haute technicité non délocalisables. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les prises de commandes françaises entre 2012 et 2016 se répartissent ainsi : 47,4 % aux Proche et Moyen-Orient ; 34,1 % en Asie ; 6,9 % en Europe ; 5,1 % dans les Amériques ; 3,6 % en Afrique ; 1,1 % en Océanie ; 1,7 % divers. L’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et la DGA participent à la « diplomatie de défense » par le biais de dialogues, réguliers ou ponctuels, avec les représentants de nombreux pays. L’EMA traite les dossiers opérationnels et de coopération militaire et la DGA ceux relatifs à l’armement. La DGRIS entretient des dialogues sur l’environnement stratégique, la sécurité et les crises régionales en cours avec les grands partenaires, comme l’Australie, la Malaisie, l’Inde, Singapour, la Jordanie, le Nigeria, la Finlande ou la Roumanie. Coopération militaire et dialogue stratégique ont acquis une dimension politique. Des réunions annuelles des hauts comités de défense, présidées par le ministre, permettent de dresser un état complet de ces relations bilatérales.

La concurrence internationale. Face à la contraction de leur marché intérieur sous l’administration Obama, les Etats-Unis recourent aussi aux partenariats commerciaux et politiques pour conclure des contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». Ceux-ci consistent à vendre, à des Etats, notamment du Moyen Orient et d’Asie, des matériels militaires achetés par le gouvernement fédéral à des industriels américains, en vue de profiter de la réduction des coûts unitaires induite par l’effet de série. De même, la Russie propose une coopération de défense et de sécurité à des clients aux ressources budgétaires limitées, afin de s’implanter dans des pays hors de sa sphère traditionnelle, notamment en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Union européenne tente de se constituer une industrie commune de défense, selon le principe « d’interdépendance librement consentie » et grâce aux progrès de la coopération dans le cadre de la « Letter of Intent » (lettre d’intention). Pourtant, ses signataires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne et Suède) se font concurrence pour trouver des débouchés pour leurs entreprises sur les marchés les plus porteurs. Israël se concentre sur des segments de haute technologie : drones, systèmes spatiaux et missiles. Des pays émergents, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, consolident leur propre base industrielle et technologique de défense, à partir des transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation des grands contrats d’armement. Quoique leur niveau technologique, encore limité, les exclut de fait des secteurs les plus en pointe, ils parviennent quand même à remporter des appels d’offres internationaux. Ainsi, au cours des 15 dernières années, la part des 10 premières entreprises mondiales d’armements, toutes américaines et européennes, est passé de 60 % à 50 %, tandis que celle des pays émergents a progressé de 15 %.

Les embargos en cours. Les institutions internationales ont imposé des embargos sur les armes à destination de plusieurs pays, encore en vigueur au 1er mai 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union européenne (UE) en ont décrété vis-à-vis de la Corée du Nord, de l’Iran, du Liban, de la Somalie, de la Libye, du Darfour, de la Centrafrique et des forces non gouvernementales de l’Irak, du Yémen et de la République démocratique du Congo. L’UE a aussi imposé des embargos sur les armes à destination de la Chine, de la Russie, de la Biélorussie, de la Syrie, du Soudan Erythrée, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Enfin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a imposé un embargo sur les armes et munitions aux forces engagées dans des combats dans la région du Nagorno-Karabakh en Arménie.

Le contrôle des trafics d’APLC. Les armes légères et de petit calibre (ALPC) et leurs munitions, faciles à dissimuler et transporter, constituent l’essentiel des trafics illicites d’armes dans le monde. La France et la Suisse ont réussi à faire adopter « l’Instrument international de traçage » des ALPC. Dans le cadre de l’OSCE, la France est aussi à l’origine de « l’Arrangement de Wassenar » sur la prévention des transferts déstabilisants d’ALPC par voie aérienne. Pendant l’opération « Serval » au Mali (janvier 2013-juillet 2014), les forces françaises ont découvert 200 t d’armements et de munitions. L’opération « Barkhane » (lancée en août 2014), menée avec les pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie) vise à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes, en les privant de leurs moyens de combat par la recherche et le démantèlement de leurs caches d’armes, d’explosifs et de munitions (20 t de munitions détruites fin 2016). En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères apporte un soutien technique, matériel et financier au déminage de Ouidah au Bénin et aux formations de gestion et de sécurisation des stocks d’armes. Enfin, en 2018, la France présidera la 3ème conférence d’examen du Programme d’action des nations unies sur les armes légères.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Le partenariat intergouvernemental de la France avec l’Australie, signé le 20 décembre 2016, fait suite à la vente de 12 sous-marins océaniques à propulsion diesel-électrique pour un montant de 34 Mds€. Conclu avec Naval Group (ex-DCNS) et d’une durée de 50 ans, il porte sur les conception et construction de la plate-forme, en vue de la mise en service actif du premier submersible au début des années 2030. Celui avec l’Inde, qui remonte à 1953 avec les premiers Mirage de Dassault Aviation, s’est renforcé par le contrat de vente de 36 Rafale, signé le 23 septembre 2016. En comptant les achats de l’Egypte et du Qatar en 2015, 84 Rafale ont été vendus en deux ans. Le partenariat stratégique avec le Koweït, en cours depuis plusieurs décennies, a débouché sur la signature, le 9 août 2016 avec Airbus Hélicoptères, d’un contrat de 1 Md€ pour 30 hélicoptères Caracal de sauvetage et de transport de troupes, dont les livraisons s’échelonneront entre 2018 et 2020. Enfin, suite au traité de coopération en matière de défense et de sécurité de Lancaster House (2010), l’accord intergouvernemental entre la France et la Grande-Bretagne a été ratifié par les Parlements à l’automne 2016. Il porte notamment sur les systèmes de missiles du groupe franco-britannique MBDA, 2ème constructeur mondial de missiles tactiques.




14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international

L’édition 2017 du défilé militaire sur les Champs-Elysées met l’accent sur la coopération entre forces armées et de sécurité et entre pays alliés dans les opérations extérieures. Elle commémore aussi le centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale.

Sa préparation, étalée sur un an, a été présentée à la presse le 5 juillet 2017 par le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris.

Les personnels et matériels. Ponctué par l’arrivée et le départ du président de la République, le défilé compte 3.765 militaires à pied (+ 526 en un an), 241 cavaliers de la Garde républicaine, 211 véhicules, 63 avions et 29 hélicoptères (+ 4). L’opération « Chammal », en cours en Irak et en Syrie, mobilise 1.200 soldats, toutes spécialités confondues, dans la lutte contre l’Etat islamique (Daech). Elle est mise à l’honneur par la marche d’un bloc d’une centaine d’entre eux, issus des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale. Rappel de la Grande Guerre, une animation initiale met en parallèle les innovations technologiques réalisées à l’époque et la préparation de l’avenir par le travail d’anticipation des armées et la Direction générale de l’armement. Des images illustrent les capacités opérationnelles des véhicules présentés et les évolutions aériennes et maritimes depuis cent ans. Elles appuient huit présentations dynamiques de véhicules d’époque et d’aujourd’hui : un char Schneider et un véhicule blindé de combat d’infanterie ; un char Saint-Chamond et un char Leclerc ; un camion Renault EG1 équipé d’un canon 155 GPF et un canon Caesar ; un camion Latil en version ambulance et un véhicule de l’avant blindé sanitaire ; un porte-char Latil avec une maquette de char FT17 et un porte-char 700/100 ; un camion Lauer transport de marchandises et un camion logistique blindé ; un camion Peugeot avec une barque pontonnier et un SPRAT (système de pose rapide de travures). Un drone tactique de renseignement Patroller contribue à la fourniture d’images aériennes. Un drone de surveillance Reaper (moyenne altitude longue endurance) participe à la « bulle » de sécurisation de l’espace aérien de la capitale pendant le défilé.

Les Etats-Unis, invités d’honneur. A l’occasion du centenaire de l’engagement de son pays sur le front Ouest aux côtés des Alliés, le président américain Donald Trump assiste au défilé, à l’invitation du président de la République Emmanuel Macron. La précédente présence d’un président des Etats-Unis à cette parade militaire, en l’occurrence George Bush (père), remonte à 1989. Environ 1 million de soldats américains ont participé aux combats du premier conflit mondial et 126.000 y ont perdu la vie. Cette fois-ci, quelque 200 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et du Corps des Marines défilent à Paris, dont cinq, en tête, revêtus des uniformes de 1917.  En 2002, les cadets de West Point avaient défilé avec les élèves-officiers de Saint-Cyr Coëtquidan. Le défilé aérien de 2017 inclut 2 avions de chasse américains F22 Raptor et 6 F16 de la patrouille acrobatique des « Thunderbirds », qui suivent les 9 Alphajet de la Patrouille de France. Celle-ci s’est rendue aux Etats-Unis en avril dernier. Aujourd’hui, la France et les Etats-Unis luttent contre Daech dans la coalition internationale au Levant.

Les musiques militaires. Les fanfares présentes symbolisent la coopération interarmées : Garde républicaine ; Air ; Flotte ; sapeurs-pompiers de Paris ; Légion étrangère ; transmissions ; cavalerie ; artillerie ; parachutistes ; troupes de Marine.

Loïc Salmon

2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale

14 juillet 2016 : les engagements militaire, sécuritaire et national




Défense : Sylvie Goulard, une ministre « des Armées »

La ministre des Armées, Sylvie Goulard, a souligné le caractère symbolique et la résonance historique de cette dénomination recentrée sur les personnels militaires, qui risquent leur vie, et leurs missions.

Au cours d’une conférence de presse le 29 mai 2017 à Paris, elle a présenté ses priorités définies à l’issue d’une réunion avec ses grands subordonnés (le chef d’Etat-major des armées, le Délégué général pour l’armement et le secrétaire général pour l’Administration).

Une stratégie globale. La première priorité porte sur la protection de la France, où la menace terroriste reste élevée, et l’amélioration des conditions des militaires déployés en opérations extérieures et sur le territoire national. La deuxième concerne l’effort financier en matière de défense avec l’objectif de 2 % du produit intérieur brut en 2025, impliquant une réflexion stratégique sur la loi de programmation militaire à mener à bien avec le Parlement en 2018. La troisième priorité pose la question de la défense de l’Europe, à la suite des récents attentats terroristes en Suède, au Danemark, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Lors du sommet de l’OTAN (Bruxelles, 25 mai 2017), l’insistance des Etats-Unis auprès de leurs partenaires européens, pour  assumer une part plus importante du budget de l’Alliance, constitue une nouvelle vulnérabilité, mais aussi un aiguillon pour des avancées communes vers l’Europe de la défense, position longtemps défendue par la France, rappelle Sylvie Goulard. Les opinions publiques européennes devront être préparées à un effort pour la défense, qui nécessitera des arbitrages internes. L’environnement géopolitique, extrêmement changeant, implique, de la part de la France, une approche pragmatique pour développer des coopérations avec l’Allemagne (aviation militaire notamment), la Grande-Bretagne et d’autres pays (deux ou trois partenaires). Quant au service militaire universel en France, mentionné par Emmanuel Macron pendant la campagne pour l’élection présidentielle, la ministre a indiqué que les modalités seront définies au niveau interministériel sous l’autorité du Premier ministre, car les ministères de l’Intérieur et de l’Education nationale en seront parties prenantes. Ce service militaire universel correspond à une volonté présidentielle de renforcer la cohésion entre la jeunesse et la nation.

Une carrière « européenne ». Titulaire d’une licence en droit de l’Université d’Aix-Marseille (1984) , Sylvie Goulard est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris (1986). Ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration, elle mène une carrière de haut fonctionnaire (1989-1999) à la direction des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères (MAE). Elle fait notamment partie de l’équipe française chargée de négocier la réunification de l’Allemagne. Après un détachement au Conseil d’Etat (1993-1996), elle suit les affaires européennes au service de prospective du MAE. A l’issue d’un passage comme chercheuse associée au Centre de recherches internationales (1999-2001), elle devient conseillère politique du président de la Commission européenne Romano Prodi (2001-2004). Elle suit les travaux de la convention présidée par l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, en vue d’un projet de traité constitutionnel, qui sera rejeté par référendum. Après avoir enseigné au Collège d’Europe à Bruges (2005-2009), Sylvie Goulard est élue à deux reprises au Parlement européen (2009-2017). Enfin, elle est nommée ministre des Armées le 17 mai 2017.

Loïc Salmon

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui




Femmes dans les armées : la réussite devient possible

La carrière des femmes militaires dépend de leur compétence, clé du commandement qui est respecté même si une femme l’exerce. Leur réussite inclut leur épanouissement familial.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : la générale de division Isabelle Guion de Meritens, commandant l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale ; la lieutenante-colonelle Catherine Busch, commandant le 2ème bataillon de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr ; Claude Weber, maître de conférences en sociologie aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan ; Nathalie Legrand, consultante à Abonea Coaching.

Cœur, passion et raison. Mariée à un collègue et mère de famille, passée par Saint-Cyr et 1ère femme officier affectée à la Gendarmerie mobile, la générale Guion de Meritens a construit sa carrière au ministère de la Défense puis à celui de l’Intérieur depuis 2009. Elle se définit  comme un chef militaire qui exerce un métier de service public, qui a connu une aventure opérationnelle en métropole et outre-mer et qui doit gérer des ressources matérielles et humaines. Cela nécessite de travailler beaucoup et de réussir dans les postes opérationnels, qui vont notamment du commandement de 400 gendarmes dans un quartier urbain à l’interpellation à 6 h du matin, l’arme au poing, et à une action de force contre des sans-papiers. En tant que chef, elle exclut tout féminisme et se sent responsable de l’épanouissement de ses subordonnés, hommes et femmes. Elle a vécu l’adaptation de l’institution à l’arrivée des femmes, qui perturbait les gendarmes… et leurs épouses ! Aujourd’hui, l’égalité professionnelle et l’équité sont de mise. Les femmes ont accès à tous les métiers, y compris, pour les sous-officiers, dans la  Gendarmerie mobile auparavant réservée aux officiers féminins. Totalisant 19 % des 100.000 personnels de la Gendarmerie, les femmes constituent 13 % des sous-officiers et 7 % des officiers. Ces dernières sont issues des écoles militaires, du corps des sous-officiers ou directement du monde civil. Depuis 2002, la Gendarmerie recrute en effet au niveau universitaire 25 à 30 candidats par an, dont la moitié de femmes qu’il s’agit ensuite de « fidéliser ». Satisfaites de leur parcours, celles-ci recherchent un équilibre en matière de disponibilité, car l’ambition professionnelle s’use au profit de la vie de famille. Les femmes célibataires et sans enfant représentent 41 % des officiers et les hommes 13 %. Le succès, conclut la générale, repose sur la continuité dans l’action, l’implication des hommes, la communication et la poursuite d’une politique facilitant les carrières des deux sexes et pas seulement celles de femmes.

Symbole, alibi, hors de l’ordinaire. Le choix de Saint-Cyr correspond à celui d’une carrière militaire longue et à celui de commander, rappelle la lieutenante-colonelle Busch. Le contexte politique actuel de discrimination positive a pesé dans sa désignation à la tête du 2ème bataillon de Saint-Cyr, reconnaît-elle en précisant que ses compétences ont été validées pour le poste. L’institution a placé la femme qu’il faut là où ça va moins bien. Mais mener une carrière militaire en même temps que des vies de femme et de famille reste un choix difficile et implique des sacrifices à consentir. Beaucoup de femmes y renoncent, surtout parmi les sous-officiers. Même si l’institution essaie de faire les choses bien, la maternité n’est guère compatible avec les temps de commandement. La tentation est grande d’utiliser les femmes pour illustrer la politique menée. Celles-ci doivent rester vigilantes pour ne pas se trouver entraînées à des responsabilités non souhaitées et à exposition médiatique trop élevée. Parfois, il faut savoir dire « non », afin de préserver sa famille et ne pas s’autocensurer dans la volonté de maternité, souligne la lieutenante-colonelle. Enceinte de son 2ème enfant lorsqu’elle a préparé le concours de l’Ecole de guerre, période lourde à gérer, elle a accepté le risque d’échouer. Son accouchement a eu lieu entre les épreuves écrites (août) et orales (octobre). Lors d’une affectation à un poste sensible, elle recommande aussi de se méfier du perfectionnisme, pression personnelle supplémentaire. Enfin, elle rend hommage à… la compréhension de son mari !

Le monde civil. Nathalie Legrand a vécu une première carrière de « trader » dans la bourse où les décisions, toujours rapides, font gagner, ou perdre, beaucoup d’argent. Elle n’entrevoit guère de parité avant une dizaine d’années dans les hautes fonctions des entreprises privées, où les femmes représentent aujourd’hui 33 % des cadres supérieurs et 20 % des dirigeants. Quoique majoritaires parmi les diplômés de l’enseignement supérieur (55%), celles-ci voient leur carrière freinée par différents facteurs : efficacité des réseaux masculins ; insuffisance de mentors pour les former et de « sponsors » pour les tirer vers le haut ; manque de confiance en elles pour poser leur candidature à un poste à responsabilité ; doute sur leur légitimité. S’y ajoutent : la maternité, qui les exclut pendant quelques mois du monde de l’entreprise en évolution permanente ; la culpabilité vis-à-vis du conjoint et des enfants. Alors que les hommes demandent la reconnaissance de leurs compétences, les femmes l’attendent. Toutefois, selon un rapport (2011) du cabinet d’audit Mc Kinsey, les entreprises dont le comité exécutif compte le plus de femmes obtiennent un taux de rendement financier supérieur de 41 % à celles dont l’équipe dirigeante est exclusivement masculine. Les réseaux féminins se renforcent, dont Ladies First, Elles@Coke, Financi’elles et Grandes Ecoles au Féminin. Nathalie Legrand conseille aux femmes d’oser !

Constat et pistes possibles. La culture militaire aboutit à une division sexuelle des tâches découlant du combat, finalité des armées, estime Claude Weber. Les hommes ont tendance à voir la femme avant le soldat et plutôt de façon négative ou bien de considérer la femme militaire en décalage par rapport aux autres femmes de la société civile. Les femmes réagissent par la discrétion, l’évitement ou la lutte, facteurs perturbateurs de la cohésion qui devrait reposer sur la complémentarité et non sur l’identité. Claude Weber recommande : de développer les études sur les catégories de métiers, les opérations extérieures et les effets générationnels ; tenir compte des expériences d’autres pays ; observer la société civile et les autres professions ; inclure les hommes dans les réflexions.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Selon le ministère de la Défense, les armées comptent environ 60.000 femmes (plus de 15 % des effectifs en 2015), soit deux fois plus qu’en 1995. Les femmes représentent 58 % des effectifs du Service de santé, 29 % de ceux du commissariat, 22 % de ceux de l’armée de l’Air, 14 % de ceux de la Marine nationale et 10 % de ceux de l’armée de Terre. Très nombreuses dans les ressources humaines (48 %), elles le sont beaucoup moins dans les activités opérationnelles (3 %), quoique 1.500 soient actuellement déployées sur les théâtres extérieurs. En 2016, tous services et armées confondus, les officiers généraux comptaient 30 femmes dans leurs rangs. En 2017, 5 autres devraient les rejoindre, en vue d’un objectif de 7 % en 2019.




Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Les jeunes femmes qui s’engagent dans les armées y recherchent des valeurs. Les contraintes du métier militaire, quoique plus lourdes pour elles, ne les empêchent guère d’y faire leurs preuves comme leurs collègues masculins.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : le général de brigade Christophe Abad, Direction des ressources humaines de l’armée de terre ; le médecin-chef Nathalie Koulmann, chef du département environnements opérationnels de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) ; le médecin-chef Marion Trousselard, chef de l’unité de neurophysiologie du stress (IRBA).

Vivier indispensable. La féminisation ne fait plus partie des priorités du haut commandement. En 15 ans, les femmes ont accédé à tous les domaines des armées de Terre occidentales, selon leurs envies, talents et potentiel, rappelle le général Abad. Sans elles, les forces terrestres françaises n’auraient pu réaliser leur montée en puissance depuis 2015. Elles recrutent 15.000 personnels en moyenne par an parmi un vivier d’un million de Français intéressés, âgés de 17,5 à 30 ans avec les niveaux physique et de formation suffisants pour passer les tests d’aptitude. Pour les jeunes en manque de repères, l’armée de Terre présente une valeur refuge avec la possibilité d’y progresser selon leurs qualités propres. L’égalité de traitement reste fondamentale parmi les officiers, sous-officiers et militaires du rang. Toutefois, souligne le général, la discrimination positive n’existe pas : le parcours professionnel se construit par les examens, concours et formations. Etre militaire implique les mêmes compensations et sujétions pour les hommes et les femmes. Référencée dans chaque unité, la mixité fait l’objet d’une sensibilisation, dès la formation initiale des officiers à Saint-Cyr, et d’une définition précisée dans la doctrine du commandement dans l’armée de Terre. Il s’agit ensuite de « fidéliser » les femmes, afin de conserver le maximum de compétences acquises au cours de leurs années de service. Ainsi, une élève de la première génération mixte de saint-cyriens sera prochainement promue colonelle. L’efficacité opérationnelle va de pair avec un projet d’épanouissement individuel. Or, peu de femmes se sentent attirées par les systèmes de combat de l’armée de Terre, où l’exigence physique, la rusticité et la grande promiscuité de la vie en opérations sont plus fortes que dans les autres spécialités (encadré). Par ailleurs, la disponibilité permanente demeure difficilement compatible avec la vie de famille. Chaque promotion de Saint-Cyr voit ses effectifs diminuer après 15 ans de service : 30 % chez les hommes et … 66 % parmi les femmes !

Aptitude au combat. La compétence à exercer le métier, pour lequel un(e) candidat(e) a été recruté(e) s’appuie sur des données objectives liées au sexe, souligne le médecin-chef Nathalie Koulmann. Plus petite de 8 % en moyenne que l’homme, la femme présente une composition corporelle, une longueur relative des membres et un développement de la cage thoracique différents, qui ont des impacts sur les tâches à accomplir. Ainsi, par rapport à un homme de référence de 1,74 m et de 73 kg, une femme de référence de 1,64 m et de 57 kg présente une masse du cœur de 256 g contre 349 g et un volume des poumons de 4,25 l contre 5,70 l. Cette moindre capacité de transport d’oxygène s’accompagne d’un taux d’hémoglobine moyen inférieur de 10 % et de réserves en fer souvent limitées. Mais sa capacité à brûler plus de graisse, supérieure de 10 %, lui donne un avantage pour les exercices de très longue durée. Les tâches militaires, complexes, intègrent plus ou moins des aptitudes physiques  élémentaires : force musculaire et agilité, endurance musculaire et équilibre dynamique, aptitude aérobie avec coordination et puissance, flexibilité avec temps de réaction et vitesse. Quoique la force soit déterminante dans certaines activités, la femme la plus forte l’emportera toujours sur l’homme le plus faible. Mais désavantagées pour le port de charges lourdes, les femmes réussissent très rarement la totalité des tests physiques. Malgré une masse grasse plus élevée et un débit sudoral plus faible, elles présentent une tolérance à la chaleur presque similaire. Elles résistent aussi bien aux contraintes aéronautiques avec un « pantalon anti-G » adapté à leur morphologie. Pour les exercices de faible intensité, elles se fatiguent moins vite et récupèrent plus vite. En plongée, leur autonomie est supérieure, car elles consomment moins d’air, comme en témoignent deux femmes plongeurs-démineurs et une nageuse de combat ! Le risque de fracture de fatigue (sur-utilisation des os) lors des marches avec une charge lourde, quoique 2 à 6 fois plus élevé chez la femme, se réduit de 95 % en modifiant la fréquence des pas. Une doctrine d’aptitude physique minimale à certains postes, sans barème différentiel par sexe, reste à définir.

Environnement opérationnel. Les neurosciences permettent de comprendre les processus mentaux de perception, d’action, d’apprentissage et de mémorisation, explique le médecin-chef Marion Trousselard. Elles trouvent des applications militaires : prise en charge des blessés et des soins de l’avant ; amélioration de la sélection, de la formation et de l’entraînement ; organisation optimale de la préparation des opérations et de leur gestion. Tous les militaires connaissent le stress, réponse comportementale, émotionnelle, cognitive et physiologique face à un événement grave. Des études (2007) démontrent : la supériorité des hommes en capacité et vitesse de traitement de l’information ; la supériorité des femmes pour la capacité d’attention, la mémoire des mots et des visages ainsi qu’aux tests d’intelligence sociale. Le risque de dépression s’accroît lors des missions orbitales, des patrouilles sous-marines et de l’hivernage polaire, auxquels des femmes ont participé. Celles-ci embarquent déjà sur les sous-marins, notamment en Suède depuis 1989, en Australie (1998), au Canada (2001) et aux Etats-Unis (2010). En France, la féminisation a été décidée en 2006 sur les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda dont le 1er entrera en service fin 2018. La formation de 3 femmes officiers, dont 1 médecin, a commencé en 2015, en vue d’un embarquement sur un sous-marin nucléaire lanceur d’engins en 2017.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Selon le ministère de la Défense, l’encadrement dans l’armée de Terre se répartissait ainsi en 2015 : officiers de carrière (Saint-Cyr), 49,9 % de femmes pour 80,1 % d’hommes ; officiers sous contrat, 51,1 % de femmes pour 19,9 % d’hommes ; sous-officiers de carrière (Ecole de Saint-Maixent), 54,7 % de femmes pour 52,1 % d’hommes ; sous-officiers sous contrat, 45,3 % de femmes pour 47,9 % d’hommes. La part des femmes par spécialité se montait à : 0,5 % dans l’arme blindée ; 0,5 % dans l’infanterie ; 2,3 % dans le génie ; 3,8 % dans l’artillerie ; 5,1 % dans la maintenance ; 26,7 % dans les budget, finances et comptabilité ; 29,7 % dans la santé ; 30,6 % dans la communication ; 42,4 % dans l’administration ; 43,5 % dans la gestion des ressources humaines.




Cyberdéfense : soutien pour le renseignement, la protection, la prévention et l’action

Rattachée directement au chef d’Etat-major des armées, la cyberdéfense militaire implique les armées de Terre et de l’Air, la Marine nationale et la Direction générale de l’armement pour analyser, planifier et intervenir aux niveaux défensif et offensif.

Elle a fait l’objet d’une communication à la presse, le 16 mars 2017 à Paris, par le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général cyberdéfense. De son côté, le lieutenant-colonel Victor Le Bihan a présenté l’exercice DEF NET 2017, qui s’est déroulé dans toute la France du 20 au 31 mars. Enfin, le capitaine de vaisseau Vincent Grégoire a expliqué la cyberdéfense dans la Marine au cours d’une conférence-débat organisée, le 22 mars 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

COMCYBER. Commencée en 2011 avec quelques centaines de personnes, la « cyberdéfense » est devenue, en décembre 2016, le Commandement de cyberdéfense (COMCYBER), dont l’effectif devrait atteindre 3.200 militaires et civils en 2019, indique l’amiral Coustillière. Un échelon de préfiguration, créé en janvier 2017, met en place les textes juridiques et les processus nécessaires à la création du COMCYBER, qui sera structuré en 4 pôles : sécurisation des réseaux ; « défensif » avec l’intégration du CALID (Centre d’analyse de lutte informatique défensive) et ses relais au sein du ministère ; « action numérique » couvrant les différentes missions de combat ; la réserve. Pour recueillir les compétences destinées à développer les capacités techniques et tactiques, une campagne de recrutement vise les jeunes de moins de 30 ans, passionnés de numérique et désireux de servir leur pays. Tout juste diplômés d’écoles d’ingénieurs (bac + 5) ou travaillant déjà dans des petites et moyennes entreprises innovantes, ils bénéficieront de contrats de 3 à 6 ans, dont ils pourront valoriser l’expérience dans le monde civil ensuite. L’informatique irrigue tous les équipements des armées, systèmes d’armes et bureaux d’état-major. L’amiral a énuméré les menaces possibles : terrorisme basique sur internet ; grandes mafias ; espionnage ; retour des grandes puissances, notamment la Russie. Dans ce domaine « gris », tous les maillons faibles d’un pays sont visés, en vue d’une déstabilisation et de son exploitation médiatique. Enfin, conformément à la doctrine de l’OTAN, le COMCYBER entretiendra des échanges selon les accords privilégiés avec quelques pays alliés, dont les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Estonie (pays d’accueil d’un centre de la cyberdéfense de l’OTAN) et les Pays-Bas.

Exercice DEFNET 2017. Pour entraîner à la lutte informatique défensive, l’exercice DEFNET 2017 s’est déroulé sur 11 sites pendant 2 semaines avec 5 plates-formes pour simuler 40 incidents. Il a mobilisé : 155 spécialistes militaires et 240 étudiants de 12 établissements de l’enseignement supérieur ; 3 industriels ; 1 unité de l’armée de Terre, 2 bâtiments de la Marine nationale et 2 bases de l’armée de l’Air. Pour la 1ère fois, des réservistes de la cyberdéfense ont été déployés sur la base aérienne de Rochefort. Dorénavant DEFNET sera organisé chaque année dans les armées.

Marine et cyberdéfense. La Marine s’adapter aux risques cyber selon trois axes, souligne le capitaine de vaisseau Grégoire : se structurer pour commander et agir ; protéger et défendre les systèmes d’information et systèmes d’armes ; agir dans le cyberespace au profit des opérations aéronavales. Elle protège ses unités et peut réagir à n’importe quel accident informatique pour conduire une opération en toute sécurité, notamment grâce à l’exercice DEFNET. Système complexe de capacités opérationnelles interconnectées, chaque navire est une plateforme de communication, d’information, de navigation et de combat. Ainsi, le maintien d’une eau réfrigérée à 6° C influe sur les conditions de vie à bord, la propulsion, les transformateurs électriques, le sonar remorqué, le radar multifonctions et les baies du système de combat. La cyberprotection va de « l’hygiène numérique » de base à l’homologation des systèmes sur les programmes navals. La cyberdéfense part des groupes d’intervention rapide en cas d’attaque, au renseignement, à l’entraînement des unités et à la coopération internationale avec les pays alliés. Pôles de référence, les centres de Toulon et Brest dépendent de l’amiral chargé des opérations et de la lutte informatique défensive et disposent d’experts pour les sous-marins, bâtiments de surface et infrastructures à terre. Ils vérifient les qualifications opérationnelles et développent des scénarios d’entraînement, à savoir des plates-formes de tests de simulation par des automates programmables et validés par le COMCYBER. Pour réagir efficacement, il convient d’établir une cartographie des systèmes d’information du navire, lesquels se montent à 3.000 sur une frégate multi-missions ou un bâtiment de projection et de commandement. D’ici à 2019, un centre de cybersurveillance sera mis en œuvre pour : recueillir les renseignements d’intérêt cyber ; détecter les incidents en amont ; anticiper les cyberattaques en se plaçant à la place de l’agresseur qui aura perçu les vulnérabilités des systèmes.  Un bâtiment de combat, réalisé en 5-10 ans, doit connaître une vie opérationnelle de 30-40 ans avec une garantie de la sécurité de ses systèmes, rappelle le capitaine de vaisseau Grégoire. Cela implique un lien entre les industriels de défense, la Direction générale de l’armement et les organismes de soutien de la Marine. La sécurité intervient dès la conception du navire pour réduire les risques aux niveaux des codes, de l’architecture, des réseaux et de la réflexion sur le maintien en condition opérationnelle. Elle est prise en compte pour la future frégate de taille intermédiaire et la modernisation du système de combat du porte-avions Charles-De-Gaulle. Par ailleurs, la Marine va recruter 125 personnes dans les écoles spécialisées d’ici à 2019 : officiers en master cyber ; officiers mariniers ; ingénieurs et techniciens civils. Elle devra ensuite les fidéliser, car ces personnels sont très recherchés dans le monde civil. Enfin, au niveau de la réflexion, une chaire industrielle sur la cybersécurité des systèmes navals a vu le jour en 2014 et regroupe l’Ecole navale, Télécom Bretagne et les groupes DCNS et Thales. Elle repose sur des post-doctorats et doctorats universitaires et des stages à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Le ministère de la Défense a traité 24.000 actes malveillants de tous types en 2016. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit un investissement global de 2 Mds€ pour la cyberdéfense et un effectif de 3.200 spécialistes, renforcés selon les besoins par 4.400 réservistes, dont 400 pour la réserve opérationnels et 4.000 pour la réserve citoyenne. Les missions des « combattants numériques » incluent : le durcissement des systèmes ; la recherche ; la veille et l’anticipation des menaces ; l’audit ; les tests d’intrusion ; la supervision et la protection des systèmes d’information ; la détection et la recherche des compromissions ; l’investigation numérique et la veille sur les réseaux sociaux ; la participation aux opérations.




Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

associant les compétences militaires et civiles en un même lieu, tel est l’objectif du projet « Intelligence Campus ». Le terme « intelligence », en français, se combine avec le même mot anglais, qui signifie « renseignement ».

Ce projet a été lancé, le 23 mars 2017 sur la base aérienne 110 de Creil, par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (à droite sur la photo) en compagnie du chef d’Etat-major des armées, le général Pierre de Villiers (à gauche) et du chef de la Direction du renseignement militaire (DRM), le général Christophe Gomart (au centre) à l’occasion des 25 ans de la DRM. L’Intelligence Campus (IC) se positionne à l’intersection de la formation, de la recherche et de l’industrie.

Formation. Construit à partir du Centre de formation interarmées du renseignement, transféré de Strasbourg à Creil et rénové, le pôle « formation » de  l’IC accueillera aussi des étudiants en 3ème cycle universitaire (statistique, sciences humaines, informatique et autres), des professionnels (sécurité, intelligence économique, risques pays et autres) et des militaires de pays alliés (attachés de défense et autres). Les sujets concernent l’imagerie, le cyber, le renseignement géospatial, celui d’origine électromagnétique, la géopolitique et la méthodologie de l’analyse. La proximité de Creil avec l’aéroport international de Roissy facilite le développement d’une académie internationale du renseignement, lieu d’échange entre les services similaires alliés.

Recherche. Pour anticiper les menaces et phénomènes complexes, le pôle « recherche » porte sur les technologies (mégadonnées, intelligence artificielle et autres) et les sciences humaines et sociales : détection d’objets, satellites, aides à la localisation, drones, recherche sources ouvertes, identité numérique, sciences cognitives (mécanismes de la pensée humaine), internet des objets, biométrie, traitement audio (traduction et reconnaissance automatiques), cartographie des réseaux, détection des signaux et analyse prédictive. Parmi ses partenaires, l’IC compte le CNRS, l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique, Télécom ParisTech, l’Ecole polytechnique, l’Université des technologies de Compiègne, l’Institut de recherche de l’Ecole militaire, l’Université Paris-Dauphine et l’Association pour les études sur la guerre et la stratégie.

Industrie. Le pôle « industrie » de l’IC s’adresse aux grands groupes (industrie de défense, assurance, banque, télécommunications et santé) comme aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux « start-up ». Ces partenaires auront accès à certaines données classifiées du renseignement militaire, dans le respect des règles de sécurité (habilitations et besoin d’en connaître). Centre d’expérimentation des technologies de la sécurité, l’IC mettra en œuvre des procédures de contrôle qui ne devraient pas brider les opportunités de rencontres.

GIP et ICE. Le financement de l’IC sera assuré par un groupement d’intérêt public (GIP) associant le ministère de la Défense, la région des Hauts-de-France, le département de l’Oise et les communautés d’agglomérations de Creil, Senlis, Chantilly et Verneuil-en-Halatte. Ce GIP définit la stratégie et pilote les pôles « formation » et « recherche ». Il entretient aussi les relations avec les entreprises membres de l’association « Intelligence Campus Entreprises » (ICE), porte d’accès aux clients et marchés internationaux de défense.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Renseignement et intelligence économique : complémentarité et divergences culturelles

 




Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Concurrencés par les journalistes, pour l’information sur les pays étrangers, et par les professionnels spécialisés, pour les négociations techniques, les diplomates se distinguent par la capacité d’analyse en profondeur, l’expérience du métier et la fierté de représenter leur pays sur les plans politique et culturel.

Ce thème a été traité lors d’une conférence-débat organisée, le 28 février 2017 à Paris, par l’Institut des relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : l’ambassadeur Loïc Hennekine, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (1998-2002) ; le professeur Christian Lequesne, Institut d’études politiques de Paris ; Jean-Dominique Merchet, correspondant diplomatique et de défense au quotidien L’Opinion. Le débat a porté sur le métier de diplomate, son adaptation à l’évolution du monde et sa relation avec les autorités gouvernementales. La politique étrangère s’inscrit dans le temps long, alors que le personnel politique et les médias réagissent dans le temps court ou même dans l’immédiat. S’y ajoutent les relations des diplomates avec les militaires et les services de renseignement.

Etude d’une institution. Pour écrire son livre « Ethnographie du Quai d’Orsay » sur les pratiques des diplomates, Christian Lequesne a, d’août 2013 à décembre 2015, réalisé une centaine d’entretiens, assisté aux réunions du cabinet du ministre et du secrétaire général et intégré les ambassades de Varsovie et de Dakar. Il constate l’importance de la parole, qu’il faut contrôler en permanence. Les diplomates reconnaissent que leurs interventions sont parfois « langue de bois » ou « eau tiède ». Ils redoutent la « gaffe » dans la communication, notamment dans les pays d’affectation où la presse et les dirigeants politiques locaux les observent. Leur vision du monde, construite par l’expérience, conduit à deux tendances. La première, dite « gaullo-mitterrandienne », part du principe que la France doit parler à tout le monde pour défendre ses intérêts. La seconde, dite des « occidentalistes », se manifeste surtout chez les jeunes générations, plus sensibles aux valeurs, comme les opinions publiques. Marqués par la mondialisation, ces diplomates estiment que la France, pays occidental, ne doit pas se démarquer par principe des Etats-Unis. Mais tous font partie d’une chaîne longue, où la politique étrangère se décide au plus haut sommet de l’Etat, comme la Défense. Leur capacité à résister en tant que grand corps de l’Etat dépend de leur perception de leur ministre de tutelle et leur marge de manœuvre de sa légitimation, faible ou forte. Celle-ci repose sur : sa relation, bonne ou mauvaise, avec le président de la République ; sa capacité à entrer dans l’intimité des dossiers ; son intérêt pour l’administration ; sa défense du ministère face à « Bercy » (ministère de l’Economie et des Finances), l’ennemi symbolique des diplomates.

Vécu de l’intérieur. Selon Loïc Hennekine, l’essentiel est d’aller à la vérité sans se masquer et s’intéresser à ce qui se passe à l’étranger pour exercer une influence culturelle et scientifique et développer des relations industrielles et commerciales. Entré au Quai d’Orsay en 1966 lors du retrait de la France du commandement militaire intégré de l’OTAN, il a connu l’évolution de la diplomatie française avec des relations fortes du ministre avec le président : Maurice Couve de Murville avec Charles De Gaulle, Roland Dumas avec François Mitterrand et Dominique de Villepin avec Jacques Chirac. Les ministres qui se sont succédé pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’ont guère exercé d’influence. Quelles que soient leurs opinions, les diplomates analysent, proposent et appliquent les orientations fixées par le président de la République. Le clivage entre les tendances indiquées plus haut résulte du choix des carrières. Ceux qui ont préféré les postes dans les grandes capitales occidentales diffèrent de ceux qui ont mûri leur expérience dans le tiers monde. L’emploi d’armes de destruction massive par l’armée américaine, pendant la guerre du Viêt Nam, et la politique américaine de soutien aux coups d’Etat en Amérique latine, à la même époque, posent des interrogations sur les valeurs occidentales, souligne Loïc Hennekine. Le clivage entre les « occidentalistes » et les « gaullo-mitterrandistes », au sein du ministère des Affaires étrangères, a perduré en 2003, lors de l’invasion américaine de l’Irak au motif de sa possession, supposée, d’armes de destruction massive.

Un regard extérieur. La diplomatie demeure un métier difficile qui allie la technique, qui s’apprend, et l’art, quand il est pratiqué avec talent, explique Jean-Dominique Merchet. Le diplomate doit maîtriser le langage, qui nécessite d’employer le terme qui va bien au bon moment. Il reste en peu en deçà de la réalité, alors que le journaliste va exagérer le trait. Le diplomate se trouve à l’opposé du militaire. Par exemple, quand une décision est prise, le second dira que « l’ordre a été donné ». Le premier invoquera  « une hypothèse de travail à ne pas totalement exclure ». La noblesse du métier de diplomate consiste à parler à des gens hostiles et les transformer en partenaires pour ne pas devoir recourir aux militaires. Le diplomate doit éviter la guerre, à laquelle se prépare le militaire. La politique étrangère ne repose pas seulement sur des personnalités brillantes, mais se construit selon les interactions de la base au sommet. Le processus de la politique étrangère ne se réduit pas uniquement à la rationalité de l’Etat, mais doit prendre en compte les questions idéologiques, les carrières des diplomates et le fonctionnement de l’institution. Selon Jean-Dominique Merchet, le Foreign Office (ministère britannique des Affaires étrangères) rencontre les mêmes difficultés sur le terrain. Sa mission se concentrant sur le suivi des questions politiques, il ne dispose pas de budget pour une action internationale. En revanche, l’organisme chargé du développement, à qui elle incombe, reçoit des financements de la part des organisations internationales. Par ailleurs, l’annulation de la livraison de deux bâtiments de projection et de commandement à la Russie puis leur revente à l’Egypte ont été négociées par… le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui relève directement du Premier ministre.

Loïc Salmon

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Défense : les attachés militaires, soldats et diplomates

Le réseau diplomatique de la France, 3ème dans le monde après ceux des Etats-Unis et de la Chine, compte : 162 ambassades et 2 « antennes diplomatiques » ; 16 représentations permanentes auprès des instances multilatérales ; 91 consulats et consulats généraux ; 133 sections consulaires d’ambassade. L’administration centrale se trouve à Paris au « 37 Quai d’Orsay » avec des annexes à Nantes et en banlieue parisienne (La Courneuve et Châtillon). Au 1er janvier 2015, les effectifs du ministère des Affaires étrangères se montaient à 14.264 agents, dont 5.868 titulaires, 2.867 contractuels, 4.941 recrutés locaux à l’étranger et 659 militaires, y compris les gendarmes qui gardent les ambassades. Les diplomates de carrière des catégories A et A+ de la fonction publique totalisent 1.650 agents. Les effectifs des autres agents se montent à environ 1.000 pour la catégorie B et près de 3.000 pour la catégorie C.




IRSEM : à l’intersection de la défense et de l’université

Très engagée en opérations extérieures, la France doit investir davantage dans la recherche stratégique, indispensable pour comprendre le présent et éclairer l’avenir.

Telle est l’opinion de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, (IRSEM) qu’il a présenté à la presse le 26 janvier 2017 à Paris.

Une équipe civilo-militaire. Créé en 2010 et rattaché à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense, l’IRSEM compte environ 40 personnes (militaires titulaires d’un doctorat et universitaires spécialisés). Les chercheurs se répartissent en 5 domaines : « Questions régionales Nord », pour l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’espace post-soviétique, la Chine, le Japon et la péninsule coréenne ; « Questions régionales Sud », pour l’Afrique, le Moyen-Orient, le golfe Arabo-Persique, le sous-continent indien, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique ; « Armement et économie de défense » ; « Défense et société » ; « Pensée stratégique », sur les conflits armés aux niveaux stratégique, opératif et tactique. Ce domaine, précise Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, est étudié dans certaines universités britanniques depuis 1962, alors que persiste en France un cloisonnement entre les universités et les « think tanks » (instituts de recherche privés). L’IRSEM envoie ses chercheurs dans le monde entier pour répondre aux besoins du ministère de la Défense. Il contribue à l’enseignement militaire supérieur par des cours dispensés à l’Ecole de guerre et au Centre des hautes études militaires et par l’encadrement des officiers stagiaires dans la réalisation de leur mémoire de recherche. L’IRSEM effectue aussi des recherches externes destinées à la communauté scientifique et publiées en français et en anglais. Il favorise l’émergence d’une génération de jeunes chercheurs par l’encadrement des doctorants, par l’attribution d’aides à la mobilité pour faciliter leur employabilité ultérieure et par la valorisation de leur réseau dans la durée. Plus d’une centaine de chercheurs ont déjà reçu un soutien. Enfin, l’IRSEM organise des colloques publics en France et à l’étranger.

Un monde de plus en plus incertain. Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la multiplicité des crises contemporaines, caractérisées par leur violence, provient d’abord d’une mutation du système international. A la bipolarité, influence soviétique et démocratie de type occidental de 1945 à 1999, a succédé un monde devenu progressivement multipolaire par la diffusion de la puissance. L’hégémonie des Etats-Unis diminue, tandis que la Chine émerge et que la Russie revient sur le devant de la scène, avec une prévisibilité moindre de leurs relations entre eux. Outre leur nombre en augmentation, les groupes armés non-étatiques accroissent leur capacité de nuisance par la démocratisation des technologies destructrices et de l’information. Certaines crises sont liées. Les médiateurs régionaux s’affaiblissent ou présentent une attitude ambivalente. S’y ajoute la diversion d’attention sur une crise donnée. Ainsi celle de l’Ukraine se trouve éclipsée par celle de la Syrie. Selon le directeur de l’IRSEM, la recherche stratégique se justifie par les risques de la faiblesse et la menace de la force. Les dépenses militaires en Asie dépassent  celles en Europe. Une dizaine de pays disposent de drones armés, dont la Turquie, le Pakistan, le Kazakhstan, l’Arabie saoudite et le Nigeria. Les acteurs non-étatiques peuvent acquérir tout le spectre des capacités militaires, la formation sur les nouveaux équipements étant fournie par des entreprises privées. Outre l’asymétrie des moyens, le monde occidental est confronté à celle des volontés où « l’ennemi est prêt à mourir, voire souhaite mourir pour défendre sa cause ». Enfin, les repères disparaissent par suite de l’interpénétration des mondes civil et combattant, terroriste et criminel,  et de la guerre conventionnelle ou non.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence