14 juillet 2018 : l’engagement citoyen et patriote

L’édition 2018 du traditionnel défilé sur les Champs-Elysées à Paris met en valeur le caractère collectif (esprit d’équipe et interopérabilité), solidaire (blessés, familles et anciens) et international de l’engagement pour la défense et la sécurité de la France.

Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, a présenté le défilé à la presse le 28 juin à Paris. Le dispositif militaire « Sentinelle » de protection contre le terrorisme a été adapté, en coordination avec la Police et la Gendarmerie.

La coopération internationale. Cette année, le Japon et Singapour sont à l’honneur. Leurs emblèmes, à savoir un détachement de sept militaires autour du drapeau, ouvrent le défilé des troupes à pied en compagnie d’un emblème de la Marine française. Le 13 juillet, une visite a été organisée à la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun pour le Premier ministre Lee Hsien Loong et son chef d’état-major, à l’occasion du renouvellement pour vingt ans de l’accord de défense bilatéral, justifiant la présence en France de forces aériennes de Singapour à des fins d’entraînement. Chargé de la formation avancée des pilotes de chasse, le Squadron 150 de Singapour compte une centaine de militaires qui, avec les familles, constituent une communauté de 300 personnes vivant au Sud du bassin d’Arcachon. Le défilé aérien inclut un avion d’entraînement avancé M346 singapourien, un avion d’entraînement ou d’attaque au sol Alphajet belge et de trois avions allemands de transport tactique (C160 Transall, A400M et C130J Super Hercules). Un premier escadron franco-allemand doit voir le jour sur la base aérienne105 d’Evreux en 2021. Une compagnie franco-espagnole de gendarmes, dite « compagnie Valdemoro », défile à pied. En effet, selon un partenariat bilatéral, une formation commune est dispensée aux gendarmes français et aux gardes civils espagnols. Dans le défilé motorisé, des blindés belges sont incorporés à ceux du 152ème Régiment d’infanterie. Enfin, dans le cadre de la coopération entre la France et la Grande-Bretagne, la 1ère Division de l’armée de Terre française, compte un officier général adjoint de nationalité britannique, qui défile dans le véhicule de commandement.

Les hommages. L’édition 2018 du défilé militaire marque divers anniversaires : le 130ème des troupes de montagne, le 70ème des opérations de maintien de la paix de l’ONU, le 50ème de l’équipe de voltige de l’armée de l’Air et le 20ème de l’escadron singapourien à la base aérienne 120 de Cazaux. Parmi les participations exceptionnelles, figurent : l’avion multi-rôles (transport et ravitaillement en vol) Airbus A330 ; le commandement de la cyberdéfense ; les centres d’instruction élémentaire de conduite ; la Musique de la flotte ; le service militaire adapté ; une formation des hôpitaux d’instruction des armées ; deux avions à décollage et atterrissage courts Pilatus PC6 de l’Aviation légère de l’armée de terre, inclus dans le défilé des hélicoptères. En outre, 305 personnels militaires et civils appartenant aux 13 unités ayant participé à l’opération « Irma » d’assistance aux Antilles, ravagées par le cyclone du même nom (septembre 2017), participent au défilé. D’une durée de deux heures, ce dernier totalise 4.290 personnels défilant à pied, 220 véhicules, 250 cavaliers de la Garde républicaine, 64 avions et 30 hélicoptères. Par ailleurs, chaque année, à l’occasion du 14 juillet, le Souvenir Français rend hommage aux 19 présidents de la République décédés et inhumés en France, dont 7 à Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international

14 juillet 2016 : les engagements militaire, sécuritaire et national




Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

L

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, qui prévoit un important effort financier, devrait être voté par les deux chambres du Parlement fin juin, début juillet 2018.

Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, s’en est entretenu avec l’Association des journalistes de défense le 19 février à Paris, avant l’examen en commission.

Moderniser et renouveler. La LPM maintient, en ressources humaines et capacités technologiques, le modèle d’armée défini dans la « Revue stratégique de défense et sécurité nationale 2017 », indique Jean-Jacques Bridey. Son effort porte d’abord sur l’équipement du soldat et son entraînement, les infrastructures et le maintien en condition opérationnelle des matériels. En matière de grands programmes, elle accélère les livraisons et lance les études amont, en vue de disposer de forces armées bien équipées et entraînées à l’horizon 2030. Le Parlement se réserve un droit de contrôle en 2021, sur pièces et sur place, et le fera savoir à la presse. Si les industriels ne peuvent pas réaliser les programmes prévus, ils devront le dire dès 2019, souligne Jean-Jacques Bridey. Le remplacement du porte-avions Charles-De-Gaulle, théoriquement effectif en 2040, implique de lancer, durant la LPM, des études sur la propulsion, les catapultes et le nombre d’unités (1 ou 2), en vue d’une décision entre 2025 et 2027. Outre la grande souplesse d’utilisation qu’elle confère au Charles-De-Gaulle, la propulsion nucléaire est déjà installée sur tous les sous-marins français, d’attaque ou lanceurs d’engins. Aux Etats-Unis, des expérimentations sont déjà en cours sur des catapultes électromagnétiques, destinées à succéder aux catapultes à vapeur. Vers 2021-2022, le président de la République sera en mesure de décider le choix du ou des prochains porte-avions, avant d’en lancer l’étude de faisabilité. Un seul porte-avions à propulsion nucléaire nécessitant un arrêt technique de 18 mois tous les 10 ans, une permanence à la mer pourrait être assurée au niveau européen, estime Jean-Jacques Bridey. La Grande-Bretagne, qui va se doter de porte-aéronefs, et l’Allemagne ont déjà envoyé des frégates pour escorter le Charles-De-Gaulle en opérations. De son côté, la Belgique envisage d’acquérir des Rafale Marine, susceptibles de s’intégrer au groupe aérien de son successeur.

Cohérence interarmées. La LPM prévoit : la modernisation du Système de commandement et de conduite des opérations aérospatiales, destiné à la détection à haute et très basse altitudes ; une capacité de surveillance spatiale. Les moyens de renseignement d’origine électromagnétique (ROIM), aux niveaux stratégique et tactique, seront améliorés et complétés par 1 système CUGE (charge universelle de guerre électronique) à 3 avions, 3 satellites MUSIS (système multinational d’imagerie spatiale) et 1 système CERES (écoute et ROIM spatial). Le parc de drones MALE (moyenne altitude longue endurance) comprendra 1 système européen et 4 systèmes américains Reaper (+ 2), complétés par 4 avions légers de surveillance et de reconnaissance. Le Système d’information des armées inclura celui de l’optimisation du renseignement interarmées. Le système GEODE 4 D permettra de mieux connaître l’environnement géophysique des théâtres. Les communications seront assurées par 2 satellites Syracuse IV. Les moyens de commandement et de conduite des opérations, au niveau division de la nation-cadre (norme OTAN), incluront l’architecture de communication résiliente et les capacités de ciblage, d’opérations spéciales, de soutien interarmées et de protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique).

Forces navales. La LPM conserve la Force océanique stratégique à 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La flotte sous-marine comptera 6 submersibles nucléaires d’attaque, nombre inchangé mais 4 de type Barracuda. La Force d’action navale comprendra : 1 porte-avions nucléaire (inchangé) avec son groupe aérien embarqué de 42 Rafale (+1) et 2 E2C Hawkeye de guet aérien (inchangé) ; 3 bâtiments de projection et de commandement (inchangé) ; 17 frégates (inchangé), dont 2 de défense aérienne, 5 légères furtives, 8 multi-missions et 2 de taille intermédiaire ; 3 pétroliers-ravitailleurs, dont 2 de nouvelle génération ; 27 hélicoptères moyens/lourds NH90 embarqués (- 9), pour la lutte antinavire. L’action de l’Etat en mer sera assurée par : 6 frégates de surveillance (inchangé) ; 18 patrouilleurs (inchangé) ; 4 bâtiments multi-missions (+ 1) ; 4 bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers (+ 2). La guerre de mines inclura : 5 chasseurs de mines tripartites (- 6) ; 2 bâtiments porteurs ; 3 bâtiments-bases de plongeurs démineurs ; 4 systèmes de drones. L’aviation maritime, hors groupe aérien embarqué, inclura : 18 avions de patrouille ATL2 (- 4), tous rénovés ; 11 avions de surveillance (- 2) ; 45 hélicoptères légers (inchangé).

Forces aériennes. La LPM prévoit : 253 avions de combat en parc (- 1), dont 171 Rafale ; 79 pods de désignation laser (34 d’ancienne génération et 45 de nouvelle génération) ; 4 avions radar E3F Awacs (inchangé) rénovés avec liaisons de données tactiques ; 15 avions ravitailleurs, dont 12 multi-rôles et 2 de transport stratégiques A340 ; 43 avions de transport tactique (- 5), dont 25 A400M (+ 11), 14 C-130 Hercules rénovés et 4 C-130J Super Hercules (+ 2) ; 36 hélicoptères moyens (inchangé), dont 11 Caracal ; 40 hélicoptères légers (inchangé) ; 8 sections de défense sol-air SAMP TT (inchangé).

Forces terrestres. La LPM prévoit : 200 chars Leclerc (- 41), dont 122 rénovés ; 150 chars médians AMX 10RC (-100) et 150 Jaguar ; 629 véhicules blindés du combat d’infanterie(inchangé) ; 1.545 véhicules de l’avant blindé (- 1.116), 936 Griffon et 489 véhicules blindés multi-rôles (VBMR) ; 930 véhicules tactiques porteurs de systèmes d’armes, dont 200 VBMR légers d’appui Scorpion ; 1.387 véhicules blindés légers (- 7), dont 733 régénérés ; 4.983 véhicules légers tactiques polyvalents non protégés. Les forces spéciales recevront 241 véhicules dédiés et 202 poids lourds dédiés, tous de nouvelle génération. L’artillerie disposera de 109 canons Caesar (+ 32) et 13 lance-roquettes unitaires (inchangé). Le parc aérien comprendra 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque (- 17), dont 67 Tigre (+ 3) et 80 Gazelle (- 14) ; 115 hélicoptères de manœuvre (- 7), dont 70 NH90 (+ 34), 11 Puma (- 41), 26 Cougar rénovés et 8 caracal (inchangé) ; 3 systèmes de drones tactiques Patroller.

Loïc Salmon

Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 indique des crédits budgétaires de 35,9 Md€ courants en 2019, 37, 6 Md€ en 2020, 39,3 Md€ en 2021, 41 Md€ en 2022 et 44 Md€ en 2023. La croissance annuelle de 1,7 Md€, de 2019 à 2022, atteindra 3 Md€ en 2023. Une actualisation de la LPM en 2021 devrait préciser le niveau de ressources pour 2024 et 2025, afin de tenir compte de la situation macroéconomique en vue de consacrer 2 % du produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. Seuls les Etats-Unis, la Grèce, la Grande-Bretagne, l’Estonie et la Pologne y sont déjà parvenus en 2016.




DRM : intégrateur du renseignement militaire

Outil d’aide à la décision du président de la République, de la ministre de la Défense et du chef d’Etat-major des armées, la Direction du renseignement militaire (DRM) doit équilibrer appui aux opérations, lutte contre le terrorisme et anticipation stratégique.

Son directeur, le général de corps aérien Jean-François Ferlet, l’a expliqué à la presse le 21 décembre 2017 à Paris.

Les armées. A la tête de la chaîne de la fonction interarmées du renseignement, la DRM emploie directement 2.000 personnes, auxquelles s’ajoutent les 8.000 agents spécialisés des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale et du Commandement des opérations spéciales. Pour couvrir l’ensemble du spectre du renseignement humain, électromagnétique, radar, optique et numérique, elle assure l’interopérabilité des plates-formes, capteurs et modes de recueil : aéronefs habités et drones, unités navales et moyens spatiaux. Toutes les données remontent à la DRM, en vue d’une synthèse pour évaluer le renseignement. En raison du volume de données en croissance exponentielle et conformément à la Revue stratégique 2017, la DRM devra intégrer, à tous les niveaux, des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse afin d’accélérer les boucles décisionnelles du renseignement d’intérêt militaire. Cela passe par l’amélioration de l’interconnexion de réseaux choisis, robustes, bien adaptés aux besoins et indispensables entre les différents partenaires, précise le général. En outre, une démarche est déjà engagée sur l’aide augmentée à l’analyse du renseignement, à savoir les « big data » et l’intelligence artificielle. Ces nouveaux outils influent sur l’expertise et les emplois à la DRM. Il lui faut du temps pour recruter, former et fidéliser des personnels très qualifiés et convoités par le secteur civil. Elle doit imaginer les métiers de demain, aux compétences différentes de celles d’aujourd’hui.

Niveau stratégique. La DRM participe aux travaux d’anticipation stratégique qui fixent les zones géographiques d’intérêt prioritaire. Elle échange des informations avec les cinq autres services renseignement (SR) du « premier cercle » du coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNR-LT) : Direction générale de la sécurité intérieure ; Direction générale de la sécurité extérieure ; Direction du renseignement et de la sécurité de la défense ; Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières ; Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins). Les directeurs se rencontrent tous les 15 jours chez le CNR-LT et, dans la pratique, une fois par semaine en fonction de l’actualité, indique le général Ferlet. Des rencontres aux niveaux subalternes ont lieu au sein de la cellule « Hermès » pour la rédaction de documents communs. Sur le plan international, la DRM échange des renseignements sur les opérations en cours avec l’OTAN et l’Union européenne au niveau bilatéral entre Etats membres. Le général Ferlet rencontre régulièrement six responsables des SR américains couvrant le spectre de la DRM. En outre, le « Comité La Fayette » établit une feuille de route sur la coopération franco-américaine. Dans le cadre de l’opération « Chammal » au Levant, la DRM dispose de ses propres capteurs et échange des renseignements avec tous les partenaires de la région, sur la base d’accords, formalisés ou non et selon les capacités du pays. Cela concerne Daech, Al Qaïda, l’environnement de Djibouti et la guerre civile au Yémen.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »




Dans la peau d’un soldat

La vie quotidienne du soldat évolue lentement au fil du temps, alors qu’armes, équipements et techniques de la guerre connaissent des mutations.

Les objets de son univers, d’abord outils de survie, deviennent des compagnons intimes et rassurants. Son vêtement, uniforme et coloré à partir du XVIIème siècle, perd son utilité d’identification et de différenciation après l’invention de la poudre sans fumée (1884), au profit de tenues plus neutres pour se camoufler. Celle dite « léopard » des parachutistes français des guerres d’Indochine et d’Algérie, interdite en métropole après le putsch des généraux d’Alger (1961), réapparaît lors de la guerre du Golfe (1991) avec des variantes pour les théâtres européens. Protégé par son casque, sa cuirasse et son bouclier, le légionnaire romain sait se servir de toutes les armes existantes. Son éthique inclut le courage, le service de l’Etat et l’obéissance (« disciplina »). Au début du Moyen-Age, le guerrier, barbare, lié par la fidélité à son clan, lui doit un service militaire gratuit. Pendant la féodalité, la guerre devient l’affaire du cavalier noble, titulaire d’un fief en échange du service « d’ost » à son suzerain. Les charges de chevaliers à la lance couchée sous le bras, avec des montures spécialement dressées, en démultiplie la puissance. Ce dispositif reste au cœur de la tactique jusqu’au milieu du XVIème siècle. Les autorités politiques créent alors une « intendance » pour assurer leur subsistance et renouveler leurs armements et chevaux pendant la durée des opérations. Parallèlement, une administration dédiée veille au bon emploi des deniers du prince. Après la disparition de la chevalerie française à Azincourt, l’ordonnance royale de 1445 instaure la solde permanente. Progressivement, s’inspirant du modèle des piquiers suisses, l’infanterie et sa tactique s’imposent au détriment de la cavalerie. Le soldat ne dépend plus d’une maison noble, il vit et combat au milieu de son unité et de ses compagnons d’armes, ses égaux. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il ne connaît que le capitaine de sa compagnie, qui l’entretient, et le roi auquel il est personnellement lié par un engagement volontaire. Il apprend son métier pendant les campagnes par les exercices répétés et mécaniques de gestes et de mouvements. La discipline progresse et la désertion diminue, car les conditions de vie du soldat s’améliorent. Au XIXème siècle, à partir de la guerre de Sécession américaine, la logistique devient essentielle. Le chemin de fer devient un avantage militaire, même si le soldat continue de se déplacer souvent à pied ! Pendant la première guerre mondiale, les véhicules automobiles acheminent les troupes fraîches au front et en ramènent les blessés et les unités relevées. Au cours de la seconde, 20.000 véhicules de tous types débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Dans le camp retranché de Dien Bien Phu (1954), la destruction des pistes d’atterrissage a interrompu l’évacuation des blessés graves. Aujourd’hui, dans toute opération extérieure, la conjonction des transports automobiles et aériens permet de les rapatrier en quelques heures. Avec les affrontements dits « asymétriques, le « front » n’existe plus. L’environnement, simplement hostile, peut se transformer en champ de bataille en quelques secondes. Tout soldat, quelle que soit sa spécialité, redevient un combattant. Le soldat de demain, « augmenté » et hyper protégé, devra quand même conserver un visage et une identité vis-à-vis des populations civiles et de ses compagnons d’armes.

Loïc Salmon

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Le soldat et la putain

 

« Dans la peau d’un soldat », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 256 p., 350 illustrations, 35 €




Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille

La souveraineté numérique d’un Etat repose sur l’emploi des technologies civiles et militaires et sur le contrôle humain des systèmes d’information et d’aide au commandement.

L’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 4 octobre 2017 à Paris, un colloque sur ce sujet, auquel ont participé des experts et de hauts responsables dans les domaines du numérique et du renseignement.

Du possible à l’utile. Les « Big Data » civils fournissent des données nécessaires à la conception d’une opération militaire (renseignement, météo et cartographie). L’ensemble des données produites sur le champ de bataille doit être structuré et filtré explique un expert. Mais algorithmes, Big Data et intelligence artificielle (IA) ne peuvent prédire l’avenir ou déterminer une dangerosité. L’analyse géopolitique reste du ressort des chercheurs universitaires. Les services de renseignement essaient de comprendre un mouvement de société dans un pays donné et d’anticiper les réactions de ses dirigeants. Ils tentent aussi de recueillir l’information secrète et certaine, pour éclairer la décision de leurs propres autorités politiques et militaires. Ils aident aussi les forces de sécurité à neutraliser les menaces, par des renseignements précis, réels ou crédibles. L’IA automatise des recherches, impossibles à l’échelle humaine, pour déceler des tendances. Par exemple, le contact entre un individu potentiellement djihadiste et son donneur d’ordre s’établit par le biais de plusieurs autres personnes. Or, les divers membres de cette filière lancent des milliers d’appels téléphoniques, dont seuls des algorithmes parviendront à trouver rapidement l’information pertinente. L’arrestation d’individus suspects permet de récupérer des données sur les modes opératoires (clandestinité, communication et action) et ainsi de détecter certaines similitudes. Enfin, les algorithmes réalisent des traductions automatiques des langues les plus pratiquées dans le monde, mais pas encore des plus rares.

Le pourquoi avant le comment. Depuis l’apparition d’internet en 1971 puis du GPS en 1991, les armées savent gérer les ruptures technologiques. Mais, estime un général, l’intelligence collective l’emporte souvent sur l’IA pour la réalité stratégique. Les regards convergents de tous permettent de conserver du discernement pour hiérarchiser les informations et leur donner du sens. La vigilance s’avère nécessaire sur les plans juridique (lois sur la sécurité et le renseignement) et pédagogique (définition de l’IA et de ses limites d’emploi). Outil de corrélation des données pour obtenir un résultat, l’IA dispose de la puissance de calcul pour trier les informations, nombreuses, incertaines, évolutives ou incomplètes (images, écoutes spécifiques et réseaux sociaux). La pléthore d’informations techniques entraîne le besoin de renseignements d’origine humaine pour mettre les conclusions en perspective. Le renseignement donne la capacité de conserver l’autonomie d’appréciation, d’organiser de la résilience et d’envisager le temps d’après la crise. Destiné à l’action et aux opérations, le renseignement technique nécessite de petits démonstrateurs, l’union des talents pour l’innovation et la création de synergies de proximité. En matière d’armement, poursuit le général, l’impact du numérique doit en être évalué dès sa conception. Ensuite, conformément à une doctrine d’emploi et un cadre juridique, les armées peuvent recruter des spécialistes et former des sous-officiers compétents pour les besoins opérationnels. Créativité et inventivité s’imposent face à l’adversaire, bien équipé lui aussi.

Réduire les incertitudes. Pour aider la décision opérationnelle en temps réel, le renseignement se doit d’être très réactif et collaboratif, explique un expert du numérique. Destiné à réduire les incertitudes, l’algorithme militaire intègre les paramètres de la mission, des règles d’engagement (ouverture du feu) et des contraintes légales et traite les données sur le contexte de la situation et la véracité des informations. Il s’inscrit dans la boucle OODA : Observer et Orienter pour évaluer la situation, Décider et Agir pour la gérer. L’acquisition de renseignements, par la captation de données en environnements hostiles ou inconnus et la détection de signaux faibles par l’IA, va de pair avec l’automatisation de certains processus, en vue d’assurer une permanence. L’orientation inclut : l’analyse de la situation en temps réel ; l’interconnexion/analyse avec d’autres systèmes ; la consultation de bases de données tactiques ; la comparaison avec les modèles établis ; la construction d’une image mentale de la situation ; les propositions de choix possibles. Lors de la prise de décision, l’algorithme aide au choix, libère le stress du combattant ou du chef et contrôle le respect des règles d’engagement. L’action porte sur la précision, la délégation de tâches et le suivi de la cible. Les nouvelles technologies du numérique exercent déjà des effets sur le combat, poursuit l’expert. D’abord, les drones sont devenus indispensables au renseignement militaire. Les données sont enrichies, notamment par l’usage des jumelles multifonctions, dont la thermie. L’analyse des données s’externalise et/ou s’automatise. La réduction du cycle OODA permet de prendre l’initiative et de la sauvegarder. Il s’agit de trouver le renseignement très en amont, puis de riposter immédiatement et avec précision. Le combat dans l’espace numérique se caractérise par l’hyperconnexion et le traitement de l’information en temps réel en « local » (ordinateur de l’utilisateur) ou « déporté », grâce au « cloud » tactique. Le « cloud » héberge à distance de grandes quantités d’informations, accessibles de manière quasi instantanée. Au niveau tactique, il permet de recourir, en cas de besoin, à des données sur le théâtre d’opérations non stockées en local. Toute donnée présente un caractère critique pour les systèmes militaires, en qui les utilisateurs doivent d’abord avoir confiance. En outre, la surveillance des réseaux est devenue permanente pour la sécurité et la recherche du renseignement. « L’opération numérique » consiste à attaquer les systèmes d’information de l’adversaire, dont dépendent ses capacités militaires, pour le déstabiliser. Elle passe par la maîtrise préalable des systèmes hertziens et du cyberespace.

Loïc Salmon

Sécurité : l’intelligence artificielle, enjeu de souveraineté nationale

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Les nouvelles technologies, potentiellement moins meurtrières, disposent d’une capacité de ciblage qui accroît l’effet de surprise, souligne un général. Mais elles effacent les frontières de l’espace géographique (drones militaires pilotés à partir du territoire américain), de l’espace militaire (dommages collatéraux des drones armés de la CIA, agence civile) et du contrôle à vue (furtivité des engins volants, invisibilité du cyber et discrétion des forces spéciales). La discrimination et la proportionnalité se diluent, faute de contact. La guerre entre dans un espace caché, hors des Etats et où tout est permis. En outre, face à l’automatisation, l’homme abandonne une part de responsabilité et son contrôle s’amenuise. Dans une guerre totalement dérégulée, la machine risque de l’emporter sur l’homme, avertit le général.




Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 14 Mds€ en 2016, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 7 juillet 2017. Elles se montaient à 16 Mds€ en 2015, année exceptionnelle.

Les partenariats « stratégiques ». L’industrie française de défense, qui regroupe une dizaine de grands groupes et 4.000 petites et moyennes entreprises, emploie 165.000 personnes. Elle réinvestit de 10 % à 20 % du chiffre d’affaires des exportations dans la recherche et le développement, afin d’assurer son avance technologique et de maintenir des emplois de haute technicité non délocalisables. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les prises de commandes françaises entre 2012 et 2016 se répartissent ainsi : 47,4 % aux Proche et Moyen-Orient ; 34,1 % en Asie ; 6,9 % en Europe ; 5,1 % dans les Amériques ; 3,6 % en Afrique ; 1,1 % en Océanie ; 1,7 % divers. L’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et la DGA participent à la « diplomatie de défense » par le biais de dialogues, réguliers ou ponctuels, avec les représentants de nombreux pays. L’EMA traite les dossiers opérationnels et de coopération militaire et la DGA ceux relatifs à l’armement. La DGRIS entretient des dialogues sur l’environnement stratégique, la sécurité et les crises régionales en cours avec les grands partenaires, comme l’Australie, la Malaisie, l’Inde, Singapour, la Jordanie, le Nigeria, la Finlande ou la Roumanie. Coopération militaire et dialogue stratégique ont acquis une dimension politique. Des réunions annuelles des hauts comités de défense, présidées par le ministre, permettent de dresser un état complet de ces relations bilatérales.

La concurrence internationale. Face à la contraction de leur marché intérieur sous l’administration Obama, les Etats-Unis recourent aussi aux partenariats commerciaux et politiques pour conclure des contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». Ceux-ci consistent à vendre, à des Etats, notamment du Moyen Orient et d’Asie, des matériels militaires achetés par le gouvernement fédéral à des industriels américains, en vue de profiter de la réduction des coûts unitaires induite par l’effet de série. De même, la Russie propose une coopération de défense et de sécurité à des clients aux ressources budgétaires limitées, afin de s’implanter dans des pays hors de sa sphère traditionnelle, notamment en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Union européenne tente de se constituer une industrie commune de défense, selon le principe « d’interdépendance librement consentie » et grâce aux progrès de la coopération dans le cadre de la « Letter of Intent » (lettre d’intention). Pourtant, ses signataires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne et Suède) se font concurrence pour trouver des débouchés pour leurs entreprises sur les marchés les plus porteurs. Israël se concentre sur des segments de haute technologie : drones, systèmes spatiaux et missiles. Des pays émergents, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, consolident leur propre base industrielle et technologique de défense, à partir des transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation des grands contrats d’armement. Quoique leur niveau technologique, encore limité, les exclut de fait des secteurs les plus en pointe, ils parviennent quand même à remporter des appels d’offres internationaux. Ainsi, au cours des 15 dernières années, la part des 10 premières entreprises mondiales d’armements, toutes américaines et européennes, est passé de 60 % à 50 %, tandis que celle des pays émergents a progressé de 15 %.

Les embargos en cours. Les institutions internationales ont imposé des embargos sur les armes à destination de plusieurs pays, encore en vigueur au 1er mai 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union européenne (UE) en ont décrété vis-à-vis de la Corée du Nord, de l’Iran, du Liban, de la Somalie, de la Libye, du Darfour, de la Centrafrique et des forces non gouvernementales de l’Irak, du Yémen et de la République démocratique du Congo. L’UE a aussi imposé des embargos sur les armes à destination de la Chine, de la Russie, de la Biélorussie, de la Syrie, du Soudan Erythrée, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Enfin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a imposé un embargo sur les armes et munitions aux forces engagées dans des combats dans la région du Nagorno-Karabakh en Arménie.

Le contrôle des trafics d’APLC. Les armes légères et de petit calibre (ALPC) et leurs munitions, faciles à dissimuler et transporter, constituent l’essentiel des trafics illicites d’armes dans le monde. La France et la Suisse ont réussi à faire adopter « l’Instrument international de traçage » des ALPC. Dans le cadre de l’OSCE, la France est aussi à l’origine de « l’Arrangement de Wassenar » sur la prévention des transferts déstabilisants d’ALPC par voie aérienne. Pendant l’opération « Serval » au Mali (janvier 2013-juillet 2014), les forces françaises ont découvert 200 t d’armements et de munitions. L’opération « Barkhane » (lancée en août 2014), menée avec les pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie) vise à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes, en les privant de leurs moyens de combat par la recherche et le démantèlement de leurs caches d’armes, d’explosifs et de munitions (20 t de munitions détruites fin 2016). En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères apporte un soutien technique, matériel et financier au déminage de Ouidah au Bénin et aux formations de gestion et de sécurisation des stocks d’armes. Enfin, en 2018, la France présidera la 3ème conférence d’examen du Programme d’action des nations unies sur les armes légères.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Le partenariat intergouvernemental de la France avec l’Australie, signé le 20 décembre 2016, fait suite à la vente de 12 sous-marins océaniques à propulsion diesel-électrique pour un montant de 34 Mds€. Conclu avec Naval Group (ex-DCNS) et d’une durée de 50 ans, il porte sur les conception et construction de la plate-forme, en vue de la mise en service actif du premier submersible au début des années 2030. Celui avec l’Inde, qui remonte à 1953 avec les premiers Mirage de Dassault Aviation, s’est renforcé par le contrat de vente de 36 Rafale, signé le 23 septembre 2016. En comptant les achats de l’Egypte et du Qatar en 2015, 84 Rafale ont été vendus en deux ans. Le partenariat stratégique avec le Koweït, en cours depuis plusieurs décennies, a débouché sur la signature, le 9 août 2016 avec Airbus Hélicoptères, d’un contrat de 1 Md€ pour 30 hélicoptères Caracal de sauvetage et de transport de troupes, dont les livraisons s’échelonneront entre 2018 et 2020. Enfin, suite au traité de coopération en matière de défense et de sécurité de Lancaster House (2010), l’accord intergouvernemental entre la France et la Grande-Bretagne a été ratifié par les Parlements à l’automne 2016. Il porte notamment sur les systèmes de missiles du groupe franco-britannique MBDA, 2ème constructeur mondial de missiles tactiques.




14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international

L’édition 2017 du défilé militaire sur les Champs-Elysées met l’accent sur la coopération entre forces armées et de sécurité et entre pays alliés dans les opérations extérieures. Elle commémore aussi le centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale.

Sa préparation, étalée sur un an, a été présentée à la presse le 5 juillet 2017 par le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris.

Les personnels et matériels. Ponctué par l’arrivée et le départ du président de la République, le défilé compte 3.765 militaires à pied (+ 526 en un an), 241 cavaliers de la Garde républicaine, 211 véhicules, 63 avions et 29 hélicoptères (+ 4). L’opération « Chammal », en cours en Irak et en Syrie, mobilise 1.200 soldats, toutes spécialités confondues, dans la lutte contre l’Etat islamique (Daech). Elle est mise à l’honneur par la marche d’un bloc d’une centaine d’entre eux, issus des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale. Rappel de la Grande Guerre, une animation initiale met en parallèle les innovations technologiques réalisées à l’époque et la préparation de l’avenir par le travail d’anticipation des armées et la Direction générale de l’armement. Des images illustrent les capacités opérationnelles des véhicules présentés et les évolutions aériennes et maritimes depuis cent ans. Elles appuient huit présentations dynamiques de véhicules d’époque et d’aujourd’hui : un char Schneider et un véhicule blindé de combat d’infanterie ; un char Saint-Chamond et un char Leclerc ; un camion Renault EG1 équipé d’un canon 155 GPF et un canon Caesar ; un camion Latil en version ambulance et un véhicule de l’avant blindé sanitaire ; un porte-char Latil avec une maquette de char FT17 et un porte-char 700/100 ; un camion Lauer transport de marchandises et un camion logistique blindé ; un camion Peugeot avec une barque pontonnier et un SPRAT (système de pose rapide de travures). Un drone tactique de renseignement Patroller contribue à la fourniture d’images aériennes. Un drone de surveillance Reaper (moyenne altitude longue endurance) participe à la « bulle » de sécurisation de l’espace aérien de la capitale pendant le défilé.

Les Etats-Unis, invités d’honneur. A l’occasion du centenaire de l’engagement de son pays sur le front Ouest aux côtés des Alliés, le président américain Donald Trump assiste au défilé, à l’invitation du président de la République Emmanuel Macron. La précédente présence d’un président des Etats-Unis à cette parade militaire, en l’occurrence George Bush (père), remonte à 1989. Environ 1 million de soldats américains ont participé aux combats du premier conflit mondial et 126.000 y ont perdu la vie. Cette fois-ci, quelque 200 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et du Corps des Marines défilent à Paris, dont cinq, en tête, revêtus des uniformes de 1917.  En 2002, les cadets de West Point avaient défilé avec les élèves-officiers de Saint-Cyr Coëtquidan. Le défilé aérien de 2017 inclut 2 avions de chasse américains F22 Raptor et 6 F16 de la patrouille acrobatique des « Thunderbirds », qui suivent les 9 Alphajet de la Patrouille de France. Celle-ci s’est rendue aux Etats-Unis en avril dernier. Aujourd’hui, la France et les Etats-Unis luttent contre Daech dans la coalition internationale au Levant.

Les musiques militaires. Les fanfares présentes symbolisent la coopération interarmées : Garde républicaine ; Air ; Flotte ; sapeurs-pompiers de Paris ; Légion étrangère ; transmissions ; cavalerie ; artillerie ; parachutistes ; troupes de Marine.

Loïc Salmon

2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale

14 juillet 2016 : les engagements militaire, sécuritaire et national




Défense : Sylvie Goulard, une ministre « des Armées »

La ministre des Armées, Sylvie Goulard, a souligné le caractère symbolique et la résonance historique de cette dénomination recentrée sur les personnels militaires, qui risquent leur vie, et leurs missions.

Au cours d’une conférence de presse le 29 mai 2017 à Paris, elle a présenté ses priorités définies à l’issue d’une réunion avec ses grands subordonnés (le chef d’Etat-major des armées, le Délégué général pour l’armement et le secrétaire général pour l’Administration).

Une stratégie globale. La première priorité porte sur la protection de la France, où la menace terroriste reste élevée, et l’amélioration des conditions des militaires déployés en opérations extérieures et sur le territoire national. La deuxième concerne l’effort financier en matière de défense avec l’objectif de 2 % du produit intérieur brut en 2025, impliquant une réflexion stratégique sur la loi de programmation militaire à mener à bien avec le Parlement en 2018. La troisième priorité pose la question de la défense de l’Europe, à la suite des récents attentats terroristes en Suède, au Danemark, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Lors du sommet de l’OTAN (Bruxelles, 25 mai 2017), l’insistance des Etats-Unis auprès de leurs partenaires européens, pour  assumer une part plus importante du budget de l’Alliance, constitue une nouvelle vulnérabilité, mais aussi un aiguillon pour des avancées communes vers l’Europe de la défense, position longtemps défendue par la France, rappelle Sylvie Goulard. Les opinions publiques européennes devront être préparées à un effort pour la défense, qui nécessitera des arbitrages internes. L’environnement géopolitique, extrêmement changeant, implique, de la part de la France, une approche pragmatique pour développer des coopérations avec l’Allemagne (aviation militaire notamment), la Grande-Bretagne et d’autres pays (deux ou trois partenaires). Quant au service militaire universel en France, mentionné par Emmanuel Macron pendant la campagne pour l’élection présidentielle, la ministre a indiqué que les modalités seront définies au niveau interministériel sous l’autorité du Premier ministre, car les ministères de l’Intérieur et de l’Education nationale en seront parties prenantes. Ce service militaire universel correspond à une volonté présidentielle de renforcer la cohésion entre la jeunesse et la nation.

Une carrière « européenne ». Titulaire d’une licence en droit de l’Université d’Aix-Marseille (1984) , Sylvie Goulard est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris (1986). Ancienne élève de l’Ecole nationale d’administration, elle mène une carrière de haut fonctionnaire (1989-1999) à la direction des affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères (MAE). Elle fait notamment partie de l’équipe française chargée de négocier la réunification de l’Allemagne. Après un détachement au Conseil d’Etat (1993-1996), elle suit les affaires européennes au service de prospective du MAE. A l’issue d’un passage comme chercheuse associée au Centre de recherches internationales (1999-2001), elle devient conseillère politique du président de la Commission européenne Romano Prodi (2001-2004). Elle suit les travaux de la convention présidée par l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, en vue d’un projet de traité constitutionnel, qui sera rejeté par référendum. Après avoir enseigné au Collège d’Europe à Bruges (2005-2009), Sylvie Goulard est élue à deux reprises au Parlement européen (2009-2017). Enfin, elle est nommée ministre des Armées le 17 mai 2017.

Loïc Salmon

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui




Femmes dans les armées : la réussite devient possible

La carrière des femmes militaires dépend de leur compétence, clé du commandement qui est respecté même si une femme l’exerce. Leur réussite inclut leur épanouissement familial.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : la générale de division Isabelle Guion de Meritens, commandant l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale ; la lieutenante-colonelle Catherine Busch, commandant le 2ème bataillon de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr ; Claude Weber, maître de conférences en sociologie aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan ; Nathalie Legrand, consultante à Abonea Coaching.

Cœur, passion et raison. Mariée à un collègue et mère de famille, passée par Saint-Cyr et 1ère femme officier affectée à la Gendarmerie mobile, la générale Guion de Meritens a construit sa carrière au ministère de la Défense puis à celui de l’Intérieur depuis 2009. Elle se définit  comme un chef militaire qui exerce un métier de service public, qui a connu une aventure opérationnelle en métropole et outre-mer et qui doit gérer des ressources matérielles et humaines. Cela nécessite de travailler beaucoup et de réussir dans les postes opérationnels, qui vont notamment du commandement de 400 gendarmes dans un quartier urbain à l’interpellation à 6 h du matin, l’arme au poing, et à une action de force contre des sans-papiers. En tant que chef, elle exclut tout féminisme et se sent responsable de l’épanouissement de ses subordonnés, hommes et femmes. Elle a vécu l’adaptation de l’institution à l’arrivée des femmes, qui perturbait les gendarmes… et leurs épouses ! Aujourd’hui, l’égalité professionnelle et l’équité sont de mise. Les femmes ont accès à tous les métiers, y compris, pour les sous-officiers, dans la  Gendarmerie mobile auparavant réservée aux officiers féminins. Totalisant 19 % des 100.000 personnels de la Gendarmerie, les femmes constituent 13 % des sous-officiers et 7 % des officiers. Ces dernières sont issues des écoles militaires, du corps des sous-officiers ou directement du monde civil. Depuis 2002, la Gendarmerie recrute en effet au niveau universitaire 25 à 30 candidats par an, dont la moitié de femmes qu’il s’agit ensuite de « fidéliser ». Satisfaites de leur parcours, celles-ci recherchent un équilibre en matière de disponibilité, car l’ambition professionnelle s’use au profit de la vie de famille. Les femmes célibataires et sans enfant représentent 41 % des officiers et les hommes 13 %. Le succès, conclut la générale, repose sur la continuité dans l’action, l’implication des hommes, la communication et la poursuite d’une politique facilitant les carrières des deux sexes et pas seulement celles de femmes.

Symbole, alibi, hors de l’ordinaire. Le choix de Saint-Cyr correspond à celui d’une carrière militaire longue et à celui de commander, rappelle la lieutenante-colonelle Busch. Le contexte politique actuel de discrimination positive a pesé dans sa désignation à la tête du 2ème bataillon de Saint-Cyr, reconnaît-elle en précisant que ses compétences ont été validées pour le poste. L’institution a placé la femme qu’il faut là où ça va moins bien. Mais mener une carrière militaire en même temps que des vies de femme et de famille reste un choix difficile et implique des sacrifices à consentir. Beaucoup de femmes y renoncent, surtout parmi les sous-officiers. Même si l’institution essaie de faire les choses bien, la maternité n’est guère compatible avec les temps de commandement. La tentation est grande d’utiliser les femmes pour illustrer la politique menée. Celles-ci doivent rester vigilantes pour ne pas se trouver entraînées à des responsabilités non souhaitées et à exposition médiatique trop élevée. Parfois, il faut savoir dire « non », afin de préserver sa famille et ne pas s’autocensurer dans la volonté de maternité, souligne la lieutenante-colonelle. Enceinte de son 2ème enfant lorsqu’elle a préparé le concours de l’Ecole de guerre, période lourde à gérer, elle a accepté le risque d’échouer. Son accouchement a eu lieu entre les épreuves écrites (août) et orales (octobre). Lors d’une affectation à un poste sensible, elle recommande aussi de se méfier du perfectionnisme, pression personnelle supplémentaire. Enfin, elle rend hommage à… la compréhension de son mari !

Le monde civil. Nathalie Legrand a vécu une première carrière de « trader » dans la bourse où les décisions, toujours rapides, font gagner, ou perdre, beaucoup d’argent. Elle n’entrevoit guère de parité avant une dizaine d’années dans les hautes fonctions des entreprises privées, où les femmes représentent aujourd’hui 33 % des cadres supérieurs et 20 % des dirigeants. Quoique majoritaires parmi les diplômés de l’enseignement supérieur (55%), celles-ci voient leur carrière freinée par différents facteurs : efficacité des réseaux masculins ; insuffisance de mentors pour les former et de « sponsors » pour les tirer vers le haut ; manque de confiance en elles pour poser leur candidature à un poste à responsabilité ; doute sur leur légitimité. S’y ajoutent : la maternité, qui les exclut pendant quelques mois du monde de l’entreprise en évolution permanente ; la culpabilité vis-à-vis du conjoint et des enfants. Alors que les hommes demandent la reconnaissance de leurs compétences, les femmes l’attendent. Toutefois, selon un rapport (2011) du cabinet d’audit Mc Kinsey, les entreprises dont le comité exécutif compte le plus de femmes obtiennent un taux de rendement financier supérieur de 41 % à celles dont l’équipe dirigeante est exclusivement masculine. Les réseaux féminins se renforcent, dont Ladies First, Elles@Coke, Financi’elles et Grandes Ecoles au Féminin. Nathalie Legrand conseille aux femmes d’oser !

Constat et pistes possibles. La culture militaire aboutit à une division sexuelle des tâches découlant du combat, finalité des armées, estime Claude Weber. Les hommes ont tendance à voir la femme avant le soldat et plutôt de façon négative ou bien de considérer la femme militaire en décalage par rapport aux autres femmes de la société civile. Les femmes réagissent par la discrétion, l’évitement ou la lutte, facteurs perturbateurs de la cohésion qui devrait reposer sur la complémentarité et non sur l’identité. Claude Weber recommande : de développer les études sur les catégories de métiers, les opérations extérieures et les effets générationnels ; tenir compte des expériences d’autres pays ; observer la société civile et les autres professions ; inclure les hommes dans les réflexions.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Selon le ministère de la Défense, les armées comptent environ 60.000 femmes (plus de 15 % des effectifs en 2015), soit deux fois plus qu’en 1995. Les femmes représentent 58 % des effectifs du Service de santé, 29 % de ceux du commissariat, 22 % de ceux de l’armée de l’Air, 14 % de ceux de la Marine nationale et 10 % de ceux de l’armée de Terre. Très nombreuses dans les ressources humaines (48 %), elles le sont beaucoup moins dans les activités opérationnelles (3 %), quoique 1.500 soient actuellement déployées sur les théâtres extérieurs. En 2016, tous services et armées confondus, les officiers généraux comptaient 30 femmes dans leurs rangs. En 2017, 5 autres devraient les rejoindre, en vue d’un objectif de 7 % en 2019.




Femmes dans les armées : discrétion, mais besoin d’équité

Les jeunes femmes qui s’engagent dans les armées y recherchent des valeurs. Les contraintes du métier militaire, quoique plus lourdes pour elles, ne les empêchent guère d’y faire leurs preuves comme leurs collègues masculins.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 8 mars 2017 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Y sont notamment intervenus : le général de brigade Christophe Abad, Direction des ressources humaines de l’armée de terre ; le médecin-chef Nathalie Koulmann, chef du département environnements opérationnels de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) ; le médecin-chef Marion Trousselard, chef de l’unité de neurophysiologie du stress (IRBA).

Vivier indispensable. La féminisation ne fait plus partie des priorités du haut commandement. En 15 ans, les femmes ont accédé à tous les domaines des armées de Terre occidentales, selon leurs envies, talents et potentiel, rappelle le général Abad. Sans elles, les forces terrestres françaises n’auraient pu réaliser leur montée en puissance depuis 2015. Elles recrutent 15.000 personnels en moyenne par an parmi un vivier d’un million de Français intéressés, âgés de 17,5 à 30 ans avec les niveaux physique et de formation suffisants pour passer les tests d’aptitude. Pour les jeunes en manque de repères, l’armée de Terre présente une valeur refuge avec la possibilité d’y progresser selon leurs qualités propres. L’égalité de traitement reste fondamentale parmi les officiers, sous-officiers et militaires du rang. Toutefois, souligne le général, la discrimination positive n’existe pas : le parcours professionnel se construit par les examens, concours et formations. Etre militaire implique les mêmes compensations et sujétions pour les hommes et les femmes. Référencée dans chaque unité, la mixité fait l’objet d’une sensibilisation, dès la formation initiale des officiers à Saint-Cyr, et d’une définition précisée dans la doctrine du commandement dans l’armée de Terre. Il s’agit ensuite de « fidéliser » les femmes, afin de conserver le maximum de compétences acquises au cours de leurs années de service. Ainsi, une élève de la première génération mixte de saint-cyriens sera prochainement promue colonelle. L’efficacité opérationnelle va de pair avec un projet d’épanouissement individuel. Or, peu de femmes se sentent attirées par les systèmes de combat de l’armée de Terre, où l’exigence physique, la rusticité et la grande promiscuité de la vie en opérations sont plus fortes que dans les autres spécialités (encadré). Par ailleurs, la disponibilité permanente demeure difficilement compatible avec la vie de famille. Chaque promotion de Saint-Cyr voit ses effectifs diminuer après 15 ans de service : 30 % chez les hommes et … 66 % parmi les femmes !

Aptitude au combat. La compétence à exercer le métier, pour lequel un(e) candidat(e) a été recruté(e) s’appuie sur des données objectives liées au sexe, souligne le médecin-chef Nathalie Koulmann. Plus petite de 8 % en moyenne que l’homme, la femme présente une composition corporelle, une longueur relative des membres et un développement de la cage thoracique différents, qui ont des impacts sur les tâches à accomplir. Ainsi, par rapport à un homme de référence de 1,74 m et de 73 kg, une femme de référence de 1,64 m et de 57 kg présente une masse du cœur de 256 g contre 349 g et un volume des poumons de 4,25 l contre 5,70 l. Cette moindre capacité de transport d’oxygène s’accompagne d’un taux d’hémoglobine moyen inférieur de 10 % et de réserves en fer souvent limitées. Mais sa capacité à brûler plus de graisse, supérieure de 10 %, lui donne un avantage pour les exercices de très longue durée. Les tâches militaires, complexes, intègrent plus ou moins des aptitudes physiques  élémentaires : force musculaire et agilité, endurance musculaire et équilibre dynamique, aptitude aérobie avec coordination et puissance, flexibilité avec temps de réaction et vitesse. Quoique la force soit déterminante dans certaines activités, la femme la plus forte l’emportera toujours sur l’homme le plus faible. Mais désavantagées pour le port de charges lourdes, les femmes réussissent très rarement la totalité des tests physiques. Malgré une masse grasse plus élevée et un débit sudoral plus faible, elles présentent une tolérance à la chaleur presque similaire. Elles résistent aussi bien aux contraintes aéronautiques avec un « pantalon anti-G » adapté à leur morphologie. Pour les exercices de faible intensité, elles se fatiguent moins vite et récupèrent plus vite. En plongée, leur autonomie est supérieure, car elles consomment moins d’air, comme en témoignent deux femmes plongeurs-démineurs et une nageuse de combat ! Le risque de fracture de fatigue (sur-utilisation des os) lors des marches avec une charge lourde, quoique 2 à 6 fois plus élevé chez la femme, se réduit de 95 % en modifiant la fréquence des pas. Une doctrine d’aptitude physique minimale à certains postes, sans barème différentiel par sexe, reste à définir.

Environnement opérationnel. Les neurosciences permettent de comprendre les processus mentaux de perception, d’action, d’apprentissage et de mémorisation, explique le médecin-chef Marion Trousselard. Elles trouvent des applications militaires : prise en charge des blessés et des soins de l’avant ; amélioration de la sélection, de la formation et de l’entraînement ; organisation optimale de la préparation des opérations et de leur gestion. Tous les militaires connaissent le stress, réponse comportementale, émotionnelle, cognitive et physiologique face à un événement grave. Des études (2007) démontrent : la supériorité des hommes en capacité et vitesse de traitement de l’information ; la supériorité des femmes pour la capacité d’attention, la mémoire des mots et des visages ainsi qu’aux tests d’intelligence sociale. Le risque de dépression s’accroît lors des missions orbitales, des patrouilles sous-marines et de l’hivernage polaire, auxquels des femmes ont participé. Celles-ci embarquent déjà sur les sous-marins, notamment en Suède depuis 1989, en Australie (1998), au Canada (2001) et aux Etats-Unis (2010). En France, la féminisation a été décidée en 2006 sur les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda dont le 1er entrera en service fin 2018. La formation de 3 femmes officiers, dont 1 médecin, a commencé en 2015, en vue d’un embarquement sur un sous-marin nucléaire lanceur d’engins en 2017.

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Selon le ministère de la Défense, l’encadrement dans l’armée de Terre se répartissait ainsi en 2015 : officiers de carrière (Saint-Cyr), 49,9 % de femmes pour 80,1 % d’hommes ; officiers sous contrat, 51,1 % de femmes pour 19,9 % d’hommes ; sous-officiers de carrière (Ecole de Saint-Maixent), 54,7 % de femmes pour 52,1 % d’hommes ; sous-officiers sous contrat, 45,3 % de femmes pour 47,9 % d’hommes. La part des femmes par spécialité se montait à : 0,5 % dans l’arme blindée ; 0,5 % dans l’infanterie ; 2,3 % dans le génie ; 3,8 % dans l’artillerie ; 5,1 % dans la maintenance ; 26,7 % dans les budget, finances et comptabilité ; 29,7 % dans la santé ; 30,6 % dans la communication ; 42,4 % dans l’administration ; 43,5 % dans la gestion des ressources humaines.