Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Les parcours de quelques héros méconnus, combattants sous l’uniforme ou dans l’ombre, font revivre de l’intérieur la seconde guerre mondiale.

Ainsi, Edmond Cardoze participe, le 27 juillet 1944 dans le Sud-Ouest, à un sabotage ferroviaire qui va lourdement pénaliser le réapprovisionnement des unités allemandes sur le front de Normandie. Chargé de réorganiser un réseau de Forces françaises de l’intérieur (FFI), André Jolit constitue, à 22 ans, la plus importante unité de la Gironde avec 756 hommes armés. Michel Slitingski participe, au sein d’unités FFI, à la bataille du Mont Mouchet, (massif Central, 11 juin 1944) contre la brigade allemande Jesser qui ne parvient pas à les anéantir. Les frères Alain, Olivier et Francis Massart s’engagent dans divers combats de la France libre. Pilote, Alain intègre le groupe de chasse « Ardennes, qui sert d’appui-feu à la 1ère Armée française lors du débarquement de Provence (15 août 1944). Pilote également dans le groupe « Ile-de-France » dont il prendra le commandement, Olivier est abattu par la DCA dans la région de Wesel (Allemagne 13 mars 1945) et fait prisonnier. Francis, qui a rejoint le 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Maroc, est grièvement blessé le 6 octobre 1944 mais termine la campagne d’Alsace par la prise de Colmar (3 février 1945). Engagé volontaire en 1914 puis sous-lieutenant en 1917, François de Carrère rejoint, en 1942, le corps franc Pommiès, (Sud-Ouest) puis la 1ère Armée française. Commandant, il sera très grièvement blessé dans les Vosges le 28 novembre 1944. Marie-Benoît, prêtre capucin, cache aviateurs alliés, résistants et juifs dans son couvent de Marseille, après l’armistice de 1940, et facilite leur fuite vers l’Espagne et la Suisse. Il obtient du Vatican 4 M$ pour ses opérations de sauvetage. Dénoncé, il parvient à se réfugier à Rome. Son nom figure parmi les premiers des « Justes » sur le Mémorial de Yad Vashem, dédié aux héros et victimes de la Shoah, à Jérusalem. L’instituteur Georges Guingouin, membre du Parti communiste dont il sera exclu en 1952, crée les premiers groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans les maquis du Limousin en 1941. Grâce au SOE britannique, il arme 6.800 FTP pour des embuscades et des sabotages. Il sera fait Compagnon de la Libération. Sergent-chef cité en 1940, Maurice Bénézech crée le maquis Bernard à Bagnères-de-Bigorre en 1942 et participe à la destruction de colonnes allemandes en retraite (1944). Installée à Paris en 1923, la sœur Marie Skobtsov, russe et orthodoxe, entre dans la Résistance dès l’occupation allemande. Ayant caché de nombreux juifs, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück, où elle prend la place d’une juive dans la chambre à gaz (31 mars 1945). Son nom est inscrit à Yad Vashem. La pharmacienne Laure Gatet intègre le réseau de Bordeaux de la Confrérie Notre-Dame en 1941 et fournira des renseignements importants sur les installations militaires allemandes. Arrêtée, elle mourra à Auschwitz (25 février 1943). Membre du réseau Amitiés chrétiennes, Germaine Ribière cache des enfants juifs dans des familles et institutions religieuses et fait passer des juifs en Suisse. Elle sera honorée du titre de « Juste » à Yad Vashem. L’ingénieur Jacques Nancy, membre du service action de la France libre, fonde la section spéciale de sabotage en Charente qui multiplie les exploits jusqu’à la reddition de la poche de Royan (avril 1945).

Loïc Salmon

« Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance » par Dominique Lormier. Éditions Alisio, 336 pages. 19,90 €

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre




Démineurs

Le métier, très dangereux, de démineur exige une préparation minutieuse de la mission, pour ne rien laisser au hasard. Il implique humilité, malgré l’expérience, et discrétion vis-à-vis des proches, pour ne pas les inquiéter.

Ces hommes et ces femmes travaillent dans l’urgence en France, sur les bombes et obus datant des deux guerres mondiales, mais aussi au Cambodge, au Liban, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, au Tchad ou au Mali, ravagés par des conflits plus récents. S’y ajoutent les colis suspects ou les engins explosifs improvisés (IED en anglais), mis au point par des organisations terroristes pour frapper aveuglément n’importe où. Celles-ci veulent tuer le maximum de gens de façon spectaculaire, en vue de provoquer une forte résonnance médiatique qui pèsera sur l’opinion publique du pays ciblé. Le livre « Démineurs » donne la parole à 70 professionnels du danger permanent, photos à l’appui et à visage découvert ou caché. Leurs motivations varient du goût du défi et de la recherche d’adrénaline en situation extrême à la solidarité et à l’amour des autres, sans oublier la fraternité inhérente à ce métier hors du commun. Agés de 19 à 83 ans, militaires de grades divers, policiers ou personnels de la sécurité civile, ils expliquent, avec simplicité, ce qu’ils font. Les unités d’appartenance de certains militaires parlent d’elles-mêmes : Groupement des commandos parachutistes, Groupement d’intervention du déminage, Groupe de plongeurs démineurs, Régiment du génie, Régiment étranger de génie et Régiment du génie parachutiste. Certains ont fait partie d’une « WIT », acronyme anglais pour « Weapons Intelligence Team », à avoir une équipe qui mène des enquêtes d’armement sur le terrain, afin de prélever des indices pour déterminer des sources sur les plans technique et tactique à des fins de renseignement. Enfin, le traitement des IED nécessite de devenir « EOD » (Explosive Ordnance Disposal), spécialiste qualifié dans le traitement des munitions et engins explosifs.

Loïc Salmon

« Démineurs », par Victor Ferreira. Mareuil Éditions, 160 pages, 20 €

Entreprendre et réussir, histoire du 19ème Régiment du génie

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

Marine : une FGM projetable partout dans le monde




Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Alors que la Grande Guerre a connu sept armistices entre le 5 décembre 1917 et le 13 novembre 1918, seul celui du 11 novembre est resté dans les mémoires.

Une exposition (24 juillet-30 septembre 2018), labellisée par la Mission Centenaire 14-18 et organisée par le musée de l’Armée et Arquus (ex-Renault Truck Defense), en retrace les péripéties en une vingtaine de panneaux. Arquus a notamment financé la restauration d’un char Renault FT, à nouveau exposé dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. La période, entre l’avant et l’après 11 novembre 1918, marque en particulier l’étonnement du passage de l’état de guerre à une situation normale, la communion entre le front et l’arrière, la démobilisation et les conséquences politiques dans plusieurs pays.

Les tentatives de paix. La fin du premier conflit mondial est envisagée dès 1916 au cours de plusieurs tractations, plus ou moins secrètes, par différents camps. Elles échouent, car chacun campe sur ses positions. Le 1er février 1917, l’Allemagne déclenche la guerre sous-marine à outrance, qui entraîne la rupture de ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis le 3 février et leur entrée en guerre le 6 avril aux côtés des Alliés (France, Empire russe et Grande-Bretagne). Le 17 juillet, le Reichtag (Parlement allemand) vote à une très forte majorité une résolution de paix. Des négociations similaires ont lieu de la part de l’Empire austro-hongrois. Mais elles achoppent en avril 1918 sur la question de la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France, car l’Allemagne a lancé de grandes offensives en mars. Parvenir à la paix nécessite l’établissement d’une convention, entre deux ou plusieurs parties, qui se déroule en plusieurs phases : négociations par des plénipotentiaires représentant les Etats ; adoption d’un texte ; son authentification par les Etats ; sa signature par un ministre ; sa ratification par le Parlement, qui confirme les engagements pris par le chef de l’Etat, le chef du gouvernement ou une personne officielle dûment autorisée et après accord du Parlement.

Les armistices. La suspension des combats se matérialise par un cessez-le-feu communiqué aux combattants par la sonnerie d’un clairon. L’armistice, signé par des plénipotentiaires (militaires et civils), correspond à une période donnée et renouvelable, pour engager des négociations en vue de la paix. Le premier armistice de la Grande Guerre, qui débouchera sur le traité de paix de Brest-Litovsk, est signé le 5 décembre 1917 entre la Russie soviétique et les Puissances centrales (Royaume de Bulgarie et Empires allemand, austro-hongrois et ottoman). Le 2ème armistice, conclu le 9 décembre 1917 entre la Roumanie et les Puissances centrales, aboutit au traité de Bucarest, non ratifié. Le 3ème est signé le 29 septembre 1918 à Salonique (Grèce), par le général français Louis Franchet d’Espérey, entre les Alliés et la Bulgarie. La capitulation de cette dernière entraîne la chute de l’Empire ottoman, qui signe le 4ème armistice le 31 octobre à bord d’un cuirassé britannique. Cela aboutit aux traités de Sèvres et de Lausanne. Le 3 novembre, le 5ème armistice, entre l’Empire austro-hongrois et les Alliés rejoints par l’Italie en 1915, est signé uniquement par des généraux à Villa-Giusti (Italie). Le 6ème armistice, entre la France et l’Allemagne, est conclu le 11 novembre 1918 à Compiègne, dans un wagon de la clairière de Rethondes, et débouche sur le traité de Versailles. Le 7ème est signé le 13 novembre, à Belgrade et à nouveau par le général Franchet d’Esperey, entre les Alliés et la Hongrie, qui devient une République trois jours plus tard.

Loïc Salmon

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918




Le nouveau visage de la guerre

En-1918, toutes les armes de mêlée, d’appui et de soutien coopèrent en vue d’atteindre une efficacité maximale, en tirant partie de l’expérience acquise depuis 1914 et en expérimentant l’avion et le char, armes nouvelles.

L’armée allemande crée des « Sturmtruppen » (troupes d’assaut) chargées de désorganiser le dispositif ennemi. Précédées par un tir d’obus fumigènes et à gaz, elles s’enfoncent le plus profondément possible dans le réseau de tranchées adverse, en contournant les nids de résistance pour atteindre très vite la ligne des postes de commandement et celle des batteries d’artillerie. Elles sont équipées de grenades, carabines, mitrailleuses d’accompagnement, lance-flammes ou mortiers légers. Toutefois en 1918, l’armée allemande manque d’hommes et surtout de chars de combat, faute de matière première. Son état-major a même douté de son utilité jusqu’en 1917. La mobilité de son artillerie est freinée par l’insuffisance de chevaux et aussi d’essence et de caoutchouc pour la motorisation. Son aviation, passée de 200 avions en 1914 à 2.500 en 1918, acquiert des suprématies aériennes ponctuelles, en concentrant ses actions sur les points les plus menacés du front. Malgré des progrès techniques considérables, le manque de carburant devient son principal handicap à partir de mai 1918. De son côté, l’armée française mise sur l’artillerie lourde pour démanteler complètement les défenses de l’ennemi. Elle améliore sa mobilité, grâce aux camions et à la voie ferrée, et sa discrétion par des réglages sans tirs préliminaires qui alertaient l’ennemi au début de la guerre. Les chars, considérés d’abord comme des canons mobiles, appartiennent à « l’artillerie d’assaut », qui démarre en 1916. Utilisés massivement l’année suivante, ils deviennent l’élément-clé des offensives de 1918. La cavalerie, inadaptée à la guerre de tranchées, entame sa motorisation et retrouve son rôle dans la reprise de la guerre de mouvement en 1918 avec deux groupes d’automitrailleuses autocanon. A la fin de la guerre, le fantassin s’est spécialisé pour remplir une mission correspondant à son arme : fusil, pistolet, grenades, fusil-mitrailleur, mitrailleuse ou mortier. Avec l’instauration de la conscription aux Etats-Unis, l’armée américaine passe de 300.000 hommes en mai 2017 à 4 millions en novembre 1918. Les fantassins n’ont guère connu de grand conflit. Après une formation sommaire aux Etats-Unis, ils rejoignent des camps d’instruction en France. Quoiqu’en grande partie équipés par les Français et les Britanniques, ils seront engagés au combat comme « armée américaine », hors de tout amalgame avec les troupes françaises et britanniques, malgré les injonctions répétées des Alliées. Faute d’une formation complète et adaptée, cette armée perd au combat plus de la moitié de ses fantassins et 80 % de ses officiers. Les artilleurs américains, dotés de nombreux canons français, sont formés par des instructeurs français aux Etats-Unis puis dans des camps dispersés en France. L’observation des premiers engagements des chars français en 1917 incite l’état-major américain à créer un service de « tanks » en janvier 1918. Des chars américains participent aux offensives aux côtés d’unités françaises. Les équipages reçoivent des formations dans des centres aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. L’aviation passe de 220 avions et 1.185 hommes en avril 1917 à 1.025 appareils, surtout français, et 200.000 hommes en novembre 1918.

Loïc Salmon

« Le nouveau visage de la guerre », ouvrage collectif. DAGRES Éditions, 88 pages, 18 €

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

Entendre la guerre




Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

Novices au début de 1918, les « Sammies » (soldats américains) ont fait l’apprentissage de la guerre « moderne » sur le front de Meuse-Argonne, au « prix du sang ».

A l’armistice, ils sont arrivés aux portes de Sedan, nœud ferroviaire permettant le repli de l’armée allemande qui se battait en Champagne et en Picardie. Du 26 septembre au 11 novembre 1918, l’armée américaine a perdu 117.000 hommes, dont 26.000 tués lors de l’opération « Meuse-Argonne ». Un compte-rendu allemand, daté du 28 octobre, leur rend indirectement hommage : « Un front purement américain a surgi du jour au lendemain ».

Les combats préparatoires. Six mois plus tôt, le 20 avril, un raid allemand sur le village de Seicheprey a entraîné la mort, la disparition ou la capture de 650 Sammies. Leur inefficacité au combat est alors exploitée par la propagande allemande. Les généraux alliés estiment alors indispensable de les incorporer dans les unités françaises et britanniques, ce que leur chef, le général John Pershing, refuse. Mais, le 28 mai, la Force expéditionnaire américaine prend d’assaut le village de Cantigny, à la stupeur de l’armée allemande. Pendant tout le mois de juin, elle montre sa ténacité et sa bravoure durant l’assaut du bois de Belleau. Les 12 et 13 septembre, elle réduit le saillant de Saint-Mihiel, y perd 11.000 soldats mais neutralise 7.500 Allemands et en capture 15.000. Le 26 septembre, devenue la 1ère Armée américaine, elle lance l’offensive « Meuse-Argonne » dans le cadre d’un mouvement en avant, généralisé de la mer du Nord à la Meuse. Or, l’espace entre Meuse et Argonne a été aménagé par l’armée allemande au cours des quatre années précédentes. Il est barré par quatre lignes de tranchées, plus ou moins continues, appuyées par de nombreux nids de mitrailleuses, parfois sous casemate, disséminés en fonction de la configuration du terrain. A l’occasion de cette offensive commune avec les Français et les Britanniques, Pershing veut confirmer l’excellence des troupes américaines et affirmer leur rôle. En 10 jours, il fait acheminer 40.000 t de munitions, 4.000 pièces de tous calibres et 400.000 hommes.

La bataille de Montfaucon. Dès 1914, les Allemands ont pris possession du village de Montfaucon situé sur une butte, position cruciale pour l’observation de la bataille de Verdun deux ans plus tard. Le 27 septembre 1918, après 6 heures de préparation d’artillerie, les Sammies gravissent la pente et forcent un passage à la grenade et au fusil et s’emparent de Montfaucon en moins de 48 heures. Le colonel George Patton, qui s’illustrera au Maroc, en France et en Allemagne de 1942 à 1945, commande la 7ème Brigade de tanks qui, trop légers, sont démolis par les artilleurs allemands postés sur la butte. Il rassemble les rescapés et part à l’assaut en « fantassin-pistoléro » avec un pistolet à crosse d’ivoire dans chaque main. Blessé, il recevra la « Distinguished Service Cross » américaine. Le bilan s’établit à la capture de 150 Allemands, 75 mitrailleuses et 11 grosses pièces d’artillerie. Sur les 4.000 Américains partis à l’assaut, plus de 150 ont été tués et plus de 750 blessés.

Le monument. (photo) Au sommet de la butte de Montfaucon et face à la ligne de front, la Commission américaine des monuments de guerre a érigé, en 1937, une colonne de 60 m de haut, surmontée d’une statue symbolisant la liberté, sur un terrain concédé à perpétuité aux Etats-Unis. Les noms des unités engagées dans les combats des hauteurs de la Meuse, de Barricourt et de Romagne et dans la forêt d’Argonne sont inscrits à la base du monument.

Loïc Salmon

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

Le nouveau visage de la guerre




Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme

Interne à un pays, international et combiné à la criminalité protéiforme, le terrorisme a suscité une coordination plus intense entre les services de renseignement, nationaux, européens et même au niveau de l’ONU…longtemps rétive au renseignement !

Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé, le 25 septembre 2017 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Malgré la résonance médiatique, les attentats en France (2015 et 2016) et en Grande-Bretagne (2017) n’ont guère pesé sur les élections. Les terroristes islamistes veulent « tuer une idée », à savoir ce qu’ils rejettent (permissivité, laïcité, individualisme et liberté de mœurs) et donc ceux qui la véhiculent : jeunes gens insouciants, foules cosmopolites et représentants de l’Etat. Pourtant, malgré des effectifs sans précédent en matière de terrorisme, Daech et Al Quaïda n’ont pu devenir des mouvements de masse, car la grande majorité des musulmans dans le monde exprime une opinion négative à leur égard. La lutte contre le terrorisme a altéré progressivement leurs capacités d’action, par l’élimination de leurs chefs, a enrayé leur développement et les a placés sur la défensive. Au Proche-Orient et dans la bande sahélo-saharienne, des groupes armés terroristes utilisent des modes d’action militaires, quand ils sont en position de force, et recourent aux agressions aveugles quand ils ne le sont plus. La lutte contre le terrorisme commence par le renseignement. Celui-ci collecte des données puis construit une « réalité », basée sur la capacité à comprendre les actions humaines et à leur trouver un sens pertinent. Les services de renseignement (SR) doivent surmonter leurs défaillances : idées préconçues, préjugés et tendance à plaquer des schémas anciens sur des phénomènes nouveaux. Il s’agit de déterminer le ratio entre la volonté et la capacité de nuisance des groupes terroristes. L’identification des vulnérabilités psychologiques de leurs membres et des faiblesses de leurs organisations permet de repérer leurs contradictions internes, les divergences de vues sur la stratégie à mener et les rivalités personnelles, souvent très violentes. Comparable à la Direction nationale du renseignement aux Etats-Unis ou au « Joint intelligence Committee » en Grande-Bretagne, le Conseil national du renseignement (CNR), créé en 2008 en France, a pris une dimension supérieure en 2017 avec la mise en place du Centre national de contre-terrorisme, qui fait remonter directement au chef de l’Etat une information immédiate, recoupée et pertinente. Des analyses « prospectives » passent au crible les menaces émergentes liées à la crypto-monnaie (« Bitcoin »), aux imprimantes 3D, aux engins explosifs improvisés ou à la cybersécurité. Au sein du CNR, des spécialistes, issus des divers SR, traitent du contre-terrorisme, de la contre-ingérence ou de la contre-prolifération des armes de destruction massive. Un magistrat, venu du parquet anti-terroriste, assure le suivi judiciaire et facilite les relations entre le milieu du renseignement et celui de la justice. Le contre-terrorisme nécessite le partage immédiat d’informations entre les SR, bâtis sur le long terme, le cloisonnement et le secret. Enfin, « l’intelligence Campus » (2017) allie réflexion et expérimentation en réunissant, en réseau et en un même lieu, militaires, financiers, chercheurs, entrepreneurs, techniciens, philosophes et… artistes !

Loïc Salmon

Sécurité : le renseignement dans la lutte contre le terrorisme

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

« Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 132 pages, 15 €




De l’Asie à la France libre

Joseph Hackin entre en 1924 à la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dont il devient le directeur en 1934 jusqu’à son départ pour Londres en 1940. D’autres archéologues, en mission à l’étranger, rejoindront aussi la France libre.

La DAFA a été créée en 1922 à l’initiative d’Amanullah, roi d’un Afghanistan à peine sorti de l’emprise de l’Empire britannique (1880-1919). Un accord entre l’Afghanistan et la France accorde à cette dernière le monopole des fouilles pour trente ans, avec un partage égal des découvertes à l’exception de l’or et des bijoux. Ce partenariat a pour mission d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique afghan. Le premier directeur (1922-1925) de la DAFA, l’orientaliste Alfred Foucher, tente de retrouver les traces de l’expédition du roi de Macédoine Alexandre le Grand (356-323 avant J.C.) lors de sa conquête de l’Empire perse. Joseph Hackin effectue quatre campagnes de fouilles entre 1929 et 1940 et en expose les résultats pendant ses séjours en France. L’un de ses adjoints se nomme Ahmad Ali Kohzad, futur conservateur du musée de Kaboul. Malgré la fin du monopole de la France sur les fouilles, les archéologues français poursuivent leurs travaux après la seconde guerre mondiale. La DAFA, dont les autorités afghanes reconnaissent l’expertise, forme des jeunes chercheurs. La révolution de 1978 met un terme à ses fouilles sur le terrain. Son bureau à Kaboul est fermé de 1982 à 2003, pendant la longue période de guerres, d’affrontements armés et de destructions de vestiges archéologiques par les talibans iconoclastes. Dans le cadre du traité d’amitié entre la France et l’Afghanistan en 2012, la DAFA redevient la seule institution archéologique étrangère permanente dans le pays. Par ailleurs, en France occupée, des réseaux de résistance s’organisent pour sauvegarder le patrimoine français par l’évacuation en province de 4.000 trésors nationaux dans des dépôts secrets. D’autres recueillent des renseignements sur la destination des œuvres saisies par les Allemands et qui seront récupérées après la guerre. Enfin, certains suivent l’exemple de Joseph Hackin et de son épouse et adjointe Marie. Ainsi, jacques Soustelle, vice-président du musée de l’Homme en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle. Ce dernier lui confie une mission similaire à celle de Hackin, à savoir coordonner l’action des comités de la France libre en Amérique du Sud. Au Proche-Orient, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban de 1929 à 1941, est connu pour ses fouilles menées à Baalbek et à Palmyre. Il démissionne et devient attaché culturel de la délégation de la France libre aux Etats-Unis. L’archéologue et historien de l’Afghanistan, Daniel Schlumberger, qui succèdera à Hackin à la tête de la DAFA en 1945, rallie la France libre en Syrie dès l’été 1941. Il commence par commenter l’actualité politique à Radio-Brazzaville puis dirige le Service d’information de la France libre au Levant. Jean Starcky, curé de Palmyre, s’engage dans les Forces françaises libres puis devient aumônier au sein de de la 1ère Division française libre, depuis la Libye jusqu’aux derniers combats dans le massif de l’Authon (Préalpes de Nice) où il sera blessé. Compagnon de la Libération, Jean Starcky participe au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte en tant que membre de l’Institut d’archéologie de Beyrouth. Puis, il deviendra directeur de l’Institut français d’archéologie.

Loïc Salmon

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

« De l’Asie à la France libre », ouvrage collectif. Éditions Lienart, 144 pages, 25 €




« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918

La cour d’honneur des Invalides à Paris sert d’écrin à la rétrospective de la première guerre mondiale, ressentie par un enfant âgé de 7 ans en août 1914.

Tel est le nouveau spectacle, son, lumière et technologie, intitulé « 1918, la naissance d’un monde nouveau », que présente Amaclio Productions du 27 juin au 1er septembre 2018.

Emotions et voyage dans le temps. Des projecteurs laser 4K de dernière génération offrent une qualité d’images exceptionnelle sur des surfaces de pierre de la cour d’honneur rénovées. L’expérience sensorielle se trouve renforcée par une sonorisation porteuse d’émotions, accrues par la projection d’images d’archives de la Grande Guerre. Trois personnes dialoguent en « off » : le petit Martin et ses tantes Eulalie et Victoire, à l’usine ou au milieu des « gueules cassées ». Pendant 45 minutes, 35 séquences rythment leur narration, des valses à la cour de Vienne en 1914 à l’apparition des chars de combat en 1917, de la charge en gants blancs des saints-cyriens, sabre au clair en 1914 à l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Le machinisme surgit dans la guerre, des taxis parisiens transportant une brigade d’infanterie vers le champ de bataille de la Marne en 1914 à l’impressionnant développement de l’aviation en 1918. La liesse finale préfigure un monde nouveau, celui du XXème siècle. Ce spectacle se prolonge par une visite nocturne de l’église du dôme des Invalides et du tombeau de Napoléon. Une scénographie « aux 1.000 chandelles » mène à la rencontre de quatre maréchaux. Turenne et Vauban rappellent le siècle de Louis XIV, fondateur des Invalides. Lyautey, éphémère ministre de la Guerre fin 1916-début 1917, préconise l’unité de commandement sur le champ de bataille. Elle sera réalisée par Foch, maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne et vainqueur en 1918.

Réalisation. Amaclio Productions fait appel, depuis avril 2012, à Bruno Seillier, créateur des quatre spectacles précédents : « La Nuit aux Invalides » et « Les Luminescences d’Avignon » avec de la vidéo monumentale ; « Les Ecuyers du Temps » à Saumur, incluant 150 figurants, spectacle équestre et vidéo également ; « La conquête de l’Air » au Grand Palais à Paris, rétrospective de cent ans de l’avionneur Dassault avec mise en scène de trois appareils : 1 avion d’affaires Falcon ; 1 avion de combat Mirage III, conçu en 1950 ; 1 avion Rafale, en service dans l’armée de l’Air et la Marine françaises depuis 2001. En 2017, un spectacle, intitulé « Notre-Dame de cœur », s’est déroulé sur la façade de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour rendre hommage à l’engagement américain dans la Grande Guerre. Dans chaque spectacle, Bruno Seillier utilise la technologie la plus moderne pour valoriser un lieu historique, sans en altérer la beauté. Il s’en explique : « Je ne veux pas écraser le monument sous les coups d’une visualisation artificielle et fugace. Au contraire, je veux que la puissance de la technologie permette au monument de respirer, de changer d’atours et qu’un dialogue s’instaure avec lui. ». Pour « 1918, la naissance d’un monde nouveau », Bruno Seillier s’est assuré du concours des « voix » des comédiens Benoît Allemane, Céline Monsarat, Kaycie Chase et Céline Duhamel. Trois spectacles ont été donnés dans des sites inscrits au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO : les Invalides (plus de 300.000 spectateurs en 2012-2017), le Palais des papes (plus de 350.000 en 2013-2017) et le château de Saumur (plus de 30.000 en 2013-2014).

Loïc Salmon

Renseignements sur www.lanuitauxinvalides.fr

L’histoire des Invalides en 3 D

Cent ans de conquête de l’air au Grand Palais de Paris




Napoléon stratège

Napoléon a indirectement enseigné l’art de la guerre à ceux qu’il a affrontés et battus, favorisant ainsi leurs propres victoires ultérieures avec des conséquences politiques. La capitulation de Paris en 1814 a entraîné sa première abdication et la défaite de Waterloo, en 1815 après les Cent-Jours, la seconde.

L’archiduc autrichien Charles (1771-1847) combat, sans succès, le jeune général Bonaparte pendant la campagne d’Italie (1797). Président du Conseil de guerre en 1801, il propose un plan détaillé de la réorganisation globale de l’armée. Nommé ministre de la Guerre et de la Marine, il procède à de nombreuses réformes, inspirées de celles mises en œuvre en France depuis la Révolution. Généralissime, il est vaincu par Napoléon à Eckmühl (1809), puis remporte la victoire d’Essling un mois plus tard. Cette première grande défaite de l’armée napoléonienne est compensée, après quelques jours, par la victoire de Wagram. L’archiduc prend alors une retraite anticipée (à 38 ans !) et rédige ses réflexions dans un ouvrage sur la stratégie, dont Napoléon entendra parler lors de son exil à Sainte-Hélène. Bien qu’il ait effectué l’essentiel de sa carrière contre l’Empire ottoman, le général russe Koutouzov (1745-1813) est rappelé en 1805 à la tête d’une avant-garde pour soutenir les troupes autrichiennes. Malgré une infériorité numérique, Napoléon remporte alors la grande victoire d’Austerlitz le 2 décembre, jour anniversaire de son sacre. En juin 1812 lors de la campagne de Russie, Koutouzov, nommé commandant en chef des forces russes, affronte la Grande Armée à Borodino en septembre. Cette bataille, connue en France sous le nom de la Moscowa, est gagnée par Napoléon au prix de lourdes pertes. Elle lui ouvre les portes de Moscou, désertée par ses habitants. L’incendie de leur capitale par les Russes contraint l’armée impériale à la retraite. La rigueur de l’hiver et la tactique de harcèlement par les cosaques et les partisans, choisie par Koutouzov, achèvent de la décimer. Le général anglais Wellington (1769-1852) a séjourné neuf ans en Inde britannique, où il a compris l’étroite imbrication entre buts militaires et ambitions politiques. Pendant la guerre d’Espagne (1808-1814), les nations européennes coalisées contre la France lancent une contre-offensive à partir du Portugal. Nommé à la tête du corps expéditionnaire britannique en 1809, Wellington sait exploiter les erreurs des généraux et maréchaux français en l’absence de Napoléon, reconnaissant qu’il aurait été battu dans le cas contraire. Il l’affronte directement à Waterloo, rassuré par l’arrivée imminente de renforts prussiens. Sa réputation de vainqueur de l’Empereur servira la carrière diplomatique et politique de Wellington, qui deviendra Premier ministre (1828 à 1830). Le général prussien Blücher (1742-1819) contribue, en 1813, à transformer un simple conflit entre la Prusse et la France en une guerre de libération de l’Allemagne entière de l’hégémonie française. La victoire des Coalisés à Leipzig à l’issue de la « Bataille des Nations », la même année, brise le contrôle de Napoléon sur l’Europe centrale. Comme lui, Blücher avait compris qu’une bataille, susceptible d’emporter la décision, ne doit être livrée que dans de bonnes conditions. Pendant ses campagnes de 1813-1815, ses manœuvres audacieuses et inattendues déconcertent l’Empereur, obligé de réagir au lieu de prendre l’initiative. Il ressemble au général Bonaparte de la campagne d’Italie !

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire

« Napoléon stratège », ouvrage collectif. Éditions Lienart/Musée de l’Armée, 304 pages, 29 €




La Nostalgie de l’honneur

« C’est l’instinct de l’honneur qui fait les héros », écrit l’auteur. Cette assertion, qui correspond au général Philippe Leclerc de Hautecloque, chef de la 2ème Division blindée (DB) pendant la seconde guerre mondiale, pourrait aussi s’appliquer au général Jean Crépin (1908-1996). Le destin de ces deux hommes va croiser celui du général Charles de Gaulle. Jean Crépin, par soif d’aventure et pour éviter la banalité de la vie de garnison en métropole, choisit l’artillerie coloniale à la sortie de l’Ecole Polytechnique. Il est d’abord affecté à la concession française de Tientsin, en Chine. Le 28 août 1940, jeune capitaine, il commande une batterie de côte au Cameroun quand un commandant (Leclerc), qui s’était fait coudre sur les manches les galons de colonel pour en imposer, lui fait demander de se rallier à la France libre. Crépin est le 2ème à le faire. Plus tard en Indochine, ses talents de négociateur et de diplomate faciliteront les succès de Leclerc, commandant en chef du Corps expéditionnaire, dans ses relations difficiles avec les armées chinoises. Lieutenant-colonel, il combat l’Afrika Korps en 1943, reçoit la croix de Guerre avec plusieurs palmes et la Légion d’honneur et est fait compagnon de la Libération. Le 3ème Régiment d’artillerie coloniale, qu’il a commandé, reçoit la fourragère de la croix de Guerre 1939-1945. A la mort de Leclerc en 1947, il est « mis au placard » jusqu’en 1950 avant de recevoir ses étoiles de général de brigade…grâce à René Pleven, également compagnon de la Libération et ministre de la Défense. En désaccord sur la politique belliqueuse menée en Indochine par les gouvernements de la IVème République et jugeant cette guerre perdue d’avance, il refuse d’y repartir, malgré les interventions du général Jean de Lattre de Tassigny, nouveau commandant en chef. En conséquence, il attendra sept ans sa troisième étoile au lieu de trois et demi. Entretemps, il est nommé, de 1955 à 1958, président du « Comité exécutif des explosifs nucléaires », instance secrète créée par Pierre Mendès-France, président du Conseil. Le général Crépin contribuera, avec Pierre Guillaumat, son camarade de promotion à Polytechnique, administrateur du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et futur premier ministre des Armées du général de Gaulle, à doter la France de l’arme nucléaire, garantie de son indépendance en pleine guerre froide. Avec Bertrand Goldschmidt, chef du département Chimie du CEA, ils sont considérés comme les pères de la force de frappe française. A l’issue de sa mission, Crépin se porte volontaire pour servir en Algérie. Promu général de corps d’armée, il y remplace le général Jacques Massu, son vieux compagnon de la 2ème DB, limogé par le président de la République. Crépin subira le même sort après le referendum sur l’indépendance de l’Algérie en 1961 et sera nommé à la tête des Forces françaises en Allemagne. Comme le lui expliquera le général de Gaulle, le nouveau contexte politique et militaire exige un changement de titulaire à ce poste. Le général d’armée Crépin, grand-croix de la Légion d’honneur, finit sa carrière militaire comme commandant en chef des Forces alliées du secteur Centre Europe. Ensuite, il sera cinq ans vice-président du futur groupe aéronautique EADS. Tirant le bilan de sa vie, l’auteur (son petit-fils) conclut que les démocraties avancées tentent de prévenir et résoudre les conflits par la diplomatie. « Mais l’honneur commande de dire non quand l’essentiel est en cause. Or il n’y a pas de grandeur sans honneur. »

Loïc Salmon

« La Nostalgie de l’honneur » par Jean-René van der Plaetsen. Éditions Grasset, 240 pages, 19 €.