Armée de Terre : faire face à toutes menaces, ici et là-bas

Posture dynamique sur le territoire national et recherche de l’innovation dans les engagements de haute intensité sur les théâtres d’opération extérieurs.

Cette vision pour l’armée de Terre a été exposée par son chef d’état-major, le général Jean-Pierre Bosser, lors de sa présentation, le 19 octobre 2017 à Satory (banlieue parisienne), devant les officiers stagiaires de l’Ecole de Guerre, les auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale et la presse.

La 3ème Division à l’honneur. Vedette de cette journée de présentation, la 3ème Division fournit des unités entraînées aux 2 division de l’armée de Terre (AdT). Elle comprend 3 brigades (parachutiste, blindée et légère blindée) et 3 régiments organiques des forces terrestres (cavalerie, génie d’appui et artillerie). Son état-major, basé à Marseille, constitue un centre expert de décision et d’exécution pour la préparation à l’engagement opérationnel et la génération de forces. Les équipements de ses unités seront renouvelés par les systèmes d’armes du programme Scorpion. Sa démonstration du 19 octobre 2017 s’est articulée autour de deux présentations de combat aéroterrestre. La première a mis en valeur les actions menées, contre un ennemi asymétrique, par une approche globale de résolution de conflit dans le cadre d’un partenariat avec un pays ami menacé. Cette approche inclut : l’assistance militaire opérationnelle ; la neutralisation de groupes armés ennemis par les forces spéciales ; les opérations militaires d’influence ; la reconnaissance d’un axe pour un convoi logistique et la réaction à une attaque par engin explosif improvisé. La seconde présentation a montré l’action de l’AdT dans un conflit de haute intensité. Sa capacité porte sur : l’identification de la menace ; le renseignement sur l’ennemi ; la préparation à l’engagement ; l’évaluation de l’ennemi sur le terrain ; l’ouverture du feu dès le contact.

Les impératifs d’une ambition. Conformément à l’objectif fixé par le président de la République de devenir les premières en Europe, les armées françaises verront leur budget augmenter de 1,8 Md€ en 2018, puis de 1,7 Md€ par an jusqu’en 2022, en vue d’atteindre 2 % du produit intérieur brut en 2025. Selon le général Bosser, cela implique, pour l’AdT, de maintenir son modèle complet, ou presque, en vue d’intervenir seule en premier et affronter un ennemi conventionnel, hybride ou irrégulier. Cela exige de la « masse » pour durer, pourvoir renouveler hommes, munitions et équipements et enfin de créer un effet d’entraînement vis-à-vis des armées partenaires. Suffisamment aguerris, les soldats français devront combiner haute technologie et rusticité, continuer à combattre malgré les pertes et accepter de payer le prix du sang. La possession des équipements les plus modernes assurera une meilleure protection, permettra de pratiquer un combat interarmes « infovalorisé » (échange automatique des flux massifs d’informations entre systèmes d’armes) et garantira de rester dans la course à l’innovation. S’y ajoute la capacité à constituer ou soutenir une coopération, en la dirigeant ou en lui apportant un concours. De plus, permettre aux soldats et à leurs familles de vivre et travailler dans de bonnes conditions préservera l’attractivité du métier des armes. Par ailleurs, constate le général Bosser, l’adversaire durcit ses modes d’action et les conflictualités se diversifient. Les forces terrestres subissent un étalement, lié au nombre, à la dispersion et aux élongations des théâtres d’opérations, provoquant des tensions sur les hommes, les compétences et les équipements. De plus, la perception des faits l’emporte de plus en plus sur leur réalité, à savoir l’influence des émotions, idéologies et croyances personnelles sur l’opinion publique. Il s’agit donc, à tous les niveaux de responsabilité, de vaincre et de convaincre, souligne le chef d’état-major de l’AdT. Celle-ci doit retrouver, en 2018, son niveau d’entraînement d’avant les attentats de 2015, qui ont déclenché son redéploiement sur le territoire national pour en renforcer la sécurité. La reprise de la préparation opérationnelle interarmes, amorcée en 2017, sera amplifiée en 2018. En matière d’équipements, le projet MCO-T 2025 (maintien en condition opérationnelle Terre à l’horizon 2025) va séparer l’entretien opérationnel, au plus près des forces, de la maintenance industrielle pour produire simultanément du potentiel et de la disponibilité. L’Adt devra recruter du personnel civil et dégager des financements pour confier davantage de maintenance aux entreprises privées.

Les ressources humaines. L’AdT devra aussi recruter des personnels, développer leurs compétences puis les fidéliser. En 2017, l’Adt, qui constitue 42 % de l’effectif total des forces armées, compte : 75 officiers généraux ; 11.000 officiers ; 31.000 sous-officiers ; 56.000 militaires du rang ; 19.000 réservistes opérationnels ; 8.200 civils. Elle emploie surtout des personnels sous contrat dans 400 métiers : 74 % parmi les militaires, dont 100 % chez ceux du rang. Sa moyenne d’âge se situe à 33 ans : 40 ans pour les officiers ; 38 ans pour les sous-officiers ; 28 ans pour les soldats. L’AdT encourage la promotion interne avec environ 50 % des officiers et sous-officiers sortis du rang. Enfin, son chef d’état-major souhaite redonner ses lettres de noblesse à l’Ecole de Guerre, définir le rôle et la place du renseignement de niveau tactique, structurer l’aguerrissement et rénover la doctrine de la cynotechnie.

La protection du territoire national. Créé en juin 2016, le Commandement Terre pour le territoire national (Com TN) a pour mission d’optimiser l’engagement de l’AdT en soutien à l’action de l’Etat, en métropole et outre-mer, dans un cadre interarmées et interministériel. Ainsi, en cas de crise, le préfet de département, directeur des opérations, la gère avec les forces de sécurité intérieure. En cas de besoin, il demande des renforts militaires au préfet de zone de défense et de sécurité. Ce dernier et l’officier général de zone de défense et de sécurité formulent une demande de concours ou une réquisition de capacités militaires. Puis le chef d’état-major des armées décide le déclenchement d’une opération ou d’une mission intérieure et la mise à disposition de moyens. L’AdT fournit alors des capacités militaires à la chaîne opérationnelle, afin de produire l’effet nécessaire à la résolution de la crise. Le Com TN se trouve ainsi en mesure de renforcer les structures de commandement opérationnel de crise.

Loïc Salmon

Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable

En 2017, l’armée de Terre regroupe : 106.000 personnels, dont 10 % de femmes ; une force projetable de 77.000 militaires ; 2 divisions de combat (1 en préparation opérationnelle et 1 en opération extérieure ou intérieure) de 7 brigades interarmes, dont la Brigade franco-allemande, et 1 brigade d’aérocombat. Elle est équipée de : 225 chars Leclerc ; 250 chars médians ; 3.300 véhicules blindés multi-rôles et de combat d’infanterie ; 160 hélicoptères de reconnaissance, d’attaque et d’appui ; 126 hélicoptères de manœuvre ; 25 drones tactiques ; 109 canons de 155 mm ; 863 porteurs polyvalents tactiques ; 93.080 fusils d’assaut HK416, livrés à partir de 2017 pour remplacer les Famas. Son budget se monte à 8,6 Mds€ contre 32,7 Mds€ pour celui de la Défense, inclus dans celui de l’Etat (322,4 Mds€).




Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Les armées doivent protéger le territoire national, répondre à une crise dans le voisinage proche, conserver l’ascendant sur tout adversaire non étatique, réagir à une confrontation avec un Etat.

Ces missions, complémentaires de la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et océanique, ont été définies dans le document « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 », rendu public le 13 octobre 2017 par le ministère des Armées pour préparer une nouvelle loi de programmation militaire.

Protection. Le territoire national sera mieux protégé par : la modernisation du réseau radar de surveillance maritime Spationav ; la couverture radar 3D de l’espace aérien ; la posture de protection terrestre avec capacité à opérer en milieu nucléaire, radiologique, biologique ou chimique. Les capacités de détection et de neutralisation des drones aériens ainsi que la protection des équipements et des personnels seront développées. Elles complèteront la modernisation des systèmes sol-air, des hélicoptères légers et des moyens navals, sous-marins et aéromaritimes.

Adaptation et coopérations. Sous très faible préavis, les armées doivent pouvoir intervenir simultanément sur des théâtres d’opérations dispersés. La durée variable des engagements nécessite une masse critique suffisante de forces disponibles (hommes, équipements et stocks). Cette capacité repose sur une base industrielle et technologique de défense, qui requiert la participation des armées à des tâches associées à l’exportation. Sur le plan opérationnel, les armées doivent : acquérir et conserver la supériorité au combat dans tous les milieux ; frapper dans la profondeur ; acheminer les moyens en urgence sur un théâtre durci et les protéger contre les menaces conventionnelles ; être mobiles au sein du théâtre ; fournir les appuis feu au contact de l’adversaire ; mener des opérations amphibies, aéroportées, en zone urbaine, montagne, désert ou jungle ; extraire du personnel en milieu hostile. Toutefois, agir de façon autonome dans n’importe quel contexte et détenir toutes les aptitudes au plus haut niveau de performance ou de masse ne semblent guère possibles aujourd’hui. Mais le renoncement, même temporaire, à une aptitude opérationnelle entraîne un risque de perte définitive de certaines compétences. Par ailleurs, faute de capacités suffisantes, la complexité de certaines missions nécessite des partenariats, une fois les conditions politiques réunies. En coalition, l’interopérabilité implique des normes communes, techniques pour les systèmes de commandement et équipements majeurs, mais aussi en matière de concepts, doctrines, tactiques et procédures. Parfois, la France doit pouvoir fournir des capacités discriminantes et un volume de forces significatif pour jouer le rôle de « nation cadre » pour des actions relevant d’aptitudes militaires à haute valeur ajoutée : planification ; génération de forces, commandement et contrôle d’une opération. Dans le cadre de l’OTAN, elle doit fournir les capacités nécessaires au commandement d’une petite opération commune (SJO en anglais) et d’une composante pour une grande opération commune (MJO). Elle participe à la définition des normes OTAN sur l’interopérabilité des matériels et le contrôle politique des nations sur les capacités communes essentielles.

Renseignement. Il s’agit d’investir dans tout le spectre : humain, électromagnétique, radar, optique et numérique. Les plates-formes, capteurs et modes de recueil seront diversifiés : aéronefs habités ; drones ; unités navales ; moyens spatiaux. Leur complémentarité doit permettre l’accès à des cibles liées à tout type de menaces. Pour accélérer les prises de décisions, une meilleure interconnexion entre les différents systèmes améliorera et intégrera des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse, intelligence artificielle et « big data » compris. La vulnérabilité croissante des moyens de commandement et de surveillance nécessite de sécuriser les moyens spatiaux et la conduite des opérations en augmentant, notamment, le niveau de protection et de résilience des futurs satellites Syracuse 4. En outre, la capacité d’alerte avancée permettra de mieux identifier une menace balistique, en déterminant l’origine d’un tir et l’évaluation de la zone ciblée.

Systèmes de commandement. L’amélioration de l’homogénéité et de l’interopérabilité des systèmes facilitera l’engagement sur un théâtre avec les Etats membres de l’OTAN et des pays partenaires de circonstance. La boucle décisionnelle sera accélérée par le partage de l’information, tout en en gardant la maîtrise dans le risque cyber. Entrer en premier. Face aux systèmes défensifs de haute technologie et aux capacités adverses de déni d’accès dans les milieux physiques et immatériels, il s’agit de disposer de la capacité de passer outre et de réduire le niveau de la menace, en vue d’y conduire des opérations militaires. Au préalable, celles-ci exigent la supériorité aérienne pour conférer la liberté d’action nécessaire aux forces terrestres et navales. La frappe des centres de gravité ennemis dans la profondeur du théâtre nécessite de pouvoir opérer depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres ou depuis la mer par le groupe aéronaval. L’allonge des systèmes d’armes augmentera avec la combinaison entre avions ravitailleurs et armements. La capacité de projection de puissance sera accrue par les missiles de croisière : navals ; aéroportés rénovés ; antinavires à développer avec la Grande-Bretagne. Les capacités des forces spéciales seront renforcées en termes de projection et de mobilité. Les opérations dans l’espace numérique jusqu’au niveau tactique, intégrées à la chaîne de planification et de conduite des opérations militaires, exploiteront la numérisation croissante des adversaires, étatiques ou non.

Combat terrestre futur. Le programme Scorpion de l’armée de Terre permettra d’augmenter la puissance et l’agilité des unités engagées. L’armement des drones aériens apportera une capacité de réaction adaptée à des adversaires plus fugaces et à des espaces étendus. Le successeur du char Leclerc et le futur système d’artillerie seront étudiés en coopération avec l’Allemagne.

Loïc Salmon

La France a souscrit des engagements contraignants dans le cadre du Traité sur l’Union européenne de 2009 (TUE) et du Traité de Washington de 1949. L’article 42.7 du TUE précise : « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». Le TUE rappelle que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Selon le Traité de Washington, la France doit « assister la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, telle action (jugée) nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ».




Sécurité : la norme ISO 18788 pour les vigiles armés

Face à la montée du terrorisme, les sociétés privées de sécurité armée complètent l’action des forces de police et de gendarmerie. La norme ISO 18788 vise à encadrer ces opérations dans le respect des droits de l’homme.

Ce système de management des opérations de sécurité privée a été présenté, le 5 octobre 2017 à Paris, par des représentants du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT), de la société de sécurité OFAPS et du groupe Apave d’évaluation des risques.

Un enjeu mondial. Le niveau sécuritaire augmente sur le territoire français. Face à la violence, la maîtrise des opérations de sécurité par des agents privés nécessite un recyclage, pour le renouvellement de leur carte professionnelle tous les cinq ans. Aujourd’hui, l’usage des armes, qui s’inscrit dans une logique de recherche de preuves, exige un processus de recrutement du personnel, de formation d’entraînement et de maintien des compétences. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se sont dotés d’une normalisation au niveau fédéral par la création d’un ministère de la Sécurité intérieure l’année suivante. En 2017, la normalisation de la sécurité concerne surtout les pays qui s’en donnent les moyens : Allemagne, France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Australie, Japon (sécurité maritime dans les détroits d’approvisionnement pétroliers), Chine et Russie (oléoducs et gazoducs). Dans ce domaine, les pays anglo-saxons préconisent le recours à des sociétés privées, militaires ou de sécurité. La Chine et la Russie ne comptent que sur la force publique. La France allie les secteurs public et privé. Or les entreprises anglo-saxonnes comptent s’implanter sur le marché français.

Une démarche volontaire. En 2013, la France a intégré le groupe de travail sur la production d’une norme internationale ISO sur les bonnes pratiques des opérations de sécurité privée, civiles et militaires. Cette norme reprend celles du code ICOC, signé par plus de 700 sociétés de sécurité, et relatives au Document de Montreux (2008) « sur les obligations juridiques pertinentes et les bonnes pratiques par les Etats en ce qui concerne les opérations des entreprises militaires et de sécurité privées pendant les conflits armés » (17 pays signataires dont la France). Cette norme, dite 18788, a été publiée en 2016 pour la version internationale ISO. Applicable à tous les pays et dans toutes les situations, elle concerne les services des sociétés privées de sécurité, chargées de protéger les personnes, biens et affaires de sociétés françaises œuvrant à l’étranger. Toutefois, elle ne s’applique pas aux sociétés militaires privées qui vendent leurs services pour des opérations militaires, activité assimilée en France à du mercenariat. La certification ISO 18788 définit le cadre opérationnel : contexte, besoins et exigences. Elle apprécie les risques, leur gestion et les exigences légales. Elle met en œuvre les activités opérationnelles : contrôle, compétences, communication, rôle et responsabilités, prévention et gestion des événements indésirables ou perturbateurs. Elle évalue la conformité et la performance du système de management, les exercices, tests et audits internes. Les sociétés de sécurité privée obtiennent la certification ISO 17788 en 8 à 12 mois, après diagnostic, accompagnement et audit à blanc. Pour le GICAT et sa filiale, le Commissariat général des expositions et salons, cette norme permet de disposer d’un cadre éthique pour collaborer avec les sociétés privées de sécurité.

Loïc Salmon




Armement : légère baisse des exportations françaises en 2016

Les prises de commandes d’armements français à l’export ont atteint 14 Mds€ en 2016, selon le rapport du ministère des Armées remis au Parlement le 7 juillet 2017. Elles se montaient à 16 Mds€ en 2015, année exceptionnelle.

Les partenariats « stratégiques ». L’industrie française de défense, qui regroupe une dizaine de grands groupes et 4.000 petites et moyennes entreprises, emploie 165.000 personnes. Elle réinvestit de 10 % à 20 % du chiffre d’affaires des exportations dans la recherche et le développement, afin d’assurer son avance technologique et de maintenir des emplois de haute technicité non délocalisables. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les prises de commandes françaises entre 2012 et 2016 se répartissent ainsi : 47,4 % aux Proche et Moyen-Orient ; 34,1 % en Asie ; 6,9 % en Europe ; 5,1 % dans les Amériques ; 3,6 % en Afrique ; 1,1 % en Océanie ; 1,7 % divers. L’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) et la DGA participent à la « diplomatie de défense » par le biais de dialogues, réguliers ou ponctuels, avec les représentants de nombreux pays. L’EMA traite les dossiers opérationnels et de coopération militaire et la DGA ceux relatifs à l’armement. La DGRIS entretient des dialogues sur l’environnement stratégique, la sécurité et les crises régionales en cours avec les grands partenaires, comme l’Australie, la Malaisie, l’Inde, Singapour, la Jordanie, le Nigeria, la Finlande ou la Roumanie. Coopération militaire et dialogue stratégique ont acquis une dimension politique. Des réunions annuelles des hauts comités de défense, présidées par le ministre, permettent de dresser un état complet de ces relations bilatérales.

La concurrence internationale. Face à la contraction de leur marché intérieur sous l’administration Obama, les Etats-Unis recourent aussi aux partenariats commerciaux et politiques pour conclure des contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». Ceux-ci consistent à vendre, à des Etats, notamment du Moyen Orient et d’Asie, des matériels militaires achetés par le gouvernement fédéral à des industriels américains, en vue de profiter de la réduction des coûts unitaires induite par l’effet de série. De même, la Russie propose une coopération de défense et de sécurité à des clients aux ressources budgétaires limitées, afin de s’implanter dans des pays hors de sa sphère traditionnelle, notamment en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Union européenne tente de se constituer une industrie commune de défense, selon le principe « d’interdépendance librement consentie » et grâce aux progrès de la coopération dans le cadre de la « Letter of Intent » (lettre d’intention). Pourtant, ses signataires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Grande-Bretagne et Suède) se font concurrence pour trouver des débouchés pour leurs entreprises sur les marchés les plus porteurs. Israël se concentre sur des segments de haute technologie : drones, systèmes spatiaux et missiles. Des pays émergents, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, consolident leur propre base industrielle et technologique de défense, à partir des transferts de technologie et de savoir-faire consentis dans le passé par des entreprises occidentales en compensation des grands contrats d’armement. Quoique leur niveau technologique, encore limité, les exclut de fait des secteurs les plus en pointe, ils parviennent quand même à remporter des appels d’offres internationaux. Ainsi, au cours des 15 dernières années, la part des 10 premières entreprises mondiales d’armements, toutes américaines et européennes, est passé de 60 % à 50 %, tandis que celle des pays émergents a progressé de 15 %.

Les embargos en cours. Les institutions internationales ont imposé des embargos sur les armes à destination de plusieurs pays, encore en vigueur au 1er mai 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union européenne (UE) en ont décrété vis-à-vis de la Corée du Nord, de l’Iran, du Liban, de la Somalie, de la Libye, du Darfour, de la Centrafrique et des forces non gouvernementales de l’Irak, du Yémen et de la République démocratique du Congo. L’UE a aussi imposé des embargos sur les armes à destination de la Chine, de la Russie, de la Biélorussie, de la Syrie, du Soudan Erythrée, du Soudan du Sud et du Zimbabwe. Enfin, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a imposé un embargo sur les armes et munitions aux forces engagées dans des combats dans la région du Nagorno-Karabakh en Arménie.

Le contrôle des trafics d’APLC. Les armes légères et de petit calibre (ALPC) et leurs munitions, faciles à dissimuler et transporter, constituent l’essentiel des trafics illicites d’armes dans le monde. La France et la Suisse ont réussi à faire adopter « l’Instrument international de traçage » des ALPC. Dans le cadre de l’OSCE, la France est aussi à l’origine de « l’Arrangement de Wassenar » sur la prévention des transferts déstabilisants d’ALPC par voie aérienne. Pendant l’opération « Serval » au Mali (janvier 2013-juillet 2014), les forces françaises ont découvert 200 t d’armements et de munitions. L’opération « Barkhane » (lancée en août 2014), menée avec les pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Mauritanie) vise à réduire la liberté d’action des groupes armés terroristes, en les privant de leurs moyens de combat par la recherche et le démantèlement de leurs caches d’armes, d’explosifs et de munitions (20 t de munitions détruites fin 2016). En outre, la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères apporte un soutien technique, matériel et financier au déminage de Ouidah au Bénin et aux formations de gestion et de sécurisation des stocks d’armes. Enfin, en 2018, la France présidera la 3ème conférence d’examen du Programme d’action des nations unies sur les armes légères.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Le partenariat intergouvernemental de la France avec l’Australie, signé le 20 décembre 2016, fait suite à la vente de 12 sous-marins océaniques à propulsion diesel-électrique pour un montant de 34 Mds€. Conclu avec Naval Group (ex-DCNS) et d’une durée de 50 ans, il porte sur les conception et construction de la plate-forme, en vue de la mise en service actif du premier submersible au début des années 2030. Celui avec l’Inde, qui remonte à 1953 avec les premiers Mirage de Dassault Aviation, s’est renforcé par le contrat de vente de 36 Rafale, signé le 23 septembre 2016. En comptant les achats de l’Egypte et du Qatar en 2015, 84 Rafale ont été vendus en deux ans. Le partenariat stratégique avec le Koweït, en cours depuis plusieurs décennies, a débouché sur la signature, le 9 août 2016 avec Airbus Hélicoptères, d’un contrat de 1 Md€ pour 30 hélicoptères Caracal de sauvetage et de transport de troupes, dont les livraisons s’échelonneront entre 2018 et 2020. Enfin, suite au traité de coopération en matière de défense et de sécurité de Lancaster House (2010), l’accord intergouvernemental entre la France et la Grande-Bretagne a été ratifié par les Parlements à l’automne 2016. Il porte notamment sur les systèmes de missiles du groupe franco-britannique MBDA, 2ème constructeur mondial de missiles tactiques.




14 juillet 2017 : « opérationnels ensemble » en interarmées, interministériel et international

L’édition 2017 du défilé militaire sur les Champs-Elysées met l’accent sur la coopération entre forces armées et de sécurité et entre pays alliés dans les opérations extérieures. Elle commémore aussi le centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale.

Sa préparation, étalée sur un an, a été présentée à la presse le 5 juillet 2017 par le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris.

Les personnels et matériels. Ponctué par l’arrivée et le départ du président de la République, le défilé compte 3.765 militaires à pied (+ 526 en un an), 241 cavaliers de la Garde républicaine, 211 véhicules, 63 avions et 29 hélicoptères (+ 4). L’opération « Chammal », en cours en Irak et en Syrie, mobilise 1.200 soldats, toutes spécialités confondues, dans la lutte contre l’Etat islamique (Daech). Elle est mise à l’honneur par la marche d’un bloc d’une centaine d’entre eux, issus des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale. Rappel de la Grande Guerre, une animation initiale met en parallèle les innovations technologiques réalisées à l’époque et la préparation de l’avenir par le travail d’anticipation des armées et la Direction générale de l’armement. Des images illustrent les capacités opérationnelles des véhicules présentés et les évolutions aériennes et maritimes depuis cent ans. Elles appuient huit présentations dynamiques de véhicules d’époque et d’aujourd’hui : un char Schneider et un véhicule blindé de combat d’infanterie ; un char Saint-Chamond et un char Leclerc ; un camion Renault EG1 équipé d’un canon 155 GPF et un canon Caesar ; un camion Latil en version ambulance et un véhicule de l’avant blindé sanitaire ; un porte-char Latil avec une maquette de char FT17 et un porte-char 700/100 ; un camion Lauer transport de marchandises et un camion logistique blindé ; un camion Peugeot avec une barque pontonnier et un SPRAT (système de pose rapide de travures). Un drone tactique de renseignement Patroller contribue à la fourniture d’images aériennes. Un drone de surveillance Reaper (moyenne altitude longue endurance) participe à la « bulle » de sécurisation de l’espace aérien de la capitale pendant le défilé.

Les Etats-Unis, invités d’honneur. A l’occasion du centenaire de l’engagement de son pays sur le front Ouest aux côtés des Alliés, le président américain Donald Trump assiste au défilé, à l’invitation du président de la République Emmanuel Macron. La précédente présence d’un président des Etats-Unis à cette parade militaire, en l’occurrence George Bush (père), remonte à 1989. Environ 1 million de soldats américains ont participé aux combats du premier conflit mondial et 126.000 y ont perdu la vie. Cette fois-ci, quelque 200 militaires des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et du Corps des Marines défilent à Paris, dont cinq, en tête, revêtus des uniformes de 1917.  En 2002, les cadets de West Point avaient défilé avec les élèves-officiers de Saint-Cyr Coëtquidan. Le défilé aérien de 2017 inclut 2 avions de chasse américains F22 Raptor et 6 F16 de la patrouille acrobatique des « Thunderbirds », qui suivent les 9 Alphajet de la Patrouille de France. Celle-ci s’est rendue aux Etats-Unis en avril dernier. Aujourd’hui, la France et les Etats-Unis luttent contre Daech dans la coalition internationale au Levant.

Les musiques militaires. Les fanfares présentes symbolisent la coopération interarmées : Garde républicaine ; Air ; Flotte ; sapeurs-pompiers de Paris ; Légion étrangère ; transmissions ; cavalerie ; artillerie ; parachutistes ; troupes de Marine.

Loïc Salmon

2017 : centenaire de la participation des Etats-Unis à la première guerre mondiale

14 juillet 2016 : les engagements militaire, sécuritaire et national




DGA : commandes et contrats

Au cours des quatre premiers mois de 2017, la Direction générale de l’armement (DGA) a lancé des programmes et notifié des contrats pour la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Navires. Le 21 avril, le programme des 5 frégates de taille intermédiaire (FTI) de la classe Belharra a été lancé (photo). Réalisées par le groupe DCNS, elles seront dotées de capacités d’autodéfense élargies et de projection de forces spéciales, du nouveau radar à 4 antennes planes Sea Fire et de missiles Aster 30. Chacune représente 2 millions d’heures de travail dont 300.000 pour les bureaux d’études. La première sera livrée en 2023 pour une entrée en service actif en 2025, avec une capacité d’évolution pour une durée de vie de 40 ans. A l’horizon 2030, la Marine Nationale disposera de 15 frégates de premier rang : 8 frégates multi-missions (6.000 t de déplacement) ; 2 frégates de défense aérienne de la classe Horizon (7.000 t) ; 5 FTI de lutte anti-sous-marine (4.000 t). Le 19 janvier, la DGA a notifié au industriels Piriou et DCNS la réalisation du 4ème bâtiment multi-missions (B2M, 2.300 t) Dumont-d’Urville. Les B2M assurent présence, protection des intérêts français dans les zones économiques exclusives, soutien logistique, sauvegarde et assistance au profit des populations en cas de catastrophe naturelle. Destinés à la souveraineté outre-mer, ils sont ainsi répartis : D’Entrecasteaux en Nouvelle-Calédonie depuis le 29 juillet 2016 ; Bougainville en Polynésie française depuis le 16 décembre 2016 ; Champlain à La Réunion à l’été 2017 ; Dumont-d’Urville aux Antilles en 2018.

Missiles. Le 28 mars, le délégué général pour l’armement Laurent Collet-Billon et son homologue britannique Harriett Baldwin, ministre pour les Acquisitions de Défense, ont signé un accord sur le programme FMAN/FMC (futur missile antinavire/futur missile de croisière) pour remplacer et améliorer les systèmes de missiles employés par la Marine Nationale et l’armée de l’Air à l’horizon 2030. Chaque pays contribuera à hauteur de 50 M€ à cette étude, menée par MBDA, et profitera d’un accès réciproque aux expertises technologiques et moyens d’essais et de tests. La coopération franco-britannique porte aussi sur la rénovation des missiles de croisière aéroportés SCALP-EG/Storm Shadow, dont les premiers seront livrés fin 2018 en Grande-Bretagne et en 2020 en France. Le 5 janvier, la DGA a annoncé la commande de nouveaux AASM (armement air-sol modulaire) « Block 4 », kits montés sur des bombes standards OTAN et livrables à partir de 2019. L’AASM se décline en plusieurs versions selon le type de guidage : inertie/GPS ; inertie/GPS + imagerie infrarouge ; inertie/GPS + laser. Equipé d’un kit de propulsion, il peut être tiré à distance de sécurité sur tous les types de cibles terrestres, même mobiles. L’armée de l’Air et la Marine Nationale ont déjà reçu 1.700 AASM.

Drones. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit 4 systèmes de drones Reaper MALE (moyenne altitude longue endurance) de 3 drones chacun pour l’armée de l’Air en 2019. Le 10 janvier, la DGA a annoncé la réception du 2ème système, dont 2 drones ont été livrés le 31 décembre 2016 à Nyamey pour l’opération Barkhane. Le 3ème drone est destiné à l’entraînement des personnels de l’escadron 1/33 « Belfort » à Cognac. Une campagne d’essais doit valider : l’aérotransport du système Reaper, notamment à bord de l’A400M ; les conditions techniques de son utilisation dans l’environnement électromagnétique de la base de Cognac et du territoire métropolitain. Le 4ème système a été commandé fin 2016.

Loïc Salmon

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

 




Trafics d’armes : fin de crise, embargos, désarmement et consolidation de la paix

Le suivi des sanctions internationales envers un pays en guerre puis leur éventuelle levée dépendent notamment du Groupe d’experts de l’ONU. Toute solution de désarment doit prendre en compte la capacité de l’administration de l’Etat concerné et le respect de sa souveraineté.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 janvier 2017 à Paris, par le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) avec le soutien de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense (DGRIS). Y sont notamment intervenus : Savannah de Tessières, consultante auprès de l’ONU ; Aurélien Llorca, Université Grenoble-Alpes ; le psychosociologue ivoirien Kouaja Anzian ; le général de corps d’armée (2S) Bruno Clément-Bollée, vice-président de Sovereign Global France. Cornelis Steenken, consultant.

Embargos. L’embargo sur les armes à destination d’un pays reste le moyen le plus adapté pour modifier un comportement et tarir des ressources, indique Savannah de Tessières. Sur les 30 embargos décidés par le Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1990, 10 étaient encore maintenus en 2016, afin d’exercer pressions politiques et sanctions ciblées, notamment contre l’Iran, la Corée du Nord, le Soudan et la Libye. Ils peuvent viser un pays entier ou une région, divers types d’acteurs et différents types de matériels : armes légères et de petit calibre ; armes lourdes ; matériels létaux ou non létaux ; formations militaires ; envois de conseillers. Un embargo peut être total, avec possibilité de dérogation ou partiel avec procédure de notification. Toutefois, avertit Savannah de Tessières, l’assouplissement d’un embargo ou sa levée prématurée risque de nourrir des foyers de conflit et une levée totale de faciliter la corruption de responsables, les détournements d’armes ou les achats inconsidérés. Plusieurs mesures palliatives existent : renforcement du dispositif d’acquisition des autorités nationales ; élaboration d’un plan de programmation militaire avec inventaire des stocks et identification des besoins réels ; sélection des partenaires commerciaux responsables ; amélioration de la gestion et du contrôle des stocks ; renforcement des capacités de surveillance aérienne et de sécurité maritime ; soutien aux instituts de recherche indépendants.

Somalie, levée progressive. L’Etat somalien s’est disloqué au cours de la guerre des clans et de la famine de 1991-1992, rappelle Aurélien Llorca. Longtemps morcelé en Somaliland (indépendance autoproclamée), Puntland (semi-autonome), province pro-gouvernementale soutenue par l’Ethiopie et zones soumises aux tribunaux islamiques puis à la milice djihadiste Al-Shabab, il s’est reconstruit entre 1999 et 2013. Pendant ce temps, l’ONU s’est prononcé par diverses résolutions : en 1992, la 733 impose un embargo sur les armes et la 751 établit une commission des sanctions ; en 2002, la 1425 désigne un panel d’experts pour assister la commission ; en 2013, la 2093 lève partiellement l’embargo sur les armes pour aider le gouvernement fédéral de transition. Sous l’égide du groupe de contrôle Somalie/Erythrée, celui-ci, épaulé par le secrétariat général de l’ONU et une équipe de vérification commune, informe le Conseil de sécurité notamment sur : l’infrastructure de stockage, l’enregistrement, l’entretien et la distribution des armes ; les procédures et codes de conduite sur leur utilisation ; le besoin en formation des personnels. Malgré des progrès tangibles dans un contexte difficile, il n’existe pas encore d’armurerie en province ni de contrôle des récipiendaires, indique Aurélien Llorca. Côte d’Ivoire, levée totale. Le 15 novembre 2004, le Conseil de sécurité de l’ONU impose un embargo immédiat sur les armes en Côte d’Ivoire avec un dispositif de suivi (comité des sanctions et groupe d’experts) pour créer les conditions de sortie de crise, rappelle Kouaja Anzian. Le gouvernement ivoirien renforce alors la sécurité des sites de stockage d’armes, de munitions et d’explosifs, selon les normes internationales. Il élabore un manuel de procédures de gestion des stocks, améliore les capacités techniques des personnels et numérise la gestion des armes et munitions avec la création d’une base de données au niveau de chaque unité militaire, soit plus de 95 % de l’armement total des armées. La destruction des armes, munitions et explosifs collectés auprès des civils s’accompagne d’un processus de « resocialisation » individuelle, collective et communautaire. Un dispositif centralise l’importation d’armes et de matériels létaux et non létaux, qui reste de la compétence exclusive du Conseil national de sécurité. Selon Kouaja Anzian, ces réformes ont permis : la réduction des risques de détournement d’armes ; un meilleur contrôle des flux ; le traçage des armes ; le retrait des armes illicites en circulation au moyen des différentes opérations de collecte. L’amélioration de la sécurité dans le pays et le retour au bon fonctionnement de l’administration étatique ont conduit à l’organisation d’élections et à la levée de l’embargo sur les armes en 2015.

Processus DDR et RSS. Fort de son expérience de terrain en Côte d’Ivoire de 2013 à 2016, le général Clément-Bollée estime que le processus « désarmement, démobilisation et réintégration » (DDR) contribue à sortir de la crise et consolider la paix. Il est complété par celui de la « restauration du système de sécurité » (RSS), à savoir les outils militaire et sécuritaire du pays. Tous deux doivent démarrer simultanément et de façon coordonnée, sans attendre la paix (exemples du Mali et de la Centrafrique). La primauté de l’action, souligne le général, crée une dynamique positive qui inspire confiance à tous les acteurs. Elle implique une volonté forte de l’Etat concerné par le DDR, que la communauté internationale accompagne. Deux questions se posent : les armes collectées seront-elles détruites ou équiperont-elles les forces de sécurité ? Les anciens combattants redevenus civils retrouveront-ils des emplois ? Leur réintégration économique et sociale passe par la poursuite des processus dans la durée. Ceux-ci doivent remplir deux conditions : coordination des acteurs publics nationaux et internationaux ainsi que des organisations non gouvernementales ; transparence des actions entreprises pour dissiper méfiance et suspicion. De son côté, Cornelis Steenken, actif dans les DDR et RSS depuis 1991, en a présenté les facteurs de succès ou d’échec : réalité de la volonté politique ; contexte de la guerre ou du conflit (ethnique, idéologique, pauvres contre riches) ; nature de la paix (règlement politique, pression extérieure) ; gestion des attentes ; sensibilisation du public (acteurs, mandat, calendrier, résultats) ; accord de paix globale (réduction des causes profondes du conflit) ; participation des communautés locales et du secteur privé dans la planification ; absence d’opportunités pour les jeunes (16-35 ans) ; assistance internationale, insuffisante sur le plan technique et tardive pour le financement ; carences administratives et sécuritaires de l’Etat.

Loïc Salmon

Trafics d’armes : les Balkans, fournisseurs du terrorisme international et du crime organisé

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

Selon un rapport du Groupe d’experts de l’ONU (1997), les armes de « petit calibre », conçues pour un usage personnel, sont transportables par une seule personne : revolvers et pistolets à chargement automatique ; fusils et carabines ; mitraillettes ; fusils d’assaut ; mitrailleuses légères. Les « armes légères », utilisables par une équipe, sont transportables par au moins deux personnes, un animal de trait ou un véhicule léger : mitrailleuses lourdes ; lance-grenades portatifs, amovibles ou montés ; canons antiaériens et antichars portatifs ; fusils sans recul ; lance-missiles antiaériens et antichars portatifs ; lance-roquettes antichars portatifs ; mortiers de calibres inférieurs à 100 mm.




DGA : une industrie d’armement forte, pilier de la souveraineté

La souveraineté du système de défense français se construit sur une solide industrie d’armement, qui repose notamment sur l’investissement, l’innovation et l’exportation.

Tel est l’enjeu majeur de la Direction générale de l’armement (DGA), dont le bilan 2016 a été présenté à la presse, le  6 mars 2017 à Paris, par son délégué général, Laurent Collet-Billon.

L’investissement. Pour équiper les forces, la DGA a dépensé 10,8 Md€ en 2016 et s’est engagée sur 9,8 Md€ en 2017. Pour préparer l’avenir, elle a dépensé 804 M€ en études amont et s’est engagée sur 672 M€. En 2016, les livraisons incluent : 1 lot de missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; 8 Rafale ; 2 avions de transport tactique A400M ; 1 système de drones moyenne altitude longue endurance Reaper ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre ; 6 hélicoptères de transport tactique NH90 ; 1 frégate multi-missions ; 2 bâtiments multi-missions (B2M) ; 10 modules projetables du système d’information des armées ; le système numérique Auxylium pour « smartphone » ou tablette, qui permet de se passer des réseaux de téléphonie mobile en cas de crise. En 2016, les commandes ont porté sur : les équipements sécurisés cyber ; le programme de télécommunications militaires sécurisées Descartes ; les drones tactiques Patroller ; 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance ; les roquettes à guidage laser ; la rénovation des avions Mirage 2000 D ; un système de drones de guerre des mines ; les AASM block 4 (armements air-sol modulaires) ; la rénovation à mivie du missile de croisière Scalp EG ; un 4ème système de drones Reaper ; 4 avions de transport tactique C-130J, dont 2 capables de ravitailler des hélicoptères en vol ; le programme FOMEDEC (formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse) ; le fusil d’assaut allemand HK-41F, qui remplacera le Famas ; le véhicule léger tactique polyvalent ; le programme CERBERE (centres d’entraînement représentatifs des espaces de bataille et de restitution des engagements) ; 2 bâtiments d’assistance et de soutien hauturier ; un 4ème B2M.

L’innovation. Les grands projets portent d’abord sur la modernisation de la dissuasion nucléaire : 2 nouveaux SNLE ; le système de missiles M51 au-delà de 2021 ; le successeur du missile ASMP-A (air sol moyenne portée amélioré). Ensuite, le système de combat aérien futur inclut la mise en réseau du Rafale. Enfin, le combat aéroterrestre prend en compte la robotisation et l’intelligence artificielle sur le champ de bataille. De nouvelles orientations stratégiques seront données aux organismes sous tutelle de la DGA (Ecole Polytechnique, Supaéro, ONERA et doctorants) avec des contrats d’objectifs et de performance 2017-2021. En 2017, le projet « DGA Lab » sera lancé auprès des « start up » et des petites et moyennes entreprises spécialisées dans la recherche duale, à usage civil et militaire. Par ailleurs, 80 experts en informatique ont été recrutés en 2016 sur un objectif de 2.600 « combattants numériques » d’ici à la fin 2019.

L’exportation. Les partenariats avec les pays étrangers apportent une visibilité sur le long terme aux chaînes de production et aux bureaux d’études pour le maintien d’une longueur d’avance technologique. Le 19 janvier 2017, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé plus de 20 Md€ de prises de commandes (+ 3 Md€ en un an), grâce à la vente de 12 sous-marins à propulsion classique à l’Australie.

Loïc Salmon

DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D




Trafics d’armes : les Balkans, fournisseurs du terrorisme international et du crime organisé

La circulation des armes légères à partir des Balkans compromet le retour à la paix dans ces pays en fin de conflit. Elle constitue aussi une menace internationale en s’étendant très loin en Europe.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 janvier 2017 à Paris, par le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) avec le soutien de la Direction générale des relations internationale et de la stratégie (DGRIS) du ministère de la Défense. Y sont notamment intervenus : le commissaire de police Philippe Félix-Uncanin, attaché de sécurité intérieure pour la Serbie et le Monténégro ; Laurent Gonçalves, coordinateur du pôle interministériel de lutte contre la criminalité organisée en Europe du Sud-Est (ministère des Affaires étrangères) ; Philippe Nobles, ministère de l’Intérieur ; Nils Duquet, Institut flamand pour la paix.

Flux et réseaux. Les Balkans constituent une zone prioritaire d’action contre les trafics d’armes en raison des attentats terroristes des trois dernières années en France et en Belgique, souligne le commissaire Félix-Uncanin. Selon le rapport 2015 de l’Union européenne (UE) sur le crime organisé, les flux d’armes légères et de petit calibre (ALPC) viennent principalement des Balkans occidentaux, zone traditionnelle de trafics de cigarettes et de stupéfiants. En outre, l’éclatement progressif de la Yougoslavie à partir de 1990 a donné naissance à des Etats faibles, qui contrôlent mal leur territoire : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Serbie, Monténégro et Kosovo. La défense territoriale, mise en place par le maréchal Tito en 1969, reposait sur des actions de partisans qui devaient rester armés. En conséquence, une étude (2002) de l’organisation non gouvernementale Saferworld évalue à environ 6,1 millions d’ALPC, dont 3,7 millions de fusils d’assaut, étaient disponibles en 1989 et réparties entre l’armée nationale yougoslave, la défense territoriale, la police, les civils détenteurs de port d’arme et les armes détenues illégalement. Elles étaient stockées sur tout le territoire fédéral, notamment dans 653 dépôts en Bosnie-Herzégovine en mai 1990 et réduits par la suite à 48. Ces dépôts, souvent des cours d’école et des sous-sols de restaurants difficiles à contrôler, se trouvent encore à 60 % en Serbie et Bosnie-Herzégovine. Les industries d’armement de Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie et Monténégro produisent toujours des ALPC et des munitions bon marché et fiables. Ainsi, l’usine de Kragujevac (Serbie) fabrique des fusils d’assaut (calibre 5,56 mm), fusils-mitrailleurs (7,62 mm), fusils spéciaux pour tireurs d’élite (7,62 mm et 12,7 mm) et pistolets automatiques (9 mm), exportés massivement, et celle de Mojkovac (Monténégro) des fusils d’assaut (5,56 mm) et des pistolets (9 mm). Outre le vol d’armes directement sur les chaînes de fabrication, la protection des stocks reste insuffisante. Ainsi, le 7 novembre 2016 à Belgrade, 70 pistolets, 5 fusils d’assaut et 1.700 munitions ont disparu d’un dépôt de l’armée, sans vidéosurveillance. La modestie des soldes facilite la corruption des militaires : 300 € par mois pour un sous-officier et 900 € pour un officier. Ces trafics alimentent le marché du crime organisé en Serbie (25 groupes connus), les zones de conflits et certains pays de l’UE (Suède, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Belgique et France).

Ils profitent souvent de leurs liens avec des membres des diasporas serbe et monténégrine. Transportées essentiellement sur des petites routes de montagne, les armes sont dissimulées dans des autocars ou des véhicules privés. Les groupes criminels organisés albanophones agissent en Albanie et en Grèce. Les slavophones serbes, monténégrins et Bosnie-Herzégovine s’intéressent plutôt à l’Europe occidentale. Beaucoup travaillent de manière artisanale avec des cellules de 3 à 10 personnes, qui se livrent au trafic d’armes lors d’un accès occasionnel à un stock en vue de protéger celui des stupéfiants, de très loin plus lucratif : le premier se monte à 3 M€ en France, soit plus de 1.000 fois moins que le second. Le ciblage du trafic d’APLC nécessite une grande capacité de renseignement dans les pays producteurs pour identifier les points faibles des structures et de la réglementation. Sur ses 1.000 km de frontières avec 8 pays, la Serbie ne compte que 94 postes, peu gardés, car de gros effectifs sont déployés contre le trafic de migrants. Le transport d’APLC s’effectue en général de nuit, à bord de véhicules immatriculés dans des Etats membres de l’UE pour profiter de la liberté de circulation de l’espace Schengen (22 membres de l’UE et la Norvège, la Suisse, le Liechtenstein, l’Islande, Monaco, Saint-Marin et le Vatican). Les attachés européens de sécurité intérieure résidant dans les pays producteurs d’APLC échangent renseignements et analyses et participent à la formation de leurs capacités de contrôle.

Coopérations possibles. Les coopérations bilatérales en matière de lutte contre les trafics d’APLC existent avec la Serbie, le Monténégro, la Macédoine, l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine, mais restent très inégales d’un pays à l’autre, explique Laurent Gonçalves. A l’exception des rapports entre la Serbie et le Kosovo, la coopération au niveau régional paraît satisfaisante, grâce à des accords techniques et aux bonnes relations opérationnelles avec la Bulgarie et la Hongrie, qui voient en outre affluer les migrants, et la Macédoine et la Croatie, qui veulent les arrêter. Sur le plan international, des outils existent: les organisations non gouvernementales SELEC et SEESAC (élimination et contrôle des trafics APLC en Europe du Sud-Est et de l’Est) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe envoient des missions sur le terrain. Toutefois, il y a peu de coordination entre elles, en raison de la non application des textes et du manque de volonté politique et de moyens humains et financiers. Le Programme des nations unies pour le développement rencontre peu de succès dans ce domaine en Serbie, où la population craint la police. En outre, selon Laurent Gonçalves, le mode de rémunération de la collecte d’armes nécessite une remise à plat, car leur vente à un trafiquant rapporte davantage.

Dispositif français. Selon Philippe Nobles, la réponse aux attentats de 2015 s’est traduite par : l’instauration de l’état d’urgence ; les enquêtes sous pseudonyme ; la « « cyberpatrouille » ; l’infiltration des réseaux ; les « coups d’achat d’ALPC avec présomption du caractère organisé du trafic et peines aggravées ; les observations transfrontières avec les douaniers. D’autres mesures incluent : le renfort de la collecte et de l’analyse du renseignement avec bases de diffusion sur les trafics d’APLC, fichiers et liaison avec Europol ; la centralisation de l’analyse stratégique des attachés de sécurité intérieure ; la création d’une unité de police de renseignement franco-serbe, bientôt suivie d’une unité similaire en Bosnie-Herzégovine en 2017.

Loïc Salmon

La Douane : actions tournées vers la défense et l’international

Lutte contre le trafic de drogue : réponse internationale

Les flux d’armes légères des réseaux criminels partent de la Serbie et des zones frontalières avec le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine et la Bulgarie. Nils Duquet a répertorié les fusillades de masse en Europe entre 2009 et 2015 : mars 2009, 15 morts en Allemagne ; décembre 2009, 5 morts en Finlande ; juin 2010, 12 morts en Grande-Bretagne ;  août 2010, 7 morts en Slovaquie ; juillet 2011, 67 morts en Norvège ; septembre 2011, 6 morts aux Pays-Bas ; décembre 2011, 6 morts en Belgique ; mars 2012, 4 morts en France (Toulouse et Montauban) ; avril 2012, 5 morts en Macédoine ; septembre 2012, 4 morts en France (Chevaline) ; février 2013, 4 morts en Suisse ; avril 2013, 13 morts en Serbie ;  mai 2014, 4 morts en Belgique ; novembre 2014, 4 morts en Albanie ; janvier 2015, 17 morts en France (Paris) ; février 2015, 8 morts en République Tchèque ; mai 2015, 4 morts en Italie ; août 2015, 4 morts en France (Roye) ; novembre 2015, 130 morts en France (Paris).




Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

Symbole d’une Marine océanique dont les grands pays veulent se doter quand ils n’en disposent pas déjà, le porte-avions permet de défier les dénis d’accès dans la durée et de s’adapter aux conflits futurs.

Le capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, commandant le porte-avions Charles-De-Gaulle, a présenté les capacités opérationnelles de ce type de navire au cours d’une conférence-débat organisée, le 18 janvier 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Un succès mondial. Le porte-avions donne une liberté d’action en haute mer, de jour comme de nuit. Mais sa complexité entraîne une maintenance continue dès sa mise à l’eau. En outre, la conduite de son aviation embarquée, longue à acquérir, nécessite une pratique régulière, une maîtrise des processus et une chaîne de commandement. Le parc mondial, qui comptait 19 bâtiments fin 2016, devrait se monter à 28 dans 3 ans. Il se répartit ainsi : Etats-Unis, 10 et 1 en projet/construction, soit 11 en 2020 ; France, 1 (1 en 2020) ; Brésil, 1 (2) ; Italie, 2 (2) ; Espagne, 1 sous cocon (1) ; Inde, 2 (3) ; Chine, 1 (4) ; Grande-Bretagne, 0 (2) ; Russie, 1 (2). Actuellement, seuls les porte-avions américains et français sont dotés de catapultes pour le décollage et de brins d’arrêt pour l’atterrissage, qui donnent une allonge considérable à l’aviation embarquée en raison de la possibilité de ravitaillement en vol. Ceux des autres pays sont configurés avec un tremplin pour avions à décollage court et atterrissage vertical, opérations qui consomment beaucoup de carburant. L’emploi de ces avions impliquent un choix en matière de poids : plus de bombes pour frapper plus fort, mais à courte distance, ou plus de kérosène pour aller davantage dans la profondeur du théâtre d’opérations,  mais avec un impact moindre. La Chine a construit des pistes d’atterrissage sur des îlots inhabités pour affirmer sa souveraineté en mer de Chine. En outre, son porte-avions peut choisir le meilleur endroit en fonction des conditions météorologiques. La Grande-Bretagne a décidé de se doter à nouveau de 2 porte-avions à tremplin avec réapprentissage de l’aéronautique navale. De son côté, l’Inde va équiper un ancien bâtiment russe d’une catapulte pour pouvoir embarquer des avions de 25 t. Celui de la Russie peut conduire une opération aéronavale, notamment en Syrie.

Le cas français. Le groupe aéronaval rassemblé autour du porte-avions Charles-De-Gaulle a connu 3 déploiements, dénommés  « Arromanches », en 2 ans. Le premier a eu lieu dans le golfe d’Aden et en Méditerranée (février-mai-2015) pour renforcer les liens avec les pays riverains amis et la connaissance de l’environnement du théâtre. Le deuxième (novembre 2015-mars 2016) avait notamment pour objectifs de renforcer la contribution française à l’opération en coalition Inherent Resolve (Chammal pour la France) au Levant, d’assumer le commandement de la Task Force 50 dans le golfe Arabo-Persique et de renforcer l’interopérabilité avec les pays membres de la coalition. Le troisième (septembre-décembre 2016) a porté sur l’appui des forces irakiennes au sol et les frappes dans la profondeur. Les moyens de renseignement du Rafale donne des informations très précises et une vision oblique complétant celle, verticale, des satellites. Outre le commandement, la conduite et la coordination d’opérations aériennes, l’avion de guet Hawkeye a assuré la couverture de la zone où se trouvaient les bâtiments russes et les systèmes sol/air syriens (renseignements d’origine électromagnétique). Ces renseignements ont été fusionnés avec ceux des autres navires et des pays alliés. Pour la dissuasion, la Force d’action navale nucléaire (FANu) est installée sur le Charles-De-Gaulle, dont les Rafale de standard F3 emportent le missile nucléaire aérobie ASMPA. Le centre d’opération de la FANu, implanté à Six-Fours (Var), prépare et suit l’exécution des ordres du président de la République. Le Rafale, capable de parcourir plusieurs milliers de km avec des ravitaillements en vol, peut tirer l’ASMPA à très basse altitude, à très grande vitesse et par tous les temps.

Loïc Salmon

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