OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

L’OTAN a accusé la Russie de constituer une menace pour l’ordre international et souligné l’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique. Elle a aussi évoqué ses relations futures avec l’Afghanistan et son propre avenir.

C’est ce qui ressort des communiqués communs des 27 chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN, réunis les 4 et 5 septembre 2014 à Newport (Grande-Bretagne).

La Russie accusée. Le pacte de confiance entre l’OTAN et la Russie, lancé il y a une vingtaine d’années, est mis à mal, car « la Russie a rompu ses engagements et elle a violé le droit international ». L’OTAN ne reconnaît pas « l’annexion illégale et illégitime de la Crimée par la Russie », à qui elle demande d’y mettre fin. Elle condamne son intervention militaire en Ukraine et lui demande d’y retirer ses troupes, estimant que la violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de ce pays constitue une infraction grave au droit international et un défi majeur pour la sécurité euro-atlantique. L’OTAN demande aussi à la Russie de : faire cesser le flux d’armes, d’équipements, de personnes et de fonds, qui traversent la frontière à destination des séparatistes ukrainiens ; cesser d’attiser les tensions le long de la frontière ukrainienne et au-delà ; d’user de son influence auprès des séparatistes pour permettre une désescalade ; prendre des mesures concrètes en vue d’une solution politique et diplomatique. Dans ce contexte, l’OTAN soutient les sanctions imposées par l’Union européenne, le G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Canada) et d’autres pays pour : limiter l’accès des institutions financières publiques russes aux marchés des capitaux ; restreindre le commerce des armes ; établir des restrictions à l’exportation de biens à double usage civil et militaire ; réduire l’accès de la Russie à des technologies sensibles dans les secteurs de la défense et de l’énergie. Par ailleurs, la Russie est accusée par l’OTAN de non-respect récurrent du droit international, y compris la Charte des Nations unies. Elle est critiquée pour : son comportement à l’égard de la Géorgie et de la République de Moldova ; sa violation des engagements de l’Acte final d’Helsinki de 1975 sur la sécurité et la coopération en Europe ; sa non-application prolongée du Traité de 1990 sur les forces conventionnelles en Europe ; l’utilisation de moyens militaires et autres à des fins coercitives à l’encontre de pays voisins. Enfin, l’OTAN s’engage à poursuivre les efforts des pays riverains de la mer Noire pour assurer la sécurité et la stabilité de la région.

Le Moyen-Orient et l’Afrique menacés. L’OTAN considère le « prétendu État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) comme une menace grave pour les populations civiles irakienne et syrienne. Son partenariat avec l’Irak prévoit notamment la sécurité de ses frontières. Favorable à une transition politique négociée avec le régime de Damas, elle redoute les effets de la guerre civile syrienne (3 ans déjà) et de « l’extrémisme de l’EIIL » sur les économies et sociétés de la Jordanie, du Liban et de la Turquie (membre de l’OTAN). Celle-ci bénéficie déjà du déploiement de missiles Patriot de l’Alliance atlantique pour assurer sa défense et la dissuasion contre toute menace potentielle. Suite à son intervention « Unified Protector » (2011) en Libye et à sa décision d’octobre 2013, l’OTAN reste prête à instaurer un partenariat de défense et de sécurité à long terme avec ce pays et soutient la Mission d’appui des Nations unies pour parvenir à un cessez-le-feu immédiat. Malgré le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali, les actes terroristes, le trafic d’armes et de stupéfiants et la traite d’êtres humains dans toute la bande sahélo-saharienne menacent la sécurité régionale et celle de l’OTAN. Celle-ci se dit prête à contribuer aux efforts de l’ONU, de l’Union européenne et de l’Union africaine pour assurer la stabilité politique et la sécurité régionale.

L’Afghanistan conforté. Tirant le bilan de 13 ans de présence de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, l’OTAN estime avoir amélioré la sécurité à l’échelle mondiale et son aptitude à agir ensemble. La FIAS cessera ses opérations fin 2014, mais l’engagement de l’OTAN avec l’Afghanistan va perdurer. A court terme, la mission « Resolute Support », non combattante, continuera à fournir formation, conseil et assistance aux Forces nationales de sécurité afghanes (ANSF), mais devra être appuyée par une résolution de l’ONU. A moyen terme, les engagements financiers en faveur des ANSF seront poursuivis. Depuis le sommet de l’OTAN à Chicago (2012), des mécanismes ont été mis en place pour assurer transparence, efficacité financière et respect de l’obligation de rendre compte. L’OTAN, qui encourage le gouvernement afghan à intensifier ses efforts de lutte contre la corruption, a rappelé que l’Afghanistan devra financer totalement les ANSF à partir de 2024. A long terme, un partenariat durable OTAN-Afghanistan complètera la mission « Resolute Support » et se prolongera au-delà, dans le cadre de consultations régulières sur des questions d’intérêt stratégique. Il s’agit de : faire avancer la lutte contre les trafics de stupéfiants, les migrations illégales, le terrorisme et la criminalité dans la région ; mettre en œuvre les résolutions de l’ONU sur les droits des femmes et la protection des enfants.

L’avenir préservé. L’OTAN ne constitue une menace pour aucun pays, mais si l’un de ses membres devait être menacé, elle agirait de manière décisive, conformément à l’article 5 du Traité de Washington. Le budget de défense de chaque pays membre devrait se rapprocher de 2 % de son produit intérieur brut dans les 10 prochaines années, pour fournir les capacités requises et déployer les forces nécessaires. L’OTAN se déclare favorable au maintien d’une étroite coopération et d’une grande complémentarité avec l’Union européenne, afin de répartir plus équitablement les dépenses et les responsabilités et de renforcer le lien transatlantique, notamment par une plus grande coopération industrielle de défense. Enfin, elle souligne que la défense antimissile peut venir compléter le rôle des armes nucléaires, mais ne peut s’y substituer.

Loïc Salmon

OTAN : sommet de Chicago

Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

Libye : bilan des opérations aériennes OTAN

Dans le cadre des mesures dites de « réassurance » sous mandat de l’OTAN, un détachement d’avions de chasse français a été déployé à Malbork (Pologne) du 24 avril au 1er septembre 2014 pour renforcer les missions de police de l’air et de surveillance des espaces aériens des pays baltes (Lettonie, Lituanie et Estonie). Dès le 6 mai, 4 Rafale ont pris la permanence opérationnelle, à savoir la capacité d’intercepter un intrus sous faible préavis. Ils ont été relevés le 2 juin par 2 Mirage 2000 C et 2 Mirage 2000-5. Le bilan s’établit à 424 sorties pour 500 h de vol et 4 aéronefs interceptés. En outre depuis le 1er avril, des avions AWACS de l’OTAN effectuent 1 à 2 vols par semaine dans les espaces aériens polonais et roumain à partir de la base française d’Avord. Enfin, depuis mars 2014, des bâtiments français sont déployés en Méditerranée, en mer Noire et en mer Baltique dans le cadre des mesures de « réassurance ».




États-Unis : une politique ambiguë de défense et de sécurité

L’administration Obama, critiquée dans son propre pays pour son absence de  « grande stratégie », est pourtant à l‘origine du « rééquilibrage » de la politique de défense américaine en Asie. Celle-ci repose sur la dissuasion plutôt que sur l’affrontement.

Steven Ekovitch, professeur de politique internationale, l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 26 juin 2014 à Paris, par le Forum du futur et l’association Minerve EMSST.

« Flous » diplomatique et budgétaire. Tous les quatre ans, le gouvernement doit présenter au Congrès des « Livres Blancs » : diplomatie, défense, renseignement, sécurité intérieure, sécurité internationale etc. La politique étrangère se focalise sur les capacités militaires et les pays partenaires, sans ligne directrice ni vue d’ensemble. Par exemple pour le Moyen-Orient, sont traités l’Irak, la Syrie et l’Iran. Mais, la question nucléaire iranienne est séparée des interventions de Téhéran dans la région. Le président Barack Obama, en position de faiblesse faute de succès diplomatique, en a besoin d’un sur la question iranienne et les Israéliens le savent, précise Steven Ekovitch. En matière de défense, les documents officiels ne mentionnent que le budget de base, soit 525 Md€ en 2013. D’autres lignes budgétaires concernent : les « opérations sur les théâtres extérieurs », qui ne sont pas qualifiées de « guerres » ; la mise à niveau de la dissuasion nucléaire, qui émarge au budget du ministère de l’Énergie ; le renseignement, qui dispose d’un budget propre ; les remboursements des emprunts de l‘État fédéral pour financer les guerres et opérations extérieures précédentes. En tout, selon Steven Ekovitch, quelque 1.000 Md$ par an sont consacrés à la protection des intérêts de la nation, soit environ 3 % du produit intérieur brut. Le budget de la défense irrigue l’économie nationale. Or, un projet de loi propose de le réduire de 487 Md$ sur 10 ans. Selon les états-majors, cette réduction trop brutale menacerait la sécurité du pays. En conséquence, le gouvernement prépare un amendement pour y pallier. Si la Chambre des représentants et le Sénat ne peuvent parvenir à un accord en ce sens pour le budget 2015, la loi de réduction automatique de 10 % de tous les budgets de l’État fédéral s’appliquera à celui de la Défense. Même en cas d’accord, cette  menace réapparaîtra en 2016, date des élections présidentielles : le futur président devra à son tour convaincre le Congrès d’augmenter le budget de la défense. Toutefois, un événement extérieur peut déclencher des mesures exceptionnelles. Ainsi, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, l’administration Bush et le Congrès étaient parvenus à un accord sur une augmentation substantielle du budget de la défense.

« Air Sea Battle ». Depuis 2012, l’administration Obama estime que les États-Unis doivent être capables d’assurer, non plus deux opérations majeures, mais une seule et avec la possibilité de dissuader une autre menace importante. Elle a élaboré un nouveau concept de défense dénommé « Air Sea Battle » (bataille aéromaritime) qui va de la lutte anti-terroriste au conflit de haute intensité, contre un adversaire disposant de technologies capables de rivaliser avec celle des États-Unis. Il s’agit de : défendre le territoire national et ceux des alliés de longue date et des nouveaux partenaires avec, notamment, le projet de bouclier antimissiles dont le budget sera conservé ; maintenir une économie forte dans un marché mondial ouvert ; favoriser une interdépendance économique ; rendre universelles les valeurs démocratiques de paix, sécurité et coopération. Dans le cadre de la guerre de l’information, la Maison Blanche et le Pentagone ont rendu publics leurs projets : porter l’effort sur les conflits asymétriques ; contrer une puissance militaire menaçante par un déni de zone d’action aérienne ou maritime ;  réduire la prolifération des armes de destruction massive ; fonctionner efficacement dans l’espace et le cyberespace ; conserver l’arme nucléaire ; lancer des opérations de contre-insurrection ; organiser des aides humanitaires. Cela implique de nombreuses opérations spéciales, dont les forces sont recrutées dans les unités conventionnelles. L’armée de Terre compte 500.000 hommes et femmes, le Corps des « Marines » (spécialisé dans la gestion de crises) 175.000 et les forces spéciales 60.000 déployés dans la plupart des pays du monde. Les réservistes, dont le nombre sera peu réduit, s’entraînent avec les personnels d’active pour être mobilisables rapidement en cas de crise. En revanche, des réductions d’effectifs toucheront l’armée de Terre, la Marine et le Corps des « Marines », dont cependant 900 personnels iront renforcer la protection des ambassades. En compensation, seront maintenus les investissements dans les technologies à usages civil et militaire. Il en sera de même pour les budgets de l’espace et du cyberespace. Les technologies devront être plus simples et moins chères, pour pouvoir en mettre beaucoup en service et réduire ainsi les risques de vulnérabilité par attrition au combat.

Océans Indien et Pacifique. Malgré les coupes budgétaires, l’armée de l’Air et la Marine américaines se déploient surtout en Asie-Pacifique et océan Indien. En outre, les États-Unis se manifestent à nouveau dans toutes les organisations internationales de ces régions. Tout cela rassure les pays alliés et partenaires, qui s’inquiètent de la diplomatie musclée de la Chine et de la montée en puissance de son outil militaire quantitativement et qualitativement. Les missiles de croisière chinois, d’une portée de 1.500 km, menacent la Corée du Sud, le Japon, les pays d’Asie du Sud-Est, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et un chapelet d’îles du Pacifique. Cette zone et l’Asie du Sud représentent 60 % des échanges et des investissements mondiaux. En cas d’agression de la Chine dans une perspective de guerre éclair, les États-Unis ont les capacités d’encaisser une première frappe, de bloquer les détroits indonésiens et de Malacca (accès à l’océan Indien) et d’entraîner Pékin dans un conflit long et coûteux. Un simple déni de zone aéromaritime consiste à en tenir l’adversaire éloigné. Toutefois, indique Steven Ekovitch, un scénario de guerre ne signifie pas un passage à l’acte. Comme pendant la guerre froide, il convient d’éviter l’affrontement direct et d’agir à la périphérie. Aujourd’hui, l’Europe et l’Afrique se trouvent à la périphérie. Les États-Unis veulent empêcher que des pays africains deviennent des sanctuaires de mouvements terroristes pour attaquer l’Europe.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

L’océan Indien : espace sous tension

Auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale, le professeur Steven Ekovitch (à droite) a obtenu un doctorat en Histoire (1984) à l’Université de Californie. Il enseigne à l’Université américaine de Paris et à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a servi  dans l’armée de l’Air américaine (1969-1972) pendant la guerre du Viêt Nam. Le vice-amiral d’escadre (2S) Jean Bétermier (à gauche) préside le Forum du futur, centre d’analyse et de prospective géopolitique. L’association Minerve regroupe les officiers diplômés et stagiaires de l’Enseignement militaire supérieur, scientifique et technique (EMSST) de l’armée de Terre.




Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Les opérations « spéciales » emploient un minimum de moyens et visent un maximum de résultats dans un but stratégique. Elles sont réalisées par des forces dites « spéciales », dont l’action, sur décision politique, doit être fulgurante et facilement réversible.

Ce domaine a fait l’objet d’un rapport d’information de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat et d’un document du cercle « Prospective Terre », publié par le GICAT (groupement des industries d’armements terrestres), tous deux rendus publics en mai 2014.

Concepts. Le glossaire de l’OTAN, sur lequel s’appuie le rapport sénatorial, distingue divers types d’opérations militaires, visibles ou secrètes, et menées par des acteurs spécifiques. Une opération classique, préparée, planifiée et conduite sans dissimulation par des troupes conventionnelles, constitue le socle de toute campagne militaire importante et cherche un effet tactique sur le déroulement d’une bataille. Une opération « commando », menée par des unités d’élite sans discrétion, vise à neutraliser un point décisif lors d’une bataille. Une opération discrète, conduite par tous types de forces, n’est pas dissimulée, mais ne fait l’objet d’aucune communication par l’État commanditaire. Elle devient secrète quand l’accent est mis sur sa dissimulation. Une opération spéciale, destinée à influer de façon décisive sur la suite du conflit et menée par des forces non conventionnelles, peut être revendiquée par l’autorité politique, comme l’action américaine « Trident de Neptune » pour neutraliser Oussama Ben Laden. Une opération « clandestine » se différencie de la précédente par l’absence de preuve de son lien avec l’État commanditaire : l’identité de l’exécutant doit être dissimulée ou permettre un déni possible. Enfin, une opération « numérique », entreprise contre les infrastructures vitales d’un pays, s’apparente aux opérations spéciales et clandestines, avec lesquelles elle pourrait se combiner. Elle frappe « au cœur » de l’adversaire et démultiplie les effets obtenus par rapport aux moyens employés et sans identification de l’origine, par des actes de sabotage, déstabilisation, malveillance, manipulation ou d’espionnage : Estonie, 2007 ; Géorgie, 2008 ; Iran, 2010 ; affaire Wikileaks, 2010 ; ONU, Inde, Canada, États-Unis, Corée du Sud, Comité olympique international et 72 entités, 2006-2010 ; France, 2011 ;  Arabie saoudite et Qatar, 2012.

Organisations et missions. En incluant le soutien et les troupes d’élite, les forces spéciales américaines (USSOCOM) se montent à environ 60.000 personnels, qui devraient passer à 69.700. Elles se répartissent entre les armées de Terre et de l’Air, la Marine et le Corps des Marines avec un commandement interarmées. L’agence de renseignement CIA dispose de ses propres forces spéciales (environ 1.000 personnels) pour ses activités clandestines. Suite à la réforme de 2013, les forces spéciales britanniques (UKSF) devraient passer de 3.500 personnels à 1.750. Utilisables indifféremment pour les opérations spéciales ou clandestines, elles viennent des trois armées et peuvent recourir aux  unités commandos SAS (1.000 hommes) d’active et de réserve. En France, le Commandement des opérations spéciales (COS) est interarmées et placé directement sous les ordres du chef d’État-major des armées. Il ne s’occupe pas des opérations clandestines, menées sous une fausse identité par les agents du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. L’armée de Terre met à sa disposition : le 13ème Régiment de dragons parachutistes, pour l’acquisition du renseignement (photo) ; le 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine, pour action dans la profondeur, entrée en premier sur un théâtre, infiltration, raid de neutralisation, combat en zone urbaine et opération d’influence ; le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, pour aérocombat, infiltration et exfiltration des équipes de commandos, surtout de nuit. Tous dépendent de la Brigade des forces spéciales terre, chargée de leur organisation, équipement et mise en condition opérationnelle. La Marine compte 5 unités de forces spéciales, appelées « commandos » et portant un nom comme les bâtiments de combat. Chaque commando compte 3 groupes répondant au socle commun des forces spéciales et 1 correspondant à sa dominante particulière : assaut de navires pour Jaubert et Trépel ; reconnaissance maritime et côtière pour Penfentenyo ; appui et neutralisation d’objectifs pour Monfort ; guerre électronique pour Kieffer ; action sous-marine pour Hubert.  L’armée de l’Air met 2 unités  à la disposition du COS : le Commando parachutiste de l’air N°10 pour mise en œuvre de zones aéroportuaires et guidage d’aéronefs dans la profondeur ; l’escadron de transport 03/61 « Poitou » pour infiltration, aérolargage et poser d’assaut, surtout de nuit.

Suremploi et limites. Le rapport sénatorial note le suremploi des forces spéciales depuis 2006, en raison de leur adaptation aux formes d’engagement d’aujourd’hui, et l’usure des hommes : sur 3.000 personnels, plus de 600 se trouvent en permanence en opérations ! Dans le bulletin du « Cercle Prospective terre », le général de division (2S) Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre et professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris et à HEC, souligne la nécessité et la spécificité des forces spéciales. Leur emploi s’apparente à de la projection de puissance plutôt que de forces et ne peut produire d’effet politique, finalité de toute action militaire. Mais le recours aux forces spéciales présente certains avantages : contrôle politico-militaire étroit pour limiter les dérives ; exposition médiatique faible et modulable ; interventions très en amont, tout en préservant la liberté d’action politique du pays hôte et de celui qui intervient ; désengagement aisé et discret. En revanche, estime le général, les forces spéciales ne peuvent contrôler l’espace aérien, maritime ou terrestre, ni durer sur zone en assurant leur propre protection, ni interdire une invasion territoriale face à des troupes nombreuses. Ces missions resteront du ressort des forces conventionnelles, également vivier du recrutement des forces spéciales.

Loïc Salmon

Nom de code Geronimo

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes

Fin 2013, les forces spéciales françaises comptent un peu plus de 3.000 personnels d’active des armées de Terre et de l’Air et de la Marine, auxquels s’ajoutent 400 réservistes. Son parc aérien inclut : 2 avions de transport tactique Hercules  C130 ; 3  avions de transport tactique Transall C160 ; 2 avions Twin Otter DCH6, équipés de roues, skis ou flotteurs ; 41 hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre ; 2 hélicoptères de l’armée de l’Air. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit d’accroître les effectifs d’environ 1.000 personnels. Parmi leurs équipements futurs, figurent le programme « Melchior » de transmissions sécurisées et la livraison des premiers véhicules adaptés aux opérations spéciales (programme d’ensemble VLFS/PLFS). L’ensemble de la flotte d’hélicoptères Caracal des armées sera regroupé sur un seul site, sous l’autorité du Commandement des opérations spéciales.




ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes

Les hélicoptères de nouvelle génération (NG) de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) disposent d’une puissance de feu accrue et s’intègrent dans un système complexe interarmes et interarmées. Mieux au fait de l’environnement tactique, leurs équipages peuvent se concentrer davantage sur leurs missions.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Parmi les intervenants figurent : le général de division Autran de l’état-major de l’armée de Terre ; le colonel Arnaud Cazalaa, chef de corps du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales ; l’ingénieur général de l’armement Thierry Pérard de la Direction générale de l’armement (DGA).

Combats futurs. Le combat de contact évolue selon les contraintes environnementales et l’évolution des technologies, explique le général Autran. A court et moyen termes, les combats de demain ressembleront à ceux du Liban, d’Afghanistan, du Mali et de la République centrafricaine. L’adversaire restera divers : insurgés, terroristes, factions armées et équipées de matériels modernes ou groupes claniques profitant de « sanctuaires » et utilisant des procédés rustiques (engins explosifs improvisés). Il faudra s’adapter à une situation variable, car les engagements se produiront aussi au sein des populations. La variété de terrains d’action, éloignés des bases, nécessitera des équipements robustes et adaptables. Les moyens futurs devront permettre de savoir, comprendre et agir vite. La masse d’informations à traiter augmentant, l’accélération des opérations exigera plus de réactivité avec moins de temps pour la réflexion. Le renseignement devra être exploité le plus vite possible avec des équipements performants. La mobilité tactique, avec une concentration de moyens à faibles effectifs au sol, nécessitera une capacité de traque et de combat de nuit pour surprendre l’adversaire. La fulgurance et le maintien du « tempo » (rythme de l’action) exigeront réactivité des acteurs, précision des tirs, combinaison des effets et économie des moyens. Les forces et les équipements devront pouvoir être renouvelés rapidement. D’une rusticité suffisante pour opérer dans des conditions dégradées, les hélicoptères Tigre HAD devront améliorer leur capacité d’observation pour discriminer les cibles potentielles, en coordination avec les drones tactiques et des équipes au sol. Pour s’intégrer à la manœuvre, ils devront être interopérables avec le futur système de combat « Scorpion » de modernisation des forces terrestres.

Forces spéciales. Les hélicoptères NG Tigre et Caracal se trouvent au cœur de l’engagement des forces spéciales, souligne le colonel Cazalaa. Les opérations spéciales se caractérisent par : un engagement sur des objectifs stratégiques ; des modes d’action et savoir-faire spécifiques ; un contrôle politico-militaire étroit ; une capacité aux engagements dans la profondeur, grâce à des moyens de liaisons chiffrés redondants ; une capacité de commandement et de manœuvre interarmées combinant des moyens terrestres et aériens ; une grande souplesse d’emploi et un haut niveau de réversibilité ; un petit volume de forces alliant discrétion, surprise, fulgurance et actions de nuit ; un haut niveau d’intégration en opérations interarmées et interalliées ; une prise de risque très élevée au regard des enjeux ; un large spectre capacitaire avec la maîtrise des milieux difficiles (jungle, montagne et zone urbaine). En conséquence, les hélicoptères NG permettent un éventail de missions plus larges que ceux de l’ancienne génération (Gazelle et Cougar), où il faudra maîtriser la violence et réduire davantage les dégâts collatéraux. Les évolutions techniques des hélicoptères NG devront porter sur la performance, l’endurance, la masse, la modularité et la compatibilité avec les Gazelle et Cougar. Sont aussi fondamentales pour la sécurité : la détection du départ de coups de feu ; la protection automatique ; la synchronisation du lancement de leurres. Les hélicoptères NG devront aussi disposer de moyens de communication entre le théâtre d’opérations et Paris, pour éventuellement modifier de manière claire une mission en cours de vol. Les capacités à venir porteront notamment sur la liaison par satellites, les systèmes de communication vidéo de combat et la transmission de données cryptées. Une autonomie accrue résultera d’un compromis entre les équipements des forces spéciales et la quantité de carburant à emporter dans des réservoirs supplémentaires.

Besoins et études amont. Selon l’ingénieur général Pérard, les concepts d’emploi des hélicoptères militaires en service varient d’une armée (Terre, Air, Marine et Gendarmerie) à l’autre. Quelque 500 appareils de 13 modèles différents se répartissent dans des flottes très hétérogènes d’appareils d’ancienne génération et de nouvelle génération en cours de livraison. La DGA et les constructeurs doivent mettre à niveau les Cougar et Caracal, très sollicités, pour améliorer leurs capacités ou permettre leur emploi dans le cadre réglementaire de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Ils doivent réaliser rapidement les adaptations demandées en urgence opérationnelle, lors d’opérations extérieures (chiffreur sur Tigre et blindage de Gazelle). Pour assurer la disponibilité des appareils dans un contexte budgétaire restreint, il leur faut : être au rendez-vous des livraisons des hélicoptères NG avec les capacités attendues (Tigre HAD et NH90) ; optimiser les délais d’immobilisation lors de la rénovation des appareils d’ancienne génération. Dans la conduite de ses programmes, la DGA lance, très en amont, une étude des concepts de soutien/formation et un pilotage du coût de possession de l’hélicoptère du futur (achat et maintien en condition opérationnelle). Enfin, elle maintient une relation étroite avec les études menées dans le cadre de développements civils, afin d’identifier et intégrer les nouvelles technologies permettant de mieux répondre aux besoins opérationnels des forces.

Loïc Salmon

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

 

L’hélicoptère Tigre (premier plan), de conception franco-allemande, est utilisé par les armées de Terre française, allemande, espagnole et australienne. Il existe en 4 versions : UHT, antichar avec viseur de mât et missiles air-sol ; HAP, appui protection sans capacité de tir de missiles antichars ; HAD, appui destruction avec armement HAP et missiles antichars ; ARH, version reconnaissance développée pour l’Australie. Sa vitesse de croisière atteint 280 km/h, avec une pointe possible de 315 km/h, pour la version HAP et de 260 km/h, avec une pointe possible de 290 km/h, pour l’UHT. Il peut  s’élever de 842 m par minute jusqu’à 4.000 m et franchir 800 km ou 1.300 km avec des réservoirs supplémentaires. Son armement interne compte : 1 canon de 30 mm (450 obus) pour les versions HAP, ARH et HAD ; 1 mitrailleuse de 12,7 mm ou 1 canon de 20 mm en nacelle pour l’UHT. Son armement externe inclut : 4 paniers de 12 roquettes et  4 missiles air/air Mistral pour l’HAP ; 8 missiles antichars Trigat-LR ou Hot 3 pour l’UHT ; 8 missiles antichars AGM-114 Hellfire pour les ARH et HAD.




L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

L’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a prouvé son efficacité en opérations. Toutefois pour maintenir son savoir-faire et ses capacités, elle doit parvenir à maîtriser le coût de ses flottes d’hélicoptères d’ancienne et de nouvelle générations et à reconfigurer la formation de ses personnels.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque tenu, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Parmi les intervenants figurent : Étienne de Durand, chercheur à l’Institut français des relations internationales ; le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le général de brigade Marc Demieux, commandant l’École de l’ALAT. Un document sur l’aérocombat, actualisé en 2013 par le commandement de l’ALAT, apporte un complément.

Contraintes opérationnelles. Ainsi, ce document rappelle les finalités tactiques de l’emploi des forces terrestres : emporter la décision et faire diminuer le niveau de violence sur le terrain, sans nécessairement détruire l’adversaire ; assurer la sûreté des populations et des forces déployées sur le théâtre d’opérations ; restaurer la confiance par la présence, la communication, le conseil et l’assistance, afin d’empêcher toute résurgence de la violence. La manœuvre terrestre s’effectue dans un vaste espace, où les zones vides constituent des refuges pour l’adversaire. Le contrôle de ces zones exerce une pression dissuasive sur lui et stabilise la situation. L’emploi des hélicoptères, de jour comme de nuit, lui interdit toute liberté d’action. En outre, le déploiement d’hélicoptères en plusieurs modules permet de surprendre l’adversaire et de le menacer en permanence sur l’ensemble de la zone à contrôler. Par ailleurs, la capacité d’engagement en zone urbaine est devenue prioritaire. Les unités aéromobiles voient au-delà des obstacles et conservent la qualité et la fiabilité de leurs communications. Elles interviennent de préférence à partir de la périphérie d’une ville en raison de leur vulnérabilité, accrue par les possibilités de camouflage et de tirs de l’adversaire. En cas de survol de la ville, elles utilisent le relief urbain pour se cacher et chaque hélicoptère profite de la couverture d’un autre. D’une façon générale, estime Étienne de Durand, l’ALAT permet à une armée de Terre moderne de compenser son manque de puissance de feu roulante (chars et canons). Sa réactivité tactique crée la surprise par sa vitesse, instaure une sûreté sur une grande surface et constitue une marque politico-stratégique. Fer de lance des forces terrestres occidentales, surtout américaines, elle assure aussi le transport de matériels lourds et les évacuations sanitaires. Les forces spéciales utilisent l’hélicoptère pour augmenter la mobilité et l’infiltration, en toute discrétion de groupes isolés. Toutefois, l’ALAT reste vulnérable dans les forêts et les montagnes. L’adversaire sait travailler en réseau et utiliser des missiles sol/air de plus en plus performants. Ainsi, l’armée américaine a perdu 4.000 hélicoptères pendant la guerre du Viêt Nam (1954-1975) et l’armée soviétique 393 pendant celle d’Afghanistan (1979-1989), surtout à cause des missiles portatifs américains Stinger. Aujourd’hui, les hélicoptères américains Apache et franco-allemands Tigre sont pourvus de blindage. Lors l’intervention en Libye (2011), l’ALAT a détruit 80 % des cibles tactiques au cours de raids en profondeur. Au Mali, en 2013, elle aurait neutralisé quelque 400 djihadistes. Elle continue d’interdire l’impunité aux autres, en les empêchant de s’installer de façon durable pour mettre la population en coupe réglée.

Maîtrise des coûts. Les contraintes  budgétaires vont peser sur l’avenir de l’ALAT, indique Étienne de Durand. En effet, son coût de possession (achat des hélicoptères + maintien en condition opérationnelle + formation du personnel) se multiplie par 7 ou 8 d’une opération à l’autre. Les appareils obsolètes (Gazelle, Puma et Cougar) doivent être modernisés, alors que ceux de nouvelles générations (Tigre, Caracal et Caïman) entrent en service. Une réduction des heures de vol se répercute sur la qualité de l’entraînement des pilotes. Une diminution des commandes rend les séries de plus en plus onéreuses. L’ALAT doit pourtant conserver son avance opérationnelle et son patrimoine technologique. A court terme, quelques pistes apparaissent : mutualisation interarmées ou coopération avec les alliés proches (Grande-Bretagne notamment) ; simulation accrue pour la formation ; « cannibalisation » des appareils les plus anciens pour récupérer des pièces de rechange. A moyen terme, la maîtrise du coût de possession du successeur de la Gazelle, un hélicoptère léger, bon marché et très manœuvrant, implique : un accord interarmées sur ses caractéristiques ; un constructeur répondant au cahier des charges ; la possibilité de l’exporter.

Avenir préservé. La principale menace de la capacité aéromobile concerne le maintien en condition opérationnelle, souligne le général Ract-Madoux. Il s’agit désormais de soutenir simultanément une flotte ancienne et une autre de nouvelle génération. Au rythme des lois de programmation militaires (6 ans), l’écart se creuse entre les ressources attendues et celles effectivement disponibles et retarde la production et l’adaptation des appareils. Les Gazelle et Puma resteront en service jusqu’en 2025. « Mais l’avenir de l’ALAT est assuré », précise le général. Sont déjà  commandés : 46 Tigre, dont la version appui/destruction (HAD) ; 68 NH90 (photo). Le parc d’hélicoptères de nouvelle génération de l’ALAT passera de 10 % du total en 2014 à 50 % en 2024. Les équipements majeurs doivent durer de 30 à 40 ans. Les premiers NH90 et HAD livrés sont déployés au Mali dès l’été 2014.

Formation évolutive. La formation d’un pilote dure 2 à 3 ans et exige une bonne connaissance de l’anglais pour rechercher l’information dans une documentation gigantesque, explique le général Demieux. Outre les cours didactiques et l’enseignement assisté par ordinateur, elle inclut le passage sur entraîneur de procédures et sur simulateur 4 axes ainsi que des vols et tirs réels. La pertinence de l’analyse du stagiaire compte plus que sa connaissance des détails. La complexité des hélicoptères de nouvelle génération a nécessité d’en reconfigurer la formation, qui devient  commune fin 2014.

Loïc Salmon

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

L’hélicoptère de transport tactique NH90 Caïman transporte jusqu’à 20 personnes ou du matériel (2,5 t en soute ou 4,4 t sous élingue). Il peut servir de poste de commandement héliporté et effectuer des missions de recherche et de sauvetage, d’évacuation sanitaire, d’héliportage d’assaut et de parachutage. D’une autonomie de 4 h, il franchit 950 km en mission tactique et 1.400 km avec des réservoirs supplémentaires. Premier hélicoptère doté de commandes de vol électriques, il dispose de contre-mesures intégrées, d’une protection de l’équipage et de mitrailleuses de 7,62 mm en sabord. Les pilotes sont équipés d’un visuel de casque intégrant un dispositif de vision nocturne. Une rampe arrière permet un débarquement  des troupes plus rapide.




Europe : la dimension militaire, une question de survie

Malgré son importance militaire et diplomatique, l’Union européenne manque de réflexion stratégique, car la plupart de ses membres s’en remettent à l’OTAN pour leur défense.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), par l’Institut français des relations internationales et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Y ont notamment participé : Yves Boyer, chercheur à la FRS ; le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le professeur Julian Lindley-French de l’Université d’Oxford ; Christian Mölling, chercheur à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité.

Une vision française. L’Union européenne (UE) verra sa population passer de 22 % du total mondial en 1950 à 7 % en 2050. En 2014, elle compte déjà 26 millions de chômeurs. Ses moyens militaires diminuent depuis 2000, mais de façon inégale selon les pays. La Russie n’est pas devenue son ennemie, les tentatives de diabolisation à son égard échouent et le dialogue avec elle devra reprendre après la crise ukrainienne, estime Yves Boyer. Selon, le général Ract-Madoux, cette crise et celle de Géorgie en 2008 signifient une résurgence possible de conflits ouverts au voisinage de l’UE et impliquant directement des États et des armées conventionnelles. S’y ajoutent des menaces qui s’affranchissent des frontières : guerres civiles ; désagrégation des États les plus fragiles ; puissance quasi militaire de certains réseaux mafieux ; terrorisme international avec empreinte djihadiste ; désordre causé par la nouvelle guerre cybernétique. En 10 ans, alors que le reste du monde réarme, l’effort de défense de l’UE a diminué de 15 %, jetant le doute sur sa puissance militaire. Pourtant, dès 1991, la première mission européenne s’est déroulée en ex-Yougoslavie. En 2003, l’opération « Artémis » en République démocratique du Congo a démontré la capacité des armées de l’UE à agir ensemble à 6.000 km de distance. Depuis 2013, la mission de formation de l’UE au Mali contribue à la résolution de la crise, en complément de l’opération « Serval ». En 2014, l’opération « EUFOR-RCA » déploie 600 soldats européens chargés de la sécurisation d’une partie de la capitale centrafricaine, soulageant ainsi les forces françaises engagées dans l’opération « Sangaris ». Par ailleurs, l’intégration de 22 États de l’UE dans l’OTAN facilite la convergence opérationnelle des armées de Terre en standardisant les procédures. S’y ajoutent des coopérations bilatérales : mutualisation des formations ; exercices conjoints ; développement de capacités communes. « Les relations franco-britanniques et franco-allemandes font un peu figure de modèle et sont de nature à jouer un rôle moteur vis-à-vis du reste de l’UE », souligne le général. Enfin, le rapprochement des armées de Terre européennes devient inéluctable dans un contexte de ressources budgétaires de plus en plus comptées, ajoute-t-il.

Une analyse britannique. « L’Europe n’est pas militairement morte, mais, à moins que quelque chose de radical soit entrepris pour arrêter son déclin militaire relatif, tous ses instruments d’influence seront gravement dégradés », déclare Julian Lindley-French. En janvier 2012, les États-Unis annoncent une réduction du format de leurs forces armées, qui devront conserver une avance technologique et renforcer leur présence en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient. Ils déploient encore 60.700 personnels en Europe, dont 40.800 en Allemagne, 8.700 en Grande-Bretagne et 10.700 en Italie, pour un coût annuel de 4 Md$. Or, en mars 2014, la Russie a annexé la Crimée avec notamment pour conséquences : la sécurisation de sa base navale en mer Noire ; une zone grise d’incertitude sur sa frontière ; la restauration de sa puissance militaire comme facteur d’influence ; la fin des perspectives réalistes d’élargissement de l’OTAN et de l’UE vers l’Est. L’opération en Crimée a démontré les capacités des forces spéciales et aéromobiles russes. En outre, la Russie poursuit son réarmement. Elle prétend n’avoir que 700.000 personnels sous les armes, mais en recrute 60.000 par an, indique le professeur. Elle consacre 20 % de ses dépenses publiques aux forces armées et va investir 775 M$ d’ici à 2020 dans de nouveaux armements : avions de chasse Sukhoï T-50 de nouvelle génération ; bateaux de projection et de commandement type Mistral français ; corvettes et frégates ; missiles balistiques intercontinentaux Topol M, montés sur camions. En outre, les troupes professionnalisées passeront de 10 % des effectifs en 2014 à 40 % en 2020. Alors que les dépenses de défense de la Russie ont augmenté de 50 % en 5 ans, celles de l’UE ont diminué de 20 %. Ces dernières atteignent 188 Md$/an, dont 65 % pour la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne qui assurent 88 % des investissements en recherche et développement pour la branche européenne de l’OTAN.

Un point de vue allemand. Le budget de défense de l’UE a baissé de 20 % en 5 ans, mais certains pays membres ont augmenté le leur de 40 % et d’autres l’ont baissé de 40 %, indique Christian Mölling qui précise « Ceux qui paient le moins ne peuvent décider ». Depuis 2008, les capacités et effectifs des armées européennes ont diminué de 25 %, entraînant une dépendance accrue des forces non européennes. La remontée en puissance de la Russie implique un retour de la dissuasion et de la défense collective. La crise ukrainienne souligne la complexité croissante des conflits qui intègrent divers moyens. La baisse de la démographie au sein de l’UE se répercute sur les ressources humaines des forces armées, que la coopération, trop lente et limitée, ne parvient pas à compenser. Les industries européennes de défense font face à des politiques nationalistes et à un marché mondial. Selon Christian Mölling, les armées des États membres deviennent des « bonsaï » (arbres nains), dont l’avenir présente quatre scénarios possibles : la disparition en silence ; le retour au XIXème siècle ; une souveraineté mise en commun ; une armée européenne. Or même l’Allemagne exclut cette dernière éventualité, conclut-il.

Loïc Salmon

Europe de la défense : ça avance à petits pas

Sénat : vers une défense européenne

Le salon d’armements terrestres Eurosatory 2014 a accueilli 1.504 exposants de 58 pays, 55.770 visiteurs, 172 délégations officielles de 88 pays et 3 organisations internationales. Lors de son ouverture le 16 juin, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé que l’industrie française de défense a obtenu 6,67 Mds€ de prises de commandes en 2013 (+ 42 % en un an). En matière de recherche et de technologie de défense, les efforts portent sur : robotisation d’actions au contact ; munitions guidées ; préparation des futurs standards de l’hélicoptère de combat Tigre ; renouvellement des systèmes de combat et de tir indirect. La Direction générale de l’armement a lancé une consultation au niveau européen pour le renouvellement du fusil d’assaut Famas. Enfin, le programme « Scorpion » de modernisation de l’armée de Terre sera lancé en 2014 pour les premières livraisons de véhicules de combat blindés en 2018 et d’engins blindés de reconnaissance et de combat en 2020.




DCI : actions communes de défense et de diplomatie

Outil de la politique d’exportation d’armement et porteur de l’image des armées, Défense Conseil International (DCI) contribue à l’influence de la France par le partage de savoir-faire, la garantie de qualité et la création de relations durables avec les pays clients.

Son président-directeur général Jean-Michel Palagos l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 11 juin 2014 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

La stratégie. Outre son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, la France occupe une place à part parmi la communauté internationale par son indépendance historique des blocs et des courants de pensée dominants : guerre du Golfe (1991), non-intervention en Irak (2003), engagement au Mali (2013). Son courage, souligne Jean-Michel Palagos, la fait respecter dans le monde, car elle est venue secourir certains pays sans rien demander en retour, notamment en ce qui concerne la situation en Syrie, au Liban et dans la bande sahélo-saharienne. Le Koweït n’a pas oublié que DCI est la seule entreprise occidentale à ne pas avoir quitté le pays en 1990, lors de son invasion par l’armée irakienne. Depuis la construction de frégates Sawari pour l’Arabie Saoudite dans les années 1980 puis la formation à la souveraineté en mer des États voisins (Qatar et Émirats arabes unis), la France a implanté une base de défense navale, aérienne et terrestre à Abou Dhabi en 2009 pour sécuriser ses approvisionnements pétroliers et gaziers. La mer Rouge, autrefois sous influence de la Grande Bretagne, passe sous celle de la France. Par ailleurs, les forces armées françaises, qui ont réussi leur retrait d’Afghanistan, sont devenues les meilleures d’Europe, car capables de remplir la totalité des missions pour installer la paix et combattre le terrorisme. DCI fait payer ses prestations par les États demandeurs. La Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères lui sous-traite les transferts de formation dans les pays en développement. Outre les pays arabes, DCI prospecte en Malaisie, Amérique du Sud et Afrique. Les pays de la corne de l’Afrique bénéficient d’une croissance économique grâce aux cultures vivrières et au pétrole offshore, mais ressentent un besoin de sécurité, notamment contre la piraterie maritime. Toutefois, tout transfert de savoir-faire militaire doit recevoir au préalable le feu vert  de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre. Celle-ci examine les dossiers au cas par cas, selon la technologie à transférer et les risques concernant le pays demandeur. Auparavant, pour éviter toute imprudence, DCI s’informe auprès de la Direction des affaires stratégiques du ministère de la Défense sur la portée stratégique et le contenu technique du projet demandé. Ainsi, DCI-NAVCO va assurer la formation opérationnelle des équipages des bâtiments russes de projection et de commandement Vladivostok et Sébastopol, en construction au chantier naval de Saint-Nazaire.

La méthode. DCI-DESCO apporte conseils et qualifications tout au long du cycle de vie d’un équipement, sauf sa fourniture initiale qui incombe à l’industriel. Ce dernier suit une logique de recherche, développement et performance d’un matériel neuf et n’assure son maintien en condition opérationnelle (MCO) qu’en France. Fidèle à sa logique de service, DCI fait du MCO à la demande du client étranger. En effet, même si l’équipement n’est pas entretenu, son dysfonctionnement sera toujours imputé à l’exportateur ! Partenaire mais indépendant de tous les industriels français, DCI étudie les besoins spécifiques des états-majors étrangers, jamais identiques d’un pays à l’autre. Ils veulent l’équipement, comprendre son fonctionnement, une formation opérationnelle, une opérabilité entre systèmes d’armes et participer à des manœuvres internationales. Ainsi, DCI facilite la coordination avec le chantier naval lors de l’immobilité de longue durée d’un navire pour entretien et réparations. Il forme notamment : équipages d’aviation légère d’une armée de Terre étrangère au vol tactique de nuit avec des jumelles à vision nocturne ; plongeurs démineurs ; Forces spéciales de montagne ; personnels de sécurité aérienne. Relais des Écoles militaires françaises, il forme des spécialistes et des élèves officiers étrangers, dont environ 1.000 sont déjà passés par Saint-Cyr, l’École navale ou l’École de l’Air avant d’entrer dans l’élite militaire de leurs pays d’origine. Par exemple, les futurs officiers de Marine, âgés de 20 ans, séjournent 7 ans en France : 2 ans immergés dans une famille à Cherbourg avec des cours de français, mathématiques et physique ; 2 ans dans un institut universitaire de technologie ; 2 ans en université ; 1 an avec une promotion de l’École Navale. Ils en ressortent bilingues et francophiles.

Le personnel. La moitié du personnel de DCI vit hors de France : militaires en fin de contrat ou retraités, personnels détachés et jeunes diplômés civils. Les spécialistes se présentent pour poursuivre leur métier de base ou pour travailler dans un pays où ils ont été affectés au cours de leur carrière militaire. Mais ils doivent présenter des compétences transférables : plongeur démineur, mécanicien de char Leclerc ou d’hélicoptère ou pilote d’avion par exemple. Le détachement de pilotes de chasse à DCI, dans la limite des contraintes opérationnelles, ne coûte rien à l’armée de l’Air et contribue à son image de marque à l’étranger. Alors que la Marine française ne déploie que des sous-marins à propulsion nucléaire, le groupe DCNS construit aussi des submersibles diesel Scorpène pour l’exportation, dont les équipages étrangers devront apprendre à se servir. DCI forme alors à la propulsion diesel d’anciens sous-mariniers français, qui pourront aussi transférer leur savoir-faire en matière de navigation et de conduite opérationnelle. DCI recrute 250 personnes/an selon des critères stricts : avoir quitté leur armée d’origine en bons termes ; adaptation à un autre cadre de vie ; ouverture sur le monde ; être conscient que son savoir-faire contribue au rayonnement de la France. « Il faut 42 ans (encadré) pour faire des transferts de savoir-faire », estime le président-directeur général de DCI.

Loïc Salmon

Armements : maintien des exportateurs traditionnels et émergence de nouveaux

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

Défense Conseil international (DCI) a regroupé, en 2000, quatre sociétés privées qui accompagnent les grands programmes d’exportations d’armement : COFRAS, créée en 1972 pour les forces terrestres et de gendarmerie ; NAVFCO (1980) pour les Marines ; AIRCO (1984) pour les forces aériennes ; DESCO (1990) pour la sécurisation des programmes. L’actionnariat de DCI se répartit entre : l’État français, 49,90 % ; la société Sofema (maintenance d’équipements militaires), 30 % ; Sofresa (exportation de systèmes avancés), 10 % ; Eurotradia International (conseil et service), 10 %. En 2013, DCI, qui emploie 800 personnes, a réalisé un résultat net de 20 M€ sur un chiffre d’affaires de 221 M€ avec un carnet de commandes de 339 M€. Actif dans une centaine de pays, il dispose de représentations permanentes en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Koweït, au Qatar et à Singapour.




ALAT : retour d’expérience opérationnelle

En cinq ans d’engagements en Afghanistan, en Libye, en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine et au Mali, l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a développé son savoir-faire et sa doctrine de l’aérocombat : vol tactique ou de combat, de nuit et au plus près du sol.

Un colloque sur ce sujet a été organisé, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Parmi les intervenants figurent : le général de brigade Laurent Kolodziej, à l’époque chef interarmes de l’opération « Serval » au Mali ; le général de brigade Michel Grintchenko, chef de l’état-major aéromobile au sein du Commandement des forces terrestres ; le général Sancho, commandant de l’ALAT espagnole.

Opération interarmes. Outil de guerre souple et réactif, l’hélicoptère de combat démultiplie la liberté d’action du chef, explique le général Kolodziej. L’aérocombat s’inscrit dans la manœuvre tactique, décidée par le chef interarmes, au contact de l’adversaire et à dominante arme blindée cavalerie ou infanterie mécanisée. Il permet de s’affranchir des distances, rend son emploi réversible et assure la surprise. Au Mali, intégré à un groupement tactique interarmes (GTIA) déployé sur une zone grande comme une fois et demi la Belgique, le groupe aéromobile apporte la plus-value de la combinaison des composantes de combat, la souplesse de l’articulation et une complémentarité des capacités (appui feu et logistique). Il permet l’acquisition du renseignement et l’agression dans la 3ème dimension. Il assure des actions d’opportunité : prendre pied sur un objectif lointain et difficile d’accès ; combiner le feu et la reconnaissance ; accélérer les approvisionnements en alimentation, eau et munitions. En outre, les mesures de coordination dans la 3ème dimension, qui excluent l’improvisation, sont acquises par la préparation opérationnelle de personnels certifiés et entraînés dans les régiments. La planification interarmées intègre les contraintes logistiques de l’avant : points d’appui sécurisés de la « plateforme opérationnelle désert » pour ne pas user trop vite hommes et machines ; maillage de points de ravitaillement et de maintenance des hélicoptères. Plus exposé que les troupes au sol en cas de crash, l’hélicoptère doit être rapidement sécurisé, avec la prise en compte de blessés parmi l’équipage et par une température extérieure pouvant monter à 55° C. Le déploiement de 3.000 hommes sur un vaste territoire exige l’intégration permanente d’un détachement ALAT au PC du GTIA, en vue d’agir vite, fort et loin : opération héliportée, raid dans la profondeur ou force de réaction rapide comme l’héliportage d’une compagnie (140 hommes) à une distance de 100 km en moins d’une heure. Il s’agit de pré-établir un dispositif cohérent, sans dévoiler sa manœuvre. Un groupe aéromobile permet souplesse et réactivité. Il peut se réarticuler au cas où la mission est reconfigurée en vol. Par exemple, quand l’adversaire n’est pas celui qu’on croyait ou n’est pas là où on le croyait. Capacité majeure du combat de haute intensité grâce à son ubiquité, l’aérocombat montre aussi à la population locale que la force « Serval » peut agir partout.

Fulgurance et continuité. Les récents engagements de l’ALAT ont mis en avant ses diverses facettes tactiques, indique le général Grintchenko : Afghanistan, puissance de feu de petits modules dans un espace restreint; Côte d’Ivoire, combat en zone urbaine et déstructuration d’une armée hostile et à rechercher ; Libye, briser un front et détruire 2 brigades ; Mali, immensité des zones d’action et grosse masse de manœuvre. Préparée en 3 jours avec des actions offensives de 3 mois, l’opération « Serval » dure depuis janvier 2013. Elle a engagé 20 hélicoptères, 1 avion, 50 véhicules et 300 personnels. L’hostilité de l’environnement atteint la limite du possible technique et humain : température, altitude, nuit noire et sable abrasif. L’entrée en premier, pour sécuriser les autorités maliennes, signifie pour les équipages : délai inconnu de l’arrivée des munitions, absence de PC et ignorance du lieu de logement. Ce combat semi itinérant exige de se déplacer toujours avec sa logistique et d’installer une « plateforme désert », permanente ou temporaire, à partir de rien et qui permettra de durer. La combinaison avec les troupes au sol prend en effet du temps… pendant lequel les réservoirs des hélicoptères se vident ! Le combat devient de haute intensité face à un adversaire fanatisé, initialement mobile puis en position de défense ferme dans son réduit. Les attaques en « meute » nécessitent de nombreux appareils, qui brûlent beaucoup de potentiel (heures de vol). Elles exigent aussi de l’intelligence collective pour déterminer les configurations multiples, afin de couvrir l’ensemble du spectre des missions. Le Tigre, très bien protégé, dispose d’une redoutable puissance de feu, terreur des djihadistes. La boucle décisionnelle, très courte, du commandement des hélicoptères, facilite une forte réactivité pour exploiter l’occasion. Par exemple, la découverte d’une préparation d’embuscade entraîne le déroutement d’un hélicoptère, qui ira tirer sur la  colonne djihadiste concernée avant qu’elle ne se mette en position. Les actions d’éclat alternent avec celles, plus humbles et constantes, pour assurer la continuité de l’action : rechercher un camion qui s’est perdu, secourir un véhicule en panne ou même un canon Caesar destiné à appuyer une unité. Les hélicoptères de nouvelle génération (Tigre et NH90) ont permis de gagner les batailles, souligne le général Grintchenko. Mais, dit-il, la guerre a été gagnée par ceux de l’ancienne génération (Puma et Gazelle), quoique plus vulnérables, qui ont apporté volume, rusticité et disponibilité avec un coût d’emploi acceptable.

Fiabilité du matériel. La Famet (ALAT espagnole) a mis 3 hélicoptères Tigre au service de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan entre mars et décembre 2013. Le général Sancho en a présenté un retour d’expérience, qu’il juge très satisfaisant avec un taux de disponibilité de 91% sur 8 mois. La Famet a couvert une zone de 450 km de large sur 550 km de long. Ses missions ont consisté notamment en escorte de convois (31 %), protection aérienne (23 %), reconnaissance et surveillance (8 %), renseignement (5 %) et opérations spéciales (5 %). La menace venait surtout des armes de petit calibre, et des lance-roquettes individuels utilisés comme armes anti-aéronefs et, dans une moindre mesure mais dont il fallait tenir compte, des missiles sol/air portatifs. Enfin, la Famet devrait disposer de 28 Tigre en 2025 et de 47 en 2040.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

L’Aviation légère de l’armée de terre entretient des liens traditionnels et tactiques avec les troupes au sol, qui peuvent compter sur elle pour un appui feu ou une évacuation sanitaire. L’expérience acquise lui permet de réduire la prise de risques au strict nécessaire. Arme de mêlée, d’appui et de soutien, elle change le rapport de forces sur le terrain. Son appui feu démultiplie l’effet combiné air/sol. Enfin, le tir à vue évite les dégâts collatéraux, qui pourraient remettre la décision en cause.




Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités

Au Moyen-Orient, zone conflictuelle, le « cyber » (ensemble de systèmes informatiques) permet aux acteurs étatiques ou non d’agir, de façon discrète et à faible coût, en matière de renseignement, de sabotage, d’opérations militaires, de communication, d’information et de simple attaque informatique.

Olivier Danino, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique, a présenté la situation au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. En outre, il a réalisé, pour le compte de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense, une étude rendue publique à cette occasion.

Principaux États. En matière de renseignement, les États recourent à la veille sur Internet (défense) et aux virus informatiques (offensive). Pays le plus en avance du Moyen-Orient dans le domaine cybernétique, Israël veut créer une symbiose entre les mondes militaire, universitaire et industriel. L’accent est d’abord mis sur l’éducation de la jeunesse en la matière. Tsahal (forces armées israéliennes) finance une formation à l’informatique dans environ 50 écoles du pays depuis la rentrée scolaire 2012-2013 pour les jeunes de 14-15 ans  et, avec d’autres organismes dont le ministère de l’Éducation, un programme d’expertise pour ceux de 16-18 ans. Plusieurs universités proposent des diplômes de cybernétique. Pendant leur service militaire, ces jeunes sont envoyés dans des unités spécialisées pour acquérir rapidement des compétences élevées. La plus importante, dénommée « unité 8200 », envoie régulièrement une équipe sur le terrain. Elle traite le renseignement d’origine électromagnétique et le décryptage de code. Des formations sont proposées aux personnels des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et des services de renseignement, y compris aux officiers supérieurs. Depuis janvier 2012, le ministère de la Défense dispose d’une administration centrale du cyber pour coordonner les efforts des services de sécurité et appuyer les projets industriels de développement de systèmes avancés. Depuis  février 2013, le Centre de cyberdéfense surveille les tentatives d’attaques contre les réseaux militaires. Un document de la Direction des opérations de Tsahal confirme que la doctrine officielle en la matière repose sur le renseignement, la défense et l’attaque. Mais les autorités israéliennes ne reconnaissent pas leur participation à l’élaboration des virus informatiques Flame ou Stuxnet, qui a perturbé le fonctionnement des centrifugeuses nucléaires iraniennes. La stratégie de « dissuasion cybernétique » d’Israël rappelle celle de sa dissuasion nucléaire. Selon Olivier Danino, Israël maintient ainsi une pression sur l’Iran et les pays qui négocient avec lui, en affirmant, de manière détournée, qu’il dispose d’un éventail de moyens, dont le cyber, pour mener avec succès une opération militaire contre les installations nucléaires iraniennes. De son côté, l’Iran tente de rattraper son retard en matière de cyber. Il construit son propre « internet national », qui devrait couvrir tout son territoire d’ici à 2015 Depuis 2011, une « cyber police » est chargée de lutter contre la criminalité sur internet et surveiller les réseaux sociaux… pour  protéger les Iraniens des logiciels malicieux qui s’y trouvent ! Depuis les ravages du virus Stuxnet, le « Commandement de la défense cyber » s’occupe de la sécurité des infrastructures nationales. En matière d’offensive informatique contre les pays hostiles, l’Iran préfère passer par des entités qui ne lui sont pas rattachées officiellement, afin de nier toute responsabilité en cas d’incidents. Ce fut le cas lors des attaques contre les installations saoudiennes d’hydrocarbures d’Aramco. En revanche, le groupe « Iran Cyber Army », composé d’informaticiens civils et de hackers (pirates informatiques), est soutenu par l’organisation paramilitaire des Gardiens de la révolution. Un collectif de hackers dénommé « Cyber Hezbollah » tente de mobiliser les partisans du régime iranien pour déclencher le djihad (guerre sainte) dans le cyberspace. Israël, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les États-Unis accusent régulièrement l’Iran d’être à l’origine d’attaques informatiques. Depuis le début de la guerre civile en mars 2011, la Syrie démontre son savoir-faire dans le cyber. Le régime soutient des mouvements de hackers qui agissent dans son intérêt sans être rattachés à l’État. Ce dernier contrôle totalement l’accès à internet. L’Agence nationale pour la sécurité des réseaux développe les capacités défensives : détection des menaces et réponses aux attaques quotidiennes. La coopération avec l’Iran permet à la Syrie de profiter des progrès que ses spécialistes ont réalisés dans ce domaine.

Acteurs non-étatiques. Les acteurs non-étatiques utilisent beaucoup les réseaux sociaux (Facebook et Google Earth) pour récolter des renseignements. L’organisation terroriste Al-Qaïda et les mouvements politico-militaires Hezbollah (Liban) et Hamas (Bande de Gaza) se servent aussi du cyberespace à des fins de communication, propagande, recrutement et entraînement de partisans, financement d’opérations, explique Olivier Danino. Ainsi, Al-Qaïda a appelé à attaquer les systèmes d‘information du réseau électrique des Etats-Unis, identifiés comme vulnérables. Le Hezbollah, d’obédience chiite, bénéficie du soutien de l’Iran en matière de cyber. Dès novembre 2004, il est parvenu à envoyer un drone de fabrication iranienne en reconnaissance au-dessus du territoire israélien. Pour le Hamas, le djihad électronique constitue un nouveau champ de résistance contre Israël. Selon Tsahal, ses hackers, formés par des techniciens iraniens, seront bientôt capables de piloter des drones et d’analyser leurs images. Enfin, de nouveaux groupes de hackers se font connaître lors d’une seule opération puis disparaissent complètement du cyberespace.

Virus informatiques sophistiqués. Olivier Danino classent les virus utilisés au Moyen-Orient selon leur finalité principale : Flame, Gauss, MiniFlame, Duqu et Madhi pour le renseignement ; Stuxnet, Gauss, Wiper et Shamoon pour le sabotage. Le Madhi, d’origine iranienne, a été utilisé contre Israël et en Afghanistan. Il collecte aussi des informations sur des organismes et des personnes en Iran ayant des liens avec les États-Unis. Le Shamoon a touché l’Iran et l’Arabie Saoudite. La prolifération de tous ces virus implique un transfert de compétences et de matériels d’un État à un autre ou d’un État à un groupe non-étatique. Les effets psychologique et moral du cyber modifient les rapports de puissance au Moyen-Orient, conclut Olivier Danino.

Loïc Salmon

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Les sociétés de sécurité des systèmes d’information Kaspersky (Russie) et Seculert (Israël) ont détecté 3.334 incidents dus aux virus Duqu, Flame, Gauss, MiniFlame et Mahdi dans les pays du Moyen-Orient entre 2009 et 2013. La répartition est la suivante : Liban, 1688 ; Israël, 586 ; Territoires palestiniens, 318 ; Syrie, 34 ; Jordanie, 7 ; Turquie, 3 ; Iran, 598 ; Irak, 6 ; Arabie Saoudite, 20 ; Émirats arabes unis, 19 ; Qatar, 6 ; Bahreïn, 2 ; Koweït, 1 ; Soudan, 37 ; Égypte, 9.




Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Le cyberespace véhicule des visions de domination, pouvoir et souveraineté, autant d’enjeux pour les nations, entreprises et citoyens. Des conceptions différentes de la liberté peuvent conduire à la conflictualité verbale ou à la coopération entre pays.

Les enjeux du cyberespace ont été abordés à Paris : le 21 mai 2014, au cours d’un séminaire organisé par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire ; le 22 mai 2014, lors d’une conférence-débat organisée par la Chaire Castex de cyberstratégie (partenaire de l’Institut des hautes études de défense nationale) et la revue Hérodote (voir encadré). Sont notamment intervenus : Frédérick Douzet, titulaire de la Chaire Castex ; Béatrice Giblin, directrice de la revue Hérodote ; Bertrand de La Chapelle, membre du conseil d’administration de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), une autorité de régulation de l’internet à but non lucratif et qui a son siège aux États-Unis ; le lieutenant-colonel Patrice Tromparent, cellule cyberdéfense de l’État-major des armées (EMA).

Situation sur le « terrain ». L’EMA finance des thèses de doctorat et favorise des coopérations avec des entreprises et des chaires universitaires (sciences exactes et humaines), en vue d’évaluer les enjeux de puissance et les adversaires potentiels. L’internet se trouve entre une « balkanisation » et la continuité de la domination américaine, explique Frédérick Douzet. Des initiatives favorisent des fragmentations : physique au niveau des infrastructures de l’internet par des projets de câbles de pays émergeants pour s’émanciper de l’Occident ; culturelle par la fin du monopole de l’alphabet latin, concurrencé notamment par les écritures cyrillique, arabe et chinoise. Toutefois, en matière de cyberespace, les États-Unis maintiennent leurs prééminences : politique, après l’échec de l’initiative de la Russie au sommet de Dubaï (2012) pour attribuer à l’ONU le contrôle de l’internet ; économique, car les demandes de création de nouvelles extensions de noms de domaines sont en réalité surtout américaines, même au sein de l’Union européenne. Par ailleurs une tension ne débouche pas automatiquement sur une confrontation. Ainsi en 2014, la Russie s’est contentée de brouiller le réseau internet de l’Ukraine, sans en interdire l’accès comme pour l’Estonie (2007) ou la Géorgie (2008). La Chine, dont 40 millions de ses ressortissants sont connectés, met au point des infrastructures et des protocoles de régulation d’internet, sans s’en couper totalement en raison des enjeux économiques. La Syrie dépend des câbles qui partent du port de Tartous, où se trouve une base navale russe. L’affaire Snowden a révélé le système de surveillance complexe et globale de l’agence américaine de renseignement NSA : lieux d’accès aux câbles optiques d’internet ; stations d’interception de communications satellitaires ; services de collecte électronique dans des ambassades et consulats ; pays « amis » de la NSA : Grande-Bretagne, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande ; coopération occasionnelle de grandes entreprises privées américaines (Microsoft, AT&T, Stratfor et Booz Alien Hamilton) et britanniques (British Telecom et Vodafone). La NSA surveille notamment sur le siège de l’ONU à New York, les ambassades étrangères, les membres du mouvement  « Anonymous » et les terroristes présumés.

Enjeux de juridiction. Bertrand de La Chapelle distingue l’aspect physique des réseaux et les activités sur ces réseaux. La gouvernance de l’internet est assurée par des protocoles d’adresses IP, des câbles et des points de passage et d’échange. La gouvernance des usages (commerce et messagerie) repose sur le droit à communiquer de plusieurs milliards d’utilisateurs, inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme. Les systèmes juridiques se basent sur la souveraineté nationale. Or la géopolitique du cyberespace ne correspond pas à la territorialité physique. Par exemple, le contenu d’un message diffusé sur internet à partir d’un pays donné peut être considéré comme illégal en France. En outre, plus le nombre d’utilisateurs augmente, plus les difficultés vont croître. Des situations particulières peuvent provoquer des tensions dans certains pays, qui se répercutent sur internet avec des risques de blocages de plates-formes d’échange. Faute de cadre international, les conflits vont se multiplier dans le cyberespace. Or, les accords intergouvernementaux nécessitent de longues négociations, en raison du peu de convergence des différents pays sur la liberté d’expression, élément fort d’identité dans les pays démocratiques.

Désamorcer les tensions. Le cyberespace, où tout le monde se connecte, correspond à la puissance maritime des siècles passés, estime Bertrand de La Chapelle. Rome, puissance continentale, s’est confrontée à Carthage, puissance maritime. Ensuite, la France, au tropisme continental avéré, a affronté la Grande-Bretagne, qui a longtemps régné sur les mers. Mais, malgré sa victoire définitive, la nation vainqueur a périclité à son tour. Aujourd’hui, la Chine, par sa poursuite de l’autosuffisance sur internet, représente la puissance continentale face aux États-Unis, prédominants dans le cyber. Par ailleurs, de nombreux pays multiplient les câblages pour échapper, autant que possible, à la surveillance de la NSA. En outre, les points d’échange internet (IXP) permettent notamment une connexion autonome très haut débit aux entreprises désireuses de se passer d’un fournisseur d’accès. D’après une carte de la revue Hérodote, leur distribution spatiale dans l’Union européenne révèle les stratégies nationales d’aménagement du territoire. Enfin, avertit Bertrand de La Chapelle, la diffusion tous azimuts de l’adresse personnelle IP permet sa traçabilité totale avec le risque de fichage.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités

Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Cyberdéfense : une complexité exponentielle

Le cyberespace fait l’objet d’une étude collective dans l’édition du 1er semestre 2014 de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote, publiée par l’Institut français de géopolitique. Sont abordés : L’affaire Snowden comme étude de cas en cybersécurité et sa cartographie ; Les données sociales, objets de toutes les convoitises ; Les représentations du cyberespace, un outil géopolitique ; Le cyberterrorisme, un discours plus qu’une réalité ; Cybergéopolitique, rivalités géopolitiques masquées derrière les scénarios de cybermenaces aux États-Unis ; Peut-on penser une  cyberstsratégie ? ; La Russie dans le cyberespace, représentations et enjeux ; L’art de la guerre revisité, cyberstratégie et cybermenace chinoises ; Souveraineté et juridiction dans le cyberespace ; Ranger la Terre, le nommage de domaines est-il l’expression d’une stratégie des États-Unis de domination  des réseaux ? ; Existe-t-il un droit international du cybersespace ? ; De Tallinn à Las Vegas,  une cyberattaque d’importance justifie-t-elle une réponse cinétique ? ; La guerre économique  à l’ère du cyberespace ; L’intergouvernementalité dans le cyberespace, étude comparée des initiatives de l’OTAN et de l’UE ; Revendications sur le cyberespace et puissances émergentes.