Terrorisme : plan Vigipirate renforcé à Paris

Suite à l’attentat terroriste (12 morts et 12 blessés, dont 4 graves) contre le journal hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 à Paris, le Premier ministre Manuel Valls a relevé le plan Vigipirate au niveau « alerte attentat » en Ile-de-France, impliquant un renfort de 600 militaires. Le 8 janvier à Paris, l’État-major des armées a présenté à la presse le dispositif militaire déployé. A cette date, 800 personnels en tout sont déjà sur place et 250 peuvent les renforcer à la demande. Parmi eux, 600 patrouillent à Paris et dans son agglomération pour des missions d’observation et de surveillance dans les gares, le métro, les bâtiments publics et les grands magasins. Ils rendent compte aux forces de sécurité pour leur permettre d’intervenir si nécessaire. Ils emportent des munitions et peuvent faire usage de leurs armes. Outre cette contribution des forces armées, le niveau « Alerte attentat », le plus élevé du plan Vigipirate, déclenche diverses opérations : activation des cellules de crise (ministères, préfectures et gestionnaires d’infrastructures sensibles) ; renforcement du contrôle des personnes ; renforcement des contrôles par l’utilisation de techniques de détection d’explosifs ; interdiction de stationnement au bord des établissements scolaires ; mise en alerte des capacités d’intervention (services de secours et forces de l’ordre). Les renforts militaires sont venus par la route de Douai et par voie aérienne d’Agen, de Toulouse et de Fréjus (photo). Ils sont logés dans d’anciens forts de la région parisienne à Vincennes et Saint-Denis. Leur engagement fait l’objet d’un dialogue permanent entre le gouverneur militaire et la préfecture de police de Paris, selon les besoins. Dans le cadre du plan Vigipirate, les forces armées peuvent agir comme « primo-intervenantes » dans l’espace aérien et les approches maritimes, la lutte contre les trafics et la protection de sites sensibles. Elles apportent aussi leur appui à la police nationale sur réquisition préfectorale. En outre, des personnels sont maintenus en alerte avec préavis de 48 h, en vue d’un déploiement pour une situation particulière et pour une durée de 15 jours avec possibilité de relais. Pour Paris, ce préavis a été relevé à 12 h dès le 7 janvier 2015. Le 25 décembre 2014, la réserve militaire de Vigipirate a été activée ou renforcée à Paris, Beauvais Lille, Strasbourg, Lyon, Grenoble, Nice, Cannes, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Tours et au Mans. Le renforcement de la contribution des armées au plan Vigipirate est temporaire et au cas par cas. Chaque jour, environ 2.500 militaires sont engagés dans la protection de l’ensemble du territoire national : près de 1.000 au titre de Vigipirate et 1.500 pour les activités de protection en métropole et outre-mer.

Loïc Salmon

GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

Crises : prévention et gestion en Ile-de-France




Harcèlement dans les armées : « Thémis » libère la parole

« Thémis », cellule de lutte contre les harcèlements sexuel et moral, la violence et la discrimination au sein du ministère de la Défense, a déjà été saisie 192 fois depuis sa création le 21 juillet 2014. La cellule compte en tout 4 personnes civiles et militaires. Son directeur, le contrôleur général des armées Bernard Ducateau, a présenté la situation à la presse le 11 décembre 2014. Dans la mythologie grecque, Thémis, qui signifie « « la loi divine », est la déesse de la justice, de la loi et de l’équité (photo). En effet, la cellule du même nom recommande aux victimes de déposer une plainte auprès de la Gendarmerie, car seulement 1 viol sur 7 est porté à la connaissance des autorités judiciaires en France. Alors que les affaires de harcèlement sexuel faisaient auparavant l’objet d’une simple enquête de commandement, Thémis a déclenché « une prise de conscience » et reconnaît le statut de la victime, souligne son directeur. Elle s’appuie sur la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes et les articles L 4123-10 et 4123-10-1 du code de la défense. Ceux-ci stipulent que les militaires jouissent d’une protection juridique du ministère de la Défense et qu’aucun militaire ne doit subir de harcèlement sexuel. Avant la création de Thémis, les chefs de corps devaient prévenir un tel comportement, aujourd’hui ils doivent y mettre un terme. Alors que les données des autres ministères sont inexistantes, celui de la Défense publie les siennes. Il emploie 77 % de militaires et 23 % de civils. Sur les 192 saisines (militaires et civiles) indiquées, 66 concernent le harcèlement sexuel. Parmi elles, 53 cas sont antérieurs au 15 avril 2014, date de présentation au ministre d’un rapport sur la question, et concernent des affaires connues, mais mal prises en compte ou qui n’avaient pas été portées à la connaissance du commandement. Avec 50 % des saisines, le téléphone, qui garantit l’anonymat, reste le principal moyen de prendre contact avec Thémis, loin devant la messagerie interne du ministère (32 %) et internet (10 %). Le ministère de la Défense compte 80 % d’hommes et 20 % de femmes… qui constituent 88 % des victimes ayant saisi Thémis ! La cellule permet aux victimes de passer outre à la voie hiérarchique et de s’adresser directement au Contrôle général des armées, rattaché au ministre. Thémis propose à l’autorité hiérarchique des mesures conservatoires, conduit des enquêtes administratives, conseille le commandement et contribue à l’élaboration de statistiques sur les harcèlements, violences et discriminations en tous genres. Elle conseille, soutient et accompagne les victimes dans la durée, pour s’assurer du bon déroulement de leur carrière. Elle les réoriente vers le bon interlocuteur, lorsque leur demande ne relève pas de sa compétence. Parfois, les victimes, mutées à leur demande, n’acceptent pas que leur nouveau chef de corps soit informé de leur infortune, mais souhaitent connaître la sanction disciplinaire infligée à leur agresseur. Des chefs de corps ont été impliqués dans des cas de harcèlement sexuel ou moral, a reconnu le contrôleur général des armées Ducateau. Les victimes ou témoins de comportements suspects peuvent : contacter Thémis par courriel (themis@defense.gouv.fr ou themis@intradef.gouv.fr) par téléphone (01 42 19 88 88) ; parler à un psychologue, via Écoute Défense (08 08 800 321, appel gratuit) ; s’adresser à une association agréée, mais extérieure au ministère (www.stop-violences-femmes.gouv.fr ou appeler le 3919).

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »




Centrafrique : l’opération « Sangaris » un an après

Depuis leur intervention en République Centrafricaine le 5 décembre 2013, les forces françaises de l’opération « Sangaris » ont réussi à rétablir la sécurité dans la capitale Bangui et l’Ouest du pays. Leur commandant depuis le 17 juin 2014, le général Éric Bellot des Minières, a dressé un premier bilan devant la presse au cours d’une visioconférence, réalisée le 4 décembre 2014, entre Bangui et le ministère de la Défense à Paris. En un an, 9.000 soldats se sont succédé au sein de « Sangaris », qui déplore 3 morts et 120 blessés. Quelque 14 t de munitions et d’explosifs et 8.000 armes de guerre ont été saisis. « Le moral des troupes est bon », a souligné le général, qui l’a constaté à tous les niveaux. Par ailleurs, « la population, exaspérée, aspire à une paix durable. Les groupes armés ont perdu l’essentiel de l’adhésion de la population ». Les réfugiés estiment le niveau de sécurité suffisant pour envisager leur retour. En un an, leur nombre est passé de 100.000 à 20.000. Des pics d’insécurité demeurent, mais sont de plus en plus courts et de moins en moins violents. Il n’ y a pas de relents de djihadisme. L’action des groupes armés reste limitée et s’apparente plus au banditisme qu’à la lutte idéologique. L’activité économique a repris à Bangui et le contrôle douanier assure à nouveau des recettes fiscales importantes à l’État. Les soldats de « Sangaris » appuient ceux de la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation de la République Centrafricaine (MINUSCA) et ceux de la force de l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA). Le mandat initial de l’EUFOR RCA, qui devait se terminer mi-décembre, sera prolongée jusqu’en mars 2015. Cela permettra d’établir un calendrier de retrait de « Sangaris », en phase avec la montée en puissance de la MINUSCA. « Sangaris » densifie sa présence en diminuant le nombre de personnels sur le terrain, mais en accroissant celui des matériels pour renforcer les capacités aéromobiles et d’appui feu. A cet effet, , trois hélicoptères Tigre sont arrivés en novembre pour effectuer des missions d’attaques au sol, de reconnaissance et de protection, de jour comme de nuit. Ils complètent l’action des véhicules blindés de combat d’infanterie et des drones de reconnaissance au contact. Toutefois, la solution n’est pas seulement militaire, précise le général Bellot des Minières, et nécessite une approche plus globale avec l’action des organisations non gouvernementales sur le terrain et l’arrivée d’investisseurs industriels. Les autorités politiques de transition parcourent le pays pour adresser des messages d’apaisement à la population. Enfin, le Conseil national de transition réfléchit au mode de scrutin, en vue d’élections générales en été 2015.

Loïc Salmon

Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise




Le « Bleuet de France » fête ses 80 ans

A l’occasion de son 80ème anniversaire, le « Bleuet de France », symbole de de la mémoire combattante, a été redessiné en 2014 et un timbre lui est consacré (photo). Il correspond au coquelicot britannique porté à la boutonnière. Présenté le 28 octobre à Creuzier-le-Neuf (Allier) par Kader Arif, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire, il n’est désormais plus fabriqué en Chine, mais en France dans les établissements réservés aux personnes handicapées. A l’occasion du 11 novembre, 300.000 bleuets ont été fabriqués par 350 personnes réparties dans 4 établissements. Le « Bleuet » est aussi une œuvre caritative destinée aux milliers de ressortissants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Les fonds, collectés entre le 2 et le 11 novembre, contribuent au maintien à domicile des anciens combattants et de leurs veuves, au financement des études des pupilles de la nation, au soutien des militaires gravement blessés en opérations extérieures et à l’accompagnement des familles de ceux morts pour la France. La campagne de 2013 a permis de récolter 1,12 M€ pour 13.205 bénéficiaires. Une partie de cette somme a été ainsi répartie : 161.849 € pour les ressortissants les plus nécessiteux ; 127.339 € en aides aux pupilles de la nation pour leurs études supérieures et leur vie quotidienne ; 101.962 €  pour les blessés en opérations, notamment pour l’acquisition de prothèses bioniques et la participation aux 2èmes « Rencontres militaires blessures et sport » ; 42.677 € pour le maintien à domicile des ressortissants les plus âgés en situation de dépendance ; 12.817 € pour l’amélioration des conditions de séjour dans les maisons de retraite labellisées « Bleuet de France ».

Loïc Salmon

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après




Défense : budget 2015 maintenu à 31,4 Md€

Le 29 octobre 2014, l’Assemblée nationale a approuvé en première lecture le budget 2015 du ministère de la Défense, qui se monte à 31,4 Md€ (hors pensions) comme les deux années précédentes. Conformément à la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, 7.500 emplois seront supprimés en 2015. Mais, 16.000 militaires et civils seront recrutés pour respecter le contrat opérationnel des armées et l’impératif de jeunesse et pour disposer des compétences nécessaires aux besoins croissants d’expertise. La dotation des opérations extérieures est maintenue à 450 M€. Le financement des surcoûts liés au dispositif militaire stationné à l’étranger sera garanti par la clause de sauvegarde de la LPM, destinée à préserver les crédits d’équipement. Ainsi, parmi les grands programmes, 2 seront lancés (Ceres et rénovation avions ATL2) et 2 poursuivis (avions multirôles MRTT et Scorpion).

Le programme Ceres porte sur la première capacité opérationnelle de recueil de renseignement d’origine électromagnétique depuis l’espace. Ceres comptera 3 satellites et des moyens au sol permettant leur programmation, leur contrôle et le traitement des signaux électromagnétiques captés. Le lancement du stade de la réalisation de Ceres doit commencer début 2015, en vue des premières livraisons en 2020.

Le programme de rénovation des ATL2 concerne les avions de patrouille maritime armée Atlantique 2 (ATL2, photo) de la Marine nationale, destinés à la lutte contre les sous-marins et les navires de surface et entrés en service au début des années 1990. Facilement déployables hors du territoire métropolitain et très utilisés en opérations, même au-dessus du désert, ils constituent des plates-formes aéronautiques polyvalentes à très grand rayon d’action. La rénovation de leur système de combat permettra de traiter leurs obsolescences et d’apporter les modernisations nécessaires à l’évolution du contexte, de la haute mer au littoral, et de contrer la menace due à la prolifération de sous-marins à propulsion diesel-électrique devenus performants et discrets. La LPM 2014-2019 prévoit la livraison échelonnée de 15 ATL2 rénovés à partir de 2018. Ces avions seront retirés du service après 2030. Le programme MRTT (Multirole Transport Tanker en anglais) concerne des avions gros porteurs polyvalents destinés à remplacer 11 C-135 FR et 3 KC-135 R de ravitaillement en vol datant du début des années 1960, et 3 A310 et 2 A340 de transport de fret. Les MRTT mettront en œuvre la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, contribueront à la posture permanente de sûreté et la projection de forces et de puissance et assureront les évacuations sanitaires à longue distance. Le premier appareil a été commandé en 2014 et 8 suivront en 2015. La LPM prévoit la livraison de 12 avions à partir de 2018.

Le programme Scorpion consiste à fédérer combattants et systèmes d’armes au sein de l’armée de Terre par la transmission et le partage instantanés d’informations et à assurer la transformation des groupements tactiques interarmes pour accroître leur efficacité et leur protection. Lancé en 2014, Scorpion permettra le renouvellement des véhicules de l’avant blindé (VAB) en service par des véhicules blindés multirôles (VBMR) et celui des chars AMX10 RC, des ERC 90 (engin à roues avec un canon de 90 mm) et des VAB anti-char équipés de missiles Hot actuels par des engins blindés de reconnaissance et de combat (ERBC), destinés à équiper les brigades multirôles. Les livraisons commenceront en 2018, en vue d’équiper progressivement 2 brigades interarmes à l’horizon 2025. Par ailleurs, pour préparer l’avenir en matière d’équipements, 3,6 Md€ seront alloués à la recherche et à la technologie et 740 M€ aux études amont. Enfin, en 2015, les états-majors et les services centraux du ministère de la Défense, dispersés sur une quinzaine de sites parisiens, seront regroupés à Balard (Sud-Ouest de Paris).

Loïc Salmon

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés




« Catamaran 2014 » : exercice amphibie d’une force expéditionnaire interalliés

L’exercice majeur d’entraînement interarmées « Catamaran 2014 » (13-26 octobre 2014) assure la préparation opérationnelle d’une force expéditionnaire à la conduite d’un assaut amphibie. Celle-ci est parfois la seule option militaire possible pour résoudre une crise à grande distance, débloquer un front ou répondre à un besoin humanitaire. « Catamaran 2014 » met en œuvre la composante maritime de la force expéditionnaire commune franco-britannique (CJEF), interarmées, non permanente et disponible sous faible préavis, conformément au Traité de Lancaster House (2010). Pendant l’entraînement en France, des officiers britanniques occupent des postes clés au sein des états-majors de conduite des exercices et deux équipes britanniques sont insérées dans les forces dites « avancées ». Cela permet de mettre au point des mécanismes communs, notamment le passage, délicat, du commandement maritime au commandement terrestre dès l’établissement d’une tête de pont solide à terre. « Catamaran 2014 » se déroule en Méditerranée occidentale et au Sud de la France. La première phase (13-19 octobre) porte sur : la montée en puissance de la force expéditionnaire et la préparation du débarquement par les forces « avancées » (commandos marine des Forces spéciales) ; un entraînement des troupes embarquées et une répétition de l’assaut amphibie en Corse. En même temps, une partie du groupe de guerre des mines, qui inclut des plongeurs démineurs italiens et slovènes, sécurise les abords de Port-Vendres à l’Ouest de la zone. En amont, le porte-avions réduit la menace et assure un rapport de forces de 3 contre 1 pour préparer le débarquement à partir du groupe amphibie. Dans la nuit du 19 octobre, les troupes terrestres débarquent sur les plages de Saint-Aygulf (Fréjus) et du Dramont (Saint-Raphaël) à bord d’engins amphibies rapides et d’hélicoptères de manœuvre (photo) de bâtiments de projection et de commandement (BPC). Lors de la seconde phase (20-26 octobre), les troupes se dirigent vers Canjuers (Nord du département du Var), sous la protection des aéronefs embarqués (hélicoptères et avions radar, d’écoute électromagnétique et de chasse) et d’une frégate de défense aérienne. Les moyens engagés totalisent 5.000 militaires, dont près de 1.000 pour la force de débarquement. La Marine déploie la « Task Force 473 » : porte-avions Charles-de-Gaulle avec 12 Rafale, 6 Super-Étendard modernisés, 1 avion de guet aérien Hawkeye et 3 hélicoptères ; 3 frégates ; 2 pétroliers ravitailleurs ; 1 sous-marin nucléaire d’attaque ; 2 avions de patrouille maritime ATL2 ; 1 groupe amphibie avec 2 BPC, 1 transport de chalands de débarquement et leur batellerie. S’y ajoute un groupe de guerre des mines avec 1 bâtiment d’expérimentation, 3 chasseurs de mines et 2 bâtiments bases de plongeurs démineurs. L’armée de Terre déploie : 1 groupement tactique embarqué (600 soldats) ; 1 groupement aéromobile (8 hélicoptères Puma, 4 Gazelle et 2 Tigre) ; 1 sous-groupement logistique. Embarquent également sur BPC l’état-major de la Force aéromaritime française de réaction rapide et celui de la 9ème Brigade d’infanterie de marine, binômée depuis 1995 avec la 3ème Brigade commando des Royal Marines britanniques. En parallèle, deux entraînements d’interopérabilité ont eu lieu dans le Sud-Est de la France : « Noble Arrow » pour l’armée de l’Air et « Toll » pour l’armée de Terre, soutenue par les aéronefs de la Task Force 473.

Loïc Salmon

Joint Warrior 13-1 : exercice combiné majeur interalliés

Provence 1944

Marine nationale : Harmattan, les BPC en action




Cyberdéfense : entraînement complet au sein des armées.

La lutte contre les attaques informatiques nécessite un entraînement de toute la chaîne du ministère de la Défense, de l’unité militaire de base sur le plan tactique au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) pour le niveau stratégique. Le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général cyberdéfense à l’État-major des armées (EMA), l’a expliqué à la presse, le 25 septembre 2014 à Paris, lors de la présentation du premier exercice cyber majeur dénommé « Defnet 2014 ». Tenu dans les Écoles militaires de Coëtquidan (30 septembre-3 octobre), ce dernier a mobilisé 60 personnes du ministère de la Défense et du secteur privé : EMA ; Centre d’analyse de lutte informatique défensive (Calid) ; Marine nationale et armées de Terre et de l’Air ; Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information ; Défense Conseil International ; entreprises de matériel informatique Acyan et Intrinsec. Defnet 2014 avait pour objectifs : l’entraînement à la gestion de crise cyber et au déploiement d’équipes légères d’intervention ; l’expérimentation d’un modèle d’exercice reproductible dans le cadre de formations ; la préparation d’exercices et de futures formations. Le scénario portait sur la menace cyber dans un contexte international fictif et simplifié. L’an prochain, sont prévus les exercices Defnet 2015 et Piranet 2015, pilotés par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. En 2013, le ministère de la Défense a subi 780 attaques informatiques sans conséquence, a indiqué l’amiral. Facilitées par l’introduction de clés USB ou par une complicité interne, elles ont profité des défaillances des systèmes. Il s’agit donc, par des investigations très pointues, de trouver comment et quand ces intrusions se sont produites, les analyser et en comprendre la profondeur, afin de déterminer les contre-mesures techniques pour interdire l’accès aux réseaux : duplication des systèmes, mises à jour et téléchargements. Au combat, les cyberattaques peuvent affecter notamment les postes de calcul de tir, le système de propulsion d’un navire, le soutien logistique d’une opération militaire ou les points de vulnérabilité d’un drone, qu’il convient de « durcir ». Les organisations de pirates informatiques, commanditées par des États, pénètrent un système et s’y cachent, afin d’en manipuler les données ou même le saboter. La cyberdéfense militaire implique une logique de combat avec mobilité intellectuelle et force morale, souligne l’amiral. Elle repose sur l’expertise technique de haut niveau du Calid, qui assure la veille sur internet, le décryptage des programmes malveillants (virus et vers), l’impact sur le ministère de la Défense, l’alerte aux autorités menacées et l’élaboration de solutions. Toute projection de forces armées sur un théâtre inclut un volet cyberdéfense, adapté à la capacité technique des belligérants et planifié par le CPCO. Dans ce domaine, les échanges d’information avec les alliés dépendent du degré de confiance établi, mais ne concernent pas les capacités offensives mentionnées dans le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, précise l’amiral Coustillière. Enfin, en mars 2016, dans son site de Bruz, la Direction générale de l’armement disposera d’un « laboratoire de la cyber » ultra-sécurisé de 10.000 m2, où plus de 250 personnes développeront une expertise technique sur des plates-formes informatiques à très fortes contraintes de sécurité de défense et de cloisonnement.

Loïc Salmon

Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération




Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA

Les forces française Sangaris et européenne EUFOR RCA, engagées en Centrafrique pour assurer la protection de la population civile et sécuriser l’accès des convois humanitaires, commencent à passer le relais à la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation de la République Centrafricaine (MINUSCA), a expliqué l’État-major des armées les 25 et 18 septembre 2014 à Paris. Présente en Centrafrique depuis le 5 décembre 2013 pour mettre fin aux exactions de bandes armées qui menaçaient la population, Sangaris (2.000 hommes) était jusque là composée de trois groupements tactiques interarmes (GTIA), répartis entre la capitale Bangui, la province Ouest et la province Est, ainsi que des éléments de soutien regroupés au camp de M’Poko près de Bangui. Dans la province Ouest, la MINUSCA a déjà relevé le GTIA, dont les effectifs sont rentrés en France et au Tchad (photo). Toutefois, l’effectif total de Sangaris reste identique, afin de renforcer les GTIA de Bangui et de la province Est. En effet, conformément à la résolution 2149 du Conseil de sécurité de l’ONU, Sangaris peut intervenir en appui de la MINUSCA là où se produisent des pics de violence. A partir d’avril 2014, Sangaris a été renforcée progressivement par la force de l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA, 750 hommes dont 250 Français), pour faciliter la montée en puissance de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique de la Commission de l’Union africaine (MISCA), forte de 6.500 hommes du Burundi, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Tchad, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda. A la suite de la résolution 2134 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le recours à la force, la MISCA a été relevée le 15 septembre 2014 par la MINUSCA (6.700 hommes) qui compte des contingents de l’ex-MISCA (Burundi, Cameroun, RDC, Gabon et Rwanda) ainsi que du Bangladesh, du Maroc, du Pakistan, de l’Indonésie et du Sri Lanka. A cette occasion, le général de division Philippe Pontiès, commandant l’EUFOR RCA, a présenté un bilan positif devant la presse le 18 septembre à Paris. Les taxis sont revenus dans Bangui, où le marché a repris ses activités, les stations-service ont rouvert et la presque totalité de la population a quitté le camp de réfugiés à proximité de l’aéroport. Le passage est assuré sur la principale route des approvisionnements entre la frontière camerounaise et Bangui. Des jeunes gens sont employés aux travaux de réhabilitation des habitations. La période du Ramadan s’est bien passée. Pour la première fois, précise le général, des gendarmes sont employés dans une opération européenne, à laquelle participent la France, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Géorgie. Les gendarmes patrouillent dans Bangui avec les soldats de la MISCA puis de la MINUSCA, à pied et à bord de pick-up avec des systèmes radio pour réagir rapidement, afin de poursuivre le désarmement des bandes armées, lutter contre l’impunité et créer les conditions d’un retour durable des organisations humanitaires. L’EUFOR RCA coordonne ses patrouilles avec Sangaris et la MINUSCA, en raison des « poussées de fièvre » dans certains arrondissements de Bangui. En outre, elle assure la formation des gendarmes et policiers des forces de sécurité intérieures centrafricaines. Elle transfèrera son autorité à la MINUSCA fin novembre, car son mandat s’achève le 15 décembre 2014, a précisé le général Pontiès.

Loïc Salmon

Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

 




Prix Brienne du livre géopolitique 2014

Pour sa 2ème édition, le « Prix Brienne du livre géopolitique » a été remis le 10 septembre 2014, par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, à Christophe Jaffrelot, directeur de recherches au CERI (Centre d’études et de recherches internationales) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’université américaine de Yale, pour son ouvrage « Le syndrome pakistanais » (Éditions Fayard). Ce syndrome remonte à l’empire britannique des Indes, lorsque la minorité musulmane obtient la création d’un État en 1947. Ensuite, l’élite pakistanaise se divise pour des raisons ethno-linguistiques et politiques entre civils et militaires. Pour elle, « l’Inde hindoue » continue de menacer l’existence du Pakistan, justifiant ainsi l’acquisition de l’arme nucléaire et la recherche de l’alliance des États-Unis pendant la guerre froide. Parallèlement, Islamabad soutient les mouvements djihadistes pour affaiblir l’Inde et gagner une profondeur stratégique en Afghanistan. En général, les thèmes géopolitiques sont dominés par des auteurs anglo-saxons, dont les œuvres sont traduites en français pour le public francophone. Pour remédier à cette carence, le ministre de la Défense a lancé le « Prix Brienne du livre géopolitique », qui a été décerné pour la première fois en 2013 à François Godement pour son ouvrage « Que veut la Chine ? De Mao au capitalisme » (Éditions Odile Jacob). Pendant une année, quelque 70 livres sont évalués par un comité de lecture (6 personnes), qui en sélectionne une vingtaine pour le jury (26 personnes), présidé par le ministre et composé de spécialistes, chercheurs universitaires, journalistes, parlementaires et anciens hauts responsables civils et militaires. Sont finalement retenus, pour la dernière réunion, 3 ouvrages qui favorisent le mieux l’analyse, la réflexion et la mise en perspective des enjeux politiques et stratégiques actuels. Ils doivent être publiés en français et en France entre le 1er octobre de l’année précédente et le 1er juin de l’année en cours. En fait, le jury récompense 4 personnes par une médaille et un livre de luxe sur l’Hôtel de Brienne : le lauréat, les 2 autres finalistes et l’auteur d’un ouvrage publié en dehors des dates limites (« prix spécial »). En 2014, la « médaille d’argent  », si l’on peut dire, a été attribuée à l’Algérien Boualem Sansal pour son livre « Gouverner au nom d’Allah » (Éditions Gallimard) et celle « de bronze » à Jean-Christophe Nottin pour « La guerre de la France au Mali » (Éditions Tallandier). Enfin, le « prix spécial » du jury a été décerné au professeur Yves Lacoste pour l’ensemble de son œuvre, dont notamment le livre « La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » publié en 1976 (Éditions Maspero) et réédité en 2012 (Éditions La Découverte).

Loïc Salmon

 




Marine : une FGM projetable partout dans le monde

La Force des guerres des mines (FGM) participe à toutes les opérations de la Marine nationale, dans le cadre de ses missions de dissuasion, protection, projection et sauvegarde maritime. Son action a été présentée à la presse les 28 août et 12 juin 2014 à Paris. La FGM, qui est intervenue récemment dans des zones de mouillage en Libye et au Liban, peut également contrôler les accès de détroits, passages resserrés et donc les plus faciles à miner. Ainsi, en 2013, elle a projeté 1 état-major et 2 navires chasseurs de mines (CMT) dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien. Dans le cadre de la dissuasion nucléaire de la France, elle doit d’abord garantir l’accès aux ports militaires français : Brest où se trouve la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; Toulon pour celle du porte-avions Charles-De-Gaulle, dont les Rafale  équipés des missiles de croisière air/sol moyenne portée emportent l’arme nucléaire préstratégique. La FGM protège aussi les grands ports civils et sécurise les littoraux français et de pays alliés, où sont encore enfouis plusieurs milliers d’engins explosifs datant des deux conflits mondiaux et peut-être encore en état de fonctionner. Ainsi, du 22 au 25 août 2014, le CMT Sagittaire a neutralisé 1 t de TNT au large de Cherbourg. Chaque année, plus de 2.000 engins explosifs et 25 t de munitions sont neutralisés. Il faudra encore une centaine d’années pour les détruire tous. Dans chaque zone d’opération maritime susceptible d’être minée, la FGM prépare et sécurise le déploiement des forces françaises avec 2 CMT. En outre, elle examine les épaves, neutralise, détruit ou enlève des engins explosifs (missions opérationnelles nedex) : mines de fond, mines à orin (photo), bombes, obus d’artillerie et roquettes. Pour lutter contre la pollution, ses plongeurs sont capables d’évoluer dans les eaux polluées. En 2013, la FGM a réalisé 180 nedex et traité 430 munitions à terre et 1.860 munitions sous la mer, dont environ 1.000 bombes de 250 kg. Elle compte : 1 état-major projetable, grâce à des conteneurs déployables ; 11 CMT ; 4 bâtiments-bases de plongeurs démineurs avec leurs vedettes d’intervention ; 1 navire d’expérimentation ; 3 bâtiments remorqueurs de sonars ; 1 centre d’exploitation des données. Ses 3 groupes de plongeurs démineurs (GPD), tiennent chacun une équipe d’alerte à 2 heures toute l’année et capable d’intervenir jusqu’à 80 m de profondeur. Ils sécurisent le littoral français selon leur capacité propre : « dépiégeage d’assaut » dans des opérations de vive force pour le GPD Manche ; ouverture d’un chenal d’assaut pour un débarquement pour le GPD Méditerranée ; intervention en eaux polluées, neutralisation et récupération de mines inconnues pour le GPD Atlantique. La FGM programme une dizaine d’entraînements majeurs chaque année et doit effectuer un déploiement dans le golfe Arabo-Persique au premier semestre 2015.

Loïc Salmon

Marine : projection rapide de deux chasseurs de mines

Bold Alligator 2012 : exercice amphibie interalliés à longue distance