Réserve : montée en puissance pour la sécurité nationale

Le nombre de réservistes opérationnels, hors Gendarmerie, actuellement de 28.000, devrait atteindre 31.000 fin 2016 et 40.000 en 2019, dont 1.000 déployés en permanence pour participer à la protection du territoire national.

Le général de brigade Christian Thiébault, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve, en a présenté le nouveau format à la presse le 3 mars 2016 à Paris. Ce renforcement fait suite  à la déclaration du président de la République, François Hollande, devant le Parlement réuni en congrès à Versailles, trois jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Environ 600 réservistes ont été mobilisés du 20 décembre 2015 au 5 janvier 2016 pour l’opération « Sentinelle », a précisé le général. L’évolution du contexte stratégique et la professionnalisation des armées ont conduit à remplacer la réserve mobilisable en temps de guerre par une réserve d’emploi, structurée selon les besoins de la défense et de la sécurité (loi du 22 octobre 1999 modifiée le 30 mars 2007). Cette réserve militaire présente deux composantes : « opérationnelle » et « citoyenne ».

La réserve opérationnelle. Sous certaines conditions, notamment physiques, tout citoyen français, homme ou femme, peut signer un « engagement à servir dans la réserve » d’une durée d’un à cinq ans avec une rémunération variable selon leur grade. Ils reçoivent une formation et un entraînement spécifiques pour remplir des missions de protection et en état-major. En fonction de leurs compétences, ils servent dans les unités militaires et les établissements ou administrations centrales du ministère de la Défense, sur le territoire national et les théâtres d’opérations extérieurs. Ces renforts permettent de faire face à la simultanéité des opérations et d’accroître les capacités des forces à durer lors des pics d’activité : opération « Sentinelle », plan Vigipirate, crises sur le territoire national ou intempéries. En outre, les réservistes opérationnels apportent leurs expertise et expérience dans des spécialités professionnelles peu connues ou très utiles : risques environnementaux, infrastructures, armements ou communication. Au 30 novembre 2015, la réserve opérationnelle, Gendarmerie comprise, se montait à 54.860 personnes.

La réserve citoyenne. Agréés auprès des autorités militaires pour leurs compétence, expérience et intérêt pour les questions de défense et de sécurité nationale, les « réservistes citoyens » sont bénévoles. Leur champ d’action porte sur la communication, les relations publiques, le recrutement, le devoir de mémoire, la sensibilisation et l’information sur l’intelligence économique et les questions de défense. Ils bénéficient d’une information continue sur la défense et la sécurité nationale. Au 30 novembre 2015, la réserve citoyenne comptait 3.814 personnes, Gendarmerie comprise.

Appel renforcé. En 2015, l’actualisation de la Loi de programmation 2014-2019 a prévu un accroissement du nombre de réservistes et des jours d’activité jusqu’à 25-30 jours par personne et par an. Le budget des réserves est passé à 75 M€ sur la période 2015-2019. En 2016, le budget est monté à 96,3 M€, afin d’augmenter de 160.000 le nombre de jours d’activité et de créer 3.106 postes. En 2019, le ministère de la Défense devrait employer 40.000 réservistes opérationnels pendant au moins 30 jours par an et pendant 3 ans, ainsi répartis : armée de Terre, 24.200 ; Marine, 6.000 ; armée de l’Air, 5.800 ; Service de santé, 3.300 ; Service du commissariat, 500 ; Service des essences, 200.

Loïc Salmon

Défense : effectifs et engagements en 2014-2015

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

Les réservistes à l’honneur




Armée de l’Air : l’École de Salon-de-Provence à fond dans le numérique et l’ouverture

L’École de l’air (EA), située sur la Base aérienne 701 de Salon-de-Provence et désormais unique centre de formation des officiers, mise sur le cyber et l’accès aux sciences politiques et humaines.

Le général de brigade aérienne Francis Pollet, qui commande les deux, a présenté l’école à la presse, le 18 février 2016 à Paris. L’EA délivre un diplôme d’ingénieur accrédité « CTI », catégorie la plus élevée, qui permet de nombreux partenariats.

L’ouverture. Depuis la rentrée du 24 août 2015, les formations initiales d’officiers, jusque-là dispensées par l’École de l’air, l’École militaire de l’air, le Cours spécial de l’École de l’air et le Cours spécial de formation des officiers, sont désormais regroupées au sein d’une seule et unique école reprenant l’appellation originelle : École de l’air. Le cursus de l’EA débouche notamment sur : 4 licences avec l’Université d’Aix-Marseille, à savoir aéronefs d’État, domaine aérien, management public et systèmes informatiques et logiciels ; 3 mastères spécialisés en commun avec l’École supérieure de l’aéronautique et de l’espace et l’École nationale de l’aviation civile (ENAC) ; un mastère « diplôme d’ingénieur, diplôme d’études politiques » avec Sciences-Po Aix, dont 10 % des élèves officiers suivent les cours. Des réflexions sont en cours pour intégrer de nouvelles technologies : gestion de la chaîne logistique ; prototypage rapide ; matériaux d’avenir ; réalité virtuelle ; maintenance du futur ; documentation technique dynamique ; drones ; méga données (big data en anglais) ; optoélectronique ; cyber pour les liaisons interarmées et la liaison sol avec le renseignement aérien. Déjà 70 % des cours sont numérisés, permettant l’enseignement à distance et une économie d’impression de 2 millions de feuilles. La formation est assurée par 60 professeurs, à temps plein, et plus de 200 vacataires, issus de l’enseignement supérieur, de l’industrie et de la recherche. L’EA vise à valoriser l’officier aviateur par une formation tournée vers la responsabilisation et l’engagement. Ainsi, des élèves officiers accompagnent 200 jeunes dans le cadre de tutorats : plan égalité des chances ; aéronautique ; formation militaire élémentaire ; projets de développement personnel, comme le baptême de l’air handicap et le « coaching » (accompagnement personnalisé) sportif. En outre, ils assurent des formations de « construction d’équipe » (team building en anglais) au profit d’écoles de commerce. Enfin, l’EA envoie 70 % de ses élèves en stage dans une trentaine de pays. Un cours spécial est ouvert à certains élèves officiers étrangers.

L’EA en chiffres.

Chaque année, le concours d’entrée à l’EA attire 3.000 candidats pour 93 places, dont 18 pour les filles. Son campus de Salon-de-Provence se trouve à 3 h 30 de Toulouse (siège administratif de l’ENAC) et à 25 minutes de Sciences-Po Aix et de l’Université d’Aix-Marseille. Véritable petite ville de 1.900 personnes s’étendant sur 450 ha, la Base aérienne 701 comprend : 600 élèves, dont 500 aviateurs ; 50 aéronefs ; 62.000 mouvements aériens par an ; 650 logements. Pour la région, l’EA et la base représentent une retombée économique de 55 M€ par an. Elles dispensent 10.000 heures de vol chaque année. Le personnel navigant peut suivre plusieurs formations : vol à voile en vue du brevet de pilote de planeur ; vol moteur sur avion de tourisme Cirrus SR20 et simulateur ; initiation à la voltige aérienne sur avion biplace Grob 120. Le personnel non navigant peut aussi s’initier au vol à voile et au vol moteur sur Cirrus SR20

Loïc Salmon

Armée de l’Air : le combat numérique au cœur des opérations

Armée de l’Air : création d’un « centre de guerre aérienne »




DGA : 2015, un excellent millésime pour l’armement

En 2015, la Délégation générale pour l’armement (DGA) a conclu des contrats d’équipement des armées d’un montant de 11 Md€,  a pris des commandes à l’export de 16 Md€ et a investi 727 M€ dans des études amont. Ces résultats ont été présentés à la presse, le 10 février 2016 à Paris, par Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement.

Pour les armées françaises. La DGA a livré 2 avions de transport tactique A400 M à l’armée de l’Air, qui en dispose ainsi de 8, et 5 avions de chasse Rafale. L’armée de Terre a reçu 6 hélicoptères de combat Tigre (55 livrés en tout) et 4 hélicoptères NH90 de transport tactique et la Marine nationale 3 hélicoptères NH90 de lutte antisurface et anti-sous-marine. Au total, 33 appareils NH90 sont en service dans les forces françaises. La Marine a pris livraison de 2 Rafale « rétrofités » (ajouts de nouvelles technologies ou de nouvelles fonctions à des systèmes plus anciens) et la frégate multimissions (FREMM) Provence. En tout, 142 Rafale ont déjà été livrés. En vue de préparer l’avenir, la DGA a commandé : un 3ème satellite MUSIS (système multinational d’imagerie spatiale pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation) ; 2 satellites de communications militaires de nouvelle génération (COMSAT NG), qui succèderont au système actuel Syracuse III à partir de 2020 ; 241 véhicules légers et 202 véhicules lourds pour les forces spéciales ainsi que l’intégration d’équipements de renseignement et de communications sensibles avec leurs éléments de soutien. Les forces spéciales recevront 25 véhicules lourds dès 2016, pour répondre aux besoins les plus urgents, et les premiers véhicules légers à partir de 2018. Ce programme, qui correspond aux missions de renseignement, de neutralisation et d’actions dans la profondeur en zones hostiles, vise à améliorer l’interopérabilité et le niveau  de performance du parc de véhicules des composantes Terre, Air et Marine des forces spéciales. Par ailleurs, ont été lancés : le programme de définition du système de drones de chasse des mines marines ; le programme « B1NT » (Aster Block 1 Nouvelle Technologie). Ce dernier porte sur le développement  d’une nouvelle version du missile Aster 30, dont les premiers exemplaires seront livrés à l’armée de l’Air en 2023. Il inclut la modernisation du système de défense anti-aérienne SAMP/T pour le doter de capacités améliorées, notamment contre les missiles balistiques dans le cadre du programme OTAN de défense antimissile balistique.

A l’exportation. L’année 2015 a été qualifiée d’historique, par Laurent Collet-Billon, en matière d’exportations d’armement. Les prises de commandes, ,dont le résultat définitif sera connu fin mai 2016, sont estimées 16 Md€, contre 8,2 Md€ en 2014. Le Qatar a acheté 24 Rafale et l’Égypte 24 Rafale et 1 FREMM. Cinq grands contrats dépassent 500 M€. L’Afrique et le Moyen-Orient représentent plus de 80 % des contrats entrés en vigueur. Comme les pays clients demandent un soutien accru, la DGA compte recruter plus de 500 personnes à cet effet, dont 160 dès 2016.

Coopération internationale. Un accord a été conclu avec l’Allemagne sur le programme MUSIS/CSO (composante spatiale optique) pour une meilleure identification des petites cibles et un accès plus rapide à l’information qu’avec les systèmes actuels Pléiades et Hélios. Un autre, avec l’Italie et la Grande-Bretagne porte sur l’évolution du système naval de défense anti-aérienne FSAF-PAAMS. Enfin, les groupes d’armement terrestre français Nexter et allemand KMV ont fusionné dans le cadre du projet « Kant ».

Loïc Salmon

DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus




CEMA : durcissement et aggravation des conflits, évolution des missions

Les armées françaises, en guerre dans les faits, sont confrontées à la progression des menaces du non droit et celles engendrées par les rapports de force entre les États. Telle est l’opinion du général Pierre de Villiers, leur chef d’état-major (CEMA), exprimée le 29 janvier 2016 à Paris, devant l’Association des journalistes de défense. Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, commandités par Daech (« État islamique ») depuis la Syrie, ont confirmé l’étroitesse des liens entre la « défense de l’avant » (les opérations extérieures, Opex) et la protection du territoire national. Les risques terroristes se superposent aux flux migratoires vers l’Europe.

Rupture stratégique. La sécurité à l’intérieur des frontières étatiques n’existe plus et cette dégradation sécuritaire s’inscrit dans la durée, souligne le général de Villiers. En 2015, Daech a poursuivi l’occupation du territoire qu’il contrôle en Syrie et en Irak. Avec d’autres groupes radicaux, il a étendu son influence vers l’Afrique : consolidation en Libye avec risque de contamination géographique ; persistance du terrorisme de Boko Haram dans la région du lac Tchad. Son islamisme radical se propage dans la bande sahélo-saharienne, au Sinaï, au Yémen et dans la Corne de l’Afrique. Daech exerce une véritable fascination par sa propagande violente. Selon le CEMA, 500 candidats au djihad partent pour la Syrie chaque mois. Sur les 37.000 combattants étrangers ayant rejoint Daech depuis la proclamation du nouveau califat (29 juin 2014), 27.000 seraient encore en Irak ou en Syrie. Les modes d’action de Daech sont peu coûteux, aisément accessibles et se combinent au fanatisme et à l’idéal de mort : cyberattaques, engins explosifs improvisés, tireurs embusqués et attaques suicides. En Syrie, en Irak et en Libye, la terreur djihadiste met en scène viols, décapitations, tortures, crucifixions publiques et esclavage des femmes, en vue d’un anéantissement soudain des fonctions vitales du « candidat au martyr » sous l’effet d’un choc émotionnel intense. Par ailleurs en 2015, des États aux capacités mondiales et régionales ont démontré leur puissance : gel de la situation en Ukraine et engagement militaire de la Russie en Syrie ; l’Iran, redevenu fréquentable avec l’accord nucléaire de Vienne ; revendications de la Chine ; attitude provocatrice de la Corée du Nord.

Guerre « mondialisée ». Le mode opératoire et les armes utilisées lors des attentats sur le sol national en 2015 sont identiques à ceux des récentes Opex (Afghanistan, Mali et Irak). Pour gagner cette nouvelle guerre, estime le CEMA, il faut maintenir un modèle complet d’armée pour couvrir tout le spectre des menaces, avec un budget correspondant à 2 % du produit intérieur brut de la France. La volonté politique s’exprime à travers la chaîne décisionnelle, qui produit des effets sur le terrain en quelques heures. La stratégie d’action doit mettre en cohérence les objectifs militaires avec les visées politiques, car gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix, souligne le général. L’action doit s’inscrire dans le temps long, à savoir accepter d’attendre pour récolter les fruits de l’action. Parmi les 200.000 militaires français, près de 41.000 sont en posture opérationnelle : dissuasion nucléaire aérienne et océanique ; opération extérieure ou intérieure ; forces de présence ou de souveraineté ; protection des emprises militaires. Les autres assurent les formations, la surveillance et le contrôle de l’espace aérien et des approches maritimes, le renseignement et la cyberdéfense.

Loïc Salmon

Attentats à Paris : plus grosse opération de secours de la BSPP depuis les années 1980

Géopolitique : le chaos d’aujourd’hui, dérive logique de la mondialisation

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019




Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

Le bilan des compétences de blessés psychiques en opérations extérieures (Opex) permet de déceler leurs talents dans une nouvelle profession, que 80 % d’entre eux souhaitent civile. Le 7 janvier 2016 à Paris, le colonel Thierry Maloux, chef de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT), a présenté à la presse l’opération « Omega », soutenue par l’armée de Terre, le gouverneur militaire de Paris et l’association Terre Fraternité (photo). Lancée en avril 2015, « Omega » a déjà débouché sur 13 contrats à durée indéterminée chez Nexter, Conforama, Michelin, Décathlon et Auchan ainsi que des promesses d’embauche chez Thales et Aéroports de Paris.

Évaluation et soutien. Au 1er octobre 2015, plus de 500 blessés psychiques de l’armée de Terre se trouvaient en congé maladie de longue durée et souffraient de syndromes post-traumatiques consécutifs aux Opex des cinq dernières années. Souvent, ces blessés ne peuvent plus servir en situation opérationnelle et font l’objet d’un processus de réadaptations sociale et professionnelle. Le blessé, homme ou femme, rassemble des savoir-faire et des « savoir-être » militaires transposables dans le milieu civil, explique le colonel Maloux. A l’issue d’un parcours de soins en vue de regagner progressivement son autonomie, il parvient à valoriser ses qualités de résilience, d’audace, d’endurance, de travail en équipe et de loyauté. Le processus d’accompagnement de l’opération « Omega » se fonde sur l’acquisition, par les blessés, des outils de la reconversion, et, pour la CABAT, sur la fidélisation des entreprises susceptibles de les embaucher. D’ici à la fin de 2016, la CABAT estime pouvoir définir un processus ayant prouvé son efficacité, en vue de le transposer à une échelle ministérielle, et adossé à un vivier pérenne d’employeurs potentiels. Elle recherche stages professionnels et formations de l’Agence de reconversion de la défense, de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre ou des Maisons départementales pour les personnes handicapées.

Compagnonnage progressif. Les « acteurs ressources », visés par la CABAT, sont constitués par les grands groupes, petites et moyennes entreprises et relais professionnels, en mesure de proposer des offres d’emplois adaptés aux blessés psychiques et ce dans le cadre d’une relation privilégiée avec l’armée de Terre. Chaque blessé peut faire l’objet d’une période d’immersion d’un mois à un an dans l’entreprise, afin d’adapter au mieux le poste envisagé et d’acquérir une confiance mutuelle et une confiance partagée. La CABAT et le Service de santé des armées garantissent un suivi médical et social pendant la période d’immersion. Elle signe avec l’acteur ressources une « charte éthique », précisant les conditions du tutorat en entreprise, et une convention d’immersion. Le blessé est protégé par le code de la défense et le certificat médical de réadaptation professionnelle. Maintenu sous contrat militaire, il est rémunéré par le ministère de la Défense. L’association Terre Fraternité finance les frais éventuels liés à l’immersion, notamment l’hébergement. Cette immersion doit normalement se conclure par la signature d’un contrat à durée indéterminée, dans le cadre de l’obligation d’emploi de personnes en situation de handicap. En outre, la loi N°2005-102 du 11 février 2005 accorde des avantages aux entreprises, qui doivent réserver jusqu’à 6 % de leurs ressources humaines aux travailleurs handicapés qualifiés.

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




« DGA Innovation » : rendre les projets possibles et rentables sur le long terme

La Direction générale de l’armement (DGA) consolide les liens entre le ministère de la Défense, les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI), notamment par un soutien renforcé à l’innovation pour faire face aux menaces.  Elle organise chaque année un « Forum DGA Innovation », dont la 4ème édition s’est déroulée à l’École Polytechnique, le 26 novembre 2015 à Palaiseau, en présence de Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement (photo). Ce forum a présenté plus de 100 projets, dont 20 démonstrations dans les communications, les matériaux performants et la santé. Il a accueilli quelque 850 acteurs : dirigeants de PME, représentants des grands maîtres d’œuvre industriels, responsables de laboratoires, chercheurs et doctorants… dont trois ont reçu un prix de 5.000 € !

Financement de thèses. Depuis 2000, la DGA distingue chaque année plusieurs jeunes docteurs ayant bénéficié d’une allocation de thèse financée par le ministère de la Défense. La sélection s’effectue en fonction de l’intérêt des recherches, leur degré d’innovation, la qualité des résultats et l’impact des travaux sur l’insertion professionnelle du docteur. En matière de recherche fondamentale, la DGA finance ou co-finance environ 150 nouvelles thèses de doctorat par an, dont certaines en co-tutelle avec des établissements britanniques, ainsi que des recherches post-doctorales à l’étranger. Ces thèses portent, entre autres, sur l’informatique, l’optique, l’économie, la sociologie ou les sciences politiques. La DGA apporte un soutien aux organismes de recherches sous sa tutelle, comme l’ONERA (Office national d’études et de recherches aérospatiales) ou l’Institut franco-allemand de Saint-Louis. Ce soutien recouvre des contrats d’études amont vers le CNES (Centre national d’études spatiales) et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) ainsi que les subventions de projets de recherches d’entreprises et de laboratoires.

Recherche et technologie. En investissant dans la recherche et la technologie, la DGA vise à : imaginer les futurs possibles ; anticiper menaces et risques ; préparer les capacités industrielles, en détectant les ruptures technologiques ; les faire émerger dans un contexte à applications civiles et militaires. En outre, elle soutient et développe les compétences industrielles clés, notamment celles des PME, pour conserver une longueur d’avance et sécuriser les performances, coûts et délais des projets. Le ministère de la Défense se fournit auprès de 26.000 PME et ETI pour un montant de 2,6 Md€ en 2014, dont 40 % par des achats hors armement. Un budget moyen annuel de 730 M€ est programmé pour des études amont entre 2014 et 2019. Quelque 2.000 PME bénéficient d’un suivi particulier, dont 400 exercent des activités dites « sensibles » ou de souveraineté nationale. Afin de soutenir la croissance des PME, le ministère de la Défense a signé des conventions bilatérales avec sept maîtres d’œuvre industriels : Airbus Group, Safran, Thales, MBDA, Nexter, DCNS et Dassault Aviation. En 2014, l’industrie de défense française a réalisé 8,2Md€ de prises de commandes à l’export. Selon une étude d’impact réalisée en 2014, cela concerne 40.000 emplois, toutes catégories confondues, dans les régions, surtout l’Ile-de-France, l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Bretagne, Rhône-Alpes et Centre. Les grands maîtres d’œuvre industriels y emploient environ 14.000 personnes directement et quelque 13.000 indirectement chez leurs sous-traitants.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation




Attentats à Paris : plus grosse opération de secours de la BSPP depuis les années 1980

Lors des attentats terroristes le soir du 13 novembre 2015 en Ile-de-France, la Brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP) a traité 381 victimes, dont 257 par balles. L’action de cette unité militaire a été présentée à la presse le 3 décembre à Paris par son commandant, le général Philippe Boutinaud. Cette opération a mobilisé : 125 engins ; 21 équipes médicales sur les 7 sites ciblés par les attentats ; 430 pompiers sur le « terrain » et 250 dans le soutien et la chaîne de commandement. Celle-ci a bien fonctionné grâce aux enseignements tirés des attentats de Madrid (11 mars 2004), Londres (7 juillet 2005) et Paris (années 1980, 1990 et 2000), estime le général. Le 13 novembre, la situation se caractérise par : un tempo rapproché, avec des alertes toutes les 5 minutes pendant 40 minutes ; un éclatement géographique dans 6 sites dans Paris intra-muros et 1 en banlieue Nord ; un engagement en zone non sécurisée, où un véhicule « premier secours »  et un véhicule de « secours à victime » seront atteints par des balles ; la menace d’autres attentats, notamment dans les gares. Tout blessé par balle bénéficie d’une urgence absolue qui détermine l’échelonnement des secours vers les hôpitaux. Tout le monde n’a pas été sauvé, regrette le général, mais toutes les victimes « sauvables » ont pu recevoir des gestes de chirurgie lourde dans les hôpitaux. Grâce à l’expérience de ses personnels sur les théâtres d’opérations extérieurs, le Service de santé des armées (SSA) a pu très vite catégoriser et hiérarchiser la gravité des blessures et organiser les passages de 21 blessés en bloc opératoire. La décentralisation de la conduite des opérations a permis de maintenir un équilibre mesuré entre le « terrain » et le Centre opérationnel de la BSPP, estime le général. Ainsi, les demandes de moyens supplémentaires ont été adaptées au juste besoin sans perturber les actions traditionnelles des pompiers, qui sont intervenus près de 1.300 fois ailleurs dans Paris pendant la journée du 13 novembre. Tout en conduisant les opérations sur les sites des attentats, le Centre opérationnel de la BSPP a pré-programmé un hélicoptère  et fait appel aux pompiers professionnels des communes de la Grande Couronne autour de Paris, à la Protection civile et au Service d’aide médicale urgente (SAMU) de la Petite Couronne, qui a transporté quelque 300 blessés vers les hôpitaux civils et militaires. Les hôpitaux d’instruction des armées Percy et Begin ont accueilli 58 blessés et traité 18 % des urgences absolues. Avant même le déclenchement du « plan blanc » du ministère de la Santé, 8 ambulances ont acheminé 31 blessés graves vers Bégin. Dès la soirée du 13 novembre, 48 médecins et 25 personnels paramédicaux ont été mobilisés. A l’École militaire, 12 psychiatres et psychologues du SSA, de la Marine nationale et de l’armée de l’Air ont participé à la mise en œuvre d’une cellule d’accueil des victimes, familles et personnels impliqués. En tout, 80 personnes ont reçu un soutien psychologique immédiat pour répondre à la « stupeur psychique » liée aux attentats. Elles devront quand même bénéficier d’une prise en charge dans les mois qui viennent ainsi que les personnels d’intervention (policiers et pompiers). Au sein de la BSPP, 11 pompiers ont perdu un proche dans les attentats. Selon le général Boutinaud, les opérations de secours du 13 novembre ont conforté la pertinence de la préparation opérationnelle entre les diverses unités déployées. Un exercice cadre entre la BSPP et le SAMU s’était déroulé sur 13 sites… le matin même !

Loïc Salmon

Terrorisme : plan Vigipirate renforcé à Paris

Crises : prévention et gestion en Ile-de-France

Résilience : la survie de la collectivité nationale




Irak : le volet « assistance » de l’opération « Chammal »

La participation de la France à la coalition contre l’organisation terroriste Daech (« État islamique ») en Irak porte sur le bombardement aérien d’objectifs, déterminés en toute autonomie, et une assistance en matière de conseil et de formation aux troupes irakiennes au sol. Ce dernier volet a été présenté à la presse, le 5 novembre 2015 à Paris, par un colonel ayant commandé un détachement d’instruction opérationnelle (DIO). Il s’agit d’améliorer les capacités existantes des troupes irakiennes par un recyclage de leur instruction militaire initiale, en évitant l’accompagnement au combat, souligne le colonel. Depuis le 1er août 2014, un DIO, installé dans la ville d’Erbil (Nord de l’Irak), assure une formation sur le déminage des engins explosifs improvisés (IED en anglais). Depuis mars 2015, un DIO de la 13ème Demi-brigade de la légion étrangère est présent dans la capitale Bagdad, auprès du Service irakien de lutte contre le terrorisme (ICTS en anglais). En outre, un DIO de la 3ème Brigade légère blindée est déployé dans la zone d’opération de la 6ème Division irakienne (DAA 6, 10.000 hommes), engagée directement au combat contre Daech et qui subit régulièrement des pertes à tous les échelons de sa hiérarchie aux abords de Bagdad et de Falloujah. La formation dispensée porte sur : la lutte contre les IED et le génie de combat ; le secourisme de combat ; le combat d’infanterie ;  le combat en zone urbaine ; les travaux d’état-major. Le DIO du colonel en question a compté un effectif de 61 personnels (17 officiers, 19 sous-officiers et 25 soldats), qui assure sa propre protection par des fantassins et des éléments du génie lors de ses déplacements dans la zone d’opération de la DAA 6. En matière de « conseil », l’assistance porte sur : les transmissions ; la logistique, à savoir commande de munitions, piles d’appareils radio et pièces de rechange pour les véhicules, gestion des stocks et acheminement au front ; les travaux d’état-major consistant à préparer les opérations, synchroniser les efforts face à l’adversaire, gérer des appuis (tirs d’artillerie et d’aviation) et suivre la situation tactique. La « formation » proprement dite enseigne les gestes simples à faire au bon moment. Ainsi, pour le déminage, le soldat apprend à localiser l’IED, le marquer et passer le relais aux démineurs. Le secourisme de combat, comme la pose d’un garrot par exemple, est  enseigné aux soldats et aussi aux médecins militaires qui seront déployés sur le front. Ces deux domaines correspondent aux besoins prioritaires de la DAA 6, car adaptés aux modes de combat des troupes de Daech. En outre, le DIO a organisé 17 stages d’une à deux semaines, à raison d’un tous les 10-15 jours, pour instruire 150 formateurs irakiens. En un an, ceux-ci seront en mesure de former la totalité de l’effectif de la DAA 6. Enfin, indique le colonel, cette assistance s’inscrit dans un dialogue permanent entre le DIO et la DAA 6 : constat et identification des problèmes ; analyse des causes externes et internes ; recherche de solutions faisables, acceptables et compatibles ;  applications en situation opérationnelle. L’analyse des résultats détermine si une solution fonctionne, est améliorable ou doit être abandonnée.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

Afghanistan : laboratoire européen contre IED

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins




11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

La croix de Guerre, créée il y a un siècle, a été à l’honneur lors de la cérémonie commémorative de l’anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, le 11 novembre 2015 à Paris. A cette occasion, un petit film, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, a été projeté sur de grands écrans de chaque côté de l’Arc de Triomphe. De son côté, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, fondée en 1919 et reconnue d’utilité publique depuis 1963, a publié une plaquette intitulée « Symboles du Brave », recueil de mémoire et de témoignages. Sa revue de mars 2015 (téléchargeable) retrace l’origine historique des décorations. Le 28 janvier 1915, le député et lieutenant-colonel Driant, rapporteur de la commission de l’armée, plaide pour la création d’une décoration particulière pour honorer des actes individuels de courage sur le champ de bataille et qui exclut la faveur et l’ancienneté. Ce sera la « croix de Guerre ». La loi l’instituant a été promulguée le 8 avril 1915 : Article unique – Il est créé une croix, dite « croix de Guerre », destinée à commémorer depuis le début de la guerre 1914-1915 les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre des armées de Terre et de Mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments. Jusqu’à la cessation de la dite guerre, cette croix sera attribuée dans les mêmes conditions que ci-dessus, dans les corps participant à des actions de guerre en dehors du théâtre principal des opérations. Un décret réglera l’application de la présente loi. La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés sera exécutée comme loi de l’État ». Cette loi sera aussi appliquée aux communes de la ligne de front, qui ont subi de graves souffrances et dégâts pendant plusieurs années. De 1915 à 1919, la première croix de Guerre a été décernée à plus de 1,2 million de combattants des armées françaises et alliées et environ 400 régiments et 200 autres unités de l’armée de Terre, 30 bâtiments et unités de la Marine nationale, 70 escadrilles de l’armée de l’Air, et 2.951 villes et communes de 18 départements français. La croix de Guerre 1939-1945 a été attribuée à 161 unités militaires et 1.585 communes de 86 départements. Parmi ces dernières, 209 étaient déjà titulaires de la croix de Guerre 1914-1918. Par ailleurs, il est apparu nécessaire de récompenser également les combattants qui se sont illustrés par des faits d’armes directement liés à une expédition militaire postérieure au premier conflit mondial. Cette « croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs » (TOE, photo) sera instituée par la loi du 30 avril 1921, modifiée par le décret du 7 mai 2012. Elle a été décernée lors des expéditions militaires au Levant (1920), au Maroc (1925-1926), à Madagascar (1942), en Indochine (1946-1954), en Corée (1950-1953) et dans le golfe Arabo-Persique (1990-1991). Après le second conflit mondial, les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc) ne sont pas considérées comme des guerres ou expéditions militaires. Un décret du 11 avril 1956 crée alors une « médaille de la Valeur militaire», devenue « croix de la Valeur militaire » et équivalente à la croix de Guerre des TOE. Attribuée ensuite pour diverses opérations extérieures, elle a déjà été décernée à environ 120.000 personnes et unités combattantes. Enfin, le décret du 21 avril 1982 institue une « médaille de la Défense nationale » (MDN) pour « services particulièrement honorables ». Depuis 2004, la MDN d’or avec « citation sans croix » récompense une « action comportant un risque aggravé ».

Loïc Salmon

 




Marine nationale : sécuriser les espaces maritimes, mais aussi les protéger

La Marine intervient lors des catastrophes naturelles ou industrielles liées à la mer, qu’elle analyse en permanence pour en préserver les ressources. Elle a déjà intégré l’écologie à la vie de ses bâtiments, de leur conception à leur démolition. Tout cela est expliqué dans une plaquette rendue publique, le 15 octobre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense. Chaque jour, la Marine déploie en mer 500 marins, 35 navires, 5 aéronefs et 1 sous-marin, chargés de surveiller 11 Mkm2 de zones économiques exclusives et de protéger 1,7 Mkm2 d’aires marines. Elle recueille et exploite des données hydro-météo-océanographiques, destinées à l’observation du climat et des impacts du réchauffement. Acteur central de la connaissance du milieu marin, le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) met en œuvre 5 navires et 7 vedettes hydrographiques. Ces derniers effectuent environ 80 levés hydrographiques et campagnes océanographiques pour mesurer en temps réel les hauteurs d’eau sur 45 sites dans le monde entier. Le SHOM produit chaque année 341 cartes électroniques de navigation, 900 cartes format papier et 64 ouvrages d’informations nautiques. Dans le cadre de l’action de l’État en mer, la Marine a secouru ou porté assistance à 678 personnes en 2014. Dans le même temps et pour la préservation des ressources halieutiques, elle a contrôlé 1.756 bateaux de pêche, dressé 1.789 procès verbaux et dérouté ou accompagné 59 bateaux contrevenants. La protection de l’environnement fait partie des missions régaliennes et permanentes de la Marine. A cet effet, elle dispose du Centre d’expertises pratiques de lutte anti-pollution de Brest et de navires dédiés à cette mission en métropole et outre-mer. En 2014, la lutte contre les pollutions marines a donné lieu à 45 infractions et 18 détections de pollution. Le dispositif d’alerte permanent a permis de porter assistance à 23 navires marchands, dont 5 ont été remorqués. En outre, la gestion des déchets, la limitation des rejets, la diminution des gaspillages énergétiques  et la réduction d’énergie fossile sont prises en compte dès la conception des nouveaux navires, dont 15 sont déjà labellisés « passeport propre ». Tous les bâtiments retirés du service sont dépollués et « déconstruits », avec recyclage de l’acier. Chaque année, des opérations « rade propre » sont organisées dans les bases et sur le littoral de Toulon, Brest et Cherbourg, avec signature de « contrats de base » avec les collectivités locales. Par ailleurs, au sein de l’École Navale, un institut de recherche contribue au développement des énergies renouvelables en participant à la conception du navire propre et du port du futur intégré dans son environnement. Cette compétence, reconnue, est entretenue en permanence. Enfin, les marins sont sensibilisés et formés aux enjeux et savoir-faire du développement durable, tout au long de leur carrière.

Loïc Salmon

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Marine : des capacités à la hauteur des enjeux stratégiques