Défense : l’AID à Viva Technology, salon des startups

Le ministère des Armées participe au salon mondial Viva Technology (Paris, 16-18 mai 2019), en vue de détecter les innovations civiles à potentiel militaire dans la robotique, l’intelligence artificielle ou la gestion des « Big Data ».

Florence Pavie, chef de la division valorisation de l’Agence Innovation Défense (AID), l’a expliqué à la presse, le 9 mai 2019 à Paris. Viva Technology accueille 5.000 startups et attend 100.000 visiteurs de 125 pays.

Le fantassin du futur. Les unités de combattants en mission ont besoin d’une meilleure ergonomie, d’une protection renforcée, d’une connectivité à l’aide de capteurs et d’une robotique intégrée. La réalité augmentée facilite la tâche des forces spéciales, des unités d’intervention anti-terroristes et des équipes d’élimination d’engins explosifs par : l’utilisation de technologies pour le système de lutte anti-mines marines en remplacement du GPS ; le module collaboratif des casques ; de nouveaux modes de représentation de la situation tactique en opération. En outre, le système « Vigifélin » de maintenance numérisée du parc « Félin » (fantassin à équipement et liaisons intégrés) suit les flux logistiques en temps quasi-réel, connaît l’état du stock industriel et gère le maintien en condition opérationnelle.

Les véhicules. L’acquisition automatique de cibles par imagerie, à bord d’un engin blindé, repose sur l’intelligence artificielle et trouve des applications dans : la protection d’un périmètre par une veille continue ; le poste de tir de missiles terrestres à moyenne portée pour l’aide à l’accrochage ; l’autoguidage des missiles sur une cible terrestre ; la détection de cibles aériennes, du drone à l’avion. Destiné aux opérations extérieures et à la protection de frontières ou de sites sensibles, le robot « Stamina » embarque une caméra et une base de données d’images définissant les points de passage sur un itinéraire. Piloté via la navigation par satellite, il assure la surveillance ou la reconnaissance du terrain ou d’un port de charge. Le robot d’assistance technique télé-opéré TC800 repère un terrain en toute discrétion, réalise des opérations d’appui aux unités du génie, retire des mines et installe des contre-mesures. Transportable sur véhicule utilitaire ou aérotransportable, il est mis en œuvre en moins de 10 secondes par un opérateur formé en moins d’une heure. Le robot mule polyvalent « Barakuda » apporte une assistance dans les relevés d’informations sur le terrain et dans le transport d’équipements ou de blessés. Avec ses capacités d’emport (1 t) et de traction (2 t à 15 km/h), il dispose d’une autonomie de 8 heures avec une portée de 500 m en extérieur. Le système de camouflage « Caméléon » adapte automatiquement la signature visuelle et infrarouge d’un véhicule terrestre à son environnement et en améliore la furtivité dynamique. A terme, il permettra une invisibilité du véhicule et la confection d’une tenue pour le soldat. Les systèmes « Icar » et « Dédal » de numérisation du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres visent à automatiser la chaîne technique et à fiabiliser le recueil des données.

Le renseignement et le spatial. Destiné au renseignement en milieu hostile et à la surveillance des forces en opération, le « Deep Learning », outil de traitement de l’information, fournit au combattant une aide à la prise de décision en position de sécurité. Sa capacité de classification des événements les analyse en temps réel. Enfin, le système « Géotac » permet de prédire les positions adverses à partir de données de ressources, de géographie et de logistique.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique




Marine nationale : cyberdéfense, domaine en perpétuelle évolution

Toute unité navale doit maîtriser l’environnement numérique du soutien technique et de l’administration dans une démarche globale de cybersécurité et de performance opérationnelle.

Le capitaine de vaisseau Jérôme Aubusseau, adjoint du contre-amiral coordinateur de la cybersécurité (Alcyber), l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 17 avril 2019 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Contexte spécifique. La Marine emploie 42.000 personnels, dont 9.800 pour la Force d’action navale, 3.200 pour les forces sous-marines et la Force océanique stratégique, 4.100 pour l’Aviation navale, 2.700 pour la Force maritime des fusiliers marins et commandos et 1.200 pour le Commandement de la gendarmerie maritime. Quoiqu’interconnectés, ces moyens divers doivent pouvoir aussi agir en autonomie. Par exemple, une frégate multi-missions, véritable système de systèmes, totalise : 2.000 applications ; 400 automates ; 4 niveaux de confidentialité ; 300 calculateurs ; 350 km de câbles ; 150 équipements en réseau ; 35 millions de lignes de code pour les systèmes de gestion de contenu (CMS) et 2 millions de messages SMS. La complexité des opérations interarmées nécessite des échanges croissants, facilités par les satellites et la fusion des réseaux des armées. Des moyens duaux civils/militaires assurent la maturité technologique, réduisent les coûts et améliorent les performances, mais présentent des vulnérabilités et des faiblesses dues aux composants embarqués et rendent la cohérence globale difficile. Les cyberattaques sont diverses : altération des systèmes de navigation ; interception des communications avec atteinte à la confidentialité ; saturation des réseaux de communication ; corruption des données provenant des senseurs ; corruption de données de situation acquises ; tir involontaire de missile ; indisponibilité des producteurs d’énergie ; prise de contrôle à distance des systèmes moteurs et propulsion.

Faire face. Quoiqu’impossible à empêcher, une cyberattaque peut être détectée et interrompue par des mesures de résilience, dont l’organisation relève d’Alcyber. Il faut cloisonner les bureaux, maîtriser les flux d’information, former à terre tout l’équipage d’une unité navale et l’entraîner à bord. L’intelligence artificielle permet de traiter les masses de données à faible valeur ajoutée de la cybersurveillance. L’analyse des risques d’un navire à la mer, variables selon la mission, se partage avec le référent cyber de chaque industriel. Il s’agit de trouver un compromis entre le partage du secret industriel et celui du secret opérationnel pour une meilleure efficacité. Les CMS sont sécurisés par « durcissement » au strict nécessaire. Les informaticiens travaillent dans le temps court (5 ans), mais les industriels dans le temps long (15 ans). En conséquence, l’homologation des équipements se fait en parallèle avec la construction des navires et aéronefs. En matière de ressources humaines, il s’agit de recruter et fidéliser aux niveaux technicien supérieur, ingénieur et docteur. Dans le cadre de la lutte informatique défensive, des centres opérationnels de sécurité effectuent régulièrement des audits et des contrôles des systèmes d’information. Dans la lutte informatique offensive contre des menaces étatiques, des « Red Teams » agissent en permanence comme des attaquants. La finalité de la cybersécurité restant le combat, il faut donc que le coup parte quand même !

Loïc Salmon

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveaux

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner




Armée de Terre : « Scorpion », le combat collaboratif infovalorisé

Avec le début du programme « Scorpion » en 2019, les forces terrestres préparent la supériorité opérationnelle sur l’adversaire par le partage immédiat de l’information et l’accélération de l’action au combat.

Un point de situation a été présenté à la presse, le 11 avril 2019 à Paris, par trois colonels : le chef de bureau « capacités Mêlée-Inter domaines Scorpion » du Commandement des forces terrestres ; l’officier de programme Scorpion à l’état-major de l’armée de Terre ; le commandant de la Force d‘expertise du combat Scorpion (FECS).

Equipements et infrastructures. Le programme d’armement Scorpion comprend : le véhicule blindé multi-rôles Griffon (24,5 t) ; l’engin blindé de reconnaissance et de combat Jaguar (25 t) ; le véhicule blindé multi-rôles léger Serval (17 t) ; le char Leclerc rénové (55 t) ; le système d’information du combat Scorpion (SICS) pour tous les niveaux du groupement tactique interarmes (GTIA), livré en 2019 ; le poste de « radio logicielle » Contact (communications numériques tactiques et de théâtre) de nouvelle génération à haut débit et sécurisé, livré dès 2020 ; le système de préparation opérationnelle. La « vétronique », à savoir l’électronique embarquée sur les véhicules Scorpion, transforme les informations captées (bruit et départ de missile) en informations de combat partagées entre tous les véhicules. D’ici à 2025, seront livrés : 936 Griffon sur une série cible de 1.872 ; 150 Jaguar (300) ; 489 Serval (978) ; 122 chars Leclerc rénovés (200). En matière d’infrastructures, l’Ecole du matériel de Bourges a déjà reçu des bâtiments logistiques en 2018. D’autres sont en construction au 3ème Régiment d’infanterie de marine de Vannes et au 13ème Bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, lesquels recevront les premiers Griffon. Conclu en 2018 avec la Belgique, le partenariat stratégique « Camo » (capacité motorisée) prévoit la vente de 382 Griffon, de 60 Jaguar et du SICS à l’armée belge. Son volet opérationnel inclut des entraînements, de la formation et le maintien en condition opérationnel des matériels. Le programme Scorpion sera bientôt interopérable avec le système « Strike », dont se dote l’armée britannique.

Formation et expertise. Toute en conduisant ses opérations extérieures (« Chammal » et « Barkhane ») et intérieure (« Sentinelle »), l’armée de Terre assure une formation décentralisée de ses personnels, pour raccourcir le temps de mixité entre équipements d’ancienne et de nouvelle générations. Des « primo-formateurs » sont formés dans différents centres ou écoles pour des sessions de 2,5 jours pour 15 personnels (8 instructeurs et 7 moniteurs-pilotes). Ensuite, ils vont assurer les formations individuelles dans leurs propres unités et régiments, qui seront suivies d’entraînements collectifs en centres spécialisés (photo). Il faut 2,5 ans pour former un régiment. Le Laboratoire du combat Scorpion expérimente, par des exercices, la doctrine Scorpion jusqu’à sa validation sur le terrain par les troupes combattantes. Il analyse aussi l’apport des technologies civiles ou de l’industrie de défense : intelligence artificielle, réalité augmentée, robotique, munitions intelligentes ou armes laser. Depuis l’été 2018, la trentaine d’experts du combat collaboratif infovalorisé de la FECS conduisent des exercices d’évaluation technico-opérationnelle et tactique pour mesurer la performance de toutes les composantes du futur GTIA Scorpion. Enfin, des rendez-vous sont prévus tous les trois ans pour l’intégration de nouvelles technologies, avec le concours de l’Agence innovation défense.

Loïc Salmon

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Défense : coopérations et BITD en Europe du Nord

Norvège, Suède, Finlande et Danemark considèrent l’OTAN comme leur principal partenaire de défense et disposent de bases industrielles et technologiques de défense (BITD).

Marin Lundmark, professeur associé à l’Université suédoise de défense, l’a expliqué lors d’un colloque organisé, le 10 avril 2019 à Paris, par la Fondation pour la recherche stratégique.

Menace en Baltique. Les interventions de la Russie en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014 ont conduit les pays nordiques à réévaluer sa menace en mer Baltique. Leur coopération mutuelle s’accroît par des exercices militaires, une meilleure interopérabilité et une intégration opérationnelle transfrontalière. Norvège, Suède, Finlande et Danemark participent à Nordefco, programme de collaboration en matière de défense, dont la fabrication de munitions et de tenues de combat. Des groupes de travail s’impliquent dans la logistique, la sécurité des approvisionnements et l’élaboration de normes communes pour le partage d’informations et de données. En mer Baltique, la coopération opérationnelle repose sur des accords bilatéraux et des collaborations régionales selon les conditions de l’OTAN. Quoique non membres de l’Alliance atlantique, la Finlande et la Suède en sont très proches. Les relations avec l’Allemagne et la Pologne restent peu développées. La participation à l’Europe de la défense reste limitée en matière de préparation opérationnelle et de capacités militaires. Le Danemark ne se manifeste guère au sein de l’Agence européenne de défense. Pologne, Estonie, Lettonie et Lituanie, ex-membres du pacte de Varsovie, préfèrent l’OTAN et se préparent à porter leur budget de défense à 2 % de leur produit national brut, objectif fixé par l’Alliance atlantique.

BITD croisées. Les quatre pays nordiques développent leurs capacités militaires et sécurisent leurs productions locales d’armements, qui leur permettent d’exporter des matériels d’armement, mais ils en importent aussi. Sur la période 2009-2018, la Suède se trouve en tête avec un ratio exportations/importations de 4,86, dont 3,62 Md$ à l’export et 745 M$ à l’import. Arrivent ensuite : la Norvège, 0,55, 1,52 Mds$ et 2,75 Mds$ ; la Finlande, 0,45, 625 M$ et 1,38 Md$ ; le Danemark, 0,29, 209 M$ et 722 M$. La BITD suédoise compte quatre entreprises : Saab, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 3,09 Md$, dont 84 % dans la défense, et emploie 16.400 personnes ; BAE Systems Hägglunds, 400M$ (90 %) et 700 personnes ; BAE Systems Bofors, 160 M$ (100 %) et 300 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Finlande, 60 M$ (% non divulgué) et 200 personnes. La BITD norvégienne compte deux entreprises : Kongsberg, 771 M$ (44 %) et 6.800 personnes ; Nammo, 432 $ (80 %) et 300 personnes. la BITD finlandaise compte deux compagnies : Patria, 486 Md$ (92 %) et 90 personnes ; Eurenco, co-entreprise avec la Suède. L’influence et le contrôle de l’Etat se font sentir sur les BITD du Danemark, de la Finlande et de la Norvège mais guère sur celle de la Suède. Ainsi, l’Etat norvégien possède 63,2 % de Kongsberg et l’Etat finlandais 49,9 % de Patria. Kongsberg, actionnaire à 50,1 % de Patria, est propriétaire de Nammo qui exploite des usines en Norvège, Finlande et Suède. Le groupe britannique BAE Systems a racheté les sociétés suédoises Hägglunds et Bofors. Le groupe national français Nexter contrôle Eurenco, également filiale de Saab et Patria et qui dispose d’installations en Suède et en Finlande.

Loïc Salmon

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Baltique : Suède et Finlande, de la neutralité à l’engagement

Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense




La paix : ceux qui la font

Comment bâtir ou reconstruire la paix et anticiper les facteurs de crises ? Tel est le thème de la deuxième édition du « Forum Normandie pour la paix », qui se tiendra à Caen les 4 et 5 juin 2019, veille du 75ème anniversaire du « Jour J » du débarquement allié en Normandie.

Le Forum a été présenté à la presse, le 2 avril 2019 à Paris, notamment par : Hervé Morin, président de la Région Normandie et de l’Association des Régions de France ; Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002 (photo) ; Bertrand Badie, ancien professeur à l’institut des études politiques de Paris et spécialiste des relations internationales.

« Les faiseurs de paix ». Il s’agit de distinguer la mécanique de sortie de la logique de guerre, explique Hubert Védrine. Environ 90 % des discours portant sur la prévention de la guerre reposent sur le critère moral et l’analyse des mécanismes ayant conduit à plusieurs génocides. Il vaudrait mieux substituer une dynamique de paix à la logique de guerre. Pour Bertrand Badie, la paix ne consiste plus à obtenir l’état de non-guerre par un équilibre des puissances, mais à étudier comment satisfaire les besoins humains fondamentaux de sécurités alimentaire, sanitaire et environnementale. L’ONU dispose de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), du PAM (Programme alimentaire mondial) et de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Premiers « faiseurs de paix », les diplomates doivent agir dans un cadre multilatéral. Les organisations humanitaires non gouvernementales jouent un rôle de plus en plus important. Outre les Etats, les villes et les régions peuvent également intervenir dans la construction de la paix. De son côté, Hervé Morin souligne la valeur précieuse mais aussi la fragilité de la paix et de la sécurité. Le Forum Normandie pour la paix 2019 doit rassembler 50 nationalités, 70 think tanks et une trentaine de personnalités. Parmi celles-ci, figurent cinq prix Nobel : Mohammed El-Baradei (2005), Egypte ; Leymath Gbowee (2011), Liberia ; José Manuel Ramos-Horta (1996), Timor oriental ; Denis Mukwege (2018), République démocratique du Congo ; Judy Williams (1997), Etats-Unis. La jeunesse se trouve à l’honneur par la remise du « Prix Liberté », attribué à la lycéenne suédoise Greta Thunberg (16 ans) pour son engagement contre l’inaction des chefs d’Etat et de gouvernement et du manque de prise de conscience sur l’urgence climatique. Elle a été désignée à l’issue d’un vote en ligne de jeunes de 15 à 25 ans, ouvert du 1er au 31 mars 2019. Le prix, d’un montant de 25.000 € lui sera remis le 5 juin 2019 à l’Abbaye aux Dames à Caen.

S’inscrire dans la durée. Le programme du Forum inclut, notamment, trois grandes conférences, qui accueilleront 1.000 participants chacune : « Humaniser la paix, quels acteurs ? ; « Les chemins de la paix : erreurs et succès » ; « Bâtir une paix durable ». D’autres conférences portent notamment sur la diplomatie économique et l’appel aux médias pour lutter contre les « fake news » (informations tronquées prêtant à confusion). Un « Manifeste Normandie pour la paix », rédigé par quatre prix Nobel, sera présenté à la signature des participants. Ce manifeste s’inspire du Manifeste Russel-Einstein, rendu public en pleine guerre froide en 1955. Ce dernier avait souligné les dangers créés par les armes nucléaires et avait appelé les dirigeants du monde à rechercher des solutions pacifiques aux conflits internationaux.

Loïc Salmon

Renseignements : normandie.fr.normandiepourlapaix.fr

La guerre : phénomène social et politique

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Les ONG : gestion civile des crises dans la durée




Europe : nécessité d’un débat politique sur la défense

Alors que la Russie et les Etats-Unis planifient leurs moyens de défense en convergence avec leurs intérêts stratégiques, l’Union européenne (UE) se trouve fragilisée de l’intérieur et reste vulnérable à l’extérieur, faute de doctrine commune de défense.

Ce thème a été traité par Louis Gautier, ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (2014-2018), au cours d’une conférence-débat organisée le 13 mars 2019 à Paris par l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Qui tient qui ? La Russie s’est rétablie avec agressivité et désavoue les principes des accords d’Helsinki (1975), portant sur la sécurité et la coopération en Europe et signés par 35 Etats, dont l’Union soviétique et les Etats-Unis. Elle recourt à l’intimidation ou à la provocation et non à l’invasion, comme en Géorgie, en Ossétie du Sud ou au Dombass. En outre, elle s’est mise à l’écart du droit international par l’annexion de la Crimée. Autrefois, cette question aurait été réglée dans la discrétion diplomatique mais, aujourd’hui, le monde est devenu transparent. De retour sur le pourtour méditerranéen par son intervention en Syrie, la Russie y démontre son savoir-faire, sa technologie et sa diplomatie. Les Etats-Unis avaient fait de même lors de la guerre du Golfe (1991). Par ailleurs, les domaines cyber et spatial, qui permettent à la société de fonctionner, prennent, en cas de conflit, une dimension militaire qui évite un bombardement comme au Kosovo (1998-1999). Une cyberattaque russe en Ukraine s’est répercutée sur l’entreprise française Saint-Gobain, qui a perdu 250 M$ de chiffre d’affaires. Malgré quelques vulnérabilités, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne peuvent « durcir » efficacement leurs systèmes informatiques, contrairement aux autres pays de l’UE. Celle-ci ne prend pas conscience du danger, estime Louis Gautier, et s’en remet à l’OTAN en cas d’agression armée. Or, la stratégie russe ne recherche pas le conflit ouvert. Leur suspension des traités sur les Forces conventionnelles en Europe, les Forces nucléaires à portée intermédiaire et « Ciel ouvert » (surveillance des territoires des Etats signataires pour limiter la course aux armements) donnent carte libre à la Russie en Europe et aux Etats-Unis en Asie. Lors des opérations dans les Balkans (1998-2000) et en Libye (2011), ces derniers ont déclaré qu’ils ne s’engageraient pas à n’importe quel prix aux côtés de l’UE, en cas de crise cyber majeure ou de conflit armé à ses frontières.

Que faire ? L’UE dispose de 1,5 million de soldats et d’un budget de défense d’environ 240 Md€, supérieur à ceux de la Chine et de la Russie. La nécessité s’impose de redonner de la cohésion aux projets sur le volet capacitaire et la stratégie globale, faute de doctrine officielle sur l’évaluation de la menace, les missions et le contrôle opérationnel des moyens. L’OTAN assurant la défense collective, les missions « dures » relèvent de coalitions ou d’une nation cadre, comme pour les opérations de maintien de la paix ou l’évacuation de ressortissants en Chine et en Corée en cas de tension dans la péninsule coréenne. La cohérence dans le continuum défense sécurité (cyber et spatial inclus) implique des capacités civiles, militaires et civilo-militaires. Elle nécessite aussi de constituer une base industrielle et technologique de défense européenne, pour éviter le déclassement dans la compétition internationale. Ainsi, le crédit communautaire de 4 Mds€ pour la défense permettra d’investir dans la furtivité, l’hypervélocité et les nanotechnologies et soulagera les budgets nationaux.

Loïc Salmon

Proche-Orient : retour en force de la Russie dans la région

Cyber : instrument de la puissance russe en Baltique

Europe : la dimension militaire, une question de survie




Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité

L’innovation technologique doit pouvoir donner l’agilité tactique qui surprendra l’adversaire. Elle doit donc « coller » aux besoins des opérations spéciales et se décliner au niveau du combattant.

Le vice-amiral Laurent Isnard, commandant des opérations spéciales, l’a expliqué à la presse, le 21 mars 2019, à l’occasion du salon international des forces spéciales au camp de Souge (Gironde) du 2 au 4 avril 2019.

Aide à la réactivité. L’innovation en matière de renseignement ou de communication donne un temps d’avance dans les déplacements et laisse le choix de la neutralisation de l’adversaire selon la mission. La commission de recherche du Commandement des opérations spéciales profite du retour d’expérience pour planifier à moyen terme, effectuer des achats « sur étagères » et mener des études sur les nouveaux équipements et armements. Elle finance 60 projets par an et s’intéresse aussi aux technologies « duales » venant du monde civil, dont le cryptage. Elle échange des informations avec l’Agence innovation défense sur les technologies dites de « rupture » présentant une utilité opérationnelle. Un dialogue approfondi se poursuit entre les opérateurs des FS, les « start-ups » innovantes et les bureaux recherche et développement des grands groupes industriels. Selon l’amiral, les terroristes font de moins en moins d’erreurs et ne sont pas astreints au respect de normes, contrairement aux forces spéciales (FS) qui doivent pouvoir détecter leurs failles. Cela nécessite une collecte considérable de données et un logiciel performant qui les exploite pour trouver la « bonne » information. Les FS s’intéressent aux logiciels de communication, de navigation et d’aide à la vision. Ainsi, le tireur d’élite dispose de jumelles connectées à un logiciel adapté, qui utilise des informations d’origine spatiale pour suivre sa cible avant de « l’engager ». Un autre logiciel intégré facilitera le tir de nuit. Il existe déjà des munitions « sur mesure » correspondant à une mission particulière. La caméra thermique permet de voir des gens par tous les temps, surtout mauvais, pour agir plus discrètement. Toutefois une trop grande diffusion de chaleur en réduit l’efficacité. A l’occasion d’un séminaire annuel, les forces conventionnelles bénéficient du retour d’expérience des équipements développés pour les FS. Ainsi, les drones du commando Kieffer (marine) ont surveillé l’évolution de la pollution causée par le naufrage du navire de commerce italien Grande-America dans le golfe de Gascogne le 12 mars 2019. Outre l’observation, les drones peuvent servir de relais de communications pour constituer une « bulle » sur zone. Les priorités des FS portent sur la lutte contre le froid, les moyens de voir plus loin et plus rapidement, la guerre électronique et le cyber pour comprendre l’environnement.

« Sofins ». L’édition 2019 du « Special operation forces innovation network seminar » (Sofins) accueille 250 exposants, 50 délégations étrangères et 4.000 visiteurs, dont les membres des commissions parlementaires de la défense qui suivent l’exécution de la loi de programmation militaire 2019-2025. Sofins inclut une journée sur les technologies et innovations au profit des FS et une autre sur la place de l’humain dans un environnement innovant. Il donne l’occasion aux FS françaises et étrangères d’examiner ce qui a bien fonctionné lors des opérations, en vue d’une mise en commun des méthodes. Quant aux nouveaux matériels, l’intérêt porte sur les appareils de vision nocturne, la protection, la balistique et les équipements d’hélicoptère.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre

Tigre 2 : exercice franco-saoudien d’opérations spéciales




Armée de l’Air : CDAOA, permanence et réactivité

Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA) participe aux opérations extérieures et assure la protection de l’espace aérien du territoire national, le renseignement d’intérêt Air, la surveillance de l’espace et la préparation opérationnelle.

Ses missions ont été présentées à la presse, le 14 mars 2019 à Paris, par son commandant en second, le général de division aérienne Vincent Cousin.

Sûreté aérienne. Le CDAOA apporte un soutien à la police du ciel, du ressort de l’Autorité de défense aérienne qui en réfère au Premier ministre. Des accords étatiques bilatéraux réglementent tous les vols, mais chaque Etat assure la surveillance de son espace aérien selon sa doctrine propre. Le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris gère la coordination des moyens des armées de l’Air et de Terre et de la Marine nationale. Un avion d’alerte avancée AWACS et des moyens en vol peuvent être détournés de leurs missions selon l’évaluation de la menace, caractérisée par un comportement hostile et un seuil de portée politique. Ainsi, les avions de surveillance stratégique russes apparaissent de façon récurrente en réaction à des exercices OTAN, par volonté de démonstration de force ou pour tester les dispositifs de défense aérienne des pays concernés, dont la réaction s’effectue toujours dans le cadre de l’OTAN. Si détectés à la limite de l’espace aérien britannique, leur long rayon d’action leur permet d’aller jusqu’au golfe de Gascogne. L’absence de connaissance précise de leurs trajectoires dans l’espace aérien international implique, en cas de risque trop proche, la mise en alerte de l’AWACS et d’avions ravitailleurs pour assurer une autonomie aux avions de chasse, qui vont les suivre. Ces avions russes, qui n’affichent leurs codes d’identification qu’en cas de mauvaises conditions météorologiques ou de densité du trafic aérien, font demi-tour, mais jamais au même endroit. En 2018, la sûreté aérienne a détecté 298 situations anomales, très souvent accidentelles, et a réalisé 277 missions de surveillance de sites sensibles. En outre, elle a nécessité 630 décollages d’avions de chasse (88 sur alerte) et 429 décollages d’hélicoptères (61 sur alerte).

Lutte anti-drones. En cohérence avec la chaîne de défense aérienne, le Centre national des opérations aériennes de Lyon-Mont-Verdun synthétise les informations sur les vols des drones et met en œuvre les dispositifs de protection des sites sensibles. En 2019, les armées vont recevoir des systèmes MILAD (moyen interarmées de lutte anti-drone) pour détecter, caractériser et neutraliser les mini-drones en métropole et en opération extérieure (Opex). Chaque jour, la France fait l’objet de 12.000 survols, trafic qui devrait doubler d’ici à 2035 avec, notamment, l’arrivée probable de grands drones de transport de fret et de passagers, indique le général Cousin. Il s’agit, dans le cadre de la mission « connaissance et anticipation », de trouver la parade à cette technologie très évolutive.

Bilan 2018. Le CDAOA a procédé à 91 ouvertures de terrains militaires pour la biomédecine, mobilisé 10 aviateurs par semaine pour la lutte contre les feux de forêt et assuré le sauvetage de 30 personnes. En Opex, il a surveillé 6.000 zones d’intérêt militaire, nécessitant 2.700 missions pour l’opération « Barkhane » (Sahel) et 520 pour « Chammal » (Levant). S’y ajoutent 750 heures de vol de « réassurance » dans le cadre de l’OTAN, depuis des bases en Estonie et Pologne. La surveillance de l’espace a traité 60 risques de collision.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : « Pégase 2018 », projection lointaine dans le Pacifique

Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Armée de l’Air : anticipation, audace et créativité




Défense : le « plan mixité » pour la performance opérationnelle

Donner envie aux femmes de rejoindre les armées, fidéliser celles qui y sont et lever les appréhensions des candidates potentielles par une meilleure image.

Tels sont les objectifs du « plan mixité », présenté à la presse, le 7 mars 2019 à Paris, par la ministre des Armées, Florence Parly, accompagnée de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, du vice-amiral d’escadre Stanislas Goulez de la Motte, major général de la Marine nationale et du général de corps aérien Alain Ferran, directeur des ressources humaines de l’armée de l’Air (photo).

L’égalité. Il ne s’agit pas d’un plan de la féminisation des armées, souligne Florence Parly. : « Il n’y aura pas de discrimination positive, il n’y aura pas de passe-droit. La sécurité des Français est en effet notre priorité absolue, l’outil militaire, c’est notre assurance-vie. (…) Chaque poste sera donc attribué au regard des compétences et des mérites. » Dans la société civile, explique-t-elle, la réussite professionnelle d’une femme dépend de la bienveillance de son supérieur… et de son compagnon. Dans les armées, le taux « d’évaporation » des effectifs est plus rapide chez les femmes, en raison de la difficile conciliation entre les vies professionnelle et familiale. Par ailleurs, les femmes peuvent désormais accéder à toutes les spécialités militaires. En 2018, un équipage de quatre femmes a été validé sur un sous-marin lanceur d’engins. En outre, les futurs sous-marins d’attaque Barracuda sont aménagés pour l’accueil de femmes dans un espace plus confiné. Une adaptation des critères physiques généraux fait l’objet d’une réflexion. Toutefois, certaines situations de combat exigent les mêmes aptitudes physiques pour la sécurité du groupe, précise Florence Parly.

Le pragmatisme. Le plan mixité se décline en 22 mesures concrètes, dont 6 dites « phares ». La 1ère diversifie les profils dans les corps d’officiers, en élargissant le recrutement sous contrat et sur titre universitaire, au sein des grandes écoles militaires, à des profils non scientifiques. La 2ème assouplit la gestion pour l’accès aux grades et aux responsabilités afin de conserver les droits à l’avancement, lors d’un congé parental ou pour élever un enfant, dans la limite de cinq ans au cours de la carrière. La 3ème développe le « mentorat » pour tous, par des accompagnateurs hors hiérarchie, volontaires et expérimentés, pour les aider à construire leur carrière. La 4ème assouplit les conditions d’accès aux examens et concours, notamment à l’Ecole de guerre, pour les officiers sous contrat ou pour les candidats ayant acquis des compétences dans le civil lors d’une disponibilité. La 5ème généralise la mise en place de « référents mixité », qui assurent un rôle de prévention, conseil et appui au commandement. La 6ème renforce la féminisation du haut encadrement militaire, à savoir 10 % de femmes/an parmi les lauréats du concours de l’Ecole de guerre d’ici à 2025 et 10 % de femmes parmi les officiers généraux d’ici à 2022.

La féminisation en 2018. Les armées emploient 32.02 femmes militaires, soit 15,5 % des effectifs. Elles constituent 8 % des militaires déployés en opérations extérieures et 38 % des personnels civils. Elles représentent 15 % des officiers, 18 % des sous-officiers et 13 % des militaires du rang. L’armée de Terre emploie 10 % de femmes, la Marine 14 %, l’armée de l’Air 23 %, le Services des essences 30 % et le Service de santé 58 %, dont 40 % de médecins.

Loïc Salmon

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Chine : l’intelligence artificielle, priorité de sécurité nationale

La Chine compte sur les applications militaires de l’intelligence artificielle (IA) pour réduire ses dépenses de défense et contenir la supériorité des Etats-Unis en Asie-Pacifique.

Cette question est abordée dans une étude intitulée L’intelligence artificielle en Chine, un état des lieux, publiée en novembre 2018 par le « think tank » Fondation pour l’innovation politique.

Progrès spectaculaires. La Chine entend sécuriser son développement et se prémunir contre les aléas possibles dans la région Asie-Pacifique. En effet, les pays riverains ne cachent pas leur inquiétude devant sa montée en puissance. Quoique détentrice de l’arme nucléaire, elle souhaite se doter d’un outil de défense lui donnant un avantage décisif à un coût moins élevé. Ainsi, l’IA a déjà permis des avancées dans le domaine des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) avec la dernière version du Wing Loong II, construit par China Aviation Industry Corporation. Ce drone a déjà été commandé à 300 exemplaires par l’Arabie Saoudite. En outre, l’IA est utilisée pour développer des systèmes d’aide à la décision à bord des sous-marins nucléaires d’attaque et lanceurs d’engins, pour améliorer la capacité d’interprétation du commandement, soumis au stress du confinement. La construction d’un centre d’essais de navire sans pilote a commencé début 2018 à Zhuhai (Sud de la Chine), pour la planification des itinéraires, le repérage, l’accostage et l’appareillage. En matière de sécurité publique, l’IA est aussi utilisée dans la prévention des actes criminels et l’intervention de la police avant, par exemple, qu’un acte terroriste soit commis. A cet effet, la société CloudWalk, spécialisée dans la reconnaissance faciale, travaille en partenariat avec la police. Son algorithme compare les images recueillies avec celles stockées dans la base de données de la police. Après analyse de leurs comportements, il est possible d’identifier les risques que présentent des personnes suspectes. Informée, la police peut alors intervenir.

Rivalité sino-américaine. La concurrence entre la Chine et les Etats-Unis en matière d’IA s’est intensifiée en 2017, à la suite de trois documents officiels rendus publics par l’administration Obama entre octobre et décembre 2016. Le plan chinois de développement de la nouvelle génération d’IA, assez similaire, est considéré comme une réponse à la stratégie américaine, estime l’étude du « think tank ». Moins freinée que les Etats-Unis par les débats éthiques et tentatives de réglementation, la Chine devrait progresser rapidement dans les domaines de la sécurité nationale et des armes autonomes. Elle va investir environ 24 Mds$ dans la recherche et le développement des semi-conducteurs. En outre, elle attire davantage d’investissements pour soutenir son industrie de l’IA. En 2017, sur les 15,2 Mds$ investis à l’échelle mondiale dans les startups spécialisées, près de 50 % sont allés en Chine, contre 38 % aux Etats-Unis. Pourtant, souligne l’étude, le niveau général en matière d’IA est moins élevé en Chine qu’aux Etats-Unis. La Chine présente des retards concernant la théorie fondamentale, les algorithmes clés, les équipements, les puces spécialisées, les matériaux et les logiciels.  Ses instituts de recherche et ses entreprises n’ont constitué ni un écosystème numérique ni une chaîne industrielle exerçant une influence internationale. Elle manque encore d’experts et de spécialistes en IA. Il lui reste à développer une infrastructure et établir des lois, des réglementations et des normes dans ce domaine.

Loïc Salmon

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