Défense et sécurité : organiser la guerre et assurer la paix

Garant de l’adaptation, de la cohérence et de la continuité de l’action de l’État, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) doit en renforcer les réponses face aux risques et protéger la population.

Ces domaines régaliens ont fait l’objet d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du SGDSN. Y sont notamment intervenus : Louis Gautier, secrétaire général du SGDSN ; Nicolas Roussellier, Institut d’études politiques de Paris ; Jean-Claude Mallet, conseiller spécial du ministre de la Défense et ancien secrétaire général du SGDSN (1998-2004) ; le général d’armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’État-major des armées (2002-2006) ; Norbert Fargère, inspecteur général de l’armement.

Centre de convergences. Créé en 1906, en tant que Conseil supérieur de la défense nationale, le SGDSN prend sa forme définitive en 2009. A la confluence des diverses sources d’information et de renseignement, il repère toutes les menaces, explique Louis Gautier. Relevant directement du Premier ministre, il assure le secrétariat des conseils de défense et s’intercale entre les plans gouvernementaux, notamment Vigipirate, et l’arbitrage du président de la République. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), le Centre des transmissions gouvernementales et le Groupement interministériel de contrôle lui sont rattachés. Son effectif d’environ 900 personnes compte des militaires, des membres du corps préfectoral, des diplomates, des ingénieurs et des experts scientifiques de haut niveau, qui échangent leur expérience sur des objectifs partagés avec des partenaires internationaux. Pour garder une longueur d’avance dans les enjeux de sécurité, dont la menace cyber en évolution permanente, le SGDSN fait de la prospective (projection dans l’avenir). Le plus difficile, souligne Louis Gautier, consiste à concilier sécurité et liberté.

Perspective historique. L’histoire du SGDSN coïncide avec la transformation du pouvoir exécutif amorcée au début du XXème siècle, explique Nicolas Roussellier. Sous la IIIème République, le chef de l’État dépend uniquement du ministère des Affaires étrangères en matière de politique extérieure, car son équipe d’une dizaine de personnes ne compte aucun conseiller en relations internationales. Il en est de même pour le président du Conseil. Après la seconde guerre mondiale, le président de la République et le chef du gouvernement, équivalent du Premier ministre britannique, disposent de véritables experts qui rédigent des notes de synthèse, en vue d’orienter les décisions. Parallèlement à la concentration et la modernisation de l’administration civile et des armées, apparaissent les secrétariats généraux de la présidence de la République, de la présidence du Conseil et de la Défense nationale (SGDN), à savoir des états-majors d’experts qui interviennent directement. Ces organismes, similaires en Grande-Bretagne et en France, exercent l’autorité dans le monde civil et au sein de l’exécutif selon un modèle militaire, avec une répartition du travail et une planification. Dès 1935, le SGDN effectue un travail interministériel, notamment pour préparer les lois de programmation militaire et les ordonnances, qui se poursuivra jusqu’à l’avènement de la Vème République en 1958.

Évolution du concept. Le chef de bataillon Charles De Gaulle avait été affecté au SGDN de 1931 à 1936. Devenu chef de l’État en 1958, il rédige l’année suivante une ordonnance sur l’organisation de la défense nationale, qui stipule que le président de la République déclenche une opération militaire et que le Premier ministre assume la responsabilité de la défense nationale. Dans ce domaine, la « cohabitation » de 1997-2002 entre les deux têtes de l’Exécutif (Jacques Chirac et Lionel Jospin) a parfaitement fonctionné, souligne Jean-Claude Mallet, qui a dirigé le SGDN de 1998 à 2004. Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont provoqué en France une révision de tous les plans de sécurité. L’irruption du numérique a entraîné la création de l’ANSSI pour rattraper le retard en matière de cyberdéfense. En outre, s’est posée la question du pilotage de la politique du renseignement à relever du ministère de l’Intérieur, du SGDN ou du président de la République. Il a finalement été confié au Conseil national du renseignement en 2008. Cela a abouti à l’inclusion de la sécurité nationale dans le Livre blanc de la défense et à la transformation du code de la défense. Le Conseil de défense et de sécurité nationale prend en compte tous les risques qui affectent le pays, sur les plans interne et externe avec des postures militaires et non militaires. Cette tendance générale se manifeste également aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Perception militaire. Selon le général Bentégeat, le SGDN devient un rouage essentiel de l’État au milieu des années 1990. Lors de son affectation comme colonel, adjoint au chef d’état-major particulier du président de la République, il y constate des activités communes aux ministères des Affaires étrangères et de la Défense, à savoir études et analyses de la situation dans le monde. Mais pendant cette période de « cohabitation », le SGDN sert de trait d’union entre l’Élysée et Matignon pour préparer les conseils de défense et les conseils dits « restreints » au cœur des opérations. Tous les sujets sont abordés, y compris la remise à plat de la dissuasion nucléaire. Avec le recul, le général Bentégeat considère qu’il ne faut pas chercher à « lisser » le contenu du domaine d’action du SGDSN par souci d’efficacité, mais l’adapter à l’évolution de l’État, dont les ressources humaines et financières se restreignent. Le SGDSN d’aujourd’hui doit maintenir son autorité sur les ministères, rester un médiateur, sans se substituer aux responsabilités civiles et militaires, et éviter d’être dépassé par l’actualité brûlante : terrorisme, migrations et changement climatique. Principal responsable de la cohérence et de la continuité de l’action gouvernementale, le SGDSN doit s’adapter au changement, où l’équilibre entre le politique et le militaire dépend des circonstances : paix, guerre ou crise.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Géopolitique : le chaos d’aujourd’hui, dérive logique de la mondialisation

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

La menace chimique reste d’actualité, rappelle Norbert Fargère. Un rapport conjoint de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (25 août 2016) a établi l’emploi de l’arme chimique en 2014 et 2015 au Moyen-Orient, à deux reprises par le régime syrien et une fois par l’État islamique (Daech). Le protocole d’accord de 1925 sur l’interdiction de l’arme chimique n’a pas prévu de procédures de vérification. L’Allemagne et la Russie ont alors poursuivi des recherches sur les neurotoxiques et la Grande-bretagne sur la maladie du charbon. La Convention sur les armes chimiques, entrée en vigueur en 1997, prévoit l’interdiction de leurs fabrication, stockage et emploi. Depuis une vingtaines d’années, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives effectuent des recherches sur la détection, la protection et la décontamination. Depuis 2016, le SGDSN et le Service de santé des armées fabriquent des produits toxiques, en vue de la mise au point de contre-mesures.




DGA : la révolution numérique et industrielle de l’impression 3D

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.

Les applications de la fabrication additive (FA) ou impression tridimensionnelle (3D) de pièces complexes d’équipements “sensibles” font l’objet d’un schéma directeur national pour éviter une dépendance de pays étrangers.

Joël Rosenberg, responsable de l’innovation à la Direction générale de l’armement (DGA) en a présenté les enjeux au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 novembre 2016 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les avantages. La FA transforme un fichier numérique à 2 dimensions en un objet physique par assemblage, à températures élevées, de couches successives du même matériau : matières biologiques, polymères, céramique, bétons et métaux (aluminium, titane, nickel, cobalt ou magnésium). Elle permet de réaliser des pièces impossibles à fabriquer selon les procédés classiques et avec des caractéristiques mécaniques identiques. Ainsi, Airbus DS a conçu et fabriqué un support d’équipement en titane, une première mondiale, pour le satellite Atlantic Bird 7 mis en orbite en octobre 2011. La FA raccourcit les délais de la conception à la production. Un moteur d’avion se fabrique en 40 heures, contre plusieurs semaines auparavant. Plus écologique que l’usinage, elle remplace la machine-outil et réduit les pertes de matière : 4 % de copeaux pour une pièce d’aéronautique en titane contre 96 % précédemment. La FA est utilisée pour des prototypes, qu’il est possible de refaire dans toutes leurs phases autant de fois que nécessaire. L’Agence spatiale européenne passe aujourd’hui du concept au prototype du lanceur Ariane 6 en quelques semaines, contre 18 mois auparavant. La FA permet de relocaliser les lieux de production au plus près du client. Par exemple, différents monoblocs fabriqués en Chine sont assemblés au Japon pour un montage final de l’objet en Europe. La FA permet de s’affranchir de la main d’œuvre à basse qualification et de réduire le coût de la logistique. Mais, il reste à régler la question de la protection de la propriété industrielle (contrefaçon).

Recherche et développement. Il s’agit de former des personnels, dont la qualification évolue dans les domaines des nouveaux matériaux et du numérique. En effet, la chaîne numérique de la FA commence par la modélisation (scanners et bibliothèques 3D) et continue par la conversion en divers formats. La préparation nécessite des logiciels génériques industriels pour la visualisation, l’analyse, la réparation des défauts, l’édition et la modification éventuelle. Ensuite, des logiciels intégrés traitent la FA et procèdent à l’orientation du modèle, à la génération de supports, au “tranchage”, à la génération des parcours intérieurs et extérieurs de la tranche et enfin à la compensation des dérives de fabrication (hauteur et retrait). Pour la fabrication proprement dite, des systèmes FA assurent le pilotage des machines et le contrôle du processus selon les diverses méthodes (SLA, SLS, FDM, SLM, Strato, imprimante 3D etc). En outre, le savoir-faire ou secret industriel repose sur la maîtrise de la bonne santé de la matière, en vue d’obtenir la meilleure qualité possible, celle des standards aéronautiques et spatiaux. Investissements et compétences permettent de lancer des recherches dans de nombreux domaines : santé ; enseignement/formation ; alimentation ; architecture/construction ; distribution ;  textile/mode ; infrastructure ; produits industriels ; produits grand public ; services ; outillage/machine/moule ; restauration ; réparation ; bijouterie-luxe ; nanotechnologies ; bio-ingénierie ; énergie/mines/forage ; loisirs ; transport/mobilité ; automobile ; création/design/artisanat ; meubles/habitat ; électronique ; maquettage/prototypes ; culture/patrimoine ; robotique ; aéronautique/espace.

Applications militaires. Le Service des matériaux de la DGA partage les connaissances et les besoins communs en FA de l’armée de l’Air et de la Marine nationale pour les composants du “Neuron”, démonstrateur de drone de combat furtif européen qui vole déjà. Les études amont de la DGA portent sur : les poudres ; la micro-électronique ; les nouveaux concepts d’intégration ; les nouvelles architectures d’antenne et les matériaux spécifiques correspondants ; de nouveaux alliages. En outre, des procédures du dispositif RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) sont en cours sur la possiblité d’effectuer des réparations de pièces détachées à très haute valeur ajoutée puis de leur qualification aux normes aéronautiques, ou sur de nouvelles méthodes de conception de pièces pour les parties chaudes de moteur d’avion. La FA permet de refaire des pièces anciennes, dont les plans ont disparu, et qui seront requalifiées pour éviter tout danger pour les utilisateurs. Par ailleurs, des études de faisabilité sont en cours sur la logistique des pièces détachées, une fois leur certification effectuée. Enfin, la nourriture “imprimée 3D” est étudiée pour les armées en opérations.

Un marché en expansion. Dans les domaines médical et aéronautique, 50.000 imprimantes et 10.000 machines industrielles ont été vendues en 2013 pour réaliser des prototypes et pièces finales en polymères. Ces chiffres ont atteint respectivement 140.000 et 10.000 l’année suivante. Pour la fabrication de prototype à haute valeur ajoutée et de pièces finales métalliques, le nombre de machines vendues est passé de 350 en 2013 à 543 en 2014. De façon globale, la croissance des FA devrait se monter à 35 %/an , dont 70 %/an pour les métalliques, dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des polymères. Les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Australie en font une priorité du développement industriel. En France, les travaux de “l’Alliance industrie du futur”, lancée en 2015 pour transformer le modèle industriel par le numérique, portent sur divers thèmes : chaîne numérique ; matériaux/procédés/machines ; post-traitement/finition ; qualité/contrôle ; normes/standards ; hygiène/sécurité/environnent ; certification ; éducation/formation ; structuration des marchés ; soutien à la diffusion et à l’interopérabilité de l’offre française. Enfin, selon le cabinet Wholers Associates, le chiffre d’affaires de la FA devrait passer de 3 Md$ en 2013 à 21 Md$ en 2021.

Loïc Salmon

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

DGA : valoriser l’audace et l’innovation de terrain

Les procédés de fabrication additive correspondent à l’impression d’objets pour une application industrielle. Le dessin d’un objet sur un écran, à l’aide d’un outil de conception assistée par ordinateur, premet de réaliser un fichier 3D. Celui-ci est alors envoyé vers un logiciel spécifique qui le découpe en tranches et l’envoie à son tour à l’imprimante, laquelle dépose ou solidifie la matière, couche par couche, jusqu’à l’obtention de la pièce finale. L’empilement de ces couches crée le volume de l’objet. Parmi diverses méthodes, celle dite “FDM” effectue un modelage par dépôt de matière en fusion. Selon une autre dénommée “stéréolithographie” (SLA), une lumière ultraviolette solidifie une couche de matière plastique liquide. Une troisième, le “frittage sélectif” (SLS), agglomère une couche de poudre par laser.




Marine nationale : emploi de l’ensemble des moyens

La France dispose des capacités de déni d’accès jusqu’à 500 km au large de ses côtes, estime l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine.

Il a en présenté la situation et les perspectives, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 5 décembre 2016 à Paris.

Une présence mondiale. Les bâtiments français sont déployés sur cinq théâtres d’opérations : en océan Indien jusqu’au golfe Arabo-Persique ; en Méditerranée orientale au large de la Syrie, où s’est rendu le groupe aéronaval juste après les attentats de novembre 2015 à Paris ; en Méditerranée centrale pour l’opération européenne « Sophia »  de lutte contre le trafic de migrants ; en Atlantique Nord, où l’activité sous-marine s’intensifie ; dans le golfe de Guinée, où l’opération de surveillance « Corymbe », effective depuis 1990, est renforcée par l’opération « Nemo » de formation des Marines des pays riverains à la lutte contre la piraterie et les trafics illicites. Une intervention en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Bab el-Mandeb n’est pas pour autant exclue. La surveillance des zones maritimes exclusives est soutenue, notamment  au large de la Tanzanie et du Mozambique où la présence de navires de recherches pétrolières et de gaz a été détectée. S’y ajoutent la dissuasion nucléaire et, pour la lutte contre le terrorisme, la posture permanente de sauvegarde maritime et la coordination du recueil de l’information maritime. Par ailleurs, le missile de croisière naval prend une dimension stratégique qui va changer l’emploi des bâtiments qui en seront doté, indique l’amiral. La commande de 150 exemplaires se répartit entre 100 pour les futurs sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et 50 pour les frégates multi-missions (FREMM). La Russie réaffirme sa puissance navale : tirs de missiles de croisière à partir de sous-marins en mer Caspienne et présence accrue en Atlantique Nord de sous-marins estimés très performants.

La dimension aéronavale. De Mourmansk, la Russie a envoyé un groupe aéronaval au large de la Syrie avec une escorte conséquente, souligne l’amiral Prazuck. La Grande-Bretagne a décidé de se doter de 2 porte-aéronefs à tremplin, l’Inde 3 et la Chine 4 et qui construit actuellement 1 frégate par trimestre et 1 sous-marin tous les 4 mois. Le porte-avions français Charles-De-Gaulle, équipé de catapultes, est notamment protégé par une FREMM, qui détecte tout intrus (navire de surface ou sous-marin) dans un rayon de 100 km. Outil politique et militaire de premier rang, il a effectué 450 sorties d’avions au cours de 232 jours de mer, dont 200 en opérations, jusqu’à son retour à Toulon mi-décembre 2016. Il devrait reprendre la mer dans les derniers mois de 2018, à l’issue d’un arrêt technique majeur pour l’extraction de son réacteur nucléaire, pour en changer le cœur, puis d’une mise en indisponibilité permanente pour  entretien et réparations, incluant l’installation d’un nouveau système de combat et la mise en condition « tout Rafale ». En 2016, le Charles-De-Gaulle a démontré son interopérabilité avec un groupe aéronaval américain dans le golfe Arabo-Persique, dont il a même assuré le commandement temporaire.

Les marins. La Marine compte 40.000 personnels (13 % de femmes), dont 6.000 dans les états-majors interarmées et 2.500 marins-pompiers. S’y ajoutent 4.600 réservistes et 6.000 volontaires. Elle ne connaît pas de difficulté de recrutement, grâce à un maillage de 30 bureaux dans toute la France et 60 partenariats avec des lycées professionnels. La préparation militaire Marine accueille 2.500 jeunes/an.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime




Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale assure le suivi de tous les événements « sensibles », assiste les autorités politiques dans la gestion des crises et coordonne l’action des différents ministères concernés.

Ce domaine a été abordé lors d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion de son 110ème anniversaire. Y sont notamment intervenus : Yann Jounot, coordonnateur national du renseignement ; Sébastien-Yves Laurent, politologue de l’Université de Bordeaux ; Gunter Heiss, directeur général et coordonnateur des Services fédéraux (Allemagne) ; Paddy McGuiness, conseiller adjoint à la Sécurité nationale (Grande-Bretagne) ; Christian Masset, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et du Développement international ; Roseline Letteron, professeur de droit public à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Lever les incertitudes. Le Conseil national du renseignement définit les orientations et les priorités stratégiques et planifie les moyens humains et techniques des services spécialisés. Il s’agit d’éclairer la politique gouvernementale avant, pendant et après une crise et de neutraliser une menace avant qu’elle se produise sur le territoire national, explique Yann Jounot. Ainsi après la crise au Levant, la menace, terroriste ou autre, peut se manifester sur un théâtre différent. La politique du renseignement recherche la synergie des acteurs, la protection contre toute ingérence extérieure et la cohérence de la réponse à donner en fixant la nature de la cible et le mode opératoire. La coopération interministérielle s’appuie sur la Direction générale de la sécurité intérieure pour la prévention et la Direction de la sécurité extérieure pour l’action. Une feuille de route journalière facilite l’interaction entre les services. Depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les moyens de collecte du renseignement ont été renforcés, mais les données brutes (« big data », coordonnées GPS et adresses des courriels) ne suffisent pas, souligne Sébastien-Yves Laurent. Les sciences humaines, qui analysent les variables sociétales, permettent d’acquérir  une connaissance indispensable à l’anticipation par la détection des « signaux faibles ». Par exemple, le « printemps arabe » de 2011 a constitué une surprise stratégique des deux côtés de la Méditerranée, avec l’émergence de mutations sociales, souvent ignorées et à l’origine d’une insécurité locale, nationale ou régionale, parfois violente. Cette transformation aurait pu être anticipée avec les outils adaptés, à savoi un travail de terrain empirique et une analyse scientifique. Il convient alors de relever deux défis : la « temporalité », qui va de l’interprétation du contexte à la prospective ; la complexité d’un phénomène social, qui ne se réduit pas à quelques données variables.

Orienter les décisions. Le ministère des Affaires étrangères (MAE) a effectué  350 exercices de prospective en 10 ans et son centre de planification globale procède à des exercices de prévention  et de gestion de crises depuis 2014. Selon Christian Masset, il peut faire l’analyse immédiate d’une crise et lancer une alerte précoce. Mais l’absence de capacité de prévision de 3 à 6 mois ne permet pas de lever le « brouillard de la crise ». Le MAE collecte toutes les informations possibles en vue d’identifier les dangers et de présenter des recommandations nationales ou collectives auprès des organisations internationales, afin de réduire les risques. Il s’agit d’agir globalement sur tous les secteurs : sécurité et défense ; politique ; économie ; développement. Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du MAE imagine des scénarios de manière interdisciplinaire, en collaboration avec le SGDSN, les services de renseignement (SR) et l’administration fiscale, afin d’anticiper le pire dans les 6 mois à venir. Les directions géographiques du MAE réunissent périodiquement leurs agents pour évaluer les crises en cours et discerner les « signaux faibles », en vue d’une synthèse. Le Centre de crises et de soutien fournit des éléments chiffrés sur l’évolution des crises à court et moyen termes, la menace sur les intérêts français, qui changent en conséquence, et les principaux risques. Ses informations proviennent des ambassades et de leurs correspondants institutionnels à l’étranger. Quelque 100 fiches « risques pays » et thématiques sont  actualisées tous les 3 mois, auxquelles s’ajoutent les fiches d’alerte précoce. Tout est partagé avec le SGDSN et les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Une « Task force » (organisation opérationnelle temporaire) de pré-crise envoie des missions sur place pour procéder à des exercices de résilience internationale. Après la crise, une équipe de 100 personnes reste disponible pour un soutien dans une région donnée. Le retour d’expérience est pris en compte.

Visions de pays voisins. En Allemagne, les SR coopèrent avec le ministère de la Défense et selon une coordination au niveau de la Chancelière, explique Gunter Heiss. Ils analysent les crises porteuses d’incertitude sur l’avenir et de risques pour la stabilité économique et sociale du pays. Des rapports réguliers examinent tous les aspects d’une crise et proposent des mesures pour la gérer. Les SR renforcent leurs échanges d’informations au niveau international. La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) semblait annoncer une période de paix définitive. Mais les crises en Ukraine (depuis 2013) et l’annexion de la Crimée par la Russie (2014) ont incité les SR à réactiver leurs réseaux dans cette région, en vue de transmettre leurs informations aux pays alliés. En Grande-Bretagne, le Secrétariat à la sécurité nationale a été créé dès 1902, face aux expansionnismes français et allemand, indique Paddy McGuiness. Les SR « MI5 » (intérieur) et « MI6 » (extérieur) ont vu le jour en 1909, suivis en 1919 du Service des écoutes et interceptions radio, devenu « GCHQ ». Depuis 2006, la sécurité nationale inclut la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité, l’évaluation de tous les risques possibles, civils et militaires. Il s’agit de mesurer l’intensité d’une menace et sa portée. La résilience nationale est intégrée aux activités de défense. Les priorités du Premier ministre en matière de renseignement font l’objet de réunions régulières de tous les SR. La coopération actuelle avec ceux de l’Union européenne se poursuit jusqu’à la sortie effective de la Grande-Bretagne (« Brexit »). Enfin, les budgets des SR seront augmentés de 40 % au cours des cinq prochaines années.

Loïc Salmon

Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Selon Roseline Letteron, le secret de l’État concerne la défense nationale mais aussi les entreprises. Le « secret-défense »  définit une information que l’autorité compétente décide de classifier. Il a valeur législative depuis 2011, car le Conseil constitutionnel estime qu’il participe de la sauvegarde de la nation. Selon l’article 16 de la Constitution, un ministre peut s’opposer à la décision d’un juge de le lever. Les parlementaires n’ont pas accès aux informations classées « secret-défense », sauf les membres, dûment habilités, des délégations sur le renseignement , avec des restrictions sur les opérations en cours et les procédures opérationnelles. En revanche, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, les juges et les avocats spécialisés y ont accès, mais uniquement lors de sessions fermées.




Territoire national : protection permanente contre intrusions aériennes et maritimes

En raison de l’état d’urgence en vigueur depuis les attentats terroristes de 2015 à Paris, les postures permanentes de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime ont été renforcées en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer.

Approuvées par 84 % d’opinions favorables, ces missions ont fait l’objet de deux présentations à Paris : la participation de l’armée de l’Air par le général de division aérienne Jean-Christophe Zimmermann du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), lors d’une conférence de presse le 17 novembre 2016 ; un document de la Marine nationale rendu public à l’occasion d’une conférence organisée par le Centre d’enseignement supérieur de la marine le 16 novembre 2016.

Sûreté aérienne. Le CADOA dispose de 400 personnels et de 90 radars pour garantir la souveraineté aérienne, explique son commandant en second. Il s’agit de déterminer les intentions, hostiles ou non, des 11.000 aéronefs de tous types qui survolent la France et d’assurer la sécurité d’événements importants (COP21 en 2015 et Eurofoot en 2016). Est considéré en infraction tout avion pénétrant dans l’espace aéromaritime national sans autorisation ni plan de vol ni contact radio. Une détection à une distance minimale de 80 km de la côte laisse le temps d’évaluer l’information et de préparer, éventuellement, des mesures plus coercitives. Certaines zones sont interdites de survol en permanence, d’autres pendant une période déterminée. A titre indicatif, il y a eu 80 décollages d’avions de chasse pour alerte réelle entre le 1er janvier et le 15 novembre 2016 (64 pour toute l’année 2015). De même, 38 décollages d’hélicoptères avec tireurs d’élite embarqués (94 en 2015) ont été motivés pour 72 pénétrations de zones interdites (50 en 2015), souvent involontaires, et 37 pertes de communication radio (31 en 2015). Le CDAOA prépare la neutralisation de l’aéronef hostile, mais l’ordre de tir relève du Premier ministre. Toutefois, l’absence de communication de plan de vol et contact radio à proximité de l’espace aéromaritime ne constitue pas une infraction en soi. Ainsi, le 22 septembre 2016, 2 bombardiers lourds supersoniques russes Tu-160 sont passés à l’Ouest de la Norvège et de l’Irlande, puis ont longé les côtes française et espagnole avant de repartir vers le Nord. Toute leur trajectoire a été accompagnée par des intercepteurs norvégiens, puis britanniques, français et espagnols. Dans la nuit du 16 novembre 2016, 3 bombardiers lourds Tu-95 et 3 Iliouchine ravitailleurs ont suivi le même cheminement et dans les mêmes conditions à 400 km des côtes jusqu’au Portugal avant de remonter vers la Russie. Un avion radar AWACS a décollé de Bretagne pour les pister. Par ailleurs, la surveillance spatiale porte sur la détection des passages de satellites étrangers au dessus des forces françaises et alliées, déployées au sol et en mer, et le maintien de la qualité des transmissions. En outre, le grand nombre de satellites en service augmente le risque de collision en orbite avec retombées des débris sur le territoire national. Le CDAOA, le Centre national d’études spatiales, la Direction générale de l’armement et l’Agence spatiale européenne collectent des informations, les analysent et les évaluent pour anticiper les effets possibles, alerter et coordonner. Ils disposent de divers moyens : le système Graves (détection), le centre militaire Cosmos (analyse), les radars Satam (orbitographie et trajectographie de précision), les 2 téléscopes Tarot, le bâtiment d’essais et de mesures Monge et le système d’alerte des tempêtes solaires Fedome (préservation des moyens de télécommunications).

Sauvegarde maritime. La Marine nationale concentre 10 % de ses effectifs à la défense maritime du territoire sur le littoral (22 km de la côte) et dans les eaux de 21 zones sous souveraineté ou juridiction française dans le monde (370 km), indique un document officiel. Le dispositif est articulé en métropole, autour des préfets maritimes de Toulon pour la Méditerranée, Brest pour l’Atlantique et Cherbourg pour la Manche, et outre-mer autour des délégués du gouvernement pour l’action de l’État en mer. Dans chaque préfecture maritime, une cellule de coordination de l’information maritime fusionne les renseignements venant de la Direction des affaires maritimes (DAM), des Gendarmeries maritime et départementale, de la Police de l’air et des frontières, des Douanes et des autorités portuaires, en vue du contrôle et de la surveillance. Ces renseignements sont partagés avec les compagnies maritimes françaises qui contribuent, sur une base volontaire, au contrôle naval. Ce dernier nécessite la signalisation des mouvements et intentions de navires par leurs capitaines qui, en retour, reçoivent les informations relatives aux situations nautique et militaire dans leur zone de navigation. Pour renforcer la prévention, la Marine et la DAM travaillent à la prise en compte, par les navires, de la menace interne (consignes à l’équipage et aux passagers). Chaque année, la Gendarmerie maritime procède à quelque 1.500 contrôles de sûreté de navires. Depuis l’été 2016, des gendarmes maritimes et des fusiliers marins embarquent, de façon aléatoire, sur les grands navires à passagers pour assurer la protection à bord. Des pelotons de 35 gendarmes maritimes peuvent intervenir sur les navires, dans les ports de commerce d’intérêt majeur et en zone d’attente, pour la surveillance, la sécurisation des espaces portuaires, l’escorte des navires sensibles et le contrôle des navires. Les capacités des gendarmes maritimes des ports de Sète et Nice ont été renforcées, afin de réduire les vulnérabilités du trafic des ferries avec la Corse et des navires de croisière en Méditerranée. Le dispositif du plan « Pirate-mer » inclut la Marine, les armées de Terre et de l’Air, le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale et aussi le Bataillon des marins-pompiers de Marseille pour le secours maritime de grande ampleur (plan ORSEC).

Loïc Salmon

Armée de Terre : création d’un commandement pour le territoire national

Théâtre d’opérations aériennes en métropole

Théâtre d’opérations maritimes en métropole

Outre la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et sous-marine, la protection du territoire national commence avec l’opération « Sentinelle » (10.000 personnels) et les postures permanentes de sauvegarde maritime et de sûreté aérienne. Elle se prolonge par les opérations de la défense de l’avant : « Barkhane » pour la lutte contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne (3.500) ; « Chammal » contre l’État islamique (Daech) en Irak et en Syrie  (1.000) ; « Daman » au Liban (900) ; « Enduring Freedom » et « Atalante » (150 à 350) et des équipes de protection embarquée (70) en océan Indien ; « Corymbe » dans le golfe de Guinée (100) ; petites participations à des opérations sous l’égide de l’ONU, de l’Union européenne ou de l’OTAN (5 à 100 selon les théâtres). Les armées françaises sont aussi déployées comme forces de souveraineté en Nouvelle-Calédonie (1.450), zone Sud de l’océan Indien (1.600), Guyane (2.100), Antilles (1.000) et Polynésie française (900). Enfin, des forces de présence sont stationnées au Sénégal (350), en Côte d’Ivoire (900), au Gabon (350), aux Émirats arabes unis (650) et à Djibouti (1.450).




Armée de Terre : imaginer les combats de demain

Pour garantir sa cohérence entre les menaces, ses missions et ses moyens, l’armée de Terre a lancé une réflexion, que le général de division Bernard Barrera, sous-chef d’état-major Plans-Programmes, a présentée à la presse le 8 décembre 2016 à Paris.

L’horizon 2035. Ce travail prospectif d’orientation, intitulé « Action terrestre future », fait suite à ceux d’organisation (« Au Contact ») et d’outillage (programme « Scorpion »). Réalisé par des « opérationnels » (État-major des armées, Direction générale de l’armement et industriels) et des « think tanks » (IFRI, IRIS, IRSEM, FRS etc), il repose sur des scénarios de conflit, du désert à la zone urbaine et de la basse à la haute intensité. Leur croisement vise à comprendre la transformation de tout le spectre de la guerre (classique, technologique et asymétrique), définir le rôle de l’armée de Terre et les domaines à privilégier. Tout en adaptant ce qui existe et en profitant des opportunités en matière d’équipements, le schéma directeur s’appuie sur les études amont pour renouveler les plates-formes, afin de garder la supériorité technique. L’État a perdu le monopole de recherche et de développement. Ainsi, le budget des groupes américains Google et Amazon dans ces domaines, de l’ordre de 35 Md$/an, dépasse celui du ministère de la Défense des États-Unis. La réalisation des équipements futurs nécessitera un long délai que, malgré l’espionnage industriel, les puissances émergentes parviendront difficilement à réduire.

Guerre froide paix chaude. Dans un contexte de hausse mondiale des dépenses militaires, un consensus se dégage en France sur un objectif de 2 % du produit intérieur brut pour un effort de défense actuel de 1,8%, rappelle le général Barrera. En 2000, le contexte stratégique voit l’avènement de la supériorité occidentale, grâce aux nouvelles technologies de l’information. Les crises se multiplient avec des interventions à distance de sécurité. Les conditions d’engagement des forces exigent seulement une supériorité militaire tactique. L’outil militaire se caractérise par un modèle d’armée « ramassée » où le rendement satisfaisant des moyens engagés l’emporte sur le volume des forces déployées. Quinze ans plus tard, l’époque change. L’accélération, la privatisation et la dissémination de l’innovation entraînent une vive contestation de la domination militaire occidentale et une transformation technologique. Le retour de la guerre se manifeste par un rapprochement géographique des foyers de crise de grande ampleur et une continuité entre théâtres d’opérations extérieurs et territoire national. La contestation de la supériorité militaire, par des adversaires réguliers et irréguliers, nécessite de l’emporter sur les plans tactique et opératif (théâtre). Le modèle d’armée « puissante » prime.

Appréhension globale. Les forces terrestres disposeront d’un système de renseignement couvrant la surveillance des flux de communications militaires et duaux (signaux électromagnétiques, cyberconnaissance et réseaux sociaux) et la diffusion discrète de capteurs à longue endurance (réseaux de capteurs miniaturisés). La puissance croissante de calcul du traitement des données permettra de les mettre en œuvre au plus près des forces, en vue de réagir immédiatement et avec précision. L’exploitation du renseignement inclut : « mémoire » des théâtres ; modes d’actions adverses ; matrices sociales et culturelles des crises ; gestion des besoins d’en connaître ; adaptabilité du niveau de classification des informations.

Loïc Salmon

 

Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain




Défense et sécurité : s’organiser face au terrorisme protéiforme

La lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical nécessite détermination politique, planification et action militaires, renseignement et sanctions judiciaires.

Ce thème a été traité au cours d’un colloque tenu les 22 et 23 novembre 2016 à Paris, à l’occasion du 110ème anniversaire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Y sont notamment intervenus : le Premier ministre Manuel Valls ; le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées ; Thierry Matta, adjoint au directeur général de la sécurité intérieure ; Véronique Degermann, procureur de la République adjoint près le Tribunal de grande instance de Paris ; Jean Mairesse, directeur adjoint de l’Institut des sciences de l’information et de leurs interactions.

Adaptation permanente. « L’ennemi n’est plus seulement à nos frontières, il se trouve au cœur de notre société et peut faire irruption à tout moment », déclare Manuel Valls qui rappelle les moyens d’y faire face. En 2013, ont été créés la Direction générale de la sécurité intérieure et le Service central du renseignement territorial, qui échangent et partagent leurs informations. S’y ajouteront, d’ici à 2017, 9.000 postes de policiers et gendarmes et une allocation de plus de 1,1 Md€, dont 290 M€ d’investissements. Les lois des 24 juillet et 30 novembre 2015 accordent aux services de renseignement des moyens légaux avec la mise en place de mécanismes de contrôle pour préserver les libertés individuelles. L’administration pénitentiaire sera dotée de son propre service de renseignement, car le milieu carcéral constitue l’un des incubateurs de la radicalisation islamiste. La section antiterroriste du Tribunal de grande instance de Paris a été renforcée de 13 magistrats et bientôt de 11 juges d’instruction spécialisés, en vue d’une judiciarisation systématique et la plus rapide possible envers les associations de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Au 23 novembre 2016, 365 dossiers judiciaires sur 1.400 personnes sont ouverts et 313 individus mis en examen. L’état d’urgence, déclenché en novembre 2015, est prolongé jusqu’aux élections présidentielle et législatives du printemps 2017. La même année, la Garde nationale, composée de volontaires, viendra en soutien des 10.000 militaires de l’opération « Sentinelle » pour la protection du territoire. Enfin, la France mettra 170 personnels des Douanes et des ministères de l’Intérieur et de la Défense à la disposition de l’agence Frontex pour le contrôle de l’espace Schengen.

Outil de défense. Terrorisme djihadiste et certains États-puissances, traditionnels ou émergents, présentent des liens et des ressorts communs, estime le général de Villiers. Le premier porte la violence dans les champs matériel et immatériel, politique, social, culturel, économique et militaire, dans les zones grises ou au cœur du territoire national. Les seconds étendent leur influence par le rapport de force et le fait accompli, avec un risque majeur de déstabilisation. Forces armées et de sécurité sont confrontées à l’usage très fréquent de la violence, par un adversaire qui cherche à entraver la liberté d’action et de circulation. La dispersion des zones d’intervention et les élongations inter et intra-théâtres d’opérations extérieurs rendent primordiales les capacités de projection, de commandement et de renseignement. De même, certains groupes terroristes réalisent des attaques coordonnées et simultanées sur le territoire national. La technologie numérique permet à Daech d’être ici et là-bas, instantanément et au même moment. Mais aujourd’hui, la France se situe dans le peloton de tête dans le domaine du cyber. Par ailleurs, la multiplication des engagements de longue durée (jusqu’à 10 ans) use rapidement les ressources humaines et matérielles et exige la résilience des forces armées et de la nation toute entière. La planification, à savoir comprendre et concevoir, s’impose sur le plan militaire. Il s’agit de transformer l’intention du chef en une succession d’actions conduites par des forces complémentaires, pour atteindre des objectifs en acceptant une prise de risque mesurée. Une situation complexe nécessite l’intervention d’acteurs différents. Enfin, prévoir l’impensable exige notamment d’étudier l’adversaire, d’examiner les cas « non conformes », de confronter les divers modes d’action, d’identifier les contraintes et les risques et d’analyser les opportunités.

Renseignement et intervention. Surveillance, renseignement technique et coopérations nationales et internationales se complètent, explique Thierry Matta. Toutes les informations sont recoupées, analysées et enrichies par l’action. Le spectre couvert va de la prévention à la riposte via des mécanismes bilatéraux. Ainsi, la Direction générale de sécurité intérieure (DGSI) participe à la lutte anti-terroriste en cohérence avec celle de la sécurité extérieure, dont certaines équipes viennent chez elle, et les autres services de renseignement, pour une analyse commune avant la prise de décision. L’intervention inclut l’interdiction d’accès ou de sortie du territoire et l’assignation à résidence de suspects. Aujourd’hui, la rapidité d’action entre l’ouverture d’une enquête et la neutralisation de terroristes augmente.

Action judiciaire. Le terrorisme a pour finalité le trouble à l’ordre public par l’intimidation et la terreur, souligne Véronique Degermann. Le parquet de Paris compte 140 magistrats spécialisés, dont  une cellule de crise (60 magistrats) qui intervient en cas d’événement majeur (attentat de Paris en 2015 et de Nice en 2016). Partenaire du ministère de la Défense, il travaille en totale confiance avec la DGSI : action en amont dans les réseaux pour les démanteler ; possibilité de perquisition de nuit avec garantie d’autorisation du juge des libertés ; prolongation de la détention préventive ; accès aux données cryptées et téléphones de dernière génération. Depuis janvier 2015, les individus vivant sur le territoire national et qui se sont rendus en Syrie ou en reviennent sont passibles d’une cour d’assises, composée de magistrats professionnels, et risquent 20 ans de prison. Les mineurs de moins de 15 ans sont envoyés en détention avec un suivi éducatif. Enfin, la coopération internationale (Union européenne et États-Unis) passe par des techniques communes d’enquête.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Terrorisme islamiste

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Selon Jean Mairesse, le « numérique » ou science de l’information inclut informatique, robotique, traitement de données, physique, chimie et sciences humaines. Elle nécessite donc une formation pluridisciplinaire. L’intelligence artificielle consiste en une machine capable d’apprendre et de prendre la meilleure décision possible, grâce à une puissance de calcul exponentielle avec des capteurs de moins en moins chers et des algorithmes plus performants. Sa progression exponentielle la rend plus efficace qu’un être humain. Les cyberattaques progressent en sophistication. Les plus efficaces perturbent le tissu social en recueillant notamment des informations sur le style de hauts responsables, en vue de comprendre leurs éléments de langage pour duper leurs subordonnés par de « faux » ordres aux conséquences graves ou même criminelles.




Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

L’Escadron ET3/61 « Poitou » met en œuvre des avions de transport tactique spécifiques au profit du Commando parachutiste de l’air N°10 (CPA10), dont les personnels accomplissent des missions « spéciales ».

L’Association des journalistes de défense les a rencontrés le 16 novembre 2016 à la base aérienne d’Orléans-Bricy.

Du stratégique au tactique. Selon la directive interarmées 3.5, les opérations « spéciales » sont militaires, ciblées, discrètes, mais non clandestines, et visent à atteindre des objectifs stratégiques. Protégées par un degré élevé de confidentialité, commandées par le chef d’État-major des armées (CEMA), planifiées et conduites par le Commandement des opérations spéciales (COS, encadré), elles sont réalisées sous un contrôle politico-militaire étroit. Une boucle décisionnelle courte garantit une forte réactivité et offre une grande réversibilité : garder un coup d’avance et pouvoir annuler la mission au dernier moment. Les opérations spéciales se distinguent des opérations conventionnelles par un cadre espace-temps différent, l’acceptation d’un niveau de risques politiques plus élevé, des procédures interarmées spécifiques et une empreinte logistique moindre. Le COS a pour missions de renseigner, agir et « modeler » l’environnement. Il doit appliquer la juste force au bon endroit en vue des meilleurs effets, éviter les chocs frontaux et préférer le déséquilibre. La connaissance des réseaux et la mobilité impliquent surprise, précision et coordination. L’action dans la profondeur se fait sans appuis de proximité, en autonomie et sous forte imbrication entre amis et ennemis. Facteur de puissance militaire, le COS constitue, pour le CEMA, un outil de liberté stratégique pour réagir à toute surprise ou proposer, à l’autorité politique, des options militaires sur des menaces en gestation en tout lieu où les forces conventionnelles ne pourraient offrir qu’une réponse inappropriée. La troisième dimension constitue un atout majeur dans les opérations spéciales.

Un escadron aérien dédié. L’ET3/61 « Poitou », indique le colonel qui le commande, se caractérise par la fulgurance de son action, l’affranchissement des contraintes de terrain et des capacités particulières. Il dispose de 3 C160 R Transall, 2 C130 H30 Hercules et 2 DHC-6 Twin Otter. Ses matériels incluent des véhicules de servitude multifonctions, des capteurs électroniques, des moyens de transmissions, des tapis de désembourbage de pistes et des armements individuels (fusils d’assaut HK416 et pistolets Glock17), car tous les personnels contribuent à la protection des aéronefs engagés. Ses Transall et Hercules peuvent alimenter en carburant des hélicoptères de combat, rotor tournant, ou larguer à leur intention des réservoirs souples au « milieu de nulle part ». Sans reconnaissance préalable ni contact radio, ils effectuent des poser et redécollages d’assaut en 3 minutes, sur des pistes courtes ou sommaires, de jour comme de nuit, pour les infiltrations et exfiltrations de personnels. Le déchargement ou le parachutage de véhicules à 50 m d’altitude nécessite beaucoup d’entraînement avec les marqueurs au sol. Le largage de parachutistes se fait à 300 m, pour les ouvertures automatiques, et à très grande hauteur pour des chuteurs opérationnels, capables de dériver sur de longues distances vers leur objectif. Le C3 ISTAR (boule optronique pour les renseignement, ciblage et surveillance) permet à l’avion de détecter un véhicule phares allumés à 60 km et une moto (phare allumé) à 10 km. Les pilotes ont à leur actif au moins 6.000 heures de vol. Les autres personnels navigants (1.000 heures de vol) ont suivi une formation de quelques semaines à un an. Outil de combat reconnu, l’Escadron « Poitou » cumule une expérience opérationnelle interarmées, une expertise de savoir-faire (15 spécialistes), des personnels polyvalents (2 ou 3 qualifications) et une synergie avec le CPA10, installé sur la même base aérienne. Chaque opération spéciale demande plusieurs heures de préparation. De nombreux moyens techniques sont développés en interne. Les recherches portent sur : le largage sans marquage, tout temps et toute altitude ; l’appui aérien et le renseignement spécialisé ; la numérisation du champ de bataille ; tout ce qui peut éviter les échanges radio. A terme, l’Escadron « Poitou » disposera de « C130 rénovés forces spéciales » et d’avions de transport tactique A400M.

Actions commandos. Le CPA10, explique le colonel qui le commande, effectue la reconnaissance de cibles dynamiques, en vue de déclencher une mission aérienne sous court préavis. Il peut recevoir des images d’un théâtre d’opérations transmises par le Centre militaire d’observations par satellite. Lors d’une catastrophe aérienne, il participe à la collecte d’indices pour tenter de remonter une éventuelle  filière terroriste. Ses autres missions portent sur : le contre-terrorisme ; la libération d’otages ; l’évacuation de ressortissants ; la reconnaissance ou la destruction d’objectifs dans la profondeur ; la saisie d’une zone aéroportuaire et sa sécurisation tactique et technique ; la reconnaissance de terrain pour l’aérolargage de matériels ou le poser d’assaut. A cet effet, des mesures du sol sont effectuées tous les 100 m sur une piste sommaire de 900 m destinée à recevoir un C160. Pour  le renseignement tactique, le CPA10 dispose du drone spécifique « Skylark » (15 km d’élongation et 2h30 d’autonomie) et de « nanodrones » de 18 g (2,5 km et 25 minutes) équipés d’une caméra thermique et d’un capteur électro-optique. En 2016, son effectif se monte à 289 personnels, dont 120 pour les « groupes action » (10-12 chacun). Agés en moyenne de 35 ans, ils viennent de 20 spécialités différentes qui entraînent un brassage de cultures pour obtenir le même effet recherché : chuteur opérationnel, tireur d’élite, transmissions, contrôleur aérien avancé, renseignement d’origine technique ou humaine, maître chien, infirmier, mécanicien etc. Comme pour toutes les forces spéciales, le commandement du CPA10 doit préserver l’attractivité du métier, dont la formation dure un an, et fidéliser ses personnels, souvent en mission ou en opération.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

Défense et sécurité : « réagir ensemble » aux attentats terroristes et aux crises

Le Commandement des opérations spéciales a autorité sur les unités dédiées des trois armées. La Brigade des forces spéciales terre compte le 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, le 13ème Régiment de dragons parachutistes et le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. La Force maritime des fusiliers marins et commandos inclut les commandos « Jaubet » , « Trépel », « De-Penfentenyo », « De-Monfort », « Kieffer », « Ponchardier » et « Hubert » (nageurs de combat). La Brigade des forces spéciales air regroupe le CPA10 et les escadrons aériens ET3/61 « Poitou » et EH1 « Pyrénées ». Le couple ET3/61 « Poitou » et le CPA10 a été déployé en opérations extérieures : Afghanistan en 2001, 2005, 2006 et 2010 ; Côte d’Ivoire (2002, 2004 et 2011) ; République démocratique du Congo (2003 et 2006) ; Centrafrique (2006, 2007, 2013 et 2014) ; Liban (2006) ; Tchad (2006 et 2008) ; Guinée (2007) ; océan Indien (2008 et 2009) ; Sahel (2009 et 2016) ; Libye (2011).




Armée de l’Air : la BA 123, base opérationnelle, de soutien et d’instruction

La base aérienne (BA) 123 d’Orléans-Bricy, qui accueille la 61ème Escadre de transport, doit assurer la montée en puissance de toutes ses capacités. Le colonel qui la commande l’a présentée à l’Association des journalistes de défense, le 16 novembre 2016.

Plate-forme cohérente. La BA 123 s’étend sur 736 ha avec 2 pistes (1.000 m et 2.400 m) et 33 parkings pour les avions. Son effectif, en progression annuelle de 100 personnels, devrait en compter 3.000 en 2020. La 61ème Escadre de transport est constituée d’avions A400M (10), C130 (14), Twin (2) et TBM (1), dont 50 % en cours de rénovation. Sa capacité de projection et d’intervention mobilise 550 personnes pour 15.000 heures de vol par an dans le monde entier. S’y ajouteront, à terme, des C130H et C130J. En matière de connaissance et d’anticipation, la BA 123 assure la récolte et l’analyse des informations électroniques et remplit des missions de photographie aérienne dans le cadre d’un traité international. Le Commandement des opérations spéciales y a installé l’unité de commandos parachutistes de l’air CPA10. Chaque année, la BA 123 assure des prestations de maintenance : 140.000 heures de travaux sur une trentaine d’avions ; le pliage de 11.000 parachutes ; la rénovation et la réparation des équipements  et des réseaux électroniques. Par ailleurs, des pilotes allemands viennent s’y entraîner au vol tactique, à savoir la capacité à partir en opération avec 2 avions. En contrepartie, des mécaniciens français effectuent des stages en Allemagne.

Centre de formation. Depuis 2008, la BA 123 abrite le Centre d’instruction des équipages de transport, créé en 1946 à Toulouse. Celui-ci standardise toutes les plates-formes de transport aérien et dispense chaque année des cours de connaissances techniques et de procédures, en anglais, à 1.200 stagiaires de toutes les catégories, en vue de leur aptitude au combat de 1 à 4 avions. Il dispose d’un simulateur de vol sur A400M, qui permet d’employer davantage ces avions dans des missions opérationnelles et de réduire la charge financière de la formation des équipages. Les stagiaires, qui ont déjà 300 heures de vol sur C160 et C130, sont formés sur ce simulateur par 9 instructeurs « qualifiés A400M ». Le cockpit est identique à celui de de l’A380 d’Air France. Pilotes civils et militaires viennent y échanger leurs expériences. Les 2 pilotes de l’équipage d’un A400M passent 80 heures sur simulateur avant leur premier vol. Ensuite, ils doivent, chaque année, effectuer 50 heures de vol tactique, notamment en vision nocturne, sur simulateur. Le « load master », 3ème membre de l’équipage, apprend sur simulateur la répartition des charges de la soute, avec exercices de pannes et d’incendie. A terme, le simulateur A400M sera connecté à ceux du Rafale et de l’avion radar AWACS.

A400M, bond opérationnel. L’A400M peut emporter au choix : 1 hélicoptère Tigre ou Caïman ; 2 véhicules de l’avant blindé ; 1 camion logistique ; 54 soldats équipés et 9 palettes de fret militaire. Les sauts en parachute à ouverture retardée se font à 4.000 m par la porte arrière, mais ceux en automatique, par les portes latérales, sont encore en expérimentation. Nécessitant moins d’escales, l’A400M permet de réduire les aléatoires négociations diplomatiques. En 2016, après 500 heures de vol sur A400M, le pilote devient commandant de bord. Il transmet alors son expérience tactique antérieure sur C130 ou C160 aux jeunes pilotes de transport, qui seront bientôt formés directement sur A400M.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur




Marines : l’approche globale, indispensable à la sécurisation future du milieu maritime

Militarisation des eaux internationales, piraterie, migrations de masse, trafics illicites, terrorisme, pollution marine, catastrophes naturelles et pêche illégale peuvent déboucher sur des crises maritimes, dont l’origine se trouve dans des rivalités géopolitiques terrestres.

Cette globalisation sans précédent a été  abordée lors d’un colloque international organisé, le 18 octobre 2016 au salon Euronaval du Bourget (banlieue parisienne), par  le Groupement des industries de construction et activités navales, l’Agence européenne de défense, l’Institut pour les études de sécurité de l’Union européenne et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y sont notamment intervenus : l’ingénieur général François Maistre, Direction générale de l’armement (DGA) ; le préfet Vincent Bouvier, secrétaire général de la Mer ; le vice-amiral britannique Clive Johnstone, chef du Commandement maritime de l’OTAN ; l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale.

Menace complexe et moyens futurs. Selon l’ingénieur général Maistre, un constat s’impose : contestation de la souveraineté maritime de certains pays par d’autres ; emploi de forces régulières ou irrégulières ; activité de l’État remise en cause par des organisations, qui mêlent actions civiles et militaires et maîtrisent l’utilisation de médias. La défense du territoire passe par la sécurité de ses approches maritimes, de ses ports et des flux de marchandises avec des moyens adaptés. Le combat aéromaritime va de l’opération de basse intensité à la confrontation directe. Pour le mener, il faut disposer d’un accès autonome à l’information et de capacités de ravitaillement à la mer, de lutte anti-sous-marine et anti-aérienne ainsi que d’actions autonomes ou interalliées. Outre les drones, il faut pouvoir compter sur des systèmes résilients et sommaires à terre. L’interopérabilité entre la terre et la mer, quoique difficile à établir, devient incontournable. Elle nécessitera : de disposer de davantage d’espace à bord des navires pour l’équipage ; d’identifier les moyens d’analyse des menaces dans un contexte d’emploi de nouvelles technologies ; de passer de la connectivité croissante sur le même navire à la logique de réseaux. La DGA conçoit les référentiels de modélisation structurelle, avec des scénarios opérationnels, pour des effets recherchés dans un cadre optimal établi. Elle mobilise l’état-major de la Marine et les industriels pour imaginer les équipements futurs. Avec la mise en commun des informations des capteurs, le combat « collaboratif » intègre bâtiments de surface, sous-marins, aéronefs et drones dans un ensemble global. Leurs systèmes de détection et de combat devront être en cohérence avec ceux de la guerre des mines, des drones sous-marins et de l’ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) en interarmées.

Sécurité maritime d’aujourd’hui. L’action de l’État en mer se militarise en raison de l’incertitude à l’arrivée sur le lieu d’un sinistre, explique le préfet Bouvier. En raison de la porosité de la menace et pour plus d’efficacité, la coordination entre la Marine nationale, les Affaires maritimes, la Douane et le ministère de l’Intérieur se fait sous l’égide des préfets maritimes. La stratégie nationale de sûreté, adoptée en 2015, porte sur la lutte contre le terrorisme afin de rendre le trafic maritime plus sûr : embarquement de fusiliers marins sur les grands navires à passagers ; plan Vigipirate mer ; autorisation de gardes privées à bord de navires marchands ; radars plus performants ; mutualisation des moyens de secours maritimes et côtiers. Toutefois, les contraintes budgétaires incitent l’État à recourir au secteur privé, notamment pour le contrôle à l’embarquement des navires à passagers. La sécurité et la sûreté maritimes nécessitent un partage de l’information et la construction d’une fonction garde-côte à l’échelle européenne. Ainsi, l’opération militaire « Sophia » (EUNAVFOR Med) d’observation et de renseignement a été lancée le 22 juin 2015 par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée, dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune. Son champ d’action pourrait s’élargir après une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Guerre navale de demain. L’OTAN se trouve confrontée à des scénarios de basse intensité, indique l’amiral Johnstone. Quoique adhérente aux valeurs démocratiques, la Russie agit de façon déstabilisante en Syrie, en Ukraine et en Atlantique Nord. Zone instable de la Syrie à la Libye, la Méditerranée est devenue un théâtre de terrorisme, de trafics d’armes et de migrations massives. L’OTAN, qui défend ses États membres en termes de capacités et de compétences, a pris conscience de ces défis et doit agir maintenant et quotidiennement. Elle intègre les innovations civiles dans l’intelligence artificielle, l’analyse en temps réel de l’action de l’adversaire et la classification des données. Mais elle doit être plus résiliente dans la logistique, la gestion des stocks et la formation des personnels, afin de mobiliser davantage de navires plus rapidement. Son commandement maritime se concentre sur la surveillance de la flotte russe du Nord au Sud et prévoit des exercices communs de lutte anti-sous-marine avec les Marines de l’Union européenne. De son côté, l’amiral Prazuck souligne le pouvoir de nivellement de la technologie face à une menace plus « aisée » : un système de géolocalisation (GPS) et un lance-grenades portatif (RPG7) permettent de devenir un redoutable pirate. La sécurité maritime, multiforme, induit une action internationale, un besoin de savoir (radars, satellites et échanges d’informations) et une présence sur zone. Par ailleurs, le combat naval futur pourrait se produire en haute mer avec des navires spécialisés à haute technologie. La Marine nationale doit convaincre les autorités politiques et l’opinion publique  de la nécessité de la mise au point des hautes technologies dans les 20 ans à venir. Au cours de l’Histoire, sécurité maritime et combat naval ont été privilégiés tour à tour. Pour répondre aux menaces, le meilleur équilibre entre les besoins implique développement de savoir-faire communs, coopération internationale, couverture des espaces maritimes, formation et entraînement.

Loïc Salmon

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Le 18 octobre 2016 à l’occasion du salon Euronaval du Bourget, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian (au centre), a dévoilé la maquette de la future frégate de taille intermédiaire (FTI) de 4.200 t. Armée par un équipage de 125 personnes, détachement aéronaval compris, la FTI disposera des capacités de projection de forces spéciales et de luttes anti-sous-marine, anti-aérienne et antinavire. Premier bâtiment « tout numérique », elle pourra embarquer un hélicoptère et/ou un drone aérien. Son radar de nouvelle génération à panneaux fixes sera intégré à une mâture unique. Les 5 FTI prévues, dont la première sera livrée en 2023, complèteront les 8 frégates multimissions et les 2 frégates anti-aériennes de type Horizon vers 2030. Une FTI pourra être déployée seule ou au sein d’une force interarmées ou interalliés, comme le groupe aéronaval centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle.