Les réservistes à l’honneur

Les réservistes, civils et militaires à la fois,  sont indispensables aux forces armées, auxquelles ils apportent un renfort temporaire. Une journée nationale leur est attribuée en reconnaissance (4 avril en cette année 2013), car la plupart remplissent leurs fonctions pendant leurs vacances ou le week end, au-delà des cinq jours que l’employeur est tenu d’accorder. Toutefois, certaines entreprises ont signé une convention avec le ministère de la Défense pour faciliter l’engagement de leurs réservistes. C’est le cas pour les 34 réservistes qui assurent un soutien opérationnel à l’opération « Serval » au Mali, hors forces spéciales. Selon le Conseil supérieur de la réserve militaire, le nombre de réservistes opérationnels (payés à la journée selon leur grade) est passé de 18.162 en 1999 à… 57.187 en 2011, dont 20 % d’officiers, 38 % de sous-officiers et 42 % de militaires du rang. Celui des « réservistes citoyens », bénévoles chargés du rayonnement des armées, a été de 2.660 (16 % de femmes) en 2011, dont 67 % d’officiers supérieurs, 22 % d’officiers subalternes, 10 % de sous-officiers et 1 % de militaires du rang. La Gendarmerie a accueilli son 1.000ème réserviste citoyen le 13 février 2013. Pourtant, en période de restriction budgétaire comme en 2012, la réserve sert de variable d’ajustement. Les armées privilégient en effet les réservistes opérationnels susceptibles de les servir 40-50 jours par an, alors que la moyenne est de 25 j/an. Le moral des laissés-pour-compte s’en ressent. Pour remédier à cet état de fait, le ministère de la Défense a défini cinq priorités pour 2013 : valoriser les collectivités locales et les « correspondants-défense » ; mettre en avant les réservistes opérationnels et citoyens ; susciter l’adhésion des entreprises et des administrations partenaires ; associer le ministère de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; coopérer avec les associations de réservistes.

Loïc Salmon




DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

La Direction générale de l’armement (DGA) mise sur l’expertise technologique de l’industrie de défense française pour en préserver la compétitivité et maintenir les capacités des forces armées au meilleur standard.

C’est ce qu’a déclaré son délégué général, Laurent Collet-Billon, le 13 février 2013 à Paris, lors de la présentation à la presse des résultats de l’activité 2012.

L’équipement des forces. La DGA a dépensé 10.984 M€ pour équiper les forces armées françaises, contre 9.496 M€ en 2011, environ 5.000 M€ pour promouvoir les exportations (6.516 M€) et 725 M€ dans les études amont pour préparer l’avenir (724 M€). Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a décidé de porter à 750 M€, en 2013, ce dernier montant destiné aux entreprises de défense à haute valeur technologique et source d’emplois peu délocalisables. Les paiements relatifs à l’équipement des forces ont concerné notamment le Commissariat à l’énergie atomique (1.724 M€), EADS (1.550 M€), Thales (1.547 M€), DCNS (1.532 M€), Dassault (928 M€), Safran (916 M€), MBDA (600 M€), Nexter (500 M€), le Centre national d’études spatiales (244 M€), Renault Trucks Defense (134 M€), Panhard général Defense (61 M€), BAE Systems (50 M€) et diverses petites et moyennes entreprises (1.199 M€). En 2012, la DGA a pris livraison en octobre du Rafale C137, premier avion de combat européen à être équipé en série du radar RBE2 Aesa à antenne active, à portée de détection accrue et à maintenance simplifiée. Le Rafale C137 est aussi équipé d’un détecteur de départ missile amélioré et d’une optronique « secteur frontal » de nouvelle génération. La frégate multimissions Aquitaine, première de la série du programme FREMM, a été livrée à la Marine en novembre. Déployée au sein d’une coalition européenne, elle permettra à la France d’apporter des capacités de maîtrise du  milieu aéromaritime et, dès 2014, de frappes de précision dans la profondeur avec le missile de croisière naval, en cours de développement (voir revue téléchargeable 305 Septembre 2011, p.15-16). Fin novembre, la DGA a réceptionné 10.170 systèmes « Félin » (Fantassin à équipements et liaisons intégrés), de quoi en doter dix régiments d’infanterie de l’armée de Terre. Déployé avec succès en Afghanistan depuis fin 2011, Félin améliore les fonctions de protection, d’observation, de communication, d’emploi des armes, de mobilité et de soutien des combattants au contact direct de l’adversaire. Il inclut notamment gilet pare-balles, tenue de protections nucléaire, biologique et chimique, lunettes de tirs jour/nuit et arme individuelle ou collective. Son système d’information facilite l’intégration des groupes de combat dans la chaîne de commandement numérisée et confère au combattant une capacité de combat en réseau. Dix autres régiments seront dotés du Félin d’ici à 2015, à raison de quatre par an. Parallèlement, la DGA poursuit l’accompagnement des forces en opérations dans la maîtrise de leur environnement et des menaces possibles. La procédure, dite « d’urgence opérationnelle », a permis de réduire l’exposition de forces engagées : protection renforcée des véhicules blindés AMX10RC contre les attaques de roquettes ; robot terrestre « Minirogen » de recherche d’engins explosifs improvisés pour l’ouverture d’itinéraire piégé ; alerteur de départ de tir indirect GA10, installé dans les bases opérationnelles avancées. Enfin, indique Laurent Collet-Billon, les retours d’expérience en opérations extérieures (Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye et Mali) constituent un plan de réflexions sur les besoins des armées, qui remonte à l’Etat-major des armées, dont le chef en informe la DGA.

L’exportation d’armement. En 2012, les exportations françaises d’armement ont été réalisées à 40 % vers l’Asie-Pacifique et à 16 % vers les pays du golfe Arabo-Persique. Le plus gros contrat, supérieur à 1 Md€, porte sur la fourniture de missiles air/air Mica (voir encadré) pour les Mirage 2000 de l’armée de l’Air indienne. Des discussions sont en cours sur le système de défense aérienne de courte portée SRASM et surtout l’avion de chasse Rafale avec un transfert de technologie.  Ce dernier, précise Laurent Collet-Billon, est encadré et nécessite une décision interministérielle. Toutefois, « il faut être certain de conserver un temps d’avance technologique ». Toutes les entreprises d’armement étrangères y sont confrontées. Les armements français sont destinés d’abord aux forces armées nationales, puis éventuellement exportés selon les critères de performance définis par le client et le constructeur. Par exemple, la frégate FREMM dispose d’un équipage plus réduit que les normes en vigueur dans les autres Marines. Pourtant, DCNS a pris le risque de construire la corvette « Gowind » uniquement pour l’exportation et l’a vendue à la Malaisie. Enfin, le missile Aster 30 et le futur missile de croisière naval ne sont pas exportables.

La coopération. La DGA coopère avec les Etats-Unis dans les domaines suivants : amélioration des capacités de renseignement ; interopérabilité des armements ; rénovation de l’avionique des avions ravitailleurs KC 135 ; acquisition de munitions 5,56 mm ; formation des pilotes d’aéronavale. Dans le cadre de l’OTAN, elle a contribué à la spécification technique des besoins de commandement et de contrôle de la défense antimissile, mais en veillant à sa cohérence avec le système de commandement et de contrôle des opérations aériennes développé par Thales (France) et Raytheon (Etats-Unis). La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le drone tactique « Watchkeeper » pour l’armée de Terre, le  missile de croisière et la lutte contre les mines. Enfin, la DGA a signé 87 accords internationaux en 2012.

Loïc Salmon

Le missile français anti-aérien Mica (Missile d’interception, de combat et d’auto-défense), construit par MBDA, emporte 12 kg d’explosifs avec effet de souffle et de fragmentation. D’un poids de 112 kg et d’une portée de 500 m à 80 km, il est équipé d’un système de guidage à radar actif ou infrarouge passif selon les versions. Il existe en versions air/air (photo), terrestre et maritime. Les deux dernières sont à lancement vertical (VL-Mica). La version terrestre assure la défense aérienne d’installations civiles ou militaires ou la protection de forces en opérations. La version maritime couvre une zone d’engagement de 360 degrés en conservant la furtivité du navire. La version air/air du Mica équipe les Mirage 2000-5 de l’armée de l’Air et les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine nationale ainsi que les armées de l’Air grecque, taïwanaise, indienne et des Emirats arabes unis. Le VL-Mica a été acheté par Oman, le Maroc et les Emirats arabes unis.

 




Robotisation du champ de bataille : état de l’art

La présence croissante des robots sur la zone de combat, dotés ou non d’une certaine autonomie de décision, constitue une mutation de l’affrontement lui-même avec des conséquences, notamment sur l’emploi des forces terrestres.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 21 février 2013 à Paris, par les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC), l’Association Minerve de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique et le Forum du futur. Y ont notamment participé : Ronan Doare, Yves Bergeon et Gérard de Boisboissel (Centre de recherche des ESCC) ; l’ingénieur principal des études et techniques de l’armement Eva Grück ; Guy Caverot  (BA Systèmes) ; le colonel Thierry Pelletier (Section technique de l’armée de terre) ; Patrick Peras (groupe ECA).

La mise en service. Les drones sont les robots militaires les plus nombreux, car il est plus facile de se déplacer dans l’air qu’à l’intérieur d’un bâtiment. Ils apportent une réponse opérationnelle aux missions de surveillance, d’acquisition d’objectifs, de renseignement et de reconnaissance. Les robots terrestres doivent remplir les missions « monotones, sales et dangereuses », à savoir le déminage et la surveillance. Les Etats-Unis en ont déployé plus de 10.000 en Irak et en Afghanistan. Beaucoup de robots terrestres armés disposent d’une autonomie de déplacement, mais très peu d’une autonomie de décision.

Comme il faut garantir la maîtrise du feu en toutes circonstances, leur emploi est donc limité par la complexité de l’environnement pour la décision de tir. Israël et la Corée du Sud s’en servent pour garder les frontières, dont l’environnement est connu et où les intrus sont considérés comme « illégitimes ».  Par ailleurs, les technologies grand public de robots télé-opérés pourraient trouver un usage militaire dans les escadrons d’éclairage et d’investigation de l’infanterie et de l’arme blindée-cavalerie, qui doivent notamment : déceler les positions de l’ennemi et déterminer sa nature et son volume ; reconnaître les itinéraires ; flanc-garder le dispositif ; couvrir les intervalles entre les unités déployées. En contrepartie, l’analyse des menaces doit prendre les robots en compte. Déjà, en juin 2012, l’armée de Terre française a élaboré une doctrine en la matière. Elle définit le robot militaire comme une plateforme mobile terrestre, réutilisable, équipée de capteurs et d’effecteurs (moyens d’action) et destinée à réaliser, avec un certain degré d’autonomie, des actes élémentaires dans le cadre de la manœuvre aéroterrestre. Le robot doit permettre au soldat de se concentrer sur la tâche que lui seul peut réaliser. Ainsi, il répond à des besoins : survie du combattant ; accroissement de ses capacités ; réalisation de tâches répétitives et fastidieuses. Le génie utilise des robots pour la neutralisation d’explosifs et l’ouverture d’itinéraire piégé. Le 2ème Régiment étranger d’infanterie évalue la robotisation au contact : petits véhicules à roues ou chenilles, portables par un seul homme, et microdrones à voilure fixe ou tournante. L’armée britannique développe un « nanodrone », qui tient dans la main et permet de voir de l’autre côté d’un mur.

La recherche. Vu que les missions des robots terrestres incluront bientôt la logistique, la recherche et le développement demeurent prioritaires pour ne pas « décrocher ». Selon le Centre de recherche des ESCC, les enjeux pour les forces armées sont d’ordres juridiques (réglementation), sociologiques (acceptabilité), économiques (coûts), tactiques et technologiques. Pour les Etats, ils deviennent politiques : éthique quant à l’emploi de drones armés ; protection « technologique » des frontières. En outre, le Conseil national de l’industrie, créé le 5 février 2013, va coordonner l’action de douze comités stratégiques de filières (entreprises, partenaires institutionnels et ministères), en vue de créer notamment une filière industrielle robotique. La Direction générale de l’armement et l’Agence nationale de la recherche coopèrent déjà dans ce domaine. Entre 2009 et 2012, elles ont développé les petits robots d’exploration pour cartographier un territoire. Depuis 2013, elles s’intéressent aux véhicules « intelligents », qui se déplaceront en milieu urbain. Un robot est capable d’actions réflexes comme la conduite de tir, d’assurer des mouvements répétitifs et de naviguer de façon autonome (GPS, évitement d’obstacles, suivi de routes), mais sa capacité d’interprétation (reconnaissance et classification d’objets) reste encore très limitée. Aujourd’hui, le robot militaire est utilisé isolément pour limiter l’exposition du combattant dans une zone potentiellement dangereuse. Demain, au sein d’un système de force, il aura un effet démultiplicateur, en vue d’assurer la permanence de l’action. L’approche industrielle passe par une mise en phase des cycles d’évolution robotiques (3 à 5 ans) avec ceux des armées (supérieurs à 10 ans) et l’identification des familles de robots à développer dans les dix prochaines années, avec des tendances à la miniaturisation, la réalisation de tâches de plus en plus complexes et la mise en réseau (micro-robots, bras manipulateurs très sophistiqués et essaims). Toutefois, le robot milita    ire reste soumis à certaines contraintes : doctrine d’emploi spécifiée en amont ; fiabilité par des températures de – 40 ° C à + 70 ° C, simplicité, rusticité, durabilité et poids ; autonomie en adéquation avec la mission ; capacité opérationnelle dans tous les cas et toutes les conditions ; sécurisation des communications, chiffrement de données et interopérabilité. Compte tenu des aléas du combat, le robot doit rester un produit consommable, donc bon marché. Il devra être modulaire pour répondre à l’accroissement des performances. Ces modules seront sélectionnés selon la mission : caméra infrarouge ; bras téléopéré ; capteurs de menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Le robot du futur devra pouvoir s’adapter aux besoins propres des composantes de l’armée de Terre, à savoir, le génie, l’artillerie, l’infanterie, l’arme blindée-cavalerie, les transmissions et le matériel/train. Son cycle de développement devra rester court, y compris les périodes d’essais. Enfin, la dualité civil/militaire permettra d’intégrer les innovations technologiques et de réduire les coûts.

Loïc Salmon

Depuis 2010, le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan a lancé un programme sur la robotisation du champ de bataille, en partenariat avec des institutions, des universitaires et des entreprises. Par ailleurs, le Groupe national de recherche en robotique compte plus de 60 équipes (1.300 chercheurs, enseignants et étudiants en master et doctorat) dans diverses universités et institutions, dont le Centre national de la recherche scientifique, l‘Institut national de recherche en informatique et en automatique, le Commissariat à l’énergie atomique et l’Office national d’études et de recherches aérospatiales. Parmi ses partenaires industriels, figurent notamment Thales, Dassault Aviation, Nexter, BA Systèmes et Bouygues Construction.




Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

L’intervention militaire française au Mali a eu un effet positif sur le recrutement des jeunes de 18-24 ans, a déclaré, le 28 février 2013 à Paris, le général de brigade Benoît Royal, sous-directeur recrutement à la Direction des ressources humaines de l’armée de terre. Celle-ci compte embaucher 10.000 militaires cette année, sur une population cible de 120.000 civils. Avec un budget de 800 €/jeune, elle arrive en quinzième position parmi les principaux employeurs, mais, en termes d’effectifs, à la deuxième derrière Mac Donald qui souhaite embaucher 20.700 jeunes. L’armée de Terre rencontre en effet de nombreuses difficultés structurelles : baisse générale des effectifs de la classe d’âge concernée ; effet répulsif des pertes humaines en Afghanistan ; perte de visibilité des militaires auprès de la population ; désertification militaire de zones sur le territoire national ; attentisme de la jeunesse ; contraintes du métier. Par ailleurs, les familles n’accompagnent plus leurs enfants dans les bureaux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre. De plus en plus de parents n’ont pas connu le service national. Pour combler son déficit d’image,  elle recourt surtout à la publicité, de plus en plus chère mais indispensable : télévision, internet, réseaux sociaux, affichage et presse. La part d’internet parmi les origines des candidatures croît régulièrement : 31 % en 2010, 39 % en 2011, 43 % en 2012 et 53 % en 2013. Une campagne de spots télévisés entraîne 140.000 clics par semaine sur le site internet de recrutement, contre 40.000 sans spots. La campagne 2013 est la première où des scènes d’opérations sont reconstituées pour rechercher l’authenticité. Selon le général Royal, les jeunes réfléchissent sur l’idée qu’ils se font de l’armée de Terre et recherchent « un métier qui sert à quelque chose, qui ait du sens ». Environ 15 % des recrutés savent dans quelle arme ils veulent servir. Moins de 10 % des jeunes recrutés en 2012 étaient au chômage. La solde d’un engagé, nourri et logé, se monte à 1.200 € net par mois. Enfin, l’armée de Terre poursuit ses efforts de fidélisation du personnel. Le taux de dénonciation de contrat des engagés volontaires est en effet passé de 24,8 % en 2007 à 30 % en 2009 pour retomber à 23 % en 2012.

Loïc Salmon




Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

« La phase ultime » de l’opération Serval, considérée comme la plus difficile, « va durer encore tout le mois de mars et, à partir du mois d’avril, il y aura une diminution du nombre de soldats français au Mali, dès lors que les forces africaines seront en relais, appuyées par les Européens », a déclaré le président de la République, François Hollande, chef des armées, au cours d’une conférence de presse à Varsovie le 6 mars 2013. Le lendemain, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au Mali pour rencontrer les troupes franco-maliennes engagées dans la vallée de l’Amettetaï, lieu de l’offensive du 27 février au 4 mars, et dans les villes de Tessalit et de Gao. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.300 soldats du Niger, du Nigeria, du Burkina Faso et surtout du Tchad (2.000 hommes) sont déployés au Mali. S’y ajoutent des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. Le bilan des combats entre les 1er et 7 mars s’établit à : 180 sorties aériennes, dont 60 pour les frappes, 60 pour le soutien ravitaillement et santé et 60 pour le transport ; destruction de sites logistiques et de véhicules ; 50 djihadistes tués et 5 prisonniers, dont certains très jeunes ; 2 Français tués (2 et 6 mars) ; découverte de caches, postes de combat, armement, munitions et ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Les armes et munitions trouvées proviennent surtout des stocks de l’armée malienne et un peu de Libye. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes, qui avaient pris leurs dispositions pour tenir longtemps (dépôts de munitions et de vivres), cherchent à infliger le maximum de pertes aux unités françaises et tchadiennes. Les forces françaises, qui bénéficient des appuis feux des hélicoptères et avions de chasse, se coordonnent avec les troupes tchadiennes pour acquérir la supériorité et exploiter très vite le renseignement opérationnel, en vue de relancer l’action et garder l’initiative. Les conditions sont particulièrement difficiles : température de 35-40 ° C ; terrain rocailleux avec de fréquents dénivelés de 100 m ; chargement individuel de 25 kg (gilet pare-balles, vivres et munitions). Par ailleurs, 13 avions de transport et 2 hélicoptères sont fournis par : les Etats-Unis, 3 avions C17 ; la Grande-Bretagne, 1 C17 ; le Canada, 1 C17 ; la Belgique, 2 avions C130 et 2 hélicoptères ; l’Allemagne, 2 avions C160 et 1 avion A 3010 ; l’Espagne ,1 C130 ; le Danemark, 1 C130 ; les Pays-Bas, 1 avion DC 10. Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : quatrième Français tué au cours de l’opération « Serval »

Un militaire français a été mortellement touché le 6 mars 2013, lors d’un accrochage avec les djihadistes près de Tin Keraten, à 100 km de Gao dans l’Est du Mali. Il s’agit du brigadier-chef Wilfried Pingaud du 68ème Régiment d’artillerie d’Afrique. Cela porte à quatre le nombre de Français tués depuis le déclenchement de l’opération Serval le 11 janvier. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se  désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : deux Français tués dans l’Adrar, principale zone d’opération

Quelque 1.200 militaires français, 800 soldats tchadiens et un élément malien ont été déployés dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord du Mali), refuge des islamistes. Plusieurs accrochages se sont produits à l’issue de l’opération de reconnaissance « Panthère IV » déclenchée le 18 février 2013. Au 3 mars, le dernier bilan connu s’établit à : 90 djihadistes tués par les Tchadiens et 40 par les Français ; 26 Tchadiens tués ; 2 Français tués et 2 légèrement blessés ; plus de 10 sites logistiques, 15 pick up et 1 véhicule blindé BRDM2 détruits ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Deux canons Caesar de 155 mm ont été envoyés dans la région pour compléter l’appui feu aérien (voir plus loin). Panthère IV, terminée dès la localisation de l’adversaire, avait mobilisé 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Le 2 mars, le caporal Cédric Charenton (1er Régiment de chasseurs parachutistes) a été tué au cours d’un violent combat. Auparavant, le 19 février, lors d’un accrochage à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Panthère IV avait utilisé des moyens de renseignement (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : le massif de l’Adrar, principale zone d’opération

Quelque 1.200 militaires français, 800 soldats tchadiens et un élément malien ont été déployés dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord du Mali), refuge des islamistes. Plusieurs accrochages se sont produits à l’issue de l’opération de reconnaissance « Panthère IV » déclenchée le 18 février 2013. Le 27 février, le bilan s’établit à : 90 djihadistes tués par les Tchadiens et 40 par les Français ; 23 Tchadiens tués ; 1 Français tué et 2 légèrement blessés ; plus de 10 sites logistiques, 15 pick up et 1 véhicule blindé BRDM2 détruits ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se  désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Deux canons Caesar de 155 mm ont été envoyés dans la région pour compléter l’appui feu aérien (voir plus loin). Panthère IV, terminée dès la localisation de l’adversaire, avait mobilisé 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Lors d’un accrochage le 19 février à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (section de commandos parachutistes du 2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Un hommage snational lui a été rendu, trois jours plus tard aux Invalides à Paris, en présence du ministre de la Défense jean-Yves Le Drian. Panthère IV avait utilisé des moyens de renseignement (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Le renseignement, clé pour la connaissance et l’anticipation

Outil de sécurité et souveraineté d’un pays, le renseignement prend encore plus d’importance dans le contexte mondial actuel, particulièrement volatil, selon François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique.

Il s’est exprimé sur ce sujet lors d’une conférence et d’un débat organisés, le 24 janvier 2013 à Paris, par le Forum du futur et l’Association Minerve de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique. Auteur du livre « Espionnage et renseignement : le vrai dossier » (2012), il n’a jamais été engagé dans la production du renseignement, mais en a été utilisateur étatique et industriel, client, prescripteur et même… cible pendant la guerre froide.

Fonction stratégique. Les interventions en Libye (2011) et au Mali (2013) soulignent l’importance de la connaissance et de l’anticipation, grâce à des moyens de renseignements techniques et humains, avant tout engagement. Deux tendances lourdes d’évolutions techno-économiques se manifestent aujourd’hui dans la défense : la réduction des effectifs sur un seul théâtre d’opérations et la précision des armes. Ainsi, alors que les Etats-Unis ont envoyé 550.000 hommes au Viet Nam entre 1964 et 1975, ils n’en ont déployé que 150.000 en Afghanistan depuis 2001 et dans le cadre de l’OTAN. De plus, comme le coût unitaire d’une arme double à chaque changement de génération d’armement, le drone a remplacé, en partie, l’avion de combat. Enfin, à investissement constant, la capacité croissante des microprocesseurs sur une petite surface permet d’intégrer davantage d’informations dans les systèmes d’armes en vue d’affiner les tirs. Selon François Heisbourg, les capacités de renseignement de la France s’accroissent de façon remarquable à budget global constant, grâce notamment à la mutualisation des moyens techniques, mais elles accusent un retard en matière de drones. Les industriels français savent réaliser des satellites de renseignement optique et d’écoute (voir rubrique « Archives » : Renseignement militaire 21/12/2011). Mais, pour déchiffrer la production des satellites d’écoute, il faut davantage de moyens humains, capacité opérationnelle recommandée par le Livre Blanc 2008 de la défense et de la sécurité nationale. Ces mêmes industriels sont aussi compétents dans l’alerte par satellite du décollage d’une fusée et de la séparation de ses étages au cours du vol, notamment dans le cas de l’Iran et sans avoir à le demander aux Etats-Unis. Il est en effet vital pour un Etat de savoir qui tire quoi et pour aller où. Quant aux services de renseignement (SR), la Direction générale de la sécurité extérieure bénéficie d’une augmentation de ses moyens humains et financiers. La Direction du renseignement militaire dépend directement du chef d’Etat-major des armées pour ses investissements et, nouveauté, son directeur participe aux réunions des sous-chefs d’état-major des trois armées. La communauté française du renseignement, qui inclut aussi la Direction centrale du renseignement intérieur, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, l’Académie du renseignement et la Douane, compte 14.000 fonctionnaires et dispose d’un budget annuel de 1,4 Md€. Elle est au « seuil de crédibilité et progresse dans le domaine technique » par rapport à ses principaux alliés. Toutefois, souligne François Heisbourg, il ne faut pas demander aux SR ce qu’ils ne peuvent pas faire. Ils sont capables de percer les secrets de coffres-forts, banques de données et comptes bancaires. Mais, ils n’étaient pas équipés pour déterminer les dates de la chute de l’Union soviétique en 1991 ou des révolutions du « printemps arabe » depuis 2010. La connaissance de l’évolution des sociétés des pays concernés relève des travaux des universitaires, diplomates et journalistes sur place.

Renseignement et démocratie. L’action des SR se différencie de la recherche académique et diplomatique et du journalisme d’investigation. Ils doivent impérativement protéger leurs sources et, à l’occasion, employer des moyens peu ordinaires. Le secret est au cœur du renseignement. Pourtant, la révolution technique de l’information par l’internet accroît l’importance des sources « ouvertes » et offre le moyen de collecter des informations comparables à celles des SR. Or, pour les zones « grises » comme, par exemple, la traque de groupes terroristes, la valeur ajoutée découle de la capacité des SR à corréler les informations, souligne François Heisbourg. Cependant, les méthodes des SR sont parfois peu compatibles avec les valeurs des sociétés démocratiques, soucieuses de leurs opinions publiques. Ainsi, parallèlement au conflit afghan, les Etats-Unis mènent une guerre discrète au Pakistan. En trois ans, les drones armés de la CIA ont atteint avec succès 700 « cibles à haute valeur ajoutée »… mais avec des dégâts collatéraux ! En l’absence de tout cadre juridique, la guerre des drones, présentée comme « intelligente », suscite quand même des interrogations aux Etats-Unis, malgré les explications embarrassées de la Maison Blanche. Par ailleurs, les SR étant composés de fonctionnaires, il est donc tentant de les externaliser pour préserver la responsabilité de l’Etat, sans pour autant en mesurer les conséquences. Ainsi, pendant son intervention en Irak (2003-2011), le gouvernement américain a laissé des sociétés privées procéder à des interrogatoires pour le compte de la CIA, sapant ainsi la légitimité de l’Etat, estime François Heisbourg. Enfin, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les SR font l’objet d’un contrôle parlementaire depuis longtemps. En France, la Délégation parlementaire n’a vu le jour…qu’en 2007 ! Les députés et sénateurs qui en font partie sont dûment habilités, mais n’ont pas accès aux opérations des SR, afin de garantir la sécurité des agents (rubrique « Archives » : Renseignement et Parlement 01/02/2012). Au niveau du pouvoir exécutif, indique François Heisbourg, « le politique qui découvre le renseignement « fermé » se rend très vite compte de son importance ».  Au niveau international, il ajoute : « Le renseignement ne se partage pas, il s’échange ».

Loïc Salmon

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

DCRI : anticiper les menaces futures

Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, François Heisbourg est notamment président du conseil de la Fondation du centre de politique de sécurité de Genève depuis 1998, président de l’Institut international de Londres pour les études stratégiques depuis 2001, membre de la Commission internationale sur la non-prolifération et le désarmement nucléaire et enfin conseiller du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères et de la Fondation pour la recherche stratégique, qu’il a dirigée de 2001 à 2005. Il a fait aussi partie du cabinet du ministre de la Défense (1981-1984), du comité de pilotage du Livre Blanc sur la sécurité des Français face au terrorisme (2005-2006) et de la commission du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale (2007-2008). Enfin, dans le domaine industriel, il a été directeur général adjoint de Thomson International pour la coopération européenne (1984-1987) et directeur du développement stratégique de Matra Défense Espace (1992-1998).




Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Le sous-marin à propulsion nucléaire d’attaque (SNA), capable de rester longtemps sur un théâtre lointain, est un projecteur de puissance contre la terre avec le missile de croisière naval et un projecteur de forces pour les opérations spéciales.

Le SNA peut aussi sécuriser un porte-avions et son escorte, devenus trop rapides pour les sous-marins à propulsion diesel-électrique, qui restent quand même une menace sérieuse. Son évolution future a fait l’objet d’une table ronde organisée, le 18 décembre 2012 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine. Y ont notamment participé : le vice-amiral d’escadre Charles-Edouard de Coriolis, commandant des Forces sous-marines et de la Force océanique stratégique ; les ingénieurs en chef de l’Armement Christian Dugué et Yannick Le Yaouanc de la Délégation générale de l’armement ; le capitaine de vaisseau Marc Ginisty de l’état-major de la Marine ; Christian Dufour du groupe d’armement naval DCNS.

L’opérationnel et le technique. La Russie envoie des SNA dans le Pacifique. L’Inde a loué deux SNA russes de type « Akula » et prépare un projet national. La Chine a construit une nouvelle base navale dans l’île de Haïnan pour que les siens aient accès aux eaux profondes. La Marine française souhaite des « modules » pour ses SNA, en vue de s’adapter à l’évolution des menaces et d’avoir la capacité de s’en prémunir. Ainsi, pour arriver en océan Indien, il faut 17 jours à un SNA de type « Rubis » conçu, pendant et pour la guerre froide (1947-1991), pour la lutte anti-sous-marine et anti-navire de surface ainsi que le renseignement. Sa puissance repose sur sa capacité à durer sur zone,  sa capacité de feu, la qualité de ses capteurs, sa capacité à communiquer et agir dans un cadre interallié. Sa capacité à durer dépend de sa coque, son énergie électrique, son réacteur nucléaire et sa faible vulnérabilité. La capacité de feu du SNA français va augmenter avec l’élargissement du panel de ses armes : aujourd’hui les torpilles et l’embarquement de forces spéciales, demain les drones et le missile de croisière naval pour des frappes en profondeur contre la terre. Or, ces armes, même prévues, vont évoluer selon leur propre cycle de vie. Les capteurs et moyens de communication sont modifiés en permanence et consomment beaucoup d’électricité pour être efficaces et discrets. Ainsi, le sonar, destiné à l’origine à la détection de bâtiments, sous-marins et mines ainsi qu’au guidage des torpilles, intervient aussi dans la navigation en zone littorale peu profonde. Les « mâts » du SNA ne sont plus constitués d’un simple périscope, mais abritent plusieurs capteurs (antennes, radar et caméras numérique et infrarouge) et les systèmes de pointage. D’un poids total de près d’une tonne à hisser de 5 à 10 m discrètement pour ne pas être repérés, ils doivent programmer, capter et analyser en quelques secondes. En fin de compte, les SNA français se sont révélés des outils adaptables et d’emploi flexible sur le long terme. Vu que la durée de vie d’un bâtiment en général peut dépasser celle d’une entreprise ou du moins de sa stratégie, un ingénieur en verra peut-être deux au cours de sa carrière, mais n’en construira qu’un ! En conséquence, il s’agit de prévoir des marges d’évolution des matériels qui, de plus, ne dureront pas de la même façon à bord.

Le programme Barracuda. En vue de déploiements lointains de longue durée, les SNA français devront accroître leur autonomie et la redondance de leurs équipements et aussi  regrouper leurs périodes de maintenance. Leur vie passera de 35 ans pour ceux du type Rubis (74 m de long, 2.600 t) à plus de 40 ans pour ceux du type Barracuda (100 m, 5.000 t). Le premier SNA de nouvelle génération entrera en service actif en 2017 et le  sixième le quittera… vers 2070 ! Chacun sera équipé d’une liaison tactique performante, dérivée de celle des nouvelles frégates multi-missions et adaptée à ses antennes pour le débit (système de données) et les vacations (réception des informations). Afin de pouvoir embarquer des équipements plus grands, l’équipage sera restreint à 60 hommes au lieu de 70 actuellement. Comme les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique, chaque Barracuda pourra partir 90 jours d’affilée et disposera de deux équipages qui se relaieront, non au port d’attache, mais dans un port d’appui. Le futur SNA pourra ainsi être projeté très loin pendant six mois. En outre, il aura la capacité d’embarquer 15 passagers, dont deux équipes de nageurs de combat avec leurs propulseurs sous-marins pour effectuer des opérations spéciales à terre. Il sera équipé de mines, du missile anti-navire SM 39, de la prochaine torpille lourde F21 et du futur missile de croisière naval d’environ 1.000 km de portée. Le programme Barracuda, lancé par la Direction générale de l’armement en 1998, est en cours de réalisation par le groupe naval DCNS, qui y mobilise 2.000 personnes dans ses différents sites : Cherbourg pour la coque et la structure d’intégration d’ensemble ; Indret pour la chaufferie et l’appareil moteur ; Toulon pour le système de combat ; Ruelle pour les mécaniques d’armes et de conduite. Les quatre sites participent à l’ingénierie. Le groupe industriel Areva  traite la partie nucléaire. Les travaux ont déjà commencé sur la première série de trois submersibles dénommés Suffren, Duguay-Trouin et Tourville. Enfin, le SNA, qui doit aller là où il se passe quelque chose, souligne l’amiral de Coriolis, occupe une fonction stratégique pour la connaissance et l’anticipation. Il recueille en effet des renseignements d’origines acoustique, électromagnétique et optique, fusionne les données dans la durée et les synthétisent. Il se positionne au plus près des sources, sans que sa présence les alerte et modifie leurs comportements. Ainsi, lors de l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011, un SNA français est resté 95 % du temps en immersion périscopique, en zone littorale et par petit fond.

Loïc Salmon

Même si elle ne dispose que de SNA, la France a construit pour l’exportation des sous-marins à propulsion diesel-électrique (SMD) du type « Scorpène » : 4 au Brésil, 2 au Chili, 6 en Inde et 2 en Malaisie. Leur propulsion indépendante de l’air (AIP) leur permet des plongées plus longues et améliore leurs performances : vitesse maximale, 20 à 21 nœuds (37/38 km/h) ; autonomie à 19 ou 20 nœuds, 2 à 3 heures ; autonomie à 3 ou 4 nœuds, 15 à 20 jours au lieu de 5/6 j pour les SMD dépourvus d’AIP ; distances franchissables à 8 ou 9 nœuds, 12.000 milles nautiques (plus de 22.000 km). Un SMD AIP, parti de France, peut rallier la Libye en 6 jours, la Syrie en 13 j et la Somalie (environ 3.000 milles) en 24 j et rester 15 j environ sur zone. Par contre, un SNA de type « Rubis », actuellement en service, atteint la Libye en 5 j, la Somalie en 11 j et le détroit de Malacca (6.000 milles) en 17/18 j et reste environ 30 j sur zone. Le futur SNA de type « Barracuda » arrivera dans le golfe Arabo-Persique (5.000 milles) en 10 j et en mer de Chine (7.000 milles) en 19/20 j et pourra rester plus de 40 j sur zone. Enfin, il bénéficiera des dernières études réalisées pour le Scorpène en matière d’invulnérabilité acoustique.