Marine nationale : une capacité opérationnelle globale

La capacité opérationnelle de la Marine repose sur la possibilité d’intervention partout dans le monde (groupes aéronaval et amphibie), la dissuasion (Forces océanique stratégique et d’action navale nucléaire), la protection (contre-terrorisme et guerre des mines) et le renseignement (connaissance et anticipation).

Son chef d’état-major, l’amiral Bernard Rogel a fait le point de la situation le 9 février 2015 à Paris, au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Permanence des opérations. En raison de la richesse du fond des océans, les pays riverains instaurent de nouvelles frontières maritimes pour y imposer leur souveraineté, à l’origine de tensions. Alors que le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale fixe 2 zones de surveillance à la Marine, celle-ci en couvre 4 ou 5 pour préserver les intérêts de la France, rappelle son chef d’état-major. Ainsi, le porte-avions Charles-de-Gaulle et un groupe de guerre des mines se trouvent en océan Indien, zone stratégique. Environ 90 % de la consommation mondiale de pétrole y transite et passe par le canal de Suez et les détroits d’Ormuz, de Bab-el-Mandeb et de Malacca. La piraterie continue en océan Indien et repart en Asie du Sud-Est (Malacca et Sud de la Chine) avec le détournement de pétroliers ou le siphonage des cargaisons en mer. Elle arrive dans le golfe de Guinée, où sévissent le brigandage maritime (attaques de navires de soutien des plates-formes pétrolières), la pêche illégale et surtout les trafics de drogue, d’armes et de cigarettes, qui alimentent le terrorisme à terre. Dans le cadre de l’opération permanente « Corymbe », un bâtiment de la Marine nationale patrouille dans le golfe de Guinée, où 75.000 ressortissants français vivent dans les pays riverains. Il s’agit notamment d’éviter un lien entre piraterie et l’organisation djihadiste Boko Haram, très active dans la région. Outre la prévention, « Corymbe » inclut un volet formation des Marines africaines. Le sommet de Yaoundé sur la lutte contre la piraterie, qui a réuni 13 pays africains en 2013, a décidé d’ouvrir des centres de surveillance en Afrique Centrale et de l’Ouest. Des moyens maritimes ont été fournis par 8 pays, dont la France. Cette dernière coopère avec l’agence européenne Frontex pour lutter contre l’immigration illégale en Méditerranée occidentale par le détroit de Gibraltar. Toutefois, « un immigrant illégal est un naufragé à sauver », rappelle l’amiral, qui indique que 13.000 migrants ont été interceptés ou secourus à Mayotte en 2014. Par ailleurs, la France entretient un partenariat stratégique avec l’Inde, qui acquiert une puissance navale. La Russie a conservé sa capacité sous-marine et déploie notamment une quinzaine de bâtiments au large de la côte syrienne. La montée en puissance de la Marine chinoise se manifeste par la présence croissante de frégates et de sous-marins en Méditerranée, autour de l’Afrique, en océan Indien et dans le golfe Arabo-Persique.

Capacités de demain. La Marine doit recevoir 4 frégates multimissions (FREMM) avant 2016 et 6 autres avant 2018, qu’elle mettra en service 6 mois après leur livraison. Leur financement entre dans le budget annuel de la Défense, complété par les ressources exceptionnelles des « sociétés de projet ». Ces dernières, à capitaux publics et privés, achèteront des équipements (FREMM et avions de transport tactique A400M) qu’elles reloueront aux armées, avec une clause de rachat par l’État à tout moment. Toutefois, précise l’amiral Rogel, l’activité opérationnelle de la Marine française sera préservée si un bâtiment est vendu en priorité à l’export. Déjà, la Marine égyptienne a manifesté son intention d’acquérir rapidement 1 FREMM (6.000 t) et 4 corvettes Gowind (2.700 t) auprès du constructeur DCNS, pour moderniser sa flotte. Les FREMM françaises, très automatisées, remplaceront progressivement les frégates F70 (4.900 t), très mécaniques. Leurs équipages, composés surtout de spécialistes, seront deux fois moins nombreux, impliquant une adaptation de la Marine. A l’horizon 2025, cette dernière aura besoin de 6 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda, livrables à partir de 2017, et de 15 frégates, dites de 1er rang. Celles-ci, destinées à aller au plus près des zones de crise, auront des capacités de défense aérienne et aussi de lutte anti-sous-marine, en raison de la prolifération des sous-marins dans le monde. Pour compléter les FREMM, la Marine étudie un projet de frégate de taille intermédiaire de l’ordre de 4.000 t. Le choix sera arrêté après la livraison des 3 dernières FREMM, fin 2018. SNA Barracuda et FREMM seront équipés du missile de croisière naval (MDCN) pour frapper dans la profondeur du théâtre d’opérations, dans le cadre d’un engagement en coalition. Cela implique une réflexion sur la stratégie et la tactique à partir de la mer, compte tenu de la polyvalence des missiles de précision Aster 15 (1,7-30 km de portée), Aster 30 (3-120 km) ou MDCN (1.000 km). La Marine, qui dispose déjà de 3 BPC (Mistral, Tonnerre et Dixmude), ne reprendra pas le Vladivostok, destiné à l’origine à la Marine russe et dont les spécificités diffèrent, indique l’amiral. L’avenir du Vladivostok dépendant d’une décision politique, le constructeur DCNS pourrait le proposer à l’exportation. Enfin, la coopération opérationnelle franco-britannique se renforce, notamment par la surveillance aérienne des côtes de la Grande-Bretagne…qui ne dispose plus d’aviation de patrouille maritime !

« Etre marin ». En 2015, après 226 ans de présence à la Place de la Concorde, la Marine installe son état-major à Balard, déménage son service des ressources humaines à Tours et transfère celui du recrutement à Vincennes. Mais elle conserve ses compétences, ses valeurs et son rôle d’intégrateur social, souligne son chef d’état-major. La Marine recrute 180 jeunes par an hors concours, dont 1 parviendra au grade d’amiral ! Elle s’évertue à leur donner une formation diplômante avec équivalence civile, qui facilitera leur reclassement ensuite. Comme plus de 80 % des personnels qui la quittent trouvent un emploi dans l’année qui suit malgré la mauvaise conjoncture économique, il faut fidéliser ceux qui restent, souligne l’amiral Rogel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner

La flotte de surface de la Marine nationale inclut notamment : 1 porte-avions ; 3 bâtiments de projection et de commandement et 1 transport de chalands de débarquement ; 26 frégates ; 4 bâtiments de commandement et de ravitaillement ; 11 chasseurs de mines ; 20 patrouilleurs. La flotte sous-marine compte : 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; 6 sous-marins nucléaires d’attaque. La flotte d’aéronefs totalise : 27 avions de patrouille et de surveillance maritime ; 57 avions de chasse embarquée (Rafale et Super Étendard modernisé) ; 3 avions de guet aérien (Hawkeye) ; 47 hélicoptères de combat et de sauvetage ; 56 aéronefs de service public, soutien et écoles. S’y ajoutent les fusiliers marins, pour la protection des « points sensibles », et les commandos Marine, pour les forces spéciales. En janvier 2015, 38 bâtiments et 5.039 marins sont déployés en Méditerranée occidentale et orientale, océans Atlantique, Indien et Pacifique, Antilles et Guyane.




Défense : « Plus la France a d’alliés, plus sa voix est forte à travers le monde »

Telle est l’opinion du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian exprimée au cours d’une conférence de presse, tenue le 11 mars 2015 à Paris, pour présenter la situation sur les plans stratégique, opérationnel, industriel et sécuritaire. Selon lui, la crise en Ukraine menace la sécurité européenne : « La guerre en Europe, c’est ce que chacun doit redouter lorsque les frontières sont remises en cause et lorsque le droit international est bafoué ». Le partenariat stratégique avec l’Égypte inclut la formation des pilotes des 24 avions de combat Rafale et de l’équipage de la frégate FREMM, qu’elle a commandés. Ce bâtiment étant prélevé sur la flotte de la Marine française, celle-ci va commander une FREMM supplémentaire en compensation. Les négociations sur la vente de Rafale au Qatar se poursuivent, a indiqué le ministre. Sur le plan opérationnel, le porte-avions Charles-de-Gaulle participe à l’opération « Chammal » dans le golfe Arabo-Persique, dans le cadre d’une coalition internationale contre l’organisation Daesh, en vue de la reprise de l’ensemble du territoire irakien par les forces terrestres irakiennes et les « Peshmergas » kurdes. Depuis septembre 2014, le Sud libyen est devenu un creuset de groupes terroristes qui se forment, s’entraînent et reçoivent des armes. Aujourd’hui, précise le ministre, aucune action ne sera entreprise en Libye sans l’accord des pays frontaliers, à savoir l’Égypte, le Soudan, le Tchad, le Niger, l’Algérie et la Tunisie. La Libye s’inscrit dans l’arc de la menace terroriste d’inspiration djihadiste, qui va du Waziristan (zone montagneuse frontalière du Pakistan et de l’Afghanistan) au golfe de Guinée, en passant par le Proche-Orient, la Corne de l’Afrique et le Sahel. Cette menace prolifère là où l’autorité de l’État s’affaiblit. Elle se manifeste sous la forme de deux ensembles : Al-Qaïda et ses nombreuses filiales ; « l’État islamique » ou Daech, qui recrute le plus parmi les groupes sunnites de toutes obédiences. La France, souligne le ministre, apporte un soutien technique (renseignement) et logistique aux pays riverains du lac Tchad dans leur lutte contre Boko Haram, mais ne participe pas au combat. « Les ralliements à Daech de groupes terroristes libyens ou de Boko Haram au Nigeria constituent une menace majeure pour la stabilité de l’Afrique et la sécurité de l’Europe », rappelle le ministre. Sur le plan industriel, les exportations d’armements en 2014 dépassent 8 Md€, soit le double de 2012, indique Jean-Yves Le Drian. Il se rendra en avril au Liban pour la mise en œuvre du contrat « Donas » de livraisons de matériels d’armement français aux forces armées libanaises, financées par l’Arabie Saoudite. Ce contrat de 3 Md$ porte sur des véhicules blindés, hélicoptères, canons et vedettes de surveillance. Il inclut la formation de personnels des trois armées, dans les écoles militaires françaises, et la préparation opérationnelle, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Le ministre a fait un lien entre les menaces directes sur le sol national et celles au-delà des frontières : « A la mi-février, environ 1.400 individus de nationalité française ou résidant en France étaient recensés pour leur implication dans le djihad au Levant. Parmi eux, 400 étaient identifiés dans la région, 90 sont morts au cours de combats et 200 de retour sur le territoire français ». Suite à l’opération « Sentinelle » (Plan Vigipirate) qui déploie 10.000 militaires dans 682 sites en France, le contrat opérationnel de l’armée de Terre sera modifié pour maintenir 7.000 hommes sur le territoire national.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : défi du terrorisme islamiste de l’EIIL

DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

Terrorisme : plan Vigipirate renforcé dans toute la France




Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance

Le 19 février 2015, le président de la République, François Hollande, a rendu publics les moyens de la dissuasion nucléaire de la France : 300 armes, 3 lots de 16 missiles M51 de la Force océanique stratégique (FOST) et 54 vecteurs air sol moyenne portée (ASMP) des Forces aériennes stratégiques (FAS, armée de l’Air et Marine). Lors d’une visite à la base aérienne d’Istres, il a rappelé que l’arme nucléaire est conçue uniquement dans une stratégie défensive. Toutefois, la composante aéroportée peut, en dernier ressort, marquer la volonté de la France à défendre ses « intérêts vitaux » par un avertissement ayant pour objectif de rétablir la dissuasion et ainsi éviter un engrenage vers les solutions extrêmes. Les forces nucléaires françaises doivent pouvoir infliger des dommages inacceptables sur les centres névralgiques, politiques, économiques et militaires de l’adversaire. Vu l’incertitude du contexte international, la réapparition d’une menace étatique majeure n’est pas exclue. La dissuasion nucléaire vise d’abord à protéger la France de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. « C’est nous qui décidons, c’est nous qui apprécions nos intérêts vitaux », souligne le chef des armées. Il réaffirme solennellement que « la France n’utilisera pas d’armes nucléaires contre les États non dotés de l’arme nucléaire, qui sont parties au Traité de non-prolifération et qui respectent leurs obligations internationales de non-prolifération des armes de destruction massive ». La France et la Grande-Bretagne coopèrent dans le domaine nucléaire par des expérimentations de simulation dans une installation de chaque pays. Elles contribuent ainsi à la défense de l’Union européenne, ajoute-t-il. Leurs forces stratégiques indépendantes contribuent également à la dissuasion globale de l’Alliance Atlantique. Cependant, la France ne participe pas et ne participera pas aux mécanismes de planification nucléaire de l’OTAN. La complémentarité de la FOST et des FAS permet au chef de l’État de disposer à tout moment de la gamme d’options nécessaires et suffisantes et de ne jamais être tributaire d’un seul type de moyens. La Loi de programmation militaire 2014-2019 vise à : mettre en service la tête nucléaire du missile océanique M51.3 à partir de 2016 ; lancer les études de conception du sous-marin nucléaire lanceur d’engins de 3ème génération de la FOST ; remplacer, à partir de 2018, les derniers Mirage 2000N par des Rafale emportant le missile ASMP-A (amélioré) ; remplacer la flotte d’avions ravitailleurs KC135 par 12 avions A330 MRTT, dont les 2 premiers seront livrés à partir de 2018 : étudier le successeur de l’ASMP-A. Toutefois, précise le président de la République, « la France ne produit pas et ne produira pas de nouveau types d’armes nucléaires ». Selon lui, la France a démontré que la renonciation complète et irréversible aux essais nucléaires est compatible avec le maintien d’une dissuasion crédible. Il souhaite : l’entrée en vigueur, au plus tôt, du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ; l’arrêt définitif de production de matières fissiles pour les armes nucléaires. La France va bientôt proposer un projet de traité en ce sens, « ambitieux, réaliste et vérifiable ». Tout accroissement du nombre d’États possédant l’arme nucléaire constitue un risque majeur pour la sécurité internationale, rappelle le président. L’Iran n’a pas démontré sa volonté de renoncer à la bombe atomique, dit-il, et la Corée du Nord a procédé à un 3ème essai nucléaire en 2013.

Loïc Salmon

Dissuasion nucléaire : pertinence pérenne et retombées pour les armées

Dissuasion nucléaire : résultat de la puissance militaire et de l’excellence industrielle

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques




Parachutée au clair de lune

La Résistance dans le Sud-Ouest en 1944, vécue de l’intérieur par une Anglaise de 20 ans qui se fait passer pour une Parisienne, voilà un beau sujet de roman d’espionnage, sauf que c’est… véridique !

Anne-Marie Walters (1923-1998), née à Genève de père anglais et de mère française, a en effet été recrutée par le « Special Operations Executive » (SOE) britannique. Ce service d’opérations spéciales, actif surtout en France et en Yougoslavie, a été créé par Winston Churchill en 1940, en vue aider la Résistance dans les pays européens occupés et de participer aux combats de libération à la fin de la guerre. Sur le territoire français, sa section « F » comptera 450 agents qui mettront en place une centaine de réseaux et armeront 10.000 résistants. Les femmes du SOE, souvent très jeunes et jolies, savent user de leur charme pour se sortir d’une situation périlleuse. Après sélection, elles suivent une formation paramilitaire : tir, parachutisme, sécurité (déverrouillage de serrures, mentir l’air de rien et adoption de personnalités différentes), sabotage et transmission d’informations en morse (codage et décodage de messages). Anne-Marie est parachutée le 4 janvier 1944, de nuit dans un champ marécageux, avec un camarade et des conteneurs remplis d’armes, de matériels et d’argent pour les maquisards. Elle prend le nom de guerre de « Colette » et s’aperçoit très vite qu’elle n’a pas l’accent du terroir ! Elle sert d’agent de liaison entre le chef du SOE de la région et les différents réseaux. Cela signifiera beaucoup de km à bicyclette, dans des voitures bringuebalantes ou sur des motos conduites par des gens téméraires, avec plusieurs accidents à la clé. Elle participe à des récupérations de matériels et de personnels des forces spéciales parachutés et aux exfiltrations vers l’Espagne d’aviateurs de pays alliés, dont l’avion a été abattu. Elle apprendra la mort, parfois dans des conditions atroces, de certains compagnons de maquis. Elle raconte son expérience, ses angoisses et ses joies avec force dialogues et détails. Son témoignage est corroboré par des documents du SOE la concernant et rendus publics en 2002. Femme, elle détonne dans ce monde masculin, mais devra, avec difficulté écrit-elle, être « amicale avec tous et très amicale avec aucun ». Blonde et distinguée, elle est repérée et dénoncée, mais évite, de justesse, l’arrestation par la Gestapo. Un jour, dans un compartiment de train, elle se trouve seule avec « un type bizarre » qu’elle a déjà rencontré à Tarbes et qui lui demande de lui dire ce qu’elle fait : « Si vous ne le voulez pas, j’en conclurai que vous appartenez à la Résistance, soit que vous êtes de la Gestapo ». Mais « Colette » s’en sort avec adresse. Après le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, la population du Sud-Ouest subit les représailles de deux divisions SS. « Colette » doit rentrer à Londres, en passant par l’Espagne. Avec six aviateurs, elle franchit les Pyrénées à pied… en jupe de tweed, faute d’avoir reçu un pantalon à temps. Son rappel vient du SOE, à la suite d’un rapport de son chef, le « Patron ». Celui-ci reconnaît son courage et sa détermination à remplir ses missions, mais lui reproche son indiscipline et son indiscrétion excessive. Il précise : « Très obsédée par les hommes et désobéissante sur les affaires privées. Elle constitue un danger, non seulement pour sa propre sécurité, mais pour celle de tous ». Anne-Marie Walters sera quand même décorée de « l’Empire Britannique » en 1945 !

Loïc Salmon

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

Derrière les lignes ennemies

Femmes en guerre 1940-1946

« Parachutée au clair de lune » par Anne-Marie Walters. Éditions Gaussen, 286 pages, 25,50 €




La France libérée

Cet album, réalisé par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, raconte en images la libération de la France, entre septembre 1943 et juin 1945.

A l’époque, les photographes du Service cinématographique de l’armée sont intégrés au sein des unités françaises aux côtés des troupes alliées, dès la campagne de Tunisie (17 novembre 1942-13 mai 1943). L’album commence à partir de septembre 1943 en Corse, premier territoire libéré de la métropole. Puis, les goumiers marocains du corps expéditionnaire français participent à la bataille de Monte Cassino, sous les ordres du général Juin, lors de la campagne d’Italie. Le 1er août 1944, à la tête de la 2ème Division blindée, le général Leclerc foule le sol de France à Utah Beach (Normandie) pour la première fois depuis juillet 1940. En août 1944, la Wehrmacht est encore présente à Nice, depuis son invasion de la zone Sud en novembre 1942. A partir du 15 août, les troupes françaises d’Afrique, commandées par le général de Lattre de Tassigny, débarquent en Provence et installent des canons de DCA sur le littoral de Sainte-Maxime. A Toulon, qui sera bombardé du 20 au 27 août, les hôpitaux seront épargnés grâce aux renseignements d’une infirmière de l’arsenal. Les tirailleurs du 3ème Régiment de tirailleurs algériens progressent dans les faubourgs de Marseille et des éléments de Forces françaises de l’intérieur se postent en embuscade sur la Canebière. Les convois de la 3ème Division d’infanterie algérienne se dirigent vers Aix-en-Provence. Tous sont accueillis en libérateurs dans les villages de Provence. Le 26 août, Rouen vit ses derniers jours d’occupation allemande. Le 14 septembre, le général De Gaulle s’adresse à une foule immense, rassemblée Place des Terreaux à Lyon. La veille, De Lattre de Tassigny, devenu chef de la 1ère Armée française, est entré triomphalement à Dijon. En décembre, les combats continuent près de la Pointe de Grave (Gironde). Les tirailleurs sénégalais de la 9ème Division d’infanterie coloniale se trouvent sur le front des Vosges (8-30 novembre), que viendront inspecter De Gaulle et Churchill (13 novembre). En décembre à Belfort, De Lattre de Tassigny reçoit le général Denvers, commandant de la 7ème Armée américaine, dont il dépend. Les premiers éléments du 1er Régiment de marche de spahis marocains arrivent en Alsace en novembre. A Strasbourg, libéré le 23 novembre, la Place Karl Ross redevient la Place Kléber. Trois jours plus tard, Leclerc peut enfin honorer le serment de Koufra (Libye, 2 mars 1941). Il a fait placarder une affiche dans toute la ville : « Habitants de Strasbourg, la France et ses alliés ne recommenceront pas la faute d’hier, l’envahisseur ne reviendra pas ». Après deux jours de combat, Metz est libéré le 22 novembre par le 20ème Corps d’armée américain. Le lendemain, des tankistes de la 1ère Armée française arrivent à Mulhouse, à proximité de la frontière allemande. Le 15 décembre, le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc atteint le Rhin. Malgré la prise de Colmar le 5 février 1945, les combats se poursuivent encore en Alsace en mars. A Paris, le 18 juin, cinq ans après l’appel de Londres, la foule se presse sur les Champs-Élysées pour voir défiler notamment les spahis à cheval. Quatre jours plus tôt, le général américain Eisenhower a été décoré de la croix de la croix de la Libération par le chef de la France… libérée après cinq ans d’occupation !

Loïc Salmon

Provence 1944

Jour-J

« La France libérée »  ECPAD, agence d’images de la défense, 10 €.

Boutique : <http://www.boutique.ecpad.fr>




Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense

Lutte contre le terrorisme et les trafics transfrontaliers illicites, opérations de maintien de la paix, aide à la sortie de crise et soutien aux exportations françaises d’armement, d’équipements et de savoir-faire constituent les priorités de la DCSD.

Il s’agit de la Direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère des Affaires étrangères, que son directeur, le vice-amiral d’escadre Marin Gillier, a présenté lors d’une rencontre organisée, le 15 janvier 2015 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Organisation et objectifs. La DCSD met en œuvre des projets, bilatéraux ou multilatéraux, portant sur la formation, l’expertise et le conseil, dont elle assure le pilotage et la gestion. Elle agit selon les directives de la présidence de la République et sous la conduite du ministère des Affaires étrangères, avec la participation de ceux de la Défense et de l’Intérieur. Son budget, de 90 M€ en 2015, a été réduit de moitié en dix ans. Son effectif compte 63 personnes à Paris et 330 correspondants dans le monde, dont 280 militaires et 50 diplomates, policiers et experts de la protection civile. Sa coopération, structurelle, complète celles, opérationnelles, de l’État-major des armées, la Gendarmerie et la Direction de la coopération internationale du ministère de l’Intérieur. Systématiquement et partout, elle soutient l’État de droit par la mise en place d’institutions régaliennes pérennes comme la police judiciaire, appuyée par les moyens de la police scientifique, en vue de poursuites en justice fondées sur des preuves et non plus seulement sur des aveux.

Le théâtre africain. Les États africains doivent décider de leur bonne gouvernance, souligne l’amiral. Environ 75 % des actions de la DCSD se déroulent en Afrique subsaharienne. La France coopère avec l’Union africaine, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et la Communauté économique des États d’Afrique centrale pour que l’État de droit soit respecté dans les pays concernés. Quand il ne l’est plus, elle met sa coopération entre parenthèses. La DCSD promeut les moyens de développement et la langue française avant le déploiement éventuel des forces de l’ONU. Celles-ci effectuent 55 % de leurs opérations de maintien de la paix en Afrique francophone mais, pour plus de 30 %, n’ont qu’une connaissance basique du français. En accord avec l’Organisation de l’aviation civile internationale, elle apporte son appui à la surveillance du trafic aérien et la sécurité aéroportuaire à 22 pays : ciblage de passagers ; repérage de faux documents de fret ; forums d’échanges d’informations entre pays africains et avec les pays occidentaux. Pour lutter contre l’épidémie Ébola, la DCSD n’a pas envoyé des médecins, mais 50 spécialistes de la sécurité pour aider les autorités guinéennes à s’organiser. Pays le plus aidé par la communauté internationale, le Mali s’est pourtant écroulé en trois semaines en 2012 pour des raisons diverses, explique l’amiral. La démocratie de façade est minée par le clientélisme et la corruption. L’administration demeure incapable et la volonté politique d’appliquer les accords de paix n’existe pas. L’armée, laissée à l’abandon pour éviter qu’elle fomente des coups d’État, dispose de moyens logistiques disparates, à savoir américains, français et autres. L’assistance internationale échoue, car les institutions chargées du développement refusent de coopérer avec les militaires malgré l’insécurité. La coordination internationale connaît des dysfonctionnements : quand  trois pays financent le développement, un quatrième alimente la corruption. En Libye, la légitimité institutionnelle se trouve remise en cause par plusieurs Parlements et autorités (une à l’Est et l’autre à l’Ouest), dont aucune n’a d’emprise sur la majeure partie du territoire et de la population, ni ne souhaite vraiment sécuriser le pays. Pour relancer les flux pétroliers sortant du pays, l’armée de l’Air française a participé à la restructuration de la surveillance de l’espace aérien et la Marine nationale a remis en état les patrouilleurs capables de prendre la mer. Puis, tout a été suspendu quand l’ambassade de France a été relocalisée en Tunisie. Dans la bande sahélo-sahélienne, la DCSD coopère avec les Niger, Tchad, Mali, Burkina Faso et Mauritanie, pour sécuriser leurs frontières, avec l’aide des forces françaises de l’opération « Barkhane ».  Dès 2013, l’amiral Gillier avait rencontré un chef touareg du Burkina Faso pour lui proposer un projet de police des frontières avec le Mali. La sécurité permet en effet de lutter contre le terrorisme du Nord, le vol de bétail, les « coupeurs de routes » (racketteurs) et la délinquance de proximité. Par ailleurs, le développement du Niger, qui manque déjà d’eau et de nourriture, est indispensable pour éviter une « bombe démographique » dans 20 ans, quand 66 % de sa population aura moins de 20 ans, avertit l’amiral.

Terrorisme et brigandage maritime. La DCSD participe à la lutte contre les trafics de cocaïne originaires d’Amérique latine et des drogues de synthèse provenant des pays asiatiques. Ces trafics passent par l’Afrique de l’Ouest pour atteindre les marchés européens. Leur perturbation en Afrique gêne, à terme, le terrorisme qui en tire profit, explique l’amiral, fort de son expérience en Afghanistan au sein du Commandement des opérations spéciales. Il s’agit en effet d’éviter une fusion des mouvements terroristes, qui sévissent en Somalie et aux Nigeria, Nord Mali et Sud Soudan. En outre, la Libye, zone refuge des terroristes d’où ils repartent vers l’Irak, exporte des armes vers le Sahel. Par ailleurs, dans le cadre de l’opération « Corymbe » et depuis vingt ans, des bâtiments français sécurisent le golfe de Guinée, où se concentrent les zones économiques exclusives de 18 États. La DCSD coopère avec 15 d’entre eux pour déterminer la menace et les richesses à défendre. Au Bénin, qui protège les entreprises pétrolières notamment françaises, elle assure un conseil juridique sur l’action de l’État en mer avec guide de procédures et établissement d’une préfecture maritime. Elle met aussi en œuvre trois patrouilleurs… qui ont dissuadé toute attaque près de la côte béninoise depuis plus d’un an !

Loïc Salmon

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

DCI : actions communes de défense et de diplomatie

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Entré à l’École navale en 1977, le vice-amiral d’escadre Marin Gillier est nageur de combat et moniteur parachutiste. Diplômé d’arabe de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris, il est breveté de l’École supérieure de guerre navale (1993) et auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2006). Il a participé aux opérations du Liban (1989), du Rwanda (1994), des Balkans (1999), d’Afghanistan (2003-2004) et de Somalie (libération des otages du voilier de croisière Le-Ponant, 2008). Il a commandé la Force maritime des fusiliers marins et commandos (2007-2010) et les Forces françaises aux Émirats arabes unis (2010-2013). Attaché naval en Égypte (1995-1998), puis conseiller « opérations spéciales » en Jordanie (1999-2002), il est nommé directeur de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) au ministère des Affaires étrangères en août 2013. Titulaire de la croix de la Valeur militaire (4 citations), l’amiral Gillier est commandeur de la Légion d’Honneur.




Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

La première guerre mondiale donnera ses lettres de noblesse au renseignement, pris depuis longtemps au sérieux par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, contrairement aux États-Unis qui le redécouvriront.

Un colloque sur l’espionnage et le renseignement pendant la 1ère guerre mondiale a été organisé, le 26 novembre 2014 à Paris, par l’Académie du renseignement, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. Y ont notamment participé : Taline Ter Minassian, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris ; Christopher Andrew, universitaire britannique ; Wolfgang Krieger, universitaire allemand.

Efficacité, technicité et naïveté. Jusqu’au début de la guerre, les gouvernements attachent moins d’importance à la cryptographie que le cardinal de Richelieu (1585-1642), qui avait attribué un château à son cryptographe pour le récompenser, chose inimaginable aujourd’hui, rappelle avec humour Christopher Andrew. George Scovell, cryptographe du général anglais Wellington casse le « grand chiffre » de Napoléon. Pendant la crise d’Agadir (1911) entre la France et l’Allemagne, l’ambassade allemande comprend que ses chiffres sont décryptés…par des indiscrétions du ministre français des Affaires étrangères ! Plus tard, les ambassadeurs français Paul Cambon (Londres) et Jules Cambon (Berlin) confient leurs correspondances personnelles aux valises diplomatiques, non pas françaises mais britanniques…qu’ils considèrent au-dessus de tout soupçon ! Alors que George Washington (1732-1799) estimait évidente la nécessité de bons renseignements, jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis, le président Woodrow Wilson (1856-1924) ignore que l’Allemagne n’est pas la seule à maintenir un service de renseignement. Dès 1914, le service de sécurité britannique MI5 instaure la censure postale et l’interception des communications. Il découvre ainsi le réseau allemand d’espionnage implanté en Grande-Bretagne et arrête ses agents. L’Allemagne ne reçoit donc aucun renseignement sur le départ du corps expéditionnaire britannique (70.000 hommes) pour la France en août 1914. Toutefois, le même mois, les officiers de renseignement allemands interceptent un message du commandement russe, en clair, qui entraîne la capitulation des troupes russes à Tannenberg. La coopération entre services de renseignement des pays alliés, à l’origine de la « relation spéciale » entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, débute en 1914. Ainsi, le chef de station du futur MI6 (service de renseignement extérieur) aux États-Unis parvient à exercer une influence certaine en matière de politique étrangère, en raison de sa proximité avec le président Wilson. En outre, Reginald Hall, chef du renseignement naval britannique, convainc l’ambassadeur américain à Londres de la menace allemande d’espionnage et de sabotage aux États-Unis. Le « Bureau 40 » de l’Amirauté décrypte les chiffres et codes ennemis, notamment le télégramme du ministre allemand des Affaires étrangères Zimmermann du 16 janvier 1917 (encadré). Publié dans la presse américaine, il révèle une proposition d’alliance avec le Mexique pour reconquérir les territoires du Texas, du Nouveau Mexique et de l’Arizona, au cas où les États-Unis renonceraient à leur neutralité. Hall impressionne aussi le secrétaire adjoint à la Marine et responsable du renseignement naval, Franklin Roosevelt (président de 1932 à 1944), par des récits d’exploits imaginaires d’agents britanniques. Par ailleurs, des agents doubles américains, travaillant pour le compte du MI5 et dont l’identité n’a jamais été divulguée, se sont rendus en Allemagne jusqu’en 1917. Enfin, lors de la révolution russe de 1917, le meilleur cryptographe de l’Ochrana (service de renseignement, ancêtre du KGB et du FSB) fuit en Grande-Bretagne et mettra son expérience à son service contre l’URSS.

Subversion et sabotage. Le renseignement allemand aux États-Unis repose sur l’importante minorité germanophone (7 millions de personnes en 1914), qui pèse sur la politique étrangère américaine, explique Wolfgang Krieger. Concentrée dans le Nord-Est, elle joue un rôle éminent dans la finance, l’industrie et le commerce. Pendant la guerre, les agents allemands agissent en Russie, en Inde et en Turquie et veulent empêcher une participation américaine en Europe. Leurs opérations secrètes, qui finiront par pousser Washington à intervenir, sont peu prises en compte avant la déclaration de guerre, en raison de l’actualité de la menace sous-marine. Faute de service national de renseignement extérieur, les consulats allemands disposent de leur propre service. Les agents sont en contact avec l’attaché militaire Franz Von Papen (futur et éphémère compagnon d’Hitler). Début 1914, les réservistes allemands résidant aux États-Unis tentent sans succès de déclencher des émeutes avec les immigrés irlandais, hostiles à la Grande-Bretagne. Les agents britanniques mettent les lignes téléphoniques des diplomates allemands sur écoutes, en raison de la guerre secrète d’influence auprès des dirigeants d’entreprises et de mouvements politiques. Avec l’aide des Irlandais et des syndicats américains d’extrême-gauche, les agitateurs allemands organisent des grèves dans les usines de munitions. Les opérations de propagande échouent, car divulguées dans la presse à l’instigation des agents britanniques. En 1915, un sous-marin allemand torpille, au large de l’Irlande, le paquebot transatlantique Lusitania, parti de New York avec 1.158 passagers, dont 128 Américains, et un chargement secret de munitions. Des opérations clandestines seront entreprises aux États-Unis par un réseau allemand très actif, soutenu directement par le commandement militaire de Berlin, à l’insu de l’ambassadeur allemand à Washington. Ce sont surtout des sabotages de la production d’armements destinés à la Grande-Bretagne. Ainsi, l’origine de l’explosion d’un dépôt de munitions près de New York sera établie après la guerre. Reconnue coupable en 1939, l’Allemagne sera condamnée à verser une indemnité de 53 M$… qu’elle paiera entre 1953 et 1979.

Loïc Salmon

Renseignement : importance croissante en France depuis la première guerre mondiale

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

En1912, le pétrole remplace le charbon pour la propulsion des navires et revêt une importance stratégique. D’importants gisements ont été découverts en Asie centrale (Azerbaïdjan actuel) et en Perse (Iran actuel). Celle-ci, sous protectorat de la Russie au Nord et de la Grande-Bretagne au Sud, a entrepris des pourparlers secrets avec l’Allemagne. Au début de la première guerre mondiale, l’Allemagne et la Turquie menacent l’Asie centrale et l’Inde. Le lieutenant britannique Reginald Teague-Jones (25 ans) va déclencher une guerre de subversion avec les tribus locales en Afghanistan, zone du « Grand Jeu » entre Moscou et Londres. Lancé à la poursuite du diplomate allemand Wilhelm Wassmuss qui fait la même chose, il récupérera un exemplaire du code allemand, qui permettra de déchiffrer le fameux télégramme Zimmermann à l’origine de l’entrée en guerre des États-Unis en 1917.




DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié des contrats (programmes) pour 11,5 Md€ et investi 782 M€ dans la recherche (études amont) en 2014, afin d’équiper les forces à temps, de préparer la défense de demain et d’augmenter les exportations. Son délégué général, Laurent Collet-Billon, en a présenté les résultats et projets au cours d’une conférence de presse, tenue le 9 février 2015 à Paris. Parmi les industriels concernés, DCNS arrive en tête en matière de programmes, devant Airbus Group, le Commissariat à l’énergie atomique, Thalès, Safran, Dassault, le Centre national d’études spatiales, Nexter, MBDA et Renault Trucks. En 2014, la DGA a livré aux forces armées françaises : 4 avions de transport tactique A400M, d’un volume unitaire d’emport équivalent à 3 Transall et capables d’atteindre l’Afrique sans ravitaillement en vol ; 11 avions de chasse Rafale ; 3 hélicoptères de combat Tigre appui destruction (HAD) ;  9 hélicoptères NH90 ; 212 systèmes d’armement air/sol modulaire (AASM) ; 77 véhicules blindés du combat d’infanterie ; 4.036 équipements du fantassin Félin ; 13 lance-roquettes unitaires ; les 20 premiers équipements de communication par satellite Comcept, associés au satellite Athena Fidus. Elle a commandé : les premiers blindés du programme Scorpion ; les avions ravitailleurs MRTT ; le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de type Barracuda ; la version M51. 3 du missile destiné aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, la DGA a consacré 6,4 millions d’heures aux essais et expertises en 2014 : tirs au rail des premières charges du missile moyenne portée ; tir de 2 munitions AASM laser contre une cible remorquée par une embarcation rapide ; campagne d’essais de largage lourd et de parachutage de l’A400M ; campagne OTAN d’essais de guerre électronique, exercice aérien Embow XIV ; tir de qualification du système de missile de croisière naval en configuration frégate multimissions (FREMM) ; essais de manœuvrabilité sur maquette du Barracuda ; tir de démonstration d’une roquette guidée laser 68 mm depuis un tigre HAD ; pour les FREMM, campagne d’essais, mesures signatures surface équivalente radar et acoustique, guerre électronique, liaisons données tactiques ; participation d’experts de la DGA à la campagne d’essais de guerre électronique OTAN MACE ; essais d’embarquement de la torpille lourde F21 sur SNA ; qualification finale du Tigre en version HAD (photo) ; campagne de mesure de discrétion en vol du drone moyenne altitude longue endurance nEUROn face à divers capteurs. L’actualisation de la Loi de programmation militaire nécessitera le recours à des ressources exceptionnelles (2,3 Md€) hors budget, provenant notamment de « sociétés de projets ». Ces dernières, à capitaux publics et privés, achèteront des équipements (FREMM et A400M) qu’elles reloueront aux armées, avec une clause de rachat par l’État à tout moment. Les programmes en coopération se poursuivent. Avec la Grande-Bretagne, les études de faisabilité du futur drone de combat FCAS DP ont été lancées et le programme de missile antinavire léger (ANL) a été notifié à MBDA. Avec l’Allemagne, le programme d’observation spatiale a été lancé. Enfin, pour faciliter les ventes à l’export, une licence unique remplace l’agrément préalable et l’autorisation d’exportation de matériel de guerre depuis le 4 juin 2014. Des négociations sont en cours sur la vente du Rafale à l’Égypte, au Qatar et à l’Inde.

Loïc Salmon

DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

DGA : bons retours sur investissements en 2011

 




État-major des armées : un chef, une mission et… au-delà

L’outil militaire doit conserver les moyens des ambitions de la France dans la durée. Ses succès sur le terrain doivent se compléter par des avancées en matière de développement, de gouvernance, d’éducation ou de justice.

Telle est l’opinion du général Pierre de Villiers, chef d’État-major des armées (CEMA), exprimée le 30 janvier 2015 à Paris, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Opérations rapidement évolutives. « L’accélération du temps, conjuguée à l’extension de l’espace, est un facteur essentiel pour gagner au combat », déclare le CEMA. Guerre, combat et victoire sont des notions à réactualiser en permanence aujourd’hui et probablement plus vite qu’auparavant. Les crises se sont mondialisées dans les domaines du recrutement des combattants et de leur formation, du financement des actions et de la propagande. «  L’internationalisation du djihadisme est la plus récente illustration de cette contagion des crises avec ses répercussions sur les théâtres nationaux ».  Par ailleurs, la violence ne s’exprime plus uniquement dans les institutions étatiques et ne se confine plus à l’intérieur des frontières. « Aujourd’hui, certains États se comportent parfois comme des bandes armées et des bandes armées comme des États ». C’est notamment les cas de l’organisation djihadiste Daech, autoproclamée « État islamique de l’Irak et du Levant » ou simplement « État islamique » et qui a conquis une partie des territoires syrien et irakien. Le lien entre les sécurités intérieure et extérieure se renforce : «  La violence s’exporte, le terrorisme se franchise ». Le retour en France de ressortissants français et européens, partis faire la guerre en Syrie et en Irak, est une composante des menaces terroristes au Sahel et au Proche-Orient. Les opérations extérieures constituent la « défense de l’avant ». Les moyens militaires sont affectés en priorité au Sahel, où l’autorité des forces françaises est reconnue par les unités des pays africains et occidentaux sur zone. L’opération « Barkhane » y déploie : 3.000 militaires ; 20 hélicoptères ; 6 avions de chasse ; 4 drones ; 200 véhicules blindés ; 200 véhicules logistiques ; 7 avions de transport tactique et stratégique. Le CEMA entretient des liens étroits avec ses homologues du G5 du Sahel pour le développement et la sécurité, créé en février 2014 : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. En revanche, la France est équipière dans la coalition menée par les États-Unis contre Daech. Lancée le 19 septembre 2014, l’opération « Chammal », conduite en coordination avec les Alliés, fournit un appui aérien aux forces armées irakiennes au sol par des missions de renseignement, reconnaissance armée et contrôle aérien. Placées sous contrôle opérationnel de l’amiral commandant la zone océan Indien et son état-major interarmées, les forces françaises de « Chammal » regroupent : 600 militaires ; 15 avions de chasse ; 1 avion de ravitaillement en vol C135-FR ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2. L’objectif de « Barkhane » et de « Chammal » est d’empêcher toute connexion entre les organisations terroristes de Daech, d’Al Qaïda, d’Aqmi (Maghreb), de Boko Haram (Nigeria) et de leurs affiliés. La base avancée de Manama (Nord Niger) a été installée pour gêner leur liberté d’action par des actions transfrontalières et de cloisonnement. Sur le territoire national, l’opération « Sentinelle » déploie 10.500 militaires contre le terrorisme dans le cadre du plan « Vigipirate renforcé attentat ». Au niveau mondial, le général de Villiers observe une banalisation de l’usage de la force avec ses limites et les difficultés à la maîtriser. Il constate que le recours à la force militaire redevient un moyen politique en soi et non plus le simple prolongement d’une politique par d’autres moyens. En outre, l’avance technologique, facteur d’ascendant, ne dissuade plus les groupes terroristes. Fanatisés par leur idéal de mort, ceux-ci emploient des moyens bon marché et facilement accessibles : tireurs embusqués ; engins explosifs improvisés ; attaques suicides ; cyber-attaques. Le CEMA indique que les interventions françaises dans les Balkans, en Afghanistan, en Afrique ou ailleurs durent en moyenne 15 ans. Outre une approche globale, la guerre nécessite une adaptation continuelle des moyens à mettre en œuvre et une compréhension rapide de ses nouveautés.

Armées en pleine transformation. Composantes de la résilience de la nation, les forces armées protègent la population, les valeurs et les intérêts vitaux de la France et lui permettent d’assumer ses responsabilités sur la scène internationale, rappelle le général de Villiers. En outre, la menace du terrorisme sur le territoire national est redevenue une réalité, mais elle n’est pas la seule. Les crises récentes renforcent la pertinence du choix d’un modèle complet d’armée, conformément au Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, et excluent de baisser la garde. Or, les capacités militaires (armement, formation et entraînement des personnels) demandent du temps sur les plans technologique et opérationnel, pour passer de la conception à l’emploi sur le terrain. Chef des opérations et conseiller du gouvernement, le CEMA assume aussi les responsabilités de la programmation militaire, de la transformation des armées et des relations militaires internationales. L’opération « Sentinelle » rappelle la nécessité de disposer de suffisamment de personnels militaires. En conséquence, le président de la République, chef des armées, a décidé de réduire de 7.500 postes les déflations d’effectifs prévus par la Loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) et ce à partir de 2015. Cette loi prévoit des ressources financières, y compris celles dites « exceptionnelles » par la vente de fréquences notamment. Le CEMA entend garder une cohérence entre missions et moyens et entre ressources et besoins, en accord avec les autorités politiques (président de la République et ministre de la Défense). La LPM sera donc actualisée, mais non pas révisée, précise-t-il. Le modèle d’armée sera mis à jour à partir du cadre stratégique actuel et des principaux enseignements des engagements récents.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : retour d’expérience de l’opération Harmattan

Résilience : la survie de la collectivité nationale

Le chef d’État-major des armées (CEMA) est secondé par le major général des armées, dont dépendent notamment les sous-chefs d’état-major. Parmi ces derniers, celui chargé des opérations dirige l’action des forces françaises à l’extérieur et à l’intérieur des frontières sous l’autorité du CEMA, définit les objectifs de préparation opérationnelle et rédige les textes réglementaires d’organisation opérationnelle et du retour d’expérience. Le sous-chef « plans » est chargé de la définition du format des armées et leur cohérence capacitaire ainsi que la planification et la programmation. Le sous-chef « performance » est responsable du pilotage, de la transformation et de l’appui « métiers ». Par ailleurs, le CEMA dispose du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) pour la gestion des crises en amont (veille stratégique et planification) et en aval (conduite). Lorsqu’une opération est déclenchée, une cellule de crise est créée pour en assurer la conduite.




Renseignement : importance croissante en France depuis la première guerre mondiale

Le renseignement d’intérêt stratégique, avec ses dimensions militaire, économique et politique, s’est développé en France au cours du 1er conflit mondial. Ses ressources humaines, techniques et financières ont considérablement augmenté depuis.

Un colloque sur l’espionnage et le renseignement pendant la 1ère guerre mondiale a été organisé, le 26 novembre 2014 à Paris, par l’Académie du renseignement, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire et la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. Y ont notamment participé : Olivier Forcade, professeur à la Sorbonne ; le commandant Michaël Bourlet, professeur à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; le préfet Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement.

Carences et évolution structurelle. Après la défaite de 1870 devant l’armée prussienne, le renseignement militaire français a été réorganisé. Mais la notion de planification annuelle du renseignement n’existe pas. Le 2ème Bureau se concentre sur les intentions adverses d’invasion du territoire national. Après l’affaire Dreyfus (1899) l’espionnage a mauvaise presse, explique Olivier Forcade. La défiance est générale à l’égard du renseignement : l’information brute est préférée au renseignement élaboré, suspect de déformation et de politisation. En 1914, la communauté du renseignement regroupe quelques centaines de personnes sans organisation institutionnelle, qui s’échangent des informations de façon informelle. Elle se répartit entre les ministères de l’Intérieur, de la Guerre et des Affaires étrangères. Contrairement à la Grande-Bretagne, le renseignement n’est pas encore perçu comme une ressource de la décision politique. Pourtant, les armées assurent une formation au renseignement, notamment la reconnaissance de la cavalerie et les investigations des sapeurs. Mais ce savoir-faire tactique ne débouche pas sur une technique professionnelle. L’attentat terroriste de Sarajevo (28 juin) contre l’héritier de l’Empire austro-hongrois, prémisse de la guerre, constitue une surprise diplomatique et stratégique. Par ailleurs, depuis 1857, la police collecte des informations bancaires et installe une vingtaine de postes le long des frontières pour anticiper les intentions adverses et prévenir les crises, savoir-faire qui perdure jusqu‘en 1914. En outre, dès 1880, des agences privées collectent des informations commerciales et économiques. Les consulats à l’étranger font de même et disposent de moyens techniques d’écoute. Les attachés militaires s’intéressent aux industries d’armement. En 1914, ces recueils deviennent systématiques pour la poursuite de la guerre. Ensuite, un contrôle des informations téléphoniques et télégraphiques des entreprises et établissements bancaires est instauré, en raison du blocus du ravitaillement résultant de la « guerre totale ». Les interceptions et écoutes portent sur les flux de marchandises entre pays neutres (Espagne et pays scandinaves) et belligérants, qui pourraient en réexporter vers les Empires centraux. Après l’invasion de la Belgique et d’une dizaine de départements français par les troupes allemandes, des réseaux se constituent parmi les milliers de réfugiés et de personnes déplacées, afin de collecter des renseignements sur l’ennemi et influencer les populations. En outre, la diffusion de fausses « bonnes » nouvelles devient un enjeu en soi pour la désinformation des États neutres (Espagne, Grèce et Pays-Bas).

Les 2ème et 5ème Bureaux. Alors que le 2ème Bureau s’occupe du renseignement militaire, l’état-major général crée le 5ème Bureau fin 1915, pour l’information et la propagande en métropole et la coopération interalliée dans le renseignement, explique le commandant Michaël Bourlet. Tous deux recrutent des personnels très diplômés : 70 % viennent des Grandes Écoles et 30 % de l’Université. Le 2ème Bureau se présente ainsi : 60 personnes au début ; 77 % d’officiers, surtout supérieurs brevetés de l’École de guerre et issus principalement de l’École Polytechnique ; 45-46 ans d’âge moyen. Le 5ème Bureau compte : 220 personnes militaires et civiles ; 20 % d’officiers subalternes venus de Saint-Cyr et surtout de la réserve ; 40 % d’agrégés en langues ou histoire ; 40 ans. Les gens du 5ème Bureau ont participé au combat, sont cités ou décorés et ont été blessés au moins une fois (30 % sont inaptes au front). Ils doivent rédiger avec rigueur et avoir l’esprit de synthèse : les linguistes pour tout ce qui concerne l’étranger (interrogatoires de prisonniers et analyse de la presse) et les « historiens » pour les états-majors. Le 5ème Bureau compte peu d’espions (8 % en 1916), essentiellement envoyés sur le terrain pour organiser des réseaux. La fonction prime le grade : des professeurs militaires du rang commandent à des officiers moins compétents ! Ces élites ainsi formées pendant la 1ère guerre mondiale serviront l’État par la suite.

Le renseignement aujourd’hui. La 1ère guerre mondiale constitue une période charnière pour le renseignement avec les effets induits de l’avion, du char, du sous-marin et de la communication sans fil, rappelle le préfet Alain Zabulon. En outre, les menaces ont évolué. Alors que les grandes puissances s’affrontaient directement, elles se trouvent aujourd’hui impliquées dans des conflits régionaux (Irak, Syrie, Israël et Territoires palestiniens). S’y ajoutent : le terrorisme avec des acteurs non étatiques (Daech, Al Qaïda et groupes djihadistes) ; les atteintes au patrimoine scientifique et technologique national par des puissances étrangères (espionnage) ; les cyberattaques contre les établissements d’intérêt vital. Les services de renseignement assurent des missions essentielles pour l’autonomie stratégique, la conduite des opérations militaires et la sécurité intérieure. Le Comité interministériel du renseignement élabore les directives nationales sous l’autorité du Premier ministre et assure synergie et transversalité des services concernés. Le Conseil national du renseignement, présidé par le président de la République, s’est réuni trois fois depuis 2012 pour définir les orientations et priorités. Le contrôle parlementaire du monde du renseignement a été renforcé. En 2014, l’ancienne Direction centrale du renseignement intérieur, dépendant du ministère de l’Intérieur, s’est étoffée en Direction générale de la sécurité intérieure correspondant à la Direction générale de la sécurité extérieure, rattachée au ministère de la Défense.

Loïc Salmon

Renseignement : hommes et moyens techniques pendant la première guerre mondiale

DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

DCRI : anticiper les menaces futures

Le « renseignement » est une information estimée pour sa valeur et sa pertinence, alors que la « donnée » se réfère à la précision de l’information et le « fait » à sa constatation objective. Collecté et traité par des services militaires et civils, il est destiné à un gouvernement ou une institution pour guider les prises de décision et les actions. En revanche, « l’espionnage », accompli au profit d’une puissance étrangère, est considéré comme un crime et une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Commis par un Français ou un militaire au service de la France, il constitue une trahison.