Renseignement : la DRSD, vigilance et anticipation

Depuis 2022, les pays compétiteurs de la France recourent délibérément à la guerre hybride pour réduire sa compétitivité industrielle et sa souveraineté. La Direction du renseignement et la sécurité de la défense (DRSD) identifie et anticipe les menaces, en vue de les neutraliser.
Son directeur, le général de corps d’armée Aymeric de Bonnemaison, l’a expliqué à la presse le 28 mai 2026 à Paris.
Un contexte innovant. Dans la guerre russo-ukrainienne, l’innovation technologique se trouve de plus en plus au contact avec un tempo opérationnel rapide. Il ne s’agit plus de disposer d’un système qui sera transformé dans deux ou trois ans, mais de le remettre en question et de l’améliorer sans cesse pour affronter l’adversaire. Un frein à l’innovation à un moment donné entraînera, plus tard, le risque de la surprise et même de la sidération par l’action d’un adversaire. Actuellement, les budgets de défense explosent dans le monde, ouvrant la compétition à un marché où la France se trouve en bonne position. Les technologies innovantes duales, comme le cyber, les drones et l’intelligence artificielle, entrent de plus en plus dans le champ militaire. Des entreprises, actives dans d’autres domaines, viennent sur le marché de la défense en raison de leurs capacités de production en cas de conflit majeur. Or la radicalisation propagée par les réseaux sociaux et les moyens numériques pourrait briser le lien Armée-Nation. Sur le plan sociétal, une minorité agissante glisse vers l’antimilitarisme, tandis qu’un nombre croissant de jeunes veulent s’engager dans les armées ou dans l’économie de défense.
Menaces nouvelles. Outre l’espionnage croissant avec ses perspectives de sabotage et de subversion, le risque de terrorisme reste élevé. La DRSD doit déceler tout foyer de radicalisation au sein des entreprises de défense. S’y ajoutent les incidents de sécurité, les survols de drones et la manipulation en ligne qui permet d’approcher beaucoup de gens plus facilement. Autre nouveauté, l’instrumentalisation des normes internationales constitue la suite de lois américaines d’exterritorialité. Les contrôles à l’exportation, notamment chinois, s’amplifient. Les règles anti-corruption concernant l’embargo sur certains produits permettent à des cabinets spécialisés de venir acquérir de la donnée dans les entreprises françaises sous l’angle de la norme et de l’inspection légale qui s’ensuivrait. L’intelligence artificielle démultiplie les capacités de subversion par la création d’images et d’imitations de voix de personnalités connues diffusées sur les réseaux sociaux, pour semer le doute sur la véracité des informations. Au début des années 2020 au Sahel, la Russie avait lancé des campagnes de désinformation en Afrique francophone pour dénigrer les troupes françaises luttant contre les groupes armés terroristes. Aujourd’hui, les attaques de réputation contre les entreprises françaises visent à les discréditer. Le lien Armée-Nation est visé par l’hypertrucage et de fausses informations de désaccord entre le pouvoir exécutif et des généraux en 2ème section. Les vols de données d’une entreprise, par cyberattaque ou en interne, et leurs reventes sur le « Dark Web » (réseaux accessibles via des logiciels, configurations ou protocoles spécifiques) constituent une fragilité potentielle. De plus, cela montre que l’entreprise en cours de négociation d’un contrat à l’export n’est pas fiable.
Réactions. La DRSD pratique le « Red Teaming », à savoir désigner un groupe jouant le rôle d’agresseur pour effectuer une intrusion physique ou numérique, afin d’améliorer la sécurité d’une entreprise. Elle effectue des démarches de sensibilisation, car 80 % des compromissions relèvent de simples négligences. Les comptes rendus des compromissions permettent de détecter les signaux faibles d’une action coordonnée contre la France. Enfin, la DRSD travaille avec les services de renseignement, dont la DGSI (lntérieur) et la DNRED (Douane)
Loïc Salmon
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