Marine nationale : retour d’expérience de combat pour la préparation opérationnelle

Lors de sa mission de protection du trafic maritime en mer Rouge du 20 janvier au 30 mars 2024, la frégate multi-missions à capacité de défense aérienne renforcée Alsace a subi des tirs de drones et de missiles balistiques. Son expérience a permis de faire évoluer la préparation de la Force d’action navale (FAN) au combat.
Le capitaine de vaisseau Jérôme Henry, son commandant à l’époque et actuellement chef de la division entraînement de la FAN, l’a expliqué au cours d’une conférence de presse tenue le 2 juillet 2026 à Paris.
L’engagement en mer Rouge. L’opération défensive « Aspides », lancée par l’Union européenne le 19 février 2024, consiste à rétablir le commerce du canal de Suez au détroit d’Ormuz, en procédant à des accompagnements de navires, à de la surveillance et à de la protection en cas d’attaques par les Houthis (organisation islamiste chiite soutenue par l’Iran). L’Alsace, venue renforcer la frégate Languedoc présente sur zone, a accompagné 19 navires et prêté assistance à ceux qui avaient été attaqués par des drones aériens Samad (photo), des drones de surface ou des missiles balistiques. Le Samad, équivalent du missile Shaed d’attaque et de croisière iranien à bas coût, vole au ras des flots à plus de 180 km/h afin d’exploser sur le flanc d’un navire. Il peut être neutralisé par un brouilleur multi-mission MAJES DFB86, au canon de 20 mm, à la mitrailleuse bitube 12,7 mm ou par le tireur d’élite à bord de l’hélicoptère Panther de la frégate. Le missile balistique, détecté par son écho radar en raison de sa vitesse de plusieurs fois celle du son et de son tir à plusieurs centaines de kilomètres, peut être intercepté par un missile Aster 30. Au cours de l’accompagnement d’un convoi, l’Alsace s’est trouvé menacée de façon coordonnée par 6 drones, dont 5 ont été abattus par ses propres moyens et par un Mirage 2000 de l’Armée de l’Air et de l’Espace grâce aux contrôleurs aériens de chasse embarqués à bord. Lors de la détection d’attaques de missiles balistiques, l’Alsace s’est interposée entre leurs trajectoires, peu précises contre des bateaux en déplacement, et les navires marchands pour les inclure dans sa bulle de protection, le plus proche se trouvant à 1 km. Dans le même temps, les Houthis ont contacté l’Alsace par le canal 16 de détresse maritime pour lui préciser que seul le navire marchand était ciblé et lui demander d’abandonner son escorte. L’Alsace a engagé les missiles balistiques avec ses Aster 30 et a aussi adapté ses procédures pour traiter toutes les menaces, notamment par l’installation préalable d’une nacelle PASEO XLR (système optronique d’identification et de conduite de tir très longue portée) pour allonger le préavis d’arrivée des drones. La frégate a aussi porté assistance à un pétrolier touché par un missile balistique et qui a brûlé toute une nuit. Pour la coordination au sein de l’opération « Aspides » à l’époque, les frégates française, allemande, néerlandaise, belge et grecque ont partagé leurs expériences, échangé les données tactiques et réparti les zones de patrouille et les accompagnements de navires marchands.
Les enseignements. L’essentiel porte sur la préparation des esprits au combat par la circulation de l’information et la réorganisation de l’activité à bord, souligne le capitaine de vaisseau Henry. L’équipage travaille par « bordée », à savoir appel aux postes de combat de la moitié de l’équipage pendant six heures et repos pour l’autre moitié afin de tenir dans la durée. Le missile constitue la menace la plus dangereuse. Pendant la nuit, des émissions d’échos radars sont simulées pour vérifier la réactivité sur les systèmes de combat. En quelques secondes, l’opérateur radar signale la piste d’un missile balistique au tireur, qui met en œuvre l’Aster 30. Outre une grande expertise des matériels, il s’agit d’économiser le stock d’Aster et de munitions. Le temps de transit est utilisé pour l’entraînement à l’aller et à la gestion du stress de l’équipage au retour, sans oublier de prendre en compte les familles.
Loïc Salmon
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