Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

La puissance spatiale d’un État se trouve limitée par les menaces d’un État compétiteur, mais aussi par l’importance prise par des entreprises spatiales privées.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Caroline Laurent, directrice des Systèmes orbitaux et des Applications au Centre national des études spatiales et experte de l’armement et des systèmes, y est intervenue.

Menaces en tous genres. Sur le plan militaire, les détecteurs des satellites d’observation peuvent être brouillés et les caméras aveuglées par des armes laser. Déjà, des satellites russes se sont rapprochés volontairement de ceux de la France. Par ailleurs, il n’y avait que 13.000 objets en orbite en 2019, quand le milliardaire américain Elon Musk décidé d’investir dans l’espace. Depuis, sa société SpaceX a mis 10.000 satellites en orbite. Blue Origin du groupe américain Amazon veut en rajouter 15.000. La Chine envisage de constituer deux constellations de 15.000 satellites chacune, l’une pour les concurrencer et l’autre pour les besoins nationaux. Cette multiplication des satellites en orbite, qui devrait se poursuivre, devient une menace pour le fonctionnement et la durabilité des opérations dans l’espace. S’y ajoute une menace économique, lorsqu’une entreprise privée, capable de fabriquer des satellites peu chers, pourra rendre viable un modèle de lanceur réutilisable, possibilité considérée comme inutile il y a dix ans. Début 2026, SpaceX, disposant de suffisamment de stellites, a décidé d’abaisser leurs orbites, ce qui les rapprochera de celles des satellites d’observation d’autres nations. Celles-ci devront donner leurs coordonnées pour éviter des collisions, impliquant une perte de souveraineté importante. SpaceX se constitue ainsi progressivement un catalogue, alors que les États-Unis savent déjà tout ce qui se passe dans l’espace en temps réel. Toutefois, aux niveau français et européen, des industriels et des startups travaillent dans ce domaine pour atteindre une certaine autonomie. Par ailleurs, des satellites descendant à 1.000 km d’altitude risquent de se désintégrer dans l’atmosphère et de multiplier le nombre, déjà considérable, de débris en orbite. Vu qu’une collision volontaire entre satellites au-delà de 400-500 km constituerait une menace réelle pour tous les pays en disposant, les essais d’armes antisatellites (par la Russie et la Chine) ont été effectués en dessous de ces altitudes.

Moyens de prévention. Le rapprochement volontaire de satellites à la limite de la collision s’apparente à de la dissuasion. Il démontre la capacité de destruction de l’assaillant, mais dont la mise en œuvre perturberait ses propres satellites sur la même orbite. Les technologies de l’intelligence artificielle permettent le traitement au sol de grandes masses de données en temps réel, malgré la rapidité des mouvements. Les algorithmes parviennent à positionner tout ce qui bouge dans l’espace, y compris les débris. Une trajectoire évoluant de façon bizarre correspond à un satellite manœuvrant. L’attribution de cette manœuvre reste difficile et nécessite une interprétation reposant sur une solide expérience du traitement de données par l’intelligence artificielle. Au cours des derniers mois, des objets considérés comme des débris se sont mis à manœuvrer. En fait, un gros satellite, déjà placé en orbite géostationnaire (36.000 km d’altitude au-dessus de l’Équateur) par une fusée, a libéré des petits satellites, comme une poupée gigogne. Par ailleurs, les États-Unis peuvent empêcher des opérateurs de satellites non-américains d’émettre sur leur territoire. En Europe, des réflexions sont en cours sur une réglementation limitant l’allocation d’opérations spatiales de Starlink, service de connexion internet à très gros débit de SpaceX. Or dans certains endroits, seul Starlink est accessible et quelques pays européens ne sont guère favorables à une limitation de Starlink.

Loïc Salmon

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