Défense : la lutte contre la manipulation de l’information

La guerre informationnelle se décompose en opérations stratégiques, pour faire douter et convaincre l’adversaire, et en opérations tactiques, pour modifier ses comportements. L’analyse de chaque incident se transforme en renseignement.
Anaïs Meunier, spécialiste de la cyberdéfense et de la manipulation de l’information, et le colonel Bertrand Boyer, chef du Centre interarmées des actions sur l’environnement, l’ont expliqué lors d’une conférence tenue à Paris le 27 janvier 2026 et relative à leur Livre blanc sur ce sujet.
Les menaces. Selon l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), la cybermenace vise la compromission de la sécurité d’un système en altérant sa disponibilité, son intégrité ou sa confidentialité ou de l’information qu’il contient. Elle repose sur un socle technique et juridique solide. Selon Viginum (Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères), la menace informationnelle étrangère en ligne tente de porter atteinte aux intérêts de l’entité ciblée et/ou promouvoir des revendications. Les manœuvres consistent à diffuser de fausses informations ou à amplifier des contenus malveillants déjà présents dans le débat public.
Les opérations stratégiques d’influence. Le « minage informationnel » vise à persuader une population ciblée et transformer durablement ses convictions et croyances. Il s’inscrit dans le remps long, dont les effets se mesurent avec des indicateurs indirects sur plusieurs années. Ainsi le récit du « déclin de l’Occident », porté par la Russie à partir de 2014 lors de l’invasion de la Crimée, résulte de sa perception de déclassement après la chute de l’Union soviétique (1991). Les médias de propagande Russia Today et Sputnik présentent systématiquement les démocraties occidentales comme corrompues, décadentes et vouées à l’effondrement. Ils ne visent pas à convaincre les audiences de rejeter la démocratie, mais à rendre normale l’idée que d’autres modèles politiques, c’est-à-dire autoritaires, pourraient se montrer plus efficaces. Afin d’en minimiser l’impact, la défense se conçoit sur le long terme par l’éducation et des politiques publiques proposant une offre alternative positive. Une autre opération consiste à marteler pendant des mois, voire des années, un récit souvent simpliste pour fragiliser et disloquer le tissu social du pays ciblé. Ainsi dès 2021, les réseaux d’influence russes ont élaboré un récit pour le Sahel, selon lequel « la France arme les terroristes ». Ce récit a été systématiquement martelé de façon coordonnée sur les pages Facebook au Mali et présentant la Russie comme « un partenaire viable et une alternative à l’Occident », en vue de préparer l’acceptation de ses conseillers militaires.
Les opérations tactiques actives. Lors de conflits armés, les « Psyops » (opérations psychologiques) visent à modifier le comportement d’un adversaire précis dans un lieu circonscrit et un temps limité. Lors de la première guerre du Golfe (1991), la campagne de « déception » (tromperie) de la coalition internationale a alimenté la crainte d’un débarquement en Irak, alors que l’offensive terrestre se préparait depuis l’Arabie saoudite. Les nombreux déserteurs et les 85.000 prisonniers irakiens n’ont pas abandonné leur socle de croyances ni soutenu la cause de la coalition. Lors des Jeux Olympique de Paris 2024, Viginum a identifié, dès 2023, les manœuvres informationnelles (vidéos) de l’Azerbaïdjan appelant à leur boycott mais sans obtenir une visibilité suffisante dans le débat public numérique francophone pour obtenir des effets réels. Lors du conflit de mai 2025 entre l’Inde et le Pakistan, la perte d’un Rafale indien a donné lieu à des récits sur les réseaux sociaux visant à discréditer l’avion et la qualité de la coopération militaire de la France. Des comptes ont amplifié les pertes indiennes, diffusé des images détournées de leur contexte et promu des équipements chinois au détriment des matériels français sur le marché d’Asie-Pacifique.
Loïc Salmon
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