Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Le « printemps arabe », le terrorisme d’Al Qaïda, le succès de l’organisation autoproclamée « État islamique de l’Irak et du Levant » (« Daech » en arabe) et la fascination de jeunes, musulmans ou non, pour le Djihad (guerre sainte) en Syrie ont surpris les pays occidentaux.

Face à la confusion de l’information en continu, le professeur Gilles Kepel a procédé à un décryptage de la situation dans la durée, lors d’une conférence-débat organisée, le 25 septembre 2014 à Paris, par les associations Forum du futur et Minerve EMST.

Évolution du monde arabe. La première guerre mondiale a donné le coup d’envoi de la déstructuration du Moyen-Orient avec la création d’États arabes issus de l’empire ottoman et la déclaration Balfour (1917) sur l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Le « printemps arabe » (2010-2011), qui rappelle celui de 1848 en Europe et celui de Prague du temps de l’URSS (1968), est accueilli « avec enthousiasme et naïveté » en Occident, car il remet en cause les bases de l’ordre établi. Les régimes dictatoriaux s’effondrent en Tunisie, Égypte et Libye, mais pas en Syrie, ni au Yémen, ni à Bahreïn. Aujourd’hui, la mouvance chiite de l’Iran à l’Irak, qui inclut la minorité chiite de Syrie et le mouvement Hezbollah au Liban, vise une hégémonie sur les gisements d’hydrocarbures du golfe Arabo-Persique. En Syrie, la contestation populaire a basculé vers une opposition entre sunnites, majoritaires dans la population, et non sunnites (chiites, druzes et chrétiens). Téhéran soutient le régime de Damas, dont les missiles peuvent frapper Israël et qui reçoit également l’appui du gouvernement chiite irakien, du Hezbollah et de la Russie. Les rebelles syriens sont soutenus par la Turquie. Le régime syrien, qui a utilisé les armes chimiques pour se maintenir au pouvoir et non pour la lutte aux frontières, accepte des négociations sur elles en 2013 sous l’égide de la Russie. L’Égypte, ancienne puissance régulatrice régionale, dont les ressources diminuent alors que sa population augmente, ne parvient plus à gérer la sécurité dans le Sinaï. En outre, elle ne peut assurer une surveillance suffisante de sa frontière avec la Libye où le trafic d’armes, pillées après la chute du colonel Kadhafi, essaime dans toute la région. Pour éviter son effondrement et un délitement de toute la région, l’Arabie Saoudite et les États-Unis ont facilité l’arrivée au pouvoir du maréchal Fattah al-Sissi. L’intervention américaine en Irak en 2003 a provoqué la chute du régime sunnite de Saddam Hussein, l’arrivée au pouvoir de la majorité chiite et le basculement de l’Irak, des pays sunnites du golfe Arabo-Persique vers l’Iran. L’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la partie Nord de l’Irak, conquise par l’organisation Daech en juin 2014, a permis la création de l’entité autonome du « Kurdistan ». Ce dernier, devenu « le Dubaï de la région », est reconnu par les compagnies pétrolières étrangères qui veulent obtenir des contrats : le baril de pétrole s’y négocie à 35 $ au lieu de 90 $ ! L’Iran apparaît comme un élément clé dans le chaos moyen-oriental, car il dispose d’une grande capacité industrielle en dépit de l’endoctrinement idéologique et poursuit le développement de l’arme nucléaire. Considéré comme un État voyou depuis 1976, il participe aujourd’hui à la coalition contre Daech en Irak. Son aide au mouvement Hamas, (bande de Gaza), en guerre contre Israël (juillet-août 2014), a contraint ce dernier à des frappes faisant surtout des victimes parmi les vieillards, femmes et enfants, donc désastreuses sur le plan médiatique. Enfin, depuis l’arrivée au pouvoir du parti AKP en 2003, la Turquie s’est éloignée d’Israël pour se rapprocher des pays arabes.

D’Al Qaïdah à Daech. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis par Al Qaïda, les services de renseignement occidentaux sont parvenus à interpréter, comprendre et annihiler son mode de fonctionnement pyramidal. Ben Laden désignait les cibles et y envoyait ses agents pour un coût financier faible. Al Qaïda identifiait les individus éventuellement utilisables puis procédait à un filtrage. Entre 2003 et 2006, le gouvernement de Riyad redoute qu’Al Qaïda n’envoie des agents endoctrinés et entraînés militairement en Irak pour encourager la subversion parmi la population roturière saoudienne. La famille royale accapare en effet la plus grosse part de la rente pétrolière. En 1802, elle avait assis sa domination sur les tribus arabes en remplaçant les razzias habituelles par le Djihad. Aujourd’hui, Daech fait de même et recrute de jeunes Saoudiens sunnites en jouant sur l’attitude ambivalente du gouvernement de Riyad à l’égard des mouvements djihadistes. Après leur intervention en Irak en 2003, les États-Unis ont dissous l’armée irakienne et armé les tribus arabes sunnites. Daech a réussi à les fédérer ainsi que les anciens cadres militaires et les partisans du régime déchu. Elle a récupéré des armes lourdes d’origine russe en Syrie et saisi, lors de sa progression fulgurante en Irak en juin 2014, celles fournies par les États-Unis à la nouvelle armée du gouvernement chiite qu’ils ont mis en place à Bagdad. En Syrie même, Daech a été aidée par les services de renseignement du régime pour provoquer des querelles au sein de la rébellion. Elle reçoit un soutien financier de fondations des monarchies du golfe Arabo-Persique et profite de la revente à bas prix du pétrole des sites du Nord de l’Irak, conquis mais non bombardés par l’aviation américaine. Daech, qui fonctionne en réseau et non pas de façon pyramidale, a remplacé Al-Qaïdah au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Elle utilise internet pour sa propagande, via les réseaux sociaux You Tube, Tweeter et Facebook avec la mise en scène de l’égorgement, qui déshumanise la victime chiite, chrétienne ou juive et la rabaisse au rang de l’animal, souligne le professeur Kepel. En outre, les hommes doivent se convertir à l’islam ou mourir et les femmes être vendues comme esclaves, comme procède le mouvement djihadiste Boko Aram au Nigeria.

Attractivité djihadiste. Daech endoctrine des individus pour les rendre autonomes, leur donne une formation militaire et les renvoie dans leurs sociétés musulmanes ou occidentales d’origine. Plus du quart des convertis au djihadisme par les réseaux sociaux en France sont constitués de Français de souche. En revanche, des milliers de citoyens originaires du Sahel et du Maghreb ont été élus conseillers municipaux dès 2008 et 400 ont été candidats aux élections législatives de 2012. Ils représentent une population intégrée à la société s française, qui pourrait constituer un réseau d’influence contre Daech, conclut le professeur Kepel.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

Arabophone et spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, le professeur Gilles Kepel est membre de l’Institut universitaire de France. Il a enseigné aux États-Unis (New York University et Columbia University), en Grande-Bretagne (London School of Economics) et en France (Institut d’études politiques de Paris). Dans ces derniers ouvrages (photo), il explique la déchirure du monde arabe et de l’islam au Moyen-Orient, face à la modernité, ainsi que les difficultés de la jeunesse des banlieues issue de l’immigration, qui cherche sa place dans la société française sans renoncer à ses racines.




Prix Brienne du livre géopolitique 2014

Pour sa 2ème édition, le « Prix Brienne du livre géopolitique » a été remis le 10 septembre 2014, par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, à Christophe Jaffrelot, directeur de recherches au CERI (Centre d’études et de recherches internationales) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’université américaine de Yale, pour son ouvrage « Le syndrome pakistanais » (Éditions Fayard). Ce syndrome remonte à l’empire britannique des Indes, lorsque la minorité musulmane obtient la création d’un État en 1947. Ensuite, l’élite pakistanaise se divise pour des raisons ethno-linguistiques et politiques entre civils et militaires. Pour elle, « l’Inde hindoue » continue de menacer l’existence du Pakistan, justifiant ainsi l’acquisition de l’arme nucléaire et la recherche de l’alliance des États-Unis pendant la guerre froide. Parallèlement, Islamabad soutient les mouvements djihadistes pour affaiblir l’Inde et gagner une profondeur stratégique en Afghanistan. En général, les thèmes géopolitiques sont dominés par des auteurs anglo-saxons, dont les œuvres sont traduites en français pour le public francophone. Pour remédier à cette carence, le ministre de la Défense a lancé le « Prix Brienne du livre géopolitique », qui a été décerné pour la première fois en 2013 à François Godement pour son ouvrage « Que veut la Chine ? De Mao au capitalisme » (Éditions Odile Jacob). Pendant une année, quelque 70 livres sont évalués par un comité de lecture (6 personnes), qui en sélectionne une vingtaine pour le jury (26 personnes), présidé par le ministre et composé de spécialistes, chercheurs universitaires, journalistes, parlementaires et anciens hauts responsables civils et militaires. Sont finalement retenus, pour la dernière réunion, 3 ouvrages qui favorisent le mieux l’analyse, la réflexion et la mise en perspective des enjeux politiques et stratégiques actuels. Ils doivent être publiés en français et en France entre le 1er octobre de l’année précédente et le 1er juin de l’année en cours. En fait, le jury récompense 4 personnes par une médaille et un livre de luxe sur l’Hôtel de Brienne : le lauréat, les 2 autres finalistes et l’auteur d’un ouvrage publié en dehors des dates limites (« prix spécial »). En 2014, la « médaille d’argent  », si l’on peut dire, a été attribuée à l’Algérien Boualem Sansal pour son livre « Gouverner au nom d’Allah » (Éditions Gallimard) et celle « de bronze » à Jean-Christophe Nottin pour « La guerre de la France au Mali » (Éditions Tallandier). Enfin, le « prix spécial » du jury a été décerné au professeur Yves Lacoste pour l’ensemble de son œuvre, dont notamment le livre « La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » publié en 1976 (Éditions Maspero) et réédité en 2012 (Éditions La Découverte).

Loïc Salmon

 




Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités

Au Moyen-Orient, zone conflictuelle, le « cyber » (ensemble de systèmes informatiques) permet aux acteurs étatiques ou non d’agir, de façon discrète et à faible coût, en matière de renseignement, de sabotage, d’opérations militaires, de communication, d’information et de simple attaque informatique.

Olivier Danino, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique, a présenté la situation au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. En outre, il a réalisé, pour le compte de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense, une étude rendue publique à cette occasion.

Principaux États. En matière de renseignement, les États recourent à la veille sur Internet (défense) et aux virus informatiques (offensive). Pays le plus en avance du Moyen-Orient dans le domaine cybernétique, Israël veut créer une symbiose entre les mondes militaire, universitaire et industriel. L’accent est d’abord mis sur l’éducation de la jeunesse en la matière. Tsahal (forces armées israéliennes) finance une formation à l’informatique dans environ 50 écoles du pays depuis la rentrée scolaire 2012-2013 pour les jeunes de 14-15 ans  et, avec d’autres organismes dont le ministère de l’Éducation, un programme d’expertise pour ceux de 16-18 ans. Plusieurs universités proposent des diplômes de cybernétique. Pendant leur service militaire, ces jeunes sont envoyés dans des unités spécialisées pour acquérir rapidement des compétences élevées. La plus importante, dénommée « unité 8200 », envoie régulièrement une équipe sur le terrain. Elle traite le renseignement d’origine électromagnétique et le décryptage de code. Des formations sont proposées aux personnels des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et des services de renseignement, y compris aux officiers supérieurs. Depuis janvier 2012, le ministère de la Défense dispose d’une administration centrale du cyber pour coordonner les efforts des services de sécurité et appuyer les projets industriels de développement de systèmes avancés. Depuis  février 2013, le Centre de cyberdéfense surveille les tentatives d’attaques contre les réseaux militaires. Un document de la Direction des opérations de Tsahal confirme que la doctrine officielle en la matière repose sur le renseignement, la défense et l’attaque. Mais les autorités israéliennes ne reconnaissent pas leur participation à l’élaboration des virus informatiques Flame ou Stuxnet, qui a perturbé le fonctionnement des centrifugeuses nucléaires iraniennes. La stratégie de « dissuasion cybernétique » d’Israël rappelle celle de sa dissuasion nucléaire. Selon Olivier Danino, Israël maintient ainsi une pression sur l’Iran et les pays qui négocient avec lui, en affirmant, de manière détournée, qu’il dispose d’un éventail de moyens, dont le cyber, pour mener avec succès une opération militaire contre les installations nucléaires iraniennes. De son côté, l’Iran tente de rattraper son retard en matière de cyber. Il construit son propre « internet national », qui devrait couvrir tout son territoire d’ici à 2015 Depuis 2011, une « cyber police » est chargée de lutter contre la criminalité sur internet et surveiller les réseaux sociaux… pour  protéger les Iraniens des logiciels malicieux qui s’y trouvent ! Depuis les ravages du virus Stuxnet, le « Commandement de la défense cyber » s’occupe de la sécurité des infrastructures nationales. En matière d’offensive informatique contre les pays hostiles, l’Iran préfère passer par des entités qui ne lui sont pas rattachées officiellement, afin de nier toute responsabilité en cas d’incidents. Ce fut le cas lors des attaques contre les installations saoudiennes d’hydrocarbures d’Aramco. En revanche, le groupe « Iran Cyber Army », composé d’informaticiens civils et de hackers (pirates informatiques), est soutenu par l’organisation paramilitaire des Gardiens de la révolution. Un collectif de hackers dénommé « Cyber Hezbollah » tente de mobiliser les partisans du régime iranien pour déclencher le djihad (guerre sainte) dans le cyberspace. Israël, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les États-Unis accusent régulièrement l’Iran d’être à l’origine d’attaques informatiques. Depuis le début de la guerre civile en mars 2011, la Syrie démontre son savoir-faire dans le cyber. Le régime soutient des mouvements de hackers qui agissent dans son intérêt sans être rattachés à l’État. Ce dernier contrôle totalement l’accès à internet. L’Agence nationale pour la sécurité des réseaux développe les capacités défensives : détection des menaces et réponses aux attaques quotidiennes. La coopération avec l’Iran permet à la Syrie de profiter des progrès que ses spécialistes ont réalisés dans ce domaine.

Acteurs non-étatiques. Les acteurs non-étatiques utilisent beaucoup les réseaux sociaux (Facebook et Google Earth) pour récolter des renseignements. L’organisation terroriste Al-Qaïda et les mouvements politico-militaires Hezbollah (Liban) et Hamas (Bande de Gaza) se servent aussi du cyberespace à des fins de communication, propagande, recrutement et entraînement de partisans, financement d’opérations, explique Olivier Danino. Ainsi, Al-Qaïda a appelé à attaquer les systèmes d‘information du réseau électrique des Etats-Unis, identifiés comme vulnérables. Le Hezbollah, d’obédience chiite, bénéficie du soutien de l’Iran en matière de cyber. Dès novembre 2004, il est parvenu à envoyer un drone de fabrication iranienne en reconnaissance au-dessus du territoire israélien. Pour le Hamas, le djihad électronique constitue un nouveau champ de résistance contre Israël. Selon Tsahal, ses hackers, formés par des techniciens iraniens, seront bientôt capables de piloter des drones et d’analyser leurs images. Enfin, de nouveaux groupes de hackers se font connaître lors d’une seule opération puis disparaissent complètement du cyberespace.

Virus informatiques sophistiqués. Olivier Danino classent les virus utilisés au Moyen-Orient selon leur finalité principale : Flame, Gauss, MiniFlame, Duqu et Madhi pour le renseignement ; Stuxnet, Gauss, Wiper et Shamoon pour le sabotage. Le Madhi, d’origine iranienne, a été utilisé contre Israël et en Afghanistan. Il collecte aussi des informations sur des organismes et des personnes en Iran ayant des liens avec les États-Unis. Le Shamoon a touché l’Iran et l’Arabie Saoudite. La prolifération de tous ces virus implique un transfert de compétences et de matériels d’un État à un autre ou d’un État à un groupe non-étatique. Les effets psychologique et moral du cyber modifient les rapports de puissance au Moyen-Orient, conclut Olivier Danino.

Loïc Salmon

Renseignement : pouvoir et ambiguïté des « SR » des pays arabes

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Les sociétés de sécurité des systèmes d’information Kaspersky (Russie) et Seculert (Israël) ont détecté 3.334 incidents dus aux virus Duqu, Flame, Gauss, MiniFlame et Mahdi dans les pays du Moyen-Orient entre 2009 et 2013. La répartition est la suivante : Liban, 1688 ; Israël, 586 ; Territoires palestiniens, 318 ; Syrie, 34 ; Jordanie, 7 ; Turquie, 3 ; Iran, 598 ; Irak, 6 ; Arabie Saoudite, 20 ; Émirats arabes unis, 19 ; Qatar, 6 ; Bahreïn, 2 ; Koweït, 1 ; Soudan, 37 ; Égypte, 9.




Enjeux de guerre : réfléchir à celle d’aujourd’hui et imaginer celle de demain

Les nouvelles menaces, aux approches directes, indirectes et globales, concernent la terre, la mer, l’air, l’espace et le cyberespace. En conséquence, la survie d’une société démocratique, soumise à son opinion publique toute puissante, repose sur sa capacité à conserver sa volonté de combattre.

Ces enjeux de guerre ont été présentés par les colonels Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen au cours d’une conférence-débat organisée, le 9 avril 2014 à Paris, par l’Association IHEDN Paris Ile-de-France.

La conflictualité. Leur expérience sur le terrain leur a appris que la guerre n’est pas purement rationnelle. Aujourd’hui, la suprématie américaine dans les airs et sur mer « gèle » l’éventualité d’un affrontement direct entre puissances symétriques en termes de capacités militaires. Mais dans un conflit asymétrique, une part d’irrationnel entre dans le mécanisme de déclenchement. « L’asymétrie, c’est un char moderne contre un moudjahidine en baskets et armé d’une kalachnikov des années 1970 ». Ce champ asymétrique, où agit le terrorisme, constitue la principale vulnérabilité des pays occidentaux. « Il faut toujours inventer, car il n’y a pas de solution miracle ». Dans leur livre « Enjeux de guerre », les deux colonels examinent les relations internationales au prisme de trois sources de la guerre : la sphère de l’intérêt, celle de l’honneur et celle de la peur. La première, la plus rationnelle, influe sur les relations entre les États-Unis et l’Union européenne (UE), les pays européens entre eux, l’UE et la Russie et l’UE et la Chine. L’importance de l’honneur se fait plutôt sentir sur celles entre les États-Unis et la Russie, les États-Unis et la Chine, Israël et la Turquie, la Chine et l’Inde, la Chine et le Japon, La Chine et Taïwan, la Chine et les pays riverains de la mer de Chine. La peur exerce une influence sur celles entre l’UE et l’Iran, les États-Unis et l’Iran, la Corée du Nord et celle du Sud, Israël et les pays arabes, entre les pays d’Afrique subsaharienne et, enfin, inspire l’islamisme radical. Les risques de guerre les plus probables concernent les pays à l’intersection de ces trois sphères : Israël et l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Selon les colonels Givre et Le Nen, la cyberguerre n’emportera pas la décision. Elle causera des dégâts matériels importants et restera limitée sans entraîner une « montée de la nation en armes »… et l’adversaire le sait ! Les centres vitaux des puissances nucléaires n’étant pas atteints, leur dissuasion s’applique. Actuellement, la situation en Ukraine, restreinte à la sphère de l’intérêt, reste au niveau rationnel de la tension diplomatique, mais avec une incertitude sur la montée aux extrêmes. En effet, la Russie ne partage pas la rationalité des pays de l’OTAN. Quant à son annexion de la Crimée, Moscou a senti l’absence de volonté de Washington d’intervenir. « On entre là dans le champ psychologique pour analyser les zones à risques ». D’après les deux colonels, l’emploi de l’arme nucléaire relève de « l’hyper-rationalité », le nationalisme de la légitimité territoriale et la peur constitue le moteur d’un conflit. L’incompréhension culturelle peut provoquer une accélération de la guerre ou une interprétation erronée des possibilités d’action de l’adversaire. Toutefois, les principes scientifiques et mécaniques d’un conflit s’appliquent partout. Dans un conflit asymétrique, l’adversaire tire sa force de son intelligence, face à une armée disposant de technologie, puissance de feu et mobilité supérieures.

La dimension politique. Le but de la guerre, soulignent les colonels Givre et Le Nen, consiste à arriver à une situation politique plus favorable qu’au départ. La victoire correspond à l’obtention de l’état final recherché, après le dernier coup de feu. Son ampleur sera toujours relative et non plus décisive. Le conflit asymétrique est un mode d’action, sur le terrain, d’enjeux politiques très différents que ce soit dans les Balkans, en Afrique ou en Afghanistan. Le stratège prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) a théorisé une « trinité » politico-militaire : un régime autoritaire exerce la souveraineté politique et la légitimité de l’action militaire en s’appuyant sur une armée, issue du peuple. Ce modèle dure jusqu’à la défaite de l’armée allemande en 1918, qui entraîne la chute du régime impérial. Toutefois, il reste valide pendant la guerre du Golfe en 1991 et… en Syrie en 2014 ! Aujourd’hui, dans les États démocratiques, le peuple se trouve en position dominante par le biais de l’opinion publique et délègue la souveraineté politique au gouvernement et la légitimité de l’action militaire à l’armée. Dans un conflit asymétrique, leurs adversaires ont analysé leur structure sociale. Quand un soldat meurt au combat, la société toute entière est meurtrie dans sa chair. Le concept de zéro mort dans une guerre « chirurgicale », quoique rassurant, s’avère impossible à mettre en œuvre.

Les résultats. Il faut savoir terminer une guerre, mais pas n’importe comment. Les deux colonels recommandent d’abandonner le schéma valable jusqu’à la 2ème guerre mondiale, selon lequel le gagnant est celui qui a tué le plus de monde en face. Les engagements militaires américains au Viêt Nam (1954-1975) et en Irak (2003-2011) ne justifiaient plus des frappes sans discrimination, conception de la guerre totale en rupture avec les opinions publiques de l’époque. L’évolution politique d’une guerre reste peu perceptible par des soldats de 20 ans. Selon les deux colonels, ceux-ci se battent par cohésion de groupe, par la confiance donnée au chef direct, qui incite à continuer le métier militaire, et l’envie de connaître ses propres capacités en situation de guerre. De son côté, le chef tactique doit anticiper les conséquences de ses actes sur l’opinion publique de son pays. Il doit prendre en compte les échéances électorales, pour le soutien politique, et le succès tactique, pour le soutien moral du peuple, en vue d’une victoire stratégique. En Afghanistan (2001-2014), où le but de l’engagement de l’OTAN était d’éviter que le pays devienne un repaire de terroristes, la population a globalement accepté la coalition qui lui a apporté une aide humanitaire. Lors de l’opération « Serval » de la France au Mali (2013), le but était clair, l’adversaire identifié et plus proche par rapport à l’engagement en Afghanistan. La synthèse entre le but politique et le déploiement militaire a été réalisée avec succès, estiment les colonels Givre et Le Nen.

Loïc Salmon

La guerre : phénomène social et politique

La guerre : nécessité d’une cohérence militaire et politique

Défense et sécurité : complémentarité et responsabilités internationales

Les colonels Pierre-Joseph Givre et Nicolas Le Nen ont chacun commandé le  27ème Bataillon de chasseurs alpins, qui a été déployé sur divers théâtres d’opérations extérieurs. Le 18 novembre 2013, ils ont reçu le prix Edmond Fréville-Pierre Messmer de l’Académie des sciences morales et politiques pour leur ouvrage « Enjeux de guerre ». Fondée en 1795, supprimée en 1803 et rétablie en 1832, celle-ci est la plus ancienne institution française sur les sciences humaines et sociales : philosophie ; morale et sociologie ; législation, droit public et jurisprudence ; économie politique, statistiques et finances ; histoire et géographie ; section générale. Son rôle est de décrire scientifiquement la vie des hommes en société, afin de proposer les meilleures formes pour son gouvernement.




Sûreté des transports : enjeu majeur pour les entreprises et certains secteurs stratégiques

Vols, perturbations du trafic par suite de délinquances, sécurité des personnes et dégradation de la réputation de l’entreprise menacent tous les moyens de transports urbain, terrestre, aérien et maritime. La sûreté cumule mesures de protection et coopération avec les forces de police et de gendarmerie.

Jean-Marc Novaro (RATP), Arnaud Conrad (Exapaq), Charles Yvinec (Air France) et Simon Delfau (CMA-CGM) ont présenté la situation, au cours d’une conférence-débat organisée, le 29 janvier 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale et l’ASIS International France.

Transport urbain. La Régie autonome des transports parisiens (RATP) exploite un réseau de 16 lignes de métro, 2 lignes de RER, 5 lignes de tramway et 350 lignes d’autobus, totalisant plusieurs centaines de km dans Paris et sa banlieue. Selon Jean-Marc Novaro, tout passager se trouve en état de vulnérabilité, car il est en dehors de son environnement le plus familier et dans une position d’inconfort et un état d’esprit particulier. Plusieurs menaces concernent la RATP : incivilités ou comportements incorrects dénoncés périodiquement par voie d’affiches dans le métro ; vols à la tire (pickpockets) ; terrorisme NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; vols de câbles métalliques par des bandes organisées avec des risques d’effets dramatiques pour la circulation et les voyageurs ; graffitis qui occasionnent un coût énorme de remise en état des matériels. S’y ajoutent les risques liés à la sécurité : suicides de voyageurs ; découvertes de colis ou produits suspects, qui immobilisent les trains et gênent les passagers. La RATP dispose d’un corps de 1.200 agents de sécurité d’entreprise, assermentés, en uniforme et… armés (bombe gazeuse et revolver). Formés en interne, ils doivent remplir de bonnes conditions physique et psychologique et effectuent des patrouilles en coordination avec la police. Les données de géolocalisation sont utilisables en direct par le PC de la Brigade des réseaux ferrés d’Ile-de-France, situé à proximité de celui de la RATP. Un système de vidéosurveillance gère la circulation des trains et la protection des personnes et du matériel : 9.400 caméras dans les stations et installations fixes des différents moyens de transport ; 24.100 caméras à l’intérieur des autobus, trams, RER et métro. Enfin, la RATP organise des exercices de gestion de crises. En cas d’attentat NRBC, la remise en état du réseau nécessiterait un long travail de décontamination.

Transport routier. La crise favorise la multiplication des vols de marchandises, notamment dans les aires de stationnement d’autoroute et les entrepôts, explique Arnaud Conrad. Environ 1.500 vols par an, d’une valeur de 30 M€, se produisent en France, surtout dans le Sillon rhodanien, le Nord et le Sud de la France. Ils se répartissent essentiellement entre les alcools (16,3 %), l’alimentation (14,8 %), l’habillement (13,4 %) et les matériaux de construction, industriels et pièces d’automobiles (12,8%). Plus de 6 vols à main armée sur 10 ont lieu en Région parisienne. Tout incident est signalé aux forces de l’ordre, réparties sur le territoire : gendarmes dans les campagnes (80 %) et policiers dans les villes (20 %). Le « milieu » classique et les gangs de banlieue français sont à l’origine de 75 % des faits. Les organisations étrangères s’attribuent le reste : mafias italiennes et organisations criminelles de l’ex-URSS et des Balkans. Ces dernières font surtout du trafic d’armes pour le grand banditisme. Ainsi, un fusil automatique « kalachnikov », acheté 450 € en Serbie, est revendu 2.500 € en France. S’y ajoute la sécurité des personnes : accidents de la route et agressions des chauffeurs pendant les déchargements et chargements. La coopération avec les forces de l’ordre permet de se constituer partie civile, en vue de réclamer des dommages et intérêts, et d’évaluer les risques pour prendre des mesures préventives, comme la surveillance (humaine et électronique) et la traçabilité des produits transportés.

Transport aérien. Depuis 1931, il y a eu près de 1.500 actes terroristes, détournements, attaques contre un avion commercial, des passagers et des installations dans le monde, indique Charles Ivinec. Après une augmentation régulière entre 1945 et 1967, le nombre de détournements d’avions a bondi à 38 en 1968 et 82 l’année suivante. Chaque nouvel attentat conduit à de nouvelles mesures. Ainsi, ceux par avions suicides de septembre 2001 aux États-Unis ont eu pour conséquences le renforcement des portes du cockpit, le contrôle d’accès au cockpit et l’élaboration d’une liste d’articles prohibés. Outre l’application des règlements nationaux et internationaux, Air France dispose d’un programme de sûreté et forme ses personnels au sol et navigants. L’évaluation des niveaux de menace par cotation des escales à risques se fait par une veille événementielle à partir des médias, institutions gouvernementales, entreprises, instituts de recherche, réseaux de transport aérien et liaisons quotidiennes avec les expatriés, agents en déplacement et navigants. Chaque année, Air France dépense 70.000 € pour la sûreté.

Transports maritimes. Le groupe CMA-CGM exploite 430 navires qui transportent par an 11 millions de conteneurs équivalents 20 pieds (unité internationale de fret), scellés, par an dans 400 ports dans le monde, souligne Simon Delfau. Elle coopère totalement avec les autorités internationales et nationales en cas de découverte de trafics illicites : marchandises sous embargo ; espèces animales protégées ; explosifs et armes non déclarées. Les marchandises dangereuses sont ségréguées pour éviter les réactions chimiques intempestives. Clients et entités suspects figurent dans la propre base de données de CMA-CGM. A l’encontre des passagers clandestins, des mesures sont prises à bord dans les ports à risques : contrôle d’accès au navire renforcé ; éclairage ; rondes ; fouille du navire avant le départ. Des gardiens supplémentaires sont employés sur le quai et des scellés posés sur les conteneurs vides avant leur embarquement. Contre la piraterie, CMA-CGM a élaboré des mesures de protection passive : moyens de protection physique, vitesses adaptées, routes prédéfinies, zones d’exclusion, suivi permanent des navires, lignes de communications d’urgence et exercices. Enfin, des hommes armés embarquent à bord des navires les plus vulnérables transitant par l’Afrique de l’Est.

Loïc Salmon

Milipol 2013 : innovations technologiques pour la sécurité

Sûreté : élément stratégique des entreprises internationales

Sécurité : gestion des expatriés français en cas de crise

De gauche à droite : Simon Delfau, responsable sûreté à la compagnie maritime CMA-CGM ; Arnaud Conrad, responsable national sécurité sûreté  dans la société de transport terrestre Exapaq ; François Mattens, président de l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale ; Jean-Marc Novaro, directeur de la sécurité à la RATP ; Charles Yvinec, directeur de la sûreté à Air France. Pour trois de ces responsables, la sûreté en entreprise constitue une seconde carrière : l’un était contrôleur général de la police, un autre commissaire divisionnaire et un troisième avait servi dans la Légion étrangère.




Marine TF 473 : de l’action militaire à la diplomatie navale

Trois opérations navales françaises sont en cours : « Bois-Belleau » (décembre 2013-février 2014) en Méditerranée et dans le golfe Persique ; « Atalante » (permanence) en océan Indien ; « Corymbe » (permanence) dans le golfe de Guinée. L’opération « Bois-Belleau » a été présentée, le 29 novembre 2013 à la presse à Paris, par le contre-amiral Éric Chaperon en visioconférence depuis le porte-avions Charles-De-Gaulle (PA CDG) en mer. Assurée par la Task Force 473 (TF 473) qui regroupe 2.600 personnels, elle met en œuvre le groupe aéronaval : PA CDG ; frégate de défense aérienne Forbin ; frégate anti-sous-marine Jean-de-Vienne ; pétrolier-ravitailleur Meuse ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; un avion de patrouille maritime Atlantique II (ATL2). Le PA CDG embarque : 10 Rafale Marine ; 10 Super Étendard Modernisé ; 2 avions de guet aérien Hawkeye ; 5 hélicoptères dont 2 Dauphin, 1 Alouette III et 2 Caracal de l’armée de l’Air pour la recherche et le sauvetage. L’ATL2 suit la TF 473 depuis sa traversée de la mer Rouge, assure son éclairage, contribue à l’établissement de la situation sous-marine et peut participer à une activité aéroterrestre. La TF 473 a pour objectifs la maîtrise des espaces aéromaritimes stratégiques, la connaissance et l’anticipation en zones de crises potentielles et enfin la coopération avec les pays riverains. Outre des activités conjointes avec l’armée de l’Air et l’Aviation légère de l’armée de terre à Djibouti, sont prévus les exercices : « White Star » (décembre 2013) avec les forces d’Arabie Saoudite ; « Ocean Falcon » (janvier 2014) avec celles du Qatar ;  « Big Fox » (janvier 2014) avec celles des Émirats arabes unis. Des officiers britanniques et américains font partie de l’état-major de la TF 473, qui effectue en parallèle des activités opérationnelles et de coopération avec des unités de la Marine américaine sur zone, en vue de renforcer l’interopérabilité entre Marines alliées. Prête à tous types de mission, la TF 473 apporte notamment son appui à la Task Force 151 de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme et à l’opération européenne « Atalante » dans celle contre la piraterie en océan Indien. La France, qui la commande de décembre 2013 à avril 2014, y déploie la TF 465 composée du transport de chalands de débarquement Siroco (décembre 2013-janvier 2014), renforcé ponctuellement par des avions ATL2, Falcon 50 ou AWACS. L’opération « Corymbe » déploie le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude et l’aviso Commandant-L’Herminier. Compte tenu de la situation en République centrafricaine, le BPC a débarqué 350 hommes et 100 véhicules à Douala (Cameroun) fin novembre. Un dispositif logistique et de combat de moins de 450 hommes a été établi à Bangui pour agir auprès des ressortissants étrangers et sécuriser l’aéroport, unique porte d’accès et de sortie rapides de Centrafrique. La montée en puissance de l’opération « Sangaris » s’est poursuivie avec des renforts venus de France et des forces prépositionnées au Gabon pour atteindre 1.600 hommes le 11 décembre. La veille, deux soldats du 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine sont décédés des suites de leurs blessures au cours d’un accrochage à Bangui, lors d’une mission de contrôle de zone.

Loïc Salmon

Marine et Diplomatie




Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Dans son volet terrestre, l’intervention française au Mali a comporté quatre phases : course en avant pour arrêter le raid djihadiste sur Bamako ; établissement d’une tête de pont sur le fleuve Niger ; mise en place de points d’appui à Gao, Tessalit et Ménaka ; réduction des « sanctuaires » ennemis.

Le général de brigade Bernard Barrera, qui a commandé la brigade « Serval » pendant l’opération du même nom, et le colonel Pierre Esnault, chef de division au Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ont présenté un premier retour d’expérience de l’armée de Terre au Mali, le 30 septembre 2013, devant l’Association des journalistes de défense.

Les combats. Début février, après les prises de Gao et Tessalit, l’ennemi a disparu. Aucun coup de feu n’a été tiré à Tombouctou et Ménaka. Puis le 10 février, 3 combattants suicides se manifestent dans un commissariat et, le 19, la violence se déchaîne simultanément à Tessalit et dans le massif de l’Adrar. Le 21, les djihadistes attaquent les forces françaises et maliennes. Le 22, ils affrontent durement les Tchadiens (26 morts et 70 blessés) qui appliquent la tactique du « rezzou » en fonçant  sur eux avec leurs pick-up, sirènes hurlantes. Les forces spéciales aident ponctuellement en amont la brigade Serval pour la prise de points d’appui et lui fournissent des renseignements. Ensuite, la guerre d’usure commence, avec des infiltrations de djihadistes de nuit à Gao et Tombouctou. Lors des opérations « Panthère » de nettoyage, les légionnaires avancent d’environ 1 km/jour pour éviter de se trouver imbriqués dans les lignes adverses. Les djihadistes se trouvent en effet à des distances variant de 300 m … à 10 m ! Drogués, ils sont prêts à se faire tuer plutôt que de quitter leurs « sanctuaires ». Par comparaison, les talibans d’Afghanistan tirent à 800 m et préfèrent sauver leur vie. Les ordres de repli des djihadistes seront connus par les renseignements collectés par les Tchadiens, écoutes radio et petits drones. Les djihadistes du Nord parlent français et ceux du Sud le même dialecte que les Tchadiens. Début avril, tous ont été chassés des emplacements qu’ils tenaient depuis février et évitent tout combat. En outre, leurs « fantassins de base », n’étant plus payés ni commandés par l’organisation terroriste Aqmi, ont disparu. Par ailleurs, les militaires français ne s’attendaient guère à rencontrer des enfants soldats. Des villageois ont déclaré que leurs enfants leur avaient été « volés » et qu’ils risquaient d’avoir les mains coupées s’ils refusaient de les laisser partir. « Il n’y a pas d’exemple de Français qui aient tiré sur des enfants soldats », indique le général Barrera.  Des enfants, blessés par des éclats d’obus, ont pu être sauvés. Si certains servaient comme porteurs, d’autres âgés de 12-13 ans avaient reçu un entraînement militaire. Capturés, ils ont été envoyés à Bamako et remis à la Mission des Nations unies au Mali. Par ailleurs, des groupements français de perception opérationnelle, équipés de haut-parleurs, se déplaçaient le jour en première ligne pour inciter les villageois assoiffés à se rendre et, la nuit, leur transmettaient des messages. Favorable à l’intervention franco-africaine, la population renseignait sur l’adversaire et les caches de munitions. Toutefois, précise le général, il n’y a pas eu d’opération dite « d’influence » (psychologique).

Le bilan. Les pertes djihadistes se montent à environ 600 tués et 600 blessés, dont certains évacués à dos de dromadaire ou sur des mobylettes. La brigade Serval a tiré 34.000 munitions d’armes légères, 58 missiles anti-char, 753 obus d’artillerie, 80 obus de 105 m/m et 3.502 obus de 30 m/m. Elle a neutralisé 50 véhicules, 60 engins explosifs improvisés (EEI) et 20 vestes bourrées d’explosifs pour combattants suicides. Elle a découvert 150 t de munitions, provenant de stocks maliens ou libyens, de nombreux lance-roquettes anti-char (RPG), moyens de communications et GPS. Les hélicoptères français ont été pris à partie par des mitrailleuses et des RPG mais pas par des missiles sol/air, dont les djihadistes ne savaient pas se servir et qui se détériorent vite en milieu désertique s’ils ne sont pas entretenus. La chaîne logistique ennemie a été disloquée. Un « sanctuaire » conquis dans l’Adrar s’est révélé une véritable base terroriste avec des casemates pour les bombes destinées à la fabrication d’EEI, des ordinateurs et de faux passeports égyptiens et canadiens. Le Sud du Mali, où vivent des ethnies noires et arabes, constitue la plaque tournante des trafics de stupéfiants et d’êtres humains. « Les narco-trafiquants ont habillé leurs actions terroristes avec une connotation religieuse », estime le général.

Les enseignements. Sans attendre les rapports de fin de mission, le CDEF a tiré les premières leçons du succès de l’opération Serval, dont l’analyse se poursuit : entraînement spécifique de la brigade au combat interarmes et interarmées depuis 18 mois ; performance des matériels et équipements ; boucle décisionnelle courte ; rusticité et endurance de la troupe après 20 ans d’opérations extérieures ; audace et volonté du commandement. Au départ, il y avait une forte volonté politique, avec acceptation d’une campagne à risques (pertes de soldats), explique le général Barrera : il fallait libérer d’urgence le pays, détruire les « terroristes » et retrouver les otages français détenus par l’Aqmi. Après discussion entre Paris et le commandement sur le terrain, il a été décidé très vite de reprendre Tombouctou, site emblématique depuis l’explorateur français René Caillé (1799-1838), et Gao qui contrôle la boucle du Niger. Les véhicules blindés du combat d’infanterie, canons Caesar et hélicoptères Tigre ont donné toute satisfaction en matière de mobilité, puissance de feu et précision des tirs. En revanche, les véhicules de l’avant blindé, véhicules blindés légers et engins blindés de reconnaissance feu (AMX 10-RC) accusent leur âge. Des efforts restent à faire sur les matériels radio. Lors de leur passage au « sas de décompression » à Chypre, les troupes paraissaient plus éprouvées que celles de retour d’Afghanistan. Par ailleurs, de l’avis de plusieurs ministres de la Défense, si le Mali tombait, toute la bande sahélienne cédait. Enfin, conclut le général, « si l’ennemi avait gagné, il aurait mis en échec l’armée française ! »

Loïc Salmon

Mali : le massif de l’Adrar, principale zone d’opération

Mali : succès de la Mission européenne de formation et d’expertise

Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

Le Mali s’étend sur 1,24 Mkm2. Sa température varie entre 30° et 40° C toute l’année et sa population compte 18 ethnies différentes. L’opération « Serval » s’est déroulée dans les champs de dunes d’Araouane, la brousse du Gourma, le massif montagneux de l’Adrar des Ifoghas  et la région des grands oueds. Du 11 au 31 janvier 2013, la montée en puissance a mobilisé 2.159 hommes du dispositif de déploiement d’urgence « Guépard », venus de métropole, et 422 soldats des forces prépositionnées, dont 162 de la force « Licorne » en Côte d’Ivoire et 260 de la force « Épervier » au Tchad. En mars, Serval comptait 4.500 soldats, 206 véhicules blindés, 21 chars, 4 canons Caesar et 21 hélicoptères. Les pertes françaises s’élèvent à 6 morts : 4 au combat et 2 par engins explosifs improvisés. L’effectif sera réduit à 2.000 hommes en novembre, puis à 1.000 fin janvier 2014.




Nom de code Geronimo

Ce documentaire-fiction présente la puissance américaine en termes de moyens techniques et humains de renseignement et de suivi d’une opération spéciale sur le terrain. Il relate l’opération américaine « Trident de Neptune », conduite le 2 mai 2011 pour neutraliser Oussama ben Laden, chef de l’organisation terroriste Al Quaïda dont les attentats aux Etats-Unis avaient tué 2.973 personnes le 11 septembre 2001.

La mort de Ben Laden a été annoncée par le président Barack Obama, qui avait suivi en direct ce raid d’une quarantaine de minutes. En effet, les membres de l’unité des forces spéciales engagées (« Navy Seal Team 6 ») portaient une micro-caméra sur leur casque. L’intérêt de ce documentaire-fiction réside dans la préparation de cette opération, lancée depuis la base militaire de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) à Bagram en Afghanistan. Elle commence par la longue enquête de la CIA et se poursuit par l’entraînement de la Navy Seal Team 6. Ben Laden est désigné sous le nom de « Geronimo » (1829-1909), célèbre chef des Apaches qui avaient longtemps lutté contre les Etats-Unis pendant la conquête de l’Ouest. Quoique l’issue de l’opération Trident de Neptune soit connue, le « suspense » sur son succès ou son échec est savamment entretenu par les doutes des agents de la CIA, la recherche de preuves suffisantes pour obtenir le feu vert du président américain dans un contexte pré-électoral, les options envisagées et les états d’âme de quelques membres de la Navy Seal Team 6 avant son déclenchement. Une opération similaire, dénommée « Serre d’aigle », avait été montée en 1980  pour libérer les 444 otages de l’ambassade américaine détenus à Téhéran. Son échec, les 24 et 25 avril, avait entraîné celui de la réélection du président Jimmy Carter. Les otages avaient été libérés par l’Iran le 20 janvier 1981, jour de l’intronisation du président Ronald Reagan. Par la suite, les forces spéciales américaines ont été profondément remaniées. Cette fois-ci,  la Navy Seal Team 6, chargée exclusivement de la lutte antiterroriste, reçoit l’ordre du Pentagone de capturer ou tuer, s’il le faut, la cible Geronimo cachée au Pakistan, pays officiellement allié des Etats-Unis. Une fois formellement identifiée, la dépouille de Ben Laden sera immergée en haute mer. Sa mort sera reconnue par Al Qaïda. La Navy Seal Team 6, dont aucun membre n’a été tué ou blessé dans cette opération, sera décorée de la « Presidential Unit Citation », plus haute distinction décernée à une unité militaire pour sa bravoure. Trois mois plus tard, dans la nuit du 5 au 6 août 2011, un hélicoptère Chinook est abattu en représailles en Afghanistan avec 20 membres de la Navy Seal Team 6 à bord. Aucun d’eux n’avait participé à l’opération Trident de Neptune.

Loïc Salmon

Code name Geronimo.  Seven7Sept. 1h 36 mn/19,99 €. Boutique : http///www.sevensept.com/search/node/code%20name

 




GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

Le gouverneur militaire de Paris (GMP) participe à l’organisation territoriale interarmées, à la sécurité en Ile-de-France et au rayonnement des armées, dont il doit valoriser aussi le patrimoine.

Titulaire de la fonction, le général de corps d’armée Hervé Charpentier a reçu l’Association des journalistes de défense le 17 octobre 2012 à l’Hôtel national des Invalides.

Responsabilité opérationnelle. L’Ile-de-France accueille la Brigade des sapeurs pompiers de Paris et le 121ème Régiment du train de Montlhéry. En outre, le plan « Vigipirate » contre la menace terroriste mobilise en permanence 1.000 hommes sur le territoire, dont 600 à Paris. Chaque détachement effectue une préparation de 10 jours avant d’être déployé pendant 10 à 15 jours pour effectuer des patrouilles (20 km dans la journée) dans le métro, les gares et les sites touristiques majeurs (Tour Eiffel, Louvre, Beaubourg et château de Versailles). Les soldats observent des règles d’engagement très précises, doivent garder l’initiative et sont accompagnés de policiers pendant les heures de pointe (7h-9h et 18h-20h). Déjà, 13.000 hommes sont passés à Paris dans ce cadre. En complément, le GMP envisage de créer un bataillon de réserve pour l’Ile-de-France, dont l’état-major sera installé au fort de Vincennes. Les unités élémentaires, qui monteront en puissance, constitueront un renfort opérationnel pour relever les troupes d’active et guider, dans Paris, quelque 10.000 soldats appelés en cas de crise. En tant qu’officier général de la zone de défense et de sécurité, le GMP doit assurer, en coordination avec les services de police, de la sécurité civile et de la Ville de Paris, le plan de résilience de l’Etat dans la durée en cas de catastrophe naturelle, dont notamment une crue majeure de la Seine (voir rubrique « Archives » : « Crises : prévention et gestion en Ile-de-France » 6-6-2012).

Hommage et solidarité. La nation rend un hommage national à ses armées le 14 juillet, avec la mise en valeur des blessés, et le 11 novembre, pour les tués en opérations. A Paris, le défilé mobilise 5.000 militaires, 500 véhicules et 50 aéronefs, auxquels s’ajoutent 1.000 personnels de soutien. En fonction de l’actualité, le GMP préside des prises d’armes aux Invalides avec remise de décorations. En outre, les morts en opérations ont désormais droit à un hommage civil sur le pont Alexandre III, où passe le convoi mortuaire, puis à un hommage plus intime pour les familles dans la cour d’honneur des Invalides. A cette occasion, le chef d’Etat-major, en général de l’armée de Terre en raison du conflit en Afghanistan, épingle la croix de la Valeur militaire et éventuellement la Médaille militaire sur le catafalque. Cette cérémonie est poignante. « L’horreur devient réalité », souligne le GMP, qui reçoit longuement les familles. La fermeture du cercueil de chaque tué se fait devant sa famille proche : « C’est indispensable pour écrire cette première page de deuil ». Enfin, le président de la République peut décider un hommage national dans la garnison d’origine ou aux Invalides. Par ailleurs, une « Maison des blessés » sera établie à Bercy pour accueillir 70 membres de leur famille dans 5 appartements et 6 studios. Parallèlement, l’organisation d’événements privés dans l’enceinte des Invalides permet de récolter des fonds pour l’association d’entraide « Terre Fraternité » et la « Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre », directement rattachée au GMP.

Retour d’expérience. Le général Charpentier, qui a dirigé les Forces terrestres pendant deux ans avant sa présente affectation, a répondu à diverses questions sur le conflit en Afghanistan. Environ 60.000 militaires de l’armée de Terre, dont tous les personnels des régiments d’artillerie et 95 % de ceux d’infanterie, ont participé à cet engagement « exceptionnel » et « emblématique », après trente ans de paix ou de violence limitée. Toutefois, précise le général, « il ne doit pas être le théâtre de référence pour préparer l’avenir ». En Afghanistan, les militaires français ont vécu à des milliers de km de la France avec des moyens très développés, pour ne pas se trouver démunis en cas de surprise. Ils y ont connu le retour aux fondamentaux, à savoir l’école du combattant. L’accrochage commence à la sortie de la base et les patrouilles durent six mois sur les mêmes lieux. Beaucoup d’officiers ont servi de 6 à 17 mois dans des états-majors américains et les meilleurs sous-officiers et soldats dans les « équipes de liaison et de tutorat opérationnel » (OMLT en anglais) pour l’instruction et l’entraînement de l’armée nationale afghane. Il s’agit de capitaliser cette expérience riche en réactivité, urgence opérationnelle et nécessité d’avoir un temps d’avance. « Pour nous, soldats, l’Afghanistan est loin d’être un échec », insiste Hervé Charpentier. En dix ans, les effectifs déployés sont passés progressivement à 4.000 personnels. La planification a été la plus compliquée à faire prendre en compte. Mais, les Alliés ont reconnu « la qualité du soldat français et la crédibilité de la chaîne de commandement », souligne le général, « pour les soldats, c’est le sentiment de la mission accomplie ».

Loïc Salmon

Le général de corps d’armée Hervé Charpentier, entré à Saint Cyr en 1975, choisit l’infanterie de marine à l’issue de sa scolarité. Titulaire du brevet d’études militaires supérieures (1993), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2002). Au cours de sa carrière au sein de régiments parachutistes, il participe à diverses opérations : « Barracuda » en République centrafricaine (1979) et « Saintonge » au Nouvelles-Hébrides (1980) comme chef de la section des chuteurs opérationnels ; « Diodon 4 » au Liban (1983) comme officier des renseignement ; « Manta Echo 3 » au Tchad (1984) ; « Turquoise » au Rwanda (1994) ; « Balbuzard Noir» en ex-Yougoslavie (1995). Il a notamment commandé le 6ème Bataillon d’Infanterie de marine au Gabon (1997), la 9ème Brigade légère blindée de marine (2005), l’Ecole d’application de l’infanterie (2007) et les Forces terrestres (2010). Membre du cabinet militaire du ministre de la Défense de 2002 à 2004, il est nommé gouverneur militaire de Paris, officier général de zone de soutien de Paris et officier général de la zone de défense et de sécurité de Paris le 1er août 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec trois citations, le général Charpentier est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.




Piraterie maritime : l’action d’Europol

La piraterie maritime est une nébuleuse de réseaux hiérarchisés et organisés, comme le trafic de stupéfiants. Ces réseaux sont à l’origine des actes de piraterie proprement dits et des prises d’otages contre rançons (voir revue téléchargeable mars 2011 p.9-16). Leur démantèlement nécessite une coopération civilo-militaire.

C’est ce qu’a expliqué Michel Quillé, directeur adjoint opérations d’Europol, lors d’un séminaire organisé, le 16 juillet 2012 à Paris, par la Direction des affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense.

Le renseignement sur la piraterie maritime vise à établir l’identité des individus et, par recoupement, faire apparaître leurs réseaux et structures. Europol apporte une vision stratégique en profondeur, en vue d’anticiper la menace. Son but est d’identifier les financiers, les organisations et les négociateurs. Ses 200 analystes reçoivent des informations des bâtiments de la force navale européenne « Eunavfor », déployée dans le golfe d’Aden dans le cadre de l’opération « Atalante » depuis décembre 2008. En outre, des personnels des Marines européennes sur zone viennent à La Haye et des analystes d’Europol se rendent à Northwood (Grande-Bretagne), siège de la lutte conte la piraterie maritime. Europol travaille aussi avec le Service européen pour l’action extérieure (réseau diplomatique commun de l’UE). Grâce à la centralisation des fichiers d’analyse, Europol dispose de 21.000 informations (numéros de téléphone, de cartes d’identité, de passeports etc.) pour mettre en évidence les liens entre des individus et certaines entités suspectes, de déterminer leurs déplacements et de les retrouver. Quelque 50.000 liens ont permis d’ouvrir des dizaines de pistes d’enquête. Europol coopère avec Interpol et reçoit des contributions des Pays-Bas, d’Allemagne, de France et de Belgique. Des équipes communes d’enquête demandent aux services de renseignement de ces pays de concentrer leurs recherches sur un sujet donné.

Les difficultés sont nombreuses dans une zone où les administrations centrales des Etats ne sont guère solides, que ce soit pour l’identification des liens familiaux ou la traçabilité des flux financiers. En effet, les rançons sont payées en espèces et leur répartition entre plusieurs acteurs de la prise d’otages a lieu sur place et sur le champ. Le système bancaire international est parfois utilisé, mais de façon très marginale. Europol, faute de preuves formelles, est parvenue néanmoins à rassembler un faisceau d’indices tendant à démontrer qu’une partie des rançons finance le terrorisme. En outre, il existe un lien, fonctionnel mais non hiérarchique, entre les pirates du golfe d’Aden et le groupe d’insurgés somaliens Al Shebab, à l’origine de tensions dans la région. Par ailleurs, l’échange d’informations entre la flotte européenne de l’opération « Atalante » et Europol n’est que ponctuel, car il n’existe aucune base juridique pour l’échange en continu. En revanche, c’est bien le cas pour la mission « Eulex » (justice, police et douanes) de l’UE qui vise à promouvoir l’état de droit au Kosovo, depuis la proclamation de son indépendance en décembre 2008. Europol compte aussi des gendarmes, douaniers et gardes-frontière dans ses rangs.

La démarche innovante d’Europol consiste à créer un lien nouveau avec la mission de l’Eunavfor dans le golfe d’Aden, en lui apportant une dimension civile « opérationnelle » par la présence d’un magistrat néerlandais, habilité à procéder à l’arrestation des pirates en vue de leur mise en jugement et leur condamnation. Actuellement, les pirates sont quasiment assurés de l’impunité. Selon Michel Miraillet, directeur de la DAS, 90 % des pirates appréhendés par l’Eunavfor sont relâchés, en raison de l’insuffisance du dispositif juridique.

Loïc Salmon

L’agence européenne de police Europol, qui a son siège à La Haye (Pays-Bas), emploie 800 personnes et dispose de 150 officiers de liaison dans les Etats membres de l’Union européenne (UE), aux Etats-Unis et en Colombie. Elle gère l’échange et l’analyse des renseignements relatifs aux activités criminelles : trafic de drogue, terrorisme, immigration clandestine, traite des êtres humains et exploitation sexuelle des enfants, contrefaçon et piratage de produits, blanchiment d’argent, fabrication de fausse monnaie et falsification d’autres moyens de paiement. Europol rédige aussi des évaluations de la menace et des analyses criminelles, fournit une expertise et un soutien technique pour les enquêtes et opérations menées au sein de l’UE. L’agence facilite l’échange de renseignements par son propre système d’information et le réseau sécurisé SIENA (Secure Information Exchange Network Application). Enfin, elle participe à l’harmonisation des techniques d’enquête et de la formation entre les États membres.