Guerre de l’information et information de guerre

La « guerre de l’information », essentielle à la conduite de la guerre tout court, a vu sa portée et ses enjeux démultipliés par l’internet et les réseaux sociaux. Parallèlement, la couverture médiatique d’un conflit avec les moyens d’aujourd’hui influe directement sur son évolution. L’analyse d’un conflit armé prend en compte la représentation du territoire par les protagonistes. Il s’agit de comprendre pourquoi des conflits majeurs peuvent commencer sur des territoires très petits et pourquoi des détails insignifiants déclenchent une guerre sur des territoires chargés de symboles. Ces questions ont fait l’objet d’une table ronde organisée, le 16 octobre 2012 à Paris, par l’Institut français de géopolitique et le journal Le Monde.

Les médias. Les journalistes sont envoyés sur place pour rendre compte d’une situation compliquée et mouvante. Autrefois, un correspondant de guerre était accrédité auprès d’une armée et protégé par les conventions de Genève, avec le risque de devenir une victime collatérale. Aujourd’hui, indique Olivier Da Lage, il est une cible, sans la moindre immunité, pour des groupes ou même des Etats et qui prend de la valeur s’il vient d’un pays puissant. En conséquence, beaucoup de médias assurent une couverture limitée des zones de conflit et n’ont plus de correspondants à l’étranger pour des raisons budgétaires.  Ils recourent alors aux « envoyés spéciaux », qui doivent collecter beaucoup d’informations en quelques jours, ou aux « pigistes » (rémunérés à l’article) locaux et même français qui veulent se faire un nom dans des pays réputés dangereux. Les médias bénéficient aussi des apports (blogs, vidéos sur « You Tube » et témoignages sur « Skype ») de « journalistes citoyens » des pays en question, avec un risque de manipulation mettant en cause la crédibilité de l’information. En effet, ces informateurs profitent de la facilité que leur donne un téléphone portable sans se soucier du contexte de l’événement. Toutefois, des arbitrages sur la fiabilité d’une information, selon les situations, ont lieu au sein des rédactions. Un solide bon sens est préférable à une connaissance très précise du terrain. Enfin, des journalistes professionnels sont parfois« embarqués » par les armées, notamment celle des Etats-Unis lors de leur intervention en l’Irak en 2003. « Mais, on ne peut couvrir une guerre uniquement par ce moyen ». De son côté et pour compléter l’analyse d’un conflit, le journal Le Monde publie une carte géopolitique, valable une journée. Les informations proviennent, dans l’ordre, des dépêches de l’Agence France-Presse, du journaliste sur le terrain et du réseau social « Twitter », « mais pas l’inverse ! », souligne Delphine Papin.

Les résultats. L’influence des réseaux sociaux s’est fait sentir lors du « printemps arabe » et en Chine. Alain Frachon décompose les révolutions arabes de 2011 en trois phases. Au début de l’insurrection en Tunisie et en Egypte, les réseaux sociaux ont constitué des moyens formidables de mobilisations de foules pour les divers opposants au régime, quand un petit moment de violence a fait basculer la rébellion dans la rue. Ensuite, le changement de régime a été réalisé, non par les réseaux sociaux, mais par l’armée, structure nationale. Enfin, les élections ont été gagnées par le parti le plus organisé, qui a quadrillé le terrain en profitant de sa légitimité de force d’opposition. Toute la mouvance libertaire des réseaux sociaux s’est ainsi trouvée sous-représenté au Parlement. « Il y a eu surinvestissment dans les nouvelles technologies pour faire chuter les régimes autoritaires », souligne Alain Frachon, Par ailleurs, selon lui, quelque 500 millions d’internautes fréquentent les réseaux sociaux chinois, que surveillent 100.000 personnes qui bloquent certains mots-clés. Mais, en même temps, les réseaux sociaux font remonter l’information, sur ce qui se passe réellement dans le pays, jusqu’au parti communiste, qui devient alors comptable de la situation devant la population. De son côté, Michel Foucher estime difficile de cartographier des conflits asymétriques et des rapports de forces politiques. Dans un conflit, il discerne trois « vérités » qui ne se recouvrent pas : politique, militaire et médiatique. D’abord, le manque de clarté des objectifs politiques recherchés se traduit par un flou des missions attribuées aux militaires (voir rubrique « Archives » : « Etre militaire européen aujourd’hui, quel métier ! » 4-7-2012). Ensuite, les militaires ont appris à communiquer. En effet, à côté de la vérité opérationnelle, l’exigence de transparence peut mettre en péril les troupes sur le terrain (Afghanistan). Enfin, les militaires estiment que les médias raisonnent en termes de morale et en « noir et blanc » (les « bons » et les « méchants »). Il s’ensuit une dichotomie entre les descriptions des médias et les analyses prudentes des militaires français (Syrie). « La hiérarchie des intérêts, entre ce qui reste dans l’ombre et ce qui est mis en lumière, correspond à des stratégies politiques ».

L’avenir. L’arrivée de la mappemonde virtuelle « Google Earth » et des réseaux sociaux, en 2000-2005, a bouleversé la donne, explique Thierry Rousselin. En 2012, la moitié de l’armée de Terre française partage l’expérience du conflit en Afghanistan, contre 10 % au début. Les personnels en état-major y sont tous allés, mais les leçons qui en seront tirées ne s’appliqueront pas toujours ailleurs. La description physique du territoire d’un conflit doit désormais s’accompagner des données environnementales (hydrographie, climatologie et océanographie) de la population. Des opérateurs privés de satellites d’observation, dont Skype, vont fournir des informations stratégiques aux acteurs économiques, soucieux du profit à réaliser, et non plus seulement aux armées et aux Etats. Selon Thierry Rousselin, les erreurs de données par maladresses, qui se produisent tous les jours, sont plus à craindre que les risques de manipulations. Celles-ci s’avèrent en effet  très difficiles, car il faut que tout soit cohérent et tenir deux cartographies : la « réelle » et la « fausse ». « La validation de l’information, c’est-à-dire toutes les trois heures, est un enjeu majeur ! »

Loïc Salmon

L’Institut français de géopolitique (IFG) de l’université Paris VIII a été créé en 2002 par les professeurs Yves Lacoste (géographie) et Béatrice Giblin (géopolitique), à la suite du succès de leur revue « Hérodote », née en 1976. En dix ans, l’IFG a décerné 46 thèses et compte, en 2012, 80 doctorants et 140 étudiants en masters 1 et 2 de géopolitique. La revue publie les travaux de jeunes chercheurs. Le mot « géopolitique » est apparu en 1979 dans le quotidien « Le Monde » pour désigner les rivalités de pouvoir sur un territoire dans les conflits en cours. De gauche à droite : Yves Lacoste ; Béatrice Giblin ; Alain Frachon directeur de la rédaction du « Monde » ; Delphine Papin, cartographe au « Monde ». Sont aussi intervenus : Michel Foucher, directeur de la formation, des études et de la recherche de l’Institut des hautes études de défense nationale ; Olivier Da Lage, rédacteur en chef à Radio-France International ; Thierry Rousselin, consultant de la société de cartographie « Géo212 ».




DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER

Le groupe DCNS a mis au point un système d’armes antiaérien pour sous-marins et conçoit une frégate multimissions améliorée (FREMM-ER) avec un centre d’information et de commandement plus performant. A l’occasion du salon Euronaval 2012, son directeur général délégué, Bernard Planchais, a présenté ces nouveautés au cours d’une conférence de presse le 24 octobre 2012 au Bourget.

Aide aérienne aux sous-marins. Aujourd’hui, les sous-marins affrontent deux menaces principales : l’hélicoptère, porteur d’un sonar qu’il immerge en mer, et l’avion de patrouille maritime, capable de surveiller électroniquement une vaste surface océanique. Tous deux, même détectés, peuvent continuer à chasser, sans risques, les submersibles et les détruire par largage de torpilles. Pour leur échapper, ceux-ci n’ont d’autre solution que de tenter des manœuvres de diversion, combinées à l’emploi de contremesures (lancement de torpilles leurres). Pour leur auto-défense, DCNS et le missilier MBDA proposent un système d’armes décliné en deux versions avec les missiles antiaériens « Mica » et « Mistral ». Le Mica, d’une longueur de 3,1 m et d’un poids de 112 kg, a une portée de 20 km. Installé dans un véhicule sous-marin développé pour le missile antinavire « Exocet SM39 », il est lancé en plongée à partir d’un tube lance-torpilles à l’avant du sous-marin. Le système antiaérien en mât, qui s’intègre dans le massif du sous-marin, se compose d’un mât hissable avec une tourelle contenant le missile Mistral (2 m, 20 kg, 6,5 km), tiré à la profondeur périscopique. La tourelle emporte trois missiles, afin de frapper plusieurs cibles. Cette capacité permet de sélectionner une nouvelle cible en très peu de temps. Une caméra spécifique, placée à l’intérieur de la tourelle, permet de confirmer la position de la cible avec une précision élevée. Le Mica et le Mistral sont supersoniques et équipés d’un auto-directeur infrarouge. Leurs systèmes d’armes sont intégrés au système de combat « Subtics » de désignation d’objectifs (hélicoptères et avions de patrouille maritime) et de «tir et oubli » du missile jusqu’à l’atteinte de la cible, permettant ainsi au sous-marin d’effectuer des manœuvres de diversion.

La frégate du futur. DCNS met au point la FREMM-ER, aux capacités supérieures à celles de la frégate multimissions de type Aquitaine, qui effectue actuellement ses essais à la mer pour entrer en service dans la Marine nationale en avril 2013. La FREMM-ER, antiaérienne, sera équipée du radar multifonctions « Sea Fire 500 » de Thales à quatre panneaux fixes autour du mât central, pour identifier les missiles de la prochaine génération. Comme l’Aquitaine, la FREMM-ER disposera d’un sonar à profondeur variable pour la lutte sous la mer et du missile de croisière naval (portée supérieure à 250 km) pour atteindre des cibles à l’intérieur des terres. Son centre d’information et de commandement, qui devrait voir le jour dans 5 à 10 ans, assurera une couverture complète de l’espace aérien pour la surveillance et la conduite des opérations. Capable de détecter les missiles balistiques, il inclura matériels, logiciels et modes d’action.

Les services à l’export. DCNS propose également des services : suivi des équipements tout au long de leur vie opérationnelle, transfert de technologies, formation du personnel et réalisation d’infrastructures navales en partenariat avec des entreprises civiles. Ainsi, à Singapour, il transfère des technologies au chantier militaire local. En Malaisie, il participe à la conception et à la construction de la base de Sapangar. En Inde, il est partie prenante dans la modernisation des bases de Karwar et Mumbaï. Au Pakistan, il assure le soutien du chantier militaire Pakistan Naval Dockyard, dédié à la construction de sous-marins. En Arabie saoudite, il apporte son savoir-faire pour la définition et la construction des installations d’une base navale. Enfin au Brésil, DCNS est associé au groupe local Odebrecht pour la conception et la construction de la base de Sepetiba, située dans la ville d’Itaguai (Etat de Rio de Janeiro).

Loïc Salmon

Le groupe DCNS est la propriété de l’Etat français (64 %), du groupe privé Thales et de son propre personnel (1 %). Il emploie 12.800 personnes et a réalisé un résultat net de 186,4 M€ sur un chiffre d’affaires de 2,624 Md€ en 2011. Il conçoit, construit et entretient des bâtiments de surface (frégates et porte-avions), des sous-marins lanceurs d’engins, des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire pour la Marine nationale et à propulsion diesel-électrique pour l’exportation (type Scorpène). Il produit des systèmes d’armes embarqués et assure des services aux forces navales.

 




Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

L’avenir et la sécurité des nations se jouent en mer, où se déploient leurs capacités militaires. Les océans, qui rapprochent des pays autrefois lointains, entraînent une distorsion et un rétrécissement de l’espace géopolitique en abolissant la majeure partie des frontières et en offrant un accès direct à la plupart des zones sensibles.

Telle est l’opinion du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, exprimée le 23 octobre 2012 au Bourget (banlieue parisienne), lors de l’inauguration du salon d’armement naval Euronaval 2012.

L’industrie navale militaire. Les choix politiques et stratégique concernant la Marine nationale seront poursuivis, a précisé le ministre. Ils portent sur : onze frégates européennes multimissions (FREMM), déjà commandées ; le programme « Barracuda », destiné à remplacer les sous-marins nucléaires d’attaque de type Rubis ; le missile de croisière naval qui permettra de renforcer la frappe de précision dans la profondeur ; les torpilles ; la version navale de l’hélicoptère NH90 (Caïman). Seront également construits des bâtiments de projection et de commandement, des patrouilleurs et aussi des bâtiments côtiers chargés de la surveillance et de la lutte contre toutes sortes d’intrusions et  de trafics. Le ministre entend encourager l’innovation pour détecter les ruptures, qui pourraient changer la donne, et rester en capacité de fournir le bâtiment le plus polyvalent et le mieux intégré, en tenant compte des meilleures conditions économiques. Dans ce contexte, il a rendu hommage à deux types d’acteurs de la filière navale : les systémiers, seuls capables de maîtriser la complexité croissante de la mise en œuvre de nouveaux équipements ; les petites et moyennes entreprises, porteuses d’innovations technologiques, qui devront  être mieux intégrées dans l’ensemble du « process » (ensemble des étapes ou transformations nécessaires à la fabrication d’un produit) lancé par le ministère de la Défense ou les grands groupes. La filière navale française, longtemps morcelée, associe désormais les secteurs civil et militaire dans une nouvelle ambition maritime. Cette logique, qui mérite d’être davantage accompagnée, a souligné le ministre, consiste à encourager le rapprochement des acteurs scientifiques, académiques et étatiques, des régions, des industriels et des petites et grandes entreprises « dans une stratégie globale d’affirmation de souveraineté maritime et d’affirmation de compétences ».

Exportation et coopération. L’industrie navale militaire est le premier secteur de défense à l’exportation pour plusieurs raisons, selon Jean-Yves Le Drian. Sa réussite, tient notamment aux partenariats stratégiques à long terme établis avec le Brésil et l’Inde, qui bénéficient d’une coopération dans le domaine des sous-marins. L’Etat s’engage au plus haut niveau pour dynamiser le processus de soutien à l’exportation, en vue de garantir le maintien de la base industrielle et technologique de défense. Il doit être le partenaire d’autres Etats, a indiqué le ministre, en fixant les normes du partenariat et en créant les conditions de la confiance. « L’industriel doit être celui qui propose ses compétences et ses capacités dans le cadre de ce partenariat, il faut que les rôles des uns et des autres soient complémentaires, qu’ils se fertilisent pour que la France joue vraiment son rôle de partenaire et que, du même coup, l’exportation s’en tire mieux ». Au cours d’une conférence de presse à l’issue de sa visite d’Euronaval 2012, Jean-Yves Le Drian a précisé : « Nous devons établir, nous, moi, le gouvernement, des relations étatiques qui permettent l’échange, qui s’inscrivent dans les demandes du gouvernement partenaire. Et, l’industriel joue sa propre partition dans ce cadre-là. Evidemment, le gouvernement n’est pas ignorant de ce que fait l’industriel et réciproquement ».

Partenariats industriels. Après l’échec du rapprochement entre les groupes franco-allemand EADS et britannique BAE, le ministre a fait le point sur les drones. Une décision a été prise pour un « prépositionnement » sur le drone tactique Watchkeeper, que construit Thales UK pour l’armée britannique. Une autre concerne le partenariat entre BAE et Dassault Aviation sur le drone de combat futur. Toutefois, rien n’a encore été décidé sur le drone MALE (moyenne altitude longue endurance), qui fait l’objet de discussions entre la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Par ailleurs, le ministre a rappelé qu’avec les Emirats arabes unis, où il s’est rendu les 21-22 octobre, les relations industrielles ont débouché sur un partenariat de longue durée concrétisé par une base permanente (aérienne et navale) française à Abou Dhabi (700 militaires sur place). Son agenda inclut une visite au Brésil (4-6 novembre) pour voir la base navale que construit DCNS avec le groupe brésilien de construction de bâtiments et travaux publics Odebrecht à Itaguai, près de Rio de Janeiro. Le programme « Prosub », conclu entre DCNS et la Marine brésilienne en 2008, prévoit également la conception et la construction  de quatre sous-marins à propulsion diesel-électrique de type Scorpène en transfert de technologie ainsi que l’assistance technique pour la réalisation des parties non nucléaires du premier sous-marin à propulsion nucléaire brésilien. La coopération militaire porte sur la surveillance des frontières communes et la lutte contre l’orpaillage clandestin et la pêche illicite. En 2010, le Brésil a commandé pour 100 M€ d’armements à la France et réceptionné des équipements d’un montant de 50 M€.

Enfin, une visite de Jean-Yves Le Drian en Inde est prévue ultérieurement. « J’active le partenariat », ajoute-t-il.

Loïc Salmon

Le salon de l’armement naval Euronaval 2012 (22-26 octobre) a accueilli 350 exposants (152 entreprises françaises) et environ 80 délégations officielles, dont celles de l’ONU, l’OTAN et l’Union Européenne. La Marine nationale et l’armée de Terre ont présenté les opérations amphibies, de la planification à la projection de forces. La Délégation générale de l’armement a exposé le premier système d’alerte de vagues scélérates et le projet « Espadon » de lutte contre les mines au moyen de drones marins. Euronaval 2012 été inauguré par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui a notamment visité les stands d’entreprises du Brésil, du Chili, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et de France, dont Thales (électronique de défense), EADS (aéronautique et espace), MBDA (missiles) et Dassault Aviation. Sur celui de DCNS (armement naval), Jean-Yves Le Drian (3ème à gauche) et le ministre délégué aux Anciens Combattants Kader Arif (2ème à gauche) ont été accueillis par le président directeur général Patrick Boissier (4ème à gauche) et Bernard Planchais (6ème à gauche), directeur général délégué.

 

 




La simulation au cœur de tout engagement aérien

Véritable laboratoire des opérations aériennes, la simulation a pour but de préparer les forces présentes et futures à agir vite, en toute sécurité et à être capable de durer, grâce aux ravitaillements en vol, dans un environnement interallié et interarmées.

La préparation, la conduite et l’engagement en mode virtuel des opérations aériennes ont été traités lors d’un séminaire organisé, le 13 juin 2012 en région parisienne, par le Commissariat général au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012.

La préparation aux opérations commence au centre de Lyon-Mont-Verdun (voir encadré). Selon le lieutenant-colonel Cyrille Testu du CASPOA, une trentaine de stagiaires, dont un tiers de ressortissants de pays membres de l’OTAN, suivent une formation théorique et pratique, puis une mise en situation et une préparation individuelle. Enfin, ils sont maintenus en condition opérationnelle par des scénarios complexes. De la guerre du golfe (1991) à l’engagement en Libye (2011), les principes du commandement et de la conduite des opérations aériennes sur l’ensemble d’un théâtre restent identiques : organiser, protéger et agir. La formation et l’entraînement reposent sur une doctrine d’emploi et le retour d’expérience, en vue d’une expérimentation pour valider des choix. En raison du continuum (passage continu entre éléments homogènes d’un ensemble) entre les milieux aérien et spatial et l’interaction avec la surface de la terre due à la précision du GPS, il est indispensable de cacher ses moyens pour ne pas être repéré par les satellites d’observation. Pour s’adapter aux demandes des autorités politiques, seule une organisation centralisée peut utiliser la puissance aérienne de façon souple face à l’environnement adverse (structure, organisation et opérations). Le système C2 Air (commandement et conduite des opérations aériennes) de l’OTAN vise à mutualiser ses moyens, afin de disposer d’outils modulables contre les missiles balistiques et la défense aérienne classique.

L’entraînement au combat aérien par simulation consiste à échanger des informations tactiques en trois dimensions par le réseau dit « liaison 16 » (L 16) de l’OTAN. Il concerne les équipages en l’air et les contrôleurs de défense aérienne au sol. Tous voient les mêmes choses : paysage, frontières et systèmes de défense air/sol. Selon le commandant Denis Daligault, chef de l’équipe de marque de liaisons de données tactiques de l’armée de l’Air, les menaces injectées par L 16 apparaissent sur les écrans des équipages et tout intervenant abattu est prévenu. Cela permet d’analyser les réactions des équipages, par exemple lors de missions de bombardement d’un port ou de destruction d’un convoi. Le retour d’expérience d’Afghanistan sert à entraîner les contrôleurs avancés qui assignent des objectifs aux équipages en l’air dans des situations et selon des procédures identiques. Une situation réelle peut être virtuellement enrichie pour concevoir une défense aérienne plus complexe au niveau du chef de patrouille. Le système d’entraînement L 16 « Solstice » comporte plusieurs consoles. L’une (simulation) reproduit des déroulements d’exercices prédéfinis et une situation dense et réaliste avec des tirs sol/air. Une autre (contrôle) diffuse la surveillance (plots radar), identifie les pistes et assigne les missions. La troisième (coordination des opérations) valide les tirs air/air simulés et anime les combats aériens (identification des aéronefs abattus, régénération de ces derniers et émergence de nouvelles détections). Lors d’un entraînement avec des munitions réelles, l’avion est mis en position de tir, mais hors situation tactique. Des exercices majeurs OTAN sont régulièrement organisés. En mai 2011 sur la base de Cambrai, celui dénommé «Tiger Meet » a inclu la participation, temporaire, d’un avion d’alerte avancée AWACS, parti ensuite intervenir au dessus de la Libye. Le deuxième, « Serpentex » (mars-avril 2012, Solenzara – Corse),  a utilisé les procédures en vigueur en Afghanistan. Le troisième, « Tactical Leadership Programme » (mai 2012, Albacete – Espagne), a mis en œuvre une situation tactique au sol complexe : animation en temps réel de sites missiles sol/air, convois et objectifs au sol. Dans la salle de  « débriefing », les équipages à terre ont pu voir ce qui s’est passé en l’air, y compris les erreurs des uns et des autres. Tout est enregistré.

La simulation de l’engagement complète l’entraînement du pilote, mais ne peut constituer un substitut au vol. La simulation est un exercice purement mental, alors que l’entraînement physique permet au pilote de supporter 9 G (neuf fois son propre poids) en vol tournoyant et de maintenir son sens de l’équilibre. Pour remplir une mission en tout temps, un pilote doit gérer le stress, la fatigue et les conditions des environnements naturel et aéronautique. Toutefois, l’entraînement en vol est limité par les pannes particulières, la portée autorisée des armements, la réduction par deux des espaces aériens au profit des vols commerciaux, la gêne sonore, la discrétion sur l’utilisation du spectre électromagnétique et surtout le coût exponentiel de l’heure de vol et du maintien en condition opérationnelle. Selon le colonel Pierre-Jean Dupont de l’état-major de l’armée de l’Air, l’outil de simulation sur Rafale au standard F3 est un véritable laboratoire de vol, en raison de sa polyvalence … qui exige davantage de formation, une acquisition étendue des savoir-faire et l’entretien de compétences très diverses. Les contraintes de pilotage du Rafale nécessitent trois mois d’adaptation, dont 50 % en simulation. Le « Centre de simulation Rafale » permet une grande souplesse de configuration, des gains d’heures de vol et un accès aisé à des espaces de manœuvres réalistes infinis. Les nouvelles technologies sont intégrées au fur et à mesure. La préparation spécifique à la posture permanente de sûreté concerne la dissuasion nucléaire (densité des scénarios et travail en équipage de guerre) et la défense aérienne du territoire (beaucoup d’alertes, sens de l’initiative mais sans improvisation). En Afghanistan, l’appui aérien des forces terrestres en combat asymétrique nécessite une large palette d’effets, en coordination avec le sol. Lors de l’intervention en Libye, baptême du feu pour beaucoup de personnels, l’armée de l’Air a utilisé toute sa panoplie (voir « Archives », Retex armée de l’Air 28-3-2012).

Loïc Salmon

Le Centre d’analyse et de simulation pour la préparation aux opérations aériennes (CASPOA), installé à la base de Lyon-Mont-Verdun, est accrédité « Centre d’excellence » de l’OTAN depuis 2008. Parmi les 16 centres de ce type, il est le seul français et unique expert en matière de C2 Air (commandement et conduite des opérations). Rattaché au Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, le CASPOA forme environ 1.000 militaires par an, dont 150 étrangers venus de 35 pays différents Enfin, il participe aux travaux de doctrine ou de concepts d’emplois français et de l’OTAN à partir d’analyse d’opérations réelles et d’exercices.




L’AED : vision stratégique, recherche et technologie

L’Agence européenne de défense (AED) s’appuie sur la mutualisation et le partage des moyens et des responsabilités d’Etats membres pour promouvoir l’industrie de défense, source d’innovation, de croissance et d’emplois en Europe.

Son directeur exécutif, Claude-France Arnould, l’a expliqué le 12 juin 2012, à l’occasion du salon de l’armement terrestre « Eurosatory 2012 » tenu en région parisienne, et le 26 juin à Paris, devant la commission économie et défense de l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le déficit de défense de l’Union européenne est manifeste, comme l’a montré la tragédie des Balkans dans les années 1990 à laquelle elle n’a pu mettre un terme sans l’aide des Etats-Unis, qui assurent 80 % des capacités militaires de l’OTAN. Or, « si on n’est pas puissants, on ne peut défendre nos intérêts, même commerciaux ». Le déficit en matière de recherche et de technologie s’accroît entre les Etats-Unis et l’Union européenne. « La situation se dégrade de manière dramatique ». Les Etats membres de l’UE ne sont plus les principaux clients des Etats-Unis, qui s’engagent en Asie et estiment que celle-ci doit se protéger elle-même et devenir un pourvoyeur de sécurité.

L’Agence européenne de défense emploie 120 personnes et dispose d’un budget annuel de 31 M€, dont 9 M€ à titre « opérationnel » pour le financement des études et des démonstrateurs. Les projets font l’objet d’un tour de table en vue de rassembler les candidats ad hoc. L’AED est la seule agence du Conseil de l’Union européenne dont le comité directeur se réunit au niveau ministériel, donnant ainsi un élan politique fort à ses initiatives. Elle rassemble tout le développement capacitaire, de la recherche à l’industrie et au déploiement opérationnel. Sa souplesse de fonctionnement offre aux Etats membres la possibilité de participer ou non à un projet, dont elle sélectionne l’équipe parmi son réseau d’experts. Il y a 28 pays partenaires : les 27 de l’Union européenne moins le Danemark plus la Norvège et la Suisse. S’il y a convergence de plusieurs Etats membres sur un projet, l’AED peut le soutenir auprès de la Commission européenne, qui l’intègre au « paquet défense ». Elle entretient de bonnes relations avec le comité militaire de l’Union européenne sur la mutualisation et le partage des moyens militaires, mais pas les programmes d’entraînement spécifique. Enfin, selon son directeur exécutif, l’AED jouit d’une « certaine crédibilité au Pentagone » (quartier général du ministère américain de la Défense).

La recherche sur des projets à long terme (horizon 20-30 ans) nécessite des investissements qui garantissent aussi l’avenir du socle industriel et technologique de l’Europe, rappelle Claude-France Arnould. Plusieurs projets de ce genre ont déjà vu le jour : la fusée Ariane ; l’avion de transport tactique A 400M ; la frégate européenne multimissions (FREMM) ; l’hélicoptère NH90 ; le laboratoire contre les engins explosifs improvisés (voir rubrique archives 4-1-2012). Sont en cours : les programmes d’entraînement pour les hélicoptères et le transport aérien tactique ; les systèmes de commandement (lutte contre la piraterie maritime dans le golfe d’Aden) ; l’hôpital modulaire ; la surveillance maritime ; les services de communications par satellites commerciaux ; les futurs systèmes de combat terrestre ; l’avion multirôles de ravitaillement en vol et de transport (MRTT), « enjeu industriel européen ». La France, l’Allemagne et les Pays-Bas se sont engagés sur ce dernier projet en avril 2012. Dans les prochains mois, l’AED va lancer un programme d’investissements communs pour les drones, dans le cadre de la coopération européenne. Cela permettra aux Etats membres de mutualiser leurs ressources dans ce domaine, en vue du meilleur rapport qualité/prix et d’offrir des opportunités aux petites et moyennes entreprises.  Enfin, l’AED travaille à la standardisation des équipements, des certifications et des qualifications, en vue de réduire les délais, coûteux, et de créer une culture de l’interopérabilité européenne.

La Commission européenne sait que la croissance des budgets de défense des Etats membres est limitée et va dégager 3Md€ pour la recherche. « Il faut faire en sorte que les acteurs Défense en bénéficient », déclare Anne-Claude Arnould, qui ajoute que « l’on trouve toujours de l’argent pour faire quelque chose au niveau national ou bilatéral ». Par ailleurs, l’AED travaille de manière complémentaire avec l’OTAN : « quand il y a un intérêt majeur, on le fait avec l’OTAN, s’il s’agit d’un intérêt européen, on le fait entre industriels européens ». Contrairement à l’opinion répandue selon laquelle il est compliqué de travailler à 28 partenaires, Claude-France Arnould souligne qu’il est possible de travailler à deux sur des programmes, comme ce fut le cas pour la lutte contre les mines. « L’Agence européenne de défense est là pour soutenir des travaux à partir de deux Etats membres ».

Loïc Salmon

Claude-France Arnould est directeur exécutif de l’Agence Européenne de Défense (AED) depuis janvier 2011. Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’administration dont elle a été secrétaire générale de 1987 à 1989, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et titulaire de l’agrégation de lettres classiques et d’une licence d’art et d’archéologie. Entrée au ministère des Affaires étrangères en 1989, elle sert comme sous-directeur à la Direction économique puis à la Direction de la coopération européenne et enfin comme premier conseiller à l’ambassade de France en Allemagne (1994-1998). Par la suite, elle a été notamment directrice des affaires internationales et stratégiques au Secrétariat général de la défense nationale (1998-2001) et a été nommée à la tête de la Direction gestion des crises et planification au Conseil de l’Union européenne (2009-2010). Claude-France Arnould est officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. La Commission économie et défense, présidée par l’amiral (2S) François Dupont (à droite), ancien directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), est une émanation de l’Association des auditeurs de l’IHEDN, qui regroupe les personnes ayant effectué une session nationale




La simulation pour recueillir les besoins des opérationnels

La simulation opérationnelle permet de préparer les missions des armées, de protéger les forces en intégrant les facteurs humains et même de les entraîner aux actions en zone urbaine. Cela coûte beaucoup moins cher que d’aller sur le terrain. La simulation a fait l’objet d’un séminaire organisé, les 12 et 13 juin 2012 en région parisienne, par le Commissariat général du salon d’armements terrestres Eurosatory 2012.

La préparation des missions est régulièrement mise à jour par le laboratoire technico-opérationnel (LTO), créé fin 2006 par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement. Selon l’ingénieur en chef de l’armement Eric Pédo, le LTO aide à la prise de décisions stratégiques, contribue au développement des capacités et intervient dans la préparation de l’avenir. Il immerge des personnels opérationnels dans des scénarios crédibles (environnement naturel, personnes et matériels), en vue d’expérimenter des organisations de commandement, processus opérationnels et systèmes d’armes. La simulation permet de tout modéliser. Les expérimentateurs jouent leur propre rôle dans l’organisation testée au niveau de réalisme juste nécessaire et en adéquation avec les scénarios et les éléments à observer. Par exemple, il est possible, dans un poste de commandement type, de restituer l’emploi des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), le guidage avancé d’une unité au sol depuis l’hélicoptère de combat Tigre, le commandement de la défense antimissiles balistiques de théâtre et le combat interarmées. Les « joueurs » traitent, par ordinateur, les fonctions de pilotage de la plate-forme de combat (groupe de véhicules blindés), d’observation de l’environnement (simulateurs pilotés de Mirage 2000D et de Tigre), de mise en œuvre des armes (poste de tir) et enfin de commandement (liaison tactique 16) en disposant aussi d’informations par messagerie et phonie. Ainsi, l’environnement de la vallée de la Kapisa, où étaient déployées les troupes françaises en Afghanistan, a été reconstitué à partir des observations d’un drone, d’un hélicoptère Tigre en patrouille, de la boule optronique équipée de caméras et de capteurs laser d’un ballon captif et enfin du véhicule blindé de combat d’infanterie du chef de section. Enfin, le Centre de simulation pour la formation, l’entraînement et l’expérimentation de l’Ecole militaire à Paris pratique la simulation au niveau état-major interarmées de l’OTAN (voir rubrique « Archives » Coalition 2012 25-4-2012).

La protection des forces relève des programmes fédérés par l’Agence européenne de défense (AED). Celle-ci, dont le portefeuille de projets se monte à 170 M€, identifie les intérêts communs de pays membres en matière d’armements. Selon Jean Marchal, directeur de programme de recherche et de développement à l’AED, le programme d’investissements communs (2009-2013) dédié à la protection des forces porte sur les environnements asymétriques, les opérations militaires en milieu urbain, la préparation des  missions et l’entraînement. Les cinq projets « SIMS », « Cardinal », « Eusas », « Athena » et « Capricorn » seront, à terme, intégrés aux senseurs C3I (commandement, contrôle, communications et renseignement) des pays contributeurs. Par exemple, le projet « SIMS » (Smart Information for Mission Success) a pour but de démontrer la faisabilité, sur le plan du facteur humain, d’un support à l’utilisation d’informations du champ de bataille. Ce dernier doit être capable d’améliorer l’efficacité de la préparation de la mission, son exécution, son retour d’expérience et enfin l’entraînement associé. L’architecture de SIMS comprend des bases de données avec : des cellules de renseignement et de planification ; une visualisation de l’itinéraire (carte en trois dimensions) avec les points particuliers et les statistiques de niveau de risque ; l’exécution de la mission en temps réel par la collecte, l’envoi et la réception d’informations par les soldats présents sur le terrain ; son suivi par les systèmes d’information tactiques et de commandement. Il a été établi que les participants préfèrent recevoir des photos et des informations audio pour en extraire ce qui est nécessaire à une décision urgente, plutôt que des vidéos, plus contraignantes dans un contexte de stress opérationnel. Le retour d’expérience enrichit une base de données pour les missions suivantes. Autre exemple, le projet « Athena » prend en compte l’environnement humain local, très important dans un conflit asymétrique. Ainsi, le contexte de l’Afghanistan a été modélisé en priorité dans le cadre de l’opération psychologique « conquête des esprits et des cœurs ». Il fallait : rechercher les solutions les moins pénalisantes au niveau de l’impact sur les populations locale ; modéliser des comportements, car chaque ethnie a ses caractéristiques ; évaluer l’impact des dommages collatéraux sur les missions futures.

La simulation de combat en zone urbaine, désormais au cœur de la préparation opérationnelle des forces terrestres françaises, a aussi une finalité pédagogique d’entraînement. Le lieutenant-colonel Christian Le Meliner (Section technique de l’armée de Terre) a présenté le « SYstème pilote pour la siMUlation instrumentée du centre d’entraînement aux actions en Zone UrBaine » (Symulzub). Ce dernier, situé dans le camp de Sissonne (Aisne) dispose de zones urbaines aménagées ou spécifiques, d’une équipe d’experts du combat interarmes, d’une force adverse et d’outils de simulation, afin d’entraîner les capitaines commandant un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA). Les hommes, matériels, armements et environnement sont réels, sauf les munitions et leurs effets. Les simulateurs de tir de combat (STC), liés au système d’armes, reproduisent les tirs directs dans des conditions identiques au tir de munitions réelles. Les impacts sont établis par des effets visuels et/ou sonores en cas de destruction de bâtiments, sans oublier les effets des mines, explosifs et pièges. Grâce à l’interopérabilité des STC et du Symulzub, tous les événements de terrain sont récupérés pour analyse, exploitation, pilotage d’exercice et suivi d’actions tactiques à des fins pédagogiques. L’instruction initiale est suivie d’un entraînement au tir numérisé dans les unités. En raison de la complexité du combat en zone urbaine, un centre d’entraînement, capable de mettre en œuvre toutes les situations tactiques dans une ville de 5.000 habitants, est en construction à Joffrecourt avec cinq sites : un centre administratif de zone moderne (prêt janvier 2012) ; une barre d’immeubles (septembre 2012) ; une rue commerçante dans un centre historique (mai 2013) ; un centre commercial de centre ville (janvier 2014) ; un pont sur un canal (octobre 2014). Ce centre permettra d’entraîner un SGTIA complet, à savoir une compagnie d’infanterie mécanisée renforcée par un peloton de chars, une section du génie, des maîtres-chiens et des patrouilles d’hélicoptères et d’avions de chasse. Cela nécessitera … 200 acteurs !

Loïc Salmon




Médias sociaux : tout n’est pas bon à dire en opérations

En juin 2012, le ministère de la Défense a diffusé à 300.000 exemplaires un « Guide du bon usage des média sociaux », destiné à sensibiliser les militaires en opérations susceptibles de divulguer par inadvertance des informations mettant en péril leur sécurité et l’activité opérationnelle elle-même.

Sont notamment concernés : les noms et lieux, la géolocalisation (souvent automatique) par tablette ou téléphone portable, les photos, vidéos et paramètres de sécurité à vérifier avant publication. Devant l’impossibilité d’interdire les diffusions de messages en raison du progrès fulgurant des technologies, le ministère a choisi de responsabiliser, d’encourager et d’accompagner ses personnels dans le respect du secret professionnel et le devoir de réserve, en s’inspirant des exemples américain (trois guides) et britannique (un guide et des vidéos). Actuellement, 77 % des Français sont membres d’un réseau social, dont « Facebook », « copaind’avant.com », « Twitter » et « YouTube ». A lui seul, Facebook (800 millions d’utilisateurs dans le monde) regroupe 76 % des jeunes Français de 18-24 ans… tranche d’âge des soldats ! Le guide insiste sur la vigilance en opérations : « Dans les conflits modernes, nos « ennemis » scannent régulièrement le web (réseaux sociaux, blogs, forums, sites personnels), à la recherche d’informations sensibles et pour détecter nos vulnérabilités ». Il énumère une liste de recommandations à suivre avant de diffuser une information d’ordre opérationnelle, y compris à sa propre famille. Les chefs militaires et civils sont aussi concernés. En effet, en s’exprimant dans les médias sociaux au nom du ministère de la Défense, ils en sont les « ambassadeurs » et les « garants de son image ».

L.S.




Eurosatory 2012: armements terrestres, enjeux et perspectives

L’usage de la force par la France dans des opérations extérieures, destiné à s’opposer à la violence au nom d’une cause, passe désormais par l’emploi d’armements sophistiqués et chers.

Cette question a fait l’objet d’une table ronde organisée, le 6 juin 2012 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

L’évolution des armements terrestres prend en compte le retour d’expérience, l’environnement industriel et le choix des pays partenaires, explique Camille Grand, directeur de la FRS. L’intensité des engagements opérationnels en 2011 (Afghanistan, Côte d’Ivoire et Libye) s’est ajoutée au maintien des précédents (Kosovo, Liban et Tchad), consommateurs de moyens et d’effectifs. Aucun de ces engagements, dont les risques sont plus importants qu’anticipé, n’a été une guerre déclarée publiquement. Ils se sont imposés dans un climat d’insécurité et dans le cadre d’une coalition. L’élément budgétaire reste important : aucune économie n’est à espérer car un désengagement a un coût. Les opérations extérieures (Opex) représentent le trentième du budget de l’Etat. L’armée de Terre y consacre 20 % de ses crédits. Or, les Opex constituent un dispositif sous tension durable et ciblé sur des urgences opérationnelles. Sans remettre en cause sa valeur individuelle, l’engagement d’un combattant nécessite des technologies en matière de protection et de renseignement. Le débat entre l’homme et la technique débouche sur une critique du « « tout technologique », qui entraîne une contrainte budgétaire et une préférence pour une plus grande rusticité. S’y ajoute un environnement industriel perturbé. Devant la diminution programmée des commandes militaires aux Etats-Unis, les entreprises américaines d’armement se montrent plus agressives à l’exportation. La consolidation de l’industrie européenne semble donc inévitable, mais se heurte à la faiblesse des marchés nationaux et à la difficulté de lancer de nouveaux programmes. Il s’agit d’innover dans tous les domaines de compétence industrielle mais en se spécialisant, comme dans le cadre de la coopération franco-britannique. Par ailleurs, une réduction du format des armées se répercutera sur les contrats opérationnels. Or, les crises (Sahel Proche-Orient etc.) ne vont guère disparaître, pas plus que le rythme des interventions ne va diminuer après le retrait d’Afghanistan, estime Camille Grand. Aucun engagement ne ressemble au précédent. En outre, l’accès aux ressources logistiques d’autres pays alliés n’est guère automatique. En revanche, le partenariat stratégique franco-britannique repose sur une vision commune de la situation internationale et de la nature des engagements.

L’adéquation entre un projet de politique étrangère et des moyens militaires implique des choix d’armements pour conserver une liberté d’action, estime Christian Mons, président du Conseil des industries de défense et du Groupement des industries françaises de défense terrestre. La France doit pouvoir projeter des troupes où et quand elle le veut sans restriction. Pour cela, elle doit diminuer ses achats d’armements américains pour réduire sa dépendance de la réglementation américaine ITAR (International Traffic in Arms Régulations). Celle-ci, qui encadre l’emploi d’armes d’origine américaine, est utilisée par les Etats-Unis pour favoriser leur politique étrangère. Contrairement à la doctrine américaine de la prééminence du feu, avec des matériels lourds, sur la manœuvre, celle de la France repose sur la proximité avec la population locale et  la modération du feu et de la destruction. Par ailleurs, le maintien en condition opérationnelle des matériels pèse lourd dans le budget des armées. La France doit donc préserver son industrie de défense pour satisfaire et adapter, en priorité, les besoins opérationnels de ses forces engagées et ainsi garder son autonomie de décision. Cela ne saurait être le cas avec des matériels américains ou britanniques, dont les fournisseurs accorderont la priorité à leurs clients… américains ! En conséquence, souligne Christian Mons, il ne faut pas céder à la logique budgétaire à court terme par « l’achat sur étagère » qui, en outre, entraîne des pertes de souveraineté et de capacités de recherche et de développement en France. Il s’ensuivrait un retard technologique croissant sur les pays concurrents, un affaiblissement de l’industrie française de pointe et un manque à gagner pour l’Etat. En effet, chaque euro investi dans ce secteur lui rapporte 1,3 € en recettes induites. Pour conserver un temps d’avance, il convient d’investir suffisamment dans les études amont pour stimuler l’innovation qui repose sur une idée et son financement. Or, la recherche amont ne procure un retour qu’à très long terme (vingt ans), qui nécessite davantage le recours à l’Etat qu’aux entreprises. Celles-ci sont de plus en plus sollicitées par leurs clients étrangers, prêts à financer seulement les études d’application, c’est-à-dire à court terme (cinq ans maximum). Par ailleurs, l’aide de l’Etat à l’exportation d’armements, pratiquée notamment dans les pays anglo-saxons,  devrait permettre de financer la recherche et le développement. Elle passe aussi par l’allègement des lourdes mesures de contrôle, qui font perdre de la réactivité en temps et en argent. L’effort entrepris en ce sens est jugé encore insuffisant. Ainsi, indique Christian Mons, il faut 19 jours pour obtenir une licence d’exportation par le ministère américain de la Défense, contre 45 par la Direction générale de l’armement, de l’équipement complet aux simples pièces de rechange. Ce délai est particulièrement pénalisant pour les petites et moyennes entreprises qui concluent, chaque année, 2.000 à 5.000 contrats de moins de 500€ et totalisent un chiffre d’affaires de 1,5 à 2 Md€.

Loïc Salmon

Le salon de l’armement terrestre Eurosatory 2012, qui s’est tenu en région parisienne du 11 au 15 juin, a accueilli 34 pavillons nationaux et environ 55.000 visiteurs de 138 pays. En France, l’industrie de défense assure 165.000 emplois directs et au moins autant indirects, dont 20.000 très qualifiés dans la recherche et le développement. L’Etat consacre 700 M€ par an aux études amont. L’armement terrestre emploie, directement et indirectement, 40.000 personnes. Eurosatory a été inauguré le 11 juin par Kader Arif, ministre délégué aux Anciens Combattants, à la place du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian en déplacement en Afghanistan pour rendre hommage aux quatre militaires français tués deux jours plus tôt dans un attentat suicide. Kader Arif a notamment déclaré : «  L’Europe de la défense doit prendre une dimension nouvelle et le dynamisme industriel de l’Union européenne est un élément majeur de cette ambition. (…) Les contraintes qui pèsent sur les budgets européens, en raison de la crise des dettes souveraines, nous poussent à mettre en commun et partager. (…) L’évolution du positionnement américain, qui regarde désormais vers l’Asie (…) encourage également les Européens à se saisir davantage encore de leur propre sécurité ».




DGA : bons retours sur investissements en 2011

« Nous avons prouvé l’efficacité des matériels sur le terrain », lors de l’opération Harmattan (Libye) en 2011, a déclaré, le 22 février 2012 à la presse à Paris, Laurent Collet-Billon, patron de la Direction générale pour l’armement (DGA) dont il a présenté les résultats de cette même année.

L’exploitation des retours d’expériences des avions Rafale, des hélicoptères Tigre, des bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre et des armements déployés ont, en effet, permis de valider les choix capacitaires de la DGA. En 2011, celle-ci a investi 10,7 Md€ dans l’industrie au titre des programmes d’armements et de la recherche et des « urgences opérations » (réponses à des demandes opérationnelles imprévues). L’équipement des forces armées s’est traduit par des dépenses de 9,946 Md€ et des engagements de 7,964 Md€. Pour la recherche, la DGA a dépensé 724 Md€ en études amont et s’est engagée pour 695 M€. Enfin, malgré la simultanéité des engagements (Afghanistan, Libye et Côte d’Ivoire) en 2011, les urgences opérations n’ont représenté que 20 M€, contre 170 M€ en 2010 et… 250 M€ en 2009 ! Par ailleurs, les prises de commandes à l’exportation, dont le chiffre exact sera connu au troisième trimestre 2012, devraient dépasser 6 Md€. Les contrats à l’exportation impliquent 50.000 emplois directs et 50.000 indirects. A terme, la DGA souhaite arriver à une parité entre les commandes nationales et celles à l’exportation.

Les urgences opérations, au nombre de sept pour Harmattan, ont concerné les capacités de communication par internet des avions radar AWACS et l’évolution des périscopes des sous-marins nucléaires d’attaque pour les reconnaissances côtières. En Afghanistan, la protection des forces a nécessité, en urgence : pour les véhicules, la surprotection contre les attaques par roquettes anti-char ou par engins explosifs improvisés et un dispositif de localisation des tireurs embusqués ; pour les bases opérationnelles et postes de combat avancés, des alerteurs radar de tirs de roquettes et de mortiers et un système périmétrique de protection des camps ; pour le détachement d’ouverture d’itinéraires piégés, des commandes de minirobots et de drones pour le génie auprès de petites et moyennes entreprises. Les retours d’expériences permettront à la DGA, à l’Etat-major des armées et aux industriels de réfléchir sur les équipements futurs.

Le renouvellement des équipements des forces concerne les livraisons suivantes : missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; missiles ASMPA (air-sol moyenne portée améliorée) pour les Forces aériennes stratégiques et l’aviation embarquée ; des hélicoptères NH 90 Caïman à la Marine (NFH) et à l’armée de Terre (TTH) ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre pour l’armée de Terre ; 4.000 équipements de fantassins Félin ; des véhicules blindés du combat d’infanterie ; 11 Rafale ; des missiles air-air Mica et sol-air moyenne portée terrestre (SAMP/T) ; des véhicules à haute mobilité (VHM); des  engins de débarquement amphibie rapides (EDA-R) ; des téléphones sécurisés Teorem. La capacité de renseignement électromagnétique a été renforcée par la rénovation de l’avion Transall Gabriel et la livraison de cinq nacelles de reconnaissance numériques RECO NG pour les Rafale de standard F3.

Les nouveaux contrats notifiés en 2011 portent sur les commandes de 13 lance-roquettes unitaires, du troisième sous-marin d’attaque de type Barracuda, de 200 petits véhicules protégés et des munitions de gros calibre. Sept hélicoptères de transport tactique Cougar seront rénovés. Les études ont commencé sur le SNLE de la troisième génération et la robotique navale (programme Espadon). Enfin, quatre nouveaux satellites de renseignement électromagnétique du programme Elisa ont été lancés (voir rubrique « Archives » 21-12-2011).

La coopération en matière d’armement continue. Avec la Grande-Bretagne, elle se concrétise par 60 projets, dont 40 existent déjà, la mise en place de bureaux de programmes conjoints (drones, guerre des mines navale, missile antinavire léger) et la communication par satellite (voir « Sommet franco-britannique, communauté de vues sur la Défense », 29-2-2012). Avec l’Allemagne, la coopération porte sur les contre-mesures infrarouges. Avec l’Italie, elle concerne le futur satellite de télécommunications militaires Sicral 2, qui doit être lancé en 2013. Une coopération tripartite avec l’Allemagne et l’Italie est engagée sur les systèmes de lance-roquettes unitaire, dont les premières livraisons sont prévues en 2014. Avec l’Union européenne, il s’agit de transposer des directives européennes sur les « transferts intra communautaires » et sur les marchés de sécurité et de défense. Avec l’OTAN, les travaux portent sur la préparation du sommet de Chicago de 2012 : défense anti-missile balistique, capacité alliée de surveillance terrestre et réforme de l’organisation. Enfin, en 2011, la DGA a signé…81 accords internationaux !

Loïc Salmon

Laurent Collet-Billon, est diplômé de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace et auditeur de Centre des hautes études de l’armement. Entré à la Délégation générale pour l’armement (DGA) en 1974, il exerce plusieurs responsabilités de direction de programmes de télécommunications militaires à partir de 1977. Dix ans plus tard, il est nommé conseiller technique pour les affaires stratégiques, industrielles et de l’armement auprès du ministre de la Défense André Giraud. A partir de 1988, il connaît diverses affectations dans l’armement air-sol nucléaire, le domaine spatial, l’armement terrestre, l’électronique et l’informatique. En 1997, il devient directeur du Service des programmes d’observation, de télécommunications et d’information de la DGA. En 2001, il est nommé représentant français  au conseil de surveillance de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR, voir revue téléchargeable N°302 décembre 2011 p.17). En juillet 2006, il entre au groupe Alcatel comme conseiller pour les affaires de sécurité et de défense. Il revient à la DGA comme délégué général, par décision du conseil des ministres du 28 juillet 2008. Laurent Collet-Billon est commandeur de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite.

 




DGSE : le renseignement à l’étranger par des moyens clandestins

Service étatique, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) dispose de capteurs spécifiques pour recueillir des renseignements, hors du territoire national, ajoutant une plus-value aux informations d’intérêt stratégique (politique, militaire, sécuritaire etc.) accessibles au public (travaux universitaires et presse).

Son chargé de communications, Nicolas Wuest-Famose, l’a présentée au cours d’une conférence organisée, le 2 février 2012 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Objectifs et moyens : le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale (2008) définit le renseignement et sa finalité. « Le renseignement a pour  objet de permettre aux plus hautes autorités de l’Etat, à notre diplomatie, comme aux armées et au dispositif de sécurité civile, d’anticiper et, à cette fin, de disposer d’une autonomie d’appréciation, de décision et d’action. (…) L’acquisition du renseignement résulte de plusieurs ensembles qui sont étroitement associés : le recueil de l’information sur le terrain, au moyen de sources humaines ou de « capteurs techniques » ; l’action des services de renseignement civils et militaires ; l’action des unités militaires spécialisées. Dans tous les cas, l’information est exploitée, c’est-à-dire croisée, synthétisée et analysée, puis transmise en fonction de son intérêt aux décideurs ». Plusieurs organismes officiels participent au recueil du renseignement (voir encadré).

Selon l’article 2 du décret du 2 avril 1982, la DGSE « a pour mission, au profit du gouvernement et en collaboration étroite avec les autres organismes concernés, de rechercher et d’exploiter les renseignements intéressant la sécurité de la France ainsi que de détecter et d’entraver, hors du territoire national, les activités d’espionnage dirigées contre les intérêts français afin d’en prévenir les conséquences ». Concrètement, la DGSE s’intéresse au renseignement de crise (rebellions, conflits armés et coups d’Etat), à la prolifération d’armes de destruction massive (surtout nucléaires), à la piraterie maritime (voir revue téléchargeable mars 2011 p.9-16), au crime organisé, au contre-espionnage et au terrorisme (groupes maghrébo-sahéliens, pakistano-afghans et du Proche et Moyen-Orient). Plus petite que le BND allemand, le MI 6 britannique et surtout la CIA américaine qu’elle ne « duplique » pas, elle se concentre sur quelques « niches » de recherches, mais maîtrise la totalité des méthodes de recueil de renseignement : imagerie satellitaire, interceptions électromagnétiques et sources humaines clandestines et ouvertes.

L’article 3 du même décret précise que, pour l’exercice de ses missions, la DGSE « est notamment chargée : d’assurer les liaisons nécessaires avec les autres services et organismes concernés ; d’effectuer, dans le cadre de ses attributions, toute action qui lui serait confiée par le gouvernement ; de fournir les synthèses des renseignements dont elle dispose ». Elle se conforme donc aux priorités fixées par le Conseil national du renseignement, présidé par le président de la République. Ce conseil réunit le Premier ministre, les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Economie et du Budget, d’autres ministres selon le sujet traité, le coordonnateur national du renseignement, les directeurs des services et le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Elle entretient notamment avec la DCRI des relations étroites qui facilitent les flux d’informations. Il en est de même avec les services étrangers dont elle est « technologiquement » proche. Elle maintient des liens « protocolaires » avec la plupart des autres services étrangers, notamment pour la permanence d’une présence quand les canaux diplomatiques ne peuvent plus être utilisés. Enfin, les activités de la DGSE sont suivies par la Délégation parlementaire au renseignement (voir article « Renseignement et Parlement », dans « Archives » 1-2-2012). Ainsi, certaines méthodes utilisées par des services étrangers ne sont pas admissibles en France. La DGSE est également contrôlée par d’autres commissions administratives : vérification des fonds spéciaux ; secret de la défense nationale ; interceptions de sécurité ; informatique et libertés.

Le fonctionnement au quotidien : l’analyste de la DGSE en poste à l’étranger doit apporter un éclairage plus pertinent que celui de la presse ou des télégrammes diplomatiques. Parfois, il a la satisfaction de voir son analyse lui revenir… annotée par un ministre ! L’officier traitant est amené à connaître des sources clandestines. Il est titulaire d’un passeport diplomatique qui lui donne une couverture officielle. Mais, s’il est pris en flagrant délit d’espionnage, il risque, au mieux, un sérieux avertissement, au pire d’être expulsé. Pourtant, en cas d’événement très grave dans son pays d’affectation, il est le dernier à quitter l’ambassade de France. Il peut prendre contact avec les Français résidant à l’étranger, qui l’intéressent et qui deviennent alors des « honorables correspondants », ou même des étrangers, dont il doit garantir l’anonymat pour ne pas tarir ces sources. Malgré le renforcement de l’Union européenne, la mutualisation des services de renseignement semble peu plausible. En effet, c’est le dernier domaine de souveraineté que les Etats membres refuseront toujours d’abandonner. Cependant, la coopération bilatérale fonctionne bien, mais avec interdiction de transmettre quoi que ce soit à un service tiers comme gage de confiance et pour éviter une « intoxication ».

Recrutement et carrière : la DGSE monte en puissance : 690 nouveaux personnels seront recrutés prochainement. Elle regroupe 77 familles d’emplois dans 22 domaines de compétences, du préfet au graveur en passant par la couturière. L’âge moyen y est de 37 ans. Les linguistes, parlant des langues très rares, et les jeunes ingénieurs informaticiens, sortis brillamment des grandes écoles, se voient proposer des contrats à durée déterminée. Les analystes ordinaires sont d’origine militaire ou civile. Les militaires peuvent demander un détachement à la DGSE à partir du grade de capitaine. Les civils y entrent surtout par concours de catégorie A (mais également B et C). Diplômés d’études politiques ou d’une faculté d’Histoire etc., les candidats doivent être à l’aise en société et à l’étranger. Après une épreuve écrite spécifique, ils passent un grand oral, où le jury évalue leur profil comportemental, leur réactivité et leur intelligence de la situation. Suivent un entretien psychologique et une enquête de sécurité. A l’issue de leur formation, militaires et civils sont formatés pour rendre compte systématiquement de tous leurs entretiens au siège de la DGSE. Une formation complémentaire à l’Académie du renseignement (créée en 2010) leur permet d’acquérir un tronc commun de connaissances et de côtoyer des collègues d’autres services.

Pour l’analyste de base, l’évolution professionnelle varie selon ses connaissances spécifiques (Afrique, terrorisme) ou linguistiques. S’il s’estime prêt à devenir « officier traitant » chargé de recruter des sources, il peut demander à suivre une formation en vue de partir à l’étranger ou non. Enfin, la DGSE s’est ouverte aux élèves de l’Ecole nationale d’administration. Ils y occupent des postes de management, car leur profil de haut fonctionnaire ne correspond pas tout à fait… à celui d’officier traitant !

Loïc Salmon

La communauté française du renseignement emploie environ 12.000 personnes ainsi réparties : DGSE, 5.000 dont 25 % de femmes ; Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), 3.100 ; Direction centrale du renseignement militaire (DRM), 1.800 ; Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), 1.200 ; Direction nationale de la recherche et des enquêtes douanières (DNRED), 700 ; Traitement du renseignement et de l’action contre les circuits financiers clandestins (TracFin), 90. Le budget annuel de la DGSE atteint 550 M€ auxquels s’ajoutent les fonds spéciaux, contre 200 M€ pour la DCRI, 158 M€ pur la DRM et 96 M€ pour la DPSD. Par ailleurs, 4.000 personnels des unités militaires spécialisées des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale remplissent des missions de renseignement d’intérêt militaire.