Armée de l’Air : création d’un « centre de guerre aérienne »

Le Centre d’expertise aérienne militaire, véritable « centre de guerre aérienne » installé sur la Base aérienne 118 (BA 118) de Mont-de-Marsan, a été officiellement ouvert le 1er septembre 2015 par le général Denis Mercier, chef d’État-major de l’armée de l’Air. Il doit permettre de répondre, de manière cohérente et dans des délais réduits au plus juste, aux demandes des états-majors et des forces. Ce centre, directement rattaché au major général de l’armée de l’Air, résulte de la fusion du Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM), qui réunit les expertises indispensables à la construction des futures capacités opérationnelles, et le Centre tactique air destiné aux besoins du commandement des forces aériennes. Le Centre d’expertise aérienne militaire rassemble trois types d’expertises sur un même site (la BA 118) et sous un même chef (un général de division aérienne). Le premier type (niveau opératif) concerne les doctrines de l’armée de l’Air : travaux sur les principes fondamentaux ; coordination du retour d’expérience ; conduite d’études exploratoires intéressant directement le commandement et le contrôle d’un théâtre d’opération. Le deuxième type (niveau stratégique) porte sur les expertises technico-opérationnelles nécessaires à la modernisation des équipements des forces : contribution au suivi du développement des nouveaux matériels ; conception et réalisation des expérimentations. Le troisième type (niveau tactique) consiste à capitaliser les meilleures pratiques et à valoriser toute initiative ou réflexion pertinente des unités opérationnelles. Ce triptyque assure la cohérence des capacités opérationnelles et permet de maîtriser la surenchère technologique des équipements. Le Centre d’expertise aérienne militaire entretient des partenariats avec la Délégation générale de l’armement, l’industrie et les universités. Il repose aussi sur un réseau de « référents tactiques » des  unités opérationnelles. Chaque référent aura reçu une formation de haut niveau de 4 semaines, dont les cours sont validés par les centres experts de l’armée de l’Air ou d’organismes externes. La première session a eu lieu en juin 2015 et la seconde est prévue à la fin de l’année. Le stagiaire est immergé dans une « ruche multiculturelle », où il explique les capacités et expertises de son unité d’origine, ses besoins et ses contraintes. En retour, il apprend à intégrer les spécificités des unités des autres stagiaires. De son côté, le commandant d’unité peut faire appel au référent tactique pour solliciter le Centre d’expertise aérienne militaire sur des questions d’ordre tactique, technique ou doctrinal. Il y fait remonter, par son intermédiaire, les bonnes pratiques de son unité, pour les faire partager par d’autres. Enfin, il tient ainsi son unité à jour des changements doctrinaux, techniques et tactiques de l’armée de l’Air. La Base aérienne 118 abrite diverses unités, qui facilitent les activités du Centre d’expertise aérienne militaire : escadrons de chasse et de défense sol-air ; unités d’appui aux opérations (soutien, guerre électronique, liaisons de données tactiques, systèmes d’information opérationnels et génie de l’Air) ; unités d’instruction (contrôle et défense aérienne, formation Rafale et utilisation opérationnelle et technique) ; unités d’expérimentations techniques ; unités de soutiens communs et spécialisés. Toutes participent aux missions permanentes de l’armée de l’Air : protection, dissuasion nucléaire et intervention.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance




Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

L’informatique concerne la totalité du navire : navigation, automates, maintenance, communication, sûreté et sécurité. De plus, interconnexions et mondialisation modifient profondément les activités maritimes.

La « marétique », symbiose des mondes numérique et maritime, a fait l’objet d’un colloque organisé, le 19 juin 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine (CESM), le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) et le Groupement des industries de construction et activités navales. Y sont notamment intervenus : Pierre Bellanger, président-directeur général de la station de radio Skyrock ; le capitaine de vaisseau Olivier Foillard de l’état-major de la Marine ; Vincent Le Gall, président du simulateur des pilotes de l’Atlantique, Bretagne et Outre-Mer ; Benoît de Saint-Sernin, président du CHECy.

Omniprésence ambivalente. Selon Pierre Bellanger, l’internet vient remplacer l’humain. La numérisation progresse de façon constante, mais l’effet de réseau croît de façon exponentielle. Si la capacité de l’ordinateur double à peu près chaque année, le logiciel va 43 fois plus vite en efficacité. Il s’ensuit une migration des données vers les réseaux. Or, les données constituent une valeur en elles-mêmes. Ainsi, un journal quotidien qui n’est pas acheté représente un gaspillage de papier… et de bois ! Aujourd’hui, le numérique remplace le gaspillage par une donnée immatérielle. L’effet réseau affecte l’humanité : valeurs, emplois, pouvoir et puissance vont sur le cyberespace. L’internet correspond à l’utopie de l’absolue liberté des années 1960, mais en partie seulement. Après l’émergence du complexe militaro-industriel des années 1950, la suprématie des États-Unis se maintient par le « complexe militaro-numérique ». Cette symbiose de l’industrie et du renseignement débouche sur la puissance de l’État et la logique impériale. Il s’ensuit « des réseaux sociaux en Californie et des plans sociaux en Picardie ». L’incertitude du monde des données est résolue par leur mutualisation, mais un impact sur un réseau affecte tous les réseaux interconnectés. Un pays doit disposer de frontières dans le cyberespace, estime Pierre Bellanger. Selon lui, il faut donc autoriser le chiffrement, exploiter un réseau comme un système souverain et créer un contrôle des données personnelles. Toutes les données sont liées entre elles, car le système doit rester ouvert pour garder son efficacité. La démocratie repose sur le secret du choix politique individuel. Or, dans l’internet, il n’y a pas d’isoloir, donc pas de secret, ni de vie privée, ni de diplomatie, ni de stratégie. Il s’ensuit une opacité ciblée pour les plus forts et une transparence absolue pour les autres, avec la possibilité de manipulation, conclut Pierre Bellanger.

Spécificités navales. A bord d’un navire comme au sein d’une force navale, tous les systèmes sont intégrés, explique le capitaine de vaisseau Foillard. Le travail en réseau a commencé dès 1960 sur les frégates lance-missiles, en vue d’une plus grande performance opérationnelle. Les sonars numérisés de lutte anti-sous-marine (ASM) plongent plus profondément et les radars sont plus précis. En 2015, les informations, partagées en réseau en temps réel, sont envoyées au centre de commandement de la force navale et au centre stratégique à terre. L’accélération du cycle de la décision renforce la supériorité opérationnelle. La numérisation des systèmes d’armes accroît leurs précision et performances. La simplification de l’interface homme/machine réduit le temps de formation. Les systèmes de communication satellitaires en UHF et VHF diminuent les ruptures de liaisons entre la terre et la mer et fluidifient les échanges. Les drones navals informent en temps réel le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. La navigation est devenue électronique avec la numérisation des capteurs GPS et du loch (instrument de calcul de la vitesse du navire). L’emploi d’automates à bord a réduit les personnels aux postes, sans valeur ajoutée, de quart à la passerelle et de maintenance machines. La simulation à quai et à bord prépare et entraîne les équipages. La numérisation des données facilite l’exploitation du renseignement. L’intégration des systèmes est prise en compte dès la conception du navire pour en modifier l’architecture. Ainsi, celle-ci a été optimisée par la fédération de certaines fonctions, qui a permis de diminuer le poids des câbles de réseaux. Les locaux ont été disposés de façon à mieux protéger les baies (armoires informatiques) des senseurs, de plus en plus nombreux, contre les tirs de fusils d’assaut kalachnikov par exemple. Tous les systèmes sont automatisés, mais des verrous existent à différents niveaux de la conduite du navire et de l’emplacement des armes. La numérisation a réduit à 108 les membres de l’équipage de la nouvelle frégate FREMM, capable de missions stratégiques plus importantes que la frégate ASM à 240 personnes. Pour améliorer les performances opérationnelles d’une force navale et réduire les dépenses en personnels, certaines tâches sont déportées à terre, comme la « téléadministration » et le soutien. La cybersécurité est devenue un domaine de lutte à part entière, dirigée par l’amiral chargé des opérations. Elle concerne la connaissance de systèmes en mode dégradé, la surveillance en réseau et l’entraînement des équipages. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, un drone naval est aujourd’hui capable de s’approcher d’une côte et d’envoyer un signal vidéo aux nageurs de combat, pour les prévenir qu’ils peuvent sortir de l’eau sans risque.

Technologies civiles. Le transport maritime a intégré la numérisation, indique Vincent Le Gall, avec : la carte électronique ; le système d’identification automatique de navires ; le GPS et le radar fiabilisent les navigation et localisation géographique ; le positionnement dynamique du navire à passagers par ses propres moyens de propulsion ; l’aide au pointage automatique des navires, qui prévoit la manœuvre et évite les collisions. La simulation inclut des retours d’expérience pour mettre l’élève pilote en situation rare et potentiellement dangereuse, afin qu’il prenne la bonne décision. Des études sont en cours sur les futurs modes de propulsion et de manœuvre du navire. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, l’Union européenne va consacrer 3,5 Md€ à l’option d’un navire marchand sans présence humaine.

Loïc Salmon

Le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) regroupe 159 entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de 8,5 Md€ avec 40.000 personnes (juin 2014). Il couvre : la construction et la réparation navales civiles ; la construction navale militaire, le maintien en condition opérationnelle, les systèmes d’armes, les services et le soutien associés ; les équipements navals civils et militaires ; la sécurité, la sûreté et l’environnement maritime ; les énergies marines renouvelables et les autres activités offshore. Le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) propose une formation pluridisciplinaire de haut niveau : géostratégique, politique, économique, sociologique, technologique, juridique, criminologique et culturelle.




Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants

La protection contre le large spectre d’utilisation malveillante de drones aériens nécessite des solutions techniques pour leurs détection, identification et neutralisation. L’arsenal juridique doit être renforcé en matière de responsabilisation et de sanctions.

Ces aspects de la prolifération des drones civils ont été abordés au cours d’un colloque organisé, le 28 mai 2015 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et le Conseil économique, social et environnemental. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Frédéric Renaudeau, directeur de la protection des installations, moyens et activités de la défense au ministère de la Défense ; Patrick Espagnol, directeur de la sécurité d’EDF ; Thierry Michal, directeur technique général de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Thomas Andrieu, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur ; Bruno Delor, président de la Fédération française d’aéromodélisme.

Adaptation du dispositif de défense. Il s’agit d’abord d’évaluer les besoins de protection, à savoir les installations sensibles, événements particuliers (rencontres politiques, musicales ou sportives), populations et personnalités dans des environnements parfois complexes. Selon l’amiral Renaudeau, un drone distant de 6.000 m et volant à 70 km/h est détecté avec 5 minutes de préavis, dont 1 minute pour la prise de décision. La radiogoniométrie seule ne suffit pas pour interpeller un téléopérateur malveillant, en raison de la diversité des modes de pilotage. Elle est complétée par le radar et les détections acoustique et optronique (équipement combinant l’optique et l’électronique). L’identification, principe de base de la sécurité aérienne, est essentielle pour éviter les méprises : vol licite ou non, objet volant ou oiseau. Le sentiment d’impunité se combat ainsi depuis le sol par les moyens optroniques. Les accords avec les  grands opérateurs de téléphonie mobile permettent d’obtenir un signalement du drone, du « télépilote » ou de l’intention de survol. La neutralisation porte d’abord sur la protection passive par des systèmes aériens, aquatiques ou terrestres, simples et intégrés aux autres fonctions d’autoprotection des sites. Ensuite, elle consiste à brouiller ou leurrer le système de navigation du drone sans le détruire. Enfin, la destruction du drone s’effectue par tir d’arme de précision ou d’un fusil de chasse à chevrotine, selon un cadre juridique de l’emploi de la force après analyse des risques et dommages collatéraux possibles. Une autre solution implique la capture du « microdrone » malveillant au moyen d’un filet transporté par un drone intercepteur. Le commandement et le contrôle des actions de neutralisation reste en cohérence avec la défense aérienne, qui centralise les informations. Le ministère de la Défense élabore des plans d’équipement des sites sensibles, en fonction des vulnérabilités et réponses technologiques disponibles. Mais, souligne l’amiral, le cadre juridique doit évoluer en priorité en matière de neutralisation/destruction et de signalement des drones.

Filière industrielle de la sécurité. Soucieux de protéger son patrimoine, EDF doit assumer ses responsabilités de sécurisation de la population et de l’environnement, dont les centrales nucléaires, rappelle Patrick Espagnol. Il doit donc anticiper cette nouvelle menace complexe et sophistiquée avec surmultiplication des cibles par l’interconnexion. Chaque famille de drones suit sa logique propre, qu’il convient de détecter par expérimentation. Puis, il faut maîtriser le drone malveillant en l’obligeant à se poser à un endroit déterminé. Opérateur privé avec obligation de résultat, EDF compte sur l’État, client et fournisseur de sécurité, pour une mise en commun des réflexions et expertises dans ce domaine. La Gendarmerie et l’armée de l’Air sont chargées de faire respecter l’interdiction de survol de sites sensibles. En matière de sécurité, la réponse doit être adaptée, sans coût excessif, supranationale et s’appuyer sur l’existant, la recherche et le développement, selon Patrick Espagnol.

Vaste domaine de recherche. L’ONERA, explique Thierry Michal, présente un aspect dual. Acteur de la recherche aéronautique, il doit remplir des missions de plus en plus exigeantes dans le respect des règlements. Parallèlement, avec son volet défense, il doit lutter contre tout usage malveillant dans ce domaine. Le contenu très sophistiqué de la charge utile du drone correspond à des besoins variables. Dans ce contexte, il s’agit de mettre en place un système pour contrer la menace future. La détection restera complexe, compte tenu de l’évolution rapide de la technologie des drones. Par ailleurs, la réponse sera globale avec la mise en œuvre d’une chaîne de mesures reposant sur le dynamisme de la filière robotique. Compte tenu de la prolifération des drones bon marché et aux discrétion et capacité d’action accrues, il faudra des capteurs compacts et des senseurs performants. Ceux-ci devront être autonomes en matière de durée d’intervention et de furtivité, à savoir peu détectables ou identifiables. Les drones civils sont en effet particulièrement furtifs, car construits sans métal et volant à très basse altitude dans un environnement urbain. La lutte anti-drones va privilégier la rapidité et « l’approche système », à savoir détection, identification, décision et neutralisation, cohérence essentielle de la chaîne de défense. La tendance s’oriente vers une solution la plus automatisée possible. Mais, prévient Thierry Michal, il faut réfléchir à la place de l’homme dans la boucle, domaine de recherche de l’ONERA.

Difficultés juridiques. Il n’est pas toujours possible d’identifier la provenance des drones et de les arrêter, indique Thomas Andrieu. Par ailleurs, la lutte contre leur usage malveillant ne doit pas conduire à brider un domaine économique en plein essor, au nom de la liberté du commerce et de l’industrie ainsi que du développement de ce secteur. Les critères retenus portent sur le poids et la taille du drone. Les conséquences dommageables posent la question de l’assurance, pas encore disponible. La destruction à distance n’est autorisée que si la menace est identifiable et prouvable. La réglementation prévoit des obligations : information sur les conditions d’utilisation ; formation minimale ; enregistrement et signalement électronique. Il faut ensuite faire le tri entre les types de drones et les malveillances potentielles. Au niveau de l’Union européenne, certains États exigent la présence d’une puce d’identification électronique.

Loïc Salmon

Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

Les drones Un peu d’histoire

La Fédération française d’aéromodélisme regroupe 850 associations totalisant 28.000 licenciés. Pour limiter le risque d’utilisation malveillante des drones de loisir, elle recommande notamment : la mise en place d’un site internet officiel de sensibilisation ; l’incitation des fabricants et vendeurs à une information pour une utilisation licite ; le renforcement du principe de déclaration des sites de vol en groupe ; l’identification électronique et un brevet de « télépilote » pour les drones au dessus d’un seuil de masse à définir.




« CMOS Kaméléon », la caméra qui voit la nuit en couleur

La caméra à très bas niveau de lumière « CMOS Kaméléon » permet de voir en couleur dans l’obscurité quasi totale avec des applications militaires et civiles. Elle a été mise au point par les chercheurs Damien Letexier et Geoffroy Deltel de la société optronique Photonis, qui ont reçu, le 2 juin 2015, le 42ème prix « Ingénieur général Chanson » décerné par l’Association de l’armement terrestre et remis par général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre. Au niveau de nuit correspondant à la pleine lune, l’œil humain ne voit plus qu’en noir et blanc (monochrome). Or la couleur contribue à l’identification de la cible, à la discrimination ami-ennemi par traceur couleur ou le repérage de zones de danger sur un théâtre de combat. La caméra CMOS Kaméléon est déjà utilisée pour : la surveillance urbaine ; la lunette de tir des armes des forces spéciales ; le casque des pilotes des hélicoptères militaires français et britanniques et des appareils civils ; la surveillance rapprochée du char allemand Leopard 2. D’autres applications sont possibles : caméras sur drones de surveillance ; vision périphérique proche pour les petits véhicules blindés ; aide à la conduite de véhicules de sécurité de nuit, par fusion des signaux d’une caméra thermique refroidie et de la caméra à vision nocturne monochrome fabriquée par Photonis. Dans son allocution, le général Bosser a rappelé que la pertinence de l’innovation technique dépend de deux facteurs : la réponse à un besoin objectif et la facilité d’intégration dans l’environnement de l’utilisateur, à savoir par sa facilité d’emploi, son ergonomie et sa compatibilité avec les autres équipements. CMOS Kaméléon, dit-il, « répond à un besoin que confirmeront sans hésiter tous ceux qui ont eu à utiliser la vision monochrome sur le terrain. Elle devrait également s’intégrer aisément dans l’environnement du combattant, à la condition que cette caméra fasse du triptyque faible encombrement, robustesse et autonomie énergétique son leitmotiv ». La caméra CMOS Kaméléon a été développée dans le cadre du programme de financement « Rapid » de la Direction générale de l’armement. Le dispositif « Rapid » (Régime d’appui à l’innovation duale) finance des projets lancés par des entreprises de moins de 2.000 salariés. Ces projets de recherche industrielle ou de développement expérimental à fort potentiel technologique doivent présenter des applications militaires avec des retombées pour les marchés civils.

Loïc Salmon

 




Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

L’expérimentation de la « smart base » a été lancée le 29 juin 2015 sur la base aérienne 105 d’Évreux (BA 105), en présence du général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air, de Guy Lefranc, président du « Grand Évreux Agglomération », et de Gilles Treuil, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Eure. Grâce à la technologie numérique et des approches innovantes, la smart base devrait notamment augmenter l’efficacité du système de combat, améliorer les conditions de travail et le cadre de vie des personnels de la base 105 et de leur famille et, enfin, renforcer le « lien citoyen ». Implantée sur le plateau d’Évreux depuis 1912 et principal employeur du département de l’Eure, la BA 105 a été choisie pour cette expérimentation, car elle est très engagée dans le tissu économique local et accueille près de 150 collégiens, étudiants et stagiaires par an. Elle s’étend sur 750 ha autour d’une piste de 3.000 m et abrite près de 2.500 militaires et civils de la défense, dont environ 500 appartiennent aux services de soutien. A l’été 2016, elle prendra en charge 18 avions de transport Casa actuellement stationnés à la base de Creil. Son escadron de transit et d’accueil aérien représente près de 13.000 mouvements, 2.400 passagers et 4.500 t de fret par an. La BA 105 peut aussi accueillir et assurer le soutien d’avions ravitailleurs en vol, en cas de montée en puissance du dispositif de dissuasion nucléaire aéroportée. Elle met en œuvre la flotte d’avions de transport tactique Transall destinés aux théâtres d’opérations. En outre, elle dispose de capteurs de renseignement particuliers de linguistes et d’opérateurs dans le cadre de sa mission de prévention. Depuis août 2015, elle abrite l’Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable, qui regroupe l’Escadron de détection et de contrôle mobile 90.538 et le Groupement tactique des systèmes d’information et de communications aéronautiques (GTSIC Aéro) 10.805. Ce dernier travaille notamment avec les unités de défense sol/air de la Force opérationnelle terrestre et les Forces spéciales air. Il compte 550 experts dans le domaine des systèmes de surveillance, d’information et de communications, l’appui électronique et la mise en œuvre d’outils de commandement sur divers théâtres en métropole et à l’étranger : Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (banlieue parisienne) en juin 2015 ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne depuis août 2014 ; opération « Chammal » en Irak depuis septembre 2014. Dans la cadre du projet smart base et en partenariat avec la CCI de l’Eure, le GTSIC Aéro 10.805 participera à la mise en place d’un forum civilo-militaire d’échange d’expériences et de développement de synergies, en vue d’assurer une veille technologique. Enfin, la BA 105 constitue le centre de gravité de la Base de défense (BDD) d’Évreux, qui inclut trois autres sites : Rouen avec un centre du service national et des centres de recrutement des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale ; Le Havre avec un commandement maritime et une compagnie de Gendarmerie maritime ; Favières pour les moyens de communications. En outre, la BDD soutient partiellement le centre de la Direction générale de l’armement de Val-de-Reuil, dédié aux techniques hydrauliques. Enfin, son centre médical est ouvert aux 3.000 gendarmes de la région, du département de l’Eure-et-Loir à la côte normande.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Dissuasion nucléaire : pertinence pérenne et retombées pour les armées

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

Facteur de réduction de l’incertitude de l’action, le renseignement assure l’autonomie du chef tactique, grâce à la « recherche multi-capteurs ». Le raccourcissement de sa boucle contribue à préserver l’intégrité du combattant au contact de l’adversaire.

Le renseignement dans les forces terrestres a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 26 mai 2015 à Paris, par le Cercle Prospective Terre. Y sont notamment intervenus le général Éric Maury, commandant la Brigade de renseignement, et Alexandre Papaemmanuel, directeur « Grands Comptes Renseignement » chez Airbus Defence and Space.

Enjeux opérationnels. Depuis 2009, les différents chefs interarmes peuvent disposer immédiatement d’outils de recherche et d’exploitation du renseignement à leur niveau et par des capteurs d’origines humaine, électromagnétique, image et géographique, explique le général Maury. Les patrouilles profondes du 2ème Régiment de hussards s’infiltrent discrètement dans un environnement sensible avant le déclenchement d’une opération. Elles constituent des réseaux de sources humaines dans la durée et procèdent aux interrogatoires d’adversaires capturés. Elles peuvent guider n’importe quel système d’armes, des hélicoptères, des unités d’infanterie ou de blindés et des avions de chasse sur un objectif pour le neutraliser ou même le détruire. De son côté, le 54ème Régiment de transmissions intercepte, localise ou brouille les télécommunications adverses (VHF et téléphonie mobile). Ses patrouilles légères d’appui électronique accompagnent au plus près les groupements tactiques interarmes, en vue de leur fournir du renseignement d’alerte, comme la détection d’engins explosifs improvisés, sur les itinéraires empruntés. De nombreux soldats leur doivent la vie au cours des dernières opérations extérieures. Les drones du 61ème Régiment d’artillerie sont totalement dédiés aux chefs tactiques sur le terrain, contrairement aux drones MALE (moyenne altitude longue endurance) Harfang et Reaper de l’armée de l’Air. Leurs informations, communiquées en temps réel par le biais d’un élément de liaison, permettent un ciblage au profit de l’artillerie et des hélicoptères. Le 28ème Groupe géographique contribue à renforcer la compréhension de la situation des chefs opérationnels par des produits cartographiques précis, géo-référencés, réalisés et délivrés au plus près du terrain et en situation de combat. Il envoie également des détachements temporaires, à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national, pour renforcer un théâtre d’opérations ou, par exemple à la demande des attachés de défense, sur une zone présumée sensible qui pourrait faire l’objet d’une intervention future. Par ailleurs, ajoute le général, l’armée de Terre alimente la Direction du renseignement militaire (DRM) en flux de données depuis la métropole et les théâtres d’opérations. Ainsi, le centre de guerre électronique du 44ème Régiment de transmissions intercepte, en permanence, des communications HF et satellitaires dans des zones estimées stratégiques. Les forces spéciales disposent du 13ème Régiment de dragons parachutistes pour le renseignement humain. Elles profitent aussi du renseignement de l’armée de Terre par le biais du Groupement d’appui aux opérations spéciales. Ainsi, pendant l‘opération « Ares » en Afghanistan (juillet 2003- décembre 2006), les forces spéciales ont fait appel aux patrouilles légères d’appui électronique. La DRM a récemment ouvert le « Centre de renseignement géospatial interarmées », auquel contribue le 28ème Groupe géographique par sa capacité « Geoint » (renseignement multi-sources intégré sur un support géographique). Les renseignements recueillis par les capteurs de l’armée de Terre sur un théâtre d’opérations sont centralisés, exploités et recoupés avec des informations d’autres sources, en vue d’enrichir des bases de données. Elles renseignent le niveau stratégique ou politico-militaire, à savoir le chef d’État-major des armées, et, en retour, les chefs interarmées de ce même théâtre.

« L’info-numérisation ». La numérisation du renseignement en raccourcit la boucle entre le capteur et l’utilisateur, souligne Alexandre Papaemmanuel. Chaque combattant et véhicule devient un capteur et un « effecteur » (qui échange des informations avec un ordinateur) capable, sur un théâtre d’opérations, de communiquer avec les autres et la métropole. Dans la guerre « asymétrique » d’aujourd’hui, l’adversaire est, lui aussi, équipé de « Smartphone », de messagerie instantanée et de cartographie numérique pour synchroniser son action, même en plein désert. Pour réagir au plus vite, la « numérisation du champ de bataille » contient une application dédiée au renseignement. Celle-ci détecte les « signaux faibles », grâce à des algorithmes de traitement de l’information. Ce sera, par exemple, au milieu de dizaines de millions de communications, la conversation qui annonce la pose d’une bombe ou la planification d’une attaque imminente. L’industrie française, indique Alexandre Papaemmanuel, permet : la traduction automatique des langues étrangères ; la détection automatique, dans un flux vidéo, d’une forme permettant de retrouver un véhicule, un regard ou une silhouette ; de reconnaître une voix dans des millions d’heures de conversations téléphoniques. La visualisation sur une même carte des données des multi-capteurs permet de croiser des informations géographiques et météorologiques, la traçabilité des routes ou pistes praticables, les dernières localisations de téléphone pour comprendre les axes de transit de l’adversaire, les bâtiments pouvant servir de caches ou les puits disponibles utilisables comme lieux d’approvisionnement. Désormais, une infrastructure réseau sécurisée diffuse le renseignement en quelques secondes sur un théâtre d’opérations entre ceux qui ont besoin de le connaître. Pour éviter de dépendre du concept américain « Geoint » et pour le dépasser, Alexandre Papaemmanuel préconise de définir un concept français, basé sur le retour d’expérience opérationnelle, le savoir-faire industriel et la recherche universitaire.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Anticipation, planification et conduite des opérations terrestres procèdent du renseignement. L’anticipation stratégique repose sur la veille (sources « ouvertes » comprises), la recherche documentaire et la mobilisation des capteurs de terrain, afin de connaître exactement la complexité de l’environnement du théâtre d’opérations. La planification valide des scénarios et prépare la manœuvre en mobilisant toutes les sources alliées et nationales (Direction générale de la sécurité extérieure et Direction du renseignement militaire). Pendant la conduite des opérations, la chaîne du renseignement s’adapte à la manœuvre et intensifie ses processus de recherche. Coordination et circulation du renseignement permettent au chef d’organiser, de commander et de contrôler, en permanence, la participation maximale des moyens déployés pour atteindre les objectifs.




Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

La furtivité du drone sur de longues distances modifie l’art de la guerre et facilite la surveillance des frontières. Toutefois, la modicité de son coût permet à des opérateurs malveillants de remettre en cause la sécurité d’installations sensibles et de personnes.

Les conséquences de la prolifération des drones civils ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 28 mai 2015 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et le Conseil économique, social et environnemental. Y sont notamment intervenus : Patrick Gandil, directeur général de l’aviation civile (DGAC) ; Nicolas Pollet, responsable de la mission drone à la SNCF ; le général d’armée aérienne Denis Mercier, chef d’État-major de l’armée de l’Air ; le général de division Éric Darras de la Direction générale de la gendarmerie nationale ; Régis Guyonnet de la Préfecture de police de Paris.

Satisfaction de la SNCF. Les drones permettent d’améliorer la qualité de la surveillance des voies ferrées pour la sûreté, la sécurité, la maintenance et la connaissance du patrimoine, explique Nicolas Pollet. Ils sont notamment employés dans les zones d’accès difficiles, pour lever des doutes sans intervention d’engins ou d’acrobates, ni contraintes d’accès ou de disponibilité des matériels et personnels. Leur caméra procède à une photogrammétrie (relevé topographique) des parois rocheuses et des grands ouvrages maçonnés, où la portée des tabliers de pont atteint 143 m entre 2 piliers. Ils facilitent le diagnostic photo/vidéo/thermique des installations fixes de traction électrique ferroviaire, en vue d’évaluer leur vétusté. La SNCF poursuit des travaux de recherche et développement avec la DGAC sur les prises de vues de nuit et « multispectrales », qui visualisent les espèces végétales incrustées. Elle vise à améliorer les sécurité, qualité des sillons et régularité des trafics du réseau, en réduisant les coûts de construction, d’exploitation, de maintenance, de renouvellement et de modernisation. Par rapport à la surveillance classique, l’utilisation des drones a amélioré de 15 % la productivité avec une capacité moindre. La gestion des données des capteurs fixes, aériens et mobiles terrestres prévient le vieillissement des installations. « Dans quelques années, déclare Nicolas Pollet, la SNCF sera numérique et les drones en feront partie ».

Mise en garde de l’armée de l’Air. La principale menace, involontaire, émane d’opérateurs de « minidrones », qui n’ont jamais vu de carte aérienne et n’ont aucune notion d’aéronautique, estime le général Mercier. Par contre, la menace malveillante cible une personnalité ou un rassemblement particulier, en vue d’une action de communication. Elle doit être prise en compte dans le cas d’un drone, guidé par GPS et volant à faible vitesse et basse altitude pour échapper aux radars. La défense aérienne, active 24 h sur 24 sur le territoire national, détecte tout aéronef, identifie son comportement, amical ou non, et le classifie comme une menace potentielle ou non. La neutralisation d’un drone, après évaluation en temps réel des dommages collatéraux, consiste à brouiller ses signaux GPS ou à tirer à vue à partir d’un hélicoptère. Ces méthodes sont déjà utilisées contre les ULM et les aéronefs à faible signature radar. Une cellule interministérielle fusionne les renseignements d’origines civile et militaire : armée de l’Air, police de l’Air et des Frontières, Douanes et Gendarmerie. Les avions de chasse s’entraînent à voler à 200 pieds (61 m) d’altitude, de jour comme de nuit. Il est facile de confondre un drone avec le tir de nuit d’un avion. L’armée de l’Air recoupe toutes les informations fournies avec les plans de vol de ses appareils. Par ailleurs, le brouillage de signaux GPS à 50 km de distance peut provoquer des dommages collatéraux. Selon les cas, la décision de destruction d’un aéronef intrus, coordonnée entre les autorités civiles et militaires, varie du niveau local à celui du cabinet du Premier ministre. La menace des drones appelle une réponse globale, souligne le général Mercier. Il s’agit, en coordination avec la DGAC, d’informer et d’inciter à la prudence, via internet. L’armée de l’Air a ouvert, à Salon-de-Provence, un centre d’excellence sur tous les drones, ouvert aux chercheurs et entreprises privées pour partager les expériences en matière d’utilisation et de sécurité.

Constat de la Gendarmerie. La miniaturisation des drones, de plusieurs kg à quelques grammes, rend la troisième dimension accessible à tous, avec la possibilité de gêner l’action des pouvoirs publics, rappelle le général Darras. Ainsi, au Japon, un drone équipé d’une camera et chargé d’une bouteille de produits toxiques a atterri sur la résidence du Premier ministre. En Allemagne, un autre s’est posé à proximité de la Chancelière lors d’une réunion publique. En Grande-Bretagne, un troisième a perturbé le trafic aérien d’un aéroport. A Mayotte, un quatrième a gêné un hélicoptère au cours d’un sauvetage en mer. En France, en octobre 2014, des drones ont volé au-dessus de plusieurs centrales nucléaires et de l’Ile Longue (base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), protégées par la Gendarmerie. En tout, 89 signalements ont débouché sur 27 enquêtes judiciaires.

Réponse de la police à Paris. L’environnement urbain se caractérise par un habitat peuplé et dense avec des immeubles, des espaces verts et des réseaux de communication grand public. Il constitue des bases d’envol pour des trajectoires d’approche discrètes, mais rend le pilotage plus difficile et accroît le risque de perturbations radioélectriques. Interdit de survol, Paris offre une variété de cibles potentielles : lieux symboliques, événements de grande ampleur et présence de personnalités. Pourtant, de janvier à mai 2015, la police a enregistré 87 signalements de survols illicites de drones à Paris et a procédé à 14 interpellations de touristes, surtout étrangers, utilisant des drones grand public, indique Régis Guyonnet. Les 77 faits non élucidés concernent les survols de bâtiments administratifs, surtout la nuit, par défi à l’autorité publique. Dès 2014, la Direction générale de la police nationale et la Police parisienne ont formé des équipes d’intervention. Aucun survol n’a été constaté lors du 11 novembre 2014.

Loïc Salmon

Les drones, dualité militaire et civile

Les drones : de l’OPEX au territoire national

En mai 2015, selon la Direction générale de l’aviation civile, la filière drone en France représente 1.580 entreprises, 2.760 drones et 3.000 emplois. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 50 M€ en 2014 dans l’audiovisuel, l’inspection des bâtiments et infrastructures ainsi que les mines, carrières et chantiers. Ce secteur, où la France a pris de l’avance, compte 45 constructeurs et de nombreuses « start-ups » innovantes, qui préfèrent vendre des données et des services plutôt que de mettre en œuvre des aéronefs. Toutefois, les grands groupes Airbus, Sagem et Thales participent à la recherche et au développement des drones. L’utilisation d’un drone civil est interdite aux abords des aéroports et soumise à autorisation en agglomération. La réglementation, progressive et adaptable, varie selon le poids et l’altitude du drone, la distance du pilote et la densité de population de la zone survolée.




Armement : succès du soutien public à l’exportation en 2014

Les prises de commandes d’armement à l’exportation ont totalisé 8,2 Md€ en 2014, résultat le plus important jamais réalisé, souligne le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, dans un rapport adressé au Parlement en juin 2015. Les exportations contribuent à garantir l’équilibre de la loi de programmation militaire 2014-2019 avec, pour le premier semestre 2015, les commandes confirmées d’avions de combat Rafale à l’Égypte (24 appareils) et au Qatar (24). Entre 2010 et 2014, les exportations françaises d’armement se répartissent surtout entre les Proche et Moyen-Orient avec 38,1 % du total, l’Asie (30,1 %), l’Europe (12,7 %), les Amériques (10,8 %) et l’Afrique (4,4 %). Les contrats supérieurs à 200 M€ ont été conclus principalement avec l’Arabie Saoudite, le Brésil, l’Inde, les Émirats arabes unis et le Maroc. Ceux inférieurs à 200 M€ ont concerné d’abord l’Arabie Saoudite, suivie, à égalité, de l’Inde, des Émirats arabes unis et… des États-Unis ! Selon une étude d’impact réalisée en 2014, les exportations d’armement entre 2008 et 2013 ont permis de réduire le déficit commercial de 5 % à 8 %, de préserver 27.500 emplois directs et indirects et de contribuer au maintien d’une dynamique d’innovations technologiques. En 2013, 669 entreprises françaises, dont la moitié de tailles petite et moyenne (PME), ont déclaré exporter des matériels militaires. Elles se trouvent surtout en régions Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Bretagne, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Centre et Rhône-Alpes. Créé la même année, le Comité ministériel des exportations de défense coordonne l’intervention du ministère de la Défense, en lien avec les industriels et les postes diplomatiques concernés par certains projets spécifiques. Ainsi, la Direction générale de l’armement facilite la participation des entreprises françaises aux salons internationaux. En outre, elle intervient en amont et en aval des contrats par le biais des « directeurs d’opération export », chargés de leur exécution conformément aux engagements pris à l’égard des États clients. Par ailleurs, ceux-ci perçoivent comme une garantie de fiabilité et d’efficacité la mise en service de ces équipements par les forces armées françaises, les plus engagées en opérations extérieures difficiles parmi leurs homologues européennes. En outre, pour les grands contrats, les armées organisent, à l’intention des États clients, des démonstrations opérationnelles des matériels proposés à l’exportation. Une fois les contrats conclus, elles leur prêtent des capacités initiales avant les premières livraisons. Enfin, dans le cadre d’une coopération militaire, elles assurent la formation des personnels durant la durée des contrats. Sur le plan financier, la COFACE (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur) gère les garanties publiques de l’État en matière d’exportation de matériels de défense. Aux PME et entreprises réalisant moins de 500 M€ de chiffre d’affaires annuel, elle propose : l’assurance des actions de prospection sur les marchés étrangers ; l’assurance-crédit pour garantir le paiement du contrat d’exportation ou le remboursement du prêt qui le finance, face aux risques de nature commerciale, politique ou catastrophique ; l’assurance des investissements à l’étranger, tout en se protégeant du risque politique ; l’assurance des cautions et celle des préfinancements/risques exportateurs, pour obtenir un préfinancement ou faciliter la mise en place de cautions ; l’assurance de change pour exporter en devises, sans subir le risque de change.

Loïc Salmon

DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

DCI : actions communes de défense et de diplomatie

Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense




Armée de Terre : nouveau format plus « au contact »

L’armée de Terre doit repenser son organisation en rééquilibrant ses interventions sur le territoire national et en opérations extérieures. La modernisation de la manœuvre tactique implique de renouveler la formation et l’entraînement.

Telle est l’opinion du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, exprimée lors d’une rencontre organisée, le 19 mai 2015 à Paris, par l’Association des journalistes de défense. Évolution de l’environnement. L’armée de Terre de 1972, avec corps d’armée, divisions et brigades, était conçue pour affronter les troupes du Pacte de Varsovie. Le numéro d’avril 2015 de Terre Information Magazine (TIM) rappelle que ce modèle d’armée a été professionnalisé en 1995, autour de forces modulables et projetables dans une logique d’intervention. En vingt ans, ce « corps expéditionnaire » a fait ses preuves et acquis une solide expérience sur tous les théâtres d’opération. En outre, la manœuvre tactique a été accélérée par la numérisation progressive du champ de bataille et « l’infovalorisation ». Cette dernière est un procédé rapide de remontée, d’exploitation et de dissémination de l’information du champ de bataille, qui facilite la détection et le traitement des menaces. Par ailleurs, TIM indique que, sur le plan humain, le moral de l’armée de Terre est fragilisé, son avenir peu lisible et que ses réformes s’accumulent. La transformation des forces armées, définie par le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale et la Loi de programmation militaire 2014-2019, entraîne une contraction des ressources ainsi qu’une centralisation et une rationalisation des moyens. De son côté, le général Bosser estime que la dissolution d’une vingtaine de régiments, en dix ans, a provoqué un déséquilibre dans la vie courante des unités et leur préparation opérationnelle. En outre, de nouveaux équipements sont entrés en service : véhicule blindé du combat d’infanterie, équipement Félin et surtout lance-roquettes unitaire, dont la puissance de feu correspond à un demi-régiment d’artillerie. Selon TIM, les menaces se durcissent et se rapprochent : persistance d’adversaires potentiels conventionnels ; djihadisme international avec ramifications sur le territoire national. A ce sujet, dans l’éditorial, le chef d’état-major évoque la deuxième rotation « Sentinelle » (plan Vigipirate) : « Avec 6.400 soldats déployés et 3.000 en alerte, et en comptant ceux qui sont en projection extérieure, pour l’essentiel en Afrique et au Levant, l’armée de Terre vit une cadence qu’elle n’a pas connue depuis plusieurs décennies ». Le 19 mai, devant l’Association des journalistes de défense, il mentionne d’autres menaces comme les États faillis et celles qui n’ont pas  de frontières : catastrophes écologiques ou sanitaires, cyberattaques, terrorisme et migrations massives de populations.

Recrutement et transformation. Les effectifs projetables de l’armée de Terre passeront de 66.000 à 77.000 personnels par des recrutements de 5.000 hommes en 2015, 5.000 en 2016 et 1.000 en 2017. Actuellement il y a 3 candidats pour 1 poste. Afin d’éviter de former de futurs adversaires, chaque candidat retenu fera l’objet d’une enquête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense. Il s’agit de recruter plus et de faire partir moins, souligne le général. Ceux qui ont quitté l’armée de Terre un an auparavant pourront la réintégrer, sauf ceux jugés indésirables. Certains, partis après 8 ans de service et en situation difficile (chômage ou précarité), seront repris pour des durées variables (1 à 3 ans). Les chefs de corps seront autorisés à recruter localement 30 à 45 jeunes. Compte tenu du délai de 6 mois de formation initiale, l’armée de Terre devrait retrouver, à l’été 2017, le volume de forces projetables d’avant l’opération « Sentinelle », consécutive au plan « Vigipirate alerte attentats » lancé en janvier 2015. Ces forces bénéficieront du programme « Scorpion » de modernisation des capacités de combat des groupements tactiques interarmes (GTIA), engagés au contact direct de l’adversaire. Selon le général Bosser, elles seront regroupées en deux divisions, l’une en préparation opérationnelle et l’autre en opération extérieure (Opex) ou intérieure (territoire national). Chacune s’articulera en 3 brigades à 7.000 personnels correspondant à 7 régiments et 7 PC de GTIA. Maillon clé de l’armée de Terre, la brigade d’infanterie va monter en puissance. Elle bénéficie en effet d’une bonne image dans l’opinion publique, comme la 11ème Brigade parachutiste ou la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. L’actuelle 3ème Brigade mécanisée, installée à Clermont-Ferrand, sera dissoute et transformée en brigade d’aérocombat avec un savoir-faire élargi. Celle-ci sera utilisée pour : les actions dans la 3ème dimension ; le flanc-garde de troupes en progression ;  les raids dans la profondeur ; le transport tactique ; les opérations combinées avec des troupes au sol. Déployée en Opex ou sur le territoire national, elle fournira aussi des PC volants. Tout ce qui concerne les hélicoptères sera placé sous le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre : brigade spéciale aéromobile, groupement d’appui à l’aérocombat, soutien et école. Avec plus de 350 appareils, l’armée de Terre est la première utilisatrice d’hélicoptères en Europe. Sa Direction des ressources humaines assure la sélection, la gestion des carrières et la reconversion des personnels avec autorité sur les écoles militaires de formation initiale des officiers et des sous-officiers. En revanche, les écoles de spécialisation seront du ressort des commandements spécifiques : renseignement, aviation légère de l’armée de Terre, logistique, forces spéciales, maintenance des forces et systèmes d’information et de commandement. Le renseignement reste assuré par le 2ème Régiment de hussards, le Bataillon de guerre électronique et le 61ème Régiment d’artillerie qui met en œuvre des drones. Dans immédiat, ces derniers ne sont utilisés que pour le renseignement, précise le général Bosser. Enfin, directement rattachée à son état-major, la Section technique de l’armée de terre assure la veille technico-opérationnelle et l’adoption des matériels futurs.

Loïc Salmon

Défense : actualisation de la LPM 2014-2019

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Le général d’armée Jean-Pierre Bosser choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1981. Breveté de l’École de guerre (1996), il a notamment commandé le 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (2001-2003) et la 11ème Brigade parachutiste (2008-2010). Il a participé à diverses opérations : Liban (1982) ; Tchad (1983 et 1989) ; République Centrafricaine (1984, 1988 et 2003) ; évacuation de ressortissants au Gabon (1990) ; Kosovo (2002). Il a aussi effectué une mission d’assistance technique en Mauritanie (1985). Il a été affecté à la Direction des ressources humaines (2007) et nommé  sous-chef « performance-synthèse » de l’état-major de l’armée de Terre (2010). Il prend la tête de la Direction de la protection et de la sécurité de la défense en 2012, avant d’être nommé chef d’état-major de l’armée de Terre le 1er septembre 2014. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Bosser est commandeur de la Légion d’Honneur  et de l’Ordre national du Mérite.




Salon de l’aéronautique et de l’espace 2015 : + 5 % d’exposants

Le 51ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget accueille 2.260 exposants dont 50 % étrangers, soit une hausse de 5 % en deux ans, a déclaré Marwan Lahoud, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 21 mai 2015. « C’est un bon cru, grâce aux grandes commandes militaires » dit-il. Avec les commandes de l’avion de chasse Rafale par l’Égypte (24 appareils), l’Inde (36) et le Qatar (24), les commandes françaises ont atteint 73 Md€ en décembre 2014. Le Salon du Bourget (15-21 juin 2015), aujourd’hui à 20 % militaire et à 80 % civil, est aussi, pour tous les décideurs de l’aéronautique du monde, l’occasion de se rencontrer. Il aura reçu 120 aéronefs, 300 délégations officielles, 140.000 visiteurs professionnels  et 180.000 visiteurs grand public. Selon le GIFAS, il reste le plus grand du monde du genre avec 2.215 exposants et 139.000 visiteurs professionnels en 2013 (photo), par rapport à celui de Farnborough (Grande-Bretagne) avec 1.506 exposants et 132.000 visiteurs professionnels en 2014, le salon ILA de Berlin avec 1.203 exposants et 125.000 visiteurs professionnels en 2014 et ceux de Dubaï (2013) et Singapour (2014) avec approximativement 1.000 exposants et 50.000 visiteurs professionnels. Le Salon du Bourget 2015 est le moins cher du monde, par suite de la baisse de l’euro, et aussi le plus international, précise le GIFAS avec 26 pavillons nationaux, 47 pays représentant les exposants et 181 pays représentant les visiteurs professionnels. Compte tenu du plan « Vigipirate alerte attentat » en cours, la sécurité mobilise près de 1.500 personnels, privés et publics, fournis notamment par la Direction de  l’ordre public et de la circulation, la Police de l’air et des frontières, la Gendarmerie mobile, la Direction générale de la sécurité intérieure, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Brigade anti-criminalité départementale 93, la Police parisienne et la Préfecture de Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, lors des trois derniers jours (vendredi, samedi et dimanche) se tient le 1er Salon de l’emploi et de la formation de l’industrie aéronautique et spatiale, du transport aérien et de la défense nationale. Les personnes à la recherche d’une formation, d’un stage ou d’un emploi peuvent y rencontrer quelque 70 exposants : entreprises (avionneurs, motoristes, équipementiers, sous-traitants, sociétés de services en ingénierie informatique et agences d’intérim) ; établissements de formation (écoles d’ingénieurs, instituts universitaires de technologie, universités, lycées professionnels, centres de formation d’apprentis et écoles spécialisées) ; associations ; fédérations. En outre, le GIFAS indique que ses entreprises adhérentes ont recruté environ 10.000 personnes (20 % de jeunes diplômés) en 2014 : 43 % d’ingénieurs et cadres ; 26 % d’employés, de techniciens et d’agents de maîtrise ; 31 % d’ouvriers qualifiés. Enfin, l’industrie aéronautique, spatiale, de défense et de sécurité a employé 180.000 personnes en 2014, auxquelles s’ajoutent 11.000 emplois équivalents temps plein de l’intérim aéronautique.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat