Cyber : le combat numérique, nouvelle dimension militaire

Les forces militaires tentent de définir leur place au sein de la confrontation numérique aux conséquences mondiales et dont les prémices ont déjà commencé.

Cet aspect a été abordé au cours d’un colloque international organisé, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense et diverses entreprises de cyberdéfense. Y sont notamment intervenus : Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; le général de corps d’armée Didier Castres, sous-chef opérations de l’État-major des armées ; le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général cyberdéfense ; un lieutenant-colonel (Air) cyber ; un délégué du Centre d’analyse en lutte informatique défensive  (CALID) ; un ingénieur d’Airbus Defence & Space.

Les menaces persistantes avancées. Les logiciels de renseignement russes et américains sont capables de filtrer les courriels, de rechercher les mots clés et de les exfiltrer. Leurs logiciels malveillants passent outre aux antivirus et mettent en place leurs propres systèmes de protection. Par ailleurs, selon un colonel spécialisé cyber, de véritables organisations militaires, liées à des groupuscules ou des mouvements terroristes (Daech) et équipées de moyens spécifiques, partagent leurs compétences. Avec les virus les plus simples, elles cherchent un effet destructeur dans le temps sur une cible, dont elles recherchent les failles. Donc, les forces engagées sur un théâtre doivent être opérationnelles avant l’action du virus et trouver, par le renseignement, le virus que personne ne connaît encore, afin de garder l’initiative sur l’adversaire. Ce dernier va tenter de l’implanter le plus rapidement possible et le garder caché longtemps. Les exercices permettent d’identifier les comportements anormaux des systèmes d’information et de réagir vite. Pour Airbus Defence & Space, il faut pouvoir détecter les logiciels malveillants en évitant un impact sur les systèmes eux-mêmes. Cela consiste à présenter la menace informatique à tout le personnel militaire et à l’accompagner dans sa démarche. Les systèmes d’information, évolutifs, peuvent détecter les nouvelles menaces. Compte tenu de l’expansion des capacités d’attaque, ces systèmes sont sécurisés dès les phases de conception et de production. Ainsi, la sécurisation des systèmes embarqués d’un hélicoptère et de ceux qui restent au sol évolue pendant tout le cycle de vie de l’aéronef. Selon le CALID, de grands exercices internationaux évaluent l’interopérabilité des systèmes et la capacité des participants à réagir. En 2014, « Cyber Endeavor » a mobilisé 2.500 personnels de 40 pays et a permis de tirer des enseignements. En opérations, le déploiement rapide des forces exerce un impact mesurable sur la sécurité de leurs systèmes. Or, des cyberattaques, non prévues dans l’exercice, se sont produites dès le premier jour. La  « défense collaborative » nécessite de partager les méthodes, chose difficile car les moyens militaires présentent des caractéristiques différentes. Il faut aussi connaître l’évolution de la menace dans le monde civil et établir une classification des degrés de confiance entre les différents partenaires. La recherche et le développement portent sur les « logiciels pièges », qui attirent l’attaquant pour qu’il dévoile ses méthodes sans qu’il se sache découvert.

Les capacités nationales. La loi de programmation militaire 2014-2019 et son actualisation consacrent plus de 1 Md€ à la cyberdéfense, afin de recruter 1.000 agents pour les états-majors, la Direction générale de l’armement et les services de renseignement, rappelle Jean-Yves Le Drian. De son côté, l’amiral Coustillière avait présenté l’état de la cyberdéfense militaire à la Commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale le 12 juin 2015. Le ministère de la Défense compte actuellement 1.600 personnels, dont 1.200 relèvent de l’État-major des armées, à savoir 300 personnels en charge des équipements de chiffrement et 900 du seul périmètre cyber. Parmi ces derniers, environ 60 s’occupent de l’expertise et de l’audit, 70 de la lutte informatique défensive et tous les autres de la prévention, de l’exploitation ou de l’architecture des systèmes. La protection des réseaux est bien perçue et le mode de renforcement rapide de leur sécurité est maîtrisé. En revanche, la sécurisation des systèmes d’armes et des automates embarqués dans les systèmes automatisés est moins connue. A titre indicatif, une frégate multimissions (FREMM) rassemble 2.400 systèmes d’information ! En cas de cyberattaques, les armées disposent de 200 ingénieurs de très haut niveau, capables d’intervenir en premier. Seuls l’État et quelques grandes entreprises sont capables de posséder et de mobiliser rapidement cette compétence rare. Au deuxième niveau de l’intervention, le vivier redéployable se monte à près de 800 personnes. En matière de contre-espionnage informatique, les pays anglo-saxons ont choisi de confier l’ensemble de leur cyberdéfense à leurs services de renseignement (SR). En France, les tâches sont bien séparées, souligne l’amiral. Les SR caractérisent le contenu de l’espionnage, c’est-à-dire les intentions et les objectifs. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et la cyberdéfense militaire s’intéressent au contenant, à savoir les « métadonnées » (données servant à définir d’autres données). Lors du colloque du 24 septembre 2015, l’amiral a rappelé la création d’un centre de commandement cyber pour les opérations défensives et offensives, dont il a pris la tête en 2011. Ce centre apporte l’expertise technique à la préparation d’une opération militaire, reposant sur les travaux d’anticipation d’une crise à deux ans et la procédure OTAN : J5 (politique et planification), J3 (opérations) et J6 (systèmes d’information et de communications).

Le cyber en coalition. Les « cyber commandeurs » français, américain, britannique, estonien, néerlandais, espagnol et portugais ont présenté leur expérience de cyberdéfense dans une opération militaire en coalition (photo). Ainsi, selon l’amiral Coustillière, sa préparation cyber par étapes prend en compte : le renseignement et la surveillance : les réseaux grand public ; les réseaux nationaux et systèmes d’armes ; ceux de l’Union européenne et de l’OTAN ; ceux d’une coalition ad hoc, instituée spécialement pour répondre à un besoin ; ceux de l’adversaire. La cyberdéfense, conclut-il, est un club comparable à celui des forces spéciales.

Loïc Salmon

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Cyberdéfense : bientôt une 4ème armée après celles de Terre et de l’Air et la Marine

Piraterie : encore présente sur mer et en expansion dans le cyberespace

Les influences géopolitiques, la nature des crises et les menaces des adversaires transforment le champ de bataille, estime le général Castres. Elles contractent le temps et étendent les zones « grises » (espaces de dérégulation sociale). Les moyens militaires agissent là où les tensions sont les plus fortes dans les zones de crise, dont la solution dépend des populations concernées. La seule force militaire ne suffit pas pour combattre les idées. Ainsi, Daech, présent sur 2.370 sites internet francophones, reçoit l’appui de 3 millions de « followers » (partisans ou disciples). Par ailleurs, malgré leur supériorité technologique en matière de maîtrise, contrôle, communications, informatique et renseignement (C4I en anglais), les forces armées doivent en permanence garantir la sécurité de leurs systèmes d’armes et de commandement contre le brouillage ou les interférences.

 




Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

En raison du libre usage de la haute mer, le groupe aéronaval constitue un outil stratégique pour la France, grâce à son autonomie et sa capacité de résilience. Il agit dans une manœuvre globale intégrant la dissuasion nucléaire, le dialogue avec les grands pays alliés et la participation à la résolution des crises.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence organisée, le 23 septembre 2015 à Paris, par le Centre d’enseignement stratégique de la marine (CESM) au profit du magistère « Relations internationales et Actions à l’étranger » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Éric Chaperon, commandant de l’état-major embarqué de la Force d’action navale ; le capitaine de frégate (R) Martin Motte, professeur des universités ; Thibault Leroy, professeur agrégé d’histoire.

Le porte-avions en opérations. D’ici à 2020, indique l’amiral Chaperon, 29 porte-avions seront en service dans le monde, dont 14 à catapulte et 15 avec un tremplin pour avions à décollage court. Toutefois, les porte-avions à catapulte donne une allonge très supérieure à l’aviation embarquée, donc une plus grande capacité d’action dans la profondeur. Seules les Marines américaine et française en sont dotées. La répartition de ces « capital ships » (voir encadré) devrait s’établir ainsi : États-Unis, 13 contre 10 en 2015 ; France, 1 (1) ; Brésil, 2 (1) ; Italie, 2 (2) ; Espagne 1 (1 sous cocon) ; Inde, 3 (2) ; Chine, 3 (1) ; Grande-Bretagne, 2 (0) ; Russie, 1(1) ; Thaïlande, 1 (1). Grâce à la similitude de leurs porte-avions, les États-Unis et la France ont, pour la première fois, intégré leurs groupes aéronavals dans le golfe Arabo-Persique, lors de l’opération « Arromanches 2015 » (janvier-mai 2015). Celle-ci entrait dans le cadre de l’engagement d’une coalition internationale contre Daech en Irak, à savoir les reconnaissances et bombardements aériens des opérations « Chamal » (dénomination de la participation française) et  « Inherent Resolve » (appellation générale). Le groupe aéronaval français, centré sur le porte-avions Charles-De-Gaulle, a pu contribuer aux capacités rares : reconnaissance, commandement et contrôle des opérations, où 30 % des vols ont été réalisés depuis la mer. Il a engagé jusqu’à 15 avions en même temps avec 65 heures de vol par jour, pour des missions de 6 heures à l’intérieur du territoire irakien. Les règles d’engagement (ouverture du feu) et les zones d’action sont déterminées en commun, en tenant compte des incompatibilités de certaines missions avec le cadre défini par les autorités politico-militaires. La coordination impose des couloirs aériens séparés et des altitudes différentes pour des appareils évoluant  jusqu’à 100 km de leur porte-avions base. La France a dû obtenir l’autorisation préalable des Émirats arabes unis pour faire décoller ses avions (armée de l’Air) de la base d’Abu Dhabi, alors que le Charles-De-Gaulle a été déployé en toute souveraineté. De leur côté et dès le début de l’opération « Inherent Resolve » (août 2014), les États-Unis ont projeté un groupe aéronaval dans le golfe Arabo-Persique. En outre, pendant « Arromanches 2015 », indique l’amiral Chaperon, le groupe aéronaval français a évalué la situation géopolitique en océan Indien. Ainsi, le golfe d’Aden connaît une concentration sans précédent de navires de guerre de diverses nationalités. Pour la première fois, les Marines des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte se sont déployées au large du Yémen et commencent à prendre conscience de leur rôle de sécurisation des espaces maritimes. En outre, l’Égypte devient un partenaire important avec le rachat à la France des deux bâtiments de projection et de commandement initialement destinés à la Russie (septembre 2015). De son côté, l’Iran affirme sa présence régionale avec la maîtrise de la stratégie navale, comme l’a démontré son exercice « Noble Prophet 9 » dans le golfe Arabo-Persique (février-mars 2015). La Marine russe revient en océan Indien. Enfin, la Marine chinoise, qui connaît un développement exponentiel, y montre son pavillon.

L’importance stratégique de la mer. La Marine française s’intègre depuis un siècle à une stratégie terrestre. Ainsi, en août 1914, le transport du 9ème Corps d’armée d’Afrique du Nord vers la métropole a contribué à la victoire de la Marne. De 1940 à 1944, la stratégie de la France Libre a reposé sur les arrières maritimes et coloniaux, condition de la reconquête de la métropole. Pourtant son chef, le général De Gaulle, lâchera l’empire colonial dans les années1960 pour le remplacer par une double stratégie culturelle et de dissuasion nucléaire, estime Martin Motte. Outre son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1945, la francophonie constitue pour la France un atout majeur en matière de relations internationales. Le français, relais d’influence et aujourd’hui 5ème langue parlée dans le monde, représente 4 % de sa population, chiffre qui doublera à terme. D’autre part, avec ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, la Force océanique stratégique reste le pilier de la dissuasion, sans oublier les Rafale porteurs de l’arme nucléaire et embarqués sur le porte-avions. Le général De Gaulle l’avait anticipé dès 1965 : « La Marine se trouve maintenant et sans doute pour la première fois de notre Histoire au premier plan de puissance guerrière de la France ». Un demi-siècle plus tard, sur les 193 pays membres de l’ONU, 153 ont un accès direct à la mer. L’économie mondiale a connu une « maritimisation » croissante. Le commerce maritime a été multiplié par 8 depuis 1960. Plus de 80 % des échanges mondiaux transitent par la mer, dont un tiers pour les flux pétroliers. Les câbles sous-marins assurent plus de 99 % des flux numériques. Les organisations djihadistes pourraient prendre pour cibles les goulets d’étranglement du trafic  maritime : détroit de Gibraltar ; isthme de Suez ; détroit de Bab-el-Mandeb ; détroit d’Ormuz ; détroit de Malacca. La piraterie a diminué dans le monde, mais n’est pas éradiquée dans certaines zones : mer des Caraïbes ; golfe de Guinée ; golfe d’Aden ; golfe du Bengale ; détroit de Malacca ; mer de Chine méridionale. Enfin la mer devient un réservoir de ressources stratégiques : protéines, pétrole, gaz et minerais rares.

Loïc Salmon

Marine nationale : opération « Arromanches » en Méditerranée et océan Indien

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance

L’océan Indien : espace sous tension

Au début du XXème siècle, la Marine de guerre de la France décline par rapport à celle de la Grande-Bretagne, tandis que celle de l’Allemagne monte en puissance, explique Thibault Leroy. Pour protéger son empire colonial, la Grande-Bretagne entend disposer d’une Marine capable de surclasser les deux autres plus importantes. Or, en 1905, le Japon inflige une sévère défaite à la Russie lors de la bataille navale de Tsushima. Le cuirassé devient alors  le navire principal d’une flotte de combat (« capital ship »). Après la guerre de Sécession (1860-1865), les États-Unis développent leur Marine, qui égale celles de la France et de l’Italie en 1914. Malgré la perte d’une grande partie de leur flotte à Pearl Harbour (1941), ils remportent la bataille aéronavale de Midway (1942), grâce aux radars, dont sont dépourvus les porte-avions japonais. Depuis, le porte-aéronefs a remplacé le cuirassé comme « capital ship », atout déterminant d’une force navale.




Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

Les moyens de défense sont directement exposés à la menace cyber sur les théâtres d’opération et le territoire national. En outre, les capacités du réseau internet sont exploitées à des fins terroristes par des organisations et même des États.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense et diverses entreprises de cyberdéfense. Y ont notamment participé : Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; Frédérick Douzet, professeure titulaire de la chaire Castex ; Kevin Limonier, chercheur à l’Institut de géopolitique ; le général Thierry Burkhardt de la Coordination nationale du renseignement ; Nicolas Mazzuchi, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; Alice Lacoye-Matteus, avocate et doctorante.

Une dimension stratégique. En Afghanistan, les forces françaises ont été la cible d’une attaque cyber, qui a temporairement perturbé les liaisons entre les drones et la métropole, a indiqué Jean-Yves Le Drian. Les groupes armés terroristes au Levant, en Afrique et au Maghreb menacent l’espace numérique. Une source de propagande Daech a été identifiée en Syrie avec des relais en Europe, qui utilisent les infrastructures et les opérateurs Internet. Les mafias, qui disposent de moyens du niveau de certains États, travaillent pour elles-mêmes ou vendent leurs services au plus offrant. La cyberdéfense est intégrée à l’État-major des armées, à la Direction générale de l’armement et aux services de renseignement. Le ministre a exposé ses quatre priorités en la matière. D’abord, il faut garantir la protection des réseaux et des systèmes de défense, par l’acquisition de produits et de service de confiance et une conception rigoureuse des systèmes concernés. En outre, la chaîne opérationnelle de cyberdéfense agit en temps réel pour la sécurité des systèmes. Ce volet, déjà intégré aux déploiements des forces militaires au Levant et au Sahel, leur fabrique un bouclier protecteur avec des dispositifs particuliers. Une unité spécialement équipée, dont le noyau est déjà en place au Levant, sera totalement opérationnelle en 2018. De plus, afin d’anticiper les menaces, de caractériser l’adversaire et d’adapter ainsi les systèmes de défense, la Direction du renseignement militaire a récemment créé un centre de recherches et d’analyse cyber. De son côté, la Direction générale de sécurité extérieure développe ses propres moyens depuis plusieurs années. La « lutte informatique active », explique le ministre, consiste à priver l’adversaire de ses systèmes numériques en les neutralisant ou les leurrant, en vue d’un avantage déterminant dans la manœuvre militaire. Un « pôle d’excellence cyber » a été créé à cet effet (voir encadré).

Une menace évolutive. Au niveau international, rappelle Frédérick Douzet, les impacts des cyberattaques, lancées par des réseaux anonymes et chiffrés, restent sous le seuil de déclenchement de conflits armés. Or, les données de traçabilité se trouvent entre les mains des grandes plates-formes américaines. Par ailleurs, la cyberguerre s’inscrit dans l’histoire de la Russie conquérante depuis le Moyen-Age avec des combattants irréguliers (cosaques notamment), puis la propagande déstabilisante du régime soviétique à partir de 1920, indique Kevin Limonier. Aujourd’hui, Moscou recourt aux milices politisées qui lui sont favorables, en échange de soutiens financier et logistique (Tchétchénie, 1999 et Ukraine, 2013). Sa stratégie est double : emploi de francs-tireurs (hackers) officiellement non affiliés aux institutions politiques russes (paralysie de l’Estonie en 2007) ; guerre de l’information pour déstabiliser une région (Ukraine depuis 2013). Les organes officiels russes d’information vont à l’encontre des valeurs occidentales via les réseaux sociaux, tandis que des « mercenaires » pro-russes polluent les débats en cours. L’intégration totale du cyber aux opérations conditionne désormais leur succès, souligne le général Burkhard. Les outils techniques sont regroupés dans le centre opérationnel cyber à Balard afin de gagner en synergie. Aujourd’hui, les armées françaises en opérations sont en situation de guerre avec des attaques quotidiennes de désinformation. Or l’intégration du cyber ne va pas de soi, car les armées de Terre et de l’Air, la Marine nationale et le Commandement interarmées de l’espace ont longtemps cru, à tort, pouvoir gagner cette guerre chacun de son côté. En conséquence, l’organisation de la cyberdéfense aux niveaux stratégique, opératif et tactique demande beaucoup de souplesse et d’adaptation. Enfin, la frontière entre les opérations extérieures et la sécurité intérieure s’efface.

Propagande terroriste. Daech, n’est pas seulement une organisation terroriste, mais aussi un « proto-État » avec la notion de territoire et l’utilisation de symboles, estime Nicolas Mazzuchi. Le cyberespace facilite l’action du faible au fort. Par suite des changements fréquents des chefs chez Daech, les nouveaux cadres supérieurs, plus jeunes, comprennent l’usage du cyberespace. Ils ont acquis la capacité de créer des jeux vidéo à la gloire de Daech, imposer son drapeau noir sur un site ou diffuser des atrocités en vidéo. La combinaison avec d’autres moyens leur permet de concevoir des actions terroristes, en raison de l’accroissement des vulnérabilités dues aux « systèmes de contrôle et d’acquisition de données » (SCADA en anglais) sur les victimes ou les futures recrues connectées. Selon Alice Lacoye-Matteus, Daech maîtrise les tuyaux techniques (piratage de TV5 Monde en avril 2015) et l’analyse du contenu des messages. Justifiant sa gouvernance par la religion, il a aussi acquis une assise politico-militaire, qui lui permet de recruter sur les réseaux sociaux 30 % de personnes de moins de 50 ans ayant une expérience du combat. Pour contrer la propagande de Daech, plutôt qu’une censure facile à contourner, Alice Lacoye-Matteus recommande d’exposer, notamment, la contradiction entre son rigorisme religieux et l’opulence matérielle de ses dirigeants ou sa justification religieuse de l’esclavage. Son archétype masculin et guerrier repose sur l’épopée de l’émir Chamil, résistant du Caucase, qui avait négocié sa reddition au tsar en 1859 !

Loïc Salmon

Cyberdéfense militaire : DEFNET 2015, exercice interarmées à tous les niveau

Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Terrorisme djihadiste : prédominance de la dimension psychoculturelle

Les statuts fondateurs de l’association à but non lucratif « Pôle d’excellence cyber » ont été signés, le 24 septembre 2015 à Paris, par le ministre de la Défense et le président du Conseil régional de Bretagne. Lancé en février 2014 au profit du ministère et de la communauté nationale cyber, ce pôle a pour mission de stimuler le développement de : l’offre de formations (initiale, supérieure et continue) et sécuriser la disponibilité des compétences qualifiées ; la recherche académique ; l’offre de services et de produits de confiance ; la base industrielle et technologique de cyberdéfense. Fort déjà de 50 partenaires qui travaillent en réseau, il regroupe notamment les équipes cyber du ministère de la Défense, des écoles et des universités, des laboratoires de recherche, des grands groupes prestataires et opérateurs d’importance vitale, des petites et moyennes entreprises innovantes et des agences de développement économique.




Armée de l’Air : création d’un « centre de guerre aérienne »

Le Centre d’expertise aérienne militaire, véritable « centre de guerre aérienne » installé sur la Base aérienne 118 (BA 118) de Mont-de-Marsan, a été officiellement ouvert le 1er septembre 2015 par le général Denis Mercier, chef d’État-major de l’armée de l’Air. Il doit permettre de répondre, de manière cohérente et dans des délais réduits au plus juste, aux demandes des états-majors et des forces. Ce centre, directement rattaché au major général de l’armée de l’Air, résulte de la fusion du Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM), qui réunit les expertises indispensables à la construction des futures capacités opérationnelles, et le Centre tactique air destiné aux besoins du commandement des forces aériennes. Le Centre d’expertise aérienne militaire rassemble trois types d’expertises sur un même site (la BA 118) et sous un même chef (un général de division aérienne). Le premier type (niveau opératif) concerne les doctrines de l’armée de l’Air : travaux sur les principes fondamentaux ; coordination du retour d’expérience ; conduite d’études exploratoires intéressant directement le commandement et le contrôle d’un théâtre d’opération. Le deuxième type (niveau stratégique) porte sur les expertises technico-opérationnelles nécessaires à la modernisation des équipements des forces : contribution au suivi du développement des nouveaux matériels ; conception et réalisation des expérimentations. Le troisième type (niveau tactique) consiste à capitaliser les meilleures pratiques et à valoriser toute initiative ou réflexion pertinente des unités opérationnelles. Ce triptyque assure la cohérence des capacités opérationnelles et permet de maîtriser la surenchère technologique des équipements. Le Centre d’expertise aérienne militaire entretient des partenariats avec la Délégation générale de l’armement, l’industrie et les universités. Il repose aussi sur un réseau de « référents tactiques » des  unités opérationnelles. Chaque référent aura reçu une formation de haut niveau de 4 semaines, dont les cours sont validés par les centres experts de l’armée de l’Air ou d’organismes externes. La première session a eu lieu en juin 2015 et la seconde est prévue à la fin de l’année. Le stagiaire est immergé dans une « ruche multiculturelle », où il explique les capacités et expertises de son unité d’origine, ses besoins et ses contraintes. En retour, il apprend à intégrer les spécificités des unités des autres stagiaires. De son côté, le commandant d’unité peut faire appel au référent tactique pour solliciter le Centre d’expertise aérienne militaire sur des questions d’ordre tactique, technique ou doctrinal. Il y fait remonter, par son intermédiaire, les bonnes pratiques de son unité, pour les faire partager par d’autres. Enfin, il tient ainsi son unité à jour des changements doctrinaux, techniques et tactiques de l’armée de l’Air. La Base aérienne 118 abrite diverses unités, qui facilitent les activités du Centre d’expertise aérienne militaire : escadrons de chasse et de défense sol-air ; unités d’appui aux opérations (soutien, guerre électronique, liaisons de données tactiques, systèmes d’information opérationnels et génie de l’Air) ; unités d’instruction (contrôle et défense aérienne, formation Rafale et utilisation opérationnelle et technique) ; unités d’expérimentations techniques ; unités de soutiens communs et spécialisés. Toutes participent aux missions permanentes de l’armée de l’Air : protection, dissuasion nucléaire et intervention.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance




Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

L’informatique concerne la totalité du navire : navigation, automates, maintenance, communication, sûreté et sécurité. De plus, interconnexions et mondialisation modifient profondément les activités maritimes.

La « marétique », symbiose des mondes numérique et maritime, a fait l’objet d’un colloque organisé, le 19 juin 2015 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine (CESM), le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) et le Groupement des industries de construction et activités navales. Y sont notamment intervenus : Pierre Bellanger, président-directeur général de la station de radio Skyrock ; le capitaine de vaisseau Olivier Foillard de l’état-major de la Marine ; Vincent Le Gall, président du simulateur des pilotes de l’Atlantique, Bretagne et Outre-Mer ; Benoît de Saint-Sernin, président du CHECy.

Omniprésence ambivalente. Selon Pierre Bellanger, l’internet vient remplacer l’humain. La numérisation progresse de façon constante, mais l’effet de réseau croît de façon exponentielle. Si la capacité de l’ordinateur double à peu près chaque année, le logiciel va 43 fois plus vite en efficacité. Il s’ensuit une migration des données vers les réseaux. Or, les données constituent une valeur en elles-mêmes. Ainsi, un journal quotidien qui n’est pas acheté représente un gaspillage de papier… et de bois ! Aujourd’hui, le numérique remplace le gaspillage par une donnée immatérielle. L’effet réseau affecte l’humanité : valeurs, emplois, pouvoir et puissance vont sur le cyberespace. L’internet correspond à l’utopie de l’absolue liberté des années 1960, mais en partie seulement. Après l’émergence du complexe militaro-industriel des années 1950, la suprématie des États-Unis se maintient par le « complexe militaro-numérique ». Cette symbiose de l’industrie et du renseignement débouche sur la puissance de l’État et la logique impériale. Il s’ensuit « des réseaux sociaux en Californie et des plans sociaux en Picardie ». L’incertitude du monde des données est résolue par leur mutualisation, mais un impact sur un réseau affecte tous les réseaux interconnectés. Un pays doit disposer de frontières dans le cyberespace, estime Pierre Bellanger. Selon lui, il faut donc autoriser le chiffrement, exploiter un réseau comme un système souverain et créer un contrôle des données personnelles. Toutes les données sont liées entre elles, car le système doit rester ouvert pour garder son efficacité. La démocratie repose sur le secret du choix politique individuel. Or, dans l’internet, il n’y a pas d’isoloir, donc pas de secret, ni de vie privée, ni de diplomatie, ni de stratégie. Il s’ensuit une opacité ciblée pour les plus forts et une transparence absolue pour les autres, avec la possibilité de manipulation, conclut Pierre Bellanger.

Spécificités navales. A bord d’un navire comme au sein d’une force navale, tous les systèmes sont intégrés, explique le capitaine de vaisseau Foillard. Le travail en réseau a commencé dès 1960 sur les frégates lance-missiles, en vue d’une plus grande performance opérationnelle. Les sonars numérisés de lutte anti-sous-marine (ASM) plongent plus profondément et les radars sont plus précis. En 2015, les informations, partagées en réseau en temps réel, sont envoyées au centre de commandement de la force navale et au centre stratégique à terre. L’accélération du cycle de la décision renforce la supériorité opérationnelle. La numérisation des systèmes d’armes accroît leurs précision et performances. La simplification de l’interface homme/machine réduit le temps de formation. Les systèmes de communication satellitaires en UHF et VHF diminuent les ruptures de liaisons entre la terre et la mer et fluidifient les échanges. Les drones navals informent en temps réel le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. La navigation est devenue électronique avec la numérisation des capteurs GPS et du loch (instrument de calcul de la vitesse du navire). L’emploi d’automates à bord a réduit les personnels aux postes, sans valeur ajoutée, de quart à la passerelle et de maintenance machines. La simulation à quai et à bord prépare et entraîne les équipages. La numérisation des données facilite l’exploitation du renseignement. L’intégration des systèmes est prise en compte dès la conception du navire pour en modifier l’architecture. Ainsi, celle-ci a été optimisée par la fédération de certaines fonctions, qui a permis de diminuer le poids des câbles de réseaux. Les locaux ont été disposés de façon à mieux protéger les baies (armoires informatiques) des senseurs, de plus en plus nombreux, contre les tirs de fusils d’assaut kalachnikov par exemple. Tous les systèmes sont automatisés, mais des verrous existent à différents niveaux de la conduite du navire et de l’emplacement des armes. La numérisation a réduit à 108 les membres de l’équipage de la nouvelle frégate FREMM, capable de missions stratégiques plus importantes que la frégate ASM à 240 personnes. Pour améliorer les performances opérationnelles d’une force navale et réduire les dépenses en personnels, certaines tâches sont déportées à terre, comme la « téléadministration » et le soutien. La cybersécurité est devenue un domaine de lutte à part entière, dirigée par l’amiral chargé des opérations. Elle concerne la connaissance de systèmes en mode dégradé, la surveillance en réseau et l’entraînement des équipages. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, un drone naval est aujourd’hui capable de s’approcher d’une côte et d’envoyer un signal vidéo aux nageurs de combat, pour les prévenir qu’ils peuvent sortir de l’eau sans risque.

Technologies civiles. Le transport maritime a intégré la numérisation, indique Vincent Le Gall, avec : la carte électronique ; le système d’identification automatique de navires ; le GPS et le radar fiabilisent les navigation et localisation géographique ; le positionnement dynamique du navire à passagers par ses propres moyens de propulsion ; l’aide au pointage automatique des navires, qui prévoit la manœuvre et évite les collisions. La simulation inclut des retours d’expérience pour mettre l’élève pilote en situation rare et potentiellement dangereuse, afin qu’il prenne la bonne décision. Des études sont en cours sur les futurs modes de propulsion et de manœuvre du navire. Enfin, selon Benoît de Saint-Sernin, l’Union européenne va consacrer 3,5 Md€ à l’option d’un navire marchand sans présence humaine.

Loïc Salmon

Le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) regroupe 159 entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de 8,5 Md€ avec 40.000 personnes (juin 2014). Il couvre : la construction et la réparation navales civiles ; la construction navale militaire, le maintien en condition opérationnelle, les systèmes d’armes, les services et le soutien associés ; les équipements navals civils et militaires ; la sécurité, la sûreté et l’environnement maritime ; les énergies marines renouvelables et les autres activités offshore. Le Centre des hautes études du cyberespace (CHECy) propose une formation pluridisciplinaire de haut niveau : géostratégique, politique, économique, sociologique, technologique, juridique, criminologique et culturelle.




Drones civils : réponses opérationnelles et juridiques aux usages malveillants

La protection contre le large spectre d’utilisation malveillante de drones aériens nécessite des solutions techniques pour leurs détection, identification et neutralisation. L’arsenal juridique doit être renforcé en matière de responsabilisation et de sanctions.

Ces aspects de la prolifération des drones civils ont été abordés au cours d’un colloque organisé, le 28 mai 2015 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et le Conseil économique, social et environnemental. Y sont notamment intervenus : le contre-amiral Frédéric Renaudeau, directeur de la protection des installations, moyens et activités de la défense au ministère de la Défense ; Patrick Espagnol, directeur de la sécurité d’EDF ; Thierry Michal, directeur technique général de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Thomas Andrieu, directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur ; Bruno Delor, président de la Fédération française d’aéromodélisme.

Adaptation du dispositif de défense. Il s’agit d’abord d’évaluer les besoins de protection, à savoir les installations sensibles, événements particuliers (rencontres politiques, musicales ou sportives), populations et personnalités dans des environnements parfois complexes. Selon l’amiral Renaudeau, un drone distant de 6.000 m et volant à 70 km/h est détecté avec 5 minutes de préavis, dont 1 minute pour la prise de décision. La radiogoniométrie seule ne suffit pas pour interpeller un téléopérateur malveillant, en raison de la diversité des modes de pilotage. Elle est complétée par le radar et les détections acoustique et optronique (équipement combinant l’optique et l’électronique). L’identification, principe de base de la sécurité aérienne, est essentielle pour éviter les méprises : vol licite ou non, objet volant ou oiseau. Le sentiment d’impunité se combat ainsi depuis le sol par les moyens optroniques. Les accords avec les  grands opérateurs de téléphonie mobile permettent d’obtenir un signalement du drone, du « télépilote » ou de l’intention de survol. La neutralisation porte d’abord sur la protection passive par des systèmes aériens, aquatiques ou terrestres, simples et intégrés aux autres fonctions d’autoprotection des sites. Ensuite, elle consiste à brouiller ou leurrer le système de navigation du drone sans le détruire. Enfin, la destruction du drone s’effectue par tir d’arme de précision ou d’un fusil de chasse à chevrotine, selon un cadre juridique de l’emploi de la force après analyse des risques et dommages collatéraux possibles. Une autre solution implique la capture du « microdrone » malveillant au moyen d’un filet transporté par un drone intercepteur. Le commandement et le contrôle des actions de neutralisation reste en cohérence avec la défense aérienne, qui centralise les informations. Le ministère de la Défense élabore des plans d’équipement des sites sensibles, en fonction des vulnérabilités et réponses technologiques disponibles. Mais, souligne l’amiral, le cadre juridique doit évoluer en priorité en matière de neutralisation/destruction et de signalement des drones.

Filière industrielle de la sécurité. Soucieux de protéger son patrimoine, EDF doit assumer ses responsabilités de sécurisation de la population et de l’environnement, dont les centrales nucléaires, rappelle Patrick Espagnol. Il doit donc anticiper cette nouvelle menace complexe et sophistiquée avec surmultiplication des cibles par l’interconnexion. Chaque famille de drones suit sa logique propre, qu’il convient de détecter par expérimentation. Puis, il faut maîtriser le drone malveillant en l’obligeant à se poser à un endroit déterminé. Opérateur privé avec obligation de résultat, EDF compte sur l’État, client et fournisseur de sécurité, pour une mise en commun des réflexions et expertises dans ce domaine. La Gendarmerie et l’armée de l’Air sont chargées de faire respecter l’interdiction de survol de sites sensibles. En matière de sécurité, la réponse doit être adaptée, sans coût excessif, supranationale et s’appuyer sur l’existant, la recherche et le développement, selon Patrick Espagnol.

Vaste domaine de recherche. L’ONERA, explique Thierry Michal, présente un aspect dual. Acteur de la recherche aéronautique, il doit remplir des missions de plus en plus exigeantes dans le respect des règlements. Parallèlement, avec son volet défense, il doit lutter contre tout usage malveillant dans ce domaine. Le contenu très sophistiqué de la charge utile du drone correspond à des besoins variables. Dans ce contexte, il s’agit de mettre en place un système pour contrer la menace future. La détection restera complexe, compte tenu de l’évolution rapide de la technologie des drones. Par ailleurs, la réponse sera globale avec la mise en œuvre d’une chaîne de mesures reposant sur le dynamisme de la filière robotique. Compte tenu de la prolifération des drones bon marché et aux discrétion et capacité d’action accrues, il faudra des capteurs compacts et des senseurs performants. Ceux-ci devront être autonomes en matière de durée d’intervention et de furtivité, à savoir peu détectables ou identifiables. Les drones civils sont en effet particulièrement furtifs, car construits sans métal et volant à très basse altitude dans un environnement urbain. La lutte anti-drones va privilégier la rapidité et « l’approche système », à savoir détection, identification, décision et neutralisation, cohérence essentielle de la chaîne de défense. La tendance s’oriente vers une solution la plus automatisée possible. Mais, prévient Thierry Michal, il faut réfléchir à la place de l’homme dans la boucle, domaine de recherche de l’ONERA.

Difficultés juridiques. Il n’est pas toujours possible d’identifier la provenance des drones et de les arrêter, indique Thomas Andrieu. Par ailleurs, la lutte contre leur usage malveillant ne doit pas conduire à brider un domaine économique en plein essor, au nom de la liberté du commerce et de l’industrie ainsi que du développement de ce secteur. Les critères retenus portent sur le poids et la taille du drone. Les conséquences dommageables posent la question de l’assurance, pas encore disponible. La destruction à distance n’est autorisée que si la menace est identifiable et prouvable. La réglementation prévoit des obligations : information sur les conditions d’utilisation ; formation minimale ; enregistrement et signalement électronique. Il faut ensuite faire le tri entre les types de drones et les malveillances potentielles. Au niveau de l’Union européenne, certains États exigent la présence d’une puce d’identification électronique.

Loïc Salmon

Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

Les drones Un peu d’histoire

La Fédération française d’aéromodélisme regroupe 850 associations totalisant 28.000 licenciés. Pour limiter le risque d’utilisation malveillante des drones de loisir, elle recommande notamment : la mise en place d’un site internet officiel de sensibilisation ; l’incitation des fabricants et vendeurs à une information pour une utilisation licite ; le renforcement du principe de déclaration des sites de vol en groupe ; l’identification électronique et un brevet de « télépilote » pour les drones au dessus d’un seuil de masse à définir.




« CMOS Kaméléon », la caméra qui voit la nuit en couleur

La caméra à très bas niveau de lumière « CMOS Kaméléon » permet de voir en couleur dans l’obscurité quasi totale avec des applications militaires et civiles. Elle a été mise au point par les chercheurs Damien Letexier et Geoffroy Deltel de la société optronique Photonis, qui ont reçu, le 2 juin 2015, le 42ème prix « Ingénieur général Chanson » décerné par l’Association de l’armement terrestre et remis par général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre. Au niveau de nuit correspondant à la pleine lune, l’œil humain ne voit plus qu’en noir et blanc (monochrome). Or la couleur contribue à l’identification de la cible, à la discrimination ami-ennemi par traceur couleur ou le repérage de zones de danger sur un théâtre de combat. La caméra CMOS Kaméléon est déjà utilisée pour : la surveillance urbaine ; la lunette de tir des armes des forces spéciales ; le casque des pilotes des hélicoptères militaires français et britanniques et des appareils civils ; la surveillance rapprochée du char allemand Leopard 2. D’autres applications sont possibles : caméras sur drones de surveillance ; vision périphérique proche pour les petits véhicules blindés ; aide à la conduite de véhicules de sécurité de nuit, par fusion des signaux d’une caméra thermique refroidie et de la caméra à vision nocturne monochrome fabriquée par Photonis. Dans son allocution, le général Bosser a rappelé que la pertinence de l’innovation technique dépend de deux facteurs : la réponse à un besoin objectif et la facilité d’intégration dans l’environnement de l’utilisateur, à savoir par sa facilité d’emploi, son ergonomie et sa compatibilité avec les autres équipements. CMOS Kaméléon, dit-il, « répond à un besoin que confirmeront sans hésiter tous ceux qui ont eu à utiliser la vision monochrome sur le terrain. Elle devrait également s’intégrer aisément dans l’environnement du combattant, à la condition que cette caméra fasse du triptyque faible encombrement, robustesse et autonomie énergétique son leitmotiv ». La caméra CMOS Kaméléon a été développée dans le cadre du programme de financement « Rapid » de la Direction générale de l’armement. Le dispositif « Rapid » (Régime d’appui à l’innovation duale) finance des projets lancés par des entreprises de moins de 2.000 salariés. Ces projets de recherche industrielle ou de développement expérimental à fort potentiel technologique doivent présenter des applications militaires avec des retombées pour les marchés civils.

Loïc Salmon

 




Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

L’expérimentation de la « smart base » a été lancée le 29 juin 2015 sur la base aérienne 105 d’Évreux (BA 105), en présence du général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air, de Guy Lefranc, président du « Grand Évreux Agglomération », et de Gilles Treuil, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Eure. Grâce à la technologie numérique et des approches innovantes, la smart base devrait notamment augmenter l’efficacité du système de combat, améliorer les conditions de travail et le cadre de vie des personnels de la base 105 et de leur famille et, enfin, renforcer le « lien citoyen ». Implantée sur le plateau d’Évreux depuis 1912 et principal employeur du département de l’Eure, la BA 105 a été choisie pour cette expérimentation, car elle est très engagée dans le tissu économique local et accueille près de 150 collégiens, étudiants et stagiaires par an. Elle s’étend sur 750 ha autour d’une piste de 3.000 m et abrite près de 2.500 militaires et civils de la défense, dont environ 500 appartiennent aux services de soutien. A l’été 2016, elle prendra en charge 18 avions de transport Casa actuellement stationnés à la base de Creil. Son escadron de transit et d’accueil aérien représente près de 13.000 mouvements, 2.400 passagers et 4.500 t de fret par an. La BA 105 peut aussi accueillir et assurer le soutien d’avions ravitailleurs en vol, en cas de montée en puissance du dispositif de dissuasion nucléaire aéroportée. Elle met en œuvre la flotte d’avions de transport tactique Transall destinés aux théâtres d’opérations. En outre, elle dispose de capteurs de renseignement particuliers de linguistes et d’opérateurs dans le cadre de sa mission de prévention. Depuis août 2015, elle abrite l’Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable, qui regroupe l’Escadron de détection et de contrôle mobile 90.538 et le Groupement tactique des systèmes d’information et de communications aéronautiques (GTSIC Aéro) 10.805. Ce dernier travaille notamment avec les unités de défense sol/air de la Force opérationnelle terrestre et les Forces spéciales air. Il compte 550 experts dans le domaine des systèmes de surveillance, d’information et de communications, l’appui électronique et la mise en œuvre d’outils de commandement sur divers théâtres en métropole et à l’étranger : Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (banlieue parisienne) en juin 2015 ; opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne depuis août 2014 ; opération « Chammal » en Irak depuis septembre 2014. Dans la cadre du projet smart base et en partenariat avec la CCI de l’Eure, le GTSIC Aéro 10.805 participera à la mise en place d’un forum civilo-militaire d’échange d’expériences et de développement de synergies, en vue d’assurer une veille technologique. Enfin, la BA 105 constitue le centre de gravité de la Base de défense (BDD) d’Évreux, qui inclut trois autres sites : Rouen avec un centre du service national et des centres de recrutement des armées de Terre et de l’Air et de la Marine nationale ; Le Havre avec un commandement maritime et une compagnie de Gendarmerie maritime ; Favières pour les moyens de communications. En outre, la BDD soutient partiellement le centre de la Direction générale de l’armement de Val-de-Reuil, dédié aux techniques hydrauliques. Enfin, son centre médical est ouvert aux 3.000 gendarmes de la région, du département de l’Eure-et-Loir à la côte normande.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Dissuasion nucléaire : pertinence pérenne et retombées pour les armées

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

Facteur de réduction de l’incertitude de l’action, le renseignement assure l’autonomie du chef tactique, grâce à la « recherche multi-capteurs ». Le raccourcissement de sa boucle contribue à préserver l’intégrité du combattant au contact de l’adversaire.

Le renseignement dans les forces terrestres a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 26 mai 2015 à Paris, par le Cercle Prospective Terre. Y sont notamment intervenus le général Éric Maury, commandant la Brigade de renseignement, et Alexandre Papaemmanuel, directeur « Grands Comptes Renseignement » chez Airbus Defence and Space.

Enjeux opérationnels. Depuis 2009, les différents chefs interarmes peuvent disposer immédiatement d’outils de recherche et d’exploitation du renseignement à leur niveau et par des capteurs d’origines humaine, électromagnétique, image et géographique, explique le général Maury. Les patrouilles profondes du 2ème Régiment de hussards s’infiltrent discrètement dans un environnement sensible avant le déclenchement d’une opération. Elles constituent des réseaux de sources humaines dans la durée et procèdent aux interrogatoires d’adversaires capturés. Elles peuvent guider n’importe quel système d’armes, des hélicoptères, des unités d’infanterie ou de blindés et des avions de chasse sur un objectif pour le neutraliser ou même le détruire. De son côté, le 54ème Régiment de transmissions intercepte, localise ou brouille les télécommunications adverses (VHF et téléphonie mobile). Ses patrouilles légères d’appui électronique accompagnent au plus près les groupements tactiques interarmes, en vue de leur fournir du renseignement d’alerte, comme la détection d’engins explosifs improvisés, sur les itinéraires empruntés. De nombreux soldats leur doivent la vie au cours des dernières opérations extérieures. Les drones du 61ème Régiment d’artillerie sont totalement dédiés aux chefs tactiques sur le terrain, contrairement aux drones MALE (moyenne altitude longue endurance) Harfang et Reaper de l’armée de l’Air. Leurs informations, communiquées en temps réel par le biais d’un élément de liaison, permettent un ciblage au profit de l’artillerie et des hélicoptères. Le 28ème Groupe géographique contribue à renforcer la compréhension de la situation des chefs opérationnels par des produits cartographiques précis, géo-référencés, réalisés et délivrés au plus près du terrain et en situation de combat. Il envoie également des détachements temporaires, à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national, pour renforcer un théâtre d’opérations ou, par exemple à la demande des attachés de défense, sur une zone présumée sensible qui pourrait faire l’objet d’une intervention future. Par ailleurs, ajoute le général, l’armée de Terre alimente la Direction du renseignement militaire (DRM) en flux de données depuis la métropole et les théâtres d’opérations. Ainsi, le centre de guerre électronique du 44ème Régiment de transmissions intercepte, en permanence, des communications HF et satellitaires dans des zones estimées stratégiques. Les forces spéciales disposent du 13ème Régiment de dragons parachutistes pour le renseignement humain. Elles profitent aussi du renseignement de l’armée de Terre par le biais du Groupement d’appui aux opérations spéciales. Ainsi, pendant l‘opération « Ares » en Afghanistan (juillet 2003- décembre 2006), les forces spéciales ont fait appel aux patrouilles légères d’appui électronique. La DRM a récemment ouvert le « Centre de renseignement géospatial interarmées », auquel contribue le 28ème Groupe géographique par sa capacité « Geoint » (renseignement multi-sources intégré sur un support géographique). Les renseignements recueillis par les capteurs de l’armée de Terre sur un théâtre d’opérations sont centralisés, exploités et recoupés avec des informations d’autres sources, en vue d’enrichir des bases de données. Elles renseignent le niveau stratégique ou politico-militaire, à savoir le chef d’État-major des armées, et, en retour, les chefs interarmées de ce même théâtre.

« L’info-numérisation ». La numérisation du renseignement en raccourcit la boucle entre le capteur et l’utilisateur, souligne Alexandre Papaemmanuel. Chaque combattant et véhicule devient un capteur et un « effecteur » (qui échange des informations avec un ordinateur) capable, sur un théâtre d’opérations, de communiquer avec les autres et la métropole. Dans la guerre « asymétrique » d’aujourd’hui, l’adversaire est, lui aussi, équipé de « Smartphone », de messagerie instantanée et de cartographie numérique pour synchroniser son action, même en plein désert. Pour réagir au plus vite, la « numérisation du champ de bataille » contient une application dédiée au renseignement. Celle-ci détecte les « signaux faibles », grâce à des algorithmes de traitement de l’information. Ce sera, par exemple, au milieu de dizaines de millions de communications, la conversation qui annonce la pose d’une bombe ou la planification d’une attaque imminente. L’industrie française, indique Alexandre Papaemmanuel, permet : la traduction automatique des langues étrangères ; la détection automatique, dans un flux vidéo, d’une forme permettant de retrouver un véhicule, un regard ou une silhouette ; de reconnaître une voix dans des millions d’heures de conversations téléphoniques. La visualisation sur une même carte des données des multi-capteurs permet de croiser des informations géographiques et météorologiques, la traçabilité des routes ou pistes praticables, les dernières localisations de téléphone pour comprendre les axes de transit de l’adversaire, les bâtiments pouvant servir de caches ou les puits disponibles utilisables comme lieux d’approvisionnement. Désormais, une infrastructure réseau sécurisée diffuse le renseignement en quelques secondes sur un théâtre d’opérations entre ceux qui ont besoin de le connaître. Pour éviter de dépendre du concept américain « Geoint » et pour le dépasser, Alexandre Papaemmanuel préconise de définir un concept français, basé sur le retour d’expérience opérationnelle, le savoir-faire industriel et la recherche universitaire.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Anticipation, planification et conduite des opérations terrestres procèdent du renseignement. L’anticipation stratégique repose sur la veille (sources « ouvertes » comprises), la recherche documentaire et la mobilisation des capteurs de terrain, afin de connaître exactement la complexité de l’environnement du théâtre d’opérations. La planification valide des scénarios et prépare la manœuvre en mobilisant toutes les sources alliées et nationales (Direction générale de la sécurité extérieure et Direction du renseignement militaire). Pendant la conduite des opérations, la chaîne du renseignement s’adapte à la manœuvre et intensifie ses processus de recherche. Coordination et circulation du renseignement permettent au chef d’organiser, de commander et de contrôler, en permanence, la participation maximale des moyens déployés pour atteindre les objectifs.




Drones civils : avantages, mais aussi sources de menaces complexes et évolutives

La furtivité du drone sur de longues distances modifie l’art de la guerre et facilite la surveillance des frontières. Toutefois, la modicité de son coût permet à des opérateurs malveillants de remettre en cause la sécurité d’installations sensibles et de personnes.

Les conséquences de la prolifération des drones civils ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 28 mai 2015 à Paris, par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et le Conseil économique, social et environnemental. Y sont notamment intervenus : Patrick Gandil, directeur général de l’aviation civile (DGAC) ; Nicolas Pollet, responsable de la mission drone à la SNCF ; le général d’armée aérienne Denis Mercier, chef d’État-major de l’armée de l’Air ; le général de division Éric Darras de la Direction générale de la gendarmerie nationale ; Régis Guyonnet de la Préfecture de police de Paris.

Satisfaction de la SNCF. Les drones permettent d’améliorer la qualité de la surveillance des voies ferrées pour la sûreté, la sécurité, la maintenance et la connaissance du patrimoine, explique Nicolas Pollet. Ils sont notamment employés dans les zones d’accès difficiles, pour lever des doutes sans intervention d’engins ou d’acrobates, ni contraintes d’accès ou de disponibilité des matériels et personnels. Leur caméra procède à une photogrammétrie (relevé topographique) des parois rocheuses et des grands ouvrages maçonnés, où la portée des tabliers de pont atteint 143 m entre 2 piliers. Ils facilitent le diagnostic photo/vidéo/thermique des installations fixes de traction électrique ferroviaire, en vue d’évaluer leur vétusté. La SNCF poursuit des travaux de recherche et développement avec la DGAC sur les prises de vues de nuit et « multispectrales », qui visualisent les espèces végétales incrustées. Elle vise à améliorer les sécurité, qualité des sillons et régularité des trafics du réseau, en réduisant les coûts de construction, d’exploitation, de maintenance, de renouvellement et de modernisation. Par rapport à la surveillance classique, l’utilisation des drones a amélioré de 15 % la productivité avec une capacité moindre. La gestion des données des capteurs fixes, aériens et mobiles terrestres prévient le vieillissement des installations. « Dans quelques années, déclare Nicolas Pollet, la SNCF sera numérique et les drones en feront partie ».

Mise en garde de l’armée de l’Air. La principale menace, involontaire, émane d’opérateurs de « minidrones », qui n’ont jamais vu de carte aérienne et n’ont aucune notion d’aéronautique, estime le général Mercier. Par contre, la menace malveillante cible une personnalité ou un rassemblement particulier, en vue d’une action de communication. Elle doit être prise en compte dans le cas d’un drone, guidé par GPS et volant à faible vitesse et basse altitude pour échapper aux radars. La défense aérienne, active 24 h sur 24 sur le territoire national, détecte tout aéronef, identifie son comportement, amical ou non, et le classifie comme une menace potentielle ou non. La neutralisation d’un drone, après évaluation en temps réel des dommages collatéraux, consiste à brouiller ses signaux GPS ou à tirer à vue à partir d’un hélicoptère. Ces méthodes sont déjà utilisées contre les ULM et les aéronefs à faible signature radar. Une cellule interministérielle fusionne les renseignements d’origines civile et militaire : armée de l’Air, police de l’Air et des Frontières, Douanes et Gendarmerie. Les avions de chasse s’entraînent à voler à 200 pieds (61 m) d’altitude, de jour comme de nuit. Il est facile de confondre un drone avec le tir de nuit d’un avion. L’armée de l’Air recoupe toutes les informations fournies avec les plans de vol de ses appareils. Par ailleurs, le brouillage de signaux GPS à 50 km de distance peut provoquer des dommages collatéraux. Selon les cas, la décision de destruction d’un aéronef intrus, coordonnée entre les autorités civiles et militaires, varie du niveau local à celui du cabinet du Premier ministre. La menace des drones appelle une réponse globale, souligne le général Mercier. Il s’agit, en coordination avec la DGAC, d’informer et d’inciter à la prudence, via internet. L’armée de l’Air a ouvert, à Salon-de-Provence, un centre d’excellence sur tous les drones, ouvert aux chercheurs et entreprises privées pour partager les expériences en matière d’utilisation et de sécurité.

Constat de la Gendarmerie. La miniaturisation des drones, de plusieurs kg à quelques grammes, rend la troisième dimension accessible à tous, avec la possibilité de gêner l’action des pouvoirs publics, rappelle le général Darras. Ainsi, au Japon, un drone équipé d’une camera et chargé d’une bouteille de produits toxiques a atterri sur la résidence du Premier ministre. En Allemagne, un autre s’est posé à proximité de la Chancelière lors d’une réunion publique. En Grande-Bretagne, un troisième a perturbé le trafic aérien d’un aéroport. A Mayotte, un quatrième a gêné un hélicoptère au cours d’un sauvetage en mer. En France, en octobre 2014, des drones ont volé au-dessus de plusieurs centrales nucléaires et de l’Ile Longue (base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), protégées par la Gendarmerie. En tout, 89 signalements ont débouché sur 27 enquêtes judiciaires.

Réponse de la police à Paris. L’environnement urbain se caractérise par un habitat peuplé et dense avec des immeubles, des espaces verts et des réseaux de communication grand public. Il constitue des bases d’envol pour des trajectoires d’approche discrètes, mais rend le pilotage plus difficile et accroît le risque de perturbations radioélectriques. Interdit de survol, Paris offre une variété de cibles potentielles : lieux symboliques, événements de grande ampleur et présence de personnalités. Pourtant, de janvier à mai 2015, la police a enregistré 87 signalements de survols illicites de drones à Paris et a procédé à 14 interpellations de touristes, surtout étrangers, utilisant des drones grand public, indique Régis Guyonnet. Les 77 faits non élucidés concernent les survols de bâtiments administratifs, surtout la nuit, par défi à l’autorité publique. Dès 2014, la Direction générale de la police nationale et la Police parisienne ont formé des équipes d’intervention. Aucun survol n’a été constaté lors du 11 novembre 2014.

Loïc Salmon

Les drones, dualité militaire et civile

Les drones : de l’OPEX au territoire national

En mai 2015, selon la Direction générale de l’aviation civile, la filière drone en France représente 1.580 entreprises, 2.760 drones et 3.000 emplois. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 50 M€ en 2014 dans l’audiovisuel, l’inspection des bâtiments et infrastructures ainsi que les mines, carrières et chantiers. Ce secteur, où la France a pris de l’avance, compte 45 constructeurs et de nombreuses « start-ups » innovantes, qui préfèrent vendre des données et des services plutôt que de mettre en œuvre des aéronefs. Toutefois, les grands groupes Airbus, Sagem et Thales participent à la recherche et au développement des drones. L’utilisation d’un drone civil est interdite aux abords des aéroports et soumise à autorisation en agglomération. La réglementation, progressive et adaptable, varie selon le poids et l’altitude du drone, la distance du pilote et la densité de population de la zone survolée.