Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance

Les parcours de quelques héros méconnus, combattants sous l’uniforme ou dans l’ombre, font revivre de l’intérieur la seconde guerre mondiale.

Ainsi, Edmond Cardoze participe, le 27 juillet 1944 dans le Sud-Ouest, à un sabotage ferroviaire qui va lourdement pénaliser le réapprovisionnement des unités allemandes sur le front de Normandie. Chargé de réorganiser un réseau de Forces françaises de l’intérieur (FFI), André Jolit constitue, à 22 ans, la plus importante unité de la Gironde avec 756 hommes armés. Michel Slitingski participe, au sein d’unités FFI, à la bataille du Mont Mouchet, (massif Central, 11 juin 1944) contre la brigade allemande Jesser qui ne parvient pas à les anéantir. Les frères Alain, Olivier et Francis Massart s’engagent dans divers combats de la France libre. Pilote, Alain intègre le groupe de chasse « Ardennes, qui sert d’appui-feu à la 1ère Armée française lors du débarquement de Provence (15 août 1944). Pilote également dans le groupe « Ile-de-France » dont il prendra le commandement, Olivier est abattu par la DCA dans la région de Wesel (Allemagne 13 mars 1945) et fait prisonnier. Francis, qui a rejoint le 1er Régiment de chasseurs parachutistes au Maroc, est grièvement blessé le 6 octobre 1944 mais termine la campagne d’Alsace par la prise de Colmar (3 février 1945). Engagé volontaire en 1914 puis sous-lieutenant en 1917, François de Carrère rejoint, en 1942, le corps franc Pommiès, (Sud-Ouest) puis la 1ère Armée française. Commandant, il sera très grièvement blessé dans les Vosges le 28 novembre 1944. Marie-Benoît, prêtre capucin, cache aviateurs alliés, résistants et juifs dans son couvent de Marseille, après l’armistice de 1940, et facilite leur fuite vers l’Espagne et la Suisse. Il obtient du Vatican 4 M$ pour ses opérations de sauvetage. Dénoncé, il parvient à se réfugier à Rome. Son nom figure parmi les premiers des « Justes » sur le Mémorial de Yad Vashem, dédié aux héros et victimes de la Shoah, à Jérusalem. L’instituteur Georges Guingouin, membre du Parti communiste dont il sera exclu en 1952, crée les premiers groupes de francs-tireurs et partisans (FTP) dans les maquis du Limousin en 1941. Grâce au SOE britannique, il arme 6.800 FTP pour des embuscades et des sabotages. Il sera fait Compagnon de la Libération. Sergent-chef cité en 1940, Maurice Bénézech crée le maquis Bernard à Bagnères-de-Bigorre en 1942 et participe à la destruction de colonnes allemandes en retraite (1944). Installée à Paris en 1923, la sœur Marie Skobtsov, russe et orthodoxe, entre dans la Résistance dès l’occupation allemande. Ayant caché de nombreux juifs, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück, où elle prend la place d’une juive dans la chambre à gaz (31 mars 1945). Son nom est inscrit à Yad Vashem. La pharmacienne Laure Gatet intègre le réseau de Bordeaux de la Confrérie Notre-Dame en 1941 et fournira des renseignements importants sur les installations militaires allemandes. Arrêtée, elle mourra à Auschwitz (25 février 1943). Membre du réseau Amitiés chrétiennes, Germaine Ribière cache des enfants juifs dans des familles et institutions religieuses et fait passer des juifs en Suisse. Elle sera honorée du titre de « Juste » à Yad Vashem. L’ingénieur Jacques Nancy, membre du service action de la France libre, fonde la section spéciale de sabotage en Charente qui multiplie les exploits jusqu’à la reddition de la poche de Royan (avril 1945).

Loïc Salmon

« Nouvelles histoires extraordinaires de la Résistance » par Dominique Lormier. Éditions Alisio, 336 pages. 19,90 €

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre




Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945

Pour soutenir la France libre, des Français et des étrangers ont créé environ 500 comités dans une cinquantaine de pays pour fournir des fonds, des volontaires et de la propagande écrite et audiovisuelle.

L’École libre des hautes études, fondée en 1942, emploie, grâce à la fondation philanthropique américaine Rockefeller, des professeurs français et belges qui n’ont pas trouvé de postes dans les universités américaines. Son modèle d’enseignement sous forme de séminaires, recherche organisée par instituts, dialogues et recoupements disciplinaires inspire en partie l’École pratique des hautes études, fondée en 1947 et spécifique en sciences sociales. A Hollywood, la compagnie cinématographique Warner s’engage contre le gouvernement de Vichy. Son film « Casablanca », qui remporte deux Oscars et des recettes confortables, est tourné en quelques mois en 1942, et projeté en novembre, peu après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord. Acteur déjà connu, Jean Gabin, émigré aux États-Unis en1941, s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) à New York en avril 1943, mais le cabinet du général de Gaulle à Londres lui demande de rester aux États-Unis jusqu’à la fin du tournage du film « L’imposteur » à la gloire des FFL. Les comités de soutien les plus nombreux se créent en Amérique latine, où la guerre révivifie l’influence de la Révolution de 1789, des philosophes des Lumières et des écrivains français. En Afrique, la vie des comités de soutien se mêle aux initiatives militaires vis-à-vis de l’Empire colonial français. Indépendante, l’Égypte se trouve pourtant sous le contrôle militaire britannique en raison du canal de Suez. La propagande profite de la présence française, multiforme et ancienne, grâce à la compagnie concessionnaire du canal, à l’Institut d’archéologie et aux enseignants à l’Université du Caire. En Afrique de l’Est britannique, les comités servent de couverture à la préparation d’une opération éventuelle à Madagascar. Sur la côte Ouest, ils accueillent les FFL en transit et assurent renseignement et propagande vers l’Afrique occidentale française. En Asie, après les victoires japonaises au début de 1942, la propagande politique et culturelle vers l’Indochine s’exerce de New Delhi. En 1943, les comités de soutien aux FFL obtiennent cinq délégués à l’Assemblée consultative provisoire, inaugurant l’entrée au Parlement des Français de l’étranger, nouveauté entérinée au Sénat après la guerre. Parmi les « exilés combattants » figurent Jean El Mouhoub Amrouche (écrivain), Jacques Baïf (officier de marine marchande, écrivain), Paul Bénichou (écrivain), André Breton (poète, écrivain), Roger Caillois (écrivain), Natacha Carlu (artiste peintre), Aimé Césaire (écrivain), Marc Chagall (artiste peintre), Edmond Charlot (éditeur), Paul Claudel (diplomate, dramaturge), Marie-Alain Couturier (prêtre), Ève Curie (journaliste), Pierre Dac (humoriste, chansonnier), Marcel Duchamp (artiste), Roger Erell (architecte), Max-Pol Fouchet (homme de médias), Varian Fry (journaliste), Romain Gary (écrivain), Jean Gaulmier (inspecteur de l’Instruction publique), Albert Guérin (industriel), Henri Hoppenot (diplomate), Eugène Jolas (écrivain), Marie Jolas (directrice de publication), Joseph Kessel (journaliste, romancier), Wifredo Lam (artiste peintre), Pierre Lazareff (journaliste), Albert Ledoux (diplomate), Anna Marly (chanteuse), Elisabeth de Miribel (diplomate, femme de lettres), Théodore Monod (naturaliste), Paul Nelson (architecte), Jean Oberlé (journaliste), Jean Perrin (physicien, chimiste), Lily Pons(cantatrice, actrice), Louis Rapkine (biochimiste), Jules Romains (écrivain), Germaine Sablon (actrice, chanteuse), Antoine de Saint-Exupéry (écrivain, aviateur), Henri Seyrig (archéologue) et Jean Starcky (prêtre).

Loïc Salmon

« Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 », ouvrage collectif sous la direction de Vincent Giraudier et Sylvie Le Ray-Burimi. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 320 pages, 380 illustrations. 39 €

Exposition « Un exil combattant, les artistes et la France 1939-1945 » aux Invalides

Les agents secrets du Général, 1940-1944

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

La résistance à l’occupation allemande en Europe, d’abord civile, est devenue armée en 1943, date de l’instauration du service du travail obligatoire en Allemagne pour les jeunes Français, de la levée en masse en Union soviétique et de l’unification de la Résistance française (intérieure et de Londres) suivie de sa fusion avec l’armée d’Afrique. En France, cette période n’a été véritablement étudiée par les historiens qu’après l’ouverture des archives en 1979. Elle a donné lieu à une journée d’étude sur ces « combattants de l’ombre » organisée, le 1er octobre 2011 à l’Ecole militaire à Paris, par le ministère de la Défense et des Anciens Combattants.

Des universitaires ont animé deux tables rondes sur l’engagement et l’action en Europe : Olivier Wieviorka, Jean-Pierre Azéma, Jean-François Muracciole et Anne Simonin pour la France, Masha Cerovic (URSS), Gabriella Gribaudi (Italie), Chantal Kesteloot (Belgique) et Julian Jackson (Université de Londres).

France : sur une population métropolitaine de 41 millions d’habitants, les résistants sont estimés à 300.000 dans l’ensemble, dont 50.000 de la France Libre à Londres, 20.000 « coloniaux » et 3. 000 étrangers de 59 nationalités différentes. Ce sont surtout des hommes jeunes (90% nés entre 1918 et 1922 et 50 % orphelins de père) pour qui il est plus facile de rallier la Grande-Bretagne, les femmes constituant 16 % de la Résistance intérieure, mais à peine 3 % de la France Libre. Tous s’engagent par patriotisme, pour des valeurs communes avec les Alliés et contre les « collaborateurs » et miliciens du régime de Vichy. L’Afrique équatoriale française et les comptoirs français de l’Inde se rallient à la France Libre, l’Afrique occidentale française reste très majoritairement fidèle à Vichy et la Marine garde une neutralité absolue. Parmi les Français Libres, les volontaires juifs, proportionnellement plus nombreux que les non juifs, viennent surtout d’Afrique du Nord et rejoignent la 2ème Division blindée de Leclerc (10-15 % des effectifs). La Résistance intérieure s’organise dans les maquis, tandis que la France Libre monte des réseaux à la demande de la Grande-Bretagne, soucieuse de récupérer les équipages de ses avions abattus. Avec l’Holocauste, la résistance civile (grèves, presses clandestines et aides aux Juifs) prend une dimension militaire (renseignements, sabotages et exécutions de militaires allemands). En matière de lutte clandestine, la France Libre sépare le renseignement de l’action et tente de contrer la propagande de Vichy, très forte car les bombardements alliés frappent indistinctement civils français et militaires allemands. Le parti communiste, qui organise des attentats contre les arrières de la Wehrmacht à la demande de Moscou dès 1941, se méfie des maquis et va surtout se battre dans les villes. Son objectif est de prendre le pouvoir avec l’aide de l’armée Rouge.

Union soviétique : quelque 700.000 combattants, dont 300.000 en Biélorussie, s’engagent surtout par patriotisme (souvenir de la 1ère guerre mondiale), très peu pour l’idéal multiethnique de l’URSS et enfin en réaction à la terreur allemande, qui fait 80.000 morts en six mois. Les membres du parti communiste, fonctionnaires de l’URSS, sont plus souvent du côté de la collaboration que de la résistance. En revanche, de jeunes officiers de l’armée Rouge, qui ont l’expérience du combat et du commandement, organisent les réseaux et la guérilla dans les forêts, car les villes sont surveillées par les Allemands. Les commandants sur le terrain refusent d’intégrer les femmes dans leurs rangs, pourtant nombreuses à se porter volontaires. Les attentats à la bombe et les exécutions de dignitaires allemands se multiplient.

Italie : après l’entrée des troupes allemandes et l’instauration de la République de Salo (Nord et Centre) en 1943, la résistance s’organise surtout à Naples. Elle est patriotique, antifasciste pour des raisons économiques liées au rationnement généralisé, sociale contre les grands propriétaires fonciers, alliés du parti fasciste, et bénéficie de l’aide des Alliés. Les jeunes, ouvriers et paysans, désertent l’armée et se réfugient dans les montagnes. L’assistance apportée par les femmes, surtout des transferts de messages, ne sera pas reconnue après la guerre.

Belgique : la Résistance reste minoritaire, essentiellement civile et financée secrètement par le gouvernement en exil à Londres. Les Britanniques y réactivent leurs réseaux constitués lors de la 1ère guerre mondiale. La Résistance sauve la moitié de la population juive et organise, en 1944, 400-600 sabotages par mois.

Le mot de la fin revient au résistant français Raymond Aubrac, présent dans la salle : « Tous les résistants de France et d’Europe, qui ont décidé de désobéir et de prendre des risques, l’ont fait parce qu’ils pensaient que ça servirait à quelque chose ».

Loïc Salmon

Les chaînes Arte France et Cinétévé, l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) et la société Toute l’Histoire ont coproduit une série télévisée en six épisodes de 52 minutes sur la résistance en Europe, intitulée « Les combattants de l’ombre ». Tournée dans 14 pays, ce document-fiction mêle témoignages d’acteurs de l’époque encore en vie, archives publiques et privées et reconstitutions. Diffusé dans toute l’Europe et dans d’autres pays, il s’articule en six parties : les difficiles débuts de la résistance (1939-1941) ; la résistance s’organise (1941-42) ; la résistance face au génocide (1942-43) ; la résistance se radicalise (1943) ; la résistance dans la tourmente (1943-44) ; illusions et désillusions de la résistance (1944-45). Un livre portant le même titre est coédité par Arte Editions, Albin Michel et le ministère de la Défense. Enfin, une exposition de 25 panneaux effectuera une tournée nationale dans le circuit scolaire.




Les Français du jour J

Parachutistes, fusiliers-marins commandos, aviateurs et marins, soit plus de 3.000 militaires français participent au débarquement du 6 juin 1944 (15 tués) en Normandie et plus de 20.000 dans la bataille éponyme qui suit (plusieurs centaines de morts).

L’opération « Overlord » a mobilisé des milliers d’aviateurs (227 Français à bord de 135 appareils) pour assurer la maîtrise du ciel, 196.000 marins (environ 2.600) qui arment les navires, 24.000 parachutistes (38) largués derrière les lignes allemandes et 132.715 hommes (177) pour le débarquement proprement dit. La modicité des effectifs français, issus surtout des anciennes Forces françaises libres, s’explique par la nécessité de conserver le gros des troupes françaises stationnées en Afrique du Nord et en Italie pour le débarquement de Provence, qui aura lieu le 15 août suivant. La participation française doit beaucoup à la compréhension des chefs militaires britanniques, qui parviennent à convaincre leurs homologues américains, réticents au début, d’engager la 2ème Division blindée dans la bataille de Normandie et la libération de Paris le 25 août. Le général de Gaulle, chef de la France libre, avait pourtant demandé, à la fin de 1943, un engagement terrestre d’au moins une ou deux divisions le jour J. Prévenu la veille, il a été profondément déçu de la faiblesse de la participation française, reflet selon lui d’un manque de considération des Alliés et d’une représentativité de la force reconstituée de la France insuffisante pour asseoir sa légitimité dans le monde. En fait, sur le plan opérationnel, les Alliés n’informent pas les Français par crainte que le renseignement parvienne aux oreilles des Allemands. Sur le plan politique, le président américain Roosevelt et le Premier ministre britannique Churchill tiennent de Gaulle à l’écart, car ils ne lui reconnaissent pas encore la légitimité de gouverner les territoires français qui seront libérés. Pourtant, les premiers soldats alliés à fouler le sol de France seront les 177 Français du 1er Bataillon de fusiliers marins au béret vert avec l’insigne orné de la croix de Lorraine. Le jour J, la participation française inclut : plus de 1.500 marins des croiseurs Georges-Leygues et Montcalm, venus d’Afrique du Nord ; 500 parachutistes intégrés au 4ème Régiment de la Brigade SAS (Special Air Service) britannique ; des navires d’escorte, à savoir les corvettes Aconit, Renoncule, Roselys et Commandant-d’Estienne-d’Orves et les frégates Aventure, Découverte, Escarmouche et Surprise ; les groupes de chasse « Alsace » et « Ile-de-France » des Forces aériennes françaises libres (FAFL) et les groupes de chasse « Cigognes » et « Berry », venus d’Afrique du Nord ; le groupe de bombardement « Lorraine » (FAFL) ; les combattants de l’ombre de la Résistance, qui entreront en action sur les arrières des troupes allemandes. Pendant les années de pouvoir du général de Gaulle (1944-1946 et 1958-1969), le jour J sera exclu de la mémoire française de la Libération. Cela s’explique par l’effectif français, trop petit pour coller au grand récit de « la France libérée par elle-même », à savoir à peine 3.000 hommes par rapport aux 150.000 Résistants et 250.000 hommes des forces françaises du débarquement de Provence. Abondamment documenté, l’ouvrage relate, à partir de nombreux témoignages, les péripéties diplomatiques, la préparation et la conduite des opérations du jour J concernant la participation française.

Loïc Salmon

« Les Français du jour J » par Benjamin Massieu. Editions Pierre de Taillac, 418 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €.

Jour-J

Churchill De Gaulle

Provence 1944

 




Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération

Conformément au souhait du général de Gaulle, fondateur de l’Ordre de la Libération, Hubert Germain, dernier des 1.038 compagnons et décédé le 12 octobre 2021, a été inhumé dans la crypte du mémorial de la France combattante au mont Valérien le 11 novembre.

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Exposition « Eisenhower-De Gaulle » aux Invalides

Deux généraux contemporains, l’Américain Dwight Eisenhower (1890-1969) et le Français Charles de Gaulle (1890-1970), ont vu leur destin se croiser pendant la seconde guerre mondiale, puis au cours de leur carrière politique à la tête de leur pays.

Le jeune Charles ressent très tôt une vocation militaire et entre à Saint-Cyr en 1909. La même année, Dwight, qui travaille pour financer son entrée à l’université, apprend qu’elle est gratuite pour les écoles d’officiers et sera admis à l’Académie militaire de West Point en 1911. Tous deux sortis de leur école sous-lieutenant, de Gaulle en 1912 et Eisenhower en 1915, sont frustrés des combats de la Grande Guerre. Blessé plusieurs fois puis capturé en mars 1916 à Douaumont, le premier reste prisonnier en Allemagne jusqu’à l’armistice de 1918. Le second, instructeur aux Etats-Unis, n’obtient pas d’affectation sur le front européen. Le retour à la paix leur permet des affectations à l’étranger : de Gaulle en Pologne (1919-1921), en Allemagne (1927-1929) et au Liban (1929-1931) ; Eisenhower au canal de Panama (1922-1924), à Paris (1929) et aux Philippines (1933). Tous deux commencent une carrière d’écrivain militaire et préconisent l’arme blindée, pour éviter l’enlisement des tranchées. En 1929, Eisenhower profite de son affectation à Paris pour parcourir l’Europe, mais surtout les zones des combats de 1914-1918 en France, afin de réviser le « guide de la Commission des champs de bataille américains en Europe ». Persuadé d’une reprise de la guerre avec l’Allemagne, de Gaulle publie une analyse de sa défaite dans « La discorde chez l’ennemi » (1924) et plaide pour une armée professionnelle (effective en 2002 !) dans « Le fil de l’épée » (1932), « Vers l’armée de métier » (1934) et « La France et son armée (1938). La hiérarchie militaire n’apprécie guère leurs idées avant-gardistes et Eisenhower risque même la… cour martiale ! La seconde guerre mondiale les trouve généraux. En 1942, malgré l’inexpérience des troupes américaines, Eisenhower commande, avec succès, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. En 1943 à Alger, il rencontre de Gaulle, entré en politique depuis l’appel du 18 juin 1940. Contre l’avis de son gouvernement, il reconnaît les qualités d’homme d’Etat du chef de la France combattante soutenu par la Résistance intérieure, lequel apprécie sa valeur militaire et son sens de la diplomatie. Cette estime réciproque perdurera jusqu’à la fin de leur vie. En 1944, à la demande du chef de la France libre, le commandant en chef des forces armées en Europe accepte d’engager une division française au débarquement en Normandie et d’envoyer la 2ème DB libérer Paris. Tous deux exerceront deux fois la magistrature suprême : de Gaulle comme chef du gouvernement provisoire (1944-1946) et président de la République (1959-1969) ; Eisenhower comme président des Etats-Unis (1953-1961). Après l’avoir fait « compagnon de la Libération » (photo) en 1945, de Gaulle avait remis à Eisenhower une épée ayant appartenue…au général Bonaparte ! Trois autres Américains, engagés dans la France libre, seront faits compagnons de la Libération : John Hasey (1916-2005) qui fera carrière à la CIA ; l’acteur de cinéma Jacques Tartière (1915-1941), qui sera tué en Syrie ; l’ambulancier James Worden (1912-2004).

Loïc Salmon

L’exposition « Eisenhower-De Gaulle » (1er juin-29 septembre 2019), organisée par le musée de l’Armée, la Fondation Charles de Gaulle et la Eisenhower Presidential Library, se tient aux Invalides à Paris. (www.musee-armee.fr)

Une certaine idée de la France…et du monde

Les Français du jour J

Leclerc, du héros de guerre au diplomate




Parachutée au clair de lune

La Résistance dans le Sud-Ouest en 1944, vécue de l’intérieur par une Anglaise de 20 ans qui se fait passer pour une Parisienne, voilà un beau sujet de roman d’espionnage, sauf que c’est… véridique !

Anne-Marie Walters (1923-1998), née à Genève de père anglais et de mère française, a en effet été recrutée par le « Special Operations Executive » (SOE) britannique. Ce service d’opérations spéciales, actif surtout en France et en Yougoslavie, a été créé par Winston Churchill en 1940, en vue aider la Résistance dans les pays européens occupés et de participer aux combats de libération à la fin de la guerre. Sur le territoire français, sa section « F » comptera 450 agents qui mettront en place une centaine de réseaux et armeront 10.000 résistants. Les femmes du SOE, souvent très jeunes et jolies, savent user de leur charme pour se sortir d’une situation périlleuse. Après sélection, elles suivent une formation paramilitaire : tir, parachutisme, sécurité (déverrouillage de serrures, mentir l’air de rien et adoption de personnalités différentes), sabotage et transmission d’informations en morse (codage et décodage de messages). Anne-Marie est parachutée le 4 janvier 1944, de nuit dans un champ marécageux, avec un camarade et des conteneurs remplis d’armes, de matériels et d’argent pour les maquisards. Elle prend le nom de guerre de « Colette » et s’aperçoit très vite qu’elle n’a pas l’accent du terroir ! Elle sert d’agent de liaison entre le chef du SOE de la région et les différents réseaux. Cela signifiera beaucoup de km à bicyclette, dans des voitures bringuebalantes ou sur des motos conduites par des gens téméraires, avec plusieurs accidents à la clé. Elle participe à des récupérations de matériels et de personnels des forces spéciales parachutés et aux exfiltrations vers l’Espagne d’aviateurs de pays alliés, dont l’avion a été abattu. Elle apprendra la mort, parfois dans des conditions atroces, de certains compagnons de maquis. Elle raconte son expérience, ses angoisses et ses joies avec force dialogues et détails. Son témoignage est corroboré par des documents du SOE la concernant et rendus publics en 2002. Femme, elle détonne dans ce monde masculin, mais devra, avec difficulté écrit-elle, être « amicale avec tous et très amicale avec aucun ». Blonde et distinguée, elle est repérée et dénoncée, mais évite, de justesse, l’arrestation par la Gestapo. Un jour, dans un compartiment de train, elle se trouve seule avec « un type bizarre » qu’elle a déjà rencontré à Tarbes et qui lui demande de lui dire ce qu’elle fait : « Si vous ne le voulez pas, j’en conclurai que vous appartenez à la Résistance, soit que vous êtes de la Gestapo ». Mais « Colette » s’en sort avec adresse. Après le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, la population du Sud-Ouest subit les représailles de deux divisions SS. « Colette » doit rentrer à Londres, en passant par l’Espagne. Avec six aviateurs, elle franchit les Pyrénées à pied… en jupe de tweed, faute d’avoir reçu un pantalon à temps. Son rappel vient du SOE, à la suite d’un rapport de son chef, le « Patron ». Celui-ci reconnaît son courage et sa détermination à remplir ses missions, mais lui reproche son indiscipline et son indiscrétion excessive. Il précise : « Très obsédée par les hommes et désobéissante sur les affaires privées. Elle constitue un danger, non seulement pour sa propre sécurité, mais pour celle de tous ». Anne-Marie Walters sera quand même décorée de « l’Empire Britannique » en 1945 !

Loïc Salmon

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

Derrière les lignes ennemies

Femmes en guerre 1940-1946

« Parachutée au clair de lune » par Anne-Marie Walters. Éditions Gaussen, 286 pages, 25,50 €