DGA : bons retours sur investissements en 2011

« Nous avons prouvé l’efficacité des matériels sur le terrain », lors de l’opération Harmattan (Libye) en 2011, a déclaré, le 22 février 2012 à la presse à Paris, Laurent Collet-Billon, patron de la Direction générale pour l’armement (DGA) dont il a présenté les résultats de cette même année.

L’exploitation des retours d’expériences des avions Rafale, des hélicoptères Tigre, des bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre et des armements déployés ont, en effet, permis de valider les choix capacitaires de la DGA. En 2011, celle-ci a investi 10,7 Md€ dans l’industrie au titre des programmes d’armements et de la recherche et des « urgences opérations » (réponses à des demandes opérationnelles imprévues). L’équipement des forces armées s’est traduit par des dépenses de 9,946 Md€ et des engagements de 7,964 Md€. Pour la recherche, la DGA a dépensé 724 Md€ en études amont et s’est engagée pour 695 M€. Enfin, malgré la simultanéité des engagements (Afghanistan, Libye et Côte d’Ivoire) en 2011, les urgences opérations n’ont représenté que 20 M€, contre 170 M€ en 2010 et… 250 M€ en 2009 ! Par ailleurs, les prises de commandes à l’exportation, dont le chiffre exact sera connu au troisième trimestre 2012, devraient dépasser 6 Md€. Les contrats à l’exportation impliquent 50.000 emplois directs et 50.000 indirects. A terme, la DGA souhaite arriver à une parité entre les commandes nationales et celles à l’exportation.

Les urgences opérations, au nombre de sept pour Harmattan, ont concerné les capacités de communication par internet des avions radar AWACS et l’évolution des périscopes des sous-marins nucléaires d’attaque pour les reconnaissances côtières. En Afghanistan, la protection des forces a nécessité, en urgence : pour les véhicules, la surprotection contre les attaques par roquettes anti-char ou par engins explosifs improvisés et un dispositif de localisation des tireurs embusqués ; pour les bases opérationnelles et postes de combat avancés, des alerteurs radar de tirs de roquettes et de mortiers et un système périmétrique de protection des camps ; pour le détachement d’ouverture d’itinéraires piégés, des commandes de minirobots et de drones pour le génie auprès de petites et moyennes entreprises. Les retours d’expériences permettront à la DGA, à l’Etat-major des armées et aux industriels de réfléchir sur les équipements futurs.

Le renouvellement des équipements des forces concerne les livraisons suivantes : missiles M51 pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) ; missiles ASMPA (air-sol moyenne portée améliorée) pour les Forces aériennes stratégiques et l’aviation embarquée ; des hélicoptères NH 90 Caïman à la Marine (NFH) et à l’armée de Terre (TTH) ; 6 hélicoptères d’attaque Tigre pour l’armée de Terre ; 4.000 équipements de fantassins Félin ; des véhicules blindés du combat d’infanterie ; 11 Rafale ; des missiles air-air Mica et sol-air moyenne portée terrestre (SAMP/T) ; des véhicules à haute mobilité (VHM); des  engins de débarquement amphibie rapides (EDA-R) ; des téléphones sécurisés Teorem. La capacité de renseignement électromagnétique a été renforcée par la rénovation de l’avion Transall Gabriel et la livraison de cinq nacelles de reconnaissance numériques RECO NG pour les Rafale de standard F3.

Les nouveaux contrats notifiés en 2011 portent sur les commandes de 13 lance-roquettes unitaires, du troisième sous-marin d’attaque de type Barracuda, de 200 petits véhicules protégés et des munitions de gros calibre. Sept hélicoptères de transport tactique Cougar seront rénovés. Les études ont commencé sur le SNLE de la troisième génération et la robotique navale (programme Espadon). Enfin, quatre nouveaux satellites de renseignement électromagnétique du programme Elisa ont été lancés (voir rubrique « Archives » 21-12-2011).

La coopération en matière d’armement continue. Avec la Grande-Bretagne, elle se concrétise par 60 projets, dont 40 existent déjà, la mise en place de bureaux de programmes conjoints (drones, guerre des mines navale, missile antinavire léger) et la communication par satellite (voir « Sommet franco-britannique, communauté de vues sur la Défense », 29-2-2012). Avec l’Allemagne, la coopération porte sur les contre-mesures infrarouges. Avec l’Italie, elle concerne le futur satellite de télécommunications militaires Sicral 2, qui doit être lancé en 2013. Une coopération tripartite avec l’Allemagne et l’Italie est engagée sur les systèmes de lance-roquettes unitaire, dont les premières livraisons sont prévues en 2014. Avec l’Union européenne, il s’agit de transposer des directives européennes sur les « transferts intra communautaires » et sur les marchés de sécurité et de défense. Avec l’OTAN, les travaux portent sur la préparation du sommet de Chicago de 2012 : défense anti-missile balistique, capacité alliée de surveillance terrestre et réforme de l’organisation. Enfin, en 2011, la DGA a signé…81 accords internationaux !

Loïc Salmon

Laurent Collet-Billon, est diplômé de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace et auditeur de Centre des hautes études de l’armement. Entré à la Délégation générale pour l’armement (DGA) en 1974, il exerce plusieurs responsabilités de direction de programmes de télécommunications militaires à partir de 1977. Dix ans plus tard, il est nommé conseiller technique pour les affaires stratégiques, industrielles et de l’armement auprès du ministre de la Défense André Giraud. A partir de 1988, il connaît diverses affectations dans l’armement air-sol nucléaire, le domaine spatial, l’armement terrestre, l’électronique et l’informatique. En 1997, il devient directeur du Service des programmes d’observation, de télécommunications et d’information de la DGA. En 2001, il est nommé représentant français  au conseil de surveillance de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR, voir revue téléchargeable N°302 décembre 2011 p.17). En juillet 2006, il entre au groupe Alcatel comme conseiller pour les affaires de sécurité et de défense. Il revient à la DGA comme délégué général, par décision du conseil des ministres du 28 juillet 2008. Laurent Collet-Billon est commandeur de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite.

 




Sommet franco-britannique : communauté de vues sur la Défense

Le président de la République française Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron ont réaffirmé, le 17 février 2012 à Paris, la coopération bilatérale en matière de défense, notamment pour les opérations et les équipements.

Opérations : les enseignements tirés de l’intervention commune en Libye, un an auparavant, concernent le développement des systèmes d’information, le renseignement, la surveillance, le ciblage, la reconnaissance et les munitions de précision. La force expéditionnaire commune, ainsi testée, devra, en 2016, pouvoir entrer en premier sur un théâtre, faire face à des menaces multiples jusqu’au niveau maximal d’intensité et être disponible pour des interventions bilatérales ou relevant de l’OTAN, de l’ONU, de l’Union européenne ou d’autres instances. Un grand exercice commun interarmées, dénommé « Corsica Lion », est prévu cette année en Méditerranée. Un état-major déployable de forces interarmées sera mis en place d’ici à 2016. Enfin, un groupe aéronaval franco-britannique intégré devrait être opérationnel après 2020.

Equipements : la France s’intéresse au drone de reconnaissance tactique non armé Watchkeeper, construit par Thales UK et déjà commandé par l’armée de Terre britannique. Ensuite, une équipe de programme conjointe Dassault Aviation (France) et BAE Systems (Grande-Bretagne) a été établie en 2011 pour étudier les risques techniques relatifs aux drones armés de reconnaissance MALE (moyenne altitude longue endurance). Enfin, un programme de démonstrateur technologique du futur système de combat aérien sera lancé en 2013, en vue de la mise au point d’un drone de combat armé utilisable dans des opérations de haute intensité. Ce démonstrateur, dont les caractéristiques seront définies ultérieurement, sera réalisé par Dassault Aviation et BAE Systems. Par ailleurs, un groupe bilatéral d’utilisateurs a été formé pour optimiser les coopérations en matière d’entraînement sur l’avion de transport tactique A400 M (techniques et procédures opérationnelles de formation sur simulateur et en vol). Un contrat de soutien intégré de l’A400 M sera négocié avec Airbus Military, pour la mise en service du premier A400 M français en 2013. En matière de technologies sous-marines, un mémoire d’entente bilatéral a été signé en juin 2011 sur l’étude de faisabilité d’un nouveau sonar. Les feuilles de route des deux Marines ont été harmonisées pour mettre au point, à partir de 2013, un démonstrateur/prototype de système autonome, fondé sur les technologies de drone sous-marin. En outre, un canon de 40 mm pour véhicule blindé, qualifié OTAN d’ici à 2013, fera l’objet d’une promotion à l’exportation. Un plan d’action conjoint de lutte contre les engins explosifs improvisés sera élaboré en 2012. Enfin, en matière de futurs missiles, le groupe européen (France, Grande-Bretagne et Italie) MBDA va étudier un missile de croisière, à partir d’une évaluation conjointe des améliorations du Storm Shadow britannique et du Scalp français, et un missile anti-navire dénommé « future anti ship guided weapon/anti-navire léger ».

Loïc Salmon




Libye : retour d’expérience de l’opération Harmattan

A l’avenir, il faudra pouvoir conduire des opérations combinées de type « Harmattan » sur des théâtres plus éloignés de la France et disposer de bâtiments avec une capacité d’auto-entretien à bord par l’équipage, afin d’intervenir longtemps. Tel est l’avis du contre-amiral Philippe Coindreau, qui a commandé la Task Force 473 pendant  Harmattan au large de la Libye. Il en a présenté le retour d’expérience au cours d’une conférence organisée, le 19 janvier 2012 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Théâtre : les résolutions 1970, 1973 et 2009 de l’ONU mentionnent la protection de la population civile, la constitution d’une zone d’exclusion aérienne et l’interdiction de déployer des troupes au sol. La France, qui a initié les frappes avec la Grande-Bretagne, a ensuite mis tous ses moyens sous commandement OTAN, en raison de sa qualité de membre de l’Alliance Atlantique. Toutefois, elle a installé une représentation diplomatique et son équipe de protection au port de Benghazi, tenu par les forces d’opposition au colonel Kadhafi. La Task Force 473 dépendait de deux chaînes de commandement : la française, organique, et celle, opérationnelle, de l’OTAN. De leur côté, l’Italie et la Turquie, également membres de l’OTAN, n’ont pas autorisé leurs bâtiments à pénétrer dans les eaux territoriales libyennes pour protéger la population civile. Des avions du Qatar et des Emirats arabes unis ont rejoint les forces de l’OTAN. Au début de la crise, les forces militaires libyennes, qui disposaient d’un budget de 3 Mds$, se répartissaient ainsi : Terre, 50.000 hommes, 4 brigades (bataillons blindés, mécanisés, artillerie, infanterie et commandos) ; Air, 18.000 hommes, 100 avions de combat et des hélicoptères ; Marine, 8.000 hommes répartis dans trois ports militaires ; milices locales et mercenaires. L’aviation de l’OTAN a coulé les bâtiments de surface dans les ports et détruit les unités aériennes dans les aéroports. Les forces terrestres disposaient de missiles sol/air (SA 2, SA 3, tactiques et portables) de fabrications soviétique, puis russe et française. Les axes routiers vers la Tunisie, l’Algérie et le grand Sud (Mauritanie, Touaregs) sont restés ouverts jusqu’à la fin pour des raisons politiques. Il y avait des mercenaires sur tous les fronts, mais, malgré la désinformation émanant des deux côtés, l’arrivée de nombreux mercenaires venus du Tchad et du Niger n’a pas été démontrée. La Task Force 473 a inclus le porte-avions Charles-de-Gaulle, un bâtiment de projection et de commandement (BPC) avec le groupe aéromobile de l’Aviation légère de l’arme de terre, des frégates, un pétrolier-ravitailleur et un sous-marin nucléaire d’attaque. Ses avions et hélicoptères ont suivi les règles d’engagement et les procédures OTAN. Celle-ci a exigé d’éviter les dommages collatéraux, à savoir préserver les vies humaines civiles et l’outil industriel du pays. Des conseillers juridiques et politiques ont été placés auprès du commandement OTAN en Sicile pour contrôler l’autorisation de frappes qui devaient être de plus en plus précises. Les avions français ont effectué 1.700 sorties, dont 50 % de nuit. Les moyens de désignation des objectifs et les munitions utilisées permettent de bombarder de jour comme de nuit. Les missions de bombardement ont été réparties également entre la Marine et l’armée de l’Air. Les frappes de l’OTAN ont affaibli le potentiel matériel et le moral des troupes de Kadhafi, dont la chute a été accélérée par la difficulté à mener une campagne sur plusieurs fronts. Les unités françaises ont effectué 35 % des missions aériennes offensives de la coalition, 20 % des frappes aériennes et… 90 % des frappes d’appui feu naval ! Les frégates ne l’avaient pas pratiqué en réel depuis des années, mais avaient poursuivi leur entraînement en ce sens. A l’origine, elles servaient à protéger le porte-avions ou le BPC des menaces de vedettes rapides, qui ont été détruites par l’aviation de l’OTAN, et de sous-marins… dont la capacité opérationnelle s’est avérée nulle !

Logistique : les forces de Kadhafi ont bénéficié d’une ligne logistique par le Sud avec la Tunisie et l’Algérie. Pour tenir, celles de l’opposition ont eu un besoin vital des flux maritimes (cargos et pétroliers) par les ports de Benghazi et Misrata, puis d’une ligne logistique entre la ville pétrolière de Brega et Tripoli. Une dizaine de pétroliers ont été empêchés de se rendre à Syrte pour ne pas ravitailler les troupes de Kadhafi. Mais le maintien d’un embargo efficace a nécessité la mise en place d’une organisation, en laissant quand même passer l’aide humanitaire de première nécessité. S’il est possible d’avoir une connaissance en amont des pavillons, compagnies, ports d’origine et de destination des porte-conteneurs qui assurent des flux maritimes vers la Libye, il est beaucoup plus difficile d’identifier avec certitude l’origine des conteneurs transportés. Il a donc fallu former des équipes de visite, embarquées sur des bâtiments militaires.

Soutien : les pétroliers-ravitailleurs ont réalisé 134 ravitaillements à la mer entre Toulon et la Task Force 473 (rotations de 9-10 jours) et ont pris la relève des navires de compagnies commerciales, qui n’allaient que jusqu’à Malte. En tout, 1.000 t de vivres, 27.000 m3 de mazout pour les bâtiments et 16.000 m3 pour les avions et hélicoptères ont été acheminés sur zone. Pour assurer une disponibilité complète des moyens, les pièces de rechange ont été prélevées d’une frégate sur une autre. L’armée de l’Air a mis en œuvre un flux de pièces détachées de la métropole vers les bases OTAN de Poggio Renatico (Italie) et de La Sude (Crète). Enfin, les flux ont totalisé 2.014 personnels et 1.600 m3 de fret en entrées et 2.354 personnels et 550 m3 en sorties.

Enseignements : une forte volonté politique a facilité l’action des forces française déployées et l’engagement de pays arabes (voir « Opex : de la détermination politique à l’engagement militaire », dans les rubriques « Actualités » ou « Archives », 4-01-2012). Par ailleurs, l’amiral Coindreau estime nécessaire de progresser sur les systèmes d’information et de commandement, les liaisons de transmissions de données et aussi sur l’information opérationnelle pour contrer la désinformation de tous bords. L’Union européenne dépend encore trop des Etats-Unis pour les drones, les avions-ravitailleurs et les moyens de suppression des défenses aériennes ennemies. En revanche la coopération a été excellente dans l’échange de renseignements : l’OTAN n’a pas de service dédié et répercute tout ce que les pays membres lui transmettent. En matière de langues, les forces françaises disposaient dans leurs rangs des jeunes gens bilingues pour comprendre les conversations en arabe interceptées et pour les prises de contact locales. De plus, les responsables du Conseil national libyen anti-Kadahafi parlent correctement l’anglais. Par ailleurs, la Task Force 473 a dû maintenir une permanence sur le théâtre par des relèves de bâtiments et employer ses moyens jusqu’à un niveau critique, notamment au détriment de l’entraînement des jeunes pilotes d’aéronavale. En effet, tous les pilotes chevronnés avaient été mobilisés pour Harmattan. Enfin, « l’aiguillon de la France », qui dispose d’une chaîne de commandement ad hoc, « a fait avancer l’OTAN », indique l’amiral Coindreau, citant un général du commandement de l’Alliance en Italie pendant Harmattan.

Loïc Salmon

Philippe Coindreau, entré à l’Ecole Navale en 1979, est breveté pilote sur avions multimoteurs en 1984. Il est breveté du Collège interarmées de défense et auditeur du Centre des hautes études militaires (55ème session) et de l’Institut des hautes études de défense nationale (58ème session). Il a participé à diverses opérations : « Silure » à partir du Gabon (1985) et « Epervier » au Tchad (1987), comme pilote de Bréguet-Atlantic, et « Trident » (Kosovo) en Adriatique (1999) à bord du porte-avions Foch. De 1996 à 1998, il commande la flottille 23 F (Lann-Bihoué), chargée de la patrouille maritime en Atlantique. En 2001, il commande la frégate furtive Surcouf, qui prend part aux opérations « Corymbe », dans le golfe de Guinée, et « Héraclès » au large des côtes iranienne et pakistanaise. En 2003, il prend le commandement de la base aéronavale de Lann-Bihoué. Promu contre-amiral en septembre 2009, il est successivement adjoint au commandement de la force aéromaritime de réaction rapide à Toulon, commandant de la force maritime européenne dans l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien (août-décembre 2010) et commandant de la Task Force 473 dans « Harmattan » au large de la Libye (mars-septembre 2011).




Opex : de la détermination politique à l’engagement militaire

Fin 2011, la France déploie près de 8.000 militaires dans une vingtaine d’opérations extérieures (Opex), dont plus de 80 % dans un cadre multilatéral ou en soutien pour gérer des crises sécuritaires et humanitaires. Une table ronde, tenue le 22 novembre 2011 à Paris, a examiné le processus politico-militaire des principales en cours ou engagées depuis l’automne 2010 : « Pamir » en Afghanistan, « Harmattan » en Libye et « Licorne » en Côte d’Ivoire.

Y ont participé : Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants ; Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président de la République ; l’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Philippe Errera, représentant permanent de la France à l’OTAN ; Alain Leroy, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix.

Cette table ronde a montré le fonctionnement interne du pouvoir dans la gestion de crise : volonté politique, travail diplomatique et contribution militaire. Tous les acteurs sont complémentaires. « Il n’y a pas d’engagement opérationnel sans projet politique clair et pas de projet politique clair sans unité de commandement », déclare Gérard Longuet. Selon lui, les pays partenaires reconnaissent le professionnalisme des forces françaises, héritage de traditions, valeur, discipline dans l’action et certitude d’employer le matériel à bon escient. Une fois la décision prise par le président de la République, le ministre de la Défense entretient une relation quotidienne avec les états-majors, explique le choix au Parlement et « fait en sorte que ça fonctionne à l’intérieur ». La France intervient en Afghanistan dans le cadre d’une coalition de 49 pays, qui souhaitent que cet Etat soit « reconnu dans sa souveraineté avec le minimum de dégâts ». L’effort principal porte sur l’émergence d’une force nationale afghane (armée et police), capable aujourd’hui d’assurer l’autorité de l’Etat sur 45 % de la population. Après le retrait des troupes de l’OTAN en 2014, elle devra pouvoir garantir l’état de droit et résister à une intervention extérieure.

« L’Afghanistan d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’il était en 2001 (attentats terroristes d’Al Qaïda aux Etats-Unis) », estime Jean-David Lévitte. Par ailleurs, il a expliqué que le devoir d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays a été remplacé par la responsabilité de protéger un peuple menacé par son propre gouvernement. Trois conditions doivent être remplies : confirmation du massacre ; appels de la population et d’une organisation régionale ; mandat clair du Conseil de sécurité de l’ONU. « Sinon c’est la loi de la jungle où chaque pays pourrait intervenir chez son voisin s’il y a des troubles ». En Libye, il fallait « éviter une croisade occidentale en plein printemps arabe ». Le recours à l’OTAN, sous la direction de la France et de la Grande-Bretagne, inclut la participation de pays arabes : Jordanie, Qatar, Emirats arabes unis et Maroc. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la France, ancienne puissance coloniale, est considérée avec suspicion par un certain nombre de pays dans le monde. Le choix électoral du peuple ivoirien a été validé par l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’ONU. Des contacts ont été pris avec le Nigeria, en charge de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), pour que l’ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire), incarnant la volonté de la communauté internationale, vienne en première ligne. Le procès d’intention persistant, il a fallu une lettre du secrétaire général de l’ONU demandant à la France d’intervenir. Dans l’ensemble, « cette année (2011) a permis à la France, non seulement d’occuper pleinement son rang, mais aussi de faire progresser une certaine conception très française de l’ordre international, nous avons fait vivre par deux fois, en Libye et en Côte d’Ivoire, le concept de la responsabilité de protéger, depuis son adoption en 2005 par le Conseil des Nations unies. ».  A ce propos, Jean-David Lévitte rappelle qu’il ne peut y avoir d’intervention en Syrie sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

De son côté, l’amiral Edouard Guillaud estime qu’il n’y a pas de modèle idéal d’opération. « Nous avons eu de la chance, qui se prépare avec de l’entraînement, de bons équipements et des forces morales ». En Libye, dit-il, envoyer des troupes au sol aurait été « catastrophique dans la durée ». Il fallait une légalité internationale et la possibilité de travailler avec la Grande-Bretagne. « Le président de la République a demandé de pouvoir frapper à la demande, en moins de cinq minutes après l’accord final des chefs d’Etat. Les avions étaient déjà en vol ». Les défis militaires à relever étaient divers : dépendance des résultats diplomatiques, autorisations de survol et de stationnement en Grèce et en Italie, déplacements logistiques et coordination ave les pays alliés. « Notre système étant plus réactif que les leurs, nous avons pu frapper les premiers ». La France a déployé un porte-avions, un bâtiment de projection et de commandement, un sous-marin nucléaire d’attaque, des frégates et pétroliers-ravitailleurs, des hélicoptères, des avions F1 CR, Mirage 2000, Rafale et le Transall « Gabriel » de guerre électronique.

Pour sa part, Philippe Errera indique que le recours à l’OTAN en Libye a impliqué : des capacités accrues avec des règles d’engagement spécifiques concernant l’embargo maritime, l’exclusion aérienne et le soutien humanitaire ; la nécessité que son action fédère et n’ait pas d’effet repoussoir ; l’accord des 28 Etats membres pour que l’organisation soit un outil militaire confié au « groupe de contact ». Il a noté que le délai entre la décision politique de recourir à l’OTAN et son intervention effective a considérablement diminué : un an pour le Kosovo en 1999 et moins d’une semaine pour la Libye en 2011. « L’intervention a duré du 31 mars au 31 octobre, mandat fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Alliance Atlantique, avec zéro perte ! »

Enfin dans le cas de la Côte d’Ivoire, Alain Leroy rappelle que le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la force française Licorne à soutenir l’ONUCI en cas de besoin (résolution1975 du 30 mars 2011). En effet, « les forces françaises avaient la capacité de frapper les armes lourdes (des troupes de l’ex-président Laurent Gbabo), que l’ONUCI n’avait pas », souligne Alain Leroy. Selon lui, sans Licorne, l’intervention aurait été impossible. Grâce à l’accord de la CDEAO et de l’Union africaine, il n’y a pas eu de critiques sérieuses ni de dommages collatéraux condamnables et surtout « l’ONU a évité une tragédie de type Rwanda ».

Loïc Salmon

 De gauche à droite : Alain Leroy, Jean-David Lévitte, Gérard Longuet, l’amiral Edouard Guillaud et l’ambassadeur Philippe Errera




Exercice OTAN Citadel Guibert 2011 : la France en première ligne

Pour la première fois, le Quartier général du Corps de réaction rapide-France a conçu, planifié et conduit un exercice OTAN d’entrée en premier sur un théâtre d’opérations difficile. Il constitue une avancée technologique pour roder les procédures de travail en interalliés. Dénommé Citadel Guibert 2011, cet exercice de forces terrestres blindées et aéroportées s’est déroulé du 27 novembre au 9 décembre 2011 dans les camps militaires de Leopoldsburg (Belgique) et Sennelager (Allemagne). Il a mis en œuvre un effectif de 1.700 militaires de 36 unités de 15 pays, correspondant au déploiement initial d’une force théorique multinationale de plus de 50.000 hommes pour une mission de stabilisation dans la Corne de l’Afrique sous mandat ONU, similaire aux engagements dans les Balkans et en Afghanistan. Cette opération complexe a pris globalement en compte les grandes distances à parcourir, le soutien vie de l’effectif déployé, les ethnies et les factions religieuses et culturelles du pays d’accueil et de ses voisins, les zones hostiles, les répercussions médiatiques et les actions des organisations non gouvernementales. Citadel Guibert 2011 a nécessité un poste de commandement de 400 hommes, 190 shelters, 25 km de fibres optiques, 1.100 ordinateurs, 11 niveaux informatiques et téléphoniques différents et cinq niveaux de confidentialité. Il fait suite à l’exercice d’interopérabilité franco-britannique Flandres 2011 de juin (voir rubrique « archives » des brèves 30-6-2011). Sur le plan strictement militaire, ce type de mission interalliée de grande ampleur implique des éléments organiques de corps d’armée, des commandements interarmées des opérations aériennes et maritimes, un commandement des opérations spéciales, une composante des actions d’influence et les forces de sécurité (armée et police) du pays d’accueil.

Loïc Salmon




Libye : bilan final de l’opération Harmattan dans le cadre OTAN

L’OTAN a mis fin le 31 octobre 2011 à l’opération « Unified Protector », engagée le 31 mars contre la Libye. Mais celle dite « Harmattan », déclenchée le 19 mars par les forces aériennes françaises puis britanniques, continue jusqu’au rapatriement total des moyens français sur zone. L’Etat-major français des armées en a dressé le bilan lors d’un point de presse le 3 novembre à Paris.

La zone d’opérations française s’étend de la métropole (bases d’Avord et d’Istres) à l’Italie (Signorella), la Grèce (La Sude) et au large de la Libye. Le groupe aéronaval (porte-avions Charles-De-Gaulle, une vingtaine d’avions et une frégate) étaient sur zone du 19 mars au 12 août. En sept mois, 4.200 militaires ont été engagés avec une quarantaine d’avions et un drone Harfang, une vingtaine d’hélicoptères et une dizaine de bâtiments de soutien et de combat, dont un sous-marin nucléaire d’attaque. La permanence à la mer a été maintenue par 27 navires qui se sont relayés (1.500 jours de mer). Les opérations aériennes (armée de l’Air et aéronautique navale) ont totalisé 5.600 sorties ainsi réparties : 3.100 dites offensives, 1.200 de reconnaissance et de surveillance, 400 de défense aérienne, 340 de contrôle aérien et 580 de ravitaillement. Le Groupe aéromobile (Armée de Terre), embarqué sur un bâtiment de projection et de commandement, a assuré 90% des frappes au sol effectuées par les hélicoptères de manœuvre de l’OTAN et détruit 450 objectifs. En tout, les aéronefs français ont réalisé 25 % des sorties de la coalition, 35 % des missions offensives et 20 % des frappes au sol. L’Etat-major des armées n’a pas donné de bilan chiffré des munitions tirées. La participation des moyens déployés à Signorella, La Sude et en mer a diminué progressivement à partir du 22 octobre. Treize avions de l’armée de l’Air ont été maintenus en alerte en France jusqu’au 31 octobre. Depuis, Harmattan couvre les actions éventuelles de coopération de défense avec la Libye.

Loïc Salmon




OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

« Nous jouons un rôle de cohérence et de prise de conscience, mais pas de décisions qui sont du ressort des (28) nations membres », a déclaré le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, chef du Commandement allié pour la transformation de l’OTAN, devant l’Association des journalistes de défense le 4 octobre 2011 à Paris.

Un groupe de travail de l’OTAN a étudié des approches innovantes sur la doctrine d’emploi, l’organisation, les finances et l’opérabilité. Au vu des retours d’expériences des conflits en Afghanistan et en Libye, indique le général Abrial, plusieurs lacunes ont été reconnues en ce qui concerne la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED), le soutien médical en opérations, la maintenance des hélicoptères et l’entraînement des forces. En Libye, c’est la première fois, depuis la création de l’OTAN, qu’un pays européen assure le premier rôle, les Etats-Unis n’intervenant qu’en soutien. Le niveau des forces aériennes françaises a été jugé bon en termes d’entraînement, d’équipements, de capacité et de contrôle. Toutefois, des lacunes sont visibles dans le ravitaillement en vol, indispensable pour une opération de longue durée, et la chaîne complète de ciblage (détection, prise de décision et action). De plus, le retard de l’Europe en matière de drones est manifeste par rapport aux Etats-Unis. Les drones permettent des missions de longue durée sans risques excessifs. Mais, précise le général, une flotte aérienne ne peut se passer d’avions pilotés, «  car l’intelligence à bord n’est pas remplaçable ». En outre, l’avion de combat a une capacité d’emport plus importante et une plus grande souplesse d’emploi, grâce à l’emport de différents types d’armements. D’autre part, la coalition a préalablement sécurisé le ciel libyen. « Les drones n’auraient pas survécu dans une zone de combat contestée », indique le général Abrial, qui estime qu’il faut « plus de vecteurs globalement ».

En Afghanistan, l’OTAN doit garantir l’environnement de la population contre les IED et entraîner au mieux les forces afghanes pendant et après la période de transition d’ici à 2014 : « Si nous ne réussissons pas à bien les former, nous risquons de perdre les bénéfices de l’opération ».

Par ailleurs, l’OTAN entretient, en amont, des échanges avec 35 grandes sociétés d’armement des deux côtés de l’Atlantique et en recherche avec les petites et moyennes entreprises innovantes. La première présente sa perception de l’environnement opérationnel de demain et les secondes exposent leurs possibilités de développement technologique, en vue d’assurer des capacités aux besoins futurs des forces. L’architecture de recherche et développement fait partie de la réforme en cours de l’OTAN. « Nous ne décidons pas la prochaine crise, mais il faut être prêt », souligne le général. En outre, il faut tenir compte des coûts dans un contexte économique difficile et du choix des Etats membres entre solidarité et souveraineté : « Nous devons faire le mieux possible avec ce que l’on nous donne ». En conséquence, les projets multinationaux impliquent des choix de priorités, à harmoniser pour éviter une spécialisation rampante avec abandon de certaines capacités. Les décisions sont prises en fonction des contraintes économiques, car il faut une vision globale de l’Alliance Atlantique.

Enfin, le général Abrial a précisé que son successeur sera français. Les Etats membres se sont en effet mis d’accord sur l’attribution des postes OTAN, dont le nombre doit passer progressivement de 13.000 à 8.500.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976.

Auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale, il a notamment commandé l’escadron de chasse 2/2 Côte d’Or (1984) et la 5ème escadre de chasse d’Orange et a participé à la guerre du Golfe (1991). Il a acquis une expérience internationale à l’Académie de l’aviation américaine (1974), à l’escadre de chasse allemande Mölders (1981-84), à l’Ecole de guerre aérienne américaine (1991) et à l’état-major international de l’OTAN (1996). Nommé adjoint Air au chef d’état-major particulier du président de la République en 2000, il devient chef du cabinet militaire du Premier ministre deux ans plus tard. Commandant de la Défense et des opérations aériennes en 2005, il est promu chef d’état-major de l’armée de l’Air l’année suivante. Enfin, le 9 septembre 2009, il prend la tête du commandement allié pour la transformation de l’OTAN, situé dans la base navale de Norfolk (Etats-Unis) et où se trouvent actuellement cent militaires français. Le général Abrial est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de Guerre, de la médaille de l’Aéronautique et de diverses décorations étrangères.




Libye : bilan des opérations aériennes OTAN

Depuis le 31 mars, début de l’opération « Unified Protector » en Libye, l’OTAN déploie 230 avions de combat contre les forces pro-Kadhafi, dont il reste encore 15 % d’équipements opérationnels considérés comme « crédibles ». La situation au 15 septembre 2011 a été présentée à la presse, lors d’une visioconférence entre la base de Poggio Renatico (Italie) et le ministère de la Défense Paris, par le général de corps aérien Vincent Tesnière, adjoint au général commandant l’état-major multinational Air.

Au 31 mars, le colonel Kadhafi dispose de centaines de chars et de véhicules blindés, de lance-roquettes multiples, de 100.000 hommes, de forces spéciales et de mercenaires. L’Etat-major OTAN dédié se monte à 300 personnes. Il doit tenir compte de diverses contraintes : zéro mort de la coalition; pas de destruction d’infrastructures importantes réutilisables après le conflit ; pas de troupes au sol ; emploi sélectif des avions et de leurs missions selon les nations (10-15 appareils par pays membre) ; protection des populations sans désigner l’ennemi. Les deux états-majors OTAN de Turquie et d’Italie sont restructurés à Poggio Renatico, afin de faciliter l’échange d’informations, gage d’efficacité de l’arme aérienne. Les moyens sont concentrés au nord-ouest du pays à forte densité de population et de forces prépositionnées. La chaîne d’identification des objectifs (dépôts de munitions et centres logistiques et de commandement), de leur vérification et de la programmation de leur destruction est passée, en 5,5 mois, de plus de 3 jours à 2 à 3 heures. Au sol, les éléments pro-Kadhafi et les insurgés étant mélangés, il fallait en effet plusieurs heures pour savoir ce qu’il se passait avant d’entamer un débat au sein de l’état-major. Ensuite, la boucle renseignement/destruction d’un objectif précis a été réduite d’environ 1 heure à quelques minutes. Faute de collecte de renseignements d’origine humaine en coordination avec les insurgés (contrainte résolution 1973 ONU), précise le général Tesnière, « on a raté des objectifs et détruit deux ou trois fois des forces anti-Kadhafi ». Le ravitaillement en vol permet aux avions de combat d’effectuer des missions de 5 heures. Sur les 30 avions ravitailleurs déployés, 24 sont américains. L’utilisation des aéroports libyens reconquis par les insurgés est réservée à l’action humanitaire et aux vols commerciaux. L’opération « Unified Protector » a couvert l’ensemble du spectre du renseignement stratégique (satellites) à celui à caractère opérationnel et tactique (pods de reconnaissance sur avions de combat et drones). Grâce au pod, le pilote peut identifier dans son cockpit tous les objectifs, afin de réduire les dommages collatéraux. Le nombre de drones (deux au départ) a été accru avec l’arrivée d’unités italiennes et américaines. Le soutien des autres pays membres de l’OTAN à la France s’est aussi manifesté par la fourniture de munitions complémentaires. Enfin, les opérations d’information et psychologiques se sont déroulées parallèlement  (tracts et réseaux sociaux internet). Au 15 septembre, le dispositif français engagé (opération « Harmattan ») compte : un avion de reconnaissance AWACS ; un ravitailleur C-135 ; 5 Rafale ; un drone Harfang ; 12 Mirage 2000 ; 4 Mirage F1CR ; un avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; un bâtiment de projection et de commandement avec une vingtaine d’hélicoptères (le Tonnerre a relevé le Mistral) ; un pétrolier ravitailleur, 3 frégates ; un sous-marin nucléaire d’attaque.

Loïc Salmon




Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Depuis le déploiement d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) fin mai au large de la Libye dans le cadre de l’opération « Harmattan », les hélicoptères embarqués du Groupe aéromobile (GAM) ont mis 530 objectifs hors de combat. La situation au 22 septembre 2011 a été exposée à la presse par le contre-amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant de la Task Force (TF) 473, et le colonel Pierre Meyer, commandant le GAM, lors d’une visioconférence entre le BPC Tonnerre et le ministère de la Défense à Paris.

En plus de 300 sorties, le GAM a réalisé 37 opérations le long de la côte : 20 autour de Brega pour fixer les forces pro-Kadhafi très combatives, 10 dans la zone de Misratah pour desserrer l’étau qu’elles faisaient peser sur la population civile, 6 dans celle de Syrte où les combats contre les insurgés étaient les plus acharnés et une seule à l’ouest de Tripoli. Le BPC, précise l’amiral Dupuis, est une « plate-forme interarmées » qui embarque 600 personnes avec l’état-major de la TF 473, un hôpital de campagne, le GAM de l’armée de Terre (14 Tigre et Gazelle de combat et des hélicoptères de reconnaissance) et un détachement (Air) « resco » pour la recherche et la récupération de pilotes d’appareils éventuellement abattus. Outre le BPC, la TF 473 compte un pétrolier ravitailleur, trois frégates et un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL 2 assure des missions de reconnaissance et d’appui. Les raids aéromobiles créent un effet tactique par leurs participations à l’attrition des pièces d’artillerie et des chars et au harcèlement des forces des premier et deuxième échelons. Les hélicoptères de l’armée de Terre complètent l’action des avions de combat avec leurs propres moyens de renseignement pour se faire une idée tactique de ce qu’il se passe sur le terrain, explique le colonel Meyer, « nous pouvons faire un effort dans la durée. L’hélicoptère est imprévisible. La brutalité des frappes venant de la mer crée un effet psychologique que nous avons vérifié, même s’il n’y a pas eu beaucoup de missions ». Les renseignements viennent de l’ATL2, de satellites et d’avions de combat. Ensuite, sur le terrain, le pilote d’hélicoptère peut garantir qu’il s’agit d’un lance-roquettes ou d’un char. Le temps d’intervention entre la définition d’un objectif et sa destruction est d’une demi-heure, délai considéré comme suffisant. Un raid n’est entrepris que si la zone est favorable à l’emploi d’hélicoptères, qui vont chercher dans le détail les objectifs désignés, souvent cachés sous les arbres ou à proximité d’habitations. Les hélicoptères volent suffisamment bas pour minimiser leur détection. « En raison de l’effet de surprise, souligne l’amiral Dupuis, l’ennemi n’a que quelques secondes pour réagir ». Selon le colonel Meyer, le GAM a essuyé des tirs d’armes de petits calibres, un ou deux tirs de missiles antiaériens, mais aucun impact n’est à déplorer. Par ailleurs, la différence de concepts d’emploi des hélicoptères français (Tigre et Gazelle) et britanniques (Apache) n’a pas empêché la coopération. Celle-ci se termine, car la Grande-Bretagne a annoncé le rapatriement de ses moyens, faute d’objectifs à traiter. Toutefois, il reste des poches de résistance importantes à Syrte et Baniwalid entrant dans le domaine d’action à partir de la mer, indique l’amiral Dupuis. En outre, dit-il, l’OTAN ayant décidé le 21 septembre de prolonger de trois mois l’opération « Unified Protector » en Libye, « la France maintient son dispositif ». Depuis le 31 mars, les avions de l’OTAN ont effectué 23.550 sorties, dont 8.751 dites de « bombardement ».

Loïc Salmon

Arrivée d’un drone français à la base de l’OTAN de Poggio Renatico (Sicile).