OTAN : un Français à la tête des Services de santé

Pour la première fois, les 28 pays membres de l’OTAN ont élu un Français à la présidence du Comité des chefs de Services de santé militaires (COMEDS), en l’occurrence le médecin général des armées Gérard Nédellec, en fonction pour trois ans depuis le 1er décembre 2012. Le COMEDS conseille le Comité militaire (chefs d’état-major), subordonné au Conseil de l’Atlantique Nord (chefs d’Etat ou de gouvernement). Il participe au processus de planification de défense et coordonne les politiques, doctrines, concepts, procédures, techniques, programmes et initiatives en matière de santé sur les théâtres d’opération. Ainsi, la construction des hôpitaux est définie entre toutes les nations participantes pour éviter de dupliquer les efforts déjà entrepris. Les mêmes équipes du COMEDS travaillent avec l’Agence européenne de défense. Par ailleurs, la France et l’Italie développent une approche modulaire des hôpitaux médico-chirurgicaux. En Afghanistan, a indiqué le médecin général Nédellec au cours d’une conférence presse à Paris le 6 décembre 2012, les 50 nations partenaires ont mis en œuvre 27 hôpitaux en multinational. Celui de Kaboul disposera de 142 personnels médicaux français jusqu’à la fin de 2014. En outre, le COMEDS détermine notamment les temps de prise en charge des blessés sur les théâtres d’opération. Les normes internationales se rapprochent du principe français, en vigueur depuis trois siècles et consistant à être au plus près des blessés. Actuellement, un blessé doit pouvoir être secouru dans les dix minutes par un autre soldat, assisté dans l’heure qui suit par un médecin et se trouver au bloc opératoire dans les deux heures. Pour une blessure psychique, le « ressenti » de chaque militaire, quoiqu’individuel, dépend aussi des règles d’ouverture du feu, variable selon les pays. En conséquence, la réflexion des psychiatres sur la définition d’un syndrome (association des différents signes) est différente selon la culture de chaque pays belligérant.

Loïc Salmon




Afghanistan : la Task Force La Fayette s’en va

« Il est temps de partir. Il est temps de passer la main aux forces armées et de sécurité afghanes », a déclaré le général Eric Hautecloque-Raysz, commandant la Task Force La Fayette (TLFL) depuis avril 2012, Au cours d’une visioconférence le 14 novembre 2012 entre Kaboul et le ministère de la Défense à Paris, il a dressé le bilan de son mandat, marqué notamment par la visite du président de la République François Hollande (25 mai), les transferts de la sécurité des provinces de Surobi (12 avril) et Kapisa (4 juillet), les départs des bases de Tora (31 juillet) et Tagab (30 septembre). Les séjours des militaires français varient désormais de 3 à 8 mois. Entre le 3 juin (ordre de désengagement) et le 30 septembre (sortie de la zone la plus exposée), la TLFL a réalisé 224 opérations et 47 convois de désengagement. Le général Hautecloque-Raysz estime que l’armée nationale afghane, capable d’une grande résilience, a accompli « un effort majeur » pour sensibiliser la population et les forces de sécurité afghanes à la menace des engins explosifs improvisés. Ses chefs tentent d’éviter les pertes collatérales civiles et de protéger leurs soldats. Selon le général, les 7.500 militaires et policiers afghans déployés en Kapisa et Surobi ont les moyens de les sécuriser : planification  d’état-major autonome, maillage policier complet et coordination aux niveaux provincial et de district. Les insurgés, évalués à 450 à 600 talibans, sont devenus minoritaires et ne seront bientôt plus protégés par la verdure en raison de l’approche de l’hiver, particulièrement rigoureux en Afghanistan. Au 12 novembre, la TFLF comptait encore 2.200 militaires et le bilan de son retrait s’établissait à 164 vols, 4 navires affrétés et plus de 500 matériels roulants et 400 conteneurs. Le désengagement se déroule conformément au calendrier (voir rubrique « Archives » : « Afghanistan, retrait des troupes combattantes en bon ordre » 5-9-2012).

Loïc Salmon

 




Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

L’OTAN est la seule organisation politico-militaire apte à mener des opérations d’envergure et « la France y a une position influente et respectée ». Tel est l’avis du général Stéphane Abrial, chef du « Commandement suprême allié de la transformation » (CSAT) de l’OTAN.

Au cours d’une conférence organisée, le 13 septembre 2012 à Paris, par l’Association des journalistes de défense, il a souligné l’importance d’en faire vivre les réseaux et d’utiliser cette influence au mieux.

La perception américaine. Le fait que la France soit le deuxième pays contributeur de l’état-major du CSAT, après les Etats-Unis, est considéré à Washington comme une meilleure prise en compte du fardeau de leur défense par les Européens. « Les Etats-Unis souhaitent une Europe forte ». Le renforcement de leur intérêt pour l’Asie-Pacifique ne signifie pas un abandon de l’Europe : le Corps de déploiement rapide de l’OTAN y reste implanté (bases en Italie, Allemagne et Espagne). Par ailleurs, la France a toujours maintenu son intérêt pour la zone Pacifique. En ce qui le concerne, le général Abrial peut s’adresser directement au Pentagone (secrétaire à la Défense, chef d’Etat-major interarmes et leurs adjoints), au département d’Etat (ministère des Affaires étrangères), au Congrès (Parlement), au monde universitaire et aux « Think Tanks » (institutions privées à but non lucratif regroupant des experts en matière de politiques publiques).

Les partenariats. La relation de l’OTAN avec la Russie, son principal partenaire, fonctionne bien malgré quelques passages à vide (Géorgie) et divergences (Libye), précise le général Abrial. Toutefois, la coopération dans la lutte anti-missiles est difficile, car la Russie estime que cette défense donne à l’OTAN une trop grande visibilité sur sa dissuasion nucléaire. Pourtant, le CSAT est parvenu à développer des échanges au niveau Ecole de guerre (officiers supérieurs élèves), au cours des trois dernières années. En mars 2012, son chef s’est rendu à Moscou et y a noué de « bons contacts » avec le ministre de la Défense et le chef d’Etat-major des armées… qu’il a invité à venir à Norfolk. L’OTAN coopère avec l’Agence européenne de défense dans les domaines de la capacité médicale en opération et du ravitaillement en vol, pour éviter les duplications et renforcer les capacités européennes (voir rubrique archives : AED, 15-8-2012). La Grande-Bretagne compte sur l’OTAN (28 pays) pour compenser la réduction importante de ses moyens militaires. Depuis le 1er juillet, le CSAT est responsable de l’entraînement collectif, en vue d’une plus grande cohérence et, à terme, d’une plus grande efficacité. Il apporte son soutien aux exercices demandés par le « Commandement allié Opérations » (planification, exécution et évaluation). Chaque pays membre organise la formation et l’entraînement de ses forces armées. Mais, seule l’OTAN peut monter des exercices de grande ampleur dans un cadre multinational.  En ce sens, l’opération « Unified Protector » au large de la Libye en 2011 a constitué un test en vraie grandeur (revue téléchargeable septembre 2011 p.11-12). Selon le général Abrial, elle a démontré que l’OTAN peut décider en quelques jours, alors qu’il lui a fallu des mois pour les opérations au Kosovo (1999) et en Bosnie (1995). Ensuite, les Etats-Unis ont constaté, avec satisfaction, que des Etats européens sont prêts à s’engager et même à prendre la direction des opérations. Enfin, les pays européens devront combler leurs lacunes capacitaires constatées en matière de drones, ravitailleurs en vol, renseignement, surveillance, ciblage  (désignation d’objectifs, attaque et évaluation des effets) et stocks de munitions de précision. Celles-ci concernent tout ce qui permet une frappe d’une précision d’un mètre avec la garantie de réduire au minimum les dégâts collatéraux. En Afghanistan, en dix ans et à un prix élevé, les forces de l’OTAN ont atteint un niveau inégalé d’interopérabilité au combat. Il s’agit désormais de le maintenir et de l’adapter aux nouvelles menaces par la formation, l’entraînement et les exercices majeurs, malgré la crise économique.

Les conséquences. Depuis trois ans, les autorités militaires françaises ont pris en compte le retour au commandement militaire intégré de l’OTAN, notamment dans la formation à l’Ecole de guerre de Paris (archives : Coalition 2012, 25-4-2012). A ces stagiaires qui occuperont des fonctions élevées d’état-major, le général Abrial fait plusieurs recommandations : être à l’aise en anglais, à l’écrit et à l’oral, afin d’être lu et écouté ; pouvoir débattre en public en anglais, pour faire passer ses idées au bon moment ; examiner les documents OTAN pour saisir comment les questions sont traitées ; nouer des contacts avec les officiers stagiaires étrangers ; demander une affectation à l’OTAN pour comprendre d’autres modes d’action, car « ce qui est évident pour nous ne l’est pas pour d’autres ».

Budget en baisse. Alors que, presque tous les pays augmentent leurs dépenses militaires, les pays occidentaux les diminuent. L’OTAN en subit les conséquences. La révision globale de la structure de commandement, entreprise depuis dix-huit mois, conduit à la suppression de onze agences de l’Alliance atlantique. Au 1er décembre 2012, il n’en restera que trois : acquisition et suivi des matériels ; systèmes d’information et de combat ; soutien des forces. A la même date, les effectifs auront été réduits de 30 % pour descendre… en dessous de 9.000 personnes !

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial dirige le « Commandement suprême allié de la transformation » (CSAT) de l’OTAN depuis le 9 septembre 2009, année où la France a décidé de participer pleinement aux structures de l’OTAN après son retrait de la structure militaire intégré en 1966. Sa fonction a été attribuée, à partir du 28 septembre, au général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, son successeur à la tête de l’état-major de l’armée de l’Air. Le CSAT dirige la transformation continue des structures, des forces, des capacités et des doctrines militaires de l’OTAN, menée pour en améliorer l’efficacité. En coopération avec le Commandement allié Opérations, il analyse les besoins opérationnels de l’OTAN, afin de déterminer la nature et l’importance des besoins futurs en matière de capacités d’interopérabilité et de les classer par ordre de priorité, dans le but de contribuer au processus global d’établissement des plans de défense de l’OTAN. Chargé de l’étude de nouveaux concepts et doctrines d’emploi, le chef du CSAT supervise les expériences effectuées et le soutien apporté à la recherche, au développement et à l’acquisition de nouvelles technologies et capacités. Enfin, au 1er décembre 2012, le CSAT, qui a son siège à Norfolk (Etats-Unis), comptera 1.050 personnels, dont 100 Français.




Afghanistan : retrait des troupes combattantes en bon ordre

La planification du retrait des forces françaises d’Afghanistan prévoit de laisser 1.500 personnels sur place fin 2012, ramenés à 700 en juillet 2013 puis à 400 au mois d’octobre suivant. Selon l’Etat-major des armées, les effectifs sont passés de 3.400 militaires en mai 2012 à 2.950 fin août, plus 150 gendarmes. Le dispositif de rapatriement prévoit plusieurs options. Le transport aérien direct dépend de la saison, car les avions gros porteurs Antonov peuvent embarquer 80-100 t en hiver, mais seulement 20-30t en été. La voie mixte prévoit des rotations aériennes vers un port du golfe Arabo-Persique, puis un acheminement par mer. Enfin, la voie routière vers le nord et vers le sud est envisagée. Une bonne organisation est indispensable pour anticiper les attaques éventuelles de talibans désireux de perturber l’opération. Le format du bataillon d’hélicoptères, chargés de l’appui aux forces françaises et afghanes et de la protection des unités, évolue. Entre janvier et fin août 2012, le bilan du rapatriement s’établit à 110 vols, plus de 350 matériels roulants, plus de 300 conteneurs et 3 navires civils affrétés. Au 1er janvier 2013, outre 50 gendarmes instructeurs des forces de sécurité afghanes, 1.500 militaires seront répartis entre  Douchanbé (détachement Air) et Kaboul. A partir de 2014, environ 400 militaires seront stationnés à Kaboul pour assurer, au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité, des fonctions de protection, d’état-major auprès des forces afghanes, de soutien santé et de formation dans le cadre de l’opération « Epidote ». Celle-ci, qui a concerné plus de 6.000 officiers afghans depuis 2004, consiste à leur donner des formations initiale, d’état-major et spécialisées (renseignement et administration).

L.S




Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Un contexte géostratégique éclaté, l’abandon quasi généralisé de la conscription en Europe, l’idée de nation en crise, le poids de l’opinion publique et la toute-puissance du Conseil de sécurité de l’ONU quant à l’usage de la force font que beaucoup de militaires européens se sentent plus fonctionnaires de l’OTAN que « défenseurs de la cité ».

Le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées françaises et président du Comité militaire de l’Union européenne, s’est exprimé sur tout cela à Paris au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2012, puis lors d’une conférence tenue le 18 juin à l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le contexte géostratégique a explosé depuis vingt ans. La plupart des pays européens ont délégué leur défense à l’OTAN, c’est-à-dire aux Etats-Unis qui fournissent en effet 50 % du financement mais 80 % des moyens militaires. Ils ont donc de moins en moins la capacité de dire leur mot sur les choix militaires américains, d’autant plus que leurs budgets de défense diminuent. En Afghanistan, les responsables politiques européens n’osent pas dire non aux Etats-Unis mais, sous la pression de leurs Parlements, ils font faire de la figuration à leurs troupes, sauf en ce qui concerne la France, la Grande-Bretagne et le Danemark. La médiatisation du conflit suscite l’émotion et, par voie de conséquence, la tentation de remettre la stratégie en cause. Par ailleurs, le déroulement d’une opération extérieure peut devenir l’objet d’un débat de politique intérieure. En Libye, sous la pression de l’opinion publique quant au sort d’une population menacée, l’opération « Harmattan » a été décidée dans l’urgence, sans prendre le temps de définir le projet politique indispensable à la gestion de sortie de crise. Toutefois, son succès technique présente des avantages : pas de pertes pour la coalition et peu de victimes civiles grâce à la précision des armes ; l’absence de déploiement au sol a évité de passer pour une armée d’occupation ; les factions locales ont effectué le « sale boulot ». Mais, aucune opération ne ressemble à une autre pour servir de modèle aux suivantes. Par ailleurs, depuis 1990, presque tous les pays européens ont le sentiment que plus rien ne les menace, sauf dans les Balkans où leurs troupes sont présentes depuis 1992. La lutte contre le terrorisme relève plus de la police que des armées. Cependant, les Etats baltes, la Pologne et la Roumanie redoutent la puissance de la Russie. Celle-ci, qui a réussi sa contribution à l’indépendance de l’Ossétie du Sud par rapport à la Géorgie, reste attachée à l’ancien espace soviétique et à la grandeur attribuée à son ancienne puissance militaire. Par ailleurs, elle estime que le projet de défense anti-missiles de l’OTAN menace sa capacité de dissuasion nucléaire. Ce projet affecte également la France et la Grande-Bretagne, car leur dissuasion nucléaire leur assure la sécurité et aussi un statut de grande puissance.

Le vague-à-l’âme des militaires européens résulte du flou du retour de la guerre depuis 1945, à l’exception des conflits des Balkans, de la décolonisation, de l’Irak et de l’Afghanistan. S’y ajoute le flou des missions au niveau de l’OTAN et de l’Union européenne. Les documents de base existent, mais la stratégie de sortie de crise n’est pas définie et les règles d’ouverture du feu diffèrent. En effet, chaque pays se réserve le droit de les modifier pour ses troupes et peut exercer des interférences nationales dans la chaîne de commandement d’une coalition, sources de frustrations et de malentendus. Par ailleurs, l’ONU ne se connaît pas d’ennemi mais se découvre tout à coup un adversaire, car elle ne disposait pas de services de renseignement jusqu’à récemment. Ses troupes, tenues de respecter les lois internationales, se trouvent face à des civils qui prennent les armes au dernier moment, des attentats suicides, des embuscades et des miliciens qui tuent surtout des femmes et des enfants. En Afghanistan, la relève tous les six mois des troupes de l’OTAN entraîne la perte des liens avec la population… qu’il faut reconstruire ! La majorité des contingents européens font essentiellement de l’autoprotection. De plus, le retrait annoncé de ce théâtre donne aux militaires européens l’illusion, déstabilisante, qu’il n’y aura plus d’opérations extérieures par la suite. Par ailleurs, celles-ci consomment les crédits destinés à l’entraînement en Europe, devenu insuffisant. Enfin, la numérisation de l’espace de bataille, projet déjà lancé par quelques pays européens, favorise une guerre virtuelle et l’emprise croissante du commandement à tous les niveaux, qui déresponsabilise de fait les échelons subalternes.

Les valeurs militaires spécifiques, à savoir l’abnégation, le courage, la solidarité, la discipline, l’honneur et le patriotisme, ainsi que le droit de tuer avec le risque d’être tué apparaissent décalés par rapport à la société civile, pour qui la vie humaine est la valeur suprême. Le patriotisme se forge chez les jeunes recrues au cours des opérations et se cristallise autour des morts et des blessés. En outre, les armées, bien considérées par 80 % de la population française, constituent un facteur d’intégration pour les jeunes défavorisés. Toutefois, elles doivent faire face à un phénomène nouveau : la « judiciarisation », susceptible de conduire, chez les militaires, à l’abandon de l’idée de sacrifice personnel pour la sécurité de la communauté et au sentiment d’être « lâché par l’arrière ». Outre le risque d’arbitraire d’un juge, la condamnation d’un officier ou d’un sous-officier pour son action au combat pourrait avoir comme conséquences l’hésitation du combattant et l’inhibition du commandement, remettant ainsi en cause une opération.

Loïc Salmon

Le général d’armée (2S) Henri Bentégeat  a été chef de l’état-major particulier du président de la République (1999-2002) puis chef d’Etat-major des armées (2002-2006). Saint-Cyrien (1965), il choisit les Troupes de marine puis entre à l’Ecole d’application de l’arme blindée cavalerie. Licencié en Histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Ecole supérieure de guerre (1985), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut de hautes études de défense nationale (1992). Au cours de sa carrière, il a effectué des missions opérationnelles au Tchad et en République Centrafricaine, commandé le Régiment d’infanterie de chars de marine et les Forces armées aux Antilles. Attaché de défense adjoint à l’ambassade de France à Washington (1990), il a été aussi directeur adjoint de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense (1992) et président du Comité militaire de l’Union européenne (2006-2009). Auteur du livre « Aimer l’armée, une passion à partager » (2011), il est aujourd’hui membre de l’Association nationale maréchal Lyautey (photo) et de l’association EuroDéfense-France. Titulaire de nombreuses décorations étrangères, le général Bentégeat est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite.




OTAN : sommet de Chicago

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’OTAN ont fait le point sur la situation en Afghanistan et dans les autres théâtres. En outre, ils ont pris des décisions sur les capacités nécessaires à la défense collective, la gestion des crises et la sécurité coopérative, lors du sommet qui s’est tenu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. Des communiqués communs ont recensé leurs décisions et objectifs d’ici à 2020.

Pour l’Afghanistan, ils ont rappelé que la responsabilité totale de la sécurité sera transférée de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) aux forces de sécurité nationales afghanes (ANSF) d’ici à la fin 2014. Courant 2013, la mission de la FIAS évoluera du combat à la formation, au conseil et à l’assistance. Après 2014 et à la demande du gouvernement afghan, l’OTAN apportera un soutien politique et conseillera les ANSF, y compris les forces spéciales, mais « ce ne sera pas une mission de combat ». Les mécanismes de financement seront basés sur la flexibilité, la transparence, l’obligation de rendre compte et le rapport coût/efficacité, avec des mesures anti-corruption.

Les autres théâtres ont été évoqués. La capacité de la KFOR au Kosovo sera maintenue pour, notamment, soutenir la mission « Etat de droit » menée par l’Union européenne (UE). Les enseignements tirés de l’intervention en Libye, menée sous mandat de l’ONU et avec le soutien de la Ligue des Etats arabes, seront intégrés dans les plans de l’OTAN. La lutte contre la piraterie au large de la corne de l’Afrique a été prolongée jusqu’à la fin 2014, en coopération avec l’UE (opération « Atalante »). A la demande de l’Union africaine (UA), son soutien à sa mission en Somalie (AMISOM) est poursuivi dans les domaines des transports maritime et aérien stratégiques et le développement des capacités de la future force africaine de l’UA. L’opération maritime « Active Endeavour » contre le terrorisme est maintenue. En coopération avec l’ONU, l’OTAN entend faire appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la protection des femmes et des enfants dans les situations de conflit, où ils font l’objet de recrutement, de violences sexuelles et d’attaques ciblées. L’OTAN continue de collaborer avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans la prévention et la résolution des conflits, le relèvement de pays affectés par un conflit et la réponse aux nouvelles menaces de sécurité aux niveaux politique et opérationnel. Les négociations se poursuivent avec la Macédoine, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Géorgie en vue de leur adhésion à l’OTAN. La coopération avec la Russie porte sur : les arrangements de transit dans les deux sens pour la FIAS en Afghanistan ; l’affectation de fonds à la maintenance des hélicoptères des ANSF ; la formation conjointe de personnels de lutte contre la drogue venus d’Afghanistan, d’Asie centrale et du Pakistan ; la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime ; l’échange d’informations sur les capacités de défense antimissiles.

Les capacités atteintes et à réaliser à l’horizon 2020 ont été définies à la suite de l’adoption d’un nouveau concept stratégique, lors du sommet de Lisbonne (19-20/11/2010). Face à la prolifération des missiles balistiques, la capacité intérimaire de défense antimissiles est considérée comme une première étape de la mise en place d’un système de défense antimissiles de l’OTAN pour protéger le territoire, la population et les forces de tous les pays européens membres. Cela implique un partage équitable des risques et charges, compte tenu du niveau de la menace, de la capacité de soutien financier et de la faisabilité technique. Un système allié de surveillance terrestre, très sophistiqué, est en cours de déploiement. Plusieurs pays alliés (non cités) ont lancé une initiative de grande ampleur visant à améliorer le renseignement, la surveillance et la reconnaissance interarmées. La mission de police du ciel dans les Etats baltes est prolongée.

A l’horizon 2020, les  forces de l’OTAN devront être étroitement interconnectées, équipées, formées, entraînées et commandées, afin d’agir ensemble et avec des partenaires dans n’importe quel environnement. La coopération existe déjà dans le transport aérien stratégique et les systèmes aéroportés de détection et de contrôle. Il convient de maintenir une industrie européenne de défense forte et de faire le meilleur usage du potentiel de coopération industrielle entre Alliés pour la mise en place des capacités nécessaires à une « défense intelligente » (« smart defence » en  anglais). Celle-ci repose notamment sur des projets multinationaux pour améliorer la protection des forces, la surveillance et l’entraînement, en vue d’une plus grande efficacité opérationnelle, d’économies d’échelle et d’une interconnexion plus étroite. L’OTAN et l’UE feront en sorte que l’initiative de défense intelligente de l’Alliance atlantique et l’initiative de défense européenne de mutualisation et de partage se complètent et se renforcent mutuellement. Les efforts de l’UE ont été reconnus en matière de ravitaillement en vol, soutien médical, surveillance maritime et formation. L’importance des connexions entre les forces des Etats membres et d’autres pays partenaires (pays européens non membres et pays arabes) a été démontrée lors de la  phase aérienne de l’intervention en Libye en 2011. En outre, les pays membres de l’OTAN vont renforcer la coopération entre leurs forces spéciales, notamment par l’intermédiaire de l’Etat-major des opérations spéciales de l’OTAN. Enfin, la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN sera améliorée par une utilisation plus intensive de sa Force de réaction.

Loïc Salmon

En Afghanistan, « notre mission en termes d’action et de combat est terminée », a déclaré le président de la République François Hollande, au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’OTAN à Chicago le 21 mai. Il a rappelé que la France déplore 83 militaires tués et de nombreux blessés depuis 2001. Les troupes combattantes, soit la majeure partie des 3.400 militaires déployés, auront quitté le pays d’ici au 31 décembre 2012. Ensuite, des personnels participeront à la formation de la police et de l’encadrement de l’armée afghane et procéderont au rapatriement du matériel via l’Ouzbékistan et le Pakistan, une fois obtenus les accords de transit. Après 2014 et conformément au traité franco-afghan signé en janvier et qui doit être ratifié à l’automne, la France apportera « un soutien civil à l’accès au développement, à l’éducation, à la santé et à l’émancipation des femmes », a précisé le président. Enfin, il a estimé avoir reçu les garanties nécessaires pour adhérer à la défense antimissiles balistiques, autre dossier important du sommet de l’OTAN.




Afghanistan : nouvelle posture de la Brigade La Fayette

Le transfert de la défense et de la sécurité du territoire aux forces afghanes, entamé depuis octobre 2011, doit être progressif pour déterminer une prise de conscience de leur légitimité qui, à son tour, inspirera confiance à la population, estime le général Jean-Pierre Palasset, commandant de la brigade française La Fayette en Afghanistan.

Le général a fait un point de situation le 29 mars 2012, au cours d’une visioconférence entre le camp de Nijrab et la salle de presse du ministère de la Défense à Paris. Selon lui, pour que les forces gouvernementales puissent vaincre les insurgés, la brigade La Fayette doit relever trois défis : continuer de combattre avec elles ; encourager leur autonomie; planifier et conduire la transition.

Les modes d’action des insurgés s’adaptent en permanence à la situation et se cumulent : harcèlement, engins explosifs improvisés, attaques complexes, attentats suicides, véhicules piégés, tirs fratricides et manifestations. Chaque année, après l’hiver, les agressions reprennent en mars et avril, puis diminuent en mai en raison de la récolte du pavot pour la préparation de l’opium. Toutefois, le pavot n’est pas cultivé dans les zones tenues par la brigade La Fayette, précise son commandant. L’ANCOP (Afghan National Civil Order Police), équivalente de la gendarmerie mobile ou des CRS français, se charge de vérifier les zones de culture. La brigade a anticipé la période délicate de reprise des agressions en densifiant les points d’observation dans les vallées qu’elle contrôle. La guérilla tente toujours d’occuper la « zone verte » de la vallée de Tagab, afin de s’imbriquer dans la population et faire pression sur elle.

L’armée nationale afghane (ANA) a massivement recruté et peut désormais passer à une sélection plus sévère, d’après le général Palasset. « En trois à quatre ans, il fallait monter en puissance, créer une armée, la former et l’équiper ». Aujourd’hui, une division d’infanterie d’environ 6.000 hommes est capable de mener seule l’action principale d’une opération, qui repose sur quatre piliers : planification et conduite ; renseignement et appui aérien ; évacuation des blessés par hélicoptères ; réserve prête à intervenir. La brigade La Fayette apporte un appui au commandement et « laisse faire » l’ANA pour qu’elle devienne légitime et crédible. Celle-ci, bien équipée par les Etats-Unis, va aussi récupérer une partie des matériels de la Grande-Bretagne. La France compte rapatrier le maximum de ses matériels majeurs. Les pays qui laisseront des équipements militaires devront prendre en compte  la formation du personnel local sur ceux-ci et la maintenance de ces matériels, indique le général.

Les infiltrations de l’ANA par les talibans ont entraîné, dès la fin 2011, des mesures de contrôle du recrutement et de vérification du personnel par le ministère afghan de la Défense. La Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) a renforcé la capacité de l’ANA à identifier les talibans infiltrés, les soldats qui se sont radicalisés et les malades mentaux. La brigade La Fayette s’est concertée avec les unités afghanes dont elle à la charge « pour éviter la défiance qui nous aurait coupés de nos partenaires ». Les officiers et sous-officiers de l’ANA comprennent ces mesures de protection, mais il est plus difficile de savoir ce que pense la troupe. Toutefois, « l’expérience nous a appris à dépasser cette épreuve sans passer à la psychose ».

Le retrait d’Afghanistan de la brigade La Fayette s’effectue « de manière déterminée », souligne le général. Les drones Harfang et leurs opérateurs ont été rapatriés en février (voir « Archives » 14-03-2012). Toutefois, la brigade dispose encore de SDTi (système de drones tactique intérimaire) et de DRAC (drones de renseignement au contact) et peut faire appel aux drones de la FIAS. Les missions des forces spéciales sont conduites de nuit. Les relèves se font par l’aéroport de Kaboul et la base aérienne de Bagram, tous deux à l’abri des tirs indirects jusqu’à 2.000-3.000 m. Les menaces de missiles d’une portée de 5.000 m, dont sont équipés les talibans, ne perturbent pas encore le rythme des relèves. Les avions de chasse concentrent donc leurs efforts sur l’appui des troupes au sol. Parmi les districts que contrôle la brigade La Fayette, deux sont particulièrement sensibles car l’insurrection locale est attisée par le rejet de l’étranger. Le tempo de redéploiement de l’opération « Pamir » en Afghanistan reste du ressort du président de la République. « Nous sommes prêts à toute éventualité, car nos études prennent en compte toutes les hypothèses », conclut le général Palasset.

Loïc Salmon

Depuis la décision présidentielle du 27 novembre 2011 de retirer progressivement les forces françaises d’Afghanistan avant 2014, trois retraits de 200 hommes chacun ont eu lieu en octobre 2011, novembre-décembre 2011 et mars 2012. Les 3.400 militaires restants participent à la sécurisation des provinces de la Surobi et de la Kapisa, au soutien des forces de sécurité afghanes et à la montée en puissance de l’armée nationale afghane (formation et accompagnement sur le terrain). Depuis son engagement en 2001 au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, la France  perdu 83 militaires en mission.




Marine nationale : Harmattan, les BPC en action

Pendant l’opération Harmattan en 2011, les Bâtiments de projection et de commandement (BPC) Mistral et Tonnerre se sont succédé sur zone à proximité de la Libye pour remplir une mission importante de la Marine : la projection de puissance et de force.

Le capitaine de vaisseau Philippe Ebanga, commandant du Tonnerre à l’époque, a relaté cette aventure humaine, technique et opérationnelle à l’occasion d’une conférence organisée, le 3 avril 2012 à Paris, par le Club Sup Mer. Le vice-amiral Jean-Louis Vichot, directeur du Centre d’études supérieures de la marine, est également intervenu.

Avant la Libye, le Mistral avait évacué 8.000 Libanais de Beyrouth lors de l’opération « Baliste » (juillet 2006-février 2008). Cinq ans plus tard, il est envoyé en Côte d’Ivoire. Lui puis le Tonnerre, qui l’a relevé, ont été positionnés quatre mois devant le port d’Abidjan en appui des forces françaises de l’opération « Licorne », qui protégeaient les ressortissants étrangers. Comme tous les ports et aéroports du pays étaient fermés, les caisses de ravitaillements ont été parachutées à proximité du BPC, récupérées à bord puis transportées à terre sur des chalands de débarquement. Le Tonnerre est ainsi resté 63 jours d’affilée devant Abidjan jusqu’à l’issue de la bataille finale. A peine de retour à Toulon, il a dû repartir le 17 mai pour relever le Mistral au large de la Libye, où il est resté deux mois en zone de guerre. Pendant tout ce temps, les membres de l’équipage ont eu peu de communications avec leurs familles.

L’opération Harmattan a été précédée d’observations par satellites et de reconnaissances (vidéos et écoutes électromagnétiques) par un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Du côté français, l’opération a mobilisé six SNA (dont un à deux reprises), un porte-avions, deux BPC et six frégates. Des missions ont été interrompues en Atlantique. En océan Indien, les avions de patrouille maritime ATL2, engagés dans l’opération « Atalante » contre la piraterie, ont été retirés et les frégates ont été remplacées par des patrouilleurs de haute mer. Le porte-avions Charles-De-Gaulle et le BPC Tonnerre ont passé 38 jours en situation de combat. Ce dernier a bénéficié de conditions météorologiques, océanographiques et géographiques favorables. Il a constitué une « bulle » de sécurité de 5 km de diamètre… sous la seule responsabilité de son commandant. Au-delà, c’est du ressort de l’état-major embarqué de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT). Le transfert de responsabilité se fait lors de la mise en œuvre tactique des hélicoptères. Il s’agit d’abord de mettre les bons hélicoptères au bon moment et au bon endroit sur le pont d’envol, afin de partir en opération à l’heure dite. Malgré l’aide de l’informatique, les « chiens jaunes » (personnels du pont d’envol) sont indispensables au bon déroulement de la mission. Un hélicoptère de l’armée de l’Air assure la recherche et le sauvetage de l’équipage d’un hélicoptère d’assaut abattu lors d’une attaque. La planification d’une mission d’aérocombat se fait entre midi et le coucher du soleil. Ensuite, escorté par un SNA et une frégate, le BPC s’approche au plus près des objectifs, tous feux éteints, en silence radio et avec la lumière infrarouge comme unique éclairage. La côte est visible du bord. De sept à douze hélicoptères Tigre, Puma et Gazelle partent effectuer des frappes. Pendant le transit au dessus de la mer, ils sont précédés d’un hélicoptère Lynx Marine, qui retourne ensuite se poser sur sa frégate d’origine. Les adversaires, qui les entendent arriver sans les voir, sortent de leurs bunkers. De 23 h à 05 h, l’équipage du BPC est maintenu aux postes de combat, prêt à réagir en cas d’attaque, de sinistre (incendie) ou de crash d’hélicoptère. Les aéronefs, qui reviennent plusieurs fois se ravitailler en munitions, restent vulnérables même de nuit. Les pilotes, équipés de lunettes de vision nocturne, reviennent épuisés, car ils ont essuyé des tirs. Tout le monde doit être récupéré au petit matin. C’est la première fois que des hélicoptères sont utilisés de cette façon au sein de l’OTAN.

Les spécificités du BPC ont été ainsi validées par une opération de guerre. Porte-hélicoptères d’assaut, ce bâtiment déstabilise l’adversaire en se déplaçant le long de la côte. Intégrateur interarmées avec les hélicoptères de l’ALAT, centre de communications connecté à tous les réseaux classifiés de l’OTAN, il est au cœur d’un dispositif maritime qui doit durer sur zone : un pétrolier-ravitailleur (munitions, carburant, nourriture) ; des frégates anti-aérienne et anti-sous-marine d’escorte, qui ont eu l’occasion de tirer contre la terre pour protéger le transit des hélicoptères ; un SNA. Pourtant, il reste très vulnérable aux batteries côtières de missiles et aux mines. Pendant le transit de 48 heures de Toulon au golfe de Syrte, l’équipage du Tonnerre (180 personnels) a dû intégrer 500 militaires venus de différentes unités et qui ne se connaissaient pas entre eux. Pour le stockage, il a été épaulé par le soutien aéronautique pour éviter les accidents dus à l’incompatibilité des chargements (munitions, missiles, combustibles). Un pilote de l’aéronavale a formé les équipages de l’ALAT aux procédures aéronautiques d’un navire en mer et au tir des munitions depuis la mer. Le plus difficile a été la validation des qualifications à l’appontage de nuit, tous feux éteints et en silence radio. Le commandant du BPC a autorité sur tous, sauf l’état-major de l’ALAT embarqué. Il valide ces qualifications… qui n’ont pas été décernées à tous les pilotes ! Il a aussi dû gérer la « guerre médiatique », qui a contribué à la guerre psychologique à quelques km des côtes. Au début, il n’y a pas eu de communications, puis un voyage de presse a été organisé pour les équipes des chaînes nationales de télévision : un beau sujet pour le journal de 20 h !

Loïc Salmon

Sept pays dans le monde disposent, ou disposeront à court terme, de porte-hélicoptères : les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud, la France (trois bâtiments de projection et de commandement, BPC), l’Espagne (bientôt), l’Australie (bientôt) et la Russie (deux BPC en construction en France et livrables en 2014 et 2015). Les BPC Tonnerre et Mistral (photo) ont participé à l’opération Harmattan. Le Dixmude effectue sa traversée d’endurance dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc (voir « Archives » 29-02-2012). Un BPC a une longueur de 199 m, une largeur de 32 m, un tirant d’eau de 6,20 m, une hauteur de 60 m et un déplacement de 22.000 t. Son pont d’envol de 5.200 m2 peut recevoir tous les types d’hélicoptères en service dans le monde, y compris le convertible américain V-22 Osprey. Son radier embarque divers types de chalands de débarquement, dont 2 LCAC (véhicules de débarquement sur coussin d’air) américains dont les essais, concluants, ont eu lieu pendant Harmattan. Son hangar accueille des véhicules blindés et des chars sur deux ponts (voir « écorché » dans revue téléchargeable décembre 2010, p.7). Par ailleurs, le BPC peut se transformer en navire-hôpital (70 lits) ou en poste de commandement de théâtre (850 m2 disponibles pour un état-major interarmées embarqué). Enfin, le bilan du Groupe aéromobile engagé dans Harmattan a déjà été présenté : voir « Archives » du 28-09-2011.




Libye : Retex de l’armée de l’Air

Pendant l’opération Harmattan au large de la Lybie, l’armée de l’Air, disponible à 92 %, a dû combiner réactivité,  allonge endurance, polyvalence et précision. Le colonel Jean Rondel, chef de l’état-major opérationnel du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, a présenté un retour d’expérience (Retex) à froid, au cours d’une conférence organisée, le 15 mars 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Préparation et déroulement : les opérations aériennes en Libye ont duré plus de sept mois, contre deux mois et demi au Kosovo (1999) et un mois pendant la guerre du golfe (1991). Elles ont été initiées par la France et la Grande-Bretagne le 19 mars, avant de passer sous commandement OTAN le 1er avril (revue téléchargeable septembre 2011, p.11-12). Pour la première fois, elles ont été exercées au profit de forces terrestres étrangères (le Conseil national libyen, CNT), morcelées et sans véritable coordination. Avant le début des combats, la France a évacué, le 22 févier en deux missions Airbus A-340, les ressortissants européens (400) résidant dans les grandes villes. La Grande-Bretagne a envoyé, par avions de transport tactique Hercules, des forces spéciales récupérer ceux qui étaient dispersés dans le pays. Pour la première fois, le Commandement du transport européen (Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas), opérationnel fin 2010, a été mis en œuvre. L’Allemagne a participé à la logistique, mais pas aux frappes. La logistique a inclus le largage de sacs de riz et d’armes et équipements aux forces du CNT, en coopération avec le Qatar et les Emirats arabes unis. Pour la première fois, les Etats-Unis ont participé aux premières frappes (missiles de croisières navals et quelques raids aériens), puis se sont limités à l’appui : lutte anti-radar, ravitaillement en vol (75 %) et renseignement. Avec les ravitaillements en vol, les avions de reconnaissance ont poursuivi et surveillé les bandes armées pro-Kadhafi s’enfonçant vers le sud de la Libye. Du côté français, le recueil de renseignements électromagnétiques, en vue de régler les contre-mesures électroniques, commencé dès le 5 mars, a duré 14 jours au moyen des capteurs des AWACS, de l’avion d’écoute Transall C160 Gabriel et des Mirage F1 CR  équipés de la nacelle d’analyse de signaux tactiques. Le drone Harfang, dont les missions pouvaient dépasser 19 heures d’affilée, a servi à lever les incertitudes sur des cibles. Cette autonomie d’appréciation a pallié l’insuffisance de renseignements en provenance du groupe des « Five Eyes » (cinq yeux) alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), pas toujours coopératifs.  Frappes : les premières, sous commandement national (19-21 mars), ont interdit de vol les forces aériennes libyennes. Celles du 19 mars avec des bombes guidées laser de 250 kg ont eu une portée stratégique : l’arrêt de la progression des colonnes blindées pro-Kadhafi vers le port de Benghazi tenu par le CNT. La vitesse d’intervention a été essentielle : la frappe s’est produite deux heures après la déclaration du président de la République Nicolas Sarkozy, les avions étant déjà en l’air. Du 22 au 31 mars, les avions américains, britanniques et français ont effectué des reconnaissances, des frappes ciblées sur des blindés et des raids dans la profondeur, en vue de protéger les populations et d’affaiblir le potentiel des forces pro-Kadahi. Le 23 mars, les premières frappes de missiles de croisière français Scalp ont eu lieu : deux Rafale Air ont décollé de Saint-Dizier et deux Mirage 2000 D de Nancy pour se poser au retour à Solenzara (Corse) avec deux ravitaillements en vol entretemps. Simultanément, deux Rafale Marine sont partis du porte-avions Charles-De-Gaulle. Le Rafale Air emporte deux Scalp, le Mirage 2000 un et le Rafale Marine un. Les Scalp ont été tirés à 21 h 33 à une distance de sécurité de 400 km, avec la possibilité d’interrompre l’intervention jusqu’à huit minutes avant grâce à une liaison radio avec un AWACS. Du 1er avril au 31 octobre, l’opération OTAN « Unified Protector » a évolué vers un soutien accru au CNT par des vols de reconnaissance sur toute la Libye, des raids dans la profondeur et des frappes ciblées sur des forces et des infrastructures militaires (dépôts de munitions), à savoir au bon moment et au bon endroit pour inverser le cours des opérations. L’analyse et le ciblage des objectifs ont suscité quelques tiraillements entre Alliés, dont les appréciations ont parfois divergé. Toutes les frappes françaises devant recevoir l’approbation de Paris, le contrôle très serré du Centre de planification et de contrôle des opérations (CPCO) a ralenti la vitesse d’appréciation et donc la réactivité. Les pays alliés délèguent en effet davantage de responsabilités à leur commandement sur zone. Ainsi le 20 octobre, un drone armé américain a repéré un véhicule militaire et l’a détruit peu après. Sa capacité d’écoute des communications téléphoniques permet de décider la frappe en un temps très court. Enfin, pendant Harmattan, 11 Scalp ont été tirés sur les 400 en soute. L’annulation d’une frappe avec des bombes guidées laser (250 kg et 1.000 kg) résultait de l’appréciation de la valeur ajoutée de l’objectif et non pas du prix de la munition.

Enseignements : Harmattan a permis de valider la polyvalence du Rafale : défense aérienne, reconnaissance et assaut. Equipé de plusieurs armements et grâce à la fusion des informations de l’ensemble de ses capteurs, il peut même tirer un missile sur une cible… située derrière lui ! Un drone MALE (moyenne altitude longue endurance) peut effectuer des missions d’une durée de 19 heures, chose impossible  pour un pilote d’avion. Toutefois, il convient de développer : les armes à létalité modulaire ; les capacités de renseignement d’origine électromagnétique (ELINT/COMINT) ; la capacité radar à couverture synthétique/indicateur de cibles en mouvement (SAR/MTI) ; la coordination entre avions et hélicoptères de combat ; le ravitaillement en vol ; la réactivité et la capacité à durer. Enfin, Harmattan constitue une participation majeure de la France au sein de l’OTAN… qui lui permettra de peser sur les décisions futures !

Loïc Salmon

L’opération Harmattan, qui a duré du 19 mars au 31 octobre 2011, a déjà été traitée à plusieurs reprises : voir « Archives » des 22-06-2011, 02-09-2011, 15-09-2011, 28-09-2011 et 01-02-2012. Cette fois-ci, il s’agit du retour d’expérience (Retex) spécifique à l’armée de l’Air, mobilisée sur un théâtre de 1.500 km de large sur une profondeur de 1.000 km. Elle a effectué 78 %  des 5.800 sorties de chasse françaises. Ses avions se trouvaient à 3 h de vol de Saint-Dizier en métropole (2.300 km), 1 h 20 de la base de Solenzara en Corse (1.000 km), 1 h de celle de Souda en Crète (850 km) et 45 minutes de celle de Sigonella en Sicile (540 km). L’autonomie d’un Mirage F1 est de 7 h, celle d’un Mirage 2000 de 9 h et celle d’un Rafale de 10 h. L’OTAN a mis en œuvre 15 avions radar AWACS, la Grande-Bretagne 6 et la France 4 (20 % des sorties). L’unique drone français Harfang, déployé du 23 août au 31 octobre, a effectué 22 sorties à partir de Sigonella (7-8 h de transit aller-retour).




Drones Harfang : trois ans en Afghanistan

Les images des drones constituent« une plus-value pour les troupes au sol », selon l’Etat-major des armées qui a présenté le bilan des Harfang (déployés trois ans en Afghanistan), au cours d’un point de presse le 23 février 2012 à Paris.

Dans le cadre de la reprogrammation du retrait des troupes et des matériels d’Afghanistan, les deux Harfang ont été rapatriés en février, démontés et placés dans des conteneurs transportés par un Antonov, avion gros porteur russe. En février 2009, l’escadron de drones 01.33 « Belfort » de l’armée de l’Air en avait envoyé trois, réduits ensuite à deux et servis par une quarantaine de militaires français sur la base aérienne internationale de Bagram. Ces drones MALE (moyenne altitude longue endurance) ont effectué environ 5.000 heures de vol en 660 sorties et ont rapporté 3.500 heures de vidéo sur 5.200 objectifs traités. Placés sous le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, (FIAS), ils ont réalisé 40 % de leurs missions au profit des forces françaises engagées dans les provinces de Kapisa et de Surobi. Ces missions consistent en la surveillance de zone, la protection des convois, l’appui aux opérations, la lutte contre les engins explosifs improvisés et la reconnaissance en soutien à la planification des opérations. Une dizaine d’objectifs sont pris en compte par vol, effectué entre 5.000 m et 8.000 m d’altitude. L’exploitation des images en temps réel, dans le shelter du segment sol, permet au chef de mission de comprendre ce qui se passe au sol, en coordination avec les troupes sur le terrain. Les visions du ciel et du sol reconstituent la scène. Le drone envoie ses images simultanément aux personnels engagés sur le terrain, aux bases avancées, au commandement régional, à celui de la FIAS et à la base de Bagram. Les données sont transmises par deux liaisons satellitaires à haut débit (SATCOM, 3 MB/s) et par deux liaisons directes (LOS, 5 MB/s) à partir d’antennes d’une portée de 150 km pour la commande et le contrôle du drone. En trois ans, les Harfang n’ont connu que quelques incidents de transmissions de données, compensés par la redondance des observations des satellites géostationnaires.

Les forces françaises sur zone (3.400 militaires fin mars) disposent encore de drones de reconnaissance au contact (lancés par un homme) et de la couverture de la centaine de drones en tous genres de la FIAS.

Loïc Salmon