Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

L’intervention militaire française au Mali a eu un effet positif sur le recrutement des jeunes de 18-24 ans, a déclaré, le 28 février 2013 à Paris, le général de brigade Benoît Royal, sous-directeur recrutement à la Direction des ressources humaines de l’armée de terre. Celle-ci compte embaucher 10.000 militaires cette année, sur une population cible de 120.000 civils. Avec un budget de 800 €/jeune, elle arrive en quinzième position parmi les principaux employeurs, mais, en termes d’effectifs, à la deuxième derrière Mac Donald qui souhaite embaucher 20.700 jeunes. L’armée de Terre rencontre en effet de nombreuses difficultés structurelles : baisse générale des effectifs de la classe d’âge concernée ; effet répulsif des pertes humaines en Afghanistan ; perte de visibilité des militaires auprès de la population ; désertification militaire de zones sur le territoire national ; attentisme de la jeunesse ; contraintes du métier. Par ailleurs, les familles n’accompagnent plus leurs enfants dans les bureaux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre. De plus en plus de parents n’ont pas connu le service national. Pour combler son déficit d’image,  elle recourt surtout à la publicité, de plus en plus chère mais indispensable : télévision, internet, réseaux sociaux, affichage et presse. La part d’internet parmi les origines des candidatures croît régulièrement : 31 % en 2010, 39 % en 2011, 43 % en 2012 et 53 % en 2013. Une campagne de spots télévisés entraîne 140.000 clics par semaine sur le site internet de recrutement, contre 40.000 sans spots. La campagne 2013 est la première où des scènes d’opérations sont reconstituées pour rechercher l’authenticité. Selon le général Royal, les jeunes réfléchissent sur l’idée qu’ils se font de l’armée de Terre et recherchent « un métier qui sert à quelque chose, qui ait du sens ». Environ 15 % des recrutés savent dans quelle arme ils veulent servir. Moins de 10 % des jeunes recrutés en 2012 étaient au chômage. La solde d’un engagé, nourri et logé, se monte à 1.200 € net par mois. Enfin, l’armée de Terre poursuit ses efforts de fidélisation du personnel. Le taux de dénonciation de contrat des engagés volontaires est en effet passé de 24,8 % en 2007 à 30 % en 2009 pour retomber à 23 % en 2012.

Loïc Salmon




Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

« La phase ultime » de l’opération Serval, considérée comme la plus difficile, « va durer encore tout le mois de mars et, à partir du mois d’avril, il y aura une diminution du nombre de soldats français au Mali, dès lors que les forces africaines seront en relais, appuyées par les Européens », a déclaré le président de la République, François Hollande, chef des armées, au cours d’une conférence de presse à Varsovie le 6 mars 2013. Le lendemain, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au Mali pour rencontrer les troupes franco-maliennes engagées dans la vallée de l’Amettetaï, lieu de l’offensive du 27 février au 4 mars, et dans les villes de Tessalit et de Gao. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.300 soldats du Niger, du Nigeria, du Burkina Faso et surtout du Tchad (2.000 hommes) sont déployés au Mali. S’y ajoutent des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. Le bilan des combats entre les 1er et 7 mars s’établit à : 180 sorties aériennes, dont 60 pour les frappes, 60 pour le soutien ravitaillement et santé et 60 pour le transport ; destruction de sites logistiques et de véhicules ; 50 djihadistes tués et 5 prisonniers, dont certains très jeunes ; 2 Français tués (2 et 6 mars) ; découverte de caches, postes de combat, armement, munitions et ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Les armes et munitions trouvées proviennent surtout des stocks de l’armée malienne et un peu de Libye. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes, qui avaient pris leurs dispositions pour tenir longtemps (dépôts de munitions et de vivres), cherchent à infliger le maximum de pertes aux unités françaises et tchadiennes. Les forces françaises, qui bénéficient des appuis feux des hélicoptères et avions de chasse, se coordonnent avec les troupes tchadiennes pour acquérir la supériorité et exploiter très vite le renseignement opérationnel, en vue de relancer l’action et garder l’initiative. Les conditions sont particulièrement difficiles : température de 35-40 ° C ; terrain rocailleux avec de fréquents dénivelés de 100 m ; chargement individuel de 25 kg (gilet pare-balles, vivres et munitions). Par ailleurs, 13 avions de transport et 2 hélicoptères sont fournis par : les Etats-Unis, 3 avions C17 ; la Grande-Bretagne, 1 C17 ; le Canada, 1 C17 ; la Belgique, 2 avions C130 et 2 hélicoptères ; l’Allemagne, 2 avions C160 et 1 avion A 3010 ; l’Espagne ,1 C130 ; le Danemark, 1 C130 ; les Pays-Bas, 1 avion DC 10. Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : quatrième Français tué au cours de l’opération « Serval »

Un militaire français a été mortellement touché le 6 mars 2013, lors d’un accrochage avec les djihadistes près de Tin Keraten, à 100 km de Gao dans l’Est du Mali. Il s’agit du brigadier-chef Wilfried Pingaud du 68ème Régiment d’artillerie d’Afrique. Cela porte à quatre le nombre de Français tués depuis le déclenchement de l’opération Serval le 11 janvier. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se  désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : le massif de l’Adrar, principale zone d’opération

Quelque 1.200 militaires français, 800 soldats tchadiens et un élément malien ont été déployés dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord du Mali), refuge des islamistes. Plusieurs accrochages se sont produits à l’issue de l’opération de reconnaissance « Panthère IV » déclenchée le 18 février 2013. Le 27 février, le bilan s’établit à : 90 djihadistes tués par les Tchadiens et 40 par les Français ; 23 Tchadiens tués ; 1 Français tué et 2 légèrement blessés ; plus de 10 sites logistiques, 15 pick up et 1 véhicule blindé BRDM2 détruits ; un atelier de fabrication d’engins explosifs improvisés démantelé. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes sont très déterminés et conduisent leur action jusqu’au bout sans chercher à se  désengager, ce qui rend la situation particulièrement dangereuse. Deux canons Caesar de 155 mm ont été envoyés dans la région pour compléter l’appui feu aérien (voir plus loin). Panthère IV, terminée dès la localisation de l’adversaire, avait mobilisé 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Lors d’un accrochage le 19 février à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (section de commandos parachutistes du 2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Un hommage snational lui a été rendu, trois jours plus tard aux Invalides à Paris, en présence du ministre de la Défense jean-Yves Le Drian. Panthère IV avait utilisé des moyens de renseignement (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.000 soldats africains sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




Mali : début de l’opération « Panthère », un Français tué

L’opération de reconnaissance « Panthère » a été déclenchée, le 18 février 2013 dans le massif montagneux de l’Adrar (Nord), par 150 hommes des forces franco-maliennes, pour désorganiser les groupes djihadistes et démanteler leurs sanctuaires. Lors d’un accrochage le 19 février à 50 km au sud de la ville de Tessalit, le sergent-chef Harold Vormezeel (section de commandos parachutistes du 2ème Régiment étranger de parachutistes) est décédé à la suite de ses blessures. Un hommage national lui a été rendu, trois jours plus tard aux Invalides à Paris, en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Entre le 18 et le 20 février, trente djihadistes ont été tués et des nids de mitrailleuses et des dépôts de munitions détruits. « Panthère » mobilise des moyens de renseignements (1 avion radar Atl 2 et 1 drone), d’appui aérien (2 chasseurs) et de transport (1 avion C160, 4 hélicoptères dont 1 « médicalisé » et des véhicules blindés). Il s’agit de concentrer rapidement les moyens aériens et terrestres pour fixer l’adversaire, une fois localisé, et de le neutraliser. Une patrouille aérienne est maintenue sur zone par des ravitaillements en vol, afin d’intervenir rapidement. Le transport d’essence se fait par la route. Mais en cas d’urgence, un hélicoptère peut recevoir, bord à bord, une partie du carburant du C160, qui conserve de quoi rentrer à sa base. L’hélicoptère permet de surveiller le maximum de terrain et d’aller vite. Actuellement, 4.000 militaires français sont déployés au Mali ainsi que des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. En outre, treize avions de transport sont fournis par les Etats-Unis (3 C17), la Grande-Bretagne (1 C17), le Canada (1 C17), la Belgique (2 C130), l’Allemagne (2 C160 et 1 A 3010), l’Espagne (1 C130), le Danemark (1 C130) et les Pays-Bas (1 DC 10). Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars.  Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon




La guerre : nécessité d’une cohérence militaire et politique

La guerre constitue un ensemble cohérent, qui commence par l’engagement du feu et débouche sur un état politique meilleur. Il s’agit de garder sa liberté d’action et d’entraver celle de l’adversaire.

Tel est le point de vue du général de division (2S) Vincent Desportes qui s’est exprimé le 11 février 2013 à Paris, lors d’une réunion organisée par l’Association des journalistes de défense.

Les opérations en Afghanistan, en Libye et au Mali. L’avantage est à l’attaquant et le rapport de forces n’a plus d’importance, estime le général. En Afghanistan, il a fallu déployer 130.000 hommes de l’OTAN contre 10.000 talibans. Le résultat n’est pas d’ordre tactique mais psychologique. L’emploi massif du feu a échoué en raison des dégâts collatéraux qui ont provoqué un divorce avec la population locale. Quoique les troupes françaises aient été considérées comme supplétives (« proxy forces ») par le commandement américain, « nous n’avons pas perdu la guerre au niveau tactique ». En Libye, l’intervention a été une bataille sans contrôle des dérives au sol. Le pays est devenu un « arsenal à ciel ouvert où se sont servis les mouvements djihadistes ».  Quelque 20.000 missiles ont disparu des implantations militaires libyennes. L’autorité du colonel Kadhafi suffisait pour contrôler le Sahel, poursuit le général Desportes, l’ordre politique, cassé, n’a pas été remplacé. Plus d’un an et demi après, le passage à une situation politique meilleure n’a pas été réalisé. « Quand on ne contrôle pas les conséquences de son entrée en guerre, il y a des dérives ». L’intervention au Mali constitue la deuxième bataille de Libye, estime le général. L’opération interarmées « Serval », « bien montée », a été déclenchée 4-5 heures après la décision du président de la République. Projeter 4.000 hommes nécessite beaucoup de monde derrière. Le poser d’assaut est une action compliquée qui exige une coordination avec les moyens aériens. La troisième dimension, qui inclut le renseignement (drones et avion radar ATL2) et l’appui feu immédiat (chasseurs), a donné une mobilité supérieure à celle de l’adversaire, dont les missiles sol/air n’ont pas fonctionné. Les hélicoptères jouent un rôle essentiel pour la projection de forces, car la guerre se gagne au sol pour stabiliser la situation. La présence de point d’appui (forces pré-positionnées) en Afrique a permis de limiter les dépenses de cette intervention qui coûte 2 M€/jour, souligne le général. Les quelque 3.000 hommes des forces spéciales ont permis d’accélérer la manœuvre. « L’effet pervers est de croire que les forces spéciales suffisent ». Conquérir des villes, comme Tombouctou et Gao, et les tenir font partie du métier des troupes conventionnelles. Des combats « disymétriques » ont lieu. L’adversaire, quoique culbuté, a pu se ressaisir. Il évite les villes et recourt aux attentats suicides et aux mines. Certains djihadistes ont appris la fabrication d’engins explosifs improvisés en Afghanistan. Le déploiement des forces françaises sur de grandes distances (plus de 1.500 km) les rend vulnérables à des harcèlements par des éléments adverses en petit nombre. Dans l’ensemble, explique le général Desportes, les forces africaines ne connaissent pas le terrain, sont sous-entraînées et sous-équipées et ne savent pas réagir rapidement. Seules celles du Tchad (2.000 hommes) peuvent stabiliser le Nord Mali. La Force internationale de soutien au Mali (Misma, 2.000 hommes) n’était pas encore sur place le 11 février. Les forces maliennes ne seront pas prêtes avant des mois. La Misma aura toujours besoin du soutien logistique et du renseignement des pays occidentaux (France et Etats-Unis), d’appui feu (France), de coordination et de planification. L’ONU prendra le relais quand cela deviendra une mission de maintien de la paix.  La volonté de retrait des troupes françaises existe, mais les circonstances imposeront le calendrier. « C’est l’ennemi qui fait la loi. Nous sommes là pour longtemps, déclare le général Desportes, qui estime que la France doit assumer ses responsabilités et « ne pas refaire la Libye ».

Perspectives pour la défense de la France. L’intervention au Mali a retardé la publication du Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale. Le général Desportes avertit qu’une diminution du budget de la défense mettrait en péril la cohérence de l’ensemble forces nucléaires et forces conventionnelles. De plus, le maintien en état du budget de la dissuasion se fera au détriment de celui des forces conventionnelles qui seront alors incapables d’assurer leurs missions. Or, dit-il, il existe un lien stratégique entre le nucléaire et le conventionnel. En vue d’un équilibre entre le nucléaire et le conventionnel, il suggère un arrangement avec la Grande-Bretagne pour assurer, à moindre coût, une permanence à la mer des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, la progressivité de l’action renforce sa crédibilité. La volonté politique d’utiliser l’arme nucléaire repose sur celle d’entreprendre une action militaire conventionnelle avant, comme celle au Mali. Il faut donc être capable d’agir en dessous du seuil nucléaire, sinon l’adversaire va pratiquer la stratégie du « fait acquis » pour contourner la dissuasion. Or, estime le général, la France a perdu son autonomie par rapport aux Etats-Unis en matière d’approvisionnement en munitions et de transport stratégique : « On ne fait que la guerre que nous laissent faire les Etats-Unis ». Quant à l’Europe de la défense, il considère que c’est « un rêve qui ne fonctionne pas », car les Etats membres n’ont pas la même perception de la menace. La stratégie étant l’interface entre les domaines politique et militaire, les hommes politiques ont tendance à se focaliser sur ce que le public voit à la télévision, selon le général Desportes qui estime « normal de maîtriser l’information ».  Enfin, il a noté que, lors d’une opération sécuritaire, les civils sont toujours réticents pour relever les militaires, mais « ça fait partie du métier des militaires ».

Loïc Salmon

Entré à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972, Vincent Desportes choisit l’arme blindée cavalerie. Titulaire d’un doctorat en histoire, d’un diplôme d’études approfondies de sociologie, d’un diplôme d’études spécialisées d’administration des entreprises, il est breveté de l’Ecole de guerre (1988-1990) et de l’United States Army War College (1998-1999), qui correspond au Centre des hautes études militaires en France.  Il a commandé le 501ème-503ème Régiment de chars de combat (1996-1998), le Centre de doctrine d’emploi des forces (2005-2008) et le Collège interarmées de défense (2008-2010). En outre, il a été attaché des forces terrestres à l’ambassade de France à Washington (2000-2003) et conseiller défense du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (2004-2005). Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris, il est co-directeur de la collection « Stratégies & doctrines » aux éditions Economica. Le général de division (2S) Desportes est officier de la Légion d’Honneur, de l’Ordre national du Mérite et de la Legion of Merit (Etats-Unis).




Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines

Les villes de Tombouctou et Goa ont été sécurisées les 26 et 27 janvier 2013 par une opération combinée avec des moyens terrestres et aériens, a indiqué l’Etat-major des armées (EMA) à la presse le 28 janvier. Cette opération, à laquelle ont participé des troupes françaises, maliennes, tchadiennes et nigériennes, a nécessité 6 avions de chasse Mirage 2000D, 6 Rafale, 2 Mirage F1 CR et 5 avions ravitailleurs C135. Un avion radar Atlantique 2 de la Marine nationale et des drones ont assuré le renseignement, notamment le visuel du déroulement de l’action. Le ciblage des cibles a été indispensable pour désorganiser le système de commandement et fragiliser la logistique des djihadistes. Il a fallu réactualiser le renseignement en permanence pour éviter de manquer les cibles, évaluer les dégâts et frapper éventuellement à nouveau. Les hélicoptères ont joué un rôle déterminant, a souligné l’EMA. Le bilan s’établit à environ 20 sorties aériennes, dont 6 de chasseurs, 20 bombes larguées, 15 bâtiments traités, 3 blindés, 1 pick-up et 1 groupe de djihadistes détruits. Des accrochages se sont produits entre les forces spéciales françaises et les djihadistes. Il n’y a pas de blessé ni de matériel endommagé du côté français. Le contrôle de la boucle du Niger avait pour objectif de stopper la progression des djihadistes vers le sud du Mali. Un avion de reconnaissance AWACS a également été mis en œuvre pour sécuriser l’aéroport de Tombouctou, afin d’interdire une infiltration adverse en provenance du nord. Un largage de parachutistes, sans marquage au sol, a précisé l’EMA, a eu lieu sur 1.800 m, les avions de transport tactiques Transall et Hercules se succédant en moins d’une minute. Le 30 janvier, l’EMA a confirmé le contrôle, par les troupes françaises, de l’aéroport de Kidal, ville située dans le nord du Mali, près de la frontière avec l’Algérie et refuge du groupe islamiste touareg malien Ansar Dine.

Fin   janvier, l’opération Serval a déployé 3.500 militaires français et 1.900 soldats africains. Les moyens aériens français mentionnés ci-dessus ont été renforcés par 5 avions cargos C17 (3 américains, 1 canadien et 1 britannique), 2 Hercules belges, 1 Hercules danois, 2 Transall et 1 avion de transport stratégique A310 allemands. Le bâtiment de projection et de commandement Dixmude a acheminé un PC tactique, un escadron de véhicules blindés de reconnaissance et d’appui feu AMX-10 RC et une compagnie de véhicules blindés de combat d’infanterie. Plus de 350 véhicules, dont plus de 150 blindés, et 13 hélicoptères ont été projetés au Mali. Des éléments des forces françaises pré-positionnées au Tchad et au Sénégal participent au dispositif.

Loïc Salmon




Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

« L’OTAN et l’Europe de la défense devraient fonctionner de concert » et l’Europe doit devenir « un acteur crédible pour défendre les intérêts communs, les zones où ils sont en jeu et les secteurs où ils sont menacés ».

Tel est l’avis du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui s’est exprimé sur ce sujet à Paris le 5 décembre 2012, devant trois commissions de l’Assemblée nationale (Défense, Affaires étrangères et Affaires européennes), et le 11 décembre au cours des IIIèmes Assises nationales de la recherche stratégique organisées par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (voir encadré).

Le ministre préfère parler « d’Europe de la Défense » plutôt que de « défense européenne », assumée aujourd’hui par les Etats membres avec l’aide des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN (clause d’assistance mutuelle du traité de Lisbonne 2007).

Constructions industrielle et capacitaire. L’Europe de la défense se construit de façon pragmatique et progressive par des coopérations structurées. L’Union européenne (UE), a insisté Jean-Yves Le Drian, doit « cesser d’être un consommateur de sécurité pour devenir un producteur de défense ». Elle doit consolider son industrie de défense en valorisant notamment les petites et moyennes entreprises, innovantes et compétitives au niveau international. Par ailleurs, les contraintes budgétaires de tous les Etats membres pourraient être compensées par une coopération accrue. Cela consiste à maintenir certaines capacités, en développer d’autres, éviter les duplications de capacités et d’outils industriels, accroître les interdépendances et parer au risque de déclassement stratégique. La France soutient les efforts de mutualisation et de partage capacitaire entrepris dans le cadre de l’Agence européenne de la défense (AED), y compris pour la conception des futurs programmes d’armement. Le Commandement européen de transport tactique (4 pays) est opérationnel depuis 2011. Onze dossiers sont en cours de traitement, dont celui du ravitaillement en vol (10 pays participants), le système d’information maritime Marsur, l’interopérabilité des communications tactiques, l’observation spatiale (France et Italie), les missiles sol/air et les drones. Un accord est intervenu entre l’AED, qui identifie les manques capacitaires et élabore les moyens d’y remédier, et l’Organisme conjoint de coopération en matière d’armement (OCCAR) qui se charge de l’acquisition. Cependant, des points de crispations subsistent au sein de l’UE. Ainsi, les groupements tactiques interarmes (GTIA) de 1.500 hommes, armés par des contributions volontaires d’un ou plusieurs Etats membres avec un tour d’alerte semestriel, ont été déclarés opérationnels en 2007. Mais aucun GTIA n’a encore été projeté, ce qui démotive les contributeurs éventuels, regrette Jean-Yves Le Drian. Ce dispositif permet pourtant à l’UE de disposer en permanence d’une force militaire de réaction rapide et déployable dans les dix jours suivant une décision politique.

Actions et opérations extérieures. « Nous devons tirer les enseignements du rééquilibrage des intérêts stratégiques américains vers la région Asie-Pacifique », a déclaré Jean-Yves Le Drian. En raison de la diversité, l’intensité et l’imprévisibilité des menaces ainsi que des tensions budgétaires des Etats membres, « l’Europe de la défense se présente à la fois comme une nécessité et comme une chance unique ». La sécurité commune inclut l’action militaire, la lutte contre les trafics, la formation en matière de police, le renseignement, la sécurité civile, la coopération sanitaire et l’aide au développement. Il s’agit de coordonner ces outils et d’élaborer une vision globale pour faire de l’UE un acteur reconnu des relations internationales. L’opération la plus efficace est maritime, à savoir « Atalante » dans la Corne de l’Afrique qui mobilise six bâtiments et quatre avions de surveillance pour lutter contre la piraterie, dont le taux de réussite des attaques a fortement diminué. La mission EUCAP-Nestor aide les pays riverains à se doter de moyens maritimes et juridiques. Les accords de Lancaster House cadrent la coopération (exercices communs et accords sur les drones notamment) avec la Grande-Bretagne, qui peut participer aux initiatives du groupe « Weimar + » (France, Allemagne, Pologne, Italie et Espagne). Ce groupe débat depuis longtemps de la génération de forces européennes pour les Balkans et réfléchit au rôle que pourrait jouer l’Europe dans une stratégie de sortie de crise en Syrie. Malgré la réserve que lui impose sa Constitution en matière d’intervention et de projection, l’Allemagne s’est montrée active dans l’initiative européenne sur le Mali. La question est en effet européenne car, à terme, la sécurité de l’Europe pouvait être menacée. La politique française au Sahel repose sur deux piliers, a indiqué le ministre : lutter contre le terrorisme et trouver une solution politique avec les groupes du Nord Mali, à condition que ceux-ci rejettent le terrorisme et l’idée d’une partition du Mali. Il s’agira d’une intervention européenne en soutien de la reconstitution de l’armée malienne, laquelle devrait participer à l’action que mèneront les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Africaine en fonction d’objectifs validés par l’ONU (1). Enfin, sur un plan plus général, la Commission européenne a installé un groupe de travail sur la défense qui rendra ses conclusions mi-2013. De son côté, le Conseil européen tente d’aboutir à un dispositif avant la fin de 2013.

Loïc Salmon

(1) Le 20 décembre, le Conseil de sécurité a autorisé, à l’unanimité, le déploiement pour au moins un an d’une force militaire africaine dans le nord du Mali, aux mains des rebelles touaregs et d’islamistes depuis avril 2012. Il autorise aussi l’UE et d’autres pays membres de l’ONU à participer au renforcement des forces de sécurité maliennes. L’UE apportera un soutien en matière de formation estimé à 400 militaires, dont 200 formateurs.

Le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS) est un groupement d’intérêt public constitué de l’Etat (plusieurs ministères, dont ceux de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur), d’acteurs de la recherche et de la formation (Institut des hautes études de la défense nationale, Institut national des hautes études de sécurité et de la justice, CNRS, HEC Paris, l’ENA et l’Université de technologie de Troyes) ainsi que d’entreprises (Sanofi Aventis, EADS, Euro RSCG, EDF, Total, SNCF, Caisse des dépôts, Safran, Veolia Environnement, le Groupe La Poste et la RATP). Il a comme partenaires l’Agence française de développement et Renault. Le CSFRS encourage les projets d’études, de recherche et de formation en matière de sécurité et de défense. Les Assises de la recherche stratégique rassemblent plus de 500 chercheurs, formateurs, responsables ministériels, journalistes et directeurs du risque ou de la prospective. Les deux premières ont eu lieu en 2010 et 2011.




Mali : obsèques nationales pour le premier tué de l’opération Serval

Le 15 janvier 2013 aux Invalides (Paris), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présidé la cérémonie d’hommage national au lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé le 11 janvier lors du déclenchement de l’opération « Serval » au Mali. Le lieutenant Boiteux, chef de bord d’un hélicoptère de combat au 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de l’armée de Terre, a été promu au grade supérieur et fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume. Le même jour, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué à la presse le pourquoi et le comment de l’opération Serval, lancée moins de cinq heures après l’ordre du président de la République, François Hollande, à la suite de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. « Le Mali, dit-il,  fait face à une « agression caractérisée, organisée et coordonnée » du mouvement islamiste Ansar Eddine et des groupes terroristes Aqmi et Mujao. Selon le ministre, ceux-ci avaient déployé dans le nord du pays environ 200 véhicules et 1.200 combattants pour s’emparer de la capitale Bamako et anéantir l’armée malienne avant l’intervention de la force internationale de soutien au Mali (Misma) et la mission européenne de formation militaire (UTM Mali). La réaction militaire française poursuit trois objectifs : arrêter l’offensive des mouvements terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien ; préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali ; faciliter la mise en œuvre des décisions internationales et en accélérer le tempo pour les forces africaines et européennes. Pour cela, les forces françaises doivent remplir quatre missions : aider les forces maliennes à arrêter la progression de l’adversaire vers le sud par des frappes aériennes (avions et hélicoptères) et le déploiement d’éléments terrestres ;  frapper dans la profondeur (actions aériennes) les bases arrière adverses pour empêcher toute nouvelle offensive ; envoyer un signal fort de soutien au gouvernement malien de transition et assurer la sécurité des ressortissants français et européens ; préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention de la Misma (commandée par un général nigérian) et de l’UTM Mali. Au 15 janvier, l’opération Serval avait déjà mobilisé 1.700 militaires dont 800 au sol, des avions Atlantique (renseignement et guidage de frappe), 12 avions de chasse (Rafale et Mirage 2000), 5 avions ravitailleurs et 5 avions de transport tactique (C-130 et C-160). Le dispositif au sol, qui compte une cinquantaine de véhicules blindés, devrait monter en puissance, a indiqué le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, présent à la conférence de presse. Enfin, le ministre, qui a reçu des offres d’assistance des pays européens et du Canada (transport et soutien santé) et aussi des Etats-Unis (renseignement et logistique), a souligné « qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de la mission européenne de formation ».

Loïc Salmon




La Légion étrangère : qualité, commandement et formation

Troupe d’étrangers au service de la France, la « Légion » est commandée par des officiers français, garants des valeurs de la République. Son aura résulte d’un fort esprit de corps et d’une efficacité indéniable, forgés et entretenus depuis 1831.

Les particularités de la Légion étrangère ont été présentées par son chef, le général de brigade Christophe de Saint Chamas, au cours d’une rencontre au fort de Nogent (banlieue parisienne) organisée le 23 novembre 2012 par l’Association des journalistes de défense.

L’unité de la Légion. Quand la Légion défile le 14 juillet à Paris, elle marche d’un pas plus lent (88 pas/minute) que les autres détachements (120 pas/minute) et ne se sépare pas en deux rangs de chaque côté de la tribune présidentielle… pour symboliser sa particularité et son unité. Sur ses drapeaux et étendards, le mot « Honneur » n’est pas suivi de « Patrie », comme dans les autres unités françaises, mais de « Fidélité », vertu que les officiers doivent faire acquérir à leurs subordonnés. En 1961, après le putsch militaire en Algérie, auquel ont participé des unités de la Légion, rappelle le général de Saint Chamas, seuls les officiers ont été condamnés. Les légionnaires, qui avaient exécuté les ordres de leurs chefs, n’ont pas été punis. Aujourd’hui, quotidiennement, les officiers luttent contre la tendance au communautarisme de ressortissants de 150 nationalités différentes en pratiquant l’amalgame. Après l’apprentissage du français pendant les quatre mois de formation initiale, les gens de même origine sont dispersés. Le rugby participe de cette logique avec succès. Par ailleurs, en raison de l’excellence de ses joueurs dans le Tournoi des six nations, l’hymne de la Légion est souvent chanté en dernier. Celle-ci compte 13 % de Français et  87 % d’étrangers : 25 % viennent d’Europe centrale et balkanique, 19 % du monde slave et d’Asie du Nord, 14 % du monde occidental (Amérique du Nord, Europe, Nouvelle Zélande et Australie), 11 % d’Asie du Sud, 8 % d’Amérique latine, 7 % d’Afrique et 3 % du monde arabe. Les francophones (20 % du total) participent à l’enseignement indispensable de la langue. Cependant, quoique légionnaires, ces soldats de la « deuxième chance » restent instables et fragiles. De plus, ils conçoivent leur relation avec la femme en fonction de leur culture d’origine. En conséquence et pour éviter une source supplémentaire de déstabilisation, le recrutement d’étrangers n’est pas ouvert aux femmes. Toutefois, en caserne, la féminisation existe parmi les sous-officiers pour conserver l’équilibre. Mais, seuls les hommes partent en opérations extérieures. Le taux d’encadrement est d’un sous-officier pour trois soldats pour assurer la cohésion de l’institution. En outre, 10 % des officiers servant à la Légion le sont à titre étranger et donc issus du rang légionnaire.

Le légionnaire. Les candidats s’engagent au titre de la Légion et non d’un régiment ou d’une spécialité. Leur affectation dépend des besoins. En 2011, 800 ont été retenus…  sur 10.000 postulants ! Ils ont 23 ans en moyenne avec une expérience militaire ou professionnelle. Ils sont recrutés sous leur identité réelle ou une identité militaire « déclarée ». Toutefois, la Légion n’accepte que ceux dont le passé est connu et vérifié. Cela n’exclut pas, pour certains, de se trouver mêlé à un fait divers par la suite. « Quand on dit du bien de la Légion, ça lui fait du bien, quand on dit du mal d’elle, ça ne fait pas de mal car, pour le légionnaire, c’est normal, indique le général de Saint Chamas, mais on fait tout pour éviter les dysfonctionnements ». Délégué du chef d’état-major de l’armée de Terre, il a déjà été affecté à la Légion à trois reprises (1984, 1995 et 2003-2005). Selon lui, le fait d’être puni par un supérieur qui le connaît a un impact très fort sur le légionnaire. Le mot « Légion » exerce une véritable fascination : « Si on fait une bêtise, la Légion est un peu ternie ». Mais, si tout se passe bien, un légionnaire étranger peut demander sa naturalisation à partir de trois ans de service. S’il a été blessé au combat, la loi de 1999 sur « le sang versé » lui assure une procédure rapide et un droit, auquel personne ne peut s’opposer, même si son comportement a été discutable. Par ailleurs, le principe de recrutement à titre étranger autorise également un candidat français à postuler pour la Légion. Souvent, il se déclare « belge ».

Les traditions. La marche de la Légion est rythmée par une musique aussi célèbre que son refrain sur le « boudin  pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains », mais pas « pour les Belges ». En fait, le mot « boudin » correspondrait, à l’origine, au rouleau de la toile de tente fixé sur le sac. La musique a été composée à l’occasion de l’expédition du Mexique en 1863. Les paroles de la chanson, qui font référence au boudin de charcuterie, remonteraient à la guerre entre la France et la Prusse en 1870. Le Roi des Belges avait en effet demandé à ses sujets de ne pas combattre dans l’armée française, afin que la Belgique ne soit pas considérée comme partie prenante dans le conflit. Ensuite et jusqu’en 1914, des Alsaciens et des Lorrains se sont engagés dans la Légion étrangère pour ne pas servir dans l’armée allemande. Aujourd’hui, lors de l’apéritif dans les casernes, le boudin est servi en canapé avec du vin blanc ou rouge provenant du Domaine Capitaine Danjou (le héros de Camerone, 1863) appartenant à l’Institution des Invalides de la Légion étrangère à Puyloubier (Bouches-du-Rhône). Outre le souvenir de Camerone (30 avril), la Légion célèbre la fête nationale et Noël. Selon le général de Saint Chamas, le 14 juillet constitue l’accueil du légionnaire par la Nation : « Les Français comprennent ma démarche, m’accueillent et me reconnaissent ». Par contre, à Noël, le jeune recruté « doit se sentir accueilli par la famille légionnaire ».

Loïc Salmon

Camerone : la main du capitaine Danjou, « relique » de la Légion

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

La Légion étrangère représente 7 % des effectifs de l’armée de Terre. Elle compte 7.300 hommes, répartis dans une unité de commandement et onze régiments ou unités. Les huit régiments stationnés en métropole, placés pour emploi auprès du Commandement des forces terrestres, sont régulièrement engagés en opérations extérieures, missions intérieures (plan Vigipirate notamment) et missions de courte durée (quatre mois). Trois appartiennent à la 6ème Brigade légère blindée (cavalerie, génie et infanterie). Un régiment est intégré à la 11ème Brigade parachutiste et un autre à la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. Trois unités sont stationnées outre-mer et à l’étranger : le 3ème Régiment étranger d’infanterie à Kourou (Guyane), le Détachement de la Légion étrangère de Mayotte et la 13ème Demi-brigade de Légion étrangère à Abou Dhabi (Emirats arabes unis). L’état-major de la Légion se trouve à Aubagne, auquel sont rattachées trois unités : administration centrale (Aubagne) ; instruction et formation (Castelnaudary) ; recrutement (Fontenay-sous-Bois).