Armée de Terre : 1er REC, projeté dans toutes les Opex

Le 1er Régiment étranger de cavalerie (REC) assure des missions de reconnaissance et d’intervention avec la puissance de feu de chars AMX 10RC-R à roues et canon de 105 mm. Il recueille aussi le renseignement tactique (véhicules blindés légers) et agit contre les chars (missile Milan et successeur).

Installé dans les Bouches-du-Rhône sur le camp de Carpiagne (1.600 ha), le 1er REC a accueilli, le 25 janvier 2018 en visite de travail, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, avant la discussion du projet de loi de programmations militaire 2019-2025 le 22 mai prochain. Son président, Christian Cambon, a souligné le rôle du Sénat pour éviter, notamment, le contournement des engagements du président de la République en matière de Défense (19 janvier à Toulon) par le ministère de l’Economie et des Finances. De son côté, le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, a rappelé que l’entretien de matériels anciens coûte aussi cher que leur remplacement par des équipements modernes protégeant mieux les soldats.

Préparation opérationnelle. Un sous-groupement tactique interarmes en opération extérieure (Opex), accroché par un adversaire, l’isole, le neutralise puis se réarticule pour poursuivre sa mission. Le 1er REC a procédé à une démonstration dynamique en plusieurs phases : véhicule blindé léger touché par un engin explosif improvisé et déminage autour (photo) ; évacuation d’un blessé par hélicoptère ; prise d’assaut d’une habitation, dont se sont emparés 10 terroristes, renforcés par 20 combattants en réserve avec des pickups. Alors que l’entraînement réel fait prendre conscience de la réalité du terrain, de l’adversaire et de l’incertitude du combat, la simulation permet de l’optimiser par un gain de temps de formation et une économie de munitions. A cet effet, le 1er REC dispose d’un centre complet de simulation. Une vision globale du champ de bataille est obtenue par sa numérisation par recueil de données en temps réel. La simulation par ordinateur permet d’envoyer des ordres et de recevoir des comptes rendus. La salle de planification organise des exercices où se multiplient les incidents, comme les engins explosifs improvisés ou les évacuations sanitaires. Il s’agit d’intégrer les bons réflexes, de comprendre les mécanismes de combat et d’acquérir des savoir-faire, du niveau d’une équipe de trois légionnaires à celui du colonel chef de corps. La simulation du tir de missile Milan et de canon d’AMX 10 RC-R constitue un entraînement avant la campagne de tirs réels. Le Milan, d’une portée de 1.900 m, présente une période de vulnérabilité de 12 secondes pour le tireur. Son successeur, le MMP (missile moyenne portée), d’une portée de 4.000 m et qui n’a pas cet inconvénient, entre déjà en service dans les unités terrestres.

Arme et équipement individuels. D’ici à 2028, toute l’armée de Terre sera dotée du fusil d’assaut allemand HK 416 F, en remplacement du Famas français amélioré. La version standard, au calibre Otan (5,56 mm) et réglable pour les gauchers, est munie d’une baïonnette, d’un bipied, d’un lance-grenade de 40 mm et d’une aide à la visée. Les légionnaires du 1er REC s’entraînent déjà au tir de cette arme en marchant. Le nouveau gilet pare-balles, plus confortable que les précédents, empêche la perforation mais pas le choc de l’impact. Le « barda », qui inclut musette, gilet, fusil, casque en kevlar, rations de combat et munitions (12 chargeurs à 30 cartouches pour le HK 416 F), pèse 40-50 kg. Enfin, le soldat consomme 9 litres d’eau par jour en opération.

Loïc Salmon

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Opex : le soldat au cœur du succès

« La qualité de l’engagement du combattant sur le terrain fait la différence entre les missions réussies et celles qui ne le sont pas », a déclaré le ministre de la Défense Gérard Longuet, à l’issue d’une table ronde sur ce thème tenue le 22 novembre 2011 à Paris.

L’engagement militaire, dit-il, implique une totale disponibilité avec les risques qui l’accompagnent. Au cours de la même table ronde, dix combattants de divers grades ont apporté leurs témoignages sur les principales opérations en cours ou engagées depuis l’automne 2010 en Afghanistan (opération « Pamir »), Libye (Harmattan ») et Côte d’Ivoire (« Licorne »). Le centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) travaille au profit de l’Etat-major des armées, dont le chef (CEMA) présente des options stratégiques à l’autorité politique. Les armées forment des modules adaptés aux missions en volume et capacité (cohérence d’effectifs et de moyens). « Il s’agit de bâtir une structure de commandement pour le CEMA, explique le général de brigade aérienne Jean Borel, adjoint planification au CPCO, cela n’exclut pas une dominante d’armée mais implique aussi les autres. Les armées entretiennent les compétences ».

Afghanistan : une formation opérationnelle spécifique rassemble les différentes spécialités afin de se roder à une procédure commune, déclare le lieutenant-colonel Stéphane Caffaro, officier adjoint du 21ème Régiment d’infanterie de marine et blessé le 18 septembre 2010 (voir revue téléchargeable N°304 juin 2011 p.18). Il s’agit de donner au GTIA (Groupement tactique interarmées des troupes françaises) de la province de Kapisa une grande cohésion et une force morale avant de projeter ses éléments dans un environnement hostile. Un blessé a la certitude que « l’institution mettra tout en œuvre pour l’évacuer, le soigner correctement et qu’il retrouve sa place dans son unité », dans la mesure du possible. La moyenne d’âge des blessés est de 30 ans ! « Il faut une culture de la réactivité pour aller projeter son savoir-faire n’importe où dans le monde en moins de 48 heures », souligne le sergent-chef Yann Baratte, contrôleur aérien avancé du commando parachutiste de l’air 20. Lors d’une attaque simultanée sur trois points contre une unité de la coalition par une trentaine d’insurgés, il s’est trouvé sous leur feu nourri alors qu’il guidait une patrouille d’hélicoptères français et américains pour les éliminer. « Après huit heures de combat et de feu, le silence est la plus belle récompense ». Pendant les trois semaines qui ont suivi, pas un seul coup de feu n’a été tiré dans la vallée. « Quand on est bien entraîné, on n’a pas peur. La peur de mourir, on l’a après, quand tout se calme ».

Libye : le lieutenant-colonel Loïc Rullière, pilote de Rafale et commandant l’escadron de chasse 1/7 « Provence », a dirigé la première patrouille de la première vague, en protection de la deuxième vague de Rafale et de Mirage 2000 qui devait aller loin dans la profondeur du territoire libyen. Son unité, basée à Solenzara (Corse) est en alerte : les équipages et mécaniciens ont travaillé toute la nuit. Tous les senseurs des appareils ont été employés pour résoudre la principale difficulté : faire la discrimination entre les véhicules armés et la population civile. « Notre fierté est d’avoir rempli la mission ». Un jour, dans le sud, un drone américain Predator a surveillé trois zones pendant trois heures avant l’arrivée des avions français… dont les cibles ont été soudainement changées. « Le commandant (de la force aérienne française) a attendu que l’analyse soit complète avant d’envoyer une patrouille », précise le lieutenant-colonel Rullière. De son côté, le personnel d’aviation embarquée habite quasiment sur le théâtre d’opérations. « On monte dans l’avion et on reçoit une photo (numérisée) prise par un Mirage F1-CR déclare le lieutenant de vaisseau Sébastien Colard, pilote de Rafale de la flottille 12 F, sur zone, on fait une reconnaissance des sites et on les engage. 1 H 45 après, on se pose de nuit sur le porte-avions avec six bombes en moins ». Les pilotes français et américains sont les seuls au monde à pouvoir effectuer de telles missions de nuit. A bord, les mécaniciens sentent qu’ils font partie de la chaîne, souligne le lieutenant de vaisseau Colard. De retour de mission en Afrique de l’Ouest, l’équipage du Bâtiment de projection et de commandement Tonnerre a appris un vendredi soir qu’il devait partir pour la Libye. Trois jours plus tard, il a appareillé avec tous les moyens nécessaires (armement, transmissions et modules) et après avoir organisé l’escorte (les yeux et les oreilles de la force). Ce bâtiment interarmées avec un hôpital, des compagnies de combat et des hélicoptères de l’armée de terre a dû mettre en œuvre une opération complexe. « Il a embarqué 400 militaires de plus de 30 unités différentes et les chefs de modules ne connaissaient pas les gens avec qui ils allaient travailler », souligne le capitaine de vaisseau Philippe Ebanga, commandant du Tonnerre pendant les opérations Licorne et Harmattan. Pendant trois mois, ces deux missions ont mobilisé le même équipage, qui a dû également assurer la maintenance du bâtiment. Une opération de frappes par hélicoptères, préparée à la minute près, commence par de longues minutes d’infiltration de nuit avec le risque d’essuyer des tirs d’armes anti-aériennes et de missiles sol/air. « Pour le raid sur Syrte, les photos de renseignement n’étaient pas suffisantes, nous avons été accueillis par des tirs de canons de 33 mm, explique le capitaine Brice Erblanc, pilote de Tigre du 1er Régiment d’hélicoptères de combat, on a recherché toutes les forces de Khadafi sur des pick-ups qui se cachent pour échapper aux avions de chasse. Il fallait tirer sur l’armement qu’on voyait à 200 m, c’est-à-dire à portée de ces armes ». Les renseignements sont fournis en temps réel par des avions de reconnaissance. « On est concentré dans l’action, on n’a plus de temps de ressentir d’émotion ». En outre, une frégate effectue un tir d’artillerie contre la côte pendant le transit des hélicoptères au dessus de la mer. Ainsi, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul détecte tout ce qui vole à 400 km autour d’elle (avions, hélicoptères et drones), indique le premier maître Jean-Philippe Merle de la cellule de coordination aérienne, elle doit éviter les collisions et que les hélicoptères, dont elle a la charge, ne travaillent pour une autre unité. Un avion de patrouille maritime ATL2 guide onze hélicoptères de combat (dont un de recherche et de sauvetage) vers les objectifs désignés, qu’il surveille par détecteur infrarouge. Il en informe l’avion radar de surveillance de théâtre AWACS, afin que la vague d’assaut ne soit pas gênée par d’autres aéronefs sur zone. Pendant l’engagement des hélicoptères, la frégate informe aussi l’AWACS du volume d’obus qu’elle va tirer avec ses deux canons de 76 mm. « Le commandant ordonne le feu sur deux objectifs pendant que les hélicoptères reviennent au BPC », ajoute le premier maître Merle. Ce bâtiment était en sécurité, mais une frégate a essuyé des tirs, indique le capitaine de vaisseau Ebanga.

Côte d’Ivoire : le capitaine Sébastien Laloup, pilote de transport de l’escadron de transport 1/64 « Béarn », a participé au pont aérien mis en œuvre entre Libreville (Gabon) et Abidjan (voir article « Gestion française des expatriés en temps de crise » dans les rubriques « Actualités » ou « Archives » 7-12-2011). Le soutien était prépositionné depuis deux mois quand, le 2 avril dans l’après-midi, est donné l’ordre de décoller pour se poser à Abidjan le lendemain à 3 h du matin. Le pont aérien, exclusivement français au début, évacue des ressortissants de diverses nationalités (Européens, Africains, Américains et Libanais) sur Dakar (Sénégal), Libreville (Gabon) et Lomé (Togo). Les avions reviennent avec des vivres et de l’eau. Les équipages ne comptent pas leurs heures de vol. « Les gens évacués ne cachaient leur joie sur leurs visages, car ils n’avaient plus d’argent ni de vivres. Pour nous, cela valait toutes les récompenses et toutes les médailles » ! A Abidjan, la force française Licorne a tout sécurisé au sol. L’adjudant Vincent Leroy était chef de peloton ERC 90 Sagaie du 12ème Régiment de cuirassiers, en alerte depuis 24 heures. « Depuis six mois et demi, on savait ce qu’on devait faire. Ma mission militaire était simple : tenir un carrefour ». La bataille d’Abidjan, de haute intensité, a duré une dizaine de jours : évacuation de ressortissants jour et nuit, prise de l’aéroport et prise du port autonome. « Les hommes étaient à fond dans leur mission », conclut l’adjudant Leroy.

Loïc Salmon

De gauche à droite : général de brigade aérienne Jean Borel, lieutenant-colonel Stéphane Caffaro, lieutenant de vaisseau Sébastien Colard, sergent-chef Yann Baratte, animateur Didier François, lieutenant-colonel (Air) Loïc Rullière, adjudant Vincent Leroy, capitaine de vaisseau Philippe Ebanga, capitaine Brice Erblanc et premier maître Jean-Philippe Merle.




Adversaire « hybride » : une menace élargie

Aujourd’hui, les belligérants manœuvrent entre actions d’éclat spectaculaires, manipulations (médias, réseaux sociaux et cybermenaces) et utilisation d’institutions étatiques instables. Ils profitent des failles et opportunités d’un monde en pleine mutation, interdépendant et technologiquement fragile.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 10 février 2016 à Paris, par le Centre de doctrine d’emploi des forces de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : Patricia Adam, présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale ; le général de corps d’armée Didier Castres, sous-chef « opérations » de l’État-major des armées ; Élie Tenenbaum, Institut français des relations internationales ; le général de division Jean-François Parlenti, Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentations.

Le système Daech. Le terrorisme salafiste, représenté par Al Qaïda et Daech, constitue un ennemi immédiat et pour longtemps, estime le général Castres. Les crises récentes en Irak, Syrie et Libye, interconnectées, ne peuvent être réglées successivement, mais doivent être traitées comme un « système » et par une stratégie globale, à savoir interarmées, interministérielle et internationale. Selon le général, pour empêcher que les différents foyers de Daech se rejoignent, il faut d’abord : cloisonner les zones, la Syrie et l’Irak de l’Égypte et la Libye de l’Égypte ; s’en prendre à ses flux financiers et d’armements dans un cadre international. Daech a fait passer ses effectifs de 7.000 combattants en juin 2014 à 37.000 début 2016. Il sera contenu par un appui à ses forces adverses, régulières et irrégulières, en termes de formation, équipement et aide au commandement. L’assistance aux pays voisins (Tunisie, Égypte et Sud de la Libye) confinera le développement de Daech, déjà capable de se fondre dans les populations et de décider où et quand entreprendre une action grâce à son réseau de renseignement. En face, les armées régulières doivent contrôler un espace de dimension variable et y effectuer des transferts de forces. A titre d’exemples, le théâtre du Kosovo s’étend sur  environ 11.000 km2, celui du Levant sur 550.000 km2, soit la superficie de la France, et celui de la bande sahélo-saharienne sur 2,4 fois la France. Daech est organisé en réseaux structurés, redondants et protégés par des moyens efficaces. Il appuie son action par des capacités bon marché : engins explosifs improvisés, armes chimiques, combats en zone urbaine, dissimulations dans les foules et combattants au suicide. Chaque semaine, près de 200 étrangers rejoignent ses rangs. Selon le général Castres, la riposte à Daech repose sur quatre principes. Il s’agit d’abord d’inverser le principe d’incertitude en prenant l’initiative et en gardant l’ascendant. La fréquence et l’intensité des opérations doivent se poursuivre jusqu’à la disparition de l’ennemi. Le principe d’ubiquité porte à agir partout où il se dévoile. Celui de foudroyance consiste à ne pas rater sa neutralisation quand il commet une faute. Enfin, il convient de ne pas lui laisser l’exclusivité de l’action dans le champ des perceptions, à savoir : contester, retourner et interdire sa propagande ; proposer une alternative aux populations, clé de la sortie de crise.

La guerre « hybride ». Selon Élie Tenenbaum, la guerre « hybride » consiste en une seule manœuvre de guerre « régulière » et « irrégulière », avec des applications distinctes au Levant et en Ukraine. La guerre régulière, qui implique chars, artillerie et ligne de front, comme relevant de l’État depuis le XVIème siècle, avec pour objectif la destruction de l’ennemi. La guerre irrégulière inclut la guérilla, la propagande et les guerres de libération nationale en Asie, Afrique, Amérique latine et même Europe. En 2005, deux officiers supérieurs américains analysent la situation militaire en Irak  comme une concentration de guerre civile, de terrorisme international et de risque de dissémination d’armes de destruction massive. En 2012 au Liban, l’armée israélienne est mise en difficulté par le mouvement paramilitaire chiite Hezbollah, adversaire asymétrique disposant pourtant d’une puissance de feu et de moyens techniques jusque-là utilisés par une armée nationale régulière. En Ukraine depuis 2014, la Russie soutient militairement le mouvement politique rebelle du Donbass. La menace hybride consiste à placer une armée régulière dans le dilemme insoluble de concentration de ses efforts sur un théâtre extérieur et leur dispersion pour protéger le territoire national, livré à la propagande et au terrorisme adverses. La force de l’adversaire réside dans sa capacité à passer, très vite, du stade de guerre irrégulière à celui de guerre régulière et inversement. La manœuvre révolutionnaire consiste à transformer un outil paramilitaire irrégulier et défensif en une armée régulière et offensive (Mao Tsé Toung en 1949 et Daech en 2014). La possession de missiles sol/air à courte portée, chars, mines antipersonnel et missiles antinavires procure un effet tactique à une armée irrégulière. S’y ajoute l’accès facile à des moyens techniques autrefois réservés aux services de renseignement des États : observation satellitaire par « Google Earth » et transmission de messages dans les pays visés par les réseaux sociaux.

Les vulnérabilités. L’instabilité du monde résulte de révolutions technologique et sociale, indique le général Parlenti, Le numérique place les opinions publiques au cœur des enjeux et provoque une addiction aux informations. La perception d’un monde plus confus et plus ambigu affecte les sociétés. Les violences vues à la télévision ou sur internet surprennent toujours, avec un décalage quant au sens des mots et à celui de la vie humaine. Il s’ensuit une érosion de la confiance en l’État et le sentiment que l’ennemi est partout et nulle part. Or, la puissance d’un État repose notamment sur sa diplomatie et ses assises juridique, économique et culturelle. Toute montée aux extrêmes de l’un des facteurs déséquilibre l’ensemble. L’immédiateté médiatique influe sur le raisonnement politique. Certains États saisissent alors l’occasion d’augmenter leur puissance ou de revenir sur la scène mondiale, en contournant le droit international. La guerre hybride leur paraît la plus adaptée pour parvenir à leurs fins, sans perdre leur statut ni déclencher une escalade difficilement maîtrisable.

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Loïc Salmon

Selon Patricia Adam, Daech, monstre froid et manipulateur, est une organisation qui pratique la « guerre hybride », alliant bataille rangée au Levant, action psychologique, cyberguerre et terrorisme ciblé notamment sur la France. L’éradication de cet adversaire, qui suit une logique de  guerre totale, exige : la protection des citoyens par l’opération « Sentinelle » ; la reconquête de territoires pour empêcher sa prédation de richesses pétrolières et archéologiques (opérations « Chammal » et « Barkhane ») ; de redonner la sécurité aux pays du Levant et à leurs minorités. Les forces armées apportent leur appui aux forces de sécurité, mais les soldats ne sont pas officiers de police judiciaire. Si la frontière juridique entre défense et sécurité tombe, ce serait une victoire pour Daech, souligne Patricia Adam.




Opex : de la détermination politique à l’engagement militaire

Fin 2011, la France déploie près de 8.000 militaires dans une vingtaine d’opérations extérieures (Opex), dont plus de 80 % dans un cadre multilatéral ou en soutien pour gérer des crises sécuritaires et humanitaires. Une table ronde, tenue le 22 novembre 2011 à Paris, a examiné le processus politico-militaire des principales en cours ou engagées depuis l’automne 2010 : « Pamir » en Afghanistan, « Harmattan » en Libye et « Licorne » en Côte d’Ivoire.

Y ont participé : Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants ; Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président de la République ; l’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-major des armées ; l’ambassadeur Philippe Errera, représentant permanent de la France à l’OTAN ; Alain Leroy, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix.

Cette table ronde a montré le fonctionnement interne du pouvoir dans la gestion de crise : volonté politique, travail diplomatique et contribution militaire. Tous les acteurs sont complémentaires. « Il n’y a pas d’engagement opérationnel sans projet politique clair et pas de projet politique clair sans unité de commandement », déclare Gérard Longuet. Selon lui, les pays partenaires reconnaissent le professionnalisme des forces françaises, héritage de traditions, valeur, discipline dans l’action et certitude d’employer le matériel à bon escient. Une fois la décision prise par le président de la République, le ministre de la Défense entretient une relation quotidienne avec les états-majors, explique le choix au Parlement et « fait en sorte que ça fonctionne à l’intérieur ». La France intervient en Afghanistan dans le cadre d’une coalition de 49 pays, qui souhaitent que cet Etat soit « reconnu dans sa souveraineté avec le minimum de dégâts ». L’effort principal porte sur l’émergence d’une force nationale afghane (armée et police), capable aujourd’hui d’assurer l’autorité de l’Etat sur 45 % de la population. Après le retrait des troupes de l’OTAN en 2014, elle devra pouvoir garantir l’état de droit et résister à une intervention extérieure.

« L’Afghanistan d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’il était en 2001 (attentats terroristes d’Al Qaïda aux Etats-Unis) », estime Jean-David Lévitte. Par ailleurs, il a expliqué que le devoir d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays a été remplacé par la responsabilité de protéger un peuple menacé par son propre gouvernement. Trois conditions doivent être remplies : confirmation du massacre ; appels de la population et d’une organisation régionale ; mandat clair du Conseil de sécurité de l’ONU. « Sinon c’est la loi de la jungle où chaque pays pourrait intervenir chez son voisin s’il y a des troubles ». En Libye, il fallait « éviter une croisade occidentale en plein printemps arabe ». Le recours à l’OTAN, sous la direction de la France et de la Grande-Bretagne, inclut la participation de pays arabes : Jordanie, Qatar, Emirats arabes unis et Maroc. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, la France, ancienne puissance coloniale, est considérée avec suspicion par un certain nombre de pays dans le monde. Le choix électoral du peuple ivoirien a été validé par l’Union africaine et le Conseil de sécurité de l’ONU. Des contacts ont été pris avec le Nigeria, en charge de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), pour que l’ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire), incarnant la volonté de la communauté internationale, vienne en première ligne. Le procès d’intention persistant, il a fallu une lettre du secrétaire général de l’ONU demandant à la France d’intervenir. Dans l’ensemble, « cette année (2011) a permis à la France, non seulement d’occuper pleinement son rang, mais aussi de faire progresser une certaine conception très française de l’ordre international, nous avons fait vivre par deux fois, en Libye et en Côte d’Ivoire, le concept de la responsabilité de protéger, depuis son adoption en 2005 par le Conseil des Nations unies. ».  A ce propos, Jean-David Lévitte rappelle qu’il ne peut y avoir d’intervention en Syrie sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

De son côté, l’amiral Edouard Guillaud estime qu’il n’y a pas de modèle idéal d’opération. « Nous avons eu de la chance, qui se prépare avec de l’entraînement, de bons équipements et des forces morales ». En Libye, dit-il, envoyer des troupes au sol aurait été « catastrophique dans la durée ». Il fallait une légalité internationale et la possibilité de travailler avec la Grande-Bretagne. « Le président de la République a demandé de pouvoir frapper à la demande, en moins de cinq minutes après l’accord final des chefs d’Etat. Les avions étaient déjà en vol ». Les défis militaires à relever étaient divers : dépendance des résultats diplomatiques, autorisations de survol et de stationnement en Grèce et en Italie, déplacements logistiques et coordination ave les pays alliés. « Notre système étant plus réactif que les leurs, nous avons pu frapper les premiers ». La France a déployé un porte-avions, un bâtiment de projection et de commandement, un sous-marin nucléaire d’attaque, des frégates et pétroliers-ravitailleurs, des hélicoptères, des avions F1 CR, Mirage 2000, Rafale et le Transall « Gabriel » de guerre électronique.

Pour sa part, Philippe Errera indique que le recours à l’OTAN en Libye a impliqué : des capacités accrues avec des règles d’engagement spécifiques concernant l’embargo maritime, l’exclusion aérienne et le soutien humanitaire ; la nécessité que son action fédère et n’ait pas d’effet repoussoir ; l’accord des 28 Etats membres pour que l’organisation soit un outil militaire confié au « groupe de contact ». Il a noté que le délai entre la décision politique de recourir à l’OTAN et son intervention effective a considérablement diminué : un an pour le Kosovo en 1999 et moins d’une semaine pour la Libye en 2011. « L’intervention a duré du 31 mars au 31 octobre, mandat fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Alliance Atlantique, avec zéro perte ! »

Enfin dans le cas de la Côte d’Ivoire, Alain Leroy rappelle que le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé la force française Licorne à soutenir l’ONUCI en cas de besoin (résolution1975 du 30 mars 2011). En effet, « les forces françaises avaient la capacité de frapper les armes lourdes (des troupes de l’ex-président Laurent Gbabo), que l’ONUCI n’avait pas », souligne Alain Leroy. Selon lui, sans Licorne, l’intervention aurait été impossible. Grâce à l’accord de la CDEAO et de l’Union africaine, il n’y a pas eu de critiques sérieuses ni de dommages collatéraux condamnables et surtout « l’ONU a évité une tragédie de type Rwanda ».

Loïc Salmon

 De gauche à droite : Alain Leroy, Jean-David Lévitte, Gérard Longuet, l’amiral Edouard Guillaud et l’ambassadeur Philippe Errera




Europe de la défense : ça avance à petits pas

Dans un environnement international plus difficile, l’Union européenne (UE) peine à se focaliser sur sa défense, alors que les États-Unis se tournent vers l’Asie pour faire face à la Chine. Pourtant, des avancées sont possibles, à condition qu’elle s’en donne les moyens.

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 23 janvier 2014 à Paris, par les associations « Forum du futur » et « Minerve EMST ».

Contexte international. L’Europe de la défense a été relancée lors du sommet franco-britannique de Saint-Malo en 1998, puis a connu deux coups d’arrêt : l’intervention de la Grande-Bretagne en Irak avec les États-Unis (2003) et le rejet du projet de constitution européenne par référendum populaire aux Pays-Bas et en France (2005). Toutefois, l’UE s’est engagée avec succès dans l’opération « Artémis » (2003) pour éviter un génocide au Congo. Avec l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie, elle affirme sa présence en océan indien depuis décembre 2008, aux côtés des Marines de la Russie, de la Chine, de la Corée du Sud, du Japon… et des États-Unis dans le cadre de l’OTAN. Par le traité de Lisbonne (2009), l’UE s’est dotée d’un Service d’action extérieure, dirigé par un haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et également vice-président de la Commission européenne. Cet outil, qui lui permet d’avoir une lecture commune d’une situation stratégique dans un endroit donné à un moment donné, assure une production d’analyses partagées, essentielles pour la sécurité. Ainsi, au Moyen-Orient, indique François Heisbourg, les révolutions arabes ont débouché sur l’incertitude, l’instabilité et la conflictualité. « En Libye, on est parti en guerre et en Syrie, on a failli partir en guerre ». Il ajoute que la guerre civile redémarre en Irak, que la situation en Arabie saoudite est sclérosée sur les plans social et politique et que la Russie s’affirme davantage. Au Mali, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis coopèrent en matière de renseignement (partage et fusion des données). La Chine, dont le produit intérieur brut a cumulé ceux de l’Allemagne et du Japon en 2013, et l’UE sont les premières partenaires commerciales l’une de l’autre. Il s’ensuit un risque de conflit politique et stratégique avec les États-Unis dans la région Asie-Pacifique, que l’UE gèrerait difficilement, du fait qu’elle dépend des États-Unis pour ses capacités militaires. Seule région du monde à dégager une croissance économique nulle en 7 ans, l’UE, a diminué ses dépenses de défense de 15 % depuis 2008, soit 30 Md€ de moins en 5 ans ! Or, par suite du plafonnement du budget de la défense aux États-Unis, les entreprises américaines d’armement, qui ont un besoin vital d’exporter, vont tenter d’absorber ce qui reste de l’industrie de défense dans l’UE, en commençant par les pays les plus faibles.

Intérêts nationaux. « La Grande-Bretagne s’intéresse à la défense, mais peu à l’Europe, l’Allemagne s’intéresse à l’Europe mais peu à la défense et la France ne sait à quel saint se vouer », estime François Heisbourg. Il rappelle qu’une grande partie de l’opinion publique britannique est passée de « l’euroscepticisme » à « l’europhobie ». Si la majorité actuelle est reconduite après les élections générales de 2015, elle organisera un référendum en 2017 sur l’appartenance du pays à l’UE. En conséquence, il n’y a guère de progrès à attendre sur la défense européenne de la part de la Grande-Bretagne. En outre en 2009-2010, par souci d’économies, celle-ci a sacrifié son aviation de patrouille maritime… composante qui s’est révélée indispensable en Libye en 2011. De son côté, l’Allemagne ne se détermine plus par rapport aux positions des autres pays dans les domaines militaire et international. Pendant la guerre froide, qu’elle vivait mal, elle ne s’engageait qu’au sein de l’OTAN et contre l’URSS. Après la chute du mur de Berlin en 1989, elle a participé à des opérations extérieures en coalition et sous drapeau de l’ONU : service de santé au Cambodge et en Somalie, puis troupes combattantes au Kosovo. Mais en 2003, elle s’est émancipée de la tutelle des États-Unis en refusant de participer à leur intervention en Irak. En revanche, elle a décidé d’envoyer en Afghanistan, sous l’égide de l’OTAN, un contingent qui s’y trouve encore 7 ans plus tard. Quoique ses régiments d’infanterie de marine soient intervenus souvent en Afrique subsaharienne, la France a sous-estimé les difficultés en Centrafrique par insuffisance de renseignement, indique François Heisbourg : «  Ce n’est plus l’efficacité des réseaux Foccart » (la « Françafrique ») et « la garde présidentielle n‘est plus gérée par le Service action de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) ». Aujourd’hui, il s’agit de « ne pas apparaître comme néocolonial ». Par ailleurs, tout en réduisant le format de ses armées, la France a préféré en conserver toutes les capacités plutôt que de perdre des savoir-faire : «  Un Rafale détruit plus de cibles à coup sûr que 1.000 bombardiers pendant la seconde guerre mondiale ». Désormais, les recherches porteront surtout sur la technologie de l’information, dont la capacité de traitement double tous les 18 mois.

Perspectives communautaires.

Le Commandement européen du transport aérien militaire fonctionne bien et permet de réaliser des économies substantielles. Mais, pendant l’intervention au Mali, l’Agence européenne de défense a pu mobiliser 50 avions de ravitaillement en vol… dont la plupart n’étaient pas certifiés pour ravitailler tous les types d’avions de l’UE ! En raison de l’urgence opérationnelle, il a fallu effectuer les certifications très rapidement, processus désormais systématique. Les directives européennes sur l’ouverture des marchés publics de la défense ont été transposées dans les droits nationaux des États membres, mais il reste des failles en matière de transfert de technologies, estime François Heisbourg. De plus, l’UE dispose d’une pléthore de moyens d’essais, héritage historique très onéreux, mais une rationalisation nécessiterait une mise de fonds très importante. Enfin, l’interopérabilité des drones européens implique une formation commune préalable des utilisateurs.

Loïc Salmon

Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

L’AED : vision stratégique, recherche et technologie

La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), partie intégrante de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), donne à l’Union européenne (UE) la possibilité d’utiliser des moyens civils et/ou militaires dans le but de prévenir des conflits et gérer les crises internationales. Composé d’ambassadeurs des États membres de l’UE, le Comité politique et de sécurité (COPS) assure le suivi de la situation internationale dans les domaines relevant de la PSDC et émet des propositions d’objectifs politiques et recommandations d’options stratégiques à l’intention du Conseil européen (chefs d’État et de gouvernement). Le Comité militaire (représentants permanents des chefs d’État-major) fournit au COPS des recommandations et avis sur toutes les questions militaires et évalue les options stratégiques de gestion des crises et de développement des capacités définies par l’État-major de l’UE, auquel il donne ses directives.




Obsèques nationales pour quatre tués en Afghanistan

Le 14 juin 2012, les obsèques nationales des quatre militaires français, victimes d’un attentat suicide le 9 juin en Afghanistan, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, de l’ensemble du gouvernement, de deux anciens présidents de la République, de la plupart des anciens Premiers ministres et des détachements de leurs unités.

Il s’agit de l’adjudant-chef Thierry Serrat, du maréchal des logis-chef Stéphane Prudhom, du maréchal des logis Pierre-Olivier Lumineau et du brigadier Yoann Marcillan. Deux de leurs interprètes afghans ont trouvé la mort lors de l’attentat, qui a fait cinq blessés français (trois gravement) et deux blessés civils afghans. Dans son éloge funèbre aux quatre militaires décédés, le président de la République François Hollande, chef des armées, a notamment déclaré : « Ils sont morts pour des valeurs justes et hautes, celles de la paix, celles de la liberté, celles de la démocratie, les valeurs de la France ». Après les avoir faits chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume, il s’est entretenu avec leurs familles présentes. Le retrait des forces combattantes françaises reste fixé à fin 2012. Depuis son engagement en Afghanistan en 2001, la France déplore 87 morts et environ 700 blessés. Selon l’Etat-major des armées, les quatre militaires effectuaient une mission de contact avec la population pour connaître ses besoins et ses sentiments. Ces missions, indispensables pour comprendre l’environnement opérationnel, ne sont pas suspendues, car elles permettent de déceler les menaces, participant ainsi à la sécurité des forces sur le terrain. Elles sont progressivement dévolues aux forces de sécurité afghanes. Enfin, il n’existe aucun moyen de se prémunir contre une attaque suicide.

L.S.




Mali : obsèques nationales pour le premier tué de l’opération Serval

Le 15 janvier 2013 aux Invalides (Paris), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présidé la cérémonie d’hommage national au lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé le 11 janvier lors du déclenchement de l’opération « Serval » au Mali. Le lieutenant Boiteux, chef de bord d’un hélicoptère de combat au 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de l’armée de Terre, a été promu au grade supérieur et fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume. Le même jour, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué à la presse le pourquoi et le comment de l’opération Serval, lancée moins de cinq heures après l’ordre du président de la République, François Hollande, à la suite de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. « Le Mali, dit-il,  fait face à une « agression caractérisée, organisée et coordonnée » du mouvement islamiste Ansar Eddine et des groupes terroristes Aqmi et Mujao. Selon le ministre, ceux-ci avaient déployé dans le nord du pays environ 200 véhicules et 1.200 combattants pour s’emparer de la capitale Bamako et anéantir l’armée malienne avant l’intervention de la force internationale de soutien au Mali (Misma) et la mission européenne de formation militaire (UTM Mali). La réaction militaire française poursuit trois objectifs : arrêter l’offensive des mouvements terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien ; préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali ; faciliter la mise en œuvre des décisions internationales et en accélérer le tempo pour les forces africaines et européennes. Pour cela, les forces françaises doivent remplir quatre missions : aider les forces maliennes à arrêter la progression de l’adversaire vers le sud par des frappes aériennes (avions et hélicoptères) et le déploiement d’éléments terrestres ;  frapper dans la profondeur (actions aériennes) les bases arrière adverses pour empêcher toute nouvelle offensive ; envoyer un signal fort de soutien au gouvernement malien de transition et assurer la sécurité des ressortissants français et européens ; préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention de la Misma (commandée par un général nigérian) et de l’UTM Mali. Au 15 janvier, l’opération Serval avait déjà mobilisé 1.700 militaires dont 800 au sol, des avions Atlantique (renseignement et guidage de frappe), 12 avions de chasse (Rafale et Mirage 2000), 5 avions ravitailleurs et 5 avions de transport tactique (C-130 et C-160). Le dispositif au sol, qui compte une cinquantaine de véhicules blindés, devrait monter en puissance, a indiqué le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, présent à la conférence de presse. Enfin, le ministre, qui a reçu des offres d’assistance des pays européens et du Canada (transport et soutien santé) et aussi des Etats-Unis (renseignement et logistique), a souligné « qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de la mission européenne de formation ».

Loïc Salmon




Armée de l’Air : l’appui aérien aux opérations terrestres

Le processus « Air Land Integration » (ALI), à savoir une coordination élevée entre aéronefs et forces terrestres, implique une adaptation permanente de la mission au théâtre d’opération.

Le lieutenant-colonel Fabrice Laurens de l’état-major de l’armée de l’Air l’a présenté à la presse le 7 septembre 2017 à Paris, à l’occasion de l’exercice interarmées et interalliés « Serpentex ».

Synergie et technologie. Dans un contexte multi-théâtres, évolutif et avec emploi de technologies avancées, l’armée de l’Air met ses moyens en synergie au sein de la campagne globale. Elle respecte la liberté de décision et le choix des modes d’action de la composante terrestre bénéficiaire. L’ALI, qui nécessite un important investissement humain et technique, met en œuvre l’ensemble des processus tactiques (planification et conduite) pour optimiser la manœuvre interarmées. Il s’applique principalement à l’appui aérien : le feu au profit de troupes au sol et le renseignement pour les forces spéciales. La composante air de l’ALI met en place des chaînes de commandement adaptées au théâtre. Ainsi pour l’opération « Chammal » au Levant, les forces françaises sont engagées dans une coalition internationale au commandement très centralisé en raison des nécessités politiques du théâtre. L’appui aérien nécessite alors une coordination classée « haute » au niveau de l’état-major. En revanche dans la bande sahélo-saharienne, l’opération « Barkhane », menée par la France, permet une organisation décentralisée de l’ALI. La chaîne C2 Air (système de commandement et de conduite) descend au plus bas niveau tactique. Des officiers de l’armée de l’Air sont mis en place dans la structure du commandement Terre, constituant une prolongation, sur le terrain, du JFAC (commandement de la composante air interarmées) installé à la base aérienne de Lyon Mont-Verdun.

« Serpentex » 2017. La complexité des opérations nécessite un entraînement ALI très poussé en interarmées et interalliés, du plus bas niveau tactique à celui des chaînes C2. L’expertise de l’ALI, acquise pendant une dizaine d’années, est mise à profit dans l’exercice « Serpentex » (11-29 septembre 2017) à la base aérienne de Solenzara (Corse). Il vise à : entraîner les contrôleurs aériens avancés (JTAC) à leur mission d’appui aérien dans des conditions réalistes ; tester des matériels et éprouver des procédures nouvelles en interarmées et interalliés ; prendre en compte les opérations récentes. Plus de 10 pays, principalement de l’OTAN, soit 1.000 militaires dont 800 Français, participent à « Serpentex ». Ce dernier met en œuvre : une trentaine d’avions de chasse dont 17 étrangers ; 4 hélicoptères (1 Puma et 3 Fennec) ; 2 avions de transport tactique (Transall et Casa) ; 1 drone Reaper ou Harfang ; 1 avion radar AWACS E3-F ; 1 avion ravitailleur KC-135 français ; 74 JTAC, dont 13 instructeurs ; 1 système de défense sol-air Mistral de l’armée de Terre ; 1 simulateur de menace sol-air américain TRTG. Les commandos parachutistes de l’Air N°10, 20 et 30 utilisent le système « Alliance » pour effectuer le guidage terminal d’une bombe, en évitant les communications vocales. En outre, « Alliance » aide à la décision tactique en affichant : des points d’intérêt mise à jour en temps réel sur une carte ou une image satellite ; des éléments issus des bibliothèques ; les ordres de commandement. Il accélère la boucle décisionnelle pour l’appui aérien rapproché. Enfin, il réduit les risques de tirs fratricides et de dommages collatéraux par la visualisation de la zone létale de l’armement.

Loïc Salmon

Forces spéciales : ET «Poitou»/CPA10, binôme avions/commandos

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage

Défense : les opérations aéroportées, capacités spécifiques selon les missions




Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Dans les opérations extérieures (Opex) en interarmées, les hélicoptères apportent une plus-value en termes de modes d’action dans des conditions extrêmes et dans la durée.

Ces questions ont été abordées au cours d’un colloque organisé, le 18 juin 2015 au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (région parisienne), par le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le colonel Hervé Auriault, Commandement des forces terrestres ; le colonel Bernard Tardy, Commandement des forces aériennes ; le capitaine de vaisseau Frédéric Babin Chevaye, chef d’état-major de la Force de l’aéronautique navale.

La manœuvre aéroterrestre. Depuis 2010, l’aérocombat s’est exercé dans des milieux très différents : Libye, Somalie et Centrafrique. Les hélicoptères combinent une attaque au sol avec une unité d’infanterie ou de cavalerie. Selon le colonel Auriault, cette intégration complète à la manœuvre interarmes résulte d’une culture de « terrien » : les équipages, formés dans l’armée de Terre, connaissent les combattants au sol et leur environnement. Elle implique une forte capacité d’adaptation et un emploi coordonné ou autonome des appareils. Le succès d’une opération combinée repose sur la capacité de s’engager et se déployer avec et comme les unités au sol. Leur préparation opérationnelle commune exige de maîtriser la totalité du spectre des missions en interarmées. Ainsi, les opérations au Mali ont nécessité : renseignement par les drones moyenne altitude longue endurance de l’armée de l’Air ; frappes programmées des avions de chasse ; interception et neutralisation de l’adversaire dans la profondeur par les hélicoptères ; ravitaillement en carburant, vivres et munitions par le bataillon logistique ; reconnaissance et escorte du soutien logistique pour les troupes au sol, qui saisissent et détruisent les caches d’armes ; contrôle combiné des espaces sensibles. Les appareils de nouvelle génération (Tigre et NH 90 Caïman) augmentent autonomie, puissance de feu et capacité de protection. Les plus anciens (Super Puma et Gazelle) conservent une capacité de résilience dans la durée. La maintenance constante des hélicoptères exige la présence permanente des mécaniciens. Une masse de manœuvre d’une vingtaine d’hélicoptères permet de tenir un engagement pendant 2 à 4 mois. Enfin, le commandement des hélicoptères nécessite une boucle décisionnelle courte, en vue d’une très forte réactivité pour exploiter l’occasion. La chaîne de l’aérocombat inclut brigade, régiment, groupement tactique interarmes et patrouille.

L’armée de l’Air. Les hélicoptères Fennec, Puma et Caracal, engagés en permanence en Opex, allient polyvalence, souplesse d’emploi et interopérabilité, explique le colonel Tardy. Leurs missions couvrent un large spectre : renseignement par les Fennec dans l’opération « Sangaris » en Centrafrique depuis 2013 ; action en Somalie (2013) par les Caracal ; reconnaissance armée et appui feu au canon de 20 mm par les Fennec en Centrafrique et par les Puma dans l’opération « Barkhane » (Tchad, Niger et Centrafrique, 2014) ; aéromobilité des troupes dans les opérations « Pamir » (Afghanistan, 2006-2013), « Serval » (Mali, 2013) et « Barkhane » ; contribution permanente aux opérations spéciales avec l’escadrille spéciale d’hélicoptères de l’escadron 1/67 (EH 1/67) puis au sein du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, dont l’opération « Sabre »  (Mauritanie, Burkina Faso et Niger, 2012) ; évacuation de personnel pendant « Pamir », « Harmattan » (Libye 2011), « Serval », « Barkhane » et « Bois Belleau » (golfe Arabo-Persique et océan Indien avec le groupe aéronaval, 2014). La recherche et le sauvetage de combat (Resco), du ressort des Caracal, consistent à récupérer un ou plusieurs personnels isolés en zone hostile. Ils concernent le segment héliporté et la capacité à intégrer et diriger, dans certaines phases de la mission, un dispositif aérien complexe, national ou interalliés (États-Unis), avec des procédures standardisées OTAN. L’armée de l’Air a déployé 3 de ses 5 Caracal dans l’opération « Baliste » (2006) pour évacuer des ressortissants français et européens hors du Liban. L’emploi des Caracal, ravitaillables en vol (photo), nécessite une forte intégration avec les unités spéciales : Commandos parachutistes de l’air N°10 (assistance, soutien, neutralisation et renseignement au profit du Commandement des opérations spéciales), N°20 (participation aux mesures actives de sûreté aérienne) et N°30 (Resco) ; service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Les Opex mobilisent en permanence 25 %-35 % des équipages des Caracal, 40 %-50 % de ceux des Puma de l’EH 1/67 et 30 % des équipages des forces spéciales.

La Marine nationale. Par leur allonge, les hélicoptères de combat embarqués donnent, aux bâtiments une capacité d’action susceptible de modifier le rapport de forces. Les Lynx sont déployés sur les frégates anti-sous-marines, les Panther sur les frégates antiaériennes et de type La- Fayette (à faible signature radar) et les Caïman, plus lourds, sur les frégates de défense arienne, les frégates multimissions et le porte-avions Charles-de-Gaulle. Compte tenu de l’environnement marin, tous disposent d’outils spécifiques (capacité de pliage, roues et harpon d’appontage), d’un radar et d’une caméra infrarouge pour détecter les navires militaires dans les eaux internationales. Dans le cadre de l’opération « Chammal » (golfe Arabo-Persique, depuis 2014), ces appareils ont été intégrés à un groupe aéronaval américain pour sécuriser la zone et recueillir des renseignements sur les unités navales et drones iraniens (identification nocturne et suivi des activités). L’information est partagée pour éviter de provoquer des tirs iraniens. Au cours de l’opération européenne « Atalante » (côte somalienne et océan Indien, depuis 2008), le renseignement d’origine électromagnétique porte sur les boutres et skiffs des pirates et les navires détournés et transformés en « bateaux mères ». Déjà, 190 tirs d’avertissement ont été autorisés et une action héliportée a permis de capturer des pirates à terre. La détection sous-marine se fait par immersion variable d’un sonar actif, largage de bouées actives ou passives et confirmation par caméra infrarouge. Lors de l’opération « Arromanches » (golfe Arabo-Persique, 2015), les hélicoptères du Charles-de-Gaulle ont établi, par radar, la situation maritime, transmise par la liaison tactique 11. Enfin, des torpilles MU90 héliportées peuvent détruire des patrouilleurs dans une zone de crise.

Loïc Salmon

Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Selon le général Jean-Pierre Bosser, les opérations extérieures se caractérisent par une menace plus diluée et plus mobile, avec des élongations majeures et une capacité de frappe dans la profondeur. Dans un conflit asymétrique, l’affrontement final, face à face avec l’adversaire, nécessite des matériels protégés et une forte puissance de feu. La technologie des hélicoptères permet d’attaquer jour et nuit et de fusionner le renseignement avec celui des drones.




Géopolitique : la puissance aujourd’hui, résultat du hasard et de la méthode

La dynamique du changement dans les relations internationales se heurte à la résistance du statu quo. Inscrite dans la durée, la puissance nouvelle appartient aux Etats qui en comprennent les règles et savent en forger les instruments.

C’est ce qui ressort d’une conférence-débat, organisée le 16 avril 2019 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Thierry Garcin, chercheur à l’Ecole doctorale de Paris Descartes ; Pierre Bulher, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris ; Ivan Sand, doctorant à l’Université Paris-Sorbonne.

Evolution des critères. Thierry Garcin définit la puissance comme le pouvoir en action et la stratégie comme le moyen pour arriver à un but. Cela nécessite un territoire, une population, le sentiment national d’appartenir à une communauté, une cohésion sociale, des ressources naturelles (hydrocarbures ou minerais), une vitalité économique et une volonté politique basée sur un projet politique. Dès 1960, Raymond Aron a défini la géopolitique comme l’imposition de la volonté d’un Etat sur les autres. Au début du XXème siècle en Europe, il était courant d’apprendre la langue de la nation voisine pour comprendre sa manière de penser. Sur le plan géographique, la mer, qui sert de vecteur à 80 % du commerce mondial en tonnage et à 75 % en valeur, prendra encore plus d’importance au cours des 15 prochaines années. Le chemin de fer, facteur du développement de l’Union soviétique, lui a permis d’acheminer soldats, armes et munitions pendant la seconde guerre mondiale. La vapeur sert encore à mouvoir les catapultes des porte-avions américain et français, instruments de projection de puissance (voir encadré). La conquête de l’espace a succédé à celle de l’air avec la mise en orbite de nombreux satellites. L’arme nucléaire a constitué une rupture stratégique, mais sans amener une vision globale du rapport de forces. La rivalité des Etats-Unis et de l’URSS a nécessité la modernisation permanente de l’arme de la terreur sans avoir à l’employer. En 1988, la reconnaissance, par les deux parties, qu’une guerre nucléaire n’était pas gagnable a débouché sur une maîtrise des armements, mise à mal en 2018 par leur retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. En outre, sont apparus les multiplicateurs de puissance : électronique, informatique, cyber et intelligence artificielle avec des recherches militaires et civiles.

Révolution numérique. Les technologies et innovations numériques ont conduit à de nouveaux instruments de la puissance, rappelle Pierre Bulher. Elles permettent la transmission d’informations à des coûts infimes alliant qualité et fiabilité, autorisent l’échange d’informations et donnent la capacité de traiter l’information en réseau. Elles exercent aussi un impact sur la création de la valeur économique. Ainsi, les entreprises transnationales gagnent de la productivité à tous les niveaux. Les établissements financiers prélèvent instantanément des commissions. Les industries et grands groupes obtiennent du pouvoir collectif. L’information est devenue un produit fini, que traitent les compagnies d’assurances, les agences de notations, les média et les agences de publicité. Les « gigadonnées », véhiculées en deux jours par internet, correspondent à la totalité de l’information produite depuis son invention. Cela nécessite une énorme capacité de stockage et de traitement. Ainsi, l’administration américaine a accès à toutes les données de ses ressortissants partout dans le monde et préparent les prochaines étapes d’internet, à savoir 3.0 et 4.0. Le cyberespace devient l’arène de la puissance et de la manipulation avec attaques de hackers, propagandes camouflées, « fake news » (informations tronquées), interférences dans les processus électoraux et enfin espionnage. La sécurité, fondement de la puissance, apparaît menacée, souligne Pierre Bulher. Parmi les entreprises de techniques, applications et services informatiques, les américaines en représentent la moitié, dont les dix plus grandes, puis arrivent les chinoises. Les Etats-Unis, principal pays en matière d’universités, centres de recherche et sociétés à capital-risque, parviennent à capter les élites scientifiques dans le monde. La Chine a devancé le Japon en quadruplant le nombre de ses chercheurs depuis 2015 et en doublant sa part dans la recherche et le développement (R&D), par rapport à son produit intérieur brut (PIB), et ses publications d’articles scientifiques. Arrivent ensuite la Corée du Sud avec environ 4,3 % de son PIB pour la R&D, l’Allemagne avec 3 %, la France avec 2,25 % et la Grande-Bretagne avec 1,7 %, soit moins que la moyenne européenne. Les Etats-Unis y ont investi 476 Md$ en 2017, soit autant que le tiers des dépenses des 28 pays membres de l’Union européenne (UE). Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), tous à capitaux privés, ont acquis une avance nette et durable depuis le développement d’internet et investissent massivement en R&D, pour disposer continuellement d’innovations et conforter leur position dominante.

Retour de l’Etat. La puissance d’influence n’existe pas sans celle de coercition, souligne Thierry Garcin. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, le gouvernement des Etats-Unis, seule puissance économique et politique, est intervenu en restreignant les libertés individuelles et en renflouant l’économie par le retour au protectionnisme et le bilatéralisme intermittent. Après la crise financière de 2008, l’UE a sauvé les pays de la zone euro. Avec le 2ème PIB mondial, la Chine manifeste sa puissance politique d’abord en mer de Chine puis ailleurs par les « nouvelles routes de la soie ». La Russie fait à nouveau sentir la sienne à l’Est de l’Europe et au Proche-Orient.

Loïc Salmon

Selon Ivan Sand, l’armée de l’Air prend une dimension géopolitique à l’échelle mondiale par l’utilisation de bases françaises à l’étranger et de bases de pays alliés. En effet, la projection aérienne permet d’agir vite, loin et en souplesse pour répondre à un objectif défini, en passant de la diplomatie à la coercition. En outre, les flux aériens alimentent les forces terrestres dans les conflits de longue durée. Les opérations entreprises entre 1945 et 2018 varient de quelques heures (Syrie, 2018) à plus de 10.000 jours (guerres de décolonisation, 1945-1962). Lors de l’expédition de Suez en 1956, la France et la Grande-Bretagne utilisent pour la première fois l’arme aérienne contre un pays indépendant, l’Egypte. En 1986, le raid sur la base aérienne de Ouadi Doum (Tchad), occupée par l’aviation libyenne qui soutient les forces rebelles tchadiennes, met en œuvre 12 Jaguar et 4 Mirage F1. Les avions ont décollé de Bangui (Centrafrique) et ont été ravitaillés en vol par 5 C 135F, partis de Libreville (Gabon) et auparavant réservés aux Forces aériennes stratégiques. Ce raid a été rendu possible grâce à des accords diplomatiques avec la Centrafrique et le Gabon. Lors des interventions multinationales dans le Golfe (1991), en Afghanistan (2001-2014) et au Levant contre Daech (depuis 2014), la France arrive en 2ème ou 3ème position en capacité de projection aérienne derrière les Etats-Unis, grâce à sa base aux Emirats arabes unis, au groupe aéronaval et à un accord avec la Jordanie.

Géopolitique : recomposition de l’ordre mondial et émergence de nouvelles puissances

Défense : augmentation des budgets mondiaux en 2018 et réaffirmations de puissance