L’anticipation géopolitique aidée par l’intelligence collective

La mesure systématique de l’intelligence collective pour anticiper des événements, même de nature géopolitique, permet de réduire l’incertitude grâce à la décentralisation des sources, la diversité des opinions et l’indépendance d’esprit.

C’est ce qu’a expliqué Emile Servan-Schreiber, directeur général de Lumenogic, lors d’une conférence-débat organisée le 8 octobre 2013 à Paris par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les bases théoriques. Le philosophe grec Aristote (384-322 avant J.C.) définit l’intelligence collective comme le rassemblement de nombreux individus ordinaires mais capables, ensemble, d’être meilleurs que les quelques meilleurs d’entre eux. En 2010, une étude américaine met en évidence que le quotient intellectuel (QI) d’un groupe, tangible et mesurable, se détermine non par la moyenne des QI individuels ni l’âge moyen, mais par la proportion des femmes en son sein. En outre, l’égalité du temps de parole et la sensibilité sociale (capacité de se mettre à la place de l’autre) rendent le groupe plus performant. Dans son livre « La sagesse des foules », James Surowiecki démontre que l’intelligence d’un groupe repose sur le savoir cumulatif de chacun des membres, dont les « subsidiarités » s’annulent. L’intelligence du groupe se détermine par la qualité des communications entre ses membres et sa diversité cognitive, à savoir les différentes approches d’un problème. Les sociétés les plus innovantes sont celles qui impliquent le plus de monde et non le plus d’argent. L’agilité à s’associer intellectuellement à d’autres personnes améliore l’intelligence collective. Il convient d’y ajouter un autre élément : le pari ! En effet, le fait de parier mobilise, dans le cerveau, des neurones spécialisés dans l’évaluation des risques et des récompenses. De plus, l’émotion est refoulée et le raisonnement privilégié. Parier encourage la confrontation d’idées plutôt que la conformité. Les parieurs prennent en effet des risques avec leur argent ou leur réputation si le pari n’est pas monétaire. Ainsi motivés, ils recherchent la « bonne » information. Pour eux, il s’agit d’avoir raison avant les autres. L’organisation de paris sur des pronostics d’événements constitue un véritable marché « prédictif », où la question posée aux parieurs est directement liée à l’objet de la prédiction. Tous les parieurs essaient de maximiser leurs gains et modifient leurs options d’achat ou de vente s’ils y trouvent un intérêt, rendant ainsi leur pronostic équilibré. Celui qui ne connaît rien du domaine concerné ne va pas jouer en bourse. Par contre, celui qui le connaît bien va jouer de plus en plus gros et son opinion va peser plus lourd. Selon des études américaines, les prévisions du marché se vérifient dans le monde réel : actualité, politique, économie, sciences et technologies. Dans son livre « Expert Political Judgement », Philip Tetlock donne les résultats d’une enquête réalisée entre 1985 et 2005 sur 82.000 prévisions et 284 experts américains. Il dresse une typologie des « renards » et des « hérissons ».  Le « renard » apparaît comme « visionnaire », ouvert à tout et connaissant beaucoup de petites choses. L’écrivain Michel de Montaigne (1533-1592) correspond à ce type. Le « hérisson », qui ne connaît qu’une chose ou un principe très important, apparaît comme un « idéologue ». Le philosophe et mathématicien Blaise Pascal (1623-1662) et le président George W. Bush s’approchent de ce type. Philip Tetlock conclut que les experts ne sont pas meilleurs que les amateurs avertis et que les « renards » sont bien meilleurs que les « hérissons ». Pourtant, les média préfèrent les gens bardés de certitudes : c’est plus divertissant et plus convaincant ! Les décideurs font naturellement confiance aux experts…  qui savent très bien se justifier.

Les applications opérationnelles. Dans le domaine géopolitique, personne ne peut prétendre avoir toutes les connaissances nécessaires, rappelle Emile Servan-Schreiber. La mise à jour en temps réel des données se fait au fil de l’information auprès de ceux qui sont sur le terrain. Par exemple, les prix des produits laitiers ont été multipliés par 3 en quelques mois, car les pays émergents ont perturbé ce marché. Les principales données doivent être calibrées, numérisées et « discriminantes ». Quand elles deviennent  floues, elles sont mieux analysées par plusieurs cerveaux travaillant ensemble que par un ordinateur. Les marchés « prédictifs » se sont avérés plus déterminants et surtout plus rapides (quelques minutes) que les sondages (deux jours). Les premiers donnent une prévision du résultat final, en continu, auprès de participants auto-recrutés par la connaissance du sujet et interactifs. Les sondages indiquent une préférence à un jour donné et une photographie ponctuelle d’un échantillon représentatif, mais aucunement impliqué. Ainsi, une étude des marchés des élections présidentielles américaines de 1884 à 1940 révèle qu’ils ne se sont trompés qu’une seule fois en 1916 (réélection de Woodrow Wilson). Ces paris, interdits depuis aux Etats-Unis, sont autorisés en Grande-Bretagne où la presse a plutôt tendance à regarder les marchés « prédictifs » que les sondages de moins en moins représentatifs. De son côté, la CIA a lancé une étude sur 4 ans (2011-2015) pour améliorer considérablement l’exactitude, la précision et la rapidité des agences de renseignement américaines. Il s’agit de : développer des techniques de pointe qui suscitent, pondèrent et combinent les jugements de nombreux analystes ; mesurer systématiquement la justesse des prévisions à l’aune d’événements géopolitiques réels. Ce projet intitulé « Good Judgement » (bonne évaluation en vue d’une décision) est confié aux universités de Pennsylvanie et de Berkeley et à… Lumenogic ! Cinq équipes université/industrie sont mises en concurrence pour développer les meilleures méthodes. Des dizaines de politologues, psychologues, statisticiens et praticiens analysent les réponses de plusieurs milliers de participants (payés 200 $/an) aux 100 à 200 questions annuelles de la CIA. En 2013, un premier résultat montre que les meilleurs parieurs sont capables de faire mieux que les professionnels à plein temps de la CIA qui disposent d’informations « sensibles » !

Loïc Salmon

Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Diplômé de mathématiques appliquées et de psychologie, Émile Servan-Schreiber est le fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber, fondateur de l’hebdomadaire « « L’Express », et le petit-fils d’Émile Servan-Schreiber, co-directeur du quotidien économique « Les Echos ». Arrivé à 18 ans aux Etats-Unis, il a obtenu la nationalité américaine en 1993. Il y a créé plusieurs entreprises, dont Lumenogic. Son métier, a-t-il expliqué en avril 2012 à « France-Amérique, le journal français des Etats-Unis », consiste à mettre en place, dans les entreprises, des systèmes sur Internet qui permettent à l’intelligence collective de s’exprimer pour aider à prendre les meilleures décisions. Ainsi, Lumenogic combine l’expertise en technologies de l’intelligence collective, l’analyse sociale et la gestion des processus.




Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Interopérable avec les armées de Terre et de l’Air, la Marine française doit aussi assurer permanence de l’action, polyvalence des moyens, prévision et complémentarité avec les Marines alliées (Union européenne et OTAN).

Son chef d’état-major, l’amiral Bernard Rogel, l’a présentée au cours d’une rencontre organisée, le 10 juillet 2013 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Un théâtre dense. La Marine doit conserver sa cohérence dans un environnement mondial avec des moyens budgétaires restreints. Le trafic commercial maritime mondial a progressé de 40 % en 10 ans, induisant des mesures accrues de sécurité, sauvegarde et protection. En outre, les navires deviennent de plus en plus grands : les derniers porte-conteneurs atteignent 18.000 EVP (400 m de long, 59 m de large et 73 m de haut). Les hydroliennes, qui récupèrent l’énergie des courants marins, constituent autant d’écueils artificiels. L’exploitation des ressources minières en mer augmente : plus de 100 projets de plates-formes ont été lancés en 2012. Enfin, la « territorialisation » de la mer a fait son apparition : certains pays côtiers augmentent la surface de leur plateau continental pour protéger leur accès aux ressources naturelles, créant de fait de nouvelles frontières maritimes. La France s’intéresse aussi à l’océan Arctique : sa Marine s’y entraîne avec les Marines canadienne et norvégienne pour conserver son savoir-faire en zone polaire.

Des missions multiples. La dissuasion, avec dorénavant un seul sous-marin nucléaire lanceur d’engins à la mer, reste la principale mission permanente de la Marine. Par ailleurs, les crises sont imprévisibles et rapides, rappelle l’amiral Rogel. La présence de bâtiments en Méditerranée orientale, dans le golfe de Guinée et en océan Indien (zones prioritaires) permet de récolter, à la mer, sur la côte et même au-delà, les renseignements indispensables à la connaissance et l’anticipation. Elle permet aussi de lutter contre la piraterie et les trafics illicites. En océan Indien, l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie, sous l’égide de l’Union européenne, est dirigée du Centre de Northwood (banlieue de Londres) par un amiral britannique, secondé par un amiral français. Elle porte ses fruits : le nombre d’attaques réussies est passé de 22 en 2011 à 3 au premier semestre 2013. En outre, 15 équipes de protection (5 à 10 hommes) embarquent sur des navires civils sous pavillon français, après autorisation du Premier ministre. Il s’agit de navires lents, bas sur l’eau et remorquant quelque chose : thoniers, câbliers et navires de recherche sismiques. La Marine assure 80 % des demandes. En revanche, la piraterie augmente dans le golfe de Guinée et change de forme. Ce n’est plus la prise d’un équipage en otage pour en obtenir une rançon comme en océan Indien, mais du brigandage à grande échelle. Au début, les pirates attaquaient les navires de servitude des plates-formes pétrolières offshore. Aujourd’hui, ils capturent les pétroliers eux-mêmes et les vident de leur cargaison pour la revendre. Par ailleurs, la Marine intervient également dans des opérations à l’intérieur des terres. Pendant l’opération « Serval » au Mali (2013), elle a déployé des commandos dans les forces spéciales pour l’intervention au sol et un avion radar de patrouille maritime ATL2 à long rayon d’action pour le renseignement électromagnétique et optique. En mer, l’ATL2 participe à la lutte anti-sous-marine et à la recherche et au sauvetage d’équipages. L’opération « Harmattan » en Libye (2011) a mobilisé 27 bâtiments : sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), frégates, porte-avions, bâtiments de projection et de commandement et chasseurs de mines. L’opération « Baliste » au Liban (2006-2008) avait porté sur l’évacuation de 13.000 ressortissants français et européens. Depuis 2013, des chasseurs de mines sécurisent les routes du pétrole en océan Indien. En outre, la Marine assure l’action de l’Etat en mer. En 2012, elle a contrôlé 9.500 navires civils dont 43 ont été déroutés, dressé 333 procès-verbaux, arrêté 135 passeurs d’immigrants illégaux, sauvé 200 personnes en mer et procédé à 2000 déminages (bombes, torpilles et munitions de la deuxième guerre mondiale). La protection des pêches dans les zones économiques exclusives nécessite une surveillance régulière. La lutte contre le narcotrafic (13 t de drogues saisies en 2 ans, surtout dans les Caraïbes) devient une véritable opération militaire avec un ATL2, une frégate et des commandos.

Un futur complexe. Selon l’amiral Rogel, la conception de la Marine de demain prend en compte deux impératifs : les missions et le temps. Il faudra défendre les frontières pour garantir la souveraineté de l’Etat, alors que des flux croissants de biens, de personnes et de données (cyberdéfense) traversent les frontières en toute liberté. Or, le temps se comprime de plus en plus. A l’époque de la « blogosphère » et des réseaux sociaux, l’information va vite, la réaction politique aussi et le préavis de l’intervention militaire raccourcit : la montée en puissance n’a pris que quelques heures pour les interventions en Libye et au Mali. Il faut donc se prépositionner au plus près et assurer une préparation opérationnelle permanente. Compte tenu du resserrement de son budget, la Marine devra pouvoir se maintenir sur 1 ou 2 théâtres extérieurs, au lieu de 3 auparavant, avec 15 ATL2 modernisés et 40 avions de la chasse embarquée. La coopération avec la Grande-Bretagne  prévoit une force expéditionnaire commune avec 1 porte-avions (français ou britannique), 1 bâtiment amphibie, 1 escorte binationale et 1 état-major binational vers 2020. Les drones à voilure tournante, qui élargissent le périmètre de connaissance autour du bâtiment sans risque de pertes humaines, équiperont les frégates de haute mer dépourvues de plate-forme pour hélicoptère. L’amiral Rogel exclut l’externalisation du sauvetage en mer, qui nécessite des hélicoptères lourds (type Caïman) capables d’intervenir loin, de nuit et par mauvais temps et de rester longtemps en « stationnaire ». Enfin, l’arrivée des missiles de croisière navals à bord des frégates multi-missions (FREMM) et des SNA permettra des frappes dans la profondeur. « On peut les déployer dans une zone de crise, sans augmenter le niveau de crise », conclut l’amiral.

Loïc Salmon

La sécurisation des océans : un impératif mondial

L’appropriation des mers

Marine et Diplomatie

 

La Marine déploie 5.000-7.000 personnels à la mer sur un effectif d’environ 30.000 hommes et femmes. La Loi de programmation militaire en cours (2009-2014) lui a supprimé 6.000 postes. Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale prévoit une enveloppe globale, toutes armées confondues, de 24.000 suppressions d’emplois supplémentaires. La Marine devra donc procéder à une nouvelle déflation d’effectifs, encore à déterminer, tout en fidélisant ses spécialistes de haut niveau (aéronautique et nucléaire).

 




JU 87 « Stuka »

A travers les carrières et les témoignages de ses pilotes, c’est l’histoire de l’avion Ju 87 (Junkers) « Stuka » d’appui aux troupes au sol que relate Jean-Louis Roba, qui a puisé aux sources françaises, britanniques, italiennes et surtout allemandes.

Il s’est aussi entretenu avec huit de ces « As », dont le plus célèbre, le colonel Hans-Ulrich Rudel, l’homme aux 2.530 missions de combat et 2.000 cibles terrestres, navales et aériennes détruites, record mondial ! Récipiendaire des plus hautes décorations du IIIème Reich et dont la tête est mise à prix pour 100.000 roubles par Staline, Rudel préfère se rendre à l’armée américaine le 8 mai 1945, aux commandes de son Stuka dernier modèle. Ses exploits ont servi au développement de l’avion américain à turboréacteurs A-10 « Thunderbolt II », actuellement en service et spécialisé dans l’attaque des blindés. La robustesse du Stuka, sa remarquable maniabilité due à la configuration de ses ailes en « W » et sa grande précision consécutive à la tactique du bombardement « en piqué » le feront surnommer « tueur de chars » dans sa version finale. Lors du « Blitzkrieg » (guerre éclair) de 1940, il forme un tandem avec les « panzer » (blindés) dans les grandes offensives en Europe du Nord. En fait, la conception du bombardier en piqué, plus efficace contre des cibles mobiles que le bombardier attaquant horizontalement ou dispersant ses projectiles, est… d’origine américaine ! Ernst Udet, As allemand de la première guerre mondiale, la découvre en 1931 lors d’un meeting aérien aux Etats-Unis. L’adjonction d’une sirène pour terroriser l’ennemi au sol sera abandonnée après le Blitzkrieg. Constituée d’une petite hélice fixée sur une jambe du train d’atterrissage, elle ralentissait un avion déjà lent. Remplacée par un sifflet sur la bombe larguée, elle la déviait et nuisait à son efficacité. Pendant la Bataille d’Angleterre, les autorités britanniques connaissent les faiblesses de la Luftwaffe et de la Wehrmacht, grâce au déchiffrement des renseignements d’origine électromagnétique (nom de code « Ultra »). Le Stuka, utilisé avec succès contre des navires dans la Manche, est trop vulnérable pour les raids contre la terre. L’immensité du front russe augmente l’activité des Stuka et donc leurs pertes, surtout pendant la bataille de Stalingrad en 1942. En outre, l’offensive de l’Afrika Korps en Libye mobilise de nombreux Stuka, jusqu’au coup d’arrêt à El Alamein et au débarquement des Alliés en Afrique du Nord la même année. En Tunisie, les Stuka causent tellement de dommages aux troupes américaines que le général Patton demande d’agir « contre les attaques constantes de ces Stuka allemands soi-disant obsolètes » ! La dernière version du Stuka, dénommée « Gustav » et encore plus précise, peut détruire au canon 5 ou 6 chars au cours d’un seul vol. En 1943 en mer Egée, la Royal Navy domine la mer, mais la Luftwaffe domine les airs : les Stuka contribuent à la dernière grande victoire de la Wehrmacht en Grèce, où une armée britannique, général en tête, capitule en rase campagne. Tout au long de la guerre, cet avion mythique aura été utilisé par les propagandes des deux bords : symbole d’invincibilité et de terreur pour pousser l’adversaire à la capitulation pour l’une, « robot maléfique et inhumain » pour justifier l’effondrement brutal des armées franco-britanniques en mai et juin 1940 pour l’autre.

Loïc Salmon

« Les As du Junkers JU 87 Stuka » (2013).  Éditions E-T-A-I/ 192 pages/38 €




Jeep militaires

Ancêtre du 4×4 d’aujourd’hui, la « Jeep » reste le véhicule militaire le plus célèbre du monde. Destinée par l’armée américaine à remplacer le cheval, la moto et le side-car, elle fait l’objet, en juin 1940 avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, d’un appel d’offres auquel répondent les constructeurs automobiles American Bantam, Willys-Overland et Ford. Leurs prototypes doivent notamment parcourir 8.000 km de route et 8.000 km tout terrain, atteindre 88 km/h sur route, transporter trois hommes avec une mitrailleuse et aussi respecter diverses spécifications en vue de simplifier la gestion des stocks, faciliter les opérations d’entretien et de réparations et garantir des composants éprouvés et fiables. A l’origine, « Jeep » est un terme militaire utilisé par les mécaniciens pour désigner tout véhicule réceptionné pour essai dans les années 1930, mais, selon l’auteur du livre Pat Ware, ne correspond pas aux abréviations de « Governmental Purpose » et « General Purpose » (« Jipi » en anglais). Toutefois début 1941, ce terme s’impose pour désigner ces voitures qui seront utilisées pour la reconnaissance, la patrouille, le transport de personnel et de matériel, la station radio mobile, l’évacuation sanitaire, la pose de lignes téléphoniques et le dépannage léger. Elle sera déclinée en version amphibie avec un gouvernail et une hélice.  American Bantam ayant été éliminé, Ford construit 277.896 exemplaires entre 1941 et 1945 et Willys 361.349. Les Jeep, qui supportent mal la traversée de l’Atlantique, sont alors acheminées en pièces détachées en Grande-Bretagne pour être montées sur place dès août 1943. Les forces spéciales britanniques « SAS » bricolent des Jeep lance-flammes, très redoutées des soldats allemands, en modifient d’autres pour leur donner une autonomie de plus de 1.000 km en vue de raids de commandos derrière les lignes ennemies, notamment pour attaquer le ravitaillement en carburant de l’Afrika Korps lors de la bataille d’El Alamein. Dans le cadre de la loi prêt-bail, les Soviétiques reçoivent plus de 20.000 Jeep et s’en inspirent pour fabriquer leur propre modèle amphibie après la guerre. De leur côté, les Allemands militarisent la « Coccinelle » qui devient la « Volkswagen Kübelwagen ». A la fin de la guerre, la Jeep, utilisée par toutes les armées alliées sur tous les théâtres d’opérations, a démontré sa fiabilité, sa polyvalence et ses facultés de franchissement. Le général Dwight Eisenhower déclare que « la Jeep, le Dakota (avion bimoteur de transport) et la péniche de débarquement furent les trois outils qui ont gagné la guerre ». Pour le chef d’état major des armées américaines, le général George Marshall, « la Jeep représente la plus grande contribution de l’Amérique à la guerre moderne ». Après la guerre, les autorités militaires françaises, ne disposant pas d’assez de dollars pour acheter des pièces de rechange pour leurs Jeep vieillissantes, confient, à la société Hotchkiss, la fabrication d’un modèle français dénommé M201 et quasiment identique à la Jeep américaine. Le M201, retiré du service en 2005, sera successivement équipé de postes de radio, de la mitrailleuse AA52, de phares infrarouges et enfin des missiles Entac (Engin téléguidé antichar) puis Milan (Missile d’infanterie légère antichar), tous deux franco-allemands.

L’ouvrage « Jeep militaires », abondamment illustré, donne aussi tous les détails techniques et contacts utiles aux amoureux de la « principale ambassadrice de l’Amérique en guerre »

Loïc Salmon

 « Jeep militaires » (2013) par Pat Ware. Éditions E-T-A-I/160 pages/36,90 €.




Robotisation du champ de bataille : état de l’art

La présence croissante des robots sur la zone de combat, dotés ou non d’une certaine autonomie de décision, constitue une mutation de l’affrontement lui-même avec des conséquences, notamment sur l’emploi des forces terrestres.

Cette question a fait l’objet d’un colloque organisé, le 21 février 2013 à Paris, par les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC), l’Association Minerve de l’enseignement militaire supérieur scientifique et technique et le Forum du futur. Y ont notamment participé : Ronan Doare, Yves Bergeon et Gérard de Boisboissel (Centre de recherche des ESCC) ; l’ingénieur principal des études et techniques de l’armement Eva Grück ; Guy Caverot  (BA Systèmes) ; le colonel Thierry Pelletier (Section technique de l’armée de terre) ; Patrick Peras (groupe ECA).

La mise en service. Les drones sont les robots militaires les plus nombreux, car il est plus facile de se déplacer dans l’air qu’à l’intérieur d’un bâtiment. Ils apportent une réponse opérationnelle aux missions de surveillance, d’acquisition d’objectifs, de renseignement et de reconnaissance. Les robots terrestres doivent remplir les missions « monotones, sales et dangereuses », à savoir le déminage et la surveillance. Les Etats-Unis en ont déployé plus de 10.000 en Irak et en Afghanistan. Beaucoup de robots terrestres armés disposent d’une autonomie de déplacement, mais très peu d’une autonomie de décision.

Comme il faut garantir la maîtrise du feu en toutes circonstances, leur emploi est donc limité par la complexité de l’environnement pour la décision de tir. Israël et la Corée du Sud s’en servent pour garder les frontières, dont l’environnement est connu et où les intrus sont considérés comme « illégitimes ».  Par ailleurs, les technologies grand public de robots télé-opérés pourraient trouver un usage militaire dans les escadrons d’éclairage et d’investigation de l’infanterie et de l’arme blindée-cavalerie, qui doivent notamment : déceler les positions de l’ennemi et déterminer sa nature et son volume ; reconnaître les itinéraires ; flanc-garder le dispositif ; couvrir les intervalles entre les unités déployées. En contrepartie, l’analyse des menaces doit prendre les robots en compte. Déjà, en juin 2012, l’armée de Terre française a élaboré une doctrine en la matière. Elle définit le robot militaire comme une plateforme mobile terrestre, réutilisable, équipée de capteurs et d’effecteurs (moyens d’action) et destinée à réaliser, avec un certain degré d’autonomie, des actes élémentaires dans le cadre de la manœuvre aéroterrestre. Le robot doit permettre au soldat de se concentrer sur la tâche que lui seul peut réaliser. Ainsi, il répond à des besoins : survie du combattant ; accroissement de ses capacités ; réalisation de tâches répétitives et fastidieuses. Le génie utilise des robots pour la neutralisation d’explosifs et l’ouverture d’itinéraire piégé. Le 2ème Régiment étranger d’infanterie évalue la robotisation au contact : petits véhicules à roues ou chenilles, portables par un seul homme, et microdrones à voilure fixe ou tournante. L’armée britannique développe un « nanodrone », qui tient dans la main et permet de voir de l’autre côté d’un mur.

La recherche. Vu que les missions des robots terrestres incluront bientôt la logistique, la recherche et le développement demeurent prioritaires pour ne pas « décrocher ». Selon le Centre de recherche des ESCC, les enjeux pour les forces armées sont d’ordres juridiques (réglementation), sociologiques (acceptabilité), économiques (coûts), tactiques et technologiques. Pour les Etats, ils deviennent politiques : éthique quant à l’emploi de drones armés ; protection « technologique » des frontières. En outre, le Conseil national de l’industrie, créé le 5 février 2013, va coordonner l’action de douze comités stratégiques de filières (entreprises, partenaires institutionnels et ministères), en vue de créer notamment une filière industrielle robotique. La Direction générale de l’armement et l’Agence nationale de la recherche coopèrent déjà dans ce domaine. Entre 2009 et 2012, elles ont développé les petits robots d’exploration pour cartographier un territoire. Depuis 2013, elles s’intéressent aux véhicules « intelligents », qui se déplaceront en milieu urbain. Un robot est capable d’actions réflexes comme la conduite de tir, d’assurer des mouvements répétitifs et de naviguer de façon autonome (GPS, évitement d’obstacles, suivi de routes), mais sa capacité d’interprétation (reconnaissance et classification d’objets) reste encore très limitée. Aujourd’hui, le robot militaire est utilisé isolément pour limiter l’exposition du combattant dans une zone potentiellement dangereuse. Demain, au sein d’un système de force, il aura un effet démultiplicateur, en vue d’assurer la permanence de l’action. L’approche industrielle passe par une mise en phase des cycles d’évolution robotiques (3 à 5 ans) avec ceux des armées (supérieurs à 10 ans) et l’identification des familles de robots à développer dans les dix prochaines années, avec des tendances à la miniaturisation, la réalisation de tâches de plus en plus complexes et la mise en réseau (micro-robots, bras manipulateurs très sophistiqués et essaims). Toutefois, le robot milita    ire reste soumis à certaines contraintes : doctrine d’emploi spécifiée en amont ; fiabilité par des températures de – 40 ° C à + 70 ° C, simplicité, rusticité, durabilité et poids ; autonomie en adéquation avec la mission ; capacité opérationnelle dans tous les cas et toutes les conditions ; sécurisation des communications, chiffrement de données et interopérabilité. Compte tenu des aléas du combat, le robot doit rester un produit consommable, donc bon marché. Il devra être modulaire pour répondre à l’accroissement des performances. Ces modules seront sélectionnés selon la mission : caméra infrarouge ; bras téléopéré ; capteurs de menaces nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Le robot du futur devra pouvoir s’adapter aux besoins propres des composantes de l’armée de Terre, à savoir, le génie, l’artillerie, l’infanterie, l’arme blindée-cavalerie, les transmissions et le matériel/train. Son cycle de développement devra rester court, y compris les périodes d’essais. Enfin, la dualité civil/militaire permettra d’intégrer les innovations technologiques et de réduire les coûts.

Loïc Salmon

Depuis 2010, le Centre de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan a lancé un programme sur la robotisation du champ de bataille, en partenariat avec des institutions, des universitaires et des entreprises. Par ailleurs, le Groupe national de recherche en robotique compte plus de 60 équipes (1.300 chercheurs, enseignants et étudiants en master et doctorat) dans diverses universités et institutions, dont le Centre national de la recherche scientifique, l‘Institut national de recherche en informatique et en automatique, le Commissariat à l’énergie atomique et l’Office national d’études et de recherches aérospatiales. Parmi ses partenaires industriels, figurent notamment Thales, Dassault Aviation, Nexter, BA Systèmes et Bouygues Construction.




Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

Le sous-marin à propulsion nucléaire d’attaque (SNA), capable de rester longtemps sur un théâtre lointain, est un projecteur de puissance contre la terre avec le missile de croisière naval et un projecteur de forces pour les opérations spéciales.

Le SNA peut aussi sécuriser un porte-avions et son escorte, devenus trop rapides pour les sous-marins à propulsion diesel-électrique, qui restent quand même une menace sérieuse. Son évolution future a fait l’objet d’une table ronde organisée, le 18 décembre 2012 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine. Y ont notamment participé : le vice-amiral d’escadre Charles-Edouard de Coriolis, commandant des Forces sous-marines et de la Force océanique stratégique ; les ingénieurs en chef de l’Armement Christian Dugué et Yannick Le Yaouanc de la Délégation générale de l’armement ; le capitaine de vaisseau Marc Ginisty de l’état-major de la Marine ; Christian Dufour du groupe d’armement naval DCNS.

L’opérationnel et le technique. La Russie envoie des SNA dans le Pacifique. L’Inde a loué deux SNA russes de type « Akula » et prépare un projet national. La Chine a construit une nouvelle base navale dans l’île de Haïnan pour que les siens aient accès aux eaux profondes. La Marine française souhaite des « modules » pour ses SNA, en vue de s’adapter à l’évolution des menaces et d’avoir la capacité de s’en prémunir. Ainsi, pour arriver en océan Indien, il faut 17 jours à un SNA de type « Rubis » conçu, pendant et pour la guerre froide (1947-1991), pour la lutte anti-sous-marine et anti-navire de surface ainsi que le renseignement. Sa puissance repose sur sa capacité à durer sur zone,  sa capacité de feu, la qualité de ses capteurs, sa capacité à communiquer et agir dans un cadre interallié. Sa capacité à durer dépend de sa coque, son énergie électrique, son réacteur nucléaire et sa faible vulnérabilité. La capacité de feu du SNA français va augmenter avec l’élargissement du panel de ses armes : aujourd’hui les torpilles et l’embarquement de forces spéciales, demain les drones et le missile de croisière naval pour des frappes en profondeur contre la terre. Or, ces armes, même prévues, vont évoluer selon leur propre cycle de vie. Les capteurs et moyens de communication sont modifiés en permanence et consomment beaucoup d’électricité pour être efficaces et discrets. Ainsi, le sonar, destiné à l’origine à la détection de bâtiments, sous-marins et mines ainsi qu’au guidage des torpilles, intervient aussi dans la navigation en zone littorale peu profonde. Les « mâts » du SNA ne sont plus constitués d’un simple périscope, mais abritent plusieurs capteurs (antennes, radar et caméras numérique et infrarouge) et les systèmes de pointage. D’un poids total de près d’une tonne à hisser de 5 à 10 m discrètement pour ne pas être repérés, ils doivent programmer, capter et analyser en quelques secondes. En fin de compte, les SNA français se sont révélés des outils adaptables et d’emploi flexible sur le long terme. Vu que la durée de vie d’un bâtiment en général peut dépasser celle d’une entreprise ou du moins de sa stratégie, un ingénieur en verra peut-être deux au cours de sa carrière, mais n’en construira qu’un ! En conséquence, il s’agit de prévoir des marges d’évolution des matériels qui, de plus, ne dureront pas de la même façon à bord.

Le programme Barracuda. En vue de déploiements lointains de longue durée, les SNA français devront accroître leur autonomie et la redondance de leurs équipements et aussi  regrouper leurs périodes de maintenance. Leur vie passera de 35 ans pour ceux du type Rubis (74 m de long, 2.600 t) à plus de 40 ans pour ceux du type Barracuda (100 m, 5.000 t). Le premier SNA de nouvelle génération entrera en service actif en 2017 et le  sixième le quittera… vers 2070 ! Chacun sera équipé d’une liaison tactique performante, dérivée de celle des nouvelles frégates multi-missions et adaptée à ses antennes pour le débit (système de données) et les vacations (réception des informations). Afin de pouvoir embarquer des équipements plus grands, l’équipage sera restreint à 60 hommes au lieu de 70 actuellement. Comme les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique, chaque Barracuda pourra partir 90 jours d’affilée et disposera de deux équipages qui se relaieront, non au port d’attache, mais dans un port d’appui. Le futur SNA pourra ainsi être projeté très loin pendant six mois. En outre, il aura la capacité d’embarquer 15 passagers, dont deux équipes de nageurs de combat avec leurs propulseurs sous-marins pour effectuer des opérations spéciales à terre. Il sera équipé de mines, du missile anti-navire SM 39, de la prochaine torpille lourde F21 et du futur missile de croisière naval d’environ 1.000 km de portée. Le programme Barracuda, lancé par la Direction générale de l’armement en 1998, est en cours de réalisation par le groupe naval DCNS, qui y mobilise 2.000 personnes dans ses différents sites : Cherbourg pour la coque et la structure d’intégration d’ensemble ; Indret pour la chaufferie et l’appareil moteur ; Toulon pour le système de combat ; Ruelle pour les mécaniques d’armes et de conduite. Les quatre sites participent à l’ingénierie. Le groupe industriel Areva  traite la partie nucléaire. Les travaux ont déjà commencé sur la première série de trois submersibles dénommés Suffren, Duguay-Trouin et Tourville. Enfin, le SNA, qui doit aller là où il se passe quelque chose, souligne l’amiral de Coriolis, occupe une fonction stratégique pour la connaissance et l’anticipation. Il recueille en effet des renseignements d’origines acoustique, électromagnétique et optique, fusionne les données dans la durée et les synthétisent. Il se positionne au plus près des sources, sans que sa présence les alerte et modifie leurs comportements. Ainsi, lors de l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011, un SNA français est resté 95 % du temps en immersion périscopique, en zone littorale et par petit fond.

Loïc Salmon

Même si elle ne dispose que de SNA, la France a construit pour l’exportation des sous-marins à propulsion diesel-électrique (SMD) du type « Scorpène » : 4 au Brésil, 2 au Chili, 6 en Inde et 2 en Malaisie. Leur propulsion indépendante de l’air (AIP) leur permet des plongées plus longues et améliore leurs performances : vitesse maximale, 20 à 21 nœuds (37/38 km/h) ; autonomie à 19 ou 20 nœuds, 2 à 3 heures ; autonomie à 3 ou 4 nœuds, 15 à 20 jours au lieu de 5/6 j pour les SMD dépourvus d’AIP ; distances franchissables à 8 ou 9 nœuds, 12.000 milles nautiques (plus de 22.000 km). Un SMD AIP, parti de France, peut rallier la Libye en 6 jours, la Syrie en 13 j et la Somalie (environ 3.000 milles) en 24 j et rester 15 j environ sur zone. Par contre, un SNA de type « Rubis », actuellement en service, atteint la Libye en 5 j, la Somalie en 11 j et le détroit de Malacca (6.000 milles) en 17/18 j et reste environ 30 j sur zone. Le futur SNA de type « Barracuda » arrivera dans le golfe Arabo-Persique (5.000 milles) en 10 j et en mer de Chine (7.000 milles) en 19/20 j et pourra rester plus de 40 j sur zone. Enfin, il bénéficiera des dernières études réalisées pour le Scorpène en matière d’invulnérabilité acoustique.




GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

Le gouverneur militaire de Paris (GMP) participe à l’organisation territoriale interarmées, à la sécurité en Ile-de-France et au rayonnement des armées, dont il doit valoriser aussi le patrimoine.

Titulaire de la fonction, le général de corps d’armée Hervé Charpentier a reçu l’Association des journalistes de défense le 17 octobre 2012 à l’Hôtel national des Invalides.

Responsabilité opérationnelle. L’Ile-de-France accueille la Brigade des sapeurs pompiers de Paris et le 121ème Régiment du train de Montlhéry. En outre, le plan « Vigipirate » contre la menace terroriste mobilise en permanence 1.000 hommes sur le territoire, dont 600 à Paris. Chaque détachement effectue une préparation de 10 jours avant d’être déployé pendant 10 à 15 jours pour effectuer des patrouilles (20 km dans la journée) dans le métro, les gares et les sites touristiques majeurs (Tour Eiffel, Louvre, Beaubourg et château de Versailles). Les soldats observent des règles d’engagement très précises, doivent garder l’initiative et sont accompagnés de policiers pendant les heures de pointe (7h-9h et 18h-20h). Déjà, 13.000 hommes sont passés à Paris dans ce cadre. En complément, le GMP envisage de créer un bataillon de réserve pour l’Ile-de-France, dont l’état-major sera installé au fort de Vincennes. Les unités élémentaires, qui monteront en puissance, constitueront un renfort opérationnel pour relever les troupes d’active et guider, dans Paris, quelque 10.000 soldats appelés en cas de crise. En tant qu’officier général de la zone de défense et de sécurité, le GMP doit assurer, en coordination avec les services de police, de la sécurité civile et de la Ville de Paris, le plan de résilience de l’Etat dans la durée en cas de catastrophe naturelle, dont notamment une crue majeure de la Seine (voir rubrique « Archives » : « Crises : prévention et gestion en Ile-de-France » 6-6-2012).

Hommage et solidarité. La nation rend un hommage national à ses armées le 14 juillet, avec la mise en valeur des blessés, et le 11 novembre, pour les tués en opérations. A Paris, le défilé mobilise 5.000 militaires, 500 véhicules et 50 aéronefs, auxquels s’ajoutent 1.000 personnels de soutien. En fonction de l’actualité, le GMP préside des prises d’armes aux Invalides avec remise de décorations. En outre, les morts en opérations ont désormais droit à un hommage civil sur le pont Alexandre III, où passe le convoi mortuaire, puis à un hommage plus intime pour les familles dans la cour d’honneur des Invalides. A cette occasion, le chef d’Etat-major, en général de l’armée de Terre en raison du conflit en Afghanistan, épingle la croix de la Valeur militaire et éventuellement la Médaille militaire sur le catafalque. Cette cérémonie est poignante. « L’horreur devient réalité », souligne le GMP, qui reçoit longuement les familles. La fermeture du cercueil de chaque tué se fait devant sa famille proche : « C’est indispensable pour écrire cette première page de deuil ». Enfin, le président de la République peut décider un hommage national dans la garnison d’origine ou aux Invalides. Par ailleurs, une « Maison des blessés » sera établie à Bercy pour accueillir 70 membres de leur famille dans 5 appartements et 6 studios. Parallèlement, l’organisation d’événements privés dans l’enceinte des Invalides permet de récolter des fonds pour l’association d’entraide « Terre Fraternité » et la « Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre », directement rattachée au GMP.

Retour d’expérience. Le général Charpentier, qui a dirigé les Forces terrestres pendant deux ans avant sa présente affectation, a répondu à diverses questions sur le conflit en Afghanistan. Environ 60.000 militaires de l’armée de Terre, dont tous les personnels des régiments d’artillerie et 95 % de ceux d’infanterie, ont participé à cet engagement « exceptionnel » et « emblématique », après trente ans de paix ou de violence limitée. Toutefois, précise le général, « il ne doit pas être le théâtre de référence pour préparer l’avenir ». En Afghanistan, les militaires français ont vécu à des milliers de km de la France avec des moyens très développés, pour ne pas se trouver démunis en cas de surprise. Ils y ont connu le retour aux fondamentaux, à savoir l’école du combattant. L’accrochage commence à la sortie de la base et les patrouilles durent six mois sur les mêmes lieux. Beaucoup d’officiers ont servi de 6 à 17 mois dans des états-majors américains et les meilleurs sous-officiers et soldats dans les « équipes de liaison et de tutorat opérationnel » (OMLT en anglais) pour l’instruction et l’entraînement de l’armée nationale afghane. Il s’agit de capitaliser cette expérience riche en réactivité, urgence opérationnelle et nécessité d’avoir un temps d’avance. « Pour nous, soldats, l’Afghanistan est loin d’être un échec », insiste Hervé Charpentier. En dix ans, les effectifs déployés sont passés progressivement à 4.000 personnels. La planification a été la plus compliquée à faire prendre en compte. Mais, les Alliés ont reconnu « la qualité du soldat français et la crédibilité de la chaîne de commandement », souligne le général, « pour les soldats, c’est le sentiment de la mission accomplie ».

Loïc Salmon

Le général de corps d’armée Hervé Charpentier, entré à Saint Cyr en 1975, choisit l’infanterie de marine à l’issue de sa scolarité. Titulaire du brevet d’études militaires supérieures (1993), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2002). Au cours de sa carrière au sein de régiments parachutistes, il participe à diverses opérations : « Barracuda » en République centrafricaine (1979) et « Saintonge » au Nouvelles-Hébrides (1980) comme chef de la section des chuteurs opérationnels ; « Diodon 4 » au Liban (1983) comme officier des renseignement ; « Manta Echo 3 » au Tchad (1984) ; « Turquoise » au Rwanda (1994) ; « Balbuzard Noir» en ex-Yougoslavie (1995). Il a notamment commandé le 6ème Bataillon d’Infanterie de marine au Gabon (1997), la 9ème Brigade légère blindée de marine (2005), l’Ecole d’application de l’infanterie (2007) et les Forces terrestres (2010). Membre du cabinet militaire du ministre de la Défense de 2002 à 2004, il est nommé gouverneur militaire de Paris, officier général de zone de soutien de Paris et officier général de la zone de défense et de sécurité de Paris le 1er août 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec trois citations, le général Charpentier est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.




Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

L’armée de Terre dispose d’un « Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine » (Cenzub), unique en Europe. Le 28 novembre 2012 au camp de Sissonne (Aisne), elle a organisé une démonstration dynamique devant la presse et des parlementaires des commissions de Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) a mis en œuvre drones, hélicoptères, blindés légers et lourds, mortiers et fantassins et pris d’assaut une zone urbaine représentant une ville de 5.000 habitants. Le SGTIA, commandé par un capitaine, regroupe près de 200 hommes et 30 blindés et peut faire appel aux hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Le Cenzub peut accueillir, en même temps et pendant deux semaines, deux SGTIA qui mettent en pratique les spécificités de ce type de combat. La formation dispensée s’enrichit des retours d’expériences des armées françaises et alliées sur les théâtres d’opérations extérieurs en milieu urbain avec ses menaces spécifiques, dont les engins explosifs improvisés et attaques-suicides. En outre, les types d’engagement les plus probables sont étudiés. Les stagiaires s’entraînent au combat en espace confiné (distances d’engagement de 0 à 100 m, milieu très cloisonné, pièces fermées et zones obscures) et en zone habitée (impacts juridique et d’influence). Ils apprennent à réduire au maximum les pertes dans ce type de combat particulièrement meurtrier. Le Cenzub, où viennent déjà s’entraîner les armées allemande et britannique, doit accueillir un SGTIA des Emirats arabes unis en mai 2013.

Loïc Salmon




Guerre de l’information et information de guerre

La « guerre de l’information », essentielle à la conduite de la guerre tout court, a vu sa portée et ses enjeux démultipliés par l’internet et les réseaux sociaux. Parallèlement, la couverture médiatique d’un conflit avec les moyens d’aujourd’hui influe directement sur son évolution. L’analyse d’un conflit armé prend en compte la représentation du territoire par les protagonistes. Il s’agit de comprendre pourquoi des conflits majeurs peuvent commencer sur des territoires très petits et pourquoi des détails insignifiants déclenchent une guerre sur des territoires chargés de symboles. Ces questions ont fait l’objet d’une table ronde organisée, le 16 octobre 2012 à Paris, par l’Institut français de géopolitique et le journal Le Monde.

Les médias. Les journalistes sont envoyés sur place pour rendre compte d’une situation compliquée et mouvante. Autrefois, un correspondant de guerre était accrédité auprès d’une armée et protégé par les conventions de Genève, avec le risque de devenir une victime collatérale. Aujourd’hui, indique Olivier Da Lage, il est une cible, sans la moindre immunité, pour des groupes ou même des Etats et qui prend de la valeur s’il vient d’un pays puissant. En conséquence, beaucoup de médias assurent une couverture limitée des zones de conflit et n’ont plus de correspondants à l’étranger pour des raisons budgétaires.  Ils recourent alors aux « envoyés spéciaux », qui doivent collecter beaucoup d’informations en quelques jours, ou aux « pigistes » (rémunérés à l’article) locaux et même français qui veulent se faire un nom dans des pays réputés dangereux. Les médias bénéficient aussi des apports (blogs, vidéos sur « You Tube » et témoignages sur « Skype ») de « journalistes citoyens » des pays en question, avec un risque de manipulation mettant en cause la crédibilité de l’information. En effet, ces informateurs profitent de la facilité que leur donne un téléphone portable sans se soucier du contexte de l’événement. Toutefois, des arbitrages sur la fiabilité d’une information, selon les situations, ont lieu au sein des rédactions. Un solide bon sens est préférable à une connaissance très précise du terrain. Enfin, des journalistes professionnels sont parfois« embarqués » par les armées, notamment celle des Etats-Unis lors de leur intervention en l’Irak en 2003. « Mais, on ne peut couvrir une guerre uniquement par ce moyen ». De son côté et pour compléter l’analyse d’un conflit, le journal Le Monde publie une carte géopolitique, valable une journée. Les informations proviennent, dans l’ordre, des dépêches de l’Agence France-Presse, du journaliste sur le terrain et du réseau social « Twitter », « mais pas l’inverse ! », souligne Delphine Papin.

Les résultats. L’influence des réseaux sociaux s’est fait sentir lors du « printemps arabe » et en Chine. Alain Frachon décompose les révolutions arabes de 2011 en trois phases. Au début de l’insurrection en Tunisie et en Egypte, les réseaux sociaux ont constitué des moyens formidables de mobilisations de foules pour les divers opposants au régime, quand un petit moment de violence a fait basculer la rébellion dans la rue. Ensuite, le changement de régime a été réalisé, non par les réseaux sociaux, mais par l’armée, structure nationale. Enfin, les élections ont été gagnées par le parti le plus organisé, qui a quadrillé le terrain en profitant de sa légitimité de force d’opposition. Toute la mouvance libertaire des réseaux sociaux s’est ainsi trouvée sous-représenté au Parlement. « Il y a eu surinvestissment dans les nouvelles technologies pour faire chuter les régimes autoritaires », souligne Alain Frachon, Par ailleurs, selon lui, quelque 500 millions d’internautes fréquentent les réseaux sociaux chinois, que surveillent 100.000 personnes qui bloquent certains mots-clés. Mais, en même temps, les réseaux sociaux font remonter l’information, sur ce qui se passe réellement dans le pays, jusqu’au parti communiste, qui devient alors comptable de la situation devant la population. De son côté, Michel Foucher estime difficile de cartographier des conflits asymétriques et des rapports de forces politiques. Dans un conflit, il discerne trois « vérités » qui ne se recouvrent pas : politique, militaire et médiatique. D’abord, le manque de clarté des objectifs politiques recherchés se traduit par un flou des missions attribuées aux militaires (voir rubrique « Archives » : « Etre militaire européen aujourd’hui, quel métier ! » 4-7-2012). Ensuite, les militaires ont appris à communiquer. En effet, à côté de la vérité opérationnelle, l’exigence de transparence peut mettre en péril les troupes sur le terrain (Afghanistan). Enfin, les militaires estiment que les médias raisonnent en termes de morale et en « noir et blanc » (les « bons » et les « méchants »). Il s’ensuit une dichotomie entre les descriptions des médias et les analyses prudentes des militaires français (Syrie). « La hiérarchie des intérêts, entre ce qui reste dans l’ombre et ce qui est mis en lumière, correspond à des stratégies politiques ».

L’avenir. L’arrivée de la mappemonde virtuelle « Google Earth » et des réseaux sociaux, en 2000-2005, a bouleversé la donne, explique Thierry Rousselin. En 2012, la moitié de l’armée de Terre française partage l’expérience du conflit en Afghanistan, contre 10 % au début. Les personnels en état-major y sont tous allés, mais les leçons qui en seront tirées ne s’appliqueront pas toujours ailleurs. La description physique du territoire d’un conflit doit désormais s’accompagner des données environnementales (hydrographie, climatologie et océanographie) de la population. Des opérateurs privés de satellites d’observation, dont Skype, vont fournir des informations stratégiques aux acteurs économiques, soucieux du profit à réaliser, et non plus seulement aux armées et aux Etats. Selon Thierry Rousselin, les erreurs de données par maladresses, qui se produisent tous les jours, sont plus à craindre que les risques de manipulations. Celles-ci s’avèrent en effet  très difficiles, car il faut que tout soit cohérent et tenir deux cartographies : la « réelle » et la « fausse ». « La validation de l’information, c’est-à-dire toutes les trois heures, est un enjeu majeur ! »

Loïc Salmon

L’Institut français de géopolitique (IFG) de l’université Paris VIII a été créé en 2002 par les professeurs Yves Lacoste (géographie) et Béatrice Giblin (géopolitique), à la suite du succès de leur revue « Hérodote », née en 1976. En dix ans, l’IFG a décerné 46 thèses et compte, en 2012, 80 doctorants et 140 étudiants en masters 1 et 2 de géopolitique. La revue publie les travaux de jeunes chercheurs. Le mot « géopolitique » est apparu en 1979 dans le quotidien « Le Monde » pour désigner les rivalités de pouvoir sur un territoire dans les conflits en cours. De gauche à droite : Yves Lacoste ; Béatrice Giblin ; Alain Frachon directeur de la rédaction du « Monde » ; Delphine Papin, cartographe au « Monde ». Sont aussi intervenus : Michel Foucher, directeur de la formation, des études et de la recherche de l’Institut des hautes études de défense nationale ; Olivier Da Lage, rédacteur en chef à Radio-France International ; Thierry Rousselin, consultant de la société de cartographie « Géo212 ».




Armée de Terre : professionnalisme et inquiétude

L’armée de Terre, malgré la réduction de son format, peut remplir ses missions, y compris en coopération. Toutefois, les difficultés budgétaires pourraient l’empêcher de tenir son rang dans la durée.

Telle est l’opinion exprimée, le 11 juillet 2012, par son chef d’état-major, le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, devant l’Association des journalistes de défense.

Seules, les opérations de guerre, comme en Afghanistan et en Libye, nécessitent l’engagement d’hélicoptères de combat. En Afghanistan, ils servent à l’appui des unités terrestres et au ramassage des blessés. Il en restera probablement quelques uns sur place après le retrait des troupes fin 2012. « Nos hommes sont courageux et se sont montrés intelligents quand il a fallu s’adapter à une évolution de la stratégie depuis un an ». Les talibans ont abandonné le combat frontal au profit des attaques suicides et des tirs fratricides, qui affectent le lien de confiance entre les troupes afghanes et internationales. Le Service de santé français soigne beaucoup de civils… qui constituent 90 % des pertes ! Les talibans, qui ne tiennent pas à la vie, tirent de façon aveugle. Par ailleurs, pour éviter leur infiltration dans les troupes régulières, les autorités afghanes font converger les activités de leurs services pour filtrer le recrutement. En outre, des soldats français participent directement à la sécurité des instructeurs français. En Libye, même s’il n’y a pas eu officiellement de troupes engagées au sol, 15 hélicoptères et 200 hommes ont participé à l’opération « Harmattan ». Ils ont détruit 600 objectifs de nuit, au cours de raids effectués au ras du sol. « On a eu beaucoup de chance de ne déplorer aucune perte », bien que les équipages soient entraînés à agir en toute discrétion et avec des appareils de vision nocturne. Toutefois, une opération purement aérienne ne donne qu’un résultat partiel, estime le général Ract-Madoux qui ajoute : « Tous les conflits commencent à terre et finissent à terre ». Au Sahel, l’armée de Terre n’a pas été sollicitée pour une planification d’ampleur, qui relève du chef d’Etat-major des armées. Il n’y a guère de communication officielle sur cette région, où sont impliqués les forces spéciales, les services de renseignement et un dispositif diplomatique permanent. La planification d’une opération terrestre serait très complexe en raison des grandes distances à parcourir dans le désert malien, milieu extrêmement difficile. Enfin, une mission en Syrie, entreprise sous mandat de l’ONU, serait plutôt humanitaire au sens large (1), donc très différente d’une intervention offensive consistant à combattre l’un des protagonistes.

Le modèle de l’armée de Terre ne devrait pas connaître de rupture, vu l’absence de bouleversements stratégique depuis 2008. Elle prépare tous les types de missions pour répondre aux besoins exprimés par une organisation internationale ou un pays ami, qui demanderait du secours ou un coup de main. Toutefois, elle va perdre de la visibilité en France, car ses effectifs vont descendre à 100.000 personnels sur une population de plus de 60 millions d’habitants. Elle aura perdu 25.000 postes entre 2008 et 2015 et en aura transféré autant dans les services interarmées. Les économies budgétaires, déjà entreprises depuis quelques années, vont toucher les flux : fonctionnement, soutien et effectifs. « Ce sera très difficile et douloureux, car nous sommes arrivés à un plancher en termes de fonctionnement et d’activités et on devra saupoudrer (les économies) partout ». Faute de capacité logistique (stocks et disponibilité) suffisante, il n’est guère possible de tenir dans la durée les exigences du Livre blanc 2008 sur la défense et la sécurité nationale. Les troupes régulières doivent pouvoir participer à la reconstruction d’un pays… après une phase très dure de combats ! Les forces spéciales doivent alors être ramenées et utilisées en va-et-vient. Quoiqu’intégrant des éléments de la Marine et de l’armée de l’Air, celles-ci complètent les forces terrestres. Par ailleurs, les armes capables de détruire à distance ne suffisent pas pour gagner sur le terrain, souligne le général Ract-Madoux.

La coopération fonctionne bien avec les armées de Terre italienne, allemande et britannique. Des projets sont en cours avec la Grande-Bretagne, en vue de pouvoir engager une force terrestre de deux brigades sous un commandement commun. Les procédures opérationnelles et la langue de travail (l’anglais) sont les mêmes, quoique l’interconnexion des systèmes d’information présente encore des difficultés. Des équipements communs sont à l’étude : drones et canons de 40 mm pour les futurs véhicules blindés. Les drones tactiques correspondent en effet aux besoins des deux armées. Les SDTi (système de drone tactique intérimaire) français ont quitté l’Afghanistan début juillet, après un travail qualifié d’exceptionnel. Les images de certains engagements serviront à préparer les engagements futurs dans de bonnes conditions.

Les réserves devraient être appelées à jouer un rôle accru dans les deux armées. Elles totalisent 10.000 personnels pour une armée de 82.000 militaires d’active en Grande-Bretagne, contre 16.000 pour 100.000 hommes en France. Or, constate le général Racht-Madoux, les réservistes sont surtout des fonctionnaires, car les contreparties accordées aux entreprises ne suffisent pas à compenser leurs pertes occasionnées par les absences temporaires de leurs personnels partis en périodes. Beaucoup de réservistes du secteur privé ne peuvent donc en effectuer que pendant leurs vacances. Il faudrait une adaptation législative et un budget suffisant, alors qu’aujourd’hui il est inférieur à 50 M€ par an. De plus, les crédits des réserves sont rognés après chaque crise. Enfin, souligne le chef d’état-major de l’armée de Terre, « sans garantie de crédits, on ne peut faire de grands projets ».

Loïc Salmon

(1) Un groupement médico-chirurgical est opérationnel à la frontière jordano-syrienne depuis le 14 août.

Le général d’armée Bertrand Ract-Madoux est chef d’état-major de l’armée de Terre depuis le  1er septembre 2011. A sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972, il choisit l’arme blindée et cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé le 1er Régiment de spahis (1995), le Bataillon N°2 de l’IFOR en ex-Yougoslavie (février-juin 1996) et la 2ème Brigade blindée (2002). Au cours de cette dernière affectation, il a assuré le commandement tactique  des forces françaises en Côte d’Ivoire (octobre 2003-février 2004) dans le cadre de l’opération Licorne. Enfin, il a été le « numéro deux » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pendant quatre ans (2007-2011). Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec deux citations, le général Ract-Madoux est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. Bernard Fanucchi (à droite) est président de l’Association des journalistes de défense.