Asie-Pacifique : Inde, Chine et Taïwan, acteurs de la sécurité

La récurrence d’incidents frontaliers avec la Chine pourrait conduire l’Inde à inclure Taïwan dans sa contribution à l’architecture de sécurité régionale.

C’est ce qui ressort d’une note publiée en juillet 2021 à Paris par Gilles Boquerat, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.

Contentieux frontalier. Le différend territorial entre la Fédération indienne et la République populaire de Chine porte sur le tracé de la frontière himalayenne, à savoir sur l’Aksai Chin à l’Ouest et sur l’Etat indien l’Arunachal Pradesh à l’Est (voir carte). A l’Ouest, aucune démarcation n’a été tracée au sol. A l’Est, une ligne, dite Mac Mahon, suit la ligne de crête himalayenne. De fait, la Chine contrôle l’Aksai Chin depuis son invasion du Tibet en 1950. Elle y a construit une route reliant le Tibet à sa province du Xinjiang. A l’Est, l’Inde revendique une démarcation passant au pied des contreforts himalayens en bordure de la vallée du Brahmapoutre et incluant une zone dénommée « Tibet du Sud » par la Chine. En 1960, Pékin a proposé de reconnaître la ligne Mac Mahon en échange de l’Aksai Chin. Le refus de New Delhi a débouché, deux ans plus tard, sur une guerre…gagnée par la Chine, qui s’est contentée de consolider ses positions sur l’Aksai Chin. Une « Line of Actual Control » (LAC, ligne de contrôle effectif) sépare les deux pays sur 3.500 km, dont 1.600 km dans l’Aksai Chin. Le tracé de cette LAC, jamais accepté formellement par les deux parties, fait l’objet de désaccords ponctuels. Pour prévenir toute confrontation, Pékin et New Delhi ont conclu des accords en 1993, 2003, 2012 et 2013, excluant le retour à la force et prônant le développement de relations bilatérales, surtout économiques. Pour affirmer ses revendications sur la LAC, l’Inde a organisé 65 points de patrouille par ses forces armées et de police au Ladakh. Les 5 et 9 mai et 15 juin 2020, des affrontements meurtriers se sont produits entre soldats indiens et chinois. Depuis, les forces déployées sur la frontière restent en état d’alerte. Fin août, une unité indienne de la Force spéciale des frontières, composée notamment de réfugiés tibétains, a pris par surprise le contrôle de la chaîne du Kailash, surplombant la rive Sud du lac Pangong et la garnison chinoise de Moldo. Des pourparlers en avril et juin 2021 n’ont pas abouti à un retrait chinois de Gogra/Hot Spring ni des autres zones contestées. Pour l’Inde, la plaine de Depsang constitue un enjeu important, car l’aéroport militaire de Doulat Beg Oldie (DBO) y a été construit, à 5.000 m d’altitude, lors du conflit de 1962. La piste d’atterrissage se trouve près de la nouvelle route stratégique Darku-Shylok-DBO (en vert sur la carte), longue de 255 km et qui permet de ravitailler les forces déployées jusqu’au pied du col de Karakorum.

Militarisation accrue. L’Inde cherche à mettre en place une dissuasion crédible contre toute intrusion chinoise sur l’ensemble de la LAC et disposer d’une capacité de surprise. Depuis l’été 2020, 50.000 soldats y sont déployés sur 800 km. Le 1er Corps d’armée, composé de deux divisions d’infanterie, a été déplacé de la frontière avec le Pakistan vers le Ladakh. Le 17ème Corps, seule unité de montagne, reste basé dans le Bengale occidental, face aux Etats du Nord-Est (Sikkim, Népal et Bhoutan). La construction de routes, d’héliports et de camps est programmée dans les zones frontalières, afin de faciliter le déplacement de soldats et de matériels. Les sévères conditions météorologiques éprouvent les chars de combat T72MI Aleya et T905 Bhishma, les véhicules de combat d’infanterie BMP-2, les obusiers M777 de 155 mm et les batteries de missiles. Pour améliorer sa capacité de transport, l’armée de l’Air indienne a récemment acquis des hélicoptères CH-47 Chinook et des avions de transport tactique C-130J Super Hercules et Boeing C-17. De son côté, l’armée chinoise a équipé ses avant-postes de radars, capteurs et drones et les relient aux installations de l’arrière par des routes et la pose de fibres optiques. De plus, des villages sont édifiés à la frontière pour servir de postes de surveillance et matérialiser les revendications territoriales. A l’Est, la construction d’une voie ferrée entre Chendu (Sichuan) et Lhassa (Tibet), permettra le déploiement rapide de troupes et d’équipements en cas de tension frontalière entre l’Arunachal Pradesh et le Sikkim. Un premier tronçon de 435 km entre Lhassa et Nyingchi, a été inauguré en juin 2021. Toutefois, l’Inde ne semble guère en mesure de reconquérir le terrain perdu. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le budget de défense de la Chine a atteint 252 Mds$ en 2020, contre 72,9 Mds$ pour celui de l’Inde. De 2011 à 2020, les dépenses militaires ont augmenté de 76 % en Chine, contre 34 % en Inde. Par ailleurs, pour contrer l’expansionnisme maritime chinois, l’Inde a relancé, en 2020, le forum « Quadrilateral Security Dialogue » (Dialogue quadrilatéral sur la sécurité), portant notamment sur une synergie entre sa Marine et celle des Etats-Unis, du Japon et de l’Australie.

Contexte économique. L’Inde a reconnu très tôt la légitimité de la Chine populaire, après son accession au pouvoir en 1949. Puis, dans les années 1990, elle a procédé à un échange de représentations commerciales faisant office d’ambassades avec Taïwan. Après les incidents frontaliers de 2020, le représentant de Taïwan en Inde a proposé d’étendre les relations bilatérales à la sécurité régionale. Une montée de la tension entre Pékin et Taipei aurait en effet des conséquences géopolitiques graves. La liberté de navigation dans le détroit de Taïwan constitue un enjeu stratégique pour l’Inde, car 40 % de son commerce avec l’Asie orientale y transite. En octobre 2020, l’institution National Maritime Foundation, qui dépend du ministère indien de la Défense et de la Marine, a signé un accord avec la Taïwan-Asia Exchange Foundation pour réfléchir ensemble sur les questions d’intérêt commun liées au domaine maritime. Début 2019, l’Inde a proposé à Taïwan une assistance technologique pour la construction de sous-marins et a évoqué une collaboration en matière de cybersécurité. Pékin avait alors mis en garde New Delhi contre toute coopération militaire avec Taipei. En novembre 2020, l’Inde a refusé d’adhérer au « Regional Comprehensive Economic Partnership (Partenariat économique pour l’ensemble de la région), vaste zone de libre-échange entre Australie, Brunei, Cambodge, Chine, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Birmanie, Nouvelle-Zélande, Philippines, Singapour, Corée du Sud, Thaïlande et Viêt Nam. Elle y voit un moyen pour la Chine de renforcer sa position économique dominante sur la zone indopacifique. Toutefois, elle dépend de la Chine dans les secteurs de l’électronique, de l’industrie pharmaceutique, de l’automobile et des télécommunications. Pour l’exercice 2019-2020, ses achats à la Chine, incluant machines et équipements médicaux, ont atteint 65,3 Mds$ et ses ventes 16,6 Mds$, surtout des minerais pour soutenir le rebond de l’économie chinoise. En incluant Hong-Kong, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Inde, devant les Etats-Unis. L’Inde n’est que le 17ème partenaire commercial de Taïwan, qui reste son 31ème partenaire.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Japon : multilatéralisme dans un contexte stratégique tendu




Marine : technologie de pointe pour combattre partout

La préparation au combat de haute intensité, en interarmées et de façon synchronisée dans l’espace et le cyber, nécessite une technologie avancée et du personnel à motiver et fidéliser.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 12 juillet 2021 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

L’action en interne Outre une présence mondiale, la Marine assure des missions permanentes : patrouille d’au moins un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) pour la dissuasion ; patrouille d’un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) ; équipes spécialisées pour la connaissance et l’anticipation ; défense côtière et interdiction maritime par des équipes de fusiliers marins ; soutien aux opérations par les commandos Marine. Selon l’amiral Vandier, le plan « Mercator », lancé en 2018, doit d’abord développer la capacité offensive, à savoir retrouver l’initiative et l’audace. Ensuite, il porte sur l’investissement pour les « cas d’usage » à 2-3 ans, comme par exemple : la lutte anti-drones en combinant satellite et laser qui aveugle ; le traitement des méga données pour évaluer l’environnement électromagnétique ; la frégate de défense et d’intervention et son « jumeau numérique » pour développer la modélisation. Grâce à la gestion de carrière et la rémunération, « Mercator » vise à fidéliser le personnel compétent, notamment féminin qui subit une forte attrition après 10-12 ans de service.

La présence extérieure. En juin 2021, la Marine déploie 49 navires, 12 aéronefs et 3.083 marins dans l’océan Atlantique, en Méditerranée, en Manche et mer du Nord, en océan Indien et dans le Pacifique. Le CEMM estime nécessaire de développer également une stratégie défensive. Ainsi, l’appareil militaire contribue aux technologies maritime, spatiale et cyber, qui soutiennent la croissance économique. L’Occident, pénalisé par le coût du travail, doit reprendre la main par la technologie duale (civile et militaire). La Marine française a besoin de patrouilleurs pour assurer la sécurité du SNLE (au départ et à l’arrivée) et de frégates multi-missions pour gérer les perturbations et les tentatives de chantage de la Russie. Les frégates naviguent aussi en Méditerranée centrale, à cause de la situation dans l’Ouest libyen et des migrations, et orientale, en raison du conflit en Syrie, du canal de Suez et de l’activisme turc à proximité des gisements de gaz. La mer Rouge constitue une zone d’action militaire entre la Russie, les Etats-Unis et la Chine, déjà présente dans le détroit de Bab el-Mandeb. Les porte-avions américains ne vont plus dans le golfe Persique, où la mission française « Agénor » recueille du renseignement électromagnétique (cyber et radar tridimensionnel). Dans les océans Indien et Pacifique, la Chine manifeste un comportement agressif avec ses bateaux de pêche, navires garde-côtes et bâtiments militaires. La situation se complique dans le détroit de Taïwan, île que Pékin considère comme une province à conquérir sans guerre.

La troisième voie. Selon l’amiral Vandier, la Chine pratique déjà une forme d’assujettissement économique et financier en Asie du Sud-Est. La France prône un multilatéralisme efficace partout où elle l’estime nécessaire, indépendamment de la tension Washington-Pékin. Ainsi pour acquérir une dimension océanique face à la Chine, l’Australie a décidé de se doter de sous-marins français malgré les pressions politiques des Etats-Unis, car « acheter américain » aurait été considéré comme un acte offensif par Pékin.

Loïc Salmon

Marine nationale : s’entraîner pour anticiper le combat futur

Marine nationale : les enjeux de la Nouvelle-Calédonie

Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »




Marine nationale : le « MICA Center », compétence mondiale

Lien entre la Marine nationale et celle de commerce, le Maritime information Cooperation & Awareness (MICA) Center recueille et diffuse en permanence l’information sur les zones à risques, dans le cadre d’une coopération internationale.

Le capitaine de corvette commandant du MICA Center l’a présenté au cours d’une visioconférence organisée, le 8 juin 2021 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Zones à surveiller. La piraterie (attaque armée) en haute mer et le brigandage maritime dans un port (vol de marchandises à bord d’un navire au mouillage), peu apparents aux XIXème et XXème siècles, ont repris dès la fin de la guerre froide (1991) avec la mondialisation. Le transport par mer assure 90 % des échanges mondiaux, 74 % du commerce européen et 78 % des importations françaises. En 2018, il a atteint 3,3 Mds de tonnes de pétrole et de gaz, 5,2 Mds de tonnes de vracs secs, 150 MEVP (unités de mesure des conteneurs). Parmi les 20 principaux ports à conteneurs, 16 se situent en Asie, dont 9 en Chine. En 2020, des vols dans les eaux territoriales se sont produits en Asie du Sud-Est. En outre, des approches (intention établie) ont eu lieu surtout dans la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique, des attaques (usage d’armes) dans le golfe de Guinée et la Corne de l’Afrique et des prises de contrôle de navires au large du Yémen et dans le golfe de Guinée. D’une superficie de 3,4 Mkm2, ce dernier compte 18 pays riverains et 5 des plus grands ports africains. Au cours des cinq premiers mois de 2021, il a été le théâtre de 13 brigandages maritimes, 4 approches, 5 attaques et 5 prises de contrôle. Pendant la même période et sur toutes les zones à risques, il y a eu 5 enlèvements d’équipages contre rançon, contre 10 en 2020. En haute mer, les pirates attaquent par groupes de deux « skiffs » (embarcations locales) à moteur, l’un avec 8 à 10 hommes à bord et l’autre chargé de fûts d’essence pour parcourir jusqu’à 300 milles marins (555 km). Il s’agit souvent de pêcheurs. Leurs autorités à terre, renseignées dans les ports, fixent les objectifs et organisent la revente des marchandises volées.

Prévention et anticipation. Le MICA Center suit les navires de commerce grâce à la « coopération navale volontaire », consistant à signaler sa position, signaler tout incident et recommander la route à suivre et le comportement à adopter. Elle est passée de 28 navires de 4 compagnies maritimes en 2002 à plus de 300 navires de 30 compagnies françaises et étrangères en 2021. Composé d’une trentaine de personnes des Marines française, espagnole, belge et portugaise, le MICA Center traite et diffuse alertes et avertissements en temps réel et transmet de la documentation sur demande. Il recueille les informations sur les actes de contrebande et de piraterie, vols et trafics d’êtres humains et de drogue. Il les obtient auprès des médias, compagnies maritimes, navires de commerce, commandements de zone maritimes, d’agences étatiques et d’autres Marines. Ensuite, il compile les données pour établir des statistiques, afin d’évaluer la situation sécuritaire et publier des rapports périodiques. Sa couverture se concentre sur la Méditerranée, l’océan Indien, l’Asie du Sud-Est et le golfe de Guinée. Les centres MICA de Brest et de Portsmouth suivent environ 1.000 navires/jour dans le golfe de Guinée. La sûreté navale dans la Corne de l’Afrique est assurée par l’opération européenne « Atalante » et des navires russes, indiens, pakistanais, chinois, japonais et sud-coréens.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

Piraterie maritime : l’action d’Europol

Opération « Atalante » : bilan du commandement français




Stratégie : l’action de la France dans la zone indopacifique

La France renforce ses partenariats dans la région indopacifique avec les Etats-Unis, l’Australie, le Japon et l’Inde et entend y soutenir le développement d’une stratégie européenne.

Le général de corps aérien Luc de Rancourt, directeur général adjoint des relations internationales et de la stratégie, et le contre-amiral Jean-Mathieu Rey, commandant la zone maritime de l’océan Pacifique et les forces armées en Polynésie française, l’ont expliqué, le 6 mai 2021 à Paris, lors d’une visioconférence avec la presse.

Cinq objectifs. Selon le général de Rancourt, la stratégie de la France porte d’abord sur l’intégrité de sa souveraineté sur les départements et territoires de la région (La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et Polynésie française) et la protection de ses ressortissants et de sa zone économique exclusive (9 Mkm2). Ensuite, il s’agit de contribuer à la stabilité et la sécurité régionales par des coopérations. La Chine, compétiteur stratégique, mène une politique de plus en plus agressive, dans le cadre de sa rivalité avec les Etats-Unis. La France, par  son autonomie d’appréciation, propose une voie différente aux autres pays de la région pour défendre leurs intérêts. En troisième lieu, elle compte préserver un accès libre et ouvert aux espaces communs et assurer la sécurité des voies de communications maritimes. Quatrièmement, elle contribue au maintien de la stabilité stratégique par un action globale fondée sur le multilatéralisme. Ainsi, elle participe activement aux enceintes régionales, notamment au « Shangri-La Dialogue » à Singapour depuis 2012. Cette année, elle prend la présidence de la Commission de l’océan Indien et de « l’Indian Ocean Naval Symposium ». Dans le Pacifique Sud, elle est membre du « South Pacific Defence Ministers’ Meeting » et candidate, en Asie du Sud-Est, à un statut d’observateur à « l’ADMM+ » (ASEAN Defence Ministers’ Meeting). Cette organisation regroupe les pays de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Bruneï, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Birmanie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Viêt Nam) ainsi que l’Australie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, la Russie et les Etats-Unis. Le cinquième objectif porte sur l’anticipation des risques sécuritaires induits par le changement climatique. Depuis plusieurs années, le ministère des Armées mène une cartographie de ces risques dans l’océan Indien et le Pacifique Sud pour évaluer leurs conséquences en termes de défense et de sécurité. A ce titre, les forces armées françaises interviennent souvent pour répondre aux catastrophes naturelles.

Présence militaire régulière. Les forces armées pré-positionnées (6.800 militaires, 15 bâtiments de la Marine nationale, 22 avions de transport et 16 hélicoptères) patrouillent sur la zone indopacifique pour garantir sa capacité d’évaluation autonome de situation, souligne le contre-amiral Rey. La France participe à la mission « Aeto », dispositif international de lutte contre la prolifération nucléaire et les contournements des sanctions établies par le Conseil de sécurité de l’ONU contre la Corée du Nord. Ainsi, le sous-marin nucléaire Emeraude, accompagné du bâtiment de soutien Seine, a patrouillé en mer de Chine jusqu’au 9 février 2021. La frégate Prairial s’est rendue en mer de Chine orientale du 10 au 19 février et la mission « Jeanne d’Arc » (porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate Surcouf) s’y trouve en mai. En juin, 3 Rafale, 2 avions ravitailleurs Phénix et 2 avionsA400M iront jusqu’à Tahiti et Hawaii.

Loïc Salmon

Asie-Pacifique : présence militaire française accrue

Chine : montée en puissance régionale et internationale

Inde : du non-alignement à la volonté de grande puissance




Marine nationale : la TF 50 américaine sous commandement français

Pendant sa présence dans le golfe Arabo-Persique dans le cadre de la mission « Clemenceau 2021 », le Groupe aéronaval (GAN) assure le commandement de la Force opérationnelle américaine 50 (TF 50) depuis le 31 mars 2021.

Le contre-amiral Marc Aussedat, commandant le GAN, a présenté la situation le 15 avril 2021, au cours d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Confiance et interopérabilité. Le golfe Arabo-Persique constitue une vaste zone d’opérations (voir encadré). Les contacts fréquents avec les Marines des pays riverains restent professionnels, même avec les forces navales iraniennes, pour éviter toute escalade, souligne l’amiral Aussedat. Dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve », la TF 50 a pour missions d’accompagner les forces de sécurité irakiennes, pour empêcher Daech de se reconstituer, et de maîtriser l’espace aéromaritime de la zone. La TF 50 opère sous les ordres de l’état-major naval américain, basé à Bahreïn. Le centre des opérations aériennes de la coalition (83 pays), sous commandement américain, se trouve au Qatar. Signe de la confiance établie au cours de dizaines d’années entre les Marines américaine et française, le commandement français de la TF 50 met en exergue l’interopérabilité entre les porte-avions Charles-de-Gaulle et Eisenhower, tous deux à propulsion nucléaire et équipés de catapultes et de brins d’arrêt. Ce tandem permet une vision plus large de la situation et augmente l’intensité de l’effort dans les cas d’intervention armée. Ainsi, les deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye du Charles-de-Gaulle, véritables postes de commandement volants, assurent le relais radio et l’alerte avancée dans l’environnement tactique. Les avions de chasse Rafale F3-R et les missiles de croisière navals de la frégate multi-missions Provence donnent une capacité de frappe dans la profondeur. Les Rafale effectuent 6 à 8 sorties par jour pour des vols de reconnaissance ou des frappes sur des objectifs identifiés ou pour des engagements d’opportunité au profit des troupes irakiennes au sol.

Composante américaine. L’amiral Aussedat s’entretient tous les deux jours avec le vice-amiral commandant la Vème Flotte américaine, dont dépend la TF 50 chargée aussi d’assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Le porte-avions Eisenhower présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 100.000 t ; longueur, 322, 8 m ; largeur du pont d’envol, 76 m ; vitesse, 30 nœuds (55 km/h). Il peut embarquer 90 aéronefs, dont : 4 « squadrons » (« flottilles » dans la Marine française) d’avions d’attaque et d’assaut F/18 Hornet ; 1 squadron d’avions de guerre électronique EA-6 Prowler ; 1 squadron d’avions de guet aérien E-2 Hawkeye ; 1 squadron d’hélicoptères de lutte anti-sous-marine Seahawk ; 1 flotte de soutien logistique Grumman C-2 Greyhound. La Marine américaine compte 11 porte-avions en service et devrait prendre livraison de 3 autres en 2022, 2027 et 2030.

Loïc Salmon

L’océan Indien est accessible par trois détroits d’importance stratégique, à savoir Bab-el-Mandeb (vers la mer Rouge et le canal de Suez), Ormuz et Malacca (vers l’océan Pacifique). Le détroit d’Ormuz relie la mer d’Arabie au golfe Arabo-Persique. Ce dernier s’étend sur 251.000 km2 avec une longueur de près de 1.000 km, une largeur variant de 200 km à 300 km et une profondeur de 50 m à 90 m. Il est bordé par : l’Iran au Nord-Est ; l’Irak, le Koweït et l’Arabie saoudite à l’Ouest ; Bahreïn, le Qatar et les Emirats arabes unis au Sud et à l’Est ; Oman à l’Est par l’enclave de Moussandan.

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Marine nationale : groupe aérien aux Etats-Unis, modernisation du porte-avions




Océan Indien : les forces françaises aux EAU, surveillance et coopération opérationnelle

La garantie de la liberté de navigation dans les accès à l’océan Indien, l’influence régionale et la recherche de profondeur stratégique constituent les missions des forces françaises aux Emirats arabes unis (FFEAU).

Leur commandant, le contre-amiral Jacques Fayard, l’a expliqué le 18 février 2021, au cours d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Evaluation permanente. Environ 160.000 ressortissants français résident aux Proche et Moyen-Orient, carrefours des enjeux des grandes puissances et de tensions conjoncturelles en 2019-2020, souligne l’amiral. La lutte contre Daech se poursuit en Jordanie, Syrie et Irak. Le canal de Suez et les détroits de Bab-el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca, voies maritimes vulnérables, donnent accès à l’océan Indien, où la Chine exerce de plus en plus son influence. Les postures aériennes, navales et terrestres des protagonistes dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz restent actuellement faibles ou modérées, notamment des exercices des forces navales iranienne et russe. De même au large du Pakistan, les forces navales chinoise, russe, américaine et pakistanaise maintiennent des activités prudentes et professionnelles. L’Union européenne (UE) manifeste sa présence politique par la surveillance de la sécurité maritime avec l’opération « Agénor », pour contribuer à la désescalade dans la région. Des frégates néerlandaises et danoises y ont déjà effectué des patrouilles de quatre mois. L’état-major tactique a inclus des officiers français, danois, belges, grecs et néerlandais. La force navale Agénor ne peut intervenir lors d’une action violente en cours, mais peut en rendre compte et établir les responsabilités en cas de manœuvres illicites. L’UE assure également une présence militaire dans le golfe d’Aden et la corne de l’Afrique avec l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie.

Moyens et coopération. Outre le commandement des FFEAU, l’amiral Fayard assume diverses responsabilités sur une zone couvrant 14 pays riverains de l’océan Indien : contrôle opérationnel des forces aéronavales françaises déployées ; soutien de l’opération « Chammal » en Irak ; commandement de l’opération « Agénor » ; action de l’Etat en mer (lutte contre le narco trafic). Les FFEAU, qui mobilisent de 700 à 1.000 militaires selon les circonstances, se répartissent entre les trois armées. La base aérienne 104, située à Al Dhafra, abrite l’escadron 1/7 « Provence » (reconnaissance, interventions et défense aérienne) et peut accueillir jusqu’à 14 avions de chasse et 5 gros porteurs : avion de patrouille maritime ATL2, avion de transport tactique C160 Transall ou A400M et avion ravitailleur KC135 ou MRTT Phénix. Le 5ème Régiment de cuirassiers, installé dans le camp de Zayed, compte un escadron de chars Leclerc et un sous groupement d’artillerie Caesar. Le camp de la Paix abrite la base navale française et l’état-major de la Marine émirienne. Les FFEAU contribuent au déploiement du Groupe de guerre des mines ou du Groupe aéronaval. Réservoir de forces pour intervenir en cas de crise, elles contribuent à la stabilité dans la région. La coopération avec les EAU porte sur le renforcement des capacités en matière cyber, NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique), lutte anti-drones, déminage, combat en montagne ou en zone urbaine, renseignement et formation. Deuxième client de la France à l’export en 2019, les EAU ont acquis hélicoptères, avions de transport, chasseurs Mirage 2000 et chars Leclerc.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien




Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Le groupe aéronaval (GAN) a quitté Toulon le 21 février 2021 pour la mission « Clemenceau » (quatre mois) jusqu’en océan Indien. La mission « Jeanne d’Arc » (146 jours), qui emmène le Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM) jusqu’en mer de Chine et au Japon, est partie de Toulon le 18 février.

Ces deux missions présentent un volet opérationnel avec des spécificités : lutte contre le terrorisme islamiste et renforcement des partenariats pour le GAN ; formation, coopération et assistance humanitaire pour le GEAOM.

Clemenceau 2021. En Méditerranée orientale, le GAN participe à l’opération américaine « Inherent Resolve » contre le djihadisme au Levant, via son intégration au dispositif français « Chammal » de soutien des forces irakiennes, engagées au sol pour détruire les capacités militaires de Daech. Dans le cadre des opérations « Inherent Resolve » et « Agénor » (Union européenne) en mer Rouge, dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien (mer d’Arabie), il approfondit les connaissances des zones traversées et assure une présence opérationnelle, réactive et adaptable pour garantir la sécurité régionale. Le GAN se compose du porte-avions Charles-de-Gaulle, qui embarque : 20 avions de chasse Rafale marine (F3R) ; 2 avions de guet aérien E-2C Hawkeye ; 2 hélicoptères Dauphin pour la sécurité des équipages et les missions de recherche et de secours ; 1 hélicoptère Caïman pour les luttes anti-sous-marine et antinavire et le transport logistique. Il est escorté par : la frégate de défense aérienne et de commandement des opérations aériennes Chevalier-Paul ; la frégate multi-missions Provence, renforcée temporairement par sa jumelle Auvergne, pour les luttes anti-sous-marine et antinavire, l’appui aux opérations terrestres et la projection de puissance, chacune embarquant un hélicoptère Caïman ; un sous-marin nucléaire d’attaque pour le recueil de renseignement, l’intervention contre des enaces navales ou sous-marines et la mise en œuvre de forces spéciales ; le bâtiment de commandement et de ravitaillement Var. En outre, un avion de patrouille maritime Atlantique-2, basé à terre, assure, pour le GAN, des missions de renseignement en haute mer, de lutte anti-sous-marine et, éventuellement, de puissance de feu sur des objectifs terrestres par des bombes guidées laser. « Clemenceau 2021 » prévoit la participation partielle de la frégate belge Leopold-1er, d’une frégate grecque et du destroyer américain Porter.

Jeanne d’Arc 2021. Dans le cadre de la présence française ans la zone indopacifique, le GEAOM intègre la « Combined Task Force 150 » de la coalition internationale en océan Indien, pour lutter contre les trafics et activités illicites liées au terrorisme et sécuriser les espaces maritimes. Il contribue au maintien de la connaissance des zones et de l’étude de leurs évolutions, afin d’anticiper l’apparition des crises tout en conservant une liberté autonome d’appréciation de la situation. Le GEAOM se compose du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de la frégate Surcouf. Outre un groupement tactique et des hélicoptères de l’armée de Terre, les deux navires embarquent 148 officiers de Marine en formation, dont 14 femmes, 8 enseignes de vaisseau étrangers (Allemagne, Cameroun, Côte d’Ivoire, Madagascar, Togo et Viêt Nam) et 5 officiers invités (Egypte, Ethiopie, Indonésie, Malaisie et Maroc). « Jeanne d’Arc 2021 » inclut des exercices majeurs avec les Marines d’Inde, d’Australie, du Japon et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

 




Marine nationale : s’entraîner pour anticiper le combat futur

Avant son départ, toute unité navale doit avoir obtenu la qualification opérationnelle du navire et de son équipage, ou leur remise à niveau, pour remplir ses missions, militaires ou civiles, d’aujourd’hui et celles de demain.

Le capitaine de vaisseau Jean-Marc Bordier, commandant la division Entraînement de la Force d’action navale l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 4 mars 2020 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine.

Missions diversifiées. L’amiral commandant la Force d’action navale a autorité sur la Force aéronavale nucléaire, centrée sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. En outre, il prépare et soutient un réservoir de forces et de compétences pour les missions de tous les navires militaires de surface. Ainsi, la souveraineté dans les espaces maritimes est assurée par des bâtiments de soutien et d’assistance outre-mer et des frégates de surveillance (FS) qui participent aussi à la lutte contre les narcotrafics. La mission « Jeanne d’Arc », composée d’un porte-hélicoptères amphibie (PHA) et d’une frégate furtive (FLF), constitue l’Ecole d’application des officiers de marine. Les bâtiments hydrographique et océanographique mettent à jour les carte marines. La mission « Corymbe », de prévention de la piraterie et de protection de la navigation dans le golfe de Guinée mobilise un PHA, une FS et un aviso A69. Des bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains (BSAM) remplissent la mission « Thon rouge » de police des pêches. Des bâtiments-bases de plongeurs démineurs celle de l’action de l’Etat en mer. Les patrouilleurs de haute mer (PHM) participent à la lutte contre l’immigration clandestine. Une frégate multi-missions (FREMM), une frégate de lutte anti-sous-marine (FASM), un aviso A69, un chasseur de mines tripartite (CMT) et un bâtiment remorqueur de sonars participent, autour de Brest, au soutien des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la Force océanique stratégique. Dans le Grand Nord, une FREMM, une FASM et un BSAM contribuent aux missions de connaissance et d’anticipation, comme une FREMM et une FLF en Méditerranée orientale. Une FREMM, un FASM, un PHM, un CMT et un bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) contribuent à la mission de réassurance OTAN en mer Baltique. FREMM, FASM, FLF et frégates antiaériennes (FAA) et de défense aérienne (FDA) participent à l’opération « Chammal » au Levant. FDA, FAA, FREMM, FLF, FS et BCR sont déployés dans la lutte contre le terrorisme en océan Indien et dans le détroit d’Ormuz. Le Groupe aéronaval se déplace au gré des positionnements et partenariats stratégiques. Une FS remplit des missions de prévention, de connaissance et d’anticipation en mer de Chine et au large de l’Australie. Des CMT participent à des missions de guerre des mines en océan Indien. Une FS et un patrouilleur polaire ravitaillent les Terres australes et antarctiques françaises. Enfin, diverses unités assurent la défense maritime du territoire métropolitain.

Scénarios adaptables. L’entraînement, préalable aux missions, évolue en fonction du contexte international, souligne le capitaine de vaisseau Bordier. Il s’agit de comprendre les menaces émergentes : nouvelles formes de terrorisme ; cyberattaques ; missiles hypersoniques ; brouillage GPS ; déni d’accès aux satellites ; mines électriques et non plus magnétiques. L’entraînement développe les compétences du métier de marin et les spécialités à maintenir à un niveau élevé. Or la Marine emploie des unités ultra-modernes (FREMM) et des bâtiments âgés de plus de 30 ans avec des équipements très différents. La division Entraînement de la Force d’action navale compte 150 marins expérimentés de toutes les spécialités, dont 80 basés à Toulon et 60 à Brest. Sélectionnés pour leur compétence, ils doivent avoir navigué et être crédibles. En conséquence, leur moyenne d’âge atteint 37-38 ans, contre 29 ans pour toute la Marine. Des contrats avec des sociétés civiles permettent de disposer de bateaux cibles ou d’aéronefs, moins onéreux que les moyens militaires. Le plan « Mercator » vise à préparer les combats de demain avec les moyens existants et ceux en développement par les industriels. Il prévoit notamment que, tous les deux ans, un navire doit procéder à des tirs de missiles selon un scénario tactique incluant des incidents à bord. Les simulateurs permettent d’entretenir les savoir-faire de l’équipage à terre : navigation ; manœuvres ; guerre électronique ; cyberdéfense ; situation tactique. Dans 4-5 ans, le simulateur pour avion de patrouille maritime, à Lann-Bihoué, pourra communiquer avec le simulateur pour sous-marin d’attaque, à Toulon, et un poste de commandement tactique.

Entraînements individuel et collectif. Les marins acquièrent en école les 300 savoir-faire indispensables. Toutefois, souligne le capitaine de vaisseau Bordier, l’entraînement répétitif les poussent à leurs limites, car le combat exige de réagir très vite. L’entraînement se répartit entre stages de mise en condition opérationnelle ou remise aux normes opérationnelles, à terre et en mer. Il facilite la mise à jour de la doctrine d’emploi du navire. Ainsi, la préparation opérationnelle d’une frégate se déroule en 80 jours, répartis sur 4 ans. Les commandants entretiennent la qualification individuelle des marins (préparation d’aéronef, chef de quart etc.). La division entraînement de la Force d’action navale suit la qualification opérationnelle de l’unité, évalue son entraînement et la fait progresser. Elle organise des exercices conjoints avec les armées de l’Air (défense aérienne) et de Terre (exercices amphibies). Ensuite, le commandement de la Force aéromaritime de réaction rapide (niveau OTAN) entraîne le Groupe aéronaval ou la Force expéditionnaire amphibie. Le plan « Euterpe » permet d’évaluer les capacités de l’unité en matière de sûreté et de sécurité à quai et en mer.

Loïc Salmon

La Force d’action navale (FAN) compte 97 navires militaires armés par 9.800 marins. Elle comprend : le Groupe aéronaval ; la Force expéditionnaire amphibie ; la composante frégates ; la Force de guerre des mines ; les bâtiments de souveraineté ; les bâtiments de soutien. Son état-major, basé à Toulon, dispose d’implantations à Cherbourg et Brest. La FAN de Cherbourg (165 marins) possède les moyens dédiés aux missions de l’action de l’Etat en mer et de protection des approches maritimes (police des pêches et lutte contre les trafics). La FAN de Brest (2.800 marins) dispose des moyens de projection vers la zone Atlantique et de participation aux missions océaniques et de dissuasion nucléaire de la Marine. A Toulon, la FAN (5.400 marins) concentre les moyens de projection de puissance vers les zones de crises en Méditerranée et en océan Indien. S’y ajoutent : 3 groupes de plongeurs démineurs ; 4 centres d’expertise (renseignement, sécurité, cyberdéfense et météorologie) ; 1 flottille amphibie ; l’état-major de la Force aéromaritime de réaction rapide dans le cadre de l’OTAN, qui prendra l’alerte à Toulon en 2021. La Marine dispose de 6 bases en outre-mer (Guyane, Polynésie française, Martinique, La Réunion, Mayotte et Nouvelle-Calédonie) et de 3 à l’étranger (Sénégal, Djibouti et Emirats arabes unis).

Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marines : outils politiques et de projection de puissance




Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

L’opération « Agénor », dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz, et les missions « Foch » du groupe aéronaval, en Méditerranée orientale, et « Jeanne d’Arc » de l’Ecole d’application des officiers de marine, dans les océans Indien et Pacifique, ont été présentées à la presse à Paris le 27 février 2020.

L’opération « Agénor ». Volet militaire de l’initiative européenne « European led Maritime Situation Awareness in the Straight of Hormuz » (EMASOH), « Agénor » a atteint sa pleine capacité opérationnelle le 25 février. Nation-cadre, la France s’appuie sur ses forces stationnées dans la base navale d’Abou Dhabi, où se trouve l’état-major tactique constitué de représentants des Etats contributeurs et d’officiers de liaison. Les frégates française Forbin et néerlandaise De-Ruyter sont placées sous le contrôle opérationnel et le commandement tactique de l’opération. EMASOH doit donner une appréciation autonome de situation à ses huit membres, à savoir l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, de l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal. « Agénor » assure la surveillance de l’activité maritime et la sécurité en mer pour garantir la liberté de navigation, conformément à la convention des Nations unies sur le droit de la mer. En outre, elle contribue à la désescalade des tensions et reste ouverte à d’autres pays désireux d’y participer. En 2019, de nombreux incidents, maritimes ou non, ont été observés dans la région, portant atteinte à la sécurité des navires et des équipages européens et étrangers.

La mission « Foch ». Le groupe aéronaval (GAN) participe à l’opération « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » menée dans le cadre de la coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie. Depuis les premiers vols sur le théâtre le 29 janvier, il contribue à l’appréciation autonome de la situation sur zone. Son groupe aérien s’entraîne avec des partenaires régionaux et alliés. Ainsi, le16 février, les Rafale marine et les Rafale de l’armée de l’Air égyptienne se sont affrontés à environ 200 km du porte-avions Charles-de-Gaulle dans un scénario de deux contre deux, alternant les missions « DCA » (position de défense d’une zone et prise en charge de la menace) et « OCA » (mission offensive de reprise d’une zone). Un avion de guet aérien E2C-Hawkeye égyptien et un Rafale marine ravitailleur ont participé à l’exercice. Le 18 février, des exercices similaires se sont déroulés avec deux Eurofighter Typhoon britanniques. La veille, dix Rafale marine ont mené un entraînement mutuel de défense aérienne en « milieu contraint » avec la République de Chypre. Enfin depuis le 28 janvier, la frégate grecque Psara a pris la suite de la frégate Spetsai, qui a accompagné le GAN depuis son départ, afin d’approfondir leur interopérabilité.

La mission « Jeanne d’Arc ». L’Ecole d’application des officiers de marine a quitté Toulon le 26 février pour la mission « Jeanne d’Arc » (cinq mois). Composée du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate furtive Guépratte, elle embarque 1 groupement tactique, 2 hélicoptères Gazelle de l’armée de Terre et 1 hélicoptère NH90 italien. Près de 550 militaires français et étrangers participent à cette mission, dont 138 officiers-élèves incluant des ressortissants d’Australie, de Belgique, du Brésil, d’Egypte, d’Ethiopie, d’Indonésie et du Maroc. En océan Indien, la mission « Jeanne d’Arc » sera intégrée à la « Force opérationnelle combinée 150 » de lutte contre les trafics illicites contribuant au financement du terrorisme.

Loïc Salmon

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L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Marine : GAN et « Mission Jeanne d’Arc » en océan Indien




Europe : dynamique de défense et coopération en Centrafrique

L’Union européenne (UE) relance son projet de défense sur les plans politique, capacitaire et opérationnel et contribue à la reconstruction des forces de défense et de sécurité de la Centrafrique.

Le colonel (Air) Patrice Morand, adjoint au chef de service du bureau Europe, Amérique du Nord et action multilatérale de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, l’a expliqué à la presse le 23 janvier 2020 à Paris. En complément, la mission de formation de l’UE en République centrafricaine (EUTM-RCA) a été présentée par son commandant, le général de brigade Eric Peltier, en visioconférence depuis Bangui.

Le contexte stratégique. Selon le colonel Morand, l’environnement international en matière de défense et de sécurité se caractérise par : des crises au Sahel, en Libye, au Levant et dans le golfe Arabo-Persique ; le terrorisme ; le cyber ; l’espace ; la guerre hybride ; la course aux armements, consécutive aux retraits des Etats-Unis et de la Russie du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire en 2019. Toutefois, l’OTAN reste le principal pilier de défense collective. De plus, les Etats membres de l’UE accroissent leurs budgets de défense. Enfin, des coopérations bilatérales existent entre la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, l’Estonie, les pays scandinaves, la Belgique et le Portugal.

Le pilier politique. A l’issue des attentats terroristes à Paris en 2015, l’article 42.7 du traité de l’UE a été activé pour la première fois par la France, rappelle le colonel Morand. En 2016, la nécessité de disposer d’une autonomie stratégique a été affirmée au sein de l’UE dans le cadre de sa stratégie globale. A l’instigation de la France, l’Initiative européenne d’intervention, instaurée en juin 2018, permet l’émergence d’une culture stratégique commune par des groupes de travail qui partagent l’analyse stratégique. Elle regroupe déjà 13 pays : Allemagne ; Belgique ; Danemark ; Norvège ; Suède ; Finlande ; Espagne ; Estonie ; Italie ; France ; Grande-Bretagne ; Pays-Bas ; Portugal. Enfin, l’UE a manifesté sa volonté de développer une base industrielle et technologique de défense autonome.

Le pilier capacitaire. Les Etats membres partagent leurs priorités en matière de capacités, notamment par la revue annuelle de coordination de défense pour éviter les duplications, indique le colonel Morand. En 2017, la création de la « Coopération structurée permanente » a déjà permis de renforcer la mobilisation de 25 Etats membres autour de 47 projets. La France participe à 37 d’entre eux et en coordonne 11. La revue stratégique 2020 constituera un point d’étape et une réflexion sur les orientations futures. La mise en place du Fonds européen de défense, d’un montant de 13 Mds€, apporte, pour la première fois, un soutien budgétaire européen à des projets capacitaires communs, en vue de renforcer la compétitivité et l’autonomie de l’industrie européenne. Le cadre financier pluriannuel (2021-2027) vise à faciliter la coopération entre grands groupes et petites et moyennes entreprises dans l’innovation, la recherche et le développement, depuis les études amont à la réalisation de prototypes. En outre, la Commission européenne dispose d’une Direction générale de l’industrie, de la défense et de l’espace depuis le 1er janvier 2020.

Le pilier opérationnel. L’UE est déjà engagée dans les opérations « Atalante » (lutte contre la piraterie en océan Indien) et « Sophia » (lutte contre l’immigration clandestine en Méditerranée), rappelle le colonel Morand. Elle remplit aussi des missions de formation (sigle anglais EUTM) au Mali ou en Centrafrique (voir plus loin). Depuis 2017, ces engagements sont notamment renforcés par la mise en place de la « Capacité militaire de planification et de conduite des opérations ». D’ici fin 2020, cette structure de commandement pourra contrôler les missions de type EUTM et un engagement européen jusqu’à 2.500 militaires. En 2018, l’UE a constitué la « Facilité européenne pour la paix » (FEP), à savoir un fonds de 10,5 Mds€ pour financer des actions opérationnelles relevant de la politique étrangère et de la sécurité commune. La FEP doit permettre de compléter l’action des EUTM dans une logique de formation et d’équipements, y compris létaux. Pour répondre à un besoin précis, des missions européennes peuvent être mises sur pied. Ainsi, la force d’intervention « Takuba », résultat d’une analyse stratégique commune, porte sur l’envoi au Sahel de forces spéciales de six pays européens et dont la gestion sera assurée par le Centre de planification et de conduite des opérations à Paris. Enfin, se développe un état-major « opératif » pour de futurs groupements tactiques interarmées européens de réaction rapide (1.500 militaires), déployables en 10 jours sur un théâtre de crise hors UE pendant une période de 30 à 120 jours.

L’EUTM-RCA. Mise en place en juillet 2016 à la demande du gouvernement centrafricain, la mission EUTM-RCA a pour mandat d’aider à reconstruire, dans la durée, les forces locales de défense et de sécurité, explique le général Peltier. Elle compte 180 militaires de 11 pays contributeurs, dont 8 européens. Son état-major de 20 cadres apporte un conseil stratégique pour aider l’armée à se constituer une ossature administrative, réglementaire et doctrinale, avec un modèle logistique et un autre de ressources humaines. La formation opérationnelle va de celle du combattant individuel à celle du niveau de compagnie d’infanterie. En outre, il s’agit de former des formateurs dans les domaines de l’informatique, des transmissions ou de la topographie. L’EUTM-RCA a déjà formé 6.000 soldats répartis dans 5 bataillons, dont 4 d’infanterie et 1 amphibie fluvial. Parmi eux, 1.500 soldats sont déjà déployés à l’extérieur de Bangui et appuyés par la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Un chômage important permet de sélectionner 1.000 recrues sur 20.000 candidats. Il s’agit ensuite de passer d’une armée de projection à une armée de garnison, pour restaurer l’autorité de l’Etat sur un territoire de 623.000 km2 et peuplé de 4,6 millions d’habitants. Malgré les accords de paix de fin 2019, des groupes armés exercent une violence récurrente. Par ailleurs, l’EUTM-RCA entretient également des relations avec l’Union africaine, la France, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Celle-ci a affecté quelques officiers à la MINUSCA et a ouvert un centre d’entraînement à proximité de Bangui. Elle propose un aguerrissement complémentaire aux soldats centrafricains, avant leur déploiement dans les bataillons. L’arrivée prochaine en Centrafrique d’une mission militaire russe, officielle, permettra à l’EUTM-RCA de coordonner les formations, pour éviter toute redondance et rechercher l’efficacité.

Loïc Salmon

Depuis le 30 janvier 2020, la mission européenne de surveillance maritime EMASoH est opérationnelle dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz. La frégate française Courbet a été rejointe par la frégate néerlandaise De-Ruyter mi-février. Une frégate danoise arrivera en septembre. L’état-major de l’EMASoH, implanté sur la base française d’Abou Dhabi, compte des officiers belges, néerlandais, danois et français.

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention

Europe : défense future, la dimension militaire

Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA