Obsèques nationales pour quatre tués en Afghanistan

Le 14 juin 2012, les obsèques nationales des quatre militaires français, victimes d’un attentat suicide le 9 juin en Afghanistan, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, de l’ensemble du gouvernement, de deux anciens présidents de la République, de la plupart des anciens Premiers ministres et des détachements de leurs unités.

Il s’agit de l’adjudant-chef Thierry Serrat, du maréchal des logis-chef Stéphane Prudhom, du maréchal des logis Pierre-Olivier Lumineau et du brigadier Yoann Marcillan. Deux de leurs interprètes afghans ont trouvé la mort lors de l’attentat, qui a fait cinq blessés français (trois gravement) et deux blessés civils afghans. Dans son éloge funèbre aux quatre militaires décédés, le président de la République François Hollande, chef des armées, a notamment déclaré : « Ils sont morts pour des valeurs justes et hautes, celles de la paix, celles de la liberté, celles de la démocratie, les valeurs de la France ». Après les avoir faits chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume, il s’est entretenu avec leurs familles présentes. Le retrait des forces combattantes françaises reste fixé à fin 2012. Depuis son engagement en Afghanistan en 2001, la France déplore 87 morts et environ 700 blessés. Selon l’Etat-major des armées, les quatre militaires effectuaient une mission de contact avec la population pour connaître ses besoins et ses sentiments. Ces missions, indispensables pour comprendre l’environnement opérationnel, ne sont pas suspendues, car elles permettent de déceler les menaces, participant ainsi à la sécurité des forces sur le terrain. Elles sont progressivement dévolues aux forces de sécurité afghanes. Enfin, il n’existe aucun moyen de se prémunir contre une attaque suicide.

L.S.




L’histoire des Invalides en 3 D

Pendant huit jours (11-18 avril 2012), un spectacle de son et lumière en projection vidéo 3D fera revivre, de façon grandiose, l’histoire des Invalides à Paris sur les 196 m de façade de la cour d’honneur. Il est donné au profit de l’Institution nationale des Invalides, qui recevra 50 % des bénéfices.

Les organisateurs ont présenté ce spectacle inédit lors d’une conférence de presse, tenue précisément aux Invalides le 6 mars.

Histoire et culture : la construction de ce monument, l’un des plus visités de la capitale, a été décidée par Louis XIV le 24 février 1670 pour subvenir aux besoins de ses soldats malades, infirmes et âgés. Aujourd’hui, l’Institution nationale des Invalides accueille 90 pensionnaires, anciens déportés et grands blessés militaires et civils (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Les combattants blessés et handicapés au cours d’opérations extérieures y séjournent (article « Opex : prise en charge et suivi des grands blessés », dans « Archives » 18-1-2012). L’hommage de la nation aux militaires morts en Opex se déroule dans la cour d’honneur. Les Invalides abritent aussi le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,5 million de visiteurs en 2011. En outre, plus de 100.000 élèves, du primaire au lycée, y effectuent des parcours thématiques chaque année. Enfin, le caveau des gouverneurs contient les cercueils de grands soldats et celui de Rouget de l’Isle, compositeur de « La Marseillaise ». Mais, les Invalides sont aussi un lieu de culture. Des opéras y sont joués : « Carmen » (2010), « Madame Butterfly » (2011) et « Aïda » (septembre 2012). « La Nuit aux Invalides » : le spectacle se concentre sur trois personnages historiques dont le nom est lié au monument : Louis XIV bien sûr, Napoléon (le tombeau) et le général De Gaulle (le mémorial). Trois acteurs célèbres, connus pour le timbre profond de leur voix, y apportent leur concours : André Dussolier, Jean Piat et Céline Duhamel. Pour François Nicolas, président de la société organisatrice AmaClio dont le nom signifie en latin « j’aime l’Histoire », il s’agit de faire converger « le soir, le sensationnel et l’émotion ». AmaClio et le scénariste Bruno Sellier ont associé leurs idées pour créer le concept de la « mœniaménie », néologisme formé de deux mots latins relatifs aux « remparts » et aux « avis ». Cela consiste donc à donner la parole aux murs et aux pierres. Ainsi, l’élément le plus fameux de la cour d’honneur, l’œil de bœuf dit « l’Œil de Louvois » (ministre de la guerre de Louis XIV et architecte du lieu), raconte ce qu’il a vu défiler devant ces murs et les secrets mystérieux qu’ils renferment depuis plus de trois siècles. Enfin, tout spectacle de son et lumière nécessite des matériels et une technologie de pointe, que maîtrise la société « Spectaculaires ». Son fondateur Benoît Quéro entend allier « la sublimation de l’architecture » et « embarquer les gens dans des histoires ». Quelque 40.000 spectateurs sont attendus !

Loïc Salmon

De gauche à droite : Benoît Quéro, fondateur de la société « Spectaculaires» ; Bruno Sellier, créateur du spectacle ; François Nicolas, président de la société AmaClio ; Jean-Noël Glady, secrétaire général du musée de l’Armée ; colonel Olivier Sastre, conseiller communication du Gouverneur militaire de Paris ; François Lagrange, conseiller historique de la Direction du musée. Le spectacle sera donné chaque soir du 11 au 18 avril 2012, sur trois séances (21h15, 22h15 et 23h15), suivies d’une visite du dôme des Invalides, scénarisé pour l’occasion et exceptionnellement ouvert jusqu’à minuit. (www.lanuitauxinvalides.fr)




OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Les militaires gravement blessés en opérations extérieures (OPEX) sont rapatriés d’urgence dans les hôpitaux d’instruction des armées (HIA), puis transférés à l’Institution nationale des Invalides (InI) pour  un séjour médicalisé de longue durée. Il existe neuf HIA en métropole et un à la base de défense de Djibouti. Le 16 novembre 2011, l’Association des journalistes de défense a organisé une journée de rencontres avec de hauts responsables de l’HIA Percy (banlieue parisienne) et de l’InI (Paris).

Parmi les blessés en Afghanistan arrivés à Percy en 2010-2011, 72 % souffraient de traumatismes ouverts : plaies par balles et par engins explosifs improvisés (IED) ainsi qu’accidents routiers de véhicules de l’avant blindés. Par mesure de précaution, les combattants doivent porter, dans un véhicule, un masque en polycarbonate qui freine les projectiles ou, quand ils sont à pied, des lunettes de protection. Une blessure de guerre à l’œil se caractérise par une plaie, un corps étranger, un phototraumatisme au laser ou une brûlure chimique. La procédure OTAN en vigueur distingue quatre phases de traitement des blessés: relève du blessé par ses camarades de combat ; transport jusqu’à l’infirmerie de campagne ; évacuation sur l’hôpital militaire de Kaboul, où se trouvent deux chirurgiens, un otorhinolaryngologiste, un ophtalmologiste et deux anesthésistes pour les opérations d’urgence (enlèvement du corps étranger ou greffe de la cornée) ; rapatriement d’urgence en métropole. L’évacuation sur Paris par voie aérienne, jusqu’à sept patients à la fois, est organisée dans les six heures. Dans 70 % des cas, un médecin anesthésiste réanimateur voyage à bord de l’avion médicalisé. A l’arrivée aux aéroports de Villacoublay ou d’Orly, une noria d’ambulances des sapeurs pompiers de Paris achemine les blessés vers les HIA de Bégin, de Percy ou du Val de Grâce. La durée moyenne d’une évacuation sanitaire est de deux jours et quelques heures. Par exemple, le service des urgences de l’HIA Percy est informé de la pathologie des patients avant leur évacuation aérienne pour les diriger le plus rapidement possible vers la réanimation, le centre des brûlés, la salle des radio-contaminés ou le bloc opératoire, tous situés au même étage. En 2010, 83 % des grands blessés souffraient de polytraumatismes. Une fois identifiés avec précision, les patients passent individuellement une demi-heure dans une salle de « déchoquage » pour un examen général par un chirurgien et une infirmière. Enfin, une salle d’accueil est prévue pour leurs familles qui peuvent communiquer avec eux par internet, au moyen de webcaméras.

Le suivi aux Invalides

Une fois leur séjour en HIA terminé, les grands blessés sont pris en charge par l’InI de Paris, unique en son genre dans le monde (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Quelque 400 personnels civils, encadrés par des médecins militaires, travaillent au centre médico-chirurgical (200 lits). Unité de réparation, rééducation et réinsertion, ce centre accueille aussi les personnes civiles victimes de graves traumatismes. Il fait référence dans le traitement et le suivi des amputés et des paraplégiques et tétraplégiques traumatiques. Le service de chirurgie dentaire assure les soins et la mise en place de prothèses et d’implants aux grands handicapés et traumatisés faciaux complexes (« gueules cassées »). L’unité sensori-cognitive évalue et prend en charge les séquelles de traumatismes crâniens ou de maladies liées au vieillissement et à la basse vision. L’InI dispose de la plus grande piscine d’Europe dédiée à la balnéothérapie, animée par douze kinésithérapeutes. Le traitement dure d’un mois à deux ans avec des séances de 45 minutes dans une eau à 34,5 ° C. En l’absence de pesanteur, le grand blessé acquiert une paix intérieure par une reconstruction interne et une meilleure estime de soi. Mais, sorti de l’eau, il retrouve les difficultés de son handicap. Il passe alors dans une grande salle, dite « plateau technique de rééducation fonctionnelle », où se côtoient une dizaine de patients pris en charge individuellement. L’ergothérapie, assurée par une quinzaine de personnes, constitue la phase ultime pour reprendre une vie presque normale, avec éventuellement un fauteuil roulant, dans un studio adapté avec cuisine et atelier. Un moniteur d’auto-école prépare au permis « grand invalide » sur un véhicule spécifique. Par ailleurs et pour faciliter la réinsertion, un cercle sportif est ouvert à toute personne handicapée. En 2011, il comptait 400 adhérents, dont 300 anciens militaires handicapés. « Il n’y a pas de blouse blanche pour souligner l’étape de réadaptation, car il y a une vie après l’accident », souligne le commandant Gaëtan de la Vergne, paraplégique et chef de cabinet du gouverneur des Invalides. Cinq moniteurs de sport de la Gendarmerie sont affectés à temps plein pour enseigner une dizaine de disciplines, dont l’escrime, la musculation et le tir. Le vélo et la natation se font à l’extérieur et un stage de montage est organisé tous les ans. En avril 2012, 22 blessés militaires se rendront au Centre d’éducation physique et sportive de Bourges, spécialisé pour les handicapés.

Que deviennent les grands blessés reconnus invalides à 85 % et plus ? Fondé par Louis XIV en 1674 pour « ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de notre pays », l’InI les accueille dans son Centre des pensionnaires, à titre permanent ou provisoire, ainsi que les victimes d’attentats, hommes et femmes, civils et militaires. « L’InI est plus une résidence qu’un hôpital », précise son directeur, le médecin général inspecteur Louis Cador. Environ 90 pensionnaires y vivent et leur âge varie de moins de trente ans à… plus de cent !

Loïc Salmon

disciplines, dont l’escrime, la musculation et le tir. Le vélo et la natation se font à l’extérieur et un stage de montage est organisé tous les ans. En avril 2012, 22 blessés militaires se rendront au Centre d’éducation physique et sportive de Bourges, spécialisé pour les handicapés.

Que deviennent les grands blessés reconnus invalides à 85 % et plus ? Fondé par Louis XIV en 1674 pour « ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de notre pays », l’InI les accueille dans son Centre des pensionnaires, à titre permanent ou provisoire, ainsi que les victimes d’attentats, hommes et femmes, civils et militaires. « L’InI est plus une résidence qu’un hôpital », précise son directeur, le médecin général inspecteur Louis Cador. Environ 90 pensionnaires y vivent et leur âge varie de moins de trente ans à… plus de cent !

Loïc Salmon

 

A la sortie de l’Institution nationale des Invalides, un blessé au combat est pris en charge par la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat). Celle-ci leur apporte d’abord une assistance sociale et juridique. Ensuite, elle les aide à définir un nouveau projet de vie, réintégrer une unité militaire ou retourner à la vie civile. Elle agit dans l’urgence et la durée : reconversion des veuves et suivi des orphelins jusqu’à 23-25 ans. L’association Terre Fraternité, présidée par le général d’armée Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, récolte des fonds pour compléter les aides de l’Etat. Enfin, des organisations non gouvernementales apportent leur concours, notamment l’Ordre souverain de Malte et l’Union des blessés de la face et de la tête, plus connue sous le nom de « Gueules cassées ».

 




Obsèques nationales pour sept tués en Afghanistan

Le 19 juillet 2011, les obsèques nationales des sept militaires français tués en Afghanistan, entre les 11 et 14 juillet, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, des membres du gouvernement, de nombreux élus et des détachements de leurs unités.Tous les sept ont été élevés au grade supérieur et faits chevaliers de la Légion d’Honneur à titre posthume. Il s’agit du brigadier-chef Clément Kovac du 1er Régiment de chasseurs de Verdun (accident), du capitaine Thomas Gauvin et de l’adjudant-chef Laurent Marsol du 1er  Régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, des adjudants-chefs Jean-Marc Gueniat et Emmanuel Techer du 17ème Régiment du génie parachutiste de Montauban, du sergent Sébastien Vermeille du Sirpa Terre Image centre de Lyon (attentat suicide) et du maître Benjamin Bourdet du commando Jaubert, (combat). Dans son allocution, le président de la République Nicolas Sarkozy, également chef des armées, a notamment déclaré : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. (…) Soldats, vous êtes partis en pleine jeunesse en emportant avec vous les promesses d’une vie heureuse. Mais, nul ne vous a volé votre destin ». Enfin, il a rappelé que « l’armée française n’est pas séparée du reste de la Nation française, car l’armée française fait corps avec la nation française ».

L.S.