Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

Cette exposition consacrée à Napoléon  1er (1769-1821), la plus synthétique et ambitieuse depuis celle du bicentenaire de sa naissance, se tient au musée de l’Armée, proche de son tombeau aux Invalides, l’un des monuments les plus visités de France.

L’exposition. Tout est abordé : guerre, diplomatie, politique, administration, monnaie, propagande et arts. Dans un souci d’impartialité, les visions française et « européennes » sont confrontées : œuvres d’art, tableaux, gravures et caricatures… surtout britanniques ! Une maquette de la colonne Vendôme à Paris rappelle qu’elle fut surmontée, pendant trente ans, d’une statue de bronze de l’empereur en redingote, portant bicorne et la main gauche dans son gilet, Cette statue se trouve aujourd’hui… dans la cour d’honneur des Invalides !

Figurent en bonne place : plusieurs sculptures d’artistes italiens (Canova, Pacetti, Bartolini et Vela) ; la peinture monumentale (David) du Premier consul à cheval, manteau rouge au vent, franchissant le col alpin du Grand Saint-Bernard, l’assimilant à Hannibal et Charlemagne ; une réplique d’époque des parures de rubis et diamants de l’impératrice Marie-Louise (collection Chaumet) ; un uniforme du tsar Alexandre 1er (musée du Kremlin). De son côté, le National Maritime Museum de Londres a prêté, pour la première fois, l’habit de l’amiral Nelson percé à l’épaule gauche par une balle française, qui l’a blessé mortellement à la bataille navale de Trafalgar. C’était le 21 octobre 1805. Napoléon abandonne alors son projet d’invasion de l’Angleterre, se tourne vers le continent européen et remporte la « bataille des Trois Empereurs » (France, Saint Empire Romain Germanique et Russie) à Austerlitz le 2 décembre suivant. Cette armée du camp de Boulogne deviendra la « Grande Armée », dont une exposition récente au Fort de Vincennes a rappelé les heures de gloire jusqu’à la campagne de Russie en 1812 (voir rubrique « Archives » 12-12-2012 : « Des Aigles et des Hommes, sur les traces de la Grande Armée »).

L’ascension et le déclin. L’exposition du musée de l’Armée compte plusieurs séquences retraçant l’épopée napoléonienne et l’organisation de l’Europe occidentale en Grand Empire, appelé parfois « Empire d’Occident » en référence à ceux de Rome et de Charlemagne, dont Napoléon 1er revendique l’héritage. L’ascension de Bonaparte commence au siège de Toulon (1793) et se poursuit pendant les campagnes d’Italie (1796-1797) et d’Egypte (1798-1799), le coup d’Etat du 18 brumaire (1799) et le Consulat (1799-1804). Elle culmine le 2 décembre 1804, quand il se couronne empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er. L’Empire se construit par la guerre : des cartes montrent son évolution jusqu’à 134 départements en 1812. Celles des pays ennemis de la France expliquent les raisons géographiques et géopolitiques de leur hostilité à l’Europe napoléonienne, caractérisées par sept coalitions jusqu’à la défaite de Waterloo en 1815 : l’Autriche, la Prusse, le royaume de Sicile, les Etats pontificaux, la Russie, l’Espagne, le Portugal et, last but not the least, la Grande-Bretagne ! Pendant les Cent-Jours (20 mars-22 juin 1815), les puissances alliées, réunies au Congrès international de Vienne, réorganisent le continent européen à leur avantage.

La légende. De nombreuses citations ponctuent le parcours d’exception de Napoléon jusqu’à son exil et sa mort à Sainte-Hélène, qui donneront lieu à une exposition au musée de l’Armée en 2016. Dans ses mémoires, le chancelier autrichien Metternich écrit : « Les uns ne voyaient en Napoléon que le grand général ; d’autres cherchaient à expliquer son élévation par la supériorité de son esprit politique ; d’autres enfin ne voulaient l’admettre que comme un aventurier comblé par la fortune ; tous oubliaient que, pour se rendre compte des succès prodigieux de cet homme, il était indispensable de tenir compte à la fois de ses qualités personnelles et des circonstances au milieu desquelles il a vécu ». Lucide, il ajoute : « L’erreur générale de l’Europe provenait de ce qu’on ne voyait pas qu’au mouvement national en France avait brusquement succédé l’action unique de l’ambition dévorante d’un seul homme ».

Dans son roman « La Chartreuse de Parme », Stendhal devient lyrique : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée, qui venait de passer le pont de Lodi et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur ». Dans une lettre autographe adressée le 12 novembre 1808 au grand chancelier de la Légion d’Honneur Lacépède et présentée à l’exposition, le poète allemand Goethe ne cache pas son admiration : « Aujourd’hui que sa Majesté Impériale et Royale daigne me distinguer en me décorant de son Ordre, je me sens très heureux de continuer par devoir et par reconnaissance ce que j’avais commencé par l’impulsion du sentiment ». Prenant modèle sur la Légion d’Honneur, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III établit la croix de Fer en 1813 pour récompenser les actions militaires, sans distinction de grade ou de catégorie sociale. Deux exemplaires d’époque sont exposés. Cette même croix de Fer inspirera, à son tour, la création de la croix de Guerre française… en 1915 ! Enfin, que pensait Napoléon de l’Europe ? Il s’en est confié à Las Cases dans le « Mémorial de Sainte-Hélène », dont deux citations sont reproduites. D’abord, il rappelle le sommet de sa gloire : « Mon élévation est sans exemple. J’ai livré cinquante batailles rangées que j’ai presque toutes gagnées. J’ai mis en vigueur un code de lois qui fera passer mon nom à la postérité. De rien, je me suis élevé au rang du plus puissant monarque du monde. L’Europe était à mes pieds ». Au crépuscule de sa vie, il anticipe un grand projet européen : « Je pense qu’après ma chute et la disparition de mon système, il n’y aura en Europe d’autre grand équilibre possible que dans l’agglomération et la confédération des grands peuples ».

Loïc Salmon

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

L’histoire des Invalides en 3 D

L’exposition « Napoléon et l’Europe » (27 mars -14 juillet 2013), organisée par le musée de l’Armée avec le concours de la Fondation Napoléon et du Centre national d’art et d’exposition de la République fédérale d’Allemagne à Bonn, se tient aux Invalides à Paris. Elle rassemble plus de 250 œuvres d’art, objets et documents prêtés par une cinquantaine de musées et institutions européennes. En marge, ont été programmés : un cycle de conférences en mars ; des projections de films en avril ; une table ronde intitulée « Napoléon et l’uchronie » (8 juin) ; un cycle de concerts dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides jusqu’au 27 juin avec surtout des œuvres de Beethoven, qui avait notamment composé sa troisième symphonie « Eroica » en l’honneur de Napoléon Bonaparte, alors Premier consul. Renseignements :  www.musee-armee.fr/ExpoNapoleonEurope

 




GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

Le gouverneur militaire de Paris (GMP) participe à l’organisation territoriale interarmées, à la sécurité en Ile-de-France et au rayonnement des armées, dont il doit valoriser aussi le patrimoine.

Titulaire de la fonction, le général de corps d’armée Hervé Charpentier a reçu l’Association des journalistes de défense le 17 octobre 2012 à l’Hôtel national des Invalides.

Responsabilité opérationnelle. L’Ile-de-France accueille la Brigade des sapeurs pompiers de Paris et le 121ème Régiment du train de Montlhéry. En outre, le plan « Vigipirate » contre la menace terroriste mobilise en permanence 1.000 hommes sur le territoire, dont 600 à Paris. Chaque détachement effectue une préparation de 10 jours avant d’être déployé pendant 10 à 15 jours pour effectuer des patrouilles (20 km dans la journée) dans le métro, les gares et les sites touristiques majeurs (Tour Eiffel, Louvre, Beaubourg et château de Versailles). Les soldats observent des règles d’engagement très précises, doivent garder l’initiative et sont accompagnés de policiers pendant les heures de pointe (7h-9h et 18h-20h). Déjà, 13.000 hommes sont passés à Paris dans ce cadre. En complément, le GMP envisage de créer un bataillon de réserve pour l’Ile-de-France, dont l’état-major sera installé au fort de Vincennes. Les unités élémentaires, qui monteront en puissance, constitueront un renfort opérationnel pour relever les troupes d’active et guider, dans Paris, quelque 10.000 soldats appelés en cas de crise. En tant qu’officier général de la zone de défense et de sécurité, le GMP doit assurer, en coordination avec les services de police, de la sécurité civile et de la Ville de Paris, le plan de résilience de l’Etat dans la durée en cas de catastrophe naturelle, dont notamment une crue majeure de la Seine (voir rubrique « Archives » : « Crises : prévention et gestion en Ile-de-France » 6-6-2012).

Hommage et solidarité. La nation rend un hommage national à ses armées le 14 juillet, avec la mise en valeur des blessés, et le 11 novembre, pour les tués en opérations. A Paris, le défilé mobilise 5.000 militaires, 500 véhicules et 50 aéronefs, auxquels s’ajoutent 1.000 personnels de soutien. En fonction de l’actualité, le GMP préside des prises d’armes aux Invalides avec remise de décorations. En outre, les morts en opérations ont désormais droit à un hommage civil sur le pont Alexandre III, où passe le convoi mortuaire, puis à un hommage plus intime pour les familles dans la cour d’honneur des Invalides. A cette occasion, le chef d’Etat-major, en général de l’armée de Terre en raison du conflit en Afghanistan, épingle la croix de la Valeur militaire et éventuellement la Médaille militaire sur le catafalque. Cette cérémonie est poignante. « L’horreur devient réalité », souligne le GMP, qui reçoit longuement les familles. La fermeture du cercueil de chaque tué se fait devant sa famille proche : « C’est indispensable pour écrire cette première page de deuil ». Enfin, le président de la République peut décider un hommage national dans la garnison d’origine ou aux Invalides. Par ailleurs, une « Maison des blessés » sera établie à Bercy pour accueillir 70 membres de leur famille dans 5 appartements et 6 studios. Parallèlement, l’organisation d’événements privés dans l’enceinte des Invalides permet de récolter des fonds pour l’association d’entraide « Terre Fraternité » et la « Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre », directement rattachée au GMP.

Retour d’expérience. Le général Charpentier, qui a dirigé les Forces terrestres pendant deux ans avant sa présente affectation, a répondu à diverses questions sur le conflit en Afghanistan. Environ 60.000 militaires de l’armée de Terre, dont tous les personnels des régiments d’artillerie et 95 % de ceux d’infanterie, ont participé à cet engagement « exceptionnel » et « emblématique », après trente ans de paix ou de violence limitée. Toutefois, précise le général, « il ne doit pas être le théâtre de référence pour préparer l’avenir ». En Afghanistan, les militaires français ont vécu à des milliers de km de la France avec des moyens très développés, pour ne pas se trouver démunis en cas de surprise. Ils y ont connu le retour aux fondamentaux, à savoir l’école du combattant. L’accrochage commence à la sortie de la base et les patrouilles durent six mois sur les mêmes lieux. Beaucoup d’officiers ont servi de 6 à 17 mois dans des états-majors américains et les meilleurs sous-officiers et soldats dans les « équipes de liaison et de tutorat opérationnel » (OMLT en anglais) pour l’instruction et l’entraînement de l’armée nationale afghane. Il s’agit de capitaliser cette expérience riche en réactivité, urgence opérationnelle et nécessité d’avoir un temps d’avance. « Pour nous, soldats, l’Afghanistan est loin d’être un échec », insiste Hervé Charpentier. En dix ans, les effectifs déployés sont passés progressivement à 4.000 personnels. La planification a été la plus compliquée à faire prendre en compte. Mais, les Alliés ont reconnu « la qualité du soldat français et la crédibilité de la chaîne de commandement », souligne le général, « pour les soldats, c’est le sentiment de la mission accomplie ».

Loïc Salmon

Le général de corps d’armée Hervé Charpentier, entré à Saint Cyr en 1975, choisit l’infanterie de marine à l’issue de sa scolarité. Titulaire du brevet d’études militaires supérieures (1993), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2002). Au cours de sa carrière au sein de régiments parachutistes, il participe à diverses opérations : « Barracuda » en République centrafricaine (1979) et « Saintonge » au Nouvelles-Hébrides (1980) comme chef de la section des chuteurs opérationnels ; « Diodon 4 » au Liban (1983) comme officier des renseignement ; « Manta Echo 3 » au Tchad (1984) ; « Turquoise » au Rwanda (1994) ; « Balbuzard Noir» en ex-Yougoslavie (1995). Il a notamment commandé le 6ème Bataillon d’Infanterie de marine au Gabon (1997), la 9ème Brigade légère blindée de marine (2005), l’Ecole d’application de l’infanterie (2007) et les Forces terrestres (2010). Membre du cabinet militaire du ministre de la Défense de 2002 à 2004, il est nommé gouverneur militaire de Paris, officier général de zone de soutien de Paris et officier général de la zone de défense et de sécurité de Paris le 1er août 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec trois citations, le général Charpentier est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.




Obsèques nationales pour quatre tués en Afghanistan

Le 14 juin 2012, les obsèques nationales des quatre militaires français, victimes d’un attentat suicide le 9 juin en Afghanistan, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, de l’ensemble du gouvernement, de deux anciens présidents de la République, de la plupart des anciens Premiers ministres et des détachements de leurs unités.

Il s’agit de l’adjudant-chef Thierry Serrat, du maréchal des logis-chef Stéphane Prudhom, du maréchal des logis Pierre-Olivier Lumineau et du brigadier Yoann Marcillan. Deux de leurs interprètes afghans ont trouvé la mort lors de l’attentat, qui a fait cinq blessés français (trois gravement) et deux blessés civils afghans. Dans son éloge funèbre aux quatre militaires décédés, le président de la République François Hollande, chef des armées, a notamment déclaré : « Ils sont morts pour des valeurs justes et hautes, celles de la paix, celles de la liberté, celles de la démocratie, les valeurs de la France ». Après les avoir faits chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume, il s’est entretenu avec leurs familles présentes. Le retrait des forces combattantes françaises reste fixé à fin 2012. Depuis son engagement en Afghanistan en 2001, la France déplore 87 morts et environ 700 blessés. Selon l’Etat-major des armées, les quatre militaires effectuaient une mission de contact avec la population pour connaître ses besoins et ses sentiments. Ces missions, indispensables pour comprendre l’environnement opérationnel, ne sont pas suspendues, car elles permettent de déceler les menaces, participant ainsi à la sécurité des forces sur le terrain. Elles sont progressivement dévolues aux forces de sécurité afghanes. Enfin, il n’existe aucun moyen de se prémunir contre une attaque suicide.

L.S.




L’histoire des Invalides en 3 D

Pendant huit jours (11-18 avril 2012), un spectacle de son et lumière en projection vidéo 3D fera revivre, de façon grandiose, l’histoire des Invalides à Paris sur les 196 m de façade de la cour d’honneur. Il est donné au profit de l’Institution nationale des Invalides, qui recevra 50 % des bénéfices.

Les organisateurs ont présenté ce spectacle inédit lors d’une conférence de presse, tenue précisément aux Invalides le 6 mars.

Histoire et culture : la construction de ce monument, l’un des plus visités de la capitale, a été décidée par Louis XIV le 24 février 1670 pour subvenir aux besoins de ses soldats malades, infirmes et âgés. Aujourd’hui, l’Institution nationale des Invalides accueille 90 pensionnaires, anciens déportés et grands blessés militaires et civils (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Les combattants blessés et handicapés au cours d’opérations extérieures y séjournent (article « Opex : prise en charge et suivi des grands blessés », dans « Archives » 18-1-2012). L’hommage de la nation aux militaires morts en Opex se déroule dans la cour d’honneur. Les Invalides abritent aussi le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,5 million de visiteurs en 2011. En outre, plus de 100.000 élèves, du primaire au lycée, y effectuent des parcours thématiques chaque année. Enfin, le caveau des gouverneurs contient les cercueils de grands soldats et celui de Rouget de l’Isle, compositeur de « La Marseillaise ». Mais, les Invalides sont aussi un lieu de culture. Des opéras y sont joués : « Carmen » (2010), « Madame Butterfly » (2011) et « Aïda » (septembre 2012). « La Nuit aux Invalides » : le spectacle se concentre sur trois personnages historiques dont le nom est lié au monument : Louis XIV bien sûr, Napoléon (le tombeau) et le général De Gaulle (le mémorial). Trois acteurs célèbres, connus pour le timbre profond de leur voix, y apportent leur concours : André Dussolier, Jean Piat et Céline Duhamel. Pour François Nicolas, président de la société organisatrice AmaClio dont le nom signifie en latin « j’aime l’Histoire », il s’agit de faire converger « le soir, le sensationnel et l’émotion ». AmaClio et le scénariste Bruno Sellier ont associé leurs idées pour créer le concept de la « mœniaménie », néologisme formé de deux mots latins relatifs aux « remparts » et aux « avis ». Cela consiste donc à donner la parole aux murs et aux pierres. Ainsi, l’élément le plus fameux de la cour d’honneur, l’œil de bœuf dit « l’Œil de Louvois » (ministre de la guerre de Louis XIV et architecte du lieu), raconte ce qu’il a vu défiler devant ces murs et les secrets mystérieux qu’ils renferment depuis plus de trois siècles. Enfin, tout spectacle de son et lumière nécessite des matériels et une technologie de pointe, que maîtrise la société « Spectaculaires ». Son fondateur Benoît Quéro entend allier « la sublimation de l’architecture » et « embarquer les gens dans des histoires ». Quelque 40.000 spectateurs sont attendus !

Loïc Salmon

De gauche à droite : Benoît Quéro, fondateur de la société « Spectaculaires» ; Bruno Sellier, créateur du spectacle ; François Nicolas, président de la société AmaClio ; Jean-Noël Glady, secrétaire général du musée de l’Armée ; colonel Olivier Sastre, conseiller communication du Gouverneur militaire de Paris ; François Lagrange, conseiller historique de la Direction du musée. Le spectacle sera donné chaque soir du 11 au 18 avril 2012, sur trois séances (21h15, 22h15 et 23h15), suivies d’une visite du dôme des Invalides, scénarisé pour l’occasion et exceptionnellement ouvert jusqu’à minuit. (www.lanuitauxinvalides.fr)




OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Les militaires gravement blessés en opérations extérieures (OPEX) sont rapatriés d’urgence dans les hôpitaux d’instruction des armées (HIA), puis transférés à l’Institution nationale des Invalides (InI) pour  un séjour médicalisé de longue durée. Il existe neuf HIA en métropole et un à la base de défense de Djibouti. Le 16 novembre 2011, l’Association des journalistes de défense a organisé une journée de rencontres avec de hauts responsables de l’HIA Percy (banlieue parisienne) et de l’InI (Paris).

Parmi les blessés en Afghanistan arrivés à Percy en 2010-2011, 72 % souffraient de traumatismes ouverts : plaies par balles et par engins explosifs improvisés (IED) ainsi qu’accidents routiers de véhicules de l’avant blindés. Par mesure de précaution, les combattants doivent porter, dans un véhicule, un masque en polycarbonate qui freine les projectiles ou, quand ils sont à pied, des lunettes de protection. Une blessure de guerre à l’œil se caractérise par une plaie, un corps étranger, un phototraumatisme au laser ou une brûlure chimique. La procédure OTAN en vigueur distingue quatre phases de traitement des blessés: relève du blessé par ses camarades de combat ; transport jusqu’à l’infirmerie de campagne ; évacuation sur l’hôpital militaire de Kaboul, où se trouvent deux chirurgiens, un otorhinolaryngologiste, un ophtalmologiste et deux anesthésistes pour les opérations d’urgence (enlèvement du corps étranger ou greffe de la cornée) ; rapatriement d’urgence en métropole. L’évacuation sur Paris par voie aérienne, jusqu’à sept patients à la fois, est organisée dans les six heures. Dans 70 % des cas, un médecin anesthésiste réanimateur voyage à bord de l’avion médicalisé. A l’arrivée aux aéroports de Villacoublay ou d’Orly, une noria d’ambulances des sapeurs pompiers de Paris achemine les blessés vers les HIA de Bégin, de Percy ou du Val de Grâce. La durée moyenne d’une évacuation sanitaire est de deux jours et quelques heures. Par exemple, le service des urgences de l’HIA Percy est informé de la pathologie des patients avant leur évacuation aérienne pour les diriger le plus rapidement possible vers la réanimation, le centre des brûlés, la salle des radio-contaminés ou le bloc opératoire, tous situés au même étage. En 2010, 83 % des grands blessés souffraient de polytraumatismes. Une fois identifiés avec précision, les patients passent individuellement une demi-heure dans une salle de « déchoquage » pour un examen général par un chirurgien et une infirmière. Enfin, une salle d’accueil est prévue pour leurs familles qui peuvent communiquer avec eux par internet, au moyen de webcaméras.

Le suivi aux Invalides

Une fois leur séjour en HIA terminé, les grands blessés sont pris en charge par l’InI de Paris, unique en son genre dans le monde (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Quelque 400 personnels civils, encadrés par des médecins militaires, travaillent au centre médico-chirurgical (200 lits). Unité de réparation, rééducation et réinsertion, ce centre accueille aussi les personnes civiles victimes de graves traumatismes. Il fait référence dans le traitement et le suivi des amputés et des paraplégiques et tétraplégiques traumatiques. Le service de chirurgie dentaire assure les soins et la mise en place de prothèses et d’implants aux grands handicapés et traumatisés faciaux complexes (« gueules cassées »). L’unité sensori-cognitive évalue et prend en charge les séquelles de traumatismes crâniens ou de maladies liées au vieillissement et à la basse vision. L’InI dispose de la plus grande piscine d’Europe dédiée à la balnéothérapie, animée par douze kinésithérapeutes. Le traitement dure d’un mois à deux ans avec des séances de 45 minutes dans une eau à 34,5 ° C. En l’absence de pesanteur, le grand blessé acquiert une paix intérieure par une reconstruction interne et une meilleure estime de soi. Mais, sorti de l’eau, il retrouve les difficultés de son handicap. Il passe alors dans une grande salle, dite « plateau technique de rééducation fonctionnelle », où se côtoient une dizaine de patients pris en charge individuellement. L’ergothérapie, assurée par une quinzaine de personnes, constitue la phase ultime pour reprendre une vie presque normale, avec éventuellement un fauteuil roulant, dans un studio adapté avec cuisine et atelier. Un moniteur d’auto-école prépare au permis « grand invalide » sur un véhicule spécifique. Par ailleurs et pour faciliter la réinsertion, un cercle sportif est ouvert à toute personne handicapée. En 2011, il comptait 400 adhérents, dont 300 anciens militaires handicapés. « Il n’y a pas de blouse blanche pour souligner l’étape de réadaptation, car il y a une vie après l’accident », souligne le commandant Gaëtan de la Vergne, paraplégique et chef de cabinet du gouverneur des Invalides. Cinq moniteurs de sport de la Gendarmerie sont affectés à temps plein pour enseigner une dizaine de disciplines, dont l’escrime, la musculation et le tir. Le vélo et la natation se font à l’extérieur et un stage de montage est organisé tous les ans. En avril 2012, 22 blessés militaires se rendront au Centre d’éducation physique et sportive de Bourges, spécialisé pour les handicapés.

Que deviennent les grands blessés reconnus invalides à 85 % et plus ? Fondé par Louis XIV en 1674 pour « ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de notre pays », l’InI les accueille dans son Centre des pensionnaires, à titre permanent ou provisoire, ainsi que les victimes d’attentats, hommes et femmes, civils et militaires. « L’InI est plus une résidence qu’un hôpital », précise son directeur, le médecin général inspecteur Louis Cador. Environ 90 pensionnaires y vivent et leur âge varie de moins de trente ans à… plus de cent !

Loïc Salmon

disciplines, dont l’escrime, la musculation et le tir. Le vélo et la natation se font à l’extérieur et un stage de montage est organisé tous les ans. En avril 2012, 22 blessés militaires se rendront au Centre d’éducation physique et sportive de Bourges, spécialisé pour les handicapés.

Que deviennent les grands blessés reconnus invalides à 85 % et plus ? Fondé par Louis XIV en 1674 pour « ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de notre pays », l’InI les accueille dans son Centre des pensionnaires, à titre permanent ou provisoire, ainsi que les victimes d’attentats, hommes et femmes, civils et militaires. « L’InI est plus une résidence qu’un hôpital », précise son directeur, le médecin général inspecteur Louis Cador. Environ 90 pensionnaires y vivent et leur âge varie de moins de trente ans à… plus de cent !

Loïc Salmon

 

A la sortie de l’Institution nationale des Invalides, un blessé au combat est pris en charge par la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat). Celle-ci leur apporte d’abord une assistance sociale et juridique. Ensuite, elle les aide à définir un nouveau projet de vie, réintégrer une unité militaire ou retourner à la vie civile. Elle agit dans l’urgence et la durée : reconversion des veuves et suivi des orphelins jusqu’à 23-25 ans. L’association Terre Fraternité, présidée par le général d’armée Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, récolte des fonds pour compléter les aides de l’Etat. Enfin, des organisations non gouvernementales apportent leur concours, notamment l’Ordre souverain de Malte et l’Union des blessés de la face et de la tête, plus connue sous le nom de « Gueules cassées ».

 




Obsèques nationales pour sept tués en Afghanistan

Le 19 juillet 2011, les obsèques nationales des sept militaires français tués en Afghanistan, entre les 11 et 14 juillet, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, des membres du gouvernement, de nombreux élus et des détachements de leurs unités.Tous les sept ont été élevés au grade supérieur et faits chevaliers de la Légion d’Honneur à titre posthume. Il s’agit du brigadier-chef Clément Kovac du 1er Régiment de chasseurs de Verdun (accident), du capitaine Thomas Gauvin et de l’adjudant-chef Laurent Marsol du 1er  Régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, des adjudants-chefs Jean-Marc Gueniat et Emmanuel Techer du 17ème Régiment du génie parachutiste de Montauban, du sergent Sébastien Vermeille du Sirpa Terre Image centre de Lyon (attentat suicide) et du maître Benjamin Bourdet du commando Jaubert, (combat). Dans son allocution, le président de la République Nicolas Sarkozy, également chef des armées, a notamment déclaré : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. (…) Soldats, vous êtes partis en pleine jeunesse en emportant avec vous les promesses d’une vie heureuse. Mais, nul ne vous a volé votre destin ». Enfin, il a rappelé que « l’armée française n’est pas séparée du reste de la Nation française, car l’armée française fait corps avec la nation française ».

L.S.