La seconde guerre mondiale en six batailles

Engagements interarmées, modularité, décentralisation du combat et initiatives caractérisent le second conflit mondial.

Les progrès en matière d’armement entraînent des révolutions tactique et stratégique qui transforment la conduite de la guerre. Les bases industrielles, l’accès aux ressources et le contrôle des populations deviennent des enjeux majeurs dans la conception, puis la mise en œuvre des opérations. Les idéologies totalitaires effacent les limites entre les domaines politique et militaire, pour aboutir à la destruction de l’adversaire. Ainsi, le taux de pertes civiles est passé de 5 % lors de la première guerre mondiale à 67 % pendant la seconde. La mécanisation amène à repenser l’art de la guerre dans une logique de mouvement et de concentration des efforts. L’action du couple char-avion, réalisée grâce aux transmissions, assure le succès de la « guerre éclair » allemande par la percée du dispositif ennemi, suivie d’une exploitation rapide de l’infanterie motorisée, planifiée dès le commencement de l’action. L’emploi de commandos ou de troupes parachutistes garantit la surprise. Toutefois, la logistique constitue la principale vulnérabilité des armées, en raison de la croissance des effectifs, du nombre et des performances des systèmes d’armes, de la consommation de munitions et de carburant, mais aussi des élongations des théâtres d’opérations. Par ailleurs, en cas de rapport de forces défavorable, le succès militaire repose de plus en plus sur la force morale des soldats, à savoir l’esprit de corps et un entraînement réaliste développant le sens de l’initiative. La présentation de la situation générale, des intentions des forces en présence et du déroulement de six batailles et leurs enseignements tactiques expliquent ces transformations de l’art de la guerre. Entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, la guerre engage 800.000 hommes de l’Union soviétique contre 250.000 hommes de la Finlande. Amputée de 10 % de son territoire, celle-ci compte 25.000 soldats morts et 40.000 blessés, mais l’URSS reconnaîtra plus tard la perte de 270.000 morts et blessés, 1.500 chars et 700 avions. Lors de la bataille de Sedan (10-13 mai 1940), les forces allemandes déploient 60.000 hommes et 800 blindés contre les 112.000 hommes des forces françaises en défense. La Wehrmacht remporte la victoire, surtout grâce à sa « Panzerdivision », grande unité blindée interarmes disposant d’une grande autonomie. En Tunisie, pendant la bataille de Kasserine (19-25 février 1943), le savoir-faire allemand des forces de l’Axe (80.000 Allemands et 110.000 Italiens) anéantit une division américaine, peu aguerrie, des forces alliées (130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français). La victoire finale de la bataille de Monte-Cassino (17 janvier-19 mai 1944), qui ouvre les portes de Rome, se solde quand même par 55.000 tués et blessés chez les Alliés, contre 20.000 pour les Allemands. En Russie, la bataille de Koursk (5 juillet-23 août 1943) oppose la Wehrmacht (800.000 hommes, 2.700 chars, 10.000 canons et 2.000 avions) à l’Armée rouge (1,3 million d’hommes, 3.300 chars, 19.000 mortiers ou canons et 2.400 avions). La défense soviétique s’est appuyée sur deux dispositifs successifs, coûteux en vies humaines, pour harceler l’ennemi. Lors des combats de Falaise en Normandie (12-21 août 1944), 90.000 soldats allemands échappent à l’encerclement des Alliés, supérieurs de plus de 2 fois en effectifs et de 14 fois en nombre de chars.

Loïc Salmon

« La seconde guerre mondiale en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 106 pages, 180 illustrations, 24,90€. 

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

Les généraux français de la victoire 1942-1945

Femmes en guerre 1940-1946




Défense : 6ème plan triennal du handicap et de l’inclusion

Avec pour objectif l’inclusion totale et la prise en compte des besoins de toutes les personnes handicapées, le « plan handicap » du ministère des Armées dispose de 5,7 M€ entre 2019 et 2021.

A l’occasion de son lancement le 1er octobre 2019 à Paris, le ministère a rappelé qu’il employait 4.139 agents en situation de handicap au 1er janvier 2018, soit un taux de 7,14 % de « bénéficiaires de l’obligation d’emploi ». Conséquence des cinq plans précédents, 9 personnels handicapés sur 10 se déclarent satisfaits de leurs relations professionnelles et 8 sur 10 parviennent à faire abstraction de leur handicap. En 2017, le ministère employait 61.329 personnels civils, dont 4,88 % de personnes handicapées. Le plan fixe un objectif de 6 % à l’horizon 2024.

Mobilisation des compétences. Dans le document de présentation du plan, Florence Parly, ministre des Armées, indique que les personnes porteuses du syndrome d’Asperger (autisme) disposent de qualités singulières très recherchées dans les domaines du renseignement et de la cyberdéfense. Cet atout a fait l’objet d’une convention signée, le 19 juillet 2018, entre le ministère, l’association AFG Autisme et l’université de Toulouse portant sur leur insertion professionnelle dans les métiers de l’informatique, du numérique, de l’exploitation de l’imagerie satellitaire et de la cyberdéfense. Des recrutements ont déjà eu lieu en 2019. L’extension à d’autres domaines est en cours d’exploration. En outre, l’accès des militaires blessés aux emplois civils du ministère fait l’objet d’une réflexion entre les cellules d’aide aux blessés, le Service de santé, l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, l’Agence de reconversion de la défense, les centres ministériels de gestion et le Service parisien de soutien de l’administration centrale. Les résultats se traduiront par des mesures concrètes proposées par la Direction des ressources humaines. De son côté, dès 2019, la Délégation nationale handicap (DNH) a renforcé ses relations avec le Centre national des sports de la défense et s’est rapprochée de la Fédération française handisport et d’autres fédérations sportives pour valoriser, auprès des sportifs handicapés, les possibilités de recrutement après leur parcours sportif.

Intégration des personnels. Certaines personnes en situation de handicap ressentent, avec une acuité particulière, la fatigue liée aux trajets, au rythme et à l’étendue du temps de présence sur le lieu de travail ainsi qu’aux déplacements sur le site et à leurs obligations de soins. Diverses mesures visent à limiter le surcroît de fatigue de l’agent, tout en améliorant son efficacité. L’Agence de l’innovation (ministère des Armées) et la Fabrique numérique (ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires) vont développer outils et méthodologies pour mieux prendre en compte les besoins des personnes handicapées.

Formation des cadres. Au premier semestre 2020, la DNH va rééditer le guide « Handicap et vie professionnelle » présentant les acteurs de la chaîne médico-sociale et du handicap, les différentes voies de recrutement et d’accès aux aménagements et aides, en termes financiers et d’organisation, ainsi que le droit des personnes handicapées. En complément, la formation aux dispositifs d’inclusion des personnels handicapés sera renforcée. D’ici à 2021, la DNH et les organismes spécialisés du ministère des Armées vont améliorer l’offre de « formation métier » proposée aux différents acteurs des chaînes de ressources humaines, de l’action sociale et de la prévention.

Loïc Salmon

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

307 – Dossier : “Les blessés en Opex, le retour et après”




Cyberdéfense : ciblage, précaution et proportionnalité

La configuration des cyber-armes permet de réduire au minimum les pertes en vies et les blessures, dans la population civile, et les dommages collatéraux de biens à caractère civil.

Le respect du droit international humanitaire, dans leur emploi sur un théâtre d’opérations, a fait l’objet d’une synthèse publiée par le ministère des Armées en septembre 2019.

Violation de souveraineté. Toute pénétration non autorisée d’un vecteur numérique d’origine étatique, sur les systèmes français, ou toute production de dégâts numériques, sur le territoire français, peut constituer une violation de souveraineté. Certains incidents risquent de susciter des réponses diplomatiques, notamment auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. A une cyberattaque atteignant le seuil de l’agression armée, la France se réserve la possibilité d’invoquer la légitime défense, en vertu de l’article 51 de la charte de l’ONU. Ainsi, une cyberattaque entraînera des opérations de lutte informatique défensive dans les cas suivants : atteinte au potentiel de guerre ou économique ; atteinte à la sécurité ou la capacité de survie de la nation ; ingérence dans les affaires intérieures ou extérieures. Le recours à la force, par la lutte informatique offensive, pourrait s’exercer selon plusieurs critères, dont : les circonstances prévalant au moment de la cyberattaque, à savoir l’origine de l’opération et son caractère militaire ou civil ; le degré d’intrusion ; les effets provoqués ou recherchés ; la nature de la cible visée ; la pénétration de systèmes militaires, en vue d’atteindre les capacités de défense ; le financement de l’opération ; l’entraînement d’individus à des attaques informatiques. Face à des cyberattaques répétées, les services de l’Etat, désignés par le Premier ministre, disposent de moyens pour prévenir, anticiper, protéger, détecter et réagir en coordination avec leurs partenaires nationaux et internationaux.  Les contremesures relèvent d’une décision politique, adoptée en opportunité.

Contexte de conflit armé. Comme les autres moyens employés

sur un théâtre d’opération, une cyber-arme produit les mêmes effets de renseignement, neutralisation et « déception » (dissimulation, diversion et manipulation de l’information pour tromper l’adversaire). Une cyber-opération vise exclusivement des infrastructures numériques militaires. Elle reste soumise au champ d’application du droit international humanitaire, car ses effets se produisent sur les territoires des Etats en conflit. En raison des risques induits, à savoir immédiateté de l’action, dualité civile et militaire des cibles et hyper-connectivité des réseaux, l’emploi d’une cyber-arme exige un processus de ciblage numérique spécifique, encadrant toutes les phases de la cyber-opération. Il s’agit d’altérer, de façon temporaire, réversible ou définitive, la disponibilité, l’intégrité ou la confidentialité des données d’un système adverse, par exemple destiné à la neutralisation d’un système d’arme ou la collecte de renseignements. La cyberattaque d’un adversaire se caractérise par le fait que son intervention s’avère nécessaire pour rendre équipements et systèmes visés à nouveau opérationnels. L’intégration d’une cyber-arme dans la manœuvre opérationnelle interarmées repose sur une longue planification de recueil d’informations, afin d’identifier, par la cartographie du réseau ennemi, les objectifs visés. Les cyber-opérations relèvent du chef d’Etat-major des armées, qui bénéficie du soutien de conseillers juridiques pour respecter le droit international humanitaire.

Loïc Salmon

Cyber : nouvelle doctrine pour la lutte informatique

Cyber : capacité interarmées, niveaux stratégique et tactique

Cyberdéfense : soutien pour le renseignement, la protection, la prévention et l’action




Exposition « Raymond Depardon 1962-1963, photographe militaire » à Paris

Déjà connu professionnellement avant, Raymond Depardon réalise, pendant son service militaire, un « tour de France des armées » en plus de 2.000 photos pour Terre, Air, Mer magazine (TAM).

En août 1960, envoyé en Afrique par l’agence photographique Delmas pour suivre « SOS Sahara », mission d’étude de la résistance du corps humain à la chaleur, il assiste au sauvetage d’un groupe de soldats appelés du contingent, perdus sans eau dans le désert. Le 3 septembre suivant, dix de ses photos sont publiées dans l’hebdomadaire Paris-Match sous son nom, alors qu’il n’a que 18 ans ! De passage à Alger, il rencontre des photographes militaires l’incitant à demander à effectuer son service militaire au journal Bled, qui deviendra TAM, deux ans plus tard. Appelé sous les drapeaux en mars 1962, Depardon effectue quatre mois de classe au 37ème Régiment d’infanterie de Sarrebourg puis, en juillet, est affecté à la rédaction parisienne de TAM, avec le grade de brigadier, jusqu’en août 1963. Ce magazine, que tous les militaires reçoivent, emploie notamment de futures célébrités comme le journaliste Philippe Labro ou le publiciste Jacques Séguéla. L’exposition présente leur témoignage audiovisuel. « On était en civil et très libres, se souvient Labro, on apprenait notre métier de reporter, qui rapporte ce qu’il a vu et entendu. ». « J’ai découvert que je savais écrire », déclare Séguéla, hilare. « On était tous tentés de faire des images en mouvement, souligne Depardon (photo) lors du vernissage de l’exposition le 30 septembre 2019, j’étais dans une période charnière à la fin de la guerre d’Algérie. » Equipé d’un appareil photo 120 mm reflex utilisant du film 6X6, il retrace cette période jusqu’en août 1963. Au cours de ses 51 reportages, il embarque notamment sur l’escorteur Le-Picard, fait l’ascension du Mont-Blanc avec les troupes de montagne, suit l’entraînement du 1er Bataillon parachutiste de choc en Corse, se rend à l’Ecole des enfants de troupe d’Aix-en-Provence et à la base aérienne de Cognac et couvre l’instruction du 404ème Régiment d’artillerie anti-aérienne à Valence. Son expérience de photographe militaire lui sert ensuite lors de la couverture de la guerre du Viêt Nam en 1964, dont certaines de ses photos sont publiées dans le quotidien américain New York Times. En 1966, il crée l’agence Gamma, qu’il quittera en 1978 pour rejoindre l’agence Magnum. En 1969, Depardon commence une carrière de cinéaste avec un court-métrage documentaire en Tchécoslovaquie, un an après la répression soviétique du Printemps de Prague. En 1974, il se rend au Tchad pour prendre des photos et réaliser le film « Les révolutionnaires du Tchad », dont le retentissement international contribuera à la libération, en 1977, de l’ethnologue Françoise Claustre, retenue en otage depuis trois ans. En 1978, il photographie la guerre civile au Liban et en Afghanistan.

Loïc Salmon

L’exposition « Raymond Depardon 1962-1963, photographe militaire » (1er octobre 2019-30 janvier 2020) se tient au Musée du Service de santé des armées dans l’Ecole du Val-de-Grâce à Paris. Outre une centaine de photos, elle présente des documents d’archives de films et d’entretiens audiovisuels. Une exposition similaire a lieu au Musée national de la Marine à Toulon (17 mai-31 décembre 2019). Ces deux événements sont organisés par l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, le Musée national de la Marine, l’Ecole du Val-de-Grâce et la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives.

(www.depardon1962.fr)

Exposition « Images interdites de la Grande Guerre » à Vincennes

100 ans de photographie aux armées

Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient




Défense : soldat augmenté et efficacité opérationnelle

La boucle OODA (observer, orienter, décider et agir) de la prise de décision pourrait s’avérer trop lente, en raison des progrès technologiques, à savoir la guerre cyber et l’amplification des performances du combattant.

Cette question a été abordée au cours d’un colloque organisé, le 16 octobre 2019 à Paris, par le Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) et la Société internationale d’éthique militaire en Europe (EuroISME). Y sont notamment intervenus : Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche au CREC ; le colonel Gilles Haberey, chef d’état-major du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de Terre.

Augmentation et « anthropotechnie ». L’endurance et l’efficacité du combattant pourraient s’améliorer par le renforcement de ses capacités physiques et/ou psycho-cérébrales, à savoir intellectuelles, mentales, psychologiques et cognitives, ou en lui permettant d’en acquérir de nouvelles, explique Gérard de Boisboissel. Cette augmentation du soldat passerait par des apports pharmacologiques non thérapeutiques, des implantations statiques ou dynamiques, comme les nanomatériaux, implants et prothèses, ou de la thérapie génique (possibilité d’influer sur les gènes d’un individu) sur sa physiologie. Ces moyens feraient corps avec lui, de manière courte ou prolongée, voire irréversible, sous réserve d’en maîtriser les effets. Ils répondraient à divers besoins : résister ; durer ; se donner du courage ; aider à la décision dans un environnement ou une situation complexe ; mieux associer le soldat à un système d’armes. Pour le chef militaire, ces moyens devraient lui permettre de réussir sa mission, réduire le risque pour ses propres hommes et respecter le droit international. Toutefois, cette augmentation ne devrait pas désinhiber, au point d’altérer le respect de l’adversaire, ni restreindre le libre arbitre. Elle devrait être précédée d’une autorisation médicale avec la connaissance des effets directs et de ceux indésirables, s’il y en a. « L’anthropotechnie » regrouperait les technologies permettant de dépasser les normes appliquées à l’homme et offrant diverses formes de transformation biologique à des fins de performance, de quête d’identité, de liberté et de standardisation. Ainsi, la méthode de « neurofeedback » aiderait le cerveau à se réorganiser par un retour d’informations perçues de l’environnement extérieur et des actions accomplies par l’organisme. L’hybridation homme/machine permettrait le contrôle et le suivi des individus par des prothèses commandées par une interface cerveau/machine (ICM).

Scénarios prospectifs. L’optique des jumelles de vision nocturne des forces spéciales pourrait les faire repérer, indique Gérard de Boisboissel. Pour éliminer ce risque, les combattants de certaines unités étrangères acceptent volontairement une opération irréversible des yeux, portant leur vue à 12/10èmes. L’introduction sous la peau, réversible, d’implants de géolocalisation à longue distance s’avèrerait utile en cas de capture. L’implantation sous-cutanée, réversible, d’une puce cyber-protégée, couplée à l’empreinte biométrique de l’œil, sécuriserait l’accès à des sites militaires sensibles. Remplaçant clé ou badge, elle serait désactivée en cas de radicalisation de son porteur. L’ICM et le neurofeedback permettraient des exercices de mémoire et de concentration par des retours visuels, sonores ou tactiles, qui faciliteraient l’apprentissage de langues étrangères à connaître. Lors de la préparation d’une mission opérationnelle, des gouttes injectables aux effets temporaires amélioreraient la vision nocturne, méthode utilisée par les nageurs de combat en plongée de nuit. Une microcapsule, implantée sous examen médical, mesurerait le taux de cortisol (hormone participant au métabolisme des glucides) et en libérerait automatiquement en cas de stress, pour redonner de l’énergie. Pendant la conduite de la mission, une gélule coupe-faim ou coupe-soif remplacerait la ration de combat. Une substance analgésique supprimerait automatiquement la douleur. Pour lutter contre le sommeil ou la perte d’attention au cours d’une mission critique et dangereuse, une gélule psychostimulante resterait active pendant 72 heures. Au contact de l’adversaire, avec un soutien aérien difficile et l’absence de renforts immédiats, des substances permettraient de tenir jusqu’à l’arrivée de renforts. Mais une grosse fatigue surviendrait ensuite. En cas d’avarie moteur d’un sous-marin dont la réserve d’oxygène est limitée, le commandant pourrait ordonner la prise de substances réduisant le stress pendant plusieurs jours jusqu’à l’arrivée des secours.

Finalité de l’opération. Mettre des soldats en condition d’engagement en opération puis les ramener à leur famille relève de la responsabilité du chef, rappelle le colonel Haberey. La société donne au soldat la mission de remporter la victoire. Les moyens techniques lui permettent de prendre l’ascendant sur l’adversaire. L’opération, longuement préparée et attendue, suit un rythme très rapide et stressant, une fois déclenchée. Le soldat ne consent à s’engager en opération qu’avec un chef qui inspire confiance et agit avec discernement. Ce dernier, responsable des conséquences des moyens pour augmenter les performances de ses soldats, s’appuie sur le Service de santé des armées pour ne pas dégrader les esprits et les corps et éviter d’en faire des névrosés. Le succès de l’opération dépend de « l’intelligence du risque » pour maintenir la qualité et le niveau des troupes pour le « coup d’après », qui sera impossible à réaliser s’il leur faut dix jours pour récupérer de la fatigue du premier. Le développement des capacités des soldats ne doit pas conduire à croire à la victoire avec une quinzaine de surhommes. Si l’ennemi a également augmenté les capacités de ses combattants, il faudra alors trouver d’autres moyens pour construire le « temps d’après » l’opération, à savoir gagner la population à sa cause en évitant les destructions systématiques qui compromettent l’avenir.

Loïc Salmon

Le code du soldat de l’armée de Terre, comprend 11 articles. 1.-Au service de la France, le soldat lui est entièrement dévoué, en tout temps et en tout lieu. 2.- Il accomplit sa mission, avec la volonté de gagner et de vaincre et, si nécessaire, au péril de sa vie. 3.- Maître de sa force, il respecte l’adversaire et veille à épargner les populations. 4.- Il obéit aux ordres, dans le respect des lois et des conventions internationales. 5.- Il fait preuve d’initiative et s’adapte en toutes circonstances. 6.- Soldat professionnel, il entretient ses capacités intellectuelles et physiques et développe sa compétence et sa force morale. 7.- Membre d’une équipe solidaire et fraternelle, il agit avec honneur, franchise et loyauté. 8.- Attentif aux autres et déterminé à surmonter les difficultés, il œuvre pour la cohésion et le dynamisme de son unité. 9.- Il est ouvert sur le monde et la société et en respecte les différences. 10.- Il s’exprime avec réserve pour ne pas porter atteinte à la neutralité des armées en matière philosophique, politique et religieuse. 11.- Fier de son engagement, il est toujours partout un ambassadeur de son régiment, de l’armée de Terre et de la France.

Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité




Défense : l’IA, facteur décisif de supériorité opérationnelle

Outre les possibilités offertes par les grands groupes numériques privés, les armées développent elles-mêmes des applications de l’intelligence artificielle (IA), relatives aux tâches à réaliser, à la nature des données et à l’exigence de performance et de robustesse.

Un document en ce sens, intitulé « L’intelligence artificielle au service de la défense », a été publié par le ministère des Armées en septembre 2019.

Spécificités militaires. Il s’agit d’investir dans la conception et le paramétrage des systèmes opérationnels capteurs de données (images infrarouge et signaux radar ou sonar), souvent embarqués ou déployés en milieu ouvert et inconnu et disposant de faibles ressources en énergie et de liaisons à débit limité. L’IA va décupler les performances des systèmes opérationnels : réseau de communication ; avion de chasse, de transport et hélicoptère ; drone de combat ; drone, avion et satellite de surveillance ; renseignement ; cyberespace ; entraînement ; robotique terrestre ; véhicules blindés ; guerre des mines ; bâtiment de surface et sous-marin ; combat collaboratif. Grâce à l’IA et dans le respect des lois de la guerre, le chef militaire va décider et agir plus vite, avec plus de précision et une marge de manœuvre accrue par de meilleures reconnaissances et détections des cibles et des dangers du terrain. Par sa vitesse d’exploitation et d’analyse croisée et massive des données, l’IA lui apporte une compréhension complète et rapide des situations, dans des espaces opérationnels complexes et interdépendants. L’IA renforce la protection du combattant par l’élargissement de la veille sanitaire, afin d’identifier les facteurs de risques liés à l’environnement et aux conditions d’emploi des forces et proposer des mesures adaptées. En outre, l’IA améliore la discrimination entre combattants et non-combattants. Elle renforce la proportionnalité de l’action par la maîtrise des effets des armes en fonction de la menace. Elle garantit une action déterminée par la stricte nécessité. Par ailleurs, l’IA effectuera les tâches ancillaires et répétitives, sources de 80 % des erreurs humaines. Ainsi, les états-majors se concentreront davantage sur la réflexion et la prise de décision. Dans l’observation spatiale, les interprètes d’images exploiteront plus efficacement les flux d’informations des satellites CSO, très supérieurs à ceux émis par les systèmes satellitaires Hélios 1 et 2. Des « drones équipiers » accompagneront les avions pilotés pour les appuyer dans leurs missions.

Atout stratégique. Un plan pluriannuel facilite la montée en puissance de la maîtrise des données, à savoir leurs stockage, collecte, exploitation et circulation sécurisée. La phase 1 (2018-2019) construit des capacités technique et méthodologique à partir de POCEAD (plateforme d’ouverture de centralisation, d’exposition et d’analyse des données). La phase 2 (2020) consolide ces capacités, en s’appuyant sur les retours d’expérience de POCEAD et des cas d’usage expérimentés sur ARTEMIS (architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multi-sources), plateforme sécurisée de « big data » et d’IA. La phase 3 (2021) porte sur la mise en production d’ARTEMIS pour répondre aux enjeux stratégiques du ministère des Armées. Certaines applications nécessitent en effet l’accès rapide à d’énormes capacités de stockage et de calcul, notamment par le « cloud » (informatique en nuage). Ainsi, un Rafale produit 40 tétra-octets/heure de données. Enfin, le cloud augmente le niveau de résilience des infrastructures.

Loïc Salmon

Défense : l’IA pour décupler les performances des systèmes opérationnels des armées

Défense : l’IA, nombreuses applications militaires possibles

Défense : l’emploi de l’IA sur le champ de bataille de demain




Afrique : soutiens intégrés à l’opération « Barkhane »

Le déroulement de l’opération « Barkhane » dans la bande sahélo-saharienne (BSS), qui inclut l’aérocombat, nécessite un soutien logistique interarmées, renforcé par les moyens fournis par la MINUSMA (mission de l’ONU au Mali).

Un retour d’expérience a été présenté, le 7 novembre 2019 à Paris, par deux colonels anciens chefs de corps, l’un du Groupement tactique désert (GTD) logistique et l’autre du GTD aérocombat.

« Barkhane ». Lancé en août 2014, l’opération « Barkhane » a pour mission première d’appuyer les forces armées des pays partenaires de la BSS, à savoir Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Elle doit également empêcher la reconstitution de sanctuaires terroristes dans la région. En conséquence, elle déploie 4.500 militaires, 3 drones, 7 avions de chasse, 19 hélicoptères, 6 à 10 avions de transports tactiques et stratégiques, 260 véhicules blindés lourds, 360 véhicules tactiques et 210 blindés légers. Elle dispose de 3 points d’appui permanents à Gao au Mali, Niamey au Niger et N’Djamena au Tchad ainsi que de 8 bases avancées temporaires réparties sur ces trois pays. A titre indicatif, la force aérienne a effectué 122 sorties aériennes entre le 30 octobre et le 3 novembre 2019 : 61 de transport ; 36 de renseignement, surveillance et reconnaissance avec ravitaillements en vol ; 25 de chasse.

Logistique. Pour garantir les standards de combat, le GTD logistique fournit carburant, munitions et eau, dont il effectue le transit et l’acheminement par voie terrestre, ainsi que les pièces de rechange pour la maintenance du matériel, sans oublier l’alimentation et un certain confort pour les soldats en opération. Entre janvier et mai 2019, le GTD logistique « Charentes » a mobilisé 535 logisticiens provenant de 105 unités issues des armées de Terre et de l’Air, des Services de santé, du commissariat et des infrastructures des armées. Le régiment support (45 % des effectifs) organise leurs entraînements, communs pour le soutien aux emprises (photo), et spécifiques pour les convois. A la fin de son mandat, le GTD logistique « Charentes » a chiffré son bilan : convois, 103 jours d’opérations, 600.000 km parcourus, 4.000 t de fret et 2.000 m3 de carburant ; maintenance, 770 véhicules soutenus et 620 pièces de rechange par semaine ; soutien santé, 350 journées d’hospitalisation ; soutien du soldat, 4.000 repas/jour et 76.000 baguettes de pain ; soutien pétrolier, 70 m3 de carburant/jour ; transit aérien, 11.000 personnes et 2.700 t de fret.

Aérocombat. Capable d’une intervention rapide et massive, le GTD aérocombat s’engage sur court préavis et à grande distance avec des hélicoptères de combat et des commandos pour une action au sol. Il déploie : 370 personnels ; 7 Caïman, hélicoptères de manœuvre et d’assaut ; 3 Gazelle ; 9 Tigre, hélicoptères de reconnaissance et d’attaque. Pendant son mandat de mai à septembre 2019, le GTD aérocombat a effectué 17 opérations en autonome ou en coordination avec les deux GTD au sol et le Groupement de recherche multi-capteurs pour le renseignement. Parmi elles, une dizaine d’opérations dites d’opportunité ont permis d’entraver la liberté d’action des groupes armés terroristes. Il a aussi assuré la protection de convois logistiques dans la région de Gourma-Liptako, zone des trois frontières entre Mali, Niger et Burkina Faso. Toutefois, au cours de la seconde partie de son mandat, son activité, contrainte par la saison des pluies, s’est recentrée sur le partenariat (formation, entraînement et accompagnement) avec les forces armées du Mali et du Niger.

Loïc Salmon

Logistique opérationnelle : de la maîtrise des flux à la force « Scorpion »

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

Afrique : les risques de déstabilisation et de terrorisme

 

 




Défense : la mort, au cœur de la singularité militaire

Le soldat donne la mort sur ordre de l’Etat, mais peut aussi la recevoir. Il dépasse la peur de la mort, au nom de la défense de la vie, et se bat pour la préservation de la paix.

Ce thème de la mort a fait l’objet d’un colloque organisé, le 21 octobre 2019 à Paris, par l’Association nationale des participants aux opérations extérieures. Y sont intervenus : Véronique Peaucelle-Delelis, directrice générale de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre ; le général François Lecointre, chef d’Etat-major des armées ; des chefs qui ont commandé au feu et perdu des hommes ; des familles de militaires endeuillées.

Dimensions éthique et politique. L’esprit de chevalerie reste le centre de l’éthique militaire française, rappelle le général Lecointre. Aujourd’hui, le soldat se doit d’être le plus efficace possible dans la mesure où il va donner la mort, alors que la précision des armes permet de frapper la cible à des milliers de km. La France recourt à la force en la subordonnant à un objectif politique, supérieur, à atteindre. Cette relation particulière à la mort implique de la limiter au maximum, car il ne s’agit pas de tuer l’ennemi, mais de le « neutraliser » pour l’empêcher de contrarier cette volonté. La dissuasion nucléaire consiste à pouvoir infliger à l’adversaire des dommages jugés inacceptables par sa propre opinion publique. Cœur du dispositif, le président de la République doit assumer cette responsabilité, consubstantielle à sa fonction de chef de l’Etat. Il s’imprègne aussi de celle d’engager des opérations extérieures (Opex). Les chefs militaires définissent les objectifs, que les soldats considèrent comme une mission sacrée à accomplir. La mort de l’un d’eux en Opex se répercute sur le commandement à tous les niveaux hiérarchiques. Elle constitue une remise en question de la décision et de la prise de risque inhérente à la position du chef. La grandeur de l’armée française, souligne le général, repose sur le fait que chaque chef n’expose ses hommes à la mort qu’en dernier recours et tente d’exécuter sa mission au mieux.

Commander au risque de la mort. Cet état d’esprit a été abordé par plusieurs intervenants : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; médecin en chef Nicolas Zeller, conseiller santé auprès du commandant des opérations spéciales ; général de corps d’armée (2S) Jacques Lechevalier, ancien commandant de la 11ème Brigade parachutiste ; colonel Rémi Chalmin, ancien chef de corps du 40ème Régiment d’artillerie ; colonel Thierry Sutter, ancien commandant du Commando parachutiste de l’air N°10 ; colonel Thierry Tricand de la Goutte, ancien chef de corps du 17ème Régiment du génie parachutiste ; capitaine de frégate (er) Norbert Tafzi, ancien commandant des Commandos Marines Jaubert et Trépel. La condition militaire donne du sens à l’engagement, à la noblesse de la vie et à la réalité de la mort, estime Mgr de Romanet. Par son attitude, le chef doit inspirer la confiance, aller à l’essentiel, rester à l’écoute et faire preuve de courage, car la fraternité d’armes est unique. Il doit prendre, en une fraction de seconde, des décisions mûrement réfléchies, sans haine et avec de l’humanité. Celui qui a été confronté à la mort au combat a besoin de partager ses états d’âme, souligne le médecin en chef Zeller. Froid, faim et nuit correspondent à la réalité de la guerre avec un grand décalage entre les deux conflits mondiaux, aux lourdes pertes, et les Opex, avec beaucoup de jours sans mort. Les jeunes d’aujourd’hui ne disposent plus des mêmes repères, par rapport à la mort, que leurs grands-parents. Cette part d’éducation, abandonnée, devrait à nouveau faire partie de la formation des soldats, pour mieux les préparer à la réalité, balancier permanent entre la vie et la mort. De son côté, le général Lechevalier rappelle que le chef absorbe le stress de l’unité et diffuse la « bonne » énergie. La préparation au combat, par la simulation, ne remplace pas la réalité du terrain. Pendant la guerre en Afghanistan, chaque lundi sur la base aérienne de Bagram, l’affichage de l’action d’un mort au combat le rappelle. Rien qu’en 2009, la coalition internationale a perdu 600 hommes. Le rapatriement des morts est précédé d’une prise d’armes, essentielle à la cohésion de leur unité. L’hommage national aux Invalides la renforce, d’autant plus que toute l’unité a prévenu les familles des morts avant qu’elles l’apprennent par la presse, précise le colonel Chalmin. En Afghanistan, un combat intense de 30 minutes se termine avec plusieurs morts et blessés mettant en doute le sentiment d’invincibilité, se souvient le colonel Sutter. Le chef doit gérer la panique, penser à ses personnels, faire ramener les morts et…continuer la mission ! L’acte d’héroïsme ne consiste pas à rechercher la mort, mais à sauver la vie de l’autre, souligne le colonel Tricand de la Goutte. Le soutien santé, avec une médicalisation inférieure à une heure, constitue le point fort du moral des soldats blessés, dont l’unité, restée en France, doit être informée le plus rapidement et exactement possible. Au combat, tout bascule au niveau des tirs quand il faut donner une autre mission, non planifiée et risquée, se souvient le capitaine de frégate Tafzi. En décembre 2010 en Afghanistan, 20 commandos marines sont pris à partie par 50 talibans dont 2, repérés par un drone, s’enfuient. Malgré un commando mort à déplorer, Tafzi donne l’ordre de les poursuivre. Il a appris, après, l’importance de la mort de ces deux chefs pour la coalition internationale. Chaque commando impliqué dans cette opération a rencontré un psychiatre.

Deuil des familles. Ont perdu un proche au combat (photo) : Dominique Jacq et Pascale Lumineau, un fils ; Aude Lepage et Patricia Rouault-Chalier, un époux ; Céline Sirouet Noblet, un frère. De leurs témoignages, il ressort que toute la famille s’engage avec le soldat, qui n’évoque jamais l’issue fatale devant elle. Quoiqu’omniprésente, la mort n’est jamais un sujet de conversation. Son annonce met les familles en état de choc avec l’impression que le monde s’écroule. Le soutien administratif immédiat de l’institution militaire et d’associations s’avère indispensable. La communication, partage d’une peine commune, fait partie du travail de deuil des familles, fières de leurs morts.

Loïc Salmon

La carte du combattant, signe de reconnaissance et de réparation, a été attribué à 210.000 militaires au titre des opérations extérieures depuis 1962, indique Véronique Peaucelle-Delelis. L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG), présent dans 105 départements ainsi qu’en Algérie, Maroc et Tunisie, dispose d’un budget annuel de 27 M€ pour l’accompagnement personnalisé des anciens combattants, veuves et orphelins. Particularité française, le statut de « pupille de la nation » concerne 1,1 million d’orphelins de guerre ainsi adoptés, dont 200 en 2018. La même année, l’ONACVG a dépensé 5,5 M€, pour accompagner 1.338 pupilles, et 530.000 € pour le traitement de 444 dossiers d’aide à la reconversion et 250 dossiers d’accompagnement de blessés. Sur le mémorial des opérations extérieures, inauguré le 11 novembre 2019 par le président de la République, sont inscrits 549 noms de combattants morts pour la liberté. Il devient le 10ème haut lieu de la mémoire nationale.

Opex, des vies pour la France

L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

Opex, projet de monument aux morts (2011)




Défense : loi de finances 2020, hausse des dépenses maintenue

Le projet de budget du ministère des Armées, présenté au Parlement en octobre 2019, prévoit une hausse de 1,7 Md€ en 2020, pour la 3ème année consécutive, pour le porter à 37,5 Md€, soit 1,86 % du produit intérieur brut.

Cette ressource nouvelle de 1,7 Md€ (+ 4,5 %) inclut des augmentations de 1,1 Md€ pour les programmes d’armement majeurs des armées, 250 M€ pour les opérations et 350 M€ pour les autres dépenses d’équipement. Le budget de 37,5 Md€ se répartit en 20,9 Md€ pour les équipements, 12,1 Md€ de masse salariale et 4,5 Md€ pour le fonctionnement du ministère. L’autonomie stratégique nationale se trouvera garantie dans quatre domaines : la dissuasion nucléaire avec 4,7 Md€, 2ème tranche d’un total de 25 Md$ entre 2019 et 2023 pour renouveler les composantes océanique et aéroportée ; la cyberdéfense avec 1,6 Md€ pour la lutte dans le cyberespace ; l’espace avec 448 M€, 2ème tranche d’un total de 4,3 Md€ pour la période 2019-2025 ; le renseignement avec 366 M€.

Livraisons attendues. En 2020, l’armée de Terre devrait recevoir : 1.000 véhicules légers tactiques polyvalents ; 128 blindés Griffon ; 4 blindés Jaguar ; 7 hélicoptères NH90 ; 1 système de drones tactiques ; 50 postes de missiles moyenne portée ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F ; 25.000 nouveaux casques composites de protection. La Marine nationale devrait prendre livraison de : 2 avions de patrouille maritime ATL2 rénovés ; 2 hélicoptères Caïman Marine ; 1 sous-marin d’attaque Barracuda ; 1 lot de missiles Aster pour les frégates multi-missions de défense aérienne. L’armée de l’Air devrait recevoir : 2 avions de chasse Mirage M2000 D rénovés ; 2 avions de transport tactique A400M Atlas ; 1 avion de transport stratégique et de ravitaillement MRTT Phénix ; 1 avion ravitailleur KC-130J ; 1 système de drones Reaper. Le volet spatial sera doté d’un 2ème satellite de reconnaissance optique Musis CS0, le 1er étant en service à 800 km d’altitude depuis fin 2018 et le 3ème attendu en 2021.

Commandes prévues. Pour 2020, l’armée de Terre a commandé : 1.500 véhicules légers polyvalents ; 271 blindés Griffon ; 50 chars Leclerc rénovés ; 42 blindés Jaguar ; 364 blindés Serval ; 14 hélicoptères Tigre rénovés ; 12.000 fusils d’assaut HK 416 F. La Marine nationale a commandé : 3 avions de guet aérien embarqués Hawkeye E20 ; 7 avions de surveillance et d’intervention maritime Falcon ; 2 modules de lutte contre les mines. L’armée de l’Air a commandé : 4 avions de transport tactique C-130H rénovés ; 4 drones européens Male (moyenne altitude longue endurance). Pour le volet spatial, ont été commandés : 4 stations sol utilisateurs ; 3 radars de trajectographie Satam rénovés.

Infrastructures. En 2020, la ville de Rennes accueillera le commandement de la cyberdéfense, celle de Tours les Directions des ressources humaines et celle de Toulouse le Commandement de l’espace. Le budget 2020 prévoit 1,7 Md€ de crédits pour la politique immobilière, dont 1,35 Md€ au titre des infrastructures de défense hors dissuasion nucléaire. Ainsi, le port de Brest sera doté des infrastructures d’accueil des frégates multi-missions et la base aérienne d’Istres de celles des MRTT Phénix. Plusieurs dizaines d’unités en disposeront pour les nouveaux blindés Griffon et Jaguar dans le cadre du programme Scorpion.

Recrutement. Le ministère des Armées embauche 23.000 militaires et 4.000 civils par an. En 2020, 150 postes seront créés dans le renseignement, 100 dans le cyber et 50 dans d’autres secteurs.

Loïc Salmon

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Garde nationale : objectif, fidéliser les réservistes

Trois ans après sa création, la Garde nationale compte déjà près de 76.000 réservistes. Elle en emploie plus de 6.600 par jour, dont 1.200 dans le cadre de missions de protection pour le compte du ministère des Armées.

Sa secrétaire générale, le général de Gendarmerie Anne Fougerat, en a dressé le bilan et présenté les perspectives à la presse, le 2 octobre 2019 à Paris, à l’occasion des « Journées des réservistes » (12 octobre-12 novembre). Il s’agit de confirmer la progression constatée (50 %) des engagements dans la réserve, initiée par les attentats terroristes de Paris (2015) et Nice (2016). L’émoi s’étant estompé, la perception de la menace devient moins évidente. Pourtant, 20 % des jeunes de 18-19 ans, en quête de sens et de supplément d’âme, souhaitent se rendre utiles dans la défense ou la sécurité de leur pays. La réserve, militaire ou civile, implique don de soi, envie de s’engager et compétences particulières.

Dix composantes. La Garde nationale fournit des réservistes aux ministères des Armées et de l’Intérieur. Au 1er janvier 2019, la réserve opérationnelle de premier niveau des armées, directions et services se monte à 38.529 personnels. L’armée de Terre en emploie 21.926 pour la protection des populations sur le territoire national (opération « Sentinelle » et plan « Vigipirate »), celle des installations militaires, l’assistance aux services publics et secours en cas de catastrophes naturelles, industrielles ou technologiques. La Marine nationale en emploie 5.838 pour la protection du territoire national (métropole et outre-mer) et sa défense maritime (surveillance du littoral et protection des eaux territoriales), la protection des navires de guerre et bases navales et aéronavales, le recrutement et le rayonnement de l’institution. L’armée de l’Air en emploie 5.829 pour la protection permanente de l’espace aérien national, des systèmes de combat et des sites militaires et civils. Les autres composantes des armées se répartissent les 4.141 restants. Le Service du commissariat des armées emploie des diplômés au minimum bac + 3, pour des missions militaires au sein d’une unité, d’un état-major ou d’un service, l’apport de compétences en finances, droit, logistique et achats sur le territoire national et/ou à l’étranger. Le Service des essences des armées en affecte à des postes de tous niveaux, dans l’approvisionnement, le transport, le stockage, la distribution et le contrôle de la qualité des produits pétroliers ainsi que la maintenance des matériels pétroliers. Le Service d’infrastructure de la défense en emploie dans la construction, la maintenance immobilière et la gestion technique et administrative du patrimoine. Le Service de santé des armées emploie des professionnels de santé et des étudiants en sciences de la santé, pour renforcer les centres médicaux, les hôpitaux, ses propres établissements et sur des opérations extérieures. La Direction générale de l’armement recherche des ingénieurs, chercheurs et autres diplômés (minimum bac + 5), disposant d’une solide expérience professionnelle valorisable dans la fonction armement. Au 1er janvier 2019, le ministère de l’Intérieur dispose de 37.388 réservistes. La Gendarmerie nationale en emploie 30.288 pour renforcer des unités d’active dans la sécurité et la bonne exécution des lois : protection des personnes et des biens, renseignement, alerte et secours. La Police nationale en emploie 7.100 pour des missions de soutiens opérationnel et logistique, de spécialiste (juridique ou informatique) ou d’agent de police judiciaire adjoint.

Loïc Salmon

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