Marine : interopérabilité et résilience, plus vite et plus fort

Avec ses innovations technologiques et ses talents, la Marine se prépare aux futures interventions en interarmées et en coalition. L’Europe va se projeter au-delà de la Méditerranée, jusqu’à l’arc Iran-Pakistan et l’Afrique.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 8 mars 2022 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Bouleversement géopolitique. Le monde vient d’entrer dans une logique de puissance remettant en cause l’architecture de sécurité internationale, souligne le CEMM. L’intervention russe en Ukraine ne constitue pas une crise, comme au Proche-Orient, mais un changement profond sur les plans militaire et économique affectant les approvisionnements en pétrole, gaz (russe) et blé (russe et ukrainien). Elle ne se réduit pas à la mer Noire, mais s’inscrit dans un ensemble cohérent du port de Sébastopol (Crimée) à celui de Mourmansk (Nord du cercle polaire arctique). Déployé en Méditerranée orientale en support de la mission OTAN, le groupe aéronaval lance deux patrouilles de chasseurs Rafale et une de l’avion de guet aérien Hawkeye chaque jour. Un Rafale peut effectuer un aller-retour jusqu’en Roumanie en 1h30. Un sous-marin nucléaire d’attaque se trouve en océan Indien et la frégate de surveillance Vendémiaire en mer de Chine. Selon le document Brèves Marines (octobre 2021) du Centre d’études stratégique de la marine, des Etats historiquement maritimes renforcent leurs capacités en sous-marins et navires de surface et de débarquement. Plusieurs puissances émergentes, dont la Turquie, acquièrent des capacités de protection, d’intervention et parfois de projection océanique. En outre, l’Asie rassemble 55 % des sous-marins en service dans le monde, d’abord en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Australie, en Inde et au Pakistan, puis au Viêt Nam, en Birmanie, en Thaïlande et au Bangladesh. Faute de pouvoir mettre en œuvre un porte-avions, des Etats se dotent de bâtiments d’assaut amphibies.

Combat aéromaritime. L’exercice « Polaris 2021 » a permis de renforcer les capacités en combat aéromaritime de haute intensité. Du 18 novembre au 3 décembre 2021 sur les façades méditerranéenne et atlantique, il a mobilisé plus de 6.000 militaires français (130 soldats de l’armée de Terre) et étrangers et, notamment, le porte-avions nucléaire Charles-de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre. « Polaris 21 » a provoqué un changement de la manière de penser, estime le CEMM. Il a mis en œuvre deux forces symétriques, qui ont dû gérer leurs ressources en pétrole et en munitions et innover sur le plan tactique. Les commandants d’unités ont dû utiliser de nouvelles technologies et de nouveaux concepts, afin de surprendre l’adversaire pour conserver leur liberté d’action. Habitué à se préparer à la guerre selon une doctrine et par l’entraînement, le chef d’aujourd’hui doit faire face à l’incertitude, l’imprévu et la vulnérabilité consécutive à une perte de communication par satellite ou un dysfonctionnement du GPS, indispensables aux missiles de croisière. Il s’agit de maintenir le combat au même niveau, mais en mode dégradé, grâce à la résilience globale où chaque opérateur doit pouvoir être remplacé par un autre. Des marins « ambassadeurs internes » expliquent à d’autres marins comment changer de métier en cours de carrière. Sur le plan technique, le drone naval mode hélicoptère, véritable œil déporté, sera expérimenté mi-avril pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 ».

Loïc Salmon

Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Union européenne : penser les opérations maritimes futures

Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée




Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, la France, l’OTAN et l’Union européenne (UE) ont apporté leur soutien à cette dernière, sauf l’envoi de troupes au sol, et pris des sanctions économiques contre la Russie. L’Allemagne a décidé de se réarmer.

La France. Le 28 février, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé aux armées de faire preuve d’une « grande vigilance » et de la « retenue nécessaire lors des possibles interférences ». Il s’agit d’éviter un incident mal maîtrisé et mal interprété. En effet, depuis une décennie, les avions à long rayon d’action, les bâtiments de surface et les sous-marins russes fréquentent les zones d’intérêt français, près du territoire national, en Atlantique, en Méditerranée et en Manche. Depuis l’engagement direct de la Russie dans la guerre civile en Syrie en 2015, les bâtiments et aéronefs français engagés dans l’opération « Chammal » contre Daech en Irak se coordonnent avec les autres unités militaires sur zone pour éviter des situations à risque élevé. En Afrique, des sociétés militaires privées, dont Wagner (russe) que Moscou ne reconnaît pas officiellement, sont présentes en Centrafrique et au Mali, où sont engagées les forces armées françaises. Par ailleurs, selon le ministère des Armées, dès le début du conflit russo-ukrainien, la France a livré à l’Ukraine des casques, gilets pare-balles et appareils de déminage. D’autres équipements à vocation défensive, létaux et non létaux, seront prochainement livrés. Entre 2011 et 2020, la France a conclu avec l’Ukraine des contrats d’armements d’un montant de 124 M€ et incluant 20 patrouilleurs garde-côtes, en service en mer Noire, et des missiles défensifs à très courte portée pour les corvettes ukrainiennes. La France, qui préside le Conseil de l’UE pour le premier semestre 2022, se félicite de la décision de l’UE de financer des équipements militaires pour l’Ukraine jusqu’à 500 M€ (voir plus loin).

L’OTAN. Le 25 février, le président de la République a annoncé le renforcement de la présence militaire de la France sur le flan Est de l’OTAN. Le déploiement, déjà prévu, d’avions de chasse dans les Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) sera accéléré et renforcé à des fins de protection et de défense. Depuis le 24 février, des patrouilles parties de France, assurent la défense aérienne du territoire polonais. Dès la mi-mars, 4 Mirage 2000-5 et une centaine de personnels de l’armée de l’Air et de l’Espace seront déployés en Estonie ainsi que 200 militaires d’un sous-groupement terrestre aux côtés des détachements danois et britannique. En Roumanie, la France va projeter un premier groupement tactique interarmes d’environ 500 militaires, issu du bataillon « Spearhead » de la Force à très haut niveau de réactivité de l’OTAN, actuellement commandée par la France. En effet, le Commandement suprême des forces alliées en Europe a demandé d’y déployer le bataillon «Spearhead ». La France s’est engagée à y tenir le rôle de nation-cadre. Déjà, depuis 2014, à la suite de l’annexion russe de la Crimée, non reconnue par la communauté internationale, les forces armées françaises participent à des missions de réassurance. Dans le cadre de la « présence avancée renforcée », un détachement de 300 militaires, de chars Leclerc et de véhicules blindés de combat d’infanterie, présent en Estonie depuis plus d’un an, est, alternativement, intégré à un bataillon britannique en Estonie et à un bataillon allemand en Lituanie. Dans les Etats baltes, la France contribue régulièrement à la police du ciel avec des avions de chasse, de guet aérien AWACS et de surveillance maritime pour des missions de surveillance et de renseignement. Elle envoie régulièrement des moyens navals en mer Noire, dont la frégate multi-missions Auvergne en janvier 2022. Par ailleurs, elle contribue à la sécurité aux abords de l’Europe par le déploiement du groupe aéronaval en Méditerranée et la participation à l’exercice « Naval 22 » en Norvège. Suite à un dialogue amorcé après l’effondrement de l’URSS en 1991, l’OTAN a accru son soutien au développement de l’Ukraine à partir de 2014 et a renforcé sa présence en mer Noire. Elle a ainsi intensifié sa coopération maritime avec l’Ukraine et la Géorgie, dont les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ont proclamé leur indépendance que la Russie a reconnue en 2008. En 2017, le Parlement ukrainien a adopté une loi portant sur l’adhésion à l’OTAN, objectif de politique étrangère et de sécurité inscrit dans la constitution en 2019.

Les sanctions économiques. Selon le Groupe d’études géopolitiques, au 26 février 2022, Biélorussie, Syrie, Birmanie et Venezuela ont soutenu l’intervention russe en Ukraine. Tous les pays occidentaux l’ont condamnée. Le 2 mars, l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution déplorant « l’agression » de la Russie et exigeant le retrait immédiat de ses forces armées : 141 votes pour ; 5 votes contre (Russie, Biélorussie, Erythrée, Corée du Nord et Syrie) ; 35 abstentions. Le 26 février, selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les pays occidentaux ont décidé d’exclure de nombreuses banques russes, y compris la Banque centrale, de la plateforme interbancaire Swift, pour réduire le financement de la guerre en Ukraine. Swift permet le transit des ordres de paiement entre banques, de transfert de fonds, d’achat et de vente de valeurs mobilières. Selon l’association nationale russe Rosswift, la Russie en est le 2ème utilisateur après les Etats-Unis avec environ 300 banques et institutions, soit plus de la moitié de ses organismes de crédit. Toutefois, Moscou met en œuvre ses propres infrastructures pour les paiements (carte bancaire Mir), la notation (agence Akra) et les transferts (système SPFS). Le Conseil européen a décidé de geler les avoirs du président Vladimir Poutine, du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, des membres du Conseil national de sécurité et des députés russes ayant soutenu la reconnaissance des républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk en Ukraine. D’autres sanctions portent sur les finances, l’énergie, les transports, la technologie et les visas. La Suisse, qui a endossé toutes les sanctions prises par l’UE, a gelé les avoirs, estimés à 21,4 Mds$, de riches hommes d’affaires russes. Environ 80 % du négoce de pétrole et de gaz russes se fait en Suisse. Le 2 mars, l’Allemagne a abandonné le projet de gazoduc Nord Stream 2, long de 1.230 km en mer Baltique, la reliant à la Russie et propriété du groupe russe Gazprom.

Les conséquences militaires induites. Le 27 février, Josep Borrell, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a annoncé une aide de 450 M€ à l’Ukraine pour l’achat d’équipements militaires létaux, dont des avions de chasse, et une autre de 50 M€ pour des matériels non létaux. L’Allemagne va livrer 1.000 lance-roquettes et 500 missiles sol-air à l’Ukraine. Elle a augmenté immédiatement son propre budget militaire de 100 Mds€ et l’accroîtra chaque année, afin qu’il dépasse 2 % de son produit intérieur brut. La construction des futurs chars et avions de combat avec les pays de l’UE, dont la France, devient une « priorité absolue », selon le chancelier Olaf Scholtz.

Loïc Salmon

Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique




Armée de l’Air et de l’Espace : l’Escadron franco-allemand de transport tactique C-130J

Première unité aérienne européenne, l’Escadron franco-allemand de transport tactique (EFATT), hébergé sur la base 105 d’Evreux, disposera de 10 avions C-130J Super Hercules en 2024.

La colonelle Solène Le Floch, commandant la base 105, le lieutenant-colonel français, commandant l’escadron, et son adjoint allemand l’ont présenté à la presse le 3 février 2022.

Besoin capacitaire partagé. L‘accord intergouvernemental d’avril 2017 a débouché sur la création, le 1er septembre 2021, d’une unité binationale de transport tactique en vue de se porter mutuellement assistance en cas de crise et de créer une culture opérationnelle commune, rappelle la colonelle Le Floch. L’EFATT a emménagé en janvier 2022 et accueillera son premier avion allemand en février. La formation des équipages commencera début 2024 avec deux simulateurs, l’un de vol pour les pilotes (deux par avion) et l’autre de soute pour les mécaniciens. Lors de sa pleine capacité opérationnelle en 2024, l’EFATT comptera 5 appareils C-130J-30 et 5 KC-130J (ravitailleurs), Les équipages ayant suivi une formation sur C-13OJ aux Etats-Unis, l’anglais est devenu la langue de travail. Le commandant de l’escadron est français et le commandant adjoint allemand, mais les directions des opérations et de la maintenance tournent. Les équipages sont mixtes pour les missions communes, mais conservent la possibilité du cadre national autonome, chaque partie disposant de sa propre cellule de planification et de conduite. L’EFATT comptera 4 avions français, dont 2 C-130J-30 déjà livrés, et 6 allemands. Le C-130J assure des missions de protection, d’intervention et de soutien logistique : transport et largage de personnel et de fret ; recherche et sauvetage ; évacuation sanitaire ; extraction de personnel en zone de menace ; avitaillement au sol ; pour les KC-130J, ravitaillement en vol d’hélicoptères Caracal (forces spéciales) et d’avions de chasse. Il présente les caractéristiques suivantes : envergure, 40,4 m ; longueur, 34,4 m ; hauteur, 11,8 m ; poids au décollage, 74,4 t ; vitesse 860 km/h ; altitude, presque 11 km. En 2024, la flotte commune (260 militaires, dont 130 Allemands) devra effectuer 6.000 heures de vol par an. En 2021, un avion de l’EFATT, disponible à 83 % à Niamey (Niger) en soutien de l’opération « Barkhane », a transporté 11.533 passagers et 2.640 t de fret et largué 268 t de fret en 1.925 heures de vol. Deux équipes ont été mises en alerte pour préparer une évacuation de 600 personnes de Kaboul (Afghanistan).

Projection et sûreté aériennes. La base 105 abrite des unités opérationnelles (2.100 personnels) et de soutien (350 personnels). Ainsi, la 64ème Escadre de transport met en œuvre des appareils de transport tactique C-160R Transall et CN-235 Casa, de recueil de renseignement C-160 Gabriel et des avions légers de surveillance et de reconnaissance ALSR Vador. L’Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable détecte la menace en cas d’événement en métropole. En opération extérieure, elle donne aux forces spéciales et aux forces interarmées la capacité d’entrer en premier sur un théâtre, grâce aux moyens techniques acheminés par avion gros porteur, type Antonov ukrainien ou Galaxy américain : radar ; système C2 Giraffe ; station satellite à haut débit tactique ; radar multi-missions GM200 ; centre opérationnel des services de circulation aérienne déployable ; faisceau hertzien IP. Les effectifs en mission varient de 10 à 60 personnes.

Loïc Salmon

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage




Marine nationale : « Clemenceau 22 », la TF 473 en Méditerranée

Le déploiement de la Task Force (TF) 473 en Méditerranée (1er février-avril 2022) vise à appuyer l’effort de défense européen et renforcer l’interopérabilité avec les Marines alliées et partenaires.

Le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, préfet maritime et commandant de la zone maritime Méditerranée, l’a présenté à la presse le 20 janvier 2022 à Paris.

Outil politique et militaire. La TF (force d’intervention) 473, constituée autour de Groupe aéronaval (GAN), comprend : le porte-avions Charles-de-Gaulle et son groupe aérien embarqué ; les frégates multi-missions Alsace et Normandie ; la frégate de défense aérienne Forbin ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; le pétrolier-ravitailleur Marne et son hélicoptère Alouette III (34F). Un avion de patrouille maritime Atlantique 2, basé en Crète ou à Chypre, renforce le dispositif. En outre, plusieurs unités étrangères s’intègrent, totalement ou en partie, au GAN : le destroyer américain Ross ; la frégate espagnole anti-aérienne Juan-de-Borbon ; une frégate et un sous-marin grecs ; un hélicoptère belge de manœuvre et d’assaut NH90. L’état-major du GAN compte aussi trois officiers étrangers (allemand, canadien et italien). Acteur de la crédibilité militaire et stratégique de la France vis-à-vis de ses partenaires et de ses adversaires éventuels, le GAN contribue à sa souveraineté par l’emport, jamais précisé, de la force aéronavale nucléaire. Intégré au dispositif « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » au large de la Syrie, il doit contribuer à la lutte contre Daech en soutien des forces irakiennes au sol. En complément de la participation de l’armée de l’Air et de l’Espace, les missions du GAN portent sur le renseignement, le contrôle aérien, la défense aérienne, l’appui-feu et les frappes contre la terre. La TF 473 doit participer aux opérations européennes « Irini » (respect de l’embargo sur les armes destinées à la Libye) et « Althea » (Adriatique, stabilisation de la Bosnie-Herzégovine) en partenariat avec l’OTAN. Le GAN doit s’entraîner avec les porte-avions américain Harry-Truman et le porte-aéronefs italien Cavour. En outre, ses avions et une frégate française participeront à des exercices communs avec la Marine roumaine en mer Noire, zone de tension entre l’Ukraine et la Russie. Enfin, le Charles-de-Gaulle et l’état-major du GAN répondent aux critères d’interopérabilité avec la Force de réaction rapide de l’OTAN, déployable en cinq jours n’importe où dans le monde pendant trente jours.

Zone sous tensions. Pour l’Union européenne, la Méditerranée constitue un carrefour économique avec 25 % du trafic mondial de fret et 65 % de ses flux énergétiques via, notamment, les gazoducs actifs avec l’Afrique du Nord et en projet avec la Russie et les Proche et Moyen-Orient. Chaque jour, 310 navires franchissent le détroit de Gibraltar et 50 celui du Bosphore. Fréquenté par 60 navires/jour, le canal de Suez assure 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic mondial de porte-conteneurs. Outre le conflit israélo-palestinien et les tensions entre l’Algérie et le Maroc, la zone est le théâtre des ambitions des Etats-Unis et de la Russie ainsi que des contentieux entre Etats riverains et puissances régionales, consécutifs aux découvertes gazières en Méditerranée orientale. Une frégate française patrouille près du canal de Suez pour une appréciation autonome de la situation. L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex surveille les trafics de stupéfiants du Maroc et de migrants vers l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

 




Union européenne : une diplomatie en progression lente

L’autonomie stratégique de l’Union européenne (UE), prise en compte par ses 27 Etats membres juste après le vote du « Brexit » (2016), n’affecte en rien le lien avec les Etats-Unis. Elle se concrétise par un « partage du fardeau » notamment en Indopacifique et au Sahel.

La diplomatie de l’UE et son action extérieure ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 18 octobre 2021 à Paris, par les associations EuroDéfense-France et EUROPE IHEDN, l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) et la Revue Défense nationale. Y sont notamment intervenus : le général de corps d’armée Benoît Durieux, directeur de l’IHEDN ; l’ambassadeur François Laumonier ; l’administrateur général Pierre Mayaudon, ancien ambassadeur de l’UE ; le vice-amiral d’escadre Hervé Bléjean, directeur général de l’état-major de l’UE ; l’ingénieur général de l’armement Jean Fournet, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN.

De l’euroscepticisme au réalisme. En dix ans, l’opinion publique en France a évolué, explique le général Durieux. Elle a pris conscience de la dégradation rapide de l’environnement international, du monde numérique et de l’utilisation de la force dans ce qui est extraterritorial. Des actes terroristes et des trafics en tous genres se produisent sur le territoire de l’UE. La démocratie est contestée et vilipendée. Mais l’UE intervient à l’extérieur en coordination avec l’ONU. Elle dispose de capacités pour agir sur tout le spectre de la menace, à condition d’être claire sur ce qu’elle veut en termes d’indépendances militaire, industrielle et technologique. Elle a un rôle à jouer, quoique le multilatéralisme soit mis à rude épreuve. Cela implique une plus grande convergence dans la formation des élites militaires pour la gestion commune de crise et la résilience. L’UE a institué le Fonds européen de défense, a réalisé des progrès en cybersécurité et a développé des partenariats en diplomatie.

Avancer de façon pragmatique. L’Europe n’est plus le centre du monde et son poids s’est affaibli par rapport aux géants (Etats-Unis et Chine) et aux pays émergents (Moyen-Orient et Asie-Pacifique), rappelle l’ambassadeur Laumonier. L’UE s’est bâtie sur un projet économique, sans idée de souveraineté. Son Haut-représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité doit exercer une diplomatie de compréhension et d’écoute dans le cadre de la PESC (politique étrangère et de sécurité commune, traité de Maastricht 1992). Le Conseil européen (chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres) travaille et prend les décisions sur le commerce, la finance, la technologie, les normes juridiques et la sécurité. L’UE, dont la voix porte de plus en plus, représente une communauté de valeurs, à savoir respect, dignité, dialogue et absence de régimes autoritaires. Elle est devenue le premier donateur d’aide au développement et remporte des succès technologiques comme le système mondial de positionnement Galileo. Avec la volonté de vivre en paix, elle influence sans contraindre ni chercher à déstabiliser d’autres pays. Les échanges entre universités européennes créent des liens entre chercheurs et scientifiques qui, à leur retour, influencent leur propre pays. Une vision stratégique globale émerge sur une politique de voisinage (Russie) et un partenariat oriental (Asie-Pacifique). Toutefois, il existe des divergences sur les priorités stratégiques entre les pays du Nord de l’UE et ceux du Sud et entre ceux de l’Est et ceux de l’Ouest.

A l’épreuve du terrain. Par le traité de Lisbonne (2009), le délégué diplomatique de l’UE a été élevé au rang d’ambassadeur, rappelle Pierre Mayaudon qui l’a été en Afghanistan de 2017 à 2020. L’UE est alors perçue comme acteur de premier plan, en ce qui concerne la peine de mort ou les droits de l’homme. Son action en matière d’actions humanitaires et de recherche se monte à 90 Mds€ sur 7 ans, soit dix fois celle de la France dans un pays donné. Cela crée une influence qu’illustre sa participation à une cinquantaine de missions d’observateurs des processus électoraux. Par ailleurs, l’accès d’un pays tiers au marché européen sans droit de douane constitue un élément fort de l’action bilatérale de l’UE. Toutefois, la création d’un lien entre aide au développement et influence politique se heurte à la fierté de la souveraineté du pays bénéficiaire, qui risque de s’adresser…à la Chine ! Il s’agit de trouver un équilibre entre devoir d’assistance et réalisme commercial.

Opérations, la paix comme objectif. Bras armé du Conseil européen, l’état-major de l’UE constitue son seul organisme militaire, indique l’amiral Bléjean. Ses 200 membres travaillent au profit du Service (diplomatique) européen pour l’action extérieure et font bénéficier la Commission européenne de leurs expertises. L’état-major inclut une direction des capacités et de la planification, à laquelle la Grande-Bretagne s’opposait systématiquement jusqu’au « Brexit ». Depuis 2017, il connaît un nouvel élan avec la génération de forces militaires de l’UE pour répondre à une situation de crise, à la demande d’Etats qui ne veulent pas d’une relation avec un seul pays. Des missions de formation et de protection ont ainsi été envoyées dans quatre pays : Centrafrique, avec la participation de 8 Etats membres atteinte à 80 % ; Somalie, 5 Etats membres, 70 % ; Mozambique, 12 Etats membres, 70 % ; Mali, 25 Etats membres, 95 %. Au Mali, l’environnement politique et sécuritaire est rendu compliqué par deux coups d’Etat militaires en 2020 et 2021 (la force d’intervention européenne « Takuba » monte en puissance). La force de l’UE, limitée à 60 personnes pourrait être renforcée par 90 militaires en cas d’opération. Les investissements militaires de l’UE sont financés par le Fonds européen de défense pour 7 Mds€ en 2021…con2re 0 € en 2018 ! Un document intitulé « Boussole stratégique », en cours d’élaboration par les services de renseignement des 27 Etats membres, sera publié en mars 2022. Il porte sur l’évaluation des menaces étatiques, hybrides et environnementales.

Utiliser la « para-diplomatie ». Vers la fin de la guerre froide (1947-1991), les scientifiques de l’URSS et des pays de l’OTAN s’entretenaient, de façon informelle, des questions d’environnement et d’influence, indique l’ingénieur général Fournet. Aujourd’hui, militaires en opérations, ingénieurs de l’armement, scientifiques et journalistes parlent de sujets d’intérêt commun avec leurs homologues étrangers. Leur expérience de terrain pourrait être utilisée comme celle des expatriés et des retraités résidant à l’étranger. Cette multiplicité des acteurs pourrait travailler en concertation et coordination. Elle constitue un réseau de confiance, à réaliser dans la durée, et qui devrait s’accompagner d’un suivi des carrières des expatriés pour valoriser leurs compétences à leur retour. Jean Fournet donne quelques conseils à ces « para-diplomates » : apprendre l’histoire des peuples des pays de résidence ; se méfier des « faux amis » linguistiques ; éviter l’humour, qui ne se partage pas ; ne pas chercher à convaincre, mais plutôt écouter et proposer ensuite. Selon lui, l’UE ne sait pas communiquer sur ses succès ni mettre en valeur ses aides, pour les transformer en avantages politiques.

Loïc Salmon

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

Europe : l’autonomie stratégique, réflexion et construction d’une capacité

Europe : dynamique de défense et coopération en Centrafrique




Océan Indien : espace de coopération internationale

Pour la première fois présidente du Symposium naval de l’océan Indien (IONS), la France veut lui donner une dimension plus opérationnelle par la conduite d’actions concrètes en faveur de la paix et la stabilité régionale.

Cette 7ème édition de l’IONS, tenue à l’île de La Réunion du 28 juin au 1er juillet 2021, a été suivie d’un conclave des chefs d’état-major des Marines (instance décisionnelle des travaux) des 25 Etats membres à Paris (15-16 novembre). L’amiral Pierre Vandier en a présenté les enjeux à la presse.

Un forum très ouvert. Outre la quasi-totalité des pays riverains de l’océan Indien (voir encadré), l’IONS accueille huit observateurs, à savoir l’Allemagne, la Chine, l’Espagne, l’Italie, le Japon, Madagascar, les Pays-Bas et la Russie. Enceinte de dialogue, il compte quatre groupes de travail permanents : sécurité maritime ; partage de l’information maritime et interopérabilité ; assistance aux populations frappées par une catastrophe naturelle (HADR) ; sécurité environnementale. Fin mars 2022, l’HADR fera l’objet d’un grand exercice intitulé « IMEX 22 » et organisé par l’Inde et la France qui a succédé à l’Iran à la tête de l’IONS pour deux ans.

Une présence française dense. Troisième plus grand océan du monde après le Pacifique et l’Atlantique, l’océan Indien s’étend sur 75 Mkm2 avec les trois points d’accès stratégique que sont les détroits de Bab-el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca. Il assure 25 % du trafic maritime mondial, 40 % du transit mondial de pétrole et 75 % du transit des exportations de l’Union européenne. Zone riche en ressources minérales et halieutiques convoitées, l’océan Indien constitue un espace de risques environnementaux et sécuritaires. Ses rives abritent 2,7 milliards d’habitants, soit le tiers de la population mondiale, avec une composante importante de la zone francophone. La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises abritent 1,1 million de ressortissants et concentrent plus du quart de la zone économique exclusive, soit 3,1 Mkm2. La France a conclu des accords de coopération en matière de défense et des partenariats stratégiques dans la région et participe aux grandes organisations internationales régionales, dont la Commission de l’océan Indien, l’Indian Ocean Rim Association (Association des Etats riverains de l’océan Indien), l’IONS et le réseau Afrique orientale et australe-océan Indien. Sa capacité navale se répartit sur quatre bases : Abou Dhabi avec 1 détachement de fusiliers marins ; Djibouti, 1 détachement de fusiliers marins et 1 unité de commandos Marine ; Mayotte avec 2 vedettes côtières de surveillance maritime ; La Réunion avec 2 frégates de surveillance, 1 bâtiment de support et d’assistance outre-mer, 1 patrouilleur, 1 patrouilleur polaire, 1 hélicoptère Panther et 1 détachement de fusiliers marins. L’activité annuelle de ces forces se monte à 1.300 jours de mer, 400 heures de vol et 130 escales ainsi que la participation à 4 opérations internationales et 8 grands exercices internationaux. Les actions réalisées concernent la veille aux intérêts français, le contrôle des espaces communs, la sécurisation des voies de navigation maritime et l’HADR.

Loïc Salmon

L’IONS regroupe l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Australie, le Bangladesh, les Emirats Arabes Unis, la France (depuis 2014), la Grande-Bretagne, l’Inde, l’Indonésie, l’Iran, le Kenya, la Malaisie, les Maldives, l’Ile Maurice, le Myanmar (Birmanie), le Mozambique, Oman, le Pakistan, le Qatar, Singapour, les Seychelles, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Thaïlande et le Timor Oriental.

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Armée de Terre : prête dans un contexte stratégique incertain

Anticiper l’évolution technologique et conserver au soldat son esprit guerrier en développant ses forces morales constituent les fondamentaux de l’armée de Terre. Celle-ci est amenée à intervenir dans tout type de conflit.

Son chef d’état-major, le général d’armée Pierre Schill, l’a expliqué le 7 octobre 2021 lors de sa présentation annuelle au camp de Satory.

Interopérabilités. L’édition 2021 a mis en valeur quatre particularités : l’intégration des robots, dont le projet Vulcain imagine l’emploi de systèmes automatisés en 2040 ; l’importance croissante des drones, qui modifient la manière de combattre et dont le parc atteindra 3.000 unités en 2023 ; la dimension interarmées avec les participations de l’armée de l’Air et de l’espace et des partenaires allemands et belges ; l’accompagnement des blessés avec un stand de la Cabat (Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre). En 2020, l’armée de Terre a déploré 16 morts et 33 blessés sur des théâtres d’opération. La perspective d’un engagement majeur ne peut s’envisager que dans le cadre d’une alliance ou d’une coalition. Afin d’y tenir le rôle de nation-cadre, la France développe une interopérabilité opérationnelle et capacitaire avec ses Alliés. Ainsi au Sahel, elle joue un rôle moteur au sein de la force « Takuba » composée de forces spéciales de plusieurs pays européens. En outre, un sous-groupement tactique interarmes français participe à l’opération « Lynx » de l’OTAN en Estonie.

Contexte stratégique. Les dépenses militaires mondiales ont totalisé 2.000 Mds$ en 2020, soit le montant le plus élevé depuis la fin de la guerre froide (1991), indique le général Schill. En octobre 2020, l’affrontement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie s’apparente à un conflit de haute intensité, comparable à celui dans le Donbass entre l’Ukraine et la Russie en 2014. En mai 2021, les hostilités entre l’armée israélienne et les groupes armés de Gaza révèlent la puissance militaire du Hamas, organisation palestinienne non étatique. En août 2021, la dissolution de l’armée afghane et la chute du gouvernement de Kaboul face aux talibans modifient l’équilibre régional et mettent en doute les assurances des alliances de la France. Le déploiement possible de groupes paramilitaires en Afrique (dont la société militaire privée russe Wagner) illustre les modalités de la compétition entre Etats, maintenue au-dessous de l’affrontement. Par l’instrumentalisation des conflits périphériques, certains Etats (dont la Russie et la Chine) cherchent à créer des situations de faits acquis ou des contournements par des procédés d’influence et des offensives effectives, y compris cyber. Les armées, souligne le général Schill, doivent se préparer aux conflits qui se dérouleront dans les zones « grises », face à des stratégies d’opérateurs de plus en plus hybrides.

Moyens. Suite à la revue stratégique de 2017 puis actualisée début 2021, l’armée de Terre remonte en puissance. Elle dispose actuellement de 6.578 blindés, dont 222 chars de combat, 137 véhicules à chenilles et 6.219 blindés à roues. Son artillerie compte 119 canons de 155 mm, 132 mortiers de 120 mm et 13 lance-roquettes unitaires. Ses 283 hélicoptères se répartissent en 86 Gazelle, 67 Tigre, 32 Puma SA 330, 24 Cougar, 8 Caracal, 48 Caïman HH90 et 18 Fennec AS555. Ses 893 drones se répartissent en 30 systèmes SMDR, 579 nano-drones, 278 micro-drones et 6 Drogen (mini-drones pour le génie). L’arsenal est complété par 1.260 systèmes d’armes anti-char, 196 systèmes d’armes sol-air et 23.075 équipements du combattant Félin.

Loïc Salmon

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Grèce : partenariat stratégique et achat de trois frégates FDI

Le 28 septembre 2021, la Grèce a conclu avec la France un partenariat en matière de défense et de sécurité, incluant l’acquisition de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) et une en option.

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, l’a expliqué à la presse le même jour à Paris.

Le partenariat. Les ministres des Armées et des Affaires étrangères des deux pays ont signé un accord pour l’établissement d’un partenariat stratégique. L’article 2 spécifie : « Les parties se portent mutuellement aide et assistance par tous les moyens appropriés et, si besoin, l’emploi de la force armée, si elles constatent conjointement qu’une agression armée survient contre le territoire de l’une d’entre elles. » Il est conforme à l’article 51 de la charte de l’ONU (1945), au traité de l’OTAN (1949) et à celui de l’Union européenne (1993). Cette clause souligne la profondeur et la densité des relations de la France et de la Grèce en matière de sécurité et de défense. Les deux pays avaient déjà publié une déclaration commune sur la sécurité et la défense en 2008, puis signé un texte en 2015. Dans le cadre de ce partenariat stratégique, le 28 septembre et en présence de la ministre française des Armées, le ministre grec de la Défense et les présidents-directeurs généraux des entreprises françaises Naval Group et MBDA (missiles) ont signé un « Memorandum of Understanding » (protocole d’entente). Celui-ci porte sur l’acquisition, par la Marine grecque, de trois FDI construites en France avec une quatrième en option ainsi que leur maintenance et les armements associés. Cette commande fait suite à celles de 24 avions de chasse polyvalents Rafale pour l’armée de l’Air grecque. Une première commande, d’un montant de 2,5 Mds€ et conclue le 29 janvier 2021, porte sur 18 avions, dont 6 neufs et 12 d’occasion prélevés sur le parc de l’armée française de l’Air et de l’Espace. Celle-ci a alors bénéficié d’une commande de 12 appareils neufs à Dassault Aviation pour une livraison en 2025. Une deuxième commande grecque, annoncée le 12 septembre, porte sur 6 Rafale supplémentaires, dont le contrat est en cours de discussions.

Les frégates. Exportée pour la première fois, la FDI est très résiliente aux cyberattaques. Elle déplace 4.650 t et emporte : 32 missiles Aster 30 d’une portée de 3 à 120 km contre avion et de 30 km contre missile de croisière ou antinavire ; des missiles antinavires Exocet, d’une altitude de croisière de 2 m et d’une portée de 42 à 180 km selon les versions ; des torpilles Mu 90, portée de 12 à 23 km selon la vitesse ; des leurres anti-torpilles ; un radar multifonctions Sea Fire à antenne active. La commande grecque, d’un montant d’environ 3 Mds€, n’inclut pas la fourniture d’hélicoptères ni de drones. Naval Group et MBDA assurent les parties navire et armement ainsi que le maintien en condition opérationnelle sur trois ans. Les FDI seront construites à Lorient, avec six « ensembles » sous-traités en Grèce. Le contrat devrait être signé à la fin de l’année, après une étude détaillée de trois mois entre Naval Group et une centaine d’entreprises grecques. Deux FDI seront livrées en 2025 et la 3ème suivra en 2026. Cette commande s’intercale entre celles de 5 FDI, prévues par la loi de programmation militaire pour la Marine française d’ici à 2029. Le calendrier des livraisons, avec quelques mois de retard pour certaines, s’établit ainsi : FDI N°1 en 2024 ; FDI N°2, 2026 ; FDI N°3, 2027 ; FDI N°4, 2028 ; FDI N°5, 2029. Le format des frégates de premier rang reste fixé à 15 unités en 2030 avec les frégates de type La-Fayette rénovées.

Loïc Salmon

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Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Le Commandement de l’espace (CdE) développe en permanence ses capacités de surveillance et de réaction aux menaces croissantes dans ce domaine.

Le général de brigade aérienne Philippe Dedobbeleer, adjoint au commandant de l’Espace, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 8 juin 2021 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France.

Montée en puissance. Organisme interarmées, le CdE dépend directement du chef d’Etat-major des armées pour la stratégie, les capacités, la coopération internationale et les opérations. Il est rattaché à l’armée de l’Air et de l’Espace pour l’expertise, la préparation des forces, la mise en œuvre de contrats opérationnels, l’élaboration de la doctrine et le retour d’expérience dans le domaine spatial et enfin la maîtrise des risques. La pleine capacité des opérations spatiales militaires devrait être atteinte vers 2030. La tutelle du CdE sur le Centre national d’études spatiales (CNES) de Toulouse sera redéfinie pour y concentrer l’expertise de l’écosystème spatial. Celui-ci comprend des entreprises, des pôles de compétitivité et des centres universitaires à Paris, Lille, Saint-Quentin, Mulhouse, Besançon, Lyon, Grenoble, Nice, Marseille, Toulon, Bordeaux, Brest, Rouen et Cayenne (Centre spatial de Kourou). Le centre spatial de Toulouse verra ses effectifs passer de 200 personnes en 2019 à 500 en 2025. Il devra voir et écouter l’espace, mieux et plus loin, par l’acquisition de données par des satellites (optique, radar et infrarouge) à orbites basses, moyennes et hautes. Vu le nombre croissant d’objets divers dans l’espace à suivre pendant toute leur durée de vie, les données s’accumulent, de quelques mois à plusieurs décennies. La capacité de calcul à haute performance de l’intelligence artificielle permettra de traiter leur comportement quasiment en temps réel et, le cas échéant, d’agir vite puis rendre compte aux niveaux stratégique et tactique.

Innovation continuelle. Le CdE va construire un incubateur d’innovation dédié à l’espace militaire et ses applications. Dans un environnement sécurisé, un réseau aura pour missions de capter des idées, concrétiser des projets et conduire des expérimentations dans les laboratoires existants. A cet effet, l’Agence de l’innovation de défense développe des liens avec le CNES, la Direction générale de l’armement (DGA), la Direction du renseignement militaire, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales et les partenaires alliés.

Souveraineté et interopérabilité. Le développement d’un système spatial militaire constitue un enjeu de souveraineté numérique et d’autonomie stratégique, souligne le général Dedobbeleer. Celui d’une compréhension commune avec des pays alliés permet une interopérabilité des moyens avec des standards techniques identiques (doctrine, capacités et opérations). En février 2020, la France a adhéré à « l’Initiative opérations spatiales interalliées » (sigle anglais CSpO) et y a rejoint les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce forum de réflexion et d’échanges vise à coordonner les capacités alliées, en augmenter la résilience pour assurer le soutien aux opérations multi-domaines (terre, air, mer, cyber et spatial), garantir la liberté d’accès à l’espace et y protéger, en coalition, les moyens qui s’y trouvent. Il donne lieu à des travaux réguliers, auxquels participent le CdE, la DGA et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie.

Loïc Salmon

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