US Marines

Le Corps des marines, ouvert aux femmes, dispose de ses propres moyens navals, aériens et terrestres pour intervenir à tout moment, en tout lieu et avec un préavis réduit, quand les Etats-Unis estiment leurs intérêts menacés.

Créée en 1775 à l’image des Royal Marines britanniques en prévision des batailles navales de la Révolution américaine, cette unité est rattachée à la Marine pour assurer la police à bord des navires, les tirs de précision et les opérations de débarquement de faible envergure. Pendant les guerres du Mexique (1846-1848), celle de Sécession (1860-1865) et celle contre l’Espagne (1898), la Marine américaine se transforme, abandonnant la voile au profit de la propulsion à vapeur. Les unités de marines, jugées obsolètes et superflues, risquent de disparaître. Toutefois, le territoire des Etats-Unis s’étendant jusqu’au Pacifique, les détachements de marines sont chargés de la défense des bases avancées et des opérations de police à terre. Lors de la première guerre mondiale, ils intègrent le Corps expéditionnaire américain. Ils y acquièrent l’expérience du combat terrestre en Europe et se forgent une réputation d’unité d’élite avec un esprit de corps unique, entretenus par leur bureau d’information et de promotion. Pendant la guerre des Boxers (Chine, 1900), des marines sont transférés des Philippines (colonie américaine de 1898 à 1946) à la Cité interdite de Pékin, aux côtés de militaires italiens, britanniques et japonais pour y protéger les délégations étrangères. Au début des années 1900, des marines sont envoyés à l’île de Cuba, annexée par les Etats-Unis de 1898 à 1902, pour assurer la police depuis la base navale de Guantanamo (encore sous contrôle américain). Dans les années 1920, le Corps des marines se spécialise dans les opérations amphibies. Pendant l’engagement des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale (1941-1945), ses effectifs doublent jusqu’à 100.000 hommes, pour effectuer de difficiles opérations amphibies de reconquête des îles du Pacifique tenues par l’armée impériale japonaise. Afin d’éviter une confrontation nucléaire pendant la guerre froide (1947-1991), les Etats-Unis et l’URSS s’affrontent en Corée (1950-1953) et au Viêt Nam (1965-1975). Les marines y subissent des pertes énormes. Lors d’une opération de maintien de la paix au Liban, un attentat suicide contre le quartier général américain à Beyrouth provoque la mort de 241 militaires américains, dont 220 marines. Les succès des opérations dans le golfe Persique en 1991 (Koweït) et 2003 (Irak) redorent le blason et remonte le moral des marines, durement éprouvés pendant la guerre du Viêt Nam. Enfin, des marines ont été déployés en Afghanistan entre 2009 et 2014, puis à nouveau en 2017.  Face aux menaces potentielles de la Russie, de la Chine ou de la Corée du Nord, les marines s’entraînent aujourd’hui au combat en milieu arctique. Déployés dans plusieurs zones du monde dans le cadre de forces combinées aériennes et terrestres, ils passent beaucoup de temps en mer et s’entraînent en permanence sur les navires de la Marine américaine. Ils peuvent employer dans la même journée et sur un seul théâtre : l’avion de combat furtif F35B Lightning II ; l’appareil de transport hybride V-22 Osprey à rotors basculants combinant les atouts de l’hélicoptère, pour le décollage vertical ou court et l’atterrissage, et de l’avion pour voler jusqu’à 565 km/h ; le char M1 Abrams ; l’aéroglisseur LCAC d’une vitesse de 74km/h pour l’assaut amphibie.

Loïc Salmon

« US Marines » par Colin Colbourn. Éditions E-T-A-I, 224 pages, 230 photos, 39,00 €.

« Catamaran 2014 » : exercice amphibie d’une force expéditionnaire interalliés

Bold Alligator 2012 : exercice amphibie interalliés à longue distance

Marines : outils politiques et de projection de puissance




Avions de combat

Inventé en Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale, le moteur à réaction a permis de décliner divers types d’avions, en attendant les intercepteurs sans pilote à bord et contrôlés à distance pour détruire les drones de reconnaissance adverses.

Le premier prototype, privé, décolle le 27 août 1939…en Allemagne. Toutefois, le premier appareil militaire, biréacteur et dénommé He280, n’effectue son premier vol que le 2 avril 1941, soit six semaines avant le britannique Gloster/Whitlle E28/39. Dès 1943, l’Allemagne développe cette technologie pour doter la Luftwaffe d’avions de combat suffisamment rapides et puissants pour franchir les escortes de chasseurs alliés protégeant les bombardiers américains pendant les raids de jour. En outre, la Luftwaffe a besoin d’un avion de bombardement et de reconnaissance volant à haute altitude et plus vite que les intercepteurs adverses. En été 1944, le Me262 et l’Arado Ar234 sont testés sur le plan opérationnel, en même temps que l’avion de combat britannique Gloster Meteor. Après la guerre, le concept de « système d’armes », qui combine cellule, conduite, armes, conduite de tir et « avionique » (équipements électriques, électroniques et informatiques), permet de remplir les missions aériennes par tout temps, de jour comme nuit. Il donne naissance aux familles d’avions américains F-4 Phantom et français Mirage, conçus pour être modifiés en fonction de l’évolution des besoins opérationnels. Cinquante ans après leurs premiers prototypes, les Canberra britanniques, B-52 américains et Mig russes sont encore en service au début des années 2000. Pourtant, l’histoire de l’avion à réaction a connu des échecs consécutifs aux aléas politiques et coûts exponentiels de développement. En 1957, la Grande-Bretagne condamne les projets d’avions militaires pilotés au profit des missiles…pendant vingt ans ! Aux Etats-Unis, le développement des missiles de croisière a bloqué celui du bombardier Rockwell B1 à géométrie variable, jusqu’à celui du B-1B dans les années 1970. En URSS, le manque de porte-avions a conduit au développement du bombardier stratégique supersonique Tu-22M Backfire qui, ravitaillé en vol, peut frapper des cibles à plusieurs milliers de kilomètres des frontières. D’autres innovations ont vu le jour : le Harrier britannique à décollage court et atterrissage vertical ; l’avion américain d’attaque au sol F-117 à la signature radar très réduite ; le chasseur furtif américain F-22 Raptor, capable de remplir aussi des missions de soutien militaire au sol, de guerre électronique ou de renseignement d’origine électromagnétique. Mais les impératifs financiers dictent des compromis techniques imposant d’adapter les avions existants aux nouvelles missions, par suite de l’abandon de projets d’avions de nouvelle génération. Dans les années 1950, les avions, équipements et armements divers (américains, britanniques, français et italiens) des Etats membres de l’OTAN causent d’importantes difficultés au niveau opérationnel. Au cours de la décennie suivante, quelques pays européens se lancent alors dans une coopération internationale. Grande-Bretagne, Italie et Allemagne développent avec succès le Tornado. Dans les années 1990, les mêmes et l’Espagne mettent au point l’Eurofighter Typhoon. La France a poursuivi un programme autonome jusqu’au Rafale, entré en service en 2001 dans l’armée de l’Air et en 2002 dans la Marine.

Loïc Salmon

« Avions de combat » par Robert Jackson. Éditions E-T-A-I, nombreuses illustrations, 256 pages, 49,00 €.

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue

Top Gun

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

 




Le Moyen-Age en sept batailles

L’évolution de la tactique, par la manœuvre combinée de l’infanterie, de la cavalerie et des armes de jet, et la révolution technique de l’artillerie modifient profondément l’art de la guerre au Moyen-Age (476-1453).

L’Empire romain d’Orient survit mille ans à celui d’Occident sur le plan militaire, grâce à une cavalerie puissante, une infanterie solide, une Marine efficace, l’art du siège et une réflexion stratégique. Dans le reste de l’Europe où la société militaire se structure sur le lien vassalique, émerge la figure du chevalier, suffisamment aisé pour acheter son cheval et son armure. Au début, la tactique consiste à combiner les effets de l’infanterie, des archers et des arbalétriers, pour fixer l’adversaire, à celui de la cavalerie pour le prendre à revers afin de disloquer son dispositif par le choc. Puis l’usage des arcs à longue portée et à grande précision permet de renforcer l’effet tactique à distance. Enfin, l’artillerie mobile de campagne avec des boulets métalliques modifie le rapport de force sur le champ de bataille. Les fantassins, disciplinés et armés de piques, manœuvrent par unités, et le combat corps à corps laisse la place à l’action à distance. La cavalerie n’emporte plus la décision par le choc mais devient l’arme de la mobilité. Des formations « mixtes » apparaissent, composées de soldats armés de piques, d’épées et d’armes de poing, pour affronter un ennemi à cheval ou à pied. Les chevaliers, qui avaient l’habitude de charger la « piétaille » moins bien armée et formée qu’eux, perdent leur prééminence initiale. Parallèlement à la bataille rangée, la ville, cœur du pouvoir politique et social, prend une dimension opérationnelle majeure avec le perfectionnement des fortifications, pour mieux briser les assauts des fantassins et résister aux jets de traits et de pierres des systèmes d’armes de siège. A Hastings (Angleterre, 1066), l’armée normande de 8.000 hommes remporte la victoire contre l’armée anglo-saxonne (7.500 hommes), grâce sa volonté de vaincre et ses capacités tactiques. La guerre de Cent Ans trouve alors son origine dans les liens vassaliques et dynastiques avec la Couronne de France qui en résultent. A Hattin (Palestine, 1187), l’armée musulmane l’emporte sur celle des Croisés, qui ont négligé le renseignement, la reconnaissance sur les hauteurs et la logistique. Ce désastre précipite la disparition des Etats latins d’Orient. A Las Navas de Tolosa (Espagne, 1212), l’union des princes ibériques et la fougue de leurs unités mettent en fuite les armées musulmanes, très supérieures en ombre et aguerries. Cette victoire relance la reconquête de toute l’Espagne. Au bord de la rivière Kalka (Ukraine, 1223), l’armée mongole vainc les troupes russes et polovtses (peuple nomade turcophone), plus nombreuses mais aux flux logistiques trop longs et amenées sur un terrain défavorable à leur cavalerie lourde. L’Empire mongol peut poursuivre son expansion vers l’Ouest. A Bannockburn (Ecosse, 1314), la petite armée de fantassins écossais, organisée en carrés défensifs, affronte sur un terrain favorable et aménagé, l’impétueuse cavalerie anglaise, dont la défaite assure l’indépendance de l’Ecosse pour plusieurs siècles. La prise de Constantinople (Empire romain d’Orient, 1453) par l’armée ottomane, très nombreuse, résulte d’un blocus total et de l’emploi de l’artillerie. A Castillon (France, 1453), celle-ci accélère la défaite anglaise, qui sonne la fin militaire de la guerre de Cent Ans.

Loïc Salmon

« Le Moyen-Age en sept batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 94 pages, nombreuses illustrations, 24,90 €. 

Exposition « D’Azincourt à Marignan » aux Invalides

Histoires d’armes

L’âge d’or de la cavalerie




Expositions « Comme en 40 » et « 1940 ! Paroles de rebelles » aux Invalides

L’année 1940 rappelle « l’incroyable défaite » de la France face à l’Allemagne vaincue en 1918, mais aussi le sursaut de ceux qui ne l’acceptent pas et veulent continuer le combat jusqu’à la victoire.

Les signes annonciateurs. Les prémices de la revanche militaire de l’Allemagne apparaissent dans les années 1930 dans l’indifférence des démocraties occidentales, notamment des grandes puissances européennes de la Grande Guerre. La France et la Grande-Bretagne se trouvent alors à la tête de vastes empires coloniaux, le traité de Versailles (1919) ayant dépouillé l’Allemagne du sien. Dès 1933, celle-ci se retire de la Conférence du désarmement de Genève et de la Société des nations, qui vise à la sécurité collective par la prévention des guerres et la résolution des conflits par la négociation. En 1935, le gouvernement allemand rétablit le service militaire. L’année suivante, en violation du Traité de Versailles, il envoie des troupes réoccuper la Rhénanie, alors démilitarisée, sans la moindre réaction militaire de la part de la France ni de la Grande-Bretagne. Il lance alors un grand programme de réarmement et prépare l’économie nationale à la guerre. En mars 1938, l’Allemagne annexe l’Autriche pour unifier les populations au sein d’une même nation. Grâce aux accords de Munich signés avec la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, elle annexe aussi la région des Sudètes (population à majorité germanophone) de la Tchécoslovaquie en septembre. En mars 1939, elle crée le protectorat de Bohême-Moravie sur ce qui reste de ce pays. En août, elle signe un pacte de non-agression avec l’Union soviétique.

L’attente et les combats. Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne. L’armée soviétique la rejoint 16 jours plus tard. Comprenant que l’ère des compromis a pris fin, la France et la Grande-Bretagne décident de déclarer la guerre au IIIème Reich le 3 septembre. Après la mobilisation générale, commence la « drôle de guerre ». Le Haut commandement français envoie des troupes en Sarre, en deçà de la ligne « Siegfried », pour soutenir brièvement l’armée polonaise, sans résultats significatifs. Ce dispositif de défense a été construit dans les années 1930 face à la ligne française « Maginot », où sont cantonnés 200.000 soldats qui attendent l’invasion allemande. Celle-ci tarde car la campagne de Pologne a révélé des déficiences à corriger avant d’affronter l’armée française, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Or l’inaction sape le moral des troupes françaises. La population civile se résigne à la guerre dans la persistance des tensions politiques, contrairement à « l’union sacrée » de 1914. L’invasion de la Norvège et du Danemark par la Wehrmacht en avril 1940 donne l’occasion à un corps expéditionnaire, composé des troupes françaises, britanniques et polonaises, de remporter la bataille de Narvik, coupant, temporairement, la « route du fer » (suédois). Le 10 mai 1940, la Wehrmacht pénètre aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Le corps expéditionnaire britannique (400.000 hommes), débarqué en France en septembre 1939, s’est porté à sa rencontre en Belgique. Le 14 mai, les blindés allemands percent le dispositif français dans les Ardennes et atteignent les côtes de la Manche le 21 mai. Les troupes néerlandaises ont été défaites en cinq jours. Encerclées, les troupes alliées se replient sur Dunkerque, où 240.000 soldats britanniques et 120.000 soldats français et belges sont évacués par mer vers la Grande-Bretagne…grâce à l’appui de l’armée française ! Puis, le 4 juin, celle-ci se rétablit sur la ligne « Weygand » (entre la Somme et l’Aisne), percée par les troupes allemandes…qui défilent à Paris le 14 juin. Entretemps, l’Italie a déclaré la guerre à la France le 10 juin, mais ses troupes restent contenues dans les Alpes. Le 22 juin, les représentants des gouvernements français et allemands signent l’armistice à Rethondes (forêt de Compiègne), dans le même wagon où avait été signé celui du 11 novembre 1918 signifiant la défaite de l’Empire allemand (IIème Reich, 1871-1918). Cet armistice entre en vigueur le 25 juin, en même temps que celui signé la veille entre la France et l’Italie. En 45 jours de combat, l’armée française déplore 92.000 tués, 230.000 blessés, 1,84 million de prisonniers, 2.500 chars et 900 avions détruits. Malgré des capacités opérationnelles et tactiques supérieures, l’armée allemande compte 49.000 morts, 110.000 blessés, 1.800 chars et 1.400 avions détruits. En juillet, le massacre de 1.300 marins français de la flotte française, réfugiée à Mers el-Kébir (Algérie), par la Marine britannique sera utilisé par les propagandes du Reich et du gouvernement de Vichy. Ensuite, la bataille, aérienne, d’Angleterre dure du 13 août au 31 octobre 1940.

L’amertume de l’Occupation. Paniqués par les souvenirs des exactions allemandes de 1914 et les bombardements aériens, huit millions de Français fuient l’avance ennemie. Le tiers du territoire français s’est ainsi vidé entre le 10 mai et le 25 juin. La ligne de démarcation, qui coupe 13 départements sur 1.000 km, constitue une frontière politique, sociale et économique. Dans la zone Nord « occupée » (55 % du territoire), l’heure allemande est imposée à partir du 7 juin. Des tracts allemands, destinés aux forces militaires françaises pour les inciter à se rendre, reprennent le discours du maréchal Pétain, chef de « l’Etat français », radiodiffusé le 17 juin, leur demandant de « cesser de combattre ». Les départements d’Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et de Moselle sont rattachés au Reich dès le 24 juin, puis annexés en novembre. Leurs populations subissent un régime de « défrancisation » et d’embrigadement. La bande littorale atlantique devient « zone interdite » en 1941. La délégation du ministère de la Propagande du Reich censure presse, radio, actualités cinématographiques et films pour lutter contre les influences juives, franc-maçonnes et antiallemandes.

Les rebelles. Les armistices empêchant les Français de lutter aux côtés des Alliés, le général de Gaulle, réfugié à Londres, doit combattre l’ennemi et le gouvernement légal de son pays. Parmi ses 1.038 Compagnons de la Libération (6 femmes), 790 sont entrés en résistance en 1940. Si l’armistice constitue le facteur déclencheur de leur engagement, leurs motivations varient : passion de la France ; humiliation de la défaite ; idéalisme ; goût de l’aventure ; l’irrationnel ; poids mental de la guerre de 1914-1918 ; combat ; loyauté ; anti-germanisme ; attaches familiales ; réflexion politique ; antinazisme.

Loïc Salmon

L’exposition « Comme en 40 » (17 septembre 2020-10 janvier 2021), organisée par le musée de l’Armée, se tient aux Invalides à Paris. Elle présente uniformes, armes, objets, archives cinématographiques et documents. Concerts, conférences et projections de films sont aussi prévus. Renseignements : www.musee-armee.fr.

L’exposition « 1940 ! Paroles de rebelles » (17 septembre 2020-3 janvier 2021), organisée par le musée de l’Ordre de la Libération (Invalides), présente des objets, photos, insignes, extraits audiovisuels et documents. Renseignements : www.ordredelaliberation.fr

335 | Dossier : “La BLITZKRIEG 1939-1942”

Exposition « De Gaulle, une carrière militaire » à Vincennes

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




La seconde guerre mondiale en six batailles

Engagements interarmées, modularité, décentralisation du combat et initiatives caractérisent le second conflit mondial.

Les progrès en matière d’armement entraînent des révolutions tactique et stratégique qui transforment la conduite de la guerre. Les bases industrielles, l’accès aux ressources et le contrôle des populations deviennent des enjeux majeurs dans la conception, puis la mise en œuvre des opérations. Les idéologies totalitaires effacent les limites entre les domaines politique et militaire, pour aboutir à la destruction de l’adversaire. Ainsi, le taux de pertes civiles est passé de 5 % lors de la première guerre mondiale à 67 % pendant la seconde. La mécanisation amène à repenser l’art de la guerre dans une logique de mouvement et de concentration des efforts. L’action du couple char-avion, réalisée grâce aux transmissions, assure le succès de la « guerre éclair » allemande par la percée du dispositif ennemi, suivie d’une exploitation rapide de l’infanterie motorisée, planifiée dès le commencement de l’action. L’emploi de commandos ou de troupes parachutistes garantit la surprise. Toutefois, la logistique constitue la principale vulnérabilité des armées, en raison de la croissance des effectifs, du nombre et des performances des systèmes d’armes, de la consommation de munitions et de carburant, mais aussi des élongations des théâtres d’opérations. Par ailleurs, en cas de rapport de forces défavorable, le succès militaire repose de plus en plus sur la force morale des soldats, à savoir l’esprit de corps et un entraînement réaliste développant le sens de l’initiative. La présentation de la situation générale, des intentions des forces en présence et du déroulement de six batailles et leurs enseignements tactiques expliquent ces transformations de l’art de la guerre. Entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, la guerre engage 800.000 hommes de l’Union soviétique contre 250.000 hommes de la Finlande. Amputée de 10 % de son territoire, celle-ci compte 25.000 soldats morts et 40.000 blessés, mais l’URSS reconnaîtra plus tard la perte de 270.000 morts et blessés, 1.500 chars et 700 avions. Lors de la bataille de Sedan (10-13 mai 1940), les forces allemandes déploient 60.000 hommes et 800 blindés contre les 112.000 hommes des forces françaises en défense. La Wehrmacht remporte la victoire, surtout grâce à sa « Panzerdivision », grande unité blindée interarmes disposant d’une grande autonomie. En Tunisie, pendant la bataille de Kasserine (19-25 février 1943), le savoir-faire allemand des forces de l’Axe (80.000 Allemands et 110.000 Italiens) anéantit une division américaine, peu aguerrie, des forces alliées (130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français). La victoire finale de la bataille de Monte-Cassino (17 janvier-19 mai 1944), qui ouvre les portes de Rome, se solde quand même par 55.000 tués et blessés chez les Alliés, contre 20.000 pour les Allemands. En Russie, la bataille de Koursk (5 juillet-23 août 1943) oppose la Wehrmacht (800.000 hommes, 2.700 chars, 10.000 canons et 2.000 avions) à l’Armée rouge (1,3 million d’hommes, 3.300 chars, 19.000 mortiers ou canons et 2.400 avions). La défense soviétique s’est appuyée sur deux dispositifs successifs, coûteux en vies humaines, pour harceler l’ennemi. Lors des combats de Falaise en Normandie (12-21 août 1944), 90.000 soldats allemands échappent à l’encerclement des Alliés, supérieurs de plus de 2 fois en effectifs et de 14 fois en nombre de chars.

Loïc Salmon

« La seconde guerre mondiale en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 106 pages, 180 illustrations, 24,90€. 

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

Les généraux français de la victoire 1942-1945

Femmes en guerre 1940-1946




La Bible des codes secrets

L’art de coder des messages, diplomatiques, militaires ou commerciaux, repose sur une clef (mot, phrase ou nombre), à changer périodiquement, et non sur le secret des méthodes ou des algorithmes.

Ce livre, rédigé par un mathématicien, expose en détail une centaine de codes ou « chiffres » dans leur contexte historique. Le codage et son décryptage sont allés de pair avec le renseignement. Jusqu’à la première guerre mondiale, des générations de généraux ont cru leurs codes inviolables, en raison de leur complexité toujours accrue. Or l’espionnage, les interceptions ou les hasards de la guerre peuvent révéler l’algorithme utilisé. Comme la science, le décryptement progresse de façon inductive, à savoir du particulier au général, la méthode déductive ne servant qu’à contrôler le sens du message final. Ainsi en 1822, le Français Jean-François Champollion (1790-1832) parvient à décrypter les hiéroglyphes égyptiens grâce à la pierre de Rosette, où figuraient des versions en grec et égyptien démotique. Suite à la création du service des postes en France au XVème siècle, le « Cabinet noir » décachète les lettres, pour vérifier qu’elles ne contiennent rien d’outrageant envers le roi, les déchiffre éventuellement et les recachète. Son fondateur, le mathématicien Antoine Rossignol (1600-1682), inspire le « Grand Chiffre » de Louis XIV, qui résistera trois siècles aux assauts des décrypteurs. La dissolution du Cabinet noir par la Révolution contribue à la perte de l’expertise française en cryptographie. Les armées révolutionnaires puis impériales en subissent les conséquences. Les Britanniques emploient des éclaireurs francophones et hispanophones, chargés de guider l’armée, de porter les messages, d’intercepter ceux de l’ennemi et de les décrypter. De leur côté, les services de renseignement russes interceptent et décryptent l’essentiel des dépêches de Napoléon. La bataille la plus meurtrière de la guerre de Sécession se déroule à Shiloh en 1862 avec une offensive surprise des troupes sudistes, qui avaient chiffré leur plan d’attaque…avec le code de Jules César lors de la conquête de la Gaule (58-51 avant JC). En 1914, le croiseur allemand Magdeburg, chargé de poser des mines en mer Baltique, s’échoue sur l’île d’Oldensholm. Il est pris à partie par deux croiseurs russes, qui récupèrent les livres de codes de la Marine allemande et les transmettent à l‘Amirauté britannique, qui les décrypte. Les Allemands ne changent leur code qu’en 1916 après la bataille du Jutland. En 1917, les Britanniques interceptent un télégramme chiffré entre l’ambassadeur d’Allemagne aux Etats-Unis et l’ambassade d’Allemagne au Mexique, via la société internationale de télécommunications Western Union. Cette dépêche, dite « Zimmermann » du nom du ministre allemand des Affaires étrangères et dont le code avait été « cassé » par les Britanniques, annonce une guerre sous-marine totale. Elle propose aussi au Mexique une alliance avec l’Allemagne pour recouvrer le Texas, le Nouveau-Mexique et l’Arizona, annexés par les Etats-Unis en 1845. Ce télégramme va contribuer à l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale. Lors de la seconde, le déchiffrement de la machine de cryptage automatique « Enigma » des forces armées allemandes sera réalisé par les services britanniques (10.000 personnes !), l’espionnage français et trois mathématiciens polonais…grâce à la trahison d’un chiffreur allemand !

Loïc Salmon

« La bible des codes secrets », Hervé Lehning. Editions Flammarion, 464 pages, 25 €.

Les écoutes de la victoire

Renseignement : opérations alliées et ennemies pendant la première guerre mondiale

DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements




Armée de Terre : le chef tactique dans un combat futur de haute intensité

Dans le combat, probable, de haute intensité de demain, le commandant sur le terrain devra vaincre l’ennemi dans un contexte de chaos humain, matériel et informationnel sur un large spectre et pendant de longues périodes.

Ce thème a été abordé lors du colloque organisé, le 6 février 2020 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement. Y sont notamment intervenus : le général d’armée François Lecointre, chef d’Etat-major des armées (CEMA) ; le général de corps d’armée Bernard Barrera, major général de l’armée de Terre ; le général de division Patrick Bréthous, sous-chef d’état-major opérations aéroterrestres de l’armée de Terre ; le général de brigade Todd Wasmund, adjoint opérations de la 3ème Division américaine d’infanterie.

Haute intensité. Les armées assurent la protection de la France, à savoir ses intérêts ou sa survie en cas de menace existentielle, rappelle le CEMA. Les crises d’aujourd’hui ne correspondent pas à un engagement de haute intensité, mais plutôt à des confrontations intenses comme au Mali. Donner la mort sur ordre de l’Etat, pour atteindre un objectif désigné pour le bien commun, entraîne un taux d’attrition physique mal accepté par une grande nation démocratique. Celle-ci mobilise ses ressources dans tous les champs imaginables. Les moyens spatiaux et cyber démultiplient les effets militaires, pour vaincre l’adversaire sans coups de feu. Dans une guerre menée par des acteurs divers, le chef militaire porte la coordination. Sur le terrain, comme meneur d’hommes formés et entraînés, il favorise la cohésion de son unité, force morale qui donne la supériorité mais fragilise le combat tactique quand elle vacille, prélude à la défaite. La convergence des valeurs républicaines et du bien commun font bénéficier la France d’une attractivité suscitant des vocations militaires, qui font défaut à d’autres pays, indique le CEMA. L’exemplarité du chef et le souci de ses subordonnés lui permettent de garder la cohésion de l’unité dans l’engagement tactique. Exercice de définition, son ordre initial consiste à exposer les motifs des ordres de ses supérieurs en vue de convaincre ses subordonnés, qu’il comprend et connaît bien, et leur expliquer comment atteindre un effet majeur. Dans l’affrontement des volontés, qui caractérise le combat, la capacité d’initiative permet de faire face à l’inattendu, à la surprise du champ de bataille. Forme la plus élaborée de la discipline, l’initiative reste nécessaire au combat. Par ailleurs, le chef tactique doit toujours respecter l’éthique militaire face à la violence. Fort de sa capacité à discerner, il assume la responsabilité de ses choix, qu’il ne doit pas oublier.

Continuité et adaptation. Objet vivant en évolution permanente, la guerre génère de la complexité, estime le général Bréthous. Elle entraîne des dommages matériels, un effort économique, une instabilité politique et, pour les soldats, une perte du sentiment d’humanité. Ceux-ci se tournent vers leur chef tactique, qui peut risquer leur vie si nécessaire et doit contrôler le feu face à l’adversaire, qui n’aura pas toujours les mêmes contraintes éthiques. En conséquence, il suit une formation tout au long de sa carrière avec stages, franchissements de grades, passages sur simulateur avant l’environnement réel et dans le contexte de l’époque. Résistant à la fatigue et à la douleur, le chef maîtrise la technique de ses armes, agit en autonomie sur le plan tactique, suscite l’enthousiasme de ses soldats et les guide, même si certains meurent au combat. Son sens du service, son esprit guerrier, sa culture historique, sa connaissance du pays et du milieu politico-diplomatico-militaire enrichissent son expérience et élargissent sa culture générale. Au combat, il applique ce qu’il a appris, au fond du désert comme en haute montagne. En outre, il s’appuie sur l’intelligence collective de son état-major et permet à chacun de s’exprimer à son niveau. Il bénéficie des apports technologiques et des analyses de ses experts et de chefs alliés. Il n’existe pas de chef unique mais des chefs différents, que la troupe regarde et veut entendre, souligne le général Bréthous. Leur compréhension de la situation tactique leur permet d’apporter les bonnes réponses aux bonnes questions. Au sein d’un état-major, le chef ou son adjoint, qui s’aperçoit de toute dérive éventuelle, s’arrange pour que le « fort » compense le « faible » et maintient la cohésion.

Systèmes d’armes et d’hommes. Il faut se préparer à un conflit majeur, avec des pertes possibles, et à combattre en interarmes et interarmées, souligne le général Barrera. Il pourrait se produire en Europe avec des matériels plus performants que dans les années 1980 (Balkans) et des moyens immatériels (cyber), qui feront la différence. Les chefs tactiques s’y préparent avec les retours d’expérience acquis jusqu’à l’opération « Barkhane » au Sahel. Dans tout conflit futur, le chef continuera à décider au cœur de la bataille, en s’adaptant au contexte. Grâce à son esprit ouvert et curieux, il peut comprendre les complexités du monde et de la menace. Tirant partie de la technologie, il peut agir en mode dégradé face à l’incertitude, grâce à l’intelligence artificielle qui « discrimine les signaux » les plus importants. Il filtre l’information, n’en gardant que l’essentiel, et résiste à la désinformation, déstabilisante pour lui et ses soldats. Il maintient la cohérence de l’outil de combat dans les champs immatériel (cyber) et matériel (armes et équipements), en évitant les technologies trop compliquées, facteurs d’échecs au combat. En temps de stress et pour conserver l’efficacité, il doit éviter les réflexes corporatifs et faire preuve d’agilité intellectuelle. Il doit se montrer apte à s’intégrer et commander en multinational. Outre sa capacité d’éduquer et d’entraîner ses personnels, son autorité repose sur le bon sens. Il connaît ses subordonnés et ne leur donne que des ordres qu’ils soient capables d’exécuter. Il prépare ses ordres, conscient de la prise de risques quand l’enjeu n’en vaut pas la peine. Une troupe qui gagne peut encaisser des pertes et ne pas s’arrêter s’il y en a, estime le génal Barrera. Quand elle se sent en danger, la nation aussi se montre capable d’encaisser le choc. Les pertes ont été mal acceptées en Afghanistan, en raison de la trop longue durée de l’engagement. Ce n’est pas le cas au Sahel, car la lutte contre l’islamisme est bien perçue. La logique du « zéro mort » n’existe plus, conclut le général Barrera.

Loïc Salmon

Selon le général Wasmund, l’éthique du soldat de l’armée de Terre des Etats-Unis se résume en quatre principes : priorité permanente à la mission ; ne jamais accepter la défaite ; ne jamais déserter ; ne jamais abandonner un camarade blessé. Elle s’insère dans la profession de foi suivante : « Je suis un soldat américain ; je suis un guerrier et membre d’une équipe ; je sers le peuple des Etats-Unis et vit les valeurs de l’Armée ; je suis discipliné et solide physiquement et mentalement, entraîné et compétent dans mes tâches et exercices militaires ; j’entretiens toujours mes armes, mon équipement et ma personne ; je suis un expert et un professionnel ; je me tiens prêt à être déployé et engagé pour détruire les ennemis des Etats-Unis en combat rapproché ; je suis un gardien de la liberté et du mode vie américain. »

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De la terreur à la lune

Buts idéologiques, coût exorbitant, réussite scientifique, après de nombreux déboires, caractérisent les armes secrètes allemandes, à l’origine des missiles et des fusées spatiales.

Sur le plan militaire, dès 1232, des Chinois assiégés tirent des fusées improvisées contre les Mongols. L’idée, reprise par les Anglais entre 1802 et 1812, est abandonnée devant les progrès de l’artillerie. Il faut attendre les années 1920 pour que soient théorisé le principe de la fusée par l’Allemand Peter Wegener, à savoir une faible résistance à l’air, la stabilité par des ailerons à volets orientables et une trajectoire contrôlable. De son côté, le physicien américain Robert Goddard met au point une fusée à propergol liquide. Dès 1929, l’armée allemande s’intéresse au potentiel militaire de cet engin, qui lui permettrait de pallier l’absence de canons à longue portée proscrits par le Traité de Versailles (1919). Un centre d’essais de propulsion à réaction et de développement des fusées à combustible liquide est installé à Kummersdorf, dans le plus grand secret. Le savant Wernher von Braun (1912-1977), qui rêve d’exploration spatiale, et l’ingénieur et général Walter Dornberger (1895-1980) travaillent sur les projets d’armes secrètes allemandes, jusqu’à leur reddition aux forces armées américaines en mai 1945. Les recherches sur les fusées deviennent un secret d’Etat en 1933 et les chercheurs indépendants sont contraints d’y participer. L’année suivante, deux fusées atteignent 2.200 m d’altitude. Sont alors construits un site de tir et des infrastructures pour une soufflerie supersonique et un centre de mesures dans le petit port de Peenemünde, dans l’île d’Usedom (Baltique). Opérationnel en 1939, l’ensemble emploie 18.000 ingénieurs, scientifiques et techniciens qui développent, au cours des années suivantes, la « bombe volante V1 », avion sans pilote de la Luftwaffe, et la fusée « V2 » pour la Whermacht. Ces armes, dites de représailles par la propagande nazie, doivent briser le moral de la population britannique après l’échec de la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre (1940). Les services de renseignement britanniques apprennent l’existence de Peenemünde, confirmée par des vols de reconnaissance qui découvrent, dans le Nord de la France, des structures bétonnées avec des rampes de lancement orientées vers Londres. Les bombardements aériens « Hydra » (britannique) et « Crossbow » (anglo-américaine) sont effectués de 1943 à 1945 contre les installations de V1, dont un grand nombre tombe sur Londres, Anvers et Liège. Dès août 1943, les SS s’approprient les V2, dont la production est assurée, dans une usine souterraine, par les détenus du camp de concentration de Dora dans des conditions inhumaines. A la date du 3 octobre 1944, 156 V2 ont touché 14 villes en Angleterre, France et Belgique pour saper le moral des populations civiles. Après l’arrivée de l’armée américaine à Peenemünde en 1945, des centaines de V2 sont envoyées par trains vers le port d’Anvers puis embarquées sur 16 navires avec 14 tonnes de plans à destination des Etats-Unis…juste avant l’arrivée des troupes soviétiques, car Peenemünde se trouve dans leur zone d’occupation décidée à la conférence de Yalta. Malgré leur impact limité sur l’issue de la guerre, les V1 et V2 vont bouleverser les rapports de forces dans les décennies suivantes, tant sur le plan tactique (missiles de croisière tirés d’avions, de navires ou de sous-marins) qu’au niveau stratégique (missiles balistiques intercontinentaux).

Loïc Salmon

« De la terreur à la lune », Hughes Wenkin. Editions Pierre de Taillac, 232 p, nombreuses illustrations, 29,90 €.

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Invalides : 350 ans de mémoire de la France combattante

Témoin des hauts faits du passé et des combats douloureux du présent, l’Hôtel national des Invalides abrite un hôpital, un patrimoine historique, le siège du gouverneur militaire de Paris et celui de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, qui prend aussi en charge celles du terrorisme.

Cette mémoire vivante a été présentée à la presse le 24 février 2020, jour du 350ème anniversaire de la décision de Louis XIV de faire bâtir cet édifice pour les officiers et soldats malades, blessés ou âgés ayant dignement servi la France. Y sont intervenus : Le général de corps d’armée Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris (au centre sur la photo) ; le général de division Alexandre d’Andoque de Sariège, directeur du musée de l’Armée (à gauche) ; Ariane James-Sarazin, directrice adjointe du musée de l’Armée (à droite). Les temps forts de cet anniversaire incluent : des concerts dans la cathédrale Saint-Louis des Invalides, église des soldats et salle de concert depuis 1993 ; la célébration du 14 juillet, après le défilé militaire, sur l’esplanade et, pour la première fois, à l’intérieur du site ; des événements exceptionnels pour les journées du patrimoine (21-22 septembre). Outre le tombeau de Napoléon, les Invalides abritent : le musée des Plans-Reliefs, maquettes de places et de ports fortifiés datant du XVIIème au XIXème siècle ; le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,2 million de visiteurs en 2019 ; celui de l’Ordre de la Libération, qui explique le rôle joué par les Compagnons de la Libération dans la France Libre et la Résistance (1940-1945). Enfin, 2.000 personnes travaillent aux Invalides.

Hospice et nécropole militaires. Construit entre 1671 et 1675 en pierre calcaire blonde acheminée jusqu’à la plaine de Grenelle via la Seine, l’Hôtel national des Invalides doit aussi célébrer la gloire militaire du roi, représenté à cheval sur la façade Nord avec ses insignes (soleil et grille d’entrée bleue et or avec des fleurs de lys) encadré par la prudence et la justice et surplombant les statues d’Arès-Mars et d’Athéna-Minerve de chaque côté du porche. Les pensionnaires sont logés, bien nourris et…occupés (ateliers de calligraphie, tapisserie et maroquinerie). Des tableaux rappelant les victoires du roi au cours des guerres de Dévolution et de Hollande décorent leurs quatre réfectoires. Les Invalides accueillent 2.000 pensionnaires en 1690 puis 3.000 à 4.000 en 1715. Tout cela contribue au recrutement de nouvelles troupes. Le Dôme de 107 m de haut, voulu par Louis XIV, domine l’église royale face à celle des soldats avec un autel double. Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris s’empare des fusils et des canons des Invalides pour prendre la Bastille. L’église du Dôme, dont tous les insignes royaux ont été détruits, devient une nécropole militaire. Napoléon y fait déposer les cendres de Turenne en 1800 et le cœur de Vauban en 1808, puis accorde, vers 1812, le droit d’y inhumer des personnalités de l’histoire militaire qui n’ont pas été gouverneur des Invalides. Ainsi, s’y trouvent notamment les cendres de Rouget de l’Isle, auteur de la Marseillaise, et du maréchal Foch, vainqueur de la première guerre mondiale. Pour le « Retour des Cendres » de Napoléon en 1840, Louis-Philippe fait aménager la crypte de l’église du Dôme pour installer le tombeau en quartzite rouge foncé, couleur impériale, entouré des statues rappelant ses victoires militaires et des bas-reliefs ses réalisations civiles. En 1940, Hitler fait transférer de Vienne aux Invalides les cendres de l’Aiglon, Napoléon II. En 1961, celles du maréchal Lyautey, inhumé au Maroc, sont transférées dans l’église du Dôme.

Loïc Salmon

GMP : rôles opérationnel, civilo-militaire et de rayonnement

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Une certaine idée de la France…et du monde