Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Les armées doivent protéger le territoire national, répondre à une crise dans le voisinage proche, conserver l’ascendant sur tout adversaire non étatique, réagir à une confrontation avec un Etat.

Ces missions, complémentaires de la dissuasion nucléaire avec ses composantes aérienne et océanique, ont été définies dans le document « Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 », rendu public le 13 octobre 2017 par le ministère des Armées pour préparer une nouvelle loi de programmation militaire.

Protection. Le territoire national sera mieux protégé par : la modernisation du réseau radar de surveillance maritime Spationav ; la couverture radar 3D de l’espace aérien ; la posture de protection terrestre avec capacité à opérer en milieu nucléaire, radiologique, biologique ou chimique. Les capacités de détection et de neutralisation des drones aériens ainsi que la protection des équipements et des personnels seront développées. Elles complèteront la modernisation des systèmes sol-air, des hélicoptères légers et des moyens navals, sous-marins et aéromaritimes.

Adaptation et coopérations. Sous très faible préavis, les armées doivent pouvoir intervenir simultanément sur des théâtres d’opérations dispersés. La durée variable des engagements nécessite une masse critique suffisante de forces disponibles (hommes, équipements et stocks). Cette capacité repose sur une base industrielle et technologique de défense, qui requiert la participation des armées à des tâches associées à l’exportation. Sur le plan opérationnel, les armées doivent : acquérir et conserver la supériorité au combat dans tous les milieux ; frapper dans la profondeur ; acheminer les moyens en urgence sur un théâtre durci et les protéger contre les menaces conventionnelles ; être mobiles au sein du théâtre ; fournir les appuis feu au contact de l’adversaire ; mener des opérations amphibies, aéroportées, en zone urbaine, montagne, désert ou jungle ; extraire du personnel en milieu hostile. Toutefois, agir de façon autonome dans n’importe quel contexte et détenir toutes les aptitudes au plus haut niveau de performance ou de masse ne semblent guère possibles aujourd’hui. Mais le renoncement, même temporaire, à une aptitude opérationnelle entraîne un risque de perte définitive de certaines compétences. Par ailleurs, faute de capacités suffisantes, la complexité de certaines missions nécessite des partenariats, une fois les conditions politiques réunies. En coalition, l’interopérabilité implique des normes communes, techniques pour les systèmes de commandement et équipements majeurs, mais aussi en matière de concepts, doctrines, tactiques et procédures. Parfois, la France doit pouvoir fournir des capacités discriminantes et un volume de forces significatif pour jouer le rôle de « nation cadre » pour des actions relevant d’aptitudes militaires à haute valeur ajoutée : planification ; génération de forces, commandement et contrôle d’une opération. Dans le cadre de l’OTAN, elle doit fournir les capacités nécessaires au commandement d’une petite opération commune (SJO en anglais) et d’une composante pour une grande opération commune (MJO). Elle participe à la définition des normes OTAN sur l’interopérabilité des matériels et le contrôle politique des nations sur les capacités communes essentielles.

Renseignement. Il s’agit d’investir dans tout le spectre : humain, électromagnétique, radar, optique et numérique. Les plates-formes, capteurs et modes de recueil seront diversifiés : aéronefs habités ; drones ; unités navales ; moyens spatiaux. Leur complémentarité doit permettre l’accès à des cibles liées à tout type de menaces. Pour accélérer les prises de décisions, une meilleure interconnexion entre les différents systèmes améliorera et intégrera des traitements automatisés d’exploitation et d’analyse, intelligence artificielle et « big data » compris. La vulnérabilité croissante des moyens de commandement et de surveillance nécessite de sécuriser les moyens spatiaux et la conduite des opérations en augmentant, notamment, le niveau de protection et de résilience des futurs satellites Syracuse 4. En outre, la capacité d’alerte avancée permettra de mieux identifier une menace balistique, en déterminant l’origine d’un tir et l’évaluation de la zone ciblée.

Systèmes de commandement. L’amélioration de l’homogénéité et de l’interopérabilité des systèmes facilitera l’engagement sur un théâtre avec les Etats membres de l’OTAN et des pays partenaires de circonstance. La boucle décisionnelle sera accélérée par le partage de l’information, tout en en gardant la maîtrise dans le risque cyber. Entrer en premier. Face aux systèmes défensifs de haute technologie et aux capacités adverses de déni d’accès dans les milieux physiques et immatériels, il s’agit de disposer de la capacité de passer outre et de réduire le niveau de la menace, en vue d’y conduire des opérations militaires. Au préalable, celles-ci exigent la supériorité aérienne pour conférer la liberté d’action nécessaire aux forces terrestres et navales. La frappe des centres de gravité ennemis dans la profondeur du théâtre nécessite de pouvoir opérer depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres ou depuis la mer par le groupe aéronaval. L’allonge des systèmes d’armes augmentera avec la combinaison entre avions ravitailleurs et armements. La capacité de projection de puissance sera accrue par les missiles de croisière : navals ; aéroportés rénovés ; antinavires à développer avec la Grande-Bretagne. Les capacités des forces spéciales seront renforcées en termes de projection et de mobilité. Les opérations dans l’espace numérique jusqu’au niveau tactique, intégrées à la chaîne de planification et de conduite des opérations militaires, exploiteront la numérisation croissante des adversaires, étatiques ou non.

Combat terrestre futur. Le programme Scorpion de l’armée de Terre permettra d’augmenter la puissance et l’agilité des unités engagées. L’armement des drones aériens apportera une capacité de réaction adaptée à des adversaires plus fugaces et à des espaces étendus. Le successeur du char Leclerc et le futur système d’artillerie seront étudiés en coopération avec l’Allemagne.

Loïc Salmon

La France a souscrit des engagements contraignants dans le cadre du Traité sur l’Union européenne de 2009 (TUE) et du Traité de Washington de 1949. L’article 42.7 du TUE précise : « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». Le TUE rappelle que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Selon le Traité de Washington, la France doit « assister la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, telle action (jugée) nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord ».




Armée de l’Air et de l’Espace : encourager l’innovation pour vaincre et convaincre

Dans le domaine aérien, l’innovation donne un temps d’avance sur l’adversaire, pour conserver la supériorité opérationnelle dans un contexte international marqué par une instabilité et des tensions croissantes avec des ruptures technologiques exigeant rapidité d’adaptation et agilité.

L’innovation a fait l’objet d’un colloque organisé, le 18 janvier 2024 à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales. Y sont notamment intervenus : le général de brigade aérienne Arnaud Gary, directeur du Centre d’expertise aérienne militaire ; le général de brigade aérienne Jean-Patrice Le Saint, chef d’état-major du commandement des Forces aériennes stratégiques ; le général de brigade aérienne Jean-Luc Daroux, commandant la Brigade des forces spéciales Air ; l’astronaute Claudie Haigneré, ancienne ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies.

Un état d’esprit. Pour faciliter l’innovation et consolider la position de la France, estime le général Gary, il convient de briser les barrières pour encourager les échanges, détecter les opportunités du monde extérieur aux armées et en favoriser l’adoption rapide. L’innovation, qui stimule la créativité, consiste en la capacité à résoudre des problèmes concrets, améliorer les procédures existantes et envisager de nouvelles approches et utilisations. Via une plateforme, le Centre d’expertise aérienne militaire s’est doté d’un système de remontée des projets innovants, qui lui permet de connaître les idées du terrain, de les répartir dans des axes prioritaires d’innovation ouverte, puis d’en financer les plus utiles. Ainsi, deux dispositifs financiers ont été mis en place pour soutenir l’industrialisation des projets. Les « labels », espaces d’innovation, visent à structurer les idées pour donner vie aux concepts. Il s’agit, d’intégrer l’innovation, dont le domaine numérique, sous ses formes organisationnelle, opérationnelle, stratégique, institutionnelle, sociétale et même environnementale. Les changements et la transformation imposés par les nouvelles technologies du numérique, dont l’intelligence artificielle et le « cloud » (centre de données connecté à internet), amplifient considérablement les opportunités de progrès à tous les niveaux. En 2016, rappelle le général Gary, le ministère américain de la Défense a constaté un retard des forces armées par rapport aux grandes entreprises du numérique. Outre l’encouragement à l’innovation de terrain et la recherche de la primauté des forces armées dans ce domaine, il recommande de lutter contre l’immobilisme de son organisation qui résiste au changement. Le ministère a donc créé le « Defence Innovation Board » constitué d’une douzaine de dirigeants des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et de scientifiques de haut niveau, qui observent, donnent des recommandations et accompagnent les forces armées dans la durée pour modifier les structures et les règlements, identifier les nouveaux métiers et disposer de financements. L’innovation, souligne le général Gary, ne doit pas rester l’apanage de quelques dirigeants visionnaires et du personnel créatif sur le terrain, car l’ampleur des changements en cours et les conséquences des nouvelles technologies, remettant en question les processus et structures, nécessitent d’élever le niveau de connaissance de tous les acteurs. Il s’agit donc de former des personnels à la prise de risques et au traitement de la donnée par l’intelligence artificielle.

Les Forces aériennes stratégiques. Selon le général Le Saint, la dissuasion nucléaire aéroportée présente une double singularité par sa finalité de la défense de l’Europe et son cadre flou, car elle est entourée de mystère. Entre le test réussi de la bombe atomique française en 1960 et la mise à l’eau du sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Foudroyant en 1974, de nombreuses innovations scientifiques, techniques, industrielles et opérationnelles ont été déployées. La dissuasion nucléaire, rappelle le général, consiste d’abord en une dialectique politique, technique et opérationnelle, afin de garantir une montée en puissance dans la cuirasse adverse et produire l’effet militaire souhaité sur l’objectif désigné. Cela repose sur un système militarisé : le missile à tête nucléaire qui allonge la portée du chasseur bombardier qui le transporte ; des infrastructures et des moyens de transmission spécifiques. L’innovation présente trois caractéristiques. La première porte sur la rupture dans la conception d’un nouveau système nucléaire à l’horizon d’une vingtaine d’années, comme le montre l’évolution entre l’avion Mirage IV, le missile de croisière, le réacteur du missile ASMP, le Mirage 2000N rénové en Rafale et le futur système de 5ème génération prévu en 2035. La deuxième caractéristique, dite innovation « systémique » (ensemble complexe d’interactions), concerne un système livré au meilleur état de l’art et de la performance et qui sera modernisé au cours de sa vie opérationnelle par les industriels et les armées dans une organisation très structurée. La troisième caractéristique porte sur le financement, la tenue des délais et les spécifications de performances. Il s’agit d’enjeux de crédibilité et de sûreté. Des réflexions sont en cours sur la 5ème génération, les futurs standards du Rafale, l’évolution du concept de mise en œuvre et la maintenance.

Les forces spéciales. Selon le général Daroux, l’état d’esprit des forces spéciales (FS) trouve son origine dans l’application sur le terrain des opportunités de laboratoire. Il consiste à penser et agir autrement. Les FS doivent trouver des solutions alternatives pour sortir des « angles morts ». La compétition leur impose d’innover pour survivre, là où les forces conventionnelles ne vont pas. Pour réussir leur évolution, elles doivent impérativement être en avance sur le mode opératoire et le plan technologique. Selon le principe de subsidiarité, la capacité à innover au quotidien est déléguée jusqu’au niveau le plus bas, à savoir le jeune caporal-chef commando. S’y ajoute la transversalité en interarmées entre aviateurs, marins, terriens et personnels du Service de santé des armées. Les solutions innovantes permettent de répondre en temps réel aux demandes du chef d’État-major des armées. Depuis leur création après la guerre du Golfe (1991), les FS ont capitalisé sur un vivier, en interne et dans les armées, d’opérateurs sélectionnés et en compétition qui favorise l’émulation et l’innovation. Ainsi, le Service de santé des armées a constitué une banque de données, qui se transmet de génération en génération. L’exposition aux risques, caractéristique majeure des opérations spéciales notamment pour la libération d’otages, implique un entraînement collectif où tous se connaissent. Le partage d’expériences garantit la réussite de la mission en petites unités et dans des temps très contraints. L’identité des opérateurs et leurs méthodes doivent rester secrètes.

Le spatial civil. L’astronaute Claudie Haigneré définit l’innovation comme un mélange de curiosité à découvrir l’inconnu avec une ouverture d’esprit au changement et un appétit d’apprendre en continu dans un monde en évolution constante et rapide. L’innovation implique une écoute ouverte et critique des concepts alternatifs ou de perceptions culturelles ouvertes. Sur un plan collectif comme l’aventure spatiale, l’innovation consiste à se fixer ensemble l’objectif de réussir la mission ou de résoudre un problème en s’appuyant sur cette intelligence collective et diversifiée. Dans le milieu spatial, l’innovation devient foisonnante, car immense. Les pouvoirs publics en ont encouragé les multiples interactions créatrices. Il convient d’identifier davantage les nouveaux partenaires du spatial privé. En outre, la réduction des coûts a favorisé la miniaturisation des plateformes et la réutilisation des vecteurs. Sur un plan plus général, la créativité peut aussi permettre de sortir des incertitudes. Enfin, conclut Claudie Haigneré, le progrès n’est que l’accomplissement des utopies.

Loïc Salmon

Défense : l’innovation numérique à tous les niveaux

Marines : innovations et ruptures capacitaires

Forces spéciales : l’innovation pour une plus grande efficacité




De la terreur à la lune

Buts idéologiques, coût exorbitant, réussite scientifique, après de nombreux déboires, caractérisent les armes secrètes allemandes, à l’origine des missiles et des fusées spatiales.

Sur le plan militaire, dès 1232, des Chinois assiégés tirent des fusées improvisées contre les Mongols. L’idée, reprise par les Anglais entre 1802 et 1812, est abandonnée devant les progrès de l’artillerie. Il faut attendre les années 1920 pour que soient théorisé le principe de la fusée par l’Allemand Peter Wegener, à savoir une faible résistance à l’air, la stabilité par des ailerons à volets orientables et une trajectoire contrôlable. De son côté, le physicien américain Robert Goddard met au point une fusée à propergol liquide. Dès 1929, l’armée allemande s’intéresse au potentiel militaire de cet engin, qui lui permettrait de pallier l’absence de canons à longue portée proscrits par le Traité de Versailles (1919). Un centre d’essais de propulsion à réaction et de développement des fusées à combustible liquide est installé à Kummersdorf, dans le plus grand secret. Le savant Wernher von Braun (1912-1977), qui rêve d’exploration spatiale, et l’ingénieur et général Walter Dornberger (1895-1980) travaillent sur les projets d’armes secrètes allemandes, jusqu’à leur reddition aux forces armées américaines en mai 1945. Les recherches sur les fusées deviennent un secret d’Etat en 1933 et les chercheurs indépendants sont contraints d’y participer. L’année suivante, deux fusées atteignent 2.200 m d’altitude. Sont alors construits un site de tir et des infrastructures pour une soufflerie supersonique et un centre de mesures dans le petit port de Peenemünde, dans l’île d’Usedom (Baltique). Opérationnel en 1939, l’ensemble emploie 18.000 ingénieurs, scientifiques et techniciens qui développent, au cours des années suivantes, la « bombe volante V1 », avion sans pilote de la Luftwaffe, et la fusée « V2 » pour la Whermacht. Ces armes, dites de représailles par la propagande nazie, doivent briser le moral de la population britannique après l’échec de la Luftwaffe lors de la bataille d’Angleterre (1940). Les services de renseignement britanniques apprennent l’existence de Peenemünde, confirmée par des vols de reconnaissance qui découvrent, dans le Nord de la France, des structures bétonnées avec des rampes de lancement orientées vers Londres. Les bombardements aériens « Hydra » (britannique) et « Crossbow » (anglo-américaine) sont effectués de 1943 à 1945 contre les installations de V1, dont un grand nombre tombe sur Londres, Anvers et Liège. Dès août 1943, les SS s’approprient les V2, dont la production est assurée, dans une usine souterraine, par les détenus du camp de concentration de Dora dans des conditions inhumaines. A la date du 3 octobre 1944, 156 V2 ont touché 14 villes en Angleterre, France et Belgique pour saper le moral des populations civiles. Après l’arrivée de l’armée américaine à Peenemünde en 1945, des centaines de V2 sont envoyées par trains vers le port d’Anvers puis embarquées sur 16 navires avec 14 tonnes de plans à destination des Etats-Unis…juste avant l’arrivée des troupes soviétiques, car Peenemünde se trouve dans leur zone d’occupation décidée à la conférence de Yalta. Malgré leur impact limité sur l’issue de la guerre, les V1 et V2 vont bouleverser les rapports de forces dans les décennies suivantes, tant sur le plan tactique (missiles de croisière tirés d’avions, de navires ou de sous-marins) qu’au niveau stratégique (missiles balistiques intercontinentaux).

Loïc Salmon

« De la terreur à la lune », Hughes Wenkin. Editions Pierre de Taillac, 232 p, nombreuses illustrations, 29,90 €.

Armes secrètes de l’Allemagne nazie

Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques




Espace : système GEOTracker®, surveillance optique renforcée

Le ministère des Armées et ArianeGroup ont signé, le 16 décembre 2021 à Paris, un contrat de surveillance renforcée de l’espace sur des orbites de 2.000 km à 36.000 km par GEOTracker®, pour réagir vite et efficacement aux menaces émergentes.

André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup, le responsable Défense et son adjointe ont présenté ce système à l’Association des journalistes de défense le 15 décembre à Paris.

Système GEOTracker®. Ce contrat constitue une extension, financée par le Commandement de l’espace (CdE), de celui sur le service de données de positionnement, d’orbitographie et d’analyse de 2017. ArianeGroup dispose d’un réseau mondial de capteurs optiques et d’un centre de commande et de contrôle centralisé, qui automatise et traite rapidement les données orbitales. GEOTracker® fournit une couverture permanente à 360 °, qui permet au CdE de détecter, suivre et contribuer à la caractérisation d’objets spatiaux, actifs ou inactifs, afin d’établir la situation spatiale et de protéger les satellites français. En 2021, se déplacent dans l’espace : 1.500 satellites actifs et 2.900 inactifs ; 23.000 objets supérieurs à 10 cm ; 500.000 entre 1 cm et 10 cm ; plusieurs millions de débris inférieurs à 1 cm. Parmi les satellites, 41 % sont américains, 13 % chinois, 12 % européens, 9 % russes, 4 % japonais et 21 % divers. GEOTracker® utilise le laser et l’intelligence artificielle pour détecter le comportement d’un satellite qui, s’il se déplace, effectue une mission particulière. Du 8 au 12 mars 2021, GEOTracker® a participé à l’exercice tactique et opératif d’entraînement aux opérations spatiales militaires « Aster’X », piloté par le CdE sur le site de Toulouse du Centre national d’études spatiales. Un exercice similaire est prévu en 2022. Cela permet de voir les équipements, défensifs et offensifs, des satellites en orbite, d’établir la situation sur une zone géographique et d’envisager des scénarios d’attaque. Vu qu’un satellite parcourt plusieurs dizaines de km en quelques secondes, la surveillance permanente de 100.000 objets nécessite une réflexion, au niveau européen, sur la mise en œuvre et le partage de moyens à améliorer, afin de tenir une situation en temps réel. Déjà, en juin 2021, la Commission européenne a sélectionné ArianeGroup pour les projets de surveillance spatiale « Sauron » et « Integral ». D’ici à 2025, GEOTracker® disposera d’un grand réseau de télescopes répartis sur une vingtaine de stations sol pour réaliser un catalogue de plusieurs milliers d’objets.

Lanceurs et missiles. ArianeGroup, co-entreprise à parité du constructeur aéronautique européen Airbus et du motoriste aéronautique et spatial français Safran, emploie 8.800 personnes (filiales comprises) en France et en Allemagne et a réalisé un chiffre d’affaires de 2,7 Mds€ en 2020. Il assure la maîtrise d’œuvre des lanceurs européens civils Ariane 5 et Ariane 6, des recherche et développement à l’exploitation. Pour la dissuasion nucléaire de la France, il contrôle le cycle de vie, des études amont au démantèlement, des missiles balistiques M51 de la Force océanique stratégique et en effectue l’adaptation permanente au contexte stratégique et aux systèmes de défense des grandes puissances nucléaires. Par ailleurs, ArianeGroup conçoit les futurs « planeurs hypersoniques », destinés aux frappes dans la profondeur et que développent les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Lancés d’un avion, d’un sous-marin ou d’une plateforme mobile, ils parcourront environ 4.000 km à 60-80 km d’altitude dans une atmosphère raréfiée.

Loïc Salmon

Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire




Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique

Outil militaire et instrument de politique étrangère, la maîtrise de l’espace confère à un Etat une autonomie d’appréciation et donc de décision. Elle atteste aussi des niveaux scientifique, technique, industriel et financier atteints pour protéger le territoire national.

Le lieutenant-colonel Thierry Cattaneo, commandant le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux (Cosmos) de Lyon en a présenté, en partie, les enjeux à la presse, le 9 novembre 2017 à Paris.

Intervention et protection. Cosmos doit évaluer la situation spatiale, en vue d’apporter un appui aux opérations en cours (« Barkhane » au Sahel et « Chammal » au Levant), de préserver les satellites français de défense contre les risques de collision et de sécuriser les biens et les personnes contre les rentrées de débris dans l’atmosphère, explique le lieutenant-colonel Cattaneo. Le recueil et l’analyse d’informations spatiales consistent à transformer en éléments opérationnels les données scientifiques obtenues par les radars Graves (Grand réseau adapté à la veille spatiale) et Satam (Système d’acquisition et de trajectographie des avions et munitions). Sont aussi sollicités : la Direction du Renseignement militaire ; l’Observatoire de Paris ; l’Institut physique du globe de Paris ; le Centre national d’études spatiales (CNES) ; les partenariats internationaux ; les sources ouvertes. Graves se compose d’une station d’émission, d’une station de réception et d’un centre de calcul. Unique en Europe, il détecte tous les objets évoluant de 400 à 1.000 km au-dessus de la terre. L’appui à une opération militaire extérieure commence par une préparation et une planification en amont, grâce à des renseignements d’origine image et électromagnétique avec une précision GPS. De leur décollage à leur retour, les avions de chasse sont suivis par GPS et liaisons haute fréquence, parallèlement au survol des objectifs par un satellite espion, de 2 heures avant les frappes jusqu’à 4 heures après. L’évaluation des dommages, de 30 minutes à 1 heure après les frappes, est complétée par des drones de renseignements d’origines image et électromagnétique. Par ailleurs, Graves suit les modifications électromagnétiques des hautes couches de l’atmosphère produites par les éruptions solaires. Celles-ci peuvent affecter la trajectoire des objets en orbite basse (missiles) et perturber les moyens de communications sur terre. Lorsqu’un objet spatial potentiellement dangereux ou même qu’un objet spatial lancé par la France (15 en 2016 et 14 en 2017) menace le territoire national, Cosmos en informe la Direction générale de l’armement (fournisseur de données) et le CNES (analyste). Il prévient également le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises ou le ministère des Affaires étrangères pour une mise en alerte de la sécurité civile du pays concerné. Le 27 février 2014, le CNES avait décidé de modifier l’orbite d’un satellite de la constellation Elisa pour éviter une collision avec un satellite non-manœuvrable qui aurait provoqué sa destruction et la perte de ses données. Elisa compte quatre satellites de 40 kg chacun pour l’écoute d’émissions électromagnétiques et qui évoluent à plus de 600 km d’altitude depuis décembre 2011. La France dispose d’environ 15 satellites en orbite et les Etats-Unis près de 200, dont 40 pour le GPS et 20 non officiels.

« Arsenalisation » de l’espace. Les Etats-Unis, la Russie et la Chine peuvent détruire physiquement un satellite, mais les débris ainsi créés risquent de perturber, à terme, les orbites opérationnelles de leurs propres satellites. D’autres moyens menacent les satellites, précise le lieutenant-colonel Cattaneo : aveuglement par laser ; prise en mains de l’orbite par des cyberattaques ; armes à énergie dirigée. Par ailleurs, selon la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017, de plus en plus d’acteurs étatiques et privés ont accès à l’espace avec le risque de banalisation de ses usages et une concurrence industrielle accrue. L’espace devient un domaine de confrontation, où certains Etats peuvent être tentés d’en dénier l’accès par la force ou de menacer l’intégrité de satellites en orbite. En effet, les progrès des techniques de rendez-vous dans l’espace et les capacités de robotique et de propulsion électrique permettent de réparer, ravitailler en carburant et même « désorbiter » des engins spatiaux. Sous couvert d’objectifs civils, des Etats peuvent financer des technologies potentiellement antisatellites. Celles-ci permettraient la mise en service d’outils, dont les actions seraient beaucoup plus difficiles à détecter, suivre, attribuer et contrer que des missiles, lasers ou brouilleurs. Depuis 1958, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad) surveille l’espace aérien des Etats-Unis et du Canada, élément déterminant de la défense antimissile. Son réseau de radars et des systèmes optiques se répartit sur les cinq continents. Depuis 2015, le centre de commandement du Norad est enfoui dans le Mont Cheyenne (Colorado), en raison de la menace potentielle d’une destruction de ses moyens de communications par une brève et très forte émission d’ondes électromagnétiques, provoquée par une explosion nucléaire à haute altitude. La Chine développe son propre programme de satellite d’alerte précoce et de capacité antisatellite. L’Inde développe un programme de défense antimissile et a conclu un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. A la suite des tirs de missiles nord-coréens passant au-dessus de son territoire, le Japon coopère avec les Etats-Unis dans ce domaine depuis 1998, mais développe sa propre capacité d’alerte. La Corée du Sud a conclu un accord avec les Etats-Unis sur le déploiement, sur son sol, d’un système américain de missiles antibalistiques, opérationnel depuis avril 2017.

Loïc Salmon

Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Défense antimissiles : surtout protection des forces, moins celle des populations

Depuis 2005, le système radar français Graves (surveillance de tous les satellites d’observation et d’écoute) a détecté des satellites inconnus et des essais de lancement iraniens et nord-coréens. En janvier 2007, le satellite chinois Fengyun 1C a été détruit à 800 km d’altitude par impact cinétique d’un missile chinois. En février 2008, le satellite de reconnaissance américain USA 193 a été détruit à 100 km d’altitude par un missile SM-3 block 1 tiré du croiseur américain Lake-Erie, équipé du système antimissile balistique Aegis. En février 2009, le satellite commercial de téléphonie Iridium 33 est entré en collision avec le satellite russe de télécommunications militaires Kosmos-2251. En mai-août 2014, le satellite chinois d’alerte avancée Shijian 15 a réalisé un rendez-vous en orbite. En 2016, le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux (Cosmos) a établi un bilan : 15 rentrées atmosphériques de débris, dont 7 à risque ; 14 rapprochements à risques dont 1, critique, a nécessité le déplacement d’un satellite français ; 17.729 objets catalogués par le ministère américain de la Défense. Pour chaque évènement spatial détecté, Graves procède à une analyse de son origine, naturelle, accidentelle ou volontaire. Il a constitué un catalogue d’objets spatiaux, dont 8 % sont actifs et connus. Cosmos suit 40 % de ces objets connus. Le catalogue de Graves inclut 20 % d’objets d’intérêt militaire et 2 % d’objets classés « sous-marins spatiaux ».




Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Le Commandement de l’espace (CDE) monte en puissance pour améliorer la surveillance de l’espace, en vue de la protection et la défense des intérêts français. Il complète ses capacités par une coopération internationale renforcée.

Son commandant, le général de division aérienne Philippe Adam l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 14 mai 2024 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Les menaces. L’espace, où se croisent les mondes civil et militaire, commence à 100 km d’altitude au-dessus du niveau de la mer et continue son expansion en permanence. Même si les risques de collision entre les 2.000 satellites en orbite restent relativement faibles, ils augmentent avec l’accroissement de l’activité des opérateurs étatiques et privés, sans compter le nombre accru de débris. La compétition et la facilité d’accès à l’espace permettent d’exercer de nouvelles activités, cachées par d’autres tout à fait licites, souligne le général Adam. Les menaces existantes sont vues, observées et suivies. Il ne s’agit pas systématiquement d’actes hostiles, agressifs ou directement malveillants, mais d’activités très suspectes et préoccupantes sur ce qui pourrait se produire. Dans l’espace, elles consistent en menaces orbitales, écoute et brouillage. Les armes à énergie dirigée sont encore trop volumineuses pour être envoyées dans l’espace. Mais, du sol, le brouillage, l’illumination laser et les missiles antisatellites peuvent causer des dégâts considérables. Le sabotage menace les antennes, les centres de calcul et ceux de stockage de données, vulnérables aux attaques cyber. Les attaques, bien préparées, ne se découvrent qu’à leur déclenchement. Outre ses nombreuses cyberattaques en cours contre la France, la Russie se livre à de activités bizarres dans l’espace. Ainsi, en 2018, des satellites russes se sont rapprochés des satellites français, sans explication ni coordination ni justification. A l’époque, la ministre de la Défense Florence Parly avait dénoncé des manœuvres inamicales. L’écoute des fréquences des satellites de communications pourrait permettre d’interrompre leurs services n’importe quand. La Chine effectue des manœuvres de satellites en orbite géostationnaire avec des trajectoires compliquées, très difficiles à observer. La Russie et la Chine mélangent les activités civiles et militaires, voire entretiennent un flou permanent sur la distinction entre les deux. Enfin, le CDE doit aussi surveiller la Corée du Nord, l’Iran et quelques autres acteurs non précisés.

La défense. Comme la police du ciel dans l’espace aérien, indique le général Adam, la « défense active » consiste à détecter les situations problématiques dans l’espace, les observer et les surveiller, puis les analyser, les comprendre et agir. Il convient d’abord d’envoyer dans l’espace un moyen de récupérer des informations supplémentaires avant d’utiliser la force. La posture défensive de la France repose sur la légitime défense, comme pour toutes ses opérations militaires. Outre les grands opérateurs et industriels de l’espace connus du ministère des Armées, de nombreuses startups et beaucoup d’entreprises moyennes, actives dans d’autres domaines, s’y lancent aussi. Le CDE doit réussir à exploiter leurs bonnes idées afin d’avancer rapidement. Il dispose en propre du Laboratoire d’innovation spatiale, installé à Toulouse (voir plus loin) et qui pratique le « benchmarking », à savoir l’ensemble des actions aidant à évaluer et comparer les produits, méthodes et services d’autres acteurs, en vue de s’assurer un avantage sur eux. Selon un document du CDE, celui-ci développe les coopérations internationales avec les principaux acteurs de l’espace. En 2020, la France et l’Allemagne ont rejoint le forum « Combined Space Operations », qui regroupe les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce forum permet de discuter des sujets capacitaires, juridiques ou opérationnels, afin de coordonner les capacités alliées dans un futur proche, d’en augmenter la résilience pour assurer le soutien aux opérations multi-milieux et multi-champs, de garantir un accès libre à l’espace et d’y protéger les moyens spatiaux. En outre, la France entretient des coopérations bilatérales dans le domaine opérationnel avec les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, l’Inde, le Japon et les Émirats arabes unis. En mars 2020, elle a signé avec l’Allemagne un cadre de coopération sur la surveillance de l’espace à des fins de défense et de sécurité.

La préparation opérationnelle. L’expertise dans le domaine spatial nécessite des entraînements militaires à différents niveaux. Le document du CDE en présente quatre exemples internationaux : « Schriever Wargame », exercice politico-stratégique multinational ; « Global Sentinel », exercice de niveaux tactique et opératif multinational dédié à la surveillance de l’espace ; « Sprint Advanced Concept Training », exercice destiné au développement technologique pour la surveillance de l’espace dans un environnement très concurrentiel avec une cinquantaine d’opérateurs commerciaux ; « AsterX », exercice d’entraînement tactique et opératif organisé par la France depuis 2021. L’édition 2024 s’est déroulée à Toulouse du 4 au 15 mars avec un scénario géopolitique inspiré des menaces actuelles et futures sur l’ensemble du spectre de la guerre spatiale. Organisée par le CDE avec 7 partenaires industriels français et 15 partenaires étrangers, elle a mobilisé 140 participants civils et militaires, 27 joueurs étrangers et 30 observateurs étrangers. En outre, 4.000 objets spatiaux, 23 événements simulés, 14 menaces différentes, 11 systèmes missions et 1 supercalculateur ont été mis en œuvre. Visant une combinaison des effets planifiés, « AsterX » a été conduit par : les unités du CDE (voir plus loin) ; les composantes des armées Terre, Air, Marine et Cyber ; la Direction du renseignement militaire (DRM) et la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information ; le Centre national d’études spatiales ; le Centre d’excellence de l’OTAN pour l’espace, implanté à Toulouse, et le Centre français de recherche aérospatiale.

Les unités du CDE. Le Commandement de l’espace compte trois unités et en disposera d’une quatrième centrée sur l’intelligence artificielle en 2025. A Paris, le Centre de commandement et de contrôle des opérations spatiales permet d’établir la situation spatiale et d’effectuer des analyses de niveau opératif au profit des autorités de niveau stratégique. Il conduit les opérations nationales, souvent en coopération multinationale, par l’orientation de capteurs, l’analyse de la situation spatiale et le renseignement d’intérêt spatial. Il assure l’appui aux opérations en fournissant la météorologie solaire, la précision du signal GPS et celle du survol des satellites. Enfin, il concourt à la diffusion de l’alerte lors des rentrées atmosphériques à risque. A Creil, le Centre militaire d’observation par satellites (CMOS) garantit l’accès permanent du ministère des Armées à l’imagerie spatiale. Il maintient les liens et transmet les données requises pour assurer le service entre : les utilisateurs en France ; les pays partenaires du Musis (système multinational d’imagerie spatiale pour la surveillance, la reconnaissance et l’observation), à savoir l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et la Suède, ainsi que ceux des systèmes Cosmo-Skymed (Italie) et Sar-Lupe (Allemagne) ; les contrôleurs opérationnels charge utile (DRM) et plateforme (CDE) ; les centres de maintien à poste des satellites. Le CMOS rejoindra les nouvelles installations du CDE à Toulouse en 2025. A Lyon-Mont-Verdun, le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux(Cosmos) maintient une situation spatiale autonome de référence. Il détecte et analyse tout évènement spatial menaçant. Il assure la capacité d’alerte avec les pays alliés et apporte un soutien spatial aux opérations. Le Cosmos rejoindra Toulouse en 2024. Toulouse abrite déjà le Laboratoire d’innovation spatiale des armées, chargé de favoriser l’émergence de solutions pour les besoins du CDE.

Loïc Salmon

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité

Espace : résurgence de la menace antisatellites

Armée de l’Air et de l’Espace : enjeux de la très haute altitude

 




Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Deux coopérations internationales se sont concrétisées le 20 février 2020 : contrat du démonstrateur de l’avion du système de combat aérien futur (SCAF) et tir de qualification du missile anti-navire léger (ANL/Sea Venom). Le lendemain, la ministre des Armées a évoqué le Commandement de l’espace.

Le SCAF tripartite. Florence Parly, ministre des Armées, Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre allemande de la Défense, et Angel Olivares Ramirez secrétaire d’Etat auprès de la ministre espagnole de la Défense, ont signé à Paris le contrat du démonstrateur de l’avion de combat du SCAF. Réalisé en coopération entre les trois pays pour un besoin militaire commun, le SCAF (photo) comprend : un avion de combat ; des drones d’accompagnement ; un « cloud » de combat, « système de systèmes » qui leur permet d’être connectés et d’interagir. Les vols d’essai du démonstrateur commenceront en 2026, pour une mise en service opérationnelle du SCAF après 2050.

L’ANL/Sea Venom bipartite. Suite aux tirs de développement effectués en 2017 et 2018, le tir de qualification du missile anti-navire léger franco-britannique a été réalisé avec succès sur le site d’essais de la Direction générale de l’armement, au large de l’île du Levant (Var), à partir d’un hélicoptère. Il s’agit d’un tir à longue portée avec vol du missile à très basse puis moyenne altitude et accrochage automatique de la cible en milieu de course. Pour la première fois, il a permis la mise en œuvre de la capacité du mode « homme dans la boucle ». Ainsi, grâce à la retransmission, à bord de l’hélicoptère, de l’image de la cible observée par le missile, un opérateur, qui s’y trouvait, a pu modifier le point d’impact du missile sur la cible. L’ANL/Sea Venom doit équiper, à terme, les hélicoptères AW-159 Wildcat britanniques et les futurs Guépard français. Le programme de ce missile a été lancé en 2014, dans le cadre de la coopération franco-britannique du traité bilatéral de Lancaster House (2010).

Le Commandement de l’espace. La ministre des Armées, Florence Parly, s’est rendue au Centre national d’études spatiales (CNES) à Paris pour évoquer la future implantation du Commandement de l’espace (CdE) de l’armée de l’Air, qui deviendra « l’armée de l’Air et de l’Espace ». Le CdE sera intégré dans les locaux du CNES jusqu’en 2021 avant de s’installer dans un site temporaire de 200 postes de travail au sein du CNES. Vers 2025, il déménagera à Toulouse dans un bâtiment de 5.000 m2. Ce centre répondra à trois objectifs : renforcement des usages militaires en matière d’observation, de communications et de recueil de renseignement ; extension des capacités de connaissance de la situation spatiale ; développement d’une capacité d’action. Le centre comprendra : 400 postes de travail ; une salle d’opérations organisée autour de toutes les compétences spatiales de surveillance, d’écoute et de repérage ; un laboratoire d’innovation ; un centre de formation ; une salle technique. Ce projet mettra en synergie tous les domaines relatifs au CdE et au CNES : opérations ; formation ; innovation ; infrastructure ; ressources humaines ; domaine juridique. Le CdE doit assurer la préservation et l’intégrité des satellites français et européens. Chaque jour, les citoyens français utilisent entre 10 et 40 satellites, via leurs applications personnelles ou professionnelles. Les opérations militaires françaises nécessitent de grandes capacités d’images et de géolocalisation. Le nombre de satellites en orbite, actuellement de 1.500, devrait passer à 7.000 d’ici à 2030.

Loïc Salmon

Aéronautique militaire : perspectives capacitaires

MBDA : coopération industrielle européenne pour les missiles

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires




Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale

Indispensables à l’économie, la sécurité, l’autonomie stratégique et aux opérations militaires, les capacités spatiales sont confrontées à des risques croissants et à de nouvelles menaces.

Le 3 mars 2022 à Paris, Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et le général de division aérienne Michel Friedling, qui dirige le Commandement de l’espace (CDE), ont présenté à la presse la situation et les perspectives d’avenir dans ce domaine.

Les enjeux. Actuellement, 5.000 satellites militaires se trouvent en orbite et la Russie a réussi la destruction d’un de ses anciens satellites par un missile, rappelle Hervé Grandjean. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 4,3 Mds€ pour le renouvellement des capacités militaires spatiales. En outre, 700M€ supplémentaires permettront d’en financer trois de plus, à savoir la surveillance, la défense active et le C2 (commandement et conduite) qui permet le dialogue entre les capteurs et les systèmes d’arme d’interception. Chaque système comprend un missile, un radar de conduite de tir et l’autodirecteur du missile pour son guidage terminal sur la cible.

Les capacités militaires. Outre les services commerciaux, indique le général Friedling, le CDE dispose des programmes de satellites de communication militaires : Syracuse 4A et 4B, remplacés par Syr4C en 2029 ; Sicral 2, franco-italien ; Athéna-Fidus, franco-italien à usage également civil. Pour l’imagerie spatiale, il utilise : les services commerciaux d’Airbus Defence & Space ; les satellites du programme CSO, remplacé en 2028 par le programme Iris ; le système allemand de reconnaissance radar Sar Lupe (résolution, 1 m), bientôt remplacé par le système Sarah (résolution 35-40 cm) ; le système radar italien Cosmo SkyMed, à usages militaire et civil pour la surveillance du bassin méditerranéen. Le renseignement d’origine électromagnétique est assuré par le système CERES, remplacé par le système CELESTE en 2029. De plus, le CDE peut utiliser les systèmes de navigation Galileo (Union européenne) et Oméga (Etats-Unis, Norvège, Liberia, France, Argentine, Australie et Japon). Pour l’appui aux opérations, le programme ARES (Action et résilience spatiale) inclut des moyens de surveillance : optiques, avec les réseaux de télescopes automatiques Tarot et de capteurs GEOTracker® ; radar, avec les systèmes Satam (trajectographie des avions et des munitions), GRAVES (détection de satellites en orbite basse), qui aura un successeur en 2025, et Leolabs (Etat-Unis), capable de suivre 250.000 objets de moins de 10 cm ; de radiofréquences, avec le réseau de capteurs We Track de Safran Data Systems. En lien avec l’Agence d’innovation de défense, le LISA (Laboratoire d’innovation spatiale des armées) réunit les compétences du CNES, de l’ONERA, de la Direction générale de l’armement et d’une trentaine d’entreprises. Par ailleurs, le 28 janvier 2021, l’OTAN a décidé d’implanter, à Toulouse à proximité du CDE, un centre d’excellence dédié à l’espace auquel 14 pays ont annoncé leur participation. Du 24 février au 4 mars 2021, le CDE a organisé l’exercice spatial militaire « AsterX 2022 », mené aux niveaux opérationnel et tactique avec la Direction du renseignement militaire, la Direction interarmées des réseaux d’infrastructures et des systèmes d’information de la défense ainsi que des partenaires étrangers. En 2025, le CDE devrait compter 470 personnels civils et militaires contre 226 à sa création en 2019.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper

Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES




Défense : la météorologie, élément-clé des opérations

La connaissance de l’environnement géophysique permet d’éviter qu’il soit moins défavorable, pour soi que pour l’ennemi, et de s’en faire un allié lors d’une opération extérieure.

Le capitaine de frégate Gwendal Le Moigne, commandant le Centre interarmées de soutien météo-océanographique aux forces (CISMF), en a expliqué le pourquoi et le comment à la presse, le15 février 2018 à Paris.

Au service des forces. Grâce à la finesse des prévisions météorologiques, les premières vagues de parachutistes du débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, ont été larguées au bon moment entre deux dépressions atmosphériques, rappelle le capitaine de frégate. Installé à Toulouse à proximité du centre de prévisions de Météo France et rattaché au Commandement pour les opérations interarmées, le CISMF assure une permanence totale. Ses missions portent sur l’aide à la planification opérationnelle, l’aide à la décision pour la protection des biens et des personnes ainsi que le maintien des performances des armes et des capteurs (précision). Il s’appuie sur les bases de données de Météo France, qu’il aide à développer ses outils, le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) et les senseurs de l’armée de l’Air. S’y ajoutent des partages d’informations avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Danemark (zones couvertes par les glaces en mer du Nord), le Japon (zone Pacifique), le Etats-Unis et l’OTAN (données brutes quotidiennes). Le CISMF emploie 75 militaires et civils, dont 12 ingénieurs de Météo France détachés auprès des armées. Depuis 2012, le personnel sous-officier de l’armée de l’Air et de la Marine se forme à l’Ecole nationale de météorologie, pour les cours théoriques, et au CISMF pour la partie opérationnelle. En outre, le CISMF établit un manuel destiné aux météorologues africains pour développer leurs compétences.

Applications sur le « terrain ». Le CISMF envoie une synthèse, constituée de cartes satellitaires et de modèles informatiques, à toutes les unités françaises déployées dans le monde, afin qu’elles affinent leurs propres prévisions. Ces informations, rapides et concises, sont présentées surlignées en vert, orange et rouge, selon le niveau de vigilance recommandé, par exemple pour les opérations « Harmattan » (Libye, 2011) et « Barkhane » (Sahel, depuis 2014) ou l’exercice OTAN « Brilliant Mariner 2017 ». Elles indiquent les zones propices au largage de parachutistes ou à éviter par les pilotes de chasse. Celles du SHOM établissent des cartes très précises des zones acoustiques pour les sous-marins et les navires de surface remorquant un sonar immergé, car la température des masses d’eau influe sur la propagation du son. Elles permettent aussi à une torpille MU90, très sensible à l’environnement marin, de ne pas confondre un rocher avec un sous-marin immobile, grâce à une imagerie de haute résolution pour que son senseur voit plus loin et avec davantage de finesse. Dans une mer avec 12 m de creux, une frégate lutte pour sa survie et exclut toute mise en œuvre d’hélicoptère, d’embarcation ou de sonar. En Afrique, un orage violent, très difficile à prévoir, peut provoquer la chute du toit d’un hangar, la torsion d’une aile d’avion, des soulèvements de sable ou un flash électrique sur un drone, perturbant ses capteurs et sa mission. La température extérieure au sol détermine le choix des vêtements de l’équipage d’un hélicoptère, au cas où il se crasherait. Enfin, un vent de face gêne un missile à longue portée, qui vole moins loin et consomme plus de carburant.

Loïc Salmon

Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique




Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Opérations de rapprochement par des satellites patrouilleurs sur des satellites occidentaux, tirs de missiles antisatellites, brouillage GPS et cyberattaques en cours nécessitent de se préparer aux conflits de demain par des exercices type « SparteX ».

Le général de division aérienne Vincent Chusseau, qui dirige le Commandement de l’espace, l’a expliqué à la presse le 29 janvier 2026 à Paris.

La stratégie spatiale. Pour rester une puissance spatiale de premier rang d’ici à 2040, la France doit conserver l’accès autonome à l’espace et une industrie spatiale de défense. Cela implique de renforcer la résilience des infrastructures spatiales critiques, garantir l’autonomie opérationnelle de moyens spatiaux souverains de renseignement, d’alerte avancée et de communications. Il s’agit de renforcer les capacités françaises et européennes de surveillance de l’espace pour une autonomie d’appréciation et de décision face aux menaces orbitales et enfin de disposer d’une capacité nationale de défense active dans et vers l’espace, grâce à la mise en œuvre du système C2 (conduite des opérations et contrôle). La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 6 Mds$ pour l’espace. Le Commandement de l’espace se répartit entre Paris et la base aérienne 101 à Toulouse, qui abrite les trois quarts de l’effectif actuel de 370 personnes qui atteindra 500 en 2030. Les métiers portent sur l’action dans l’espace, le renseignement spatial, le droit spécialisé pour la planification des opérations, l’expertise numérique, le soutien, les ressources humaines, les finances et la stratégie pour appréhender les enjeux du futur dans la défense et le domaine civil. La formation dédiée à l’espace est dispensée par le Commandement de l’espace avec l’aide du Centre national d’études spatiales (CNES).

Le domaine opérationnel. Les efforts portent sur l’accélération de l’emploi de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l’acquisition de renseignements, le développement d’un système d’alerte avancée européenne, via l’initiative franco-allemande « Jewel » à l‘horizon 2030 avec une capacité spatiale, des radars de très longue portée et une capacité C2 de commandement et de fusion de l’information. Complémentaire des systèmes américains, Jewel contribuera à la défense aérienne et antimissile intégrée de l’OTAN. En octobre 2024, la France a rejoint l’opération multinationale permanente de défense spatiale « Olympic Defender », qui regroupe l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Olympic Defender vise à renforcer la coopération opérationnelle et la compréhension de l’environnement spatial par l’échange de données. Dans ce cadre à l’automne 2025, la France et les États-Unis ont mené avec succès une manœuvre orbitale de rapprochement de deux satellites. Dès 2027, la France disposera de la capacité de surveillance et d’inspection en orbite géostationnaire « Orbit Guard » pour mieux identifier les menaces suivies par deux nanosatellites patrouilleurs-guetteurs du programme « Yoda », complémentaire du programme « Toutatis » de deux nanosatellites en orbite basse.

L’exercice « SparteX ». La 6ème édition de l’exercice spatial militaire « AsterX », devenu « SparteX », se déroule sur la base aérienne 101 (8-27 février 2026) et s’intègre en finale à l’exercice interarmées « Orion 2026 » (15 février-1er mars) de conflit de haute intensité. En partenariat avec le CNES et l’Office national d’études et de recherche aérospatiales, SparteX se décompose en séquences agression, confrontation et sécurisation des opérations face à 10 menaces différentes. Il simule 4.000 satellites, organise 28 événements et mobilise 29 capteurs, 13 systèmes mission et 1 supercalculateur. Y participent l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, le Japon, la Norvège, la Grande-Bretagne, la Pologne et la Suisse.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale