Défense : vers 2 % du Produit intérieur brut à l’horizon 2025

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Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025, qui prévoit un important effort financier, devrait être voté par les deux chambres du Parlement fin juin, début juillet 2018.

Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, s’en est entretenu avec l’Association des journalistes de défense le 19 février à Paris, avant l’examen en commission.

Moderniser et renouveler. La LPM maintient, en ressources humaines et capacités technologiques, le modèle d’armée défini dans la « Revue stratégique de défense et sécurité nationale 2017 », indique Jean-Jacques Bridey. Son effort porte d’abord sur l’équipement du soldat et son entraînement, les infrastructures et le maintien en condition opérationnelle des matériels. En matière de grands programmes, elle accélère les livraisons et lance les études amont, en vue de disposer de forces armées bien équipées et entraînées à l’horizon 2030. Le Parlement se réserve un droit de contrôle en 2021, sur pièces et sur place, et le fera savoir à la presse. Si les industriels ne peuvent pas réaliser les programmes prévus, ils devront le dire dès 2019, souligne Jean-Jacques Bridey. Le remplacement du porte-avions Charles-De-Gaulle, théoriquement effectif en 2040, implique de lancer, durant la LPM, des études sur la propulsion, les catapultes et le nombre d’unités (1 ou 2), en vue d’une décision entre 2025 et 2027. Outre la grande souplesse d’utilisation qu’elle confère au Charles-De-Gaulle, la propulsion nucléaire est déjà installée sur tous les sous-marins français, d’attaque ou lanceurs d’engins. Aux Etats-Unis, des expérimentations sont déjà en cours sur des catapultes électromagnétiques, destinées à succéder aux catapultes à vapeur. Vers 2021-2022, le président de la République sera en mesure de décider le choix du ou des prochains porte-avions, avant d’en lancer l’étude de faisabilité. Un seul porte-avions à propulsion nucléaire nécessitant un arrêt technique de 18 mois tous les 10 ans, une permanence à la mer pourrait être assurée au niveau européen, estime Jean-Jacques Bridey. La Grande-Bretagne, qui va se doter de porte-aéronefs, et l’Allemagne ont déjà envoyé des frégates pour escorter le Charles-De-Gaulle en opérations. De son côté, la Belgique envisage d’acquérir des Rafale Marine, susceptibles de s’intégrer au groupe aérien de son successeur.

Cohérence interarmées. La LPM prévoit : la modernisation du Système de commandement et de conduite des opérations aérospatiales, destiné à la détection à haute et très basse altitudes ; une capacité de surveillance spatiale. Les moyens de renseignement d’origine électromagnétique (ROIM), aux niveaux stratégique et tactique, seront améliorés et complétés par 1 système CUGE (charge universelle de guerre électronique) à 3 avions, 3 satellites MUSIS (système multinational d’imagerie spatiale) et 1 système CERES (écoute et ROIM spatial). Le parc de drones MALE (moyenne altitude longue endurance) comprendra 1 système européen et 4 systèmes américains Reaper (+ 2), complétés par 4 avions légers de surveillance et de reconnaissance. Le Système d’information des armées inclura celui de l’optimisation du renseignement interarmées. Le système GEODE 4 D permettra de mieux connaître l’environnement géophysique des théâtres. Les communications seront assurées par 2 satellites Syracuse IV. Les moyens de commandement et de conduite des opérations, au niveau division de la nation-cadre (norme OTAN), incluront l’architecture de communication résiliente et les capacités de ciblage, d’opérations spéciales, de soutien interarmées et de protection NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique).

Forces navales. La LPM conserve la Force océanique stratégique à 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La flotte sous-marine comptera 6 submersibles nucléaires d’attaque, nombre inchangé mais 4 de type Barracuda. La Force d’action navale comprendra : 1 porte-avions nucléaire (inchangé) avec son groupe aérien embarqué de 42 Rafale (+1) et 2 E2C Hawkeye de guet aérien (inchangé) ; 3 bâtiments de projection et de commandement (inchangé) ; 17 frégates (inchangé), dont 2 de défense aérienne, 5 légères furtives, 8 multi-missions et 2 de taille intermédiaire ; 3 pétroliers-ravitailleurs, dont 2 de nouvelle génération ; 27 hélicoptères moyens/lourds NH90 embarqués (- 9), pour la lutte antinavire. L’action de l’Etat en mer sera assurée par : 6 frégates de surveillance (inchangé) ; 18 patrouilleurs (inchangé) ; 4 bâtiments multi-missions (+ 1) ; 4 bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers (+ 2). La guerre de mines inclura : 5 chasseurs de mines tripartites (- 6) ; 2 bâtiments porteurs ; 3 bâtiments-bases de plongeurs démineurs ; 4 systèmes de drones. L’aviation maritime, hors groupe aérien embarqué, inclura : 18 avions de patrouille ATL2 (- 4), tous rénovés ; 11 avions de surveillance (- 2) ; 45 hélicoptères légers (inchangé).

Forces aériennes. La LPM prévoit : 253 avions de combat en parc (- 1), dont 171 Rafale ; 79 pods de désignation laser (34 d’ancienne génération et 45 de nouvelle génération) ; 4 avions radar E3F Awacs (inchangé) rénovés avec liaisons de données tactiques ; 15 avions ravitailleurs, dont 12 multi-rôles et 2 de transport stratégiques A340 ; 43 avions de transport tactique (- 5), dont 25 A400M (+ 11), 14 C-130 Hercules rénovés et 4 C-130J Super Hercules (+ 2) ; 36 hélicoptères moyens (inchangé), dont 11 Caracal ; 40 hélicoptères légers (inchangé) ; 8 sections de défense sol-air SAMP TT (inchangé).

Forces terrestres. La LPM prévoit : 200 chars Leclerc (- 41), dont 122 rénovés ; 150 chars médians AMX 10RC (-100) et 150 Jaguar ; 629 véhicules blindés du combat d’infanterie(inchangé) ; 1.545 véhicules de l’avant blindé (- 1.116), 936 Griffon et 489 véhicules blindés multi-rôles (VBMR) ; 930 véhicules tactiques porteurs de systèmes d’armes, dont 200 VBMR légers d’appui Scorpion ; 1.387 véhicules blindés légers (- 7), dont 733 régénérés ; 4.983 véhicules légers tactiques polyvalents non protégés. Les forces spéciales recevront 241 véhicules dédiés et 202 poids lourds dédiés, tous de nouvelle génération. L’artillerie disposera de 109 canons Caesar (+ 32) et 13 lance-roquettes unitaires (inchangé). Le parc aérien comprendra 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque (- 17), dont 67 Tigre (+ 3) et 80 Gazelle (- 14) ; 115 hélicoptères de manœuvre (- 7), dont 70 NH90 (+ 34), 11 Puma (- 41), 26 Cougar rénovés et 8 caracal (inchangé) ; 3 systèmes de drones tactiques Patroller.

Loïc Salmon

Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 indique des crédits budgétaires de 35,9 Md€ courants en 2019, 37, 6 Md€ en 2020, 39,3 Md€ en 2021, 41 Md€ en 2022 et 44 Md€ en 2023. La croissance annuelle de 1,7 Md€, de 2019 à 2022, atteindra 3 Md€ en 2023. Une actualisation de la LPM en 2021 devrait préciser le niveau de ressources pour 2024 et 2025, afin de tenir compte de la situation macroéconomique en vue de consacrer 2 % du produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. Seuls les Etats-Unis, la Grèce, la Grande-Bretagne, l’Estonie et la Pologne y sont déjà parvenus en 2016.




Défense : nécessité de préserver la souveraineté spatiale

La puissance spatiale d’un État se trouve limitée par les menaces d’un État compétiteur, mais aussi par l’importance prise par des entreprises spatiales privées.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 1er avril 2026 à Paris, par le magazine hebdomadaire Le Point. Caroline Laurent, directrice des Systèmes orbitaux et des Applications au Centre national des études spatiales et experte de l’armement et des systèmes, y est intervenue.

Menaces en tous genres. Sur le plan militaire, les détecteurs des satellites d’observation peuvent être brouillés et les caméras aveuglées par des armes laser. Déjà, des satellites russes se sont rapprochés volontairement de ceux de la France. Par ailleurs, il n’y avait que 13.000 objets en orbite en 2019, quand le milliardaire américain Elon Musk décidé d’investir dans l’espace. Depuis, sa société SpaceX a mis 10.000 satellites en orbite. Blue Origin du groupe américain Amazon veut en rajouter 15.000. La Chine envisage de constituer deux constellations de 15.000 satellites chacune, l’une pour les concurrencer et l’autre pour les besoins nationaux. Cette multiplication des satellites en orbite, qui devrait se poursuivre, devient une menace pour le fonctionnement et la durabilité des opérations dans l’espace. S’y ajoute une menace économique, lorsqu’une entreprise privée, capable de fabriquer des satellites peu chers, pourra rendre viable un modèle de lanceur réutilisable, possibilité considérée comme inutile il y a dix ans. Début 2026, SpaceX, disposant de suffisamment de stellites, a décidé d’abaisser leurs orbites, ce qui les rapprochera de celles des satellites d’observation d’autres nations. Celles-ci devront donner leurs coordonnées pour éviter des collisions, impliquant une perte de souveraineté importante. SpaceX se constitue ainsi progressivement un catalogue, alors que les États-Unis savent déjà tout ce qui se passe dans l’espace en temps réel. Toutefois, aux niveau français et européen, des industriels et des startups travaillent dans ce domaine pour atteindre une certaine autonomie. Par ailleurs, des satellites descendant à 1.000 km d’altitude risquent de se désintégrer dans l’atmosphère et de multiplier le nombre, déjà considérable, de débris en orbite. Vu qu’une collision volontaire entre satellites au-delà de 400-500 km constituerait une menace réelle pour tous les pays en disposant, les essais d’armes antisatellites (par la Russie et la Chine) ont été effectués en dessous de ces altitudes.

Moyens de prévention. Le rapprochement volontaire de satellites à la limite de la collision s’apparente à de la dissuasion. Il démontre la capacité de destruction de l’assaillant, mais dont la mise en œuvre perturberait ses propres satellites sur la même orbite. Les technologies de l’intelligence artificielle permettent le traitement au sol de grandes masses de données en temps réel, malgré la rapidité des mouvements. Les algorithmes parviennent à positionner tout ce qui bouge dans l’espace, y compris les débris. Une trajectoire évoluant de façon bizarre correspond à un satellite manœuvrant. L’attribution de cette manœuvre reste difficile et nécessite une interprétation reposant sur une solide expérience du traitement de données par l’intelligence artificielle. Au cours des derniers mois, des objets considérés comme des débris se sont mis à manœuvrer. En fait, un gros satellite, déjà placé en orbite géostationnaire (36.000 km d’altitude au-dessus de l’Équateur) par une fusée, a libéré des petits satellites, comme une poupée gigogne. Par ailleurs, les États-Unis peuvent empêcher des opérateurs de satellites non-américains d’émettre sur leur territoire. En Europe, des réflexions sont en cours sur une réglementation limitant l’allocation d’opérations spatiales de Starlink, service de connexion internet à très gros débit de SpaceX. Or dans certains endroits, seul Starlink est accessible et quelques pays européens ne sont guère favorables à une limitation de Starlink.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et de l’Espace : capacité spatiale opérationnelle

Armée de l’Air et de l’Espace : les enjeux du spatial militaire

Espace : composante clé dans un conflit de haute intensité




Asie du Sud : Inde et Pakistan se veulent des puissances nucléaires responsables

Vecteurs de leur armes nucléaires, les missiles balistiques de l’Inde et du Pakistan affectent la sécurité régionale. La maîtrise des armements, réelle au niveau bilatéral, reste faible quant aux instruments juridiques internationaux.

Seule l’Inde a adhéré, en 2016, au Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC, voir encadré). Emmanuelle Maitre et Lauriane Héau, chargées de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, ont présenté la situation en Asie du Sud dans une note publiée à Paris en mars 2021.

Arsenaux balistiques. L’Inde a procédé avec succès à l’explosion d’un premier engin nucléaire en 1974 et le Pakistan en1998. Tous deux ont développé des technologies balistiques dès les années 1960. L’acquisition de missiles balistiques a été motivée par le statut et le prestige qui en résultent, la capacité d’infliger des dommages considérables, par l’emport d’armes de destruction massive (nucléaires, chimiques ou biologiques), et l’effet psychologique associé à une frappe éventuelle. Les tensions entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Inde et la Chine ont contribué au développement des arsenaux dans la zone Asie-Pacifique. Parallèlement à la recherche et au développement dans le domaine spatial, l’Inde a lancé des programmes de missiles dans les années 1970 et 1980. Dans la catégorie des missiles balistiques à courte portée (SRBM, jusqu’à 1.000 km), elle a mis au point, à partir de 1988, les Prithvi-I, II et III, Agni-1 et Dhanush et développe le Prahar. Elle dispose aussi du missile Agni-2 à moyenne portée (MRBM, de 1.000 à 3.000 km). Les missiles Agni-3 et 4 ont des portées intermédiaires (IRBM, de 3.000 à 5.000 km). Les Agni- 5 et 6, en développement, entrent dans la catégorie des missiles intercontinentaux (ICBM, au minimum 5.500 km). Le Sagarika K-15, réalisé, et le Sagarika K-4, en développement, pourront être tirés d’un sous-marin (SLBM, plus de 5.500 km). En outre, l’Inde a lancé un programme de défense anti-missile. De son côté, le Pakistan a poursuivi simultanément ses recherches spatiales et balistiques. Dès 1989, il a commencé les essais des SRBM Haft-1 et 2, suivis de ceux des Haft-3, 4 et 9. Dans la catégorie des MRBM, il dispose des Haft-5 et 6 et met au point les Ababeel et Shaheen 3. En outre, il développe plusieurs IRBM avec l’aide de la Corée du Nord (technologie Nodong) et de la Chine (achat de missiles M-11). De plus, il investit dans le système chinois LY 80 de défense aérienne à basse et moyenne altitudes et aurait acquis des « MIRV », à savoir des ogives de missiles capables d’emporter plusieurs bombes nucléaires et de les envoyer sur diverses cibles parfois distantes de centaines de km les unes des autres. Par ailleurs, dans la catégorie des missiles de croisière, l’Inde développe les BrahMos et Nirbay et le Pakistan les Ra’ad et Babur. Tous seront capables d’emporter une arme nucléaire ou une charge militaire conventionnelle.

Domaine spatial. A l’exception des Maldives, tous les Etats d’Asie du Sud possèdent au moins un satellite ou participent à sa mise en œuvre. Ainsi, l’Inde a construit le centre spatial Satish Dharwan à Sriharikola et la station équatoriale de lancement de fusées à Thumbo-Thiruvananthapuram. Sa présence s’affirme sur l’ensemble du spectre du domaine spatial : lanceur ; fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique ; satellite militaire ; vol interplanétaire. Le Pakistan s’en rapproche : fusée sonde ; satellite de communications ; satellite d’observation terrestre ; satellite à vocation scientifique. Le Sri Lanka exploite des satellites de communications et à vocation scientifique. Le Bangladesh se limite aux satellites de communications ou à vocation scientifique. Actuellement, les satellites à vocation scientifique suffisent au Népal et au Bhoutan et ceux de communications à l’Afghanistan. L’exploitation pacifique des satellites porte notamment sur l’agriculture ou la réponse aux catastrophes naturelles. Toutefois, l’essai réussi d’une arme antisatellite par l’Inde en 2019 inquiète la communauté internationale, car tout nouvel essai d’une telle arme rendrait l’espace dangereux pour les entreprises civiles. Avec l’émergence du « New Space », industrie spatiale née aux Etats-Unis, des entités privées peuvent en effet utiliser des constellations de petits satellites en vue de développer des produits commerciaux. En conséquence, des petits systèmes de lancement pourraient envoyer dans l’espace des objets, dont certains risqueraient d’être confondus avec des missiles.

Freins limités à la prolifération. Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka ont ratifié (ou adhéré à) la Convention internationale sur les armes chimiques et à celle sur les armes biologiques. Tous ont envoyé un rapport initial au « Comité 1540 », créé en application de la Résolution 1540 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée à l’unanimité le 28 avril 2004. Cette résolution stipule « que tous les États doivent s’abstenir d’apporter un appui, quelle qu’en soit la forme, à des acteurs non étatiques qui tenteraient de mettre au point, de se procurer, de fabriquer, de posséder, de transporter, de transférer ou d’utiliser des armes nucléaires, chimiques ou biologiques ou leurs vecteurs, en particulier à des fins terroristes. » Toutefois, aucun n’a soumis au Comité 1540 de plan national de mesures de prévention de la prolifération de ces armes et de leurs vecteurs. Par ailleurs, l’Inde et le Pakistan n’ont pas ratifié le Traité sur la prolifération des armes nucléaires ni le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et ni le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Cependant, l’Inde a signé un protocole additionnel avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, ouvrant la voie à un accord de coopération avec les Etats-Unis en 2006. Quant à la lutte contre la prolifération de missiles balistiques, le Pakistan s’abstient systématiquement lors des votes des résolutions bi-annuelles de l’ONU en faveur du HCoC. Toutefois, l’Inde et le Pakistan ont conclu un accord en 2005, prolongé en 2011 et portant sur un préavis de 72 heures des essais en vol de missiles balistiques, en fixant des limites géographiques et des trajectoires claires pour ces essais.

Loïc Salmon

Seul instrument multilatéral centré sur les vecteurs d’armes de destruction massive, le Code de conduite de La Haye contre la prolifération des missiles balistiques (HCoC), créé en 2002, compte 143 Etats signataires en décembre 2020. Ceux-ci s’engagent à : respecter les traités de l’ONU et les conventions internationales sur la sécurité spatiale ; soumettre une déclaration annuelle sur leurs capacités en matière de missiles balistiques et leur politique nationale sur la non-prolifération et le désarmement ; envoyer des notifications préalables à tout lancement de missile balistique ou de lanceurs spatial. L’Autriche, qui assure le contact central immédiat du HCoC, met ces informations en ligne sur une plateforme réservée aux Etats signataires. Ceux-ci s’engagent à la plus grande retenue dans le développement de leurs capacités balistiques, sans pour autant y renoncer. Le HCoC permet d’accroître la transparence, d’éviter tout malentendu et de développer pacifiquement des activités spatiales.

Missiles balistiques : limitation, mais prolifération quand même

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Inde : du non-alignement à la volonté de grande puissance




Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Le Traité international de 1967 sur l’espace présente des ambiguïtés en matière de « militarisation » (moyens de soutien d’opérations à terre) et « d’arsenalisation » (mise en orbite d’armes). Cela sert les intérêts des grandes puissances, qui mettent ce qu’elles veulent dans l’espace.

Cette question a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 5 avril 2016 à Paris, par  le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Y sont notamment intervenus : Philippe Achilleas, professeur à l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications ; Xavier Pasco, chercheur à la FRS ; Isabelle Sourbès-Verger, chercheur au Conseil national de la recherche scientifique ; Florence Gaillard-Sborowsky, chercheur à la FRS.

Les armes antisatellites (ASAT). L’utilisation pacifique de l’espace est une utopie, estime le professeur Achilleas. D’abord, l’espace peut servir pour le transit d’armes de destruction massive et le placement d’armes autres que celles-ci. S’y ajoute la faiblesse des mécanismes de vérification, en raison de diverses dérogations : observation des vols spatiaux, autorisée sur une base de coopération (article X du Traité de 1967) ; droit de visite des installations, après notification préalable (article 15 de l‘Accord sur la Lune de 1979) ; informations trop générales sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace, dont la surveillance et l’identification est requise uniquement en cas de dommage (Convention de 1975). Officiellement, aucune puissance spatiale n’annonce de programme ASAT opérationnel (brouillages de communications ou explosions volontaires). Seules sont connues des capacités technologiques expérimentales ou de programmes passés. Ainsi, des programmes à énergie cinétique ont été testés et développés : basés dans l’espace (16 américains et 8 russes) ; au sol (12 américains et 3 russes) ; aéroportés (4 américains et 2 russes). Mais il est difficile d’avérer un programme ASAT avec certitude. Les essais sans satellite cible ne se distinguent pas d’essais antibalistiques. Les essais de microsatellites ont des objectifs inconnus, sur lesquels les États laissent planer le doute. En outre, des programmes « noirs » (sans information) peuvent exister. Enfin, certains programmes sont potentiellement utilisables en ASAT rapidement, comme le programme « Pegasus » de la société américaine Orbital Sciences Corporation.

Les États-Unis en tête. Les programmes ASAT américains ont connu des dynamiques différentes et ont conduit à une arsenalisation de l’espace, explique Xavier Pasco. Entre 1960 et 1990, les gouvernements successifs estiment nécessaire de combler le retard vis-à-vis de l’URSS, qui aurait une avance considérable en matière de missiles intercontinentaux à têtes nucléaires et de lanceurs de satellites. Il s’ensuit un débat intense sur la politique extérieure des États-Unis, lors des campagnes présidentielles et entre les pouvoirs exécutif et législatif. Le programme spatial doit permettre de déceler les missiles soviétiques, d’élaborer les frappes des États-Unis et de protéger les satellites américains. Le système antibalistique doit faire exploser les missiles intercontinentaux dans l’espace et détruire les satellites adverses. Progressivement, le risque de destruction mutuelle assurée (acronyme MAD en anglais) conduit à un dialogue avec l’URSS, qui aboutit aux traités de limitation des armes nucléaires stratégiques SALT I (1972) et SALT II (1979). En même temps que SALT I, un traité est signé sur les systèmes de défense anti-missile, lequel en autorise un autour de Moscou et un pour protéger le site de lancement américain dans le Dakota du Nord. Les tests ASAT sont gelés, mais la fabrication de satellites espions, garants de la dissuasion nucléaire, reste « sanctuarisée ». Pour les États-Unis, le maintien du programme ASAT constitue un outil de négociation future avec l’URSS. Reliquat du système antimissile balistique, le projet de « guerre des étoiles » (acronyme IDS en anglais) lance une réflexion sur ses conséquences. Après la disparition de l’URSS fin 1991, la politique spatiale américaine bascule. Le contrôle de l’espace orbital devient un intérêt national pour la conduite des opérations militaires à terre. Compte tenu de l’importante avance technologique des États-Unis, l’espace quitte le débat politique. Toutefois, les systèmes spatiaux militaires, devenus des cibles pour un adversaire éventuel, perdent leur « sanctuarisation ».

La Russie, à la suite de l’URSS. La Russie est habituée aux invasions et reconquêtes, alors que la culture militaire américaine vise à protéger les populations civiles des effets de la guerre, rappelle Isabelle Sourbès-Verger. Pendant l’ère soviétique, elle mise sur la menace qu’elle représente pour les États-Unis. Le programme ASAT, qui doit protéger les satellites espions, sert à gérer les crises depuis celle de Cuba (1962) et à éviter tout « dérapage », mais non à détruire les satellites adverses. L’IDS et la remise en cause de la MAD ont notamment conduit l’URSS au dialogue avec les États-Unis, afin de lui permettre de combler son retard sur le plan économique. La Russie d’aujourd’hui tente d’éviter une militarisation à outrance pour préserver sa capacité civile de recherche et développement et pour maintenir sa compétence spatiale à parité avec celle des États-Unis et vis-à-vis de la Chine, estime Isabelle Sourbès-Verger.

Vers une diplomatie spatiale. L’exploitation politique de l’espace s’est renforcée par ses conséquences juridiques (droit international) et militaires, estime Florence Gaillard-Sborowsky. La sécurité spatiale englobe la militarisation, l’arsenalisation, les débris divers en orbite et la météorologie de l’espace. La diplomatie de l’espace se structure selon trois axes : objet d’une conduite bilatérale ou multilatérale ; au service d’un objectif de politique étrangère ; en soutien de l’activité diplomatique d’un pays (observation, télécommunications, recueil d’information). Les États-Unis, qui redoutent les menaces contre leurs satellites, envisagent l’installation d’armes en orbite et se refusent à toute déclaration du type « pas d’emploi en premier ». Par ailleurs, l’arsenalisation de l’espace nécessite d’énormes investissements technologiques et financiers. Toutefois, des moyens technologiques, aux possibilités ASAT réelles, se développent dans d’autres domaines, comme le système laser anti-débris, basé dans l’espace ou au sol.

Loïc Salmon

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

Selon l’article IV du Traité international de l’espace (1967), les États parties s’engagent à : ne mettre sur orbite autour de la Terre aucun objet porteur d’armes nucléaires ou de tout autre type d’arme de destruction massive ; ne pas installer de telles armes sur des corps célestes ; ne pas placer de telles armes, de toute autre manière, dans l’espace extra-atmosphérique. Tous les États parties au traité utiliseront la Lune et les autres corps célestes exclusivement à des fins pacifiques. Sont interdits sur les corps célestes : l’aménagement de bases et installations militaires et de fortifications, les essais d’armes de tous types et l’exécution de manœuvres militaires.




Union européenne : présidence française, acquis de la défense

L’engagement écrit de nouveaux financements pour l’acquisition de capacités de défense, obtenu lors de la présidence de la France au premier semestre 2022, manifeste le réveil stratégique de l’Union européenne (UE).

Ce dernier et la « boussole stratégique », actualisée en cohérence avec le nouveau concept stratégique de l’OTAN, ont été présentés à la presse, le 7 juillet 2022 à Paris, par Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées.

L’Europe puissance. Véritable Livre blanc de la défense de l’UE à l’horizon 2030, la boussole stratégique a été adoptée par les 27 Etats membres. L’invasion de l’Ukraine, le 22 février, a rendu nécessaires la crédibilité de l’OTAN et sa coordination avec l’UE pour dissuader la Russie d’attaquer l’un des membres de l’Alliance atlantique. La boussole stratégique sera mise en œuvre et déclinée en liaison étroite avec la République tchèque puis la Suède, qui succèdent à la France à la tête du Conseil européen jusqu’au 30 juin 2023. Elle porte d’abord sur une capacité de déploiement rapide, adossée à des processus de décision plus flexibles, plus réactifs et plus adaptés aux besoins des pays partenaires. Les missions PSDC (politique de sécurité et de défense commune) seront rénovées pour permettre des coopérations structurelles, plus en soutien des besoins de souveraineté des partenaires de l’UE et des modalités d’actions. Un investissement de l’ensemble des Etats membres doit garantir un accès sûr à l’espace, au cyber et à la haute mer, domaines contestés, avec les lancements d’une présence maritime coordonnée dans l’océan Indien et d’une stratégie spatiale avec l’exercice Aster X, tenu à Toulouse le 4 mars. Outre la zone indopacifique, l’accent a été mis sur les Balkans et l’Afrique. Le dialogue entre l’UE et les Etats-Unis a repris en matière de sécurité et de défense. Conçue pour la gestion de crise dans les Balkans ou en Afrique, la « Facilité européenne pour la paix », instrument extrabudgétaire créé en 2021, visait d’abord à financer les équipements et armements des troupes des EUTM (missions de formation de l’armée d’un pays tiers). Depuis, elle a été mobilisée pour fournir des armes à l’Ukraine pour un montant de 2 Mds€.

La BITD européenne. Des réponses urgentes ont été apportées pour combler les lacunes capacitaires. Lors de sa réunion des 24 et 25 mars et avant même l’adoption de la boussole stratégique, le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement a demandé à la Commission européenne et à l’Agence européenne de défense de proposer des solutions de court et moyen termes pour soutenir et renforcer la base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne. En outre, il a décidé de créer un « hub » (plateforme) en charge de l’innovation au sein de l’Agence européenne de défense. Par ailleurs et sur sa demande, la Commission européenne a proposé la création de deux nouveaux instruments d’incitation à l’acquisition conjointe d’équipements militaires. Le premier est un plan d’urgence pour réapprovisionner les stocks de matériels pour un montant de 500 M€ sur 2022-2024, soutenu par le budget de l’UE. Le second consiste en un programme européen d’investissements de défense pour faciliter l’achat conjoint, via des exemptions de taxe à la valeur ajoutée et des flexibilités réglementaires. Il offre la possibilité de mobiliser des financements du budget de l’UE pour renforcer la BITD. Même après la guerre en Ukraine, les dépenses de défense devraient continuer à augmenter de façon significative, estime Alice Guitton.

Loïc Salmon

OTAN : actualisation du concept stratégique et complémentarité navale franco-américaine

Océan Indien : espace de coopération internationale

Armée de l’Air et de l’Espace : imaginer et mettre en œuvre une défense spatiale




Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

La France dispose des moyens de développer les technologies nécessaires à sa souveraineté, assurée notamment par la dissuasion nucléaire, grâce aussi à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce dernier a été présenté à la presse, le 22 mars 2018 à Paris, par l’ingénieure générale Caroline Laurent, directrice de la stratégie de la Direction générale de l’armement (tutelle de l’ONERA), et Thierry Michal, directeur technique général de l’ONERA.

Préparation de l’avenir. L’innovation, en coordination avec l’intelligence artificielle, est vitale pour la supériorité opérationnelle. Outre une meilleure appréhension des menaces futures, elle permet de préparer les armes pour les contrer, souligne l’ingénieure générale. Le budget innovation de la défense a été porté à 1 Md€ pour en renforcer le socle technologique et construire davantage de démonstrateurs. L’ONERA, qui remplit une mission de service public pour la recherche appliquée, travaille avec les ministères des Armées et de la Recherche, la Direction générale de l’aviation civile, les industriels et les start-ups des secteurs aéronautique et spatial. Son fonctionnement est assuré à 49 % par des subventions de l’Etat et à 51 % par des contrats commerciaux. Ses travaux dans les domaines hypersonique et de la furtivité (signature radar très faible), qui relèvent exclusivement de la défense, préparent les ruptures technologiques, en lien avec la dissuasion nucléaire, les systèmes de défense aérienne et ceux du combat aérien. En matière de ruptures technologiques, indique l’ingénieure générale, il s’agit de maîtriser les concepts avant de les partager, notamment avec Singapour pour éviter de trop dépendre des Etats-Unis. Outre des installations « stratégiques », l’ONERA dispose de savoir-faire complexes dans l’aérodynamique, l’énergie, les matériaux composites pour la furtivité, les capteurs, l’optronique et le traitement de l’information.

Expertise de référence. Dans le domaine aérospatial, l’ONERA apporte son expertise à l’Etat, répond aux enjeux du futur, contribue à la compétitivité de l’industrie et prépare la défense de demain, explique son directeur technique général. Pour cela, il dispose de 70 ans d’expertise, d’un niveau scientifique de premier rang mondial, de 2.000 collaborateurs (300 doctorants et post-doctorants) répartis sur 8 sites, d’un budget annuel de 235 M€ et de 12 souffleries utilisables par des clients étrangers (premier pôle de compétences en Europe). Il coopère avec la NASA américaine, le Centre national d’études spatiales et MBDA (missiles balistiques, porteurs et interfaces entre eux pour la dissuasion nucléaire). Il participe à tous les grands programmes : radars ; Rafale ; avion de transport tactique A400M ; hélicoptères civil H-160/HIL à pales silencieuses ; drone européen nEUron (furtivité) ; BLADE pour les études de pénétration des futurs missiles face à des défenses aériennes et pour la définition d’architecture du système de combat aérien futur. En matière de défense, la télécommunication optique permet furtivité et discrétion avec un débit important de bandes passantes. Les études sur le radar à longue portée pour l’observation des satellites, lancées en partenariat avec Thales, ont débouché sur des essais en 2017 en vue d’une qualification en 2019. Le radar Graves détecte, entre 400 km et 1.000 km d’altitude et avec une description précise de leurs orbites, les satellites espions représentant une menace pour les forces. Vers 2030, il devrait pouvoir déceler des objets d’une taille inférieure à 10 cm et encore plus éloignés.

Loïc Salmon

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

Drones : préparer le combat aérien de demain

Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance




Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Le Commandement de l’espace (CdE) développe en permanence ses capacités de surveillance et de réaction aux menaces croissantes dans ce domaine.

Le général de brigade aérienne Philippe Dedobbeleer, adjoint au commandant de l’Espace, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 8 juin 2021 à Paris, par l’Association des auditeurs IHEDN région Paris Ile-de-France.

Montée en puissance. Organisme interarmées, le CdE dépend directement du chef d’Etat-major des armées pour la stratégie, les capacités, la coopération internationale et les opérations. Il est rattaché à l’armée de l’Air et de l’Espace pour l’expertise, la préparation des forces, la mise en œuvre de contrats opérationnels, l’élaboration de la doctrine et le retour d’expérience dans le domaine spatial et enfin la maîtrise des risques. La pleine capacité des opérations spatiales militaires devrait être atteinte vers 2030. La tutelle du CdE sur le Centre national d’études spatiales (CNES) de Toulouse sera redéfinie pour y concentrer l’expertise de l’écosystème spatial. Celui-ci comprend des entreprises, des pôles de compétitivité et des centres universitaires à Paris, Lille, Saint-Quentin, Mulhouse, Besançon, Lyon, Grenoble, Nice, Marseille, Toulon, Bordeaux, Brest, Rouen et Cayenne (Centre spatial de Kourou). Le centre spatial de Toulouse verra ses effectifs passer de 200 personnes en 2019 à 500 en 2025. Il devra voir et écouter l’espace, mieux et plus loin, par l’acquisition de données par des satellites (optique, radar et infrarouge) à orbites basses, moyennes et hautes. Vu le nombre croissant d’objets divers dans l’espace à suivre pendant toute leur durée de vie, les données s’accumulent, de quelques mois à plusieurs décennies. La capacité de calcul à haute performance de l’intelligence artificielle permettra de traiter leur comportement quasiment en temps réel et, le cas échéant, d’agir vite puis rendre compte aux niveaux stratégique et tactique.

Innovation continuelle. Le CdE va construire un incubateur d’innovation dédié à l’espace militaire et ses applications. Dans un environnement sécurisé, un réseau aura pour missions de capter des idées, concrétiser des projets et conduire des expérimentations dans les laboratoires existants. A cet effet, l’Agence de l’innovation de défense développe des liens avec le CNES, la Direction générale de l’armement (DGA), la Direction du renseignement militaire, l’Office national d’études et de recherches aérospatiales et les partenaires alliés.

Souveraineté et interopérabilité. Le développement d’un système spatial militaire constitue un enjeu de souveraineté numérique et d’autonomie stratégique, souligne le général Dedobbeleer. Celui d’une compréhension commune avec des pays alliés permet une interopérabilité des moyens avec des standards techniques identiques (doctrine, capacités et opérations). En février 2020, la France a adhéré à « l’Initiative opérations spatiales interalliées » (sigle anglais CSpO) et y a rejoint les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce forum de réflexion et d’échanges vise à coordonner les capacités alliées, en augmenter la résilience pour assurer le soutien aux opérations multi-domaines (terre, air, mer, cyber et spatial), garantir la liberté d’accès à l’espace et y protéger, en coalition, les moyens qui s’y trouvent. Il donne lieu à des travaux réguliers, auxquels participent le CdE, la DGA et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : création du « Commandement de l’espace »

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique




Espace : dissuasion nucléaire et souveraineté européenne

Outre la crédibilité de la dissuasion nucléaire, les satellites assurent les communications, le guidage et le renseignement indispensables à la conduite des opérations extérieures. Face aux menaces émergentes, la surveillance de l’espace nécessite une coopération européenne, civile et militaire.

Les perspectives de la politique spatiale française ont été abordées au cours d’une conférence-débat organisée, le 8 décembre 2016 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : un colonel du Commandement interarmées de l’espace de l’État-major des armées ; un représentant d’Airbus Safran Launchers (ASL), co-entreprise des groupes européen Airbus (50 %) et français Safran (50 %) constituée pour le programme de la fusée Ariane 6.

Autonomie stratégique. Selon le colonel, l’espace permet d’abord d’acquérir des données partout dans le monde, discrètement, légalement et sans engager de vie humaine. En outre, il offre un service global au sol avec des infrastructures légères. Toutefois, il reste soumis à des programmes complexes, un cadre juridique « pacifiste » et une mécanique spatiale contraignante. Les armées françaises disposent de toutes les capacités spatiales pour entrer en premier sur un théâtre : optique avec les 2 satellites Hélios 2 (militaires) et les 2 Pleiades (observations civile et militaire) ; radar avec les 5 SAR-Lupe (militaires, en coopération avec l’Allemagne) et 4 Cosmo-SkyMed (duaux, avec l’Italie) ; écoute avec le démonstrateur Elisa composé de 4 satellites ; télécommunications avec les systèmes Syracuse III (2 satellites), Athena-Fidus et Sicral 2 ; surveillance de l’espace par le système Graves ; accès au GPS P/Y pour les positionnement, navigation et datation. Entre 1991 (guerre du Golfe) et 2014 (intervention au Levant), la résolution des images est passée de 50 m à 10 m et leur nombre de 70/jour à 680/jour. Elle permet d’évaluer les dégâts sur un carré de 60 km de côté en complément des autres moyens (drones et avions), d’observer jour et nuit et par tout temps, en comparant les images optique et radar. En remontant dans le temps, l’imagerie spatiale facilite l’appréciation de la situation du théâtre et aide à la décision : détection du déploiement russe en Syrie (observation d’une base aérienne) ; construction d’une piste d’envol sur une île en mer de Chine. Cartes et modèles numériques de terrain sont réalisés à partir d’une image satellite verticale, suivie d’une « vectorisation » des arêtes de structures (bâtiments et routes) et d’une exportation du modèle en 2 dimensions pour l’aide au guidage d’un missile.

Évolution du contexte. Entre 1960 et 1995, l’espace acquiert une dimension stratégique : outil de souveraineté (autonomie d’appréciation de la situation et indépendance d’action), symbole de puissance (volonté politique et capacités financière, technique et industrielle) ; capacités mondiales limitées et sous contrôle étatique ; prolifération des satellites maîtrisée ; besoins opérationnels (planification, confidentialité élevée et nombre d’utilisateurs réduit) ; mise en place d’une logique métier (météorologie, télécommunications, renseignements d’origines optique et électromagnétique). De 1996 à 2016, l’espace est utilisé au profit des opérations. Les conflits évoluent : imprévisibilité ; opérations menées en coalition ; forces adverses mêlées à la population civile et n’utilisant que peu l’espace. En outre, la démocratisation de l’utilisation des moyens spatiaux militaires ouvre des capacités stratégiques par la multiplication des « clients » et la diversité de leurs besoins. Elle facilite l’acquisition de capacités complémentaires en matière de services, coopérations et contrats commerciaux. Demain, l’espace sera contesté, congestionné et compétitif prévient le colonel. Les menaces sur les systèmes spatiaux militaires incluent : armes antisatellites (lasers et micro-ondes) ; brouillage des liaisons ; cyberattaques contre les stations sol ; utilisation de moyens spatiaux par l’adversaire sur le territoire national et pendant les opérations extérieures ; dissimulation d’activités hostiles dans la densité du trafic. D’ici à 2030, la politique spatiale militaire devrait porter sur : la surveillance de l’espace ; le renouvellement des capacités (observation, renseignement d’origine électromagnétique, télécommunications et système de navigation mondiale) ; capacité d’alerte avancée.

Surveillance et résilience. L’espace a pris un virage commercial, explique le représentant d’ASL. De nouveaux acteurs sont apparus : les « start up » et les géants américains de l’internet (Google, Apple, Facebook et Amazon), qui y déploient 600 satellites. En outre, les coûts de lancement des satellites en orbite géostationnaire a diminué de moitié en 20 ans. Dans le domaine spatial, aujourd’hui à 50 % civil et 50 % militaire, les recherches et technologies développées à des fins commerciales trouvent des applications militaires, multipliant ainsi les menaces intentionnelles et fortuites. Les systèmes de détection infrarouge repèrent les décollages de fusées civiles, qui ravitaillent la station spatiale internationale, et de missiles, pour évaluer leur trajectoire et identifier l’agresseur. États-Unis, Russie et Chine développent des systèmes antisatellites. L’Inde et le Japon en sont, potentiellement, capables. Le Pakistan, Israël et la Corée du Nord pourraient, techniquement, faire exploser une arme nucléaire dans l’espace, créant une impulsion électromagnétique aux graves conséquences. Face à ces menaces, seuls les États-Unis disposent d’un système qui détecte tout objet de quelques centimètres dans l’espace. Pour les autres pays, les réponses accessibles portent sur la surveillance et le renseignement, en profitant des initiatives industrielles à coût raisonnable (optique et laser) et en multipliant les sources de caractérisation et d’identification (imagerie, analyse spectrale et alerte avancée). La résilience met en œuvre : protection des satellites et segment sol ; durcissement des moyens de communications ; antibrouillage ; architectures robustes ; capacités d’évitement ; « boîtes noires » ; gestion de fin de vie des satellites et des débris spatiaux. La dissuasion contre toute menace spatiale repose notamment sur l’autoprotection des satellites et le développement de véhicules de destruction des armes antisatellites.

Loïc Salmon

Espace : nécessité d’une capacité commune de surveillance

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Défense antimissile : surtout protection des forces, moins celle des populations

Lors de sa visite à Airbus Safran Launchers le 14 décembre 2016 à Paris, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a souligné les enjeux de la filière des lanceurs de satellites : synergie entre les mondes civil et militaire et complémentarités technologiques et industrielles ; coopération entre l’État et l’industrie ; autonomie de l’Union européenne d’accès à l’espace. Le programme Ariane 6 vise à garantir aux États membres la mise sur orbite de leurs outils de souveraineté et l’indépendance économique aux fabricants de satellites européens et à leurs clients. Tous les sous-marins nucléaires français lanceurs d’engins sont équipés des missiles M51, la version M51.2 est opérationnelle et la réalisation de la version M51.3 a été lancée.




Défense : l’innovation, pour la supériorité opérationnelle et l’autonomie stratégique

Espace, Robotique, hypervélocité et stratégie capacitaire pour la maîtrise des fonds marins sont pris en compte par le ministère des Armées dans l’hypothèse d’un engagement majeur d’ici à 2030.

Selon le « Document de référence de l’orientation de l’innovation de défense » publié le 21 juillet 2022, le ministère bénéficiera de financements dans le cadre du Plan d’investissements France de 34 Mds€ sur 5 ans, lancé en octobre 2021, et du Fonds européen de défense. Le document de référence intègre les ajustements de la loi de programmation militaire 2019-2025 en matière de cyberdéfense, défense NRBC (nucléaire, biologique, radiologique et chimique) et lutte anti-drones. Par ailleurs, le réseau de 9 « clusters » (regroupements d’entreprises) d’innovation technique de la Direction générale de l’armement démultiplie l’action de l’Agence de l’innovation de défense.

Frappe dans la profondeur. A l’horizon 2030, la principale menace porte sur la contestation d’espaces et d’accès par des moyens de défense aérienne, à savoir des radars et des systèmes surface-air intégrés en réseaux maillés, éventuellement utilisés en coordination avec une aviation de combat. Des barrières de défense navales de plusieurs centaines de kilomètres de large ou de profondeur peuvent gêner certains modes d’action offensifs et défensifs. La capacité de frapper des cibles à haute valeur ajoutée dans la profondeur du dispositif adverse, en mer ou à terre en limitant les risques, nécessite de pouvoir agir depuis le territoire national, à partir de bases aériennes projetées, d’emprises terrestres avancées ou depuis la mer. Cela implique diverses préparations : développement du futur missile antinavire et du futur missile de croisière mis en œuvre à partir de plateformes aériennes ou navales ; rénovation à mi-vie du missile de croisière naval ; mise au point de futurs matériaux énergétiques de défense ; montée à maturité des technologies des planeurs hypersoniques pour faire face à l’évolution des défenses et aux stratégies de déni d’accès de l’espace aérien ; évaluation des technologies de missiles pour répondre à la frappe sol-sol longue portée ; maintien de la capacité d’innovation dans le domaine des missiles ; développement de technologies pour l’artillerie électrique.

Systèmes spatiaux. Face aux menaces de déni d’accès (enjeu de souveraineté) et de leurrage (enjeu industriel), la navigation par satellite doit disposer de récepteurs intégrables dans les systèmes d’armes. La « Navwar », qui correspond à la maîtrise du spectre sur les bandes de fréquences de GNSS (système de positionnement par satellite d’un élément en temps réel partout dans le monde), inclut les activités suivantes : la protection pour se prémunir d’une attaque adverse et maintenir ses propres capacités de navigation ; la surveillance pour détecter, localiser et caractériser les attaques adverses ; l’action offensive pour empêcher l’utilisation des informations de GNSS par l’adversaire sur une zone donnée. Il s’agit aussi de préparer les évolutions du programme « Oméga » (opération de modernisation des équipements de radionavigation par satellite des armées) selon la menace, en améliorant les antennes et les traitements de données. Vers 2030, l’approche défensive d’Oméga sera complétée par des capacités de détection, caractérisation et localisation de la menace. Le développement d’une résilience système et un volet offensif permettront ainsi d’adapter la manœuvre opérationnelle.

Loïc Salmon

Guerre future : menaces balistiques et spatiales accrues

Stratégie : maîtrise des fonds marins, ambition et opérations

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

 




Défense : innovation, des satellites aux minidrones

La Direction générale de l’armement, le Centre national d’études spatiales (CNES), les armées et divers industriels mettent au point des technologies et produits innovants et à des coûts très inférieurs à ceux des matériels existants.

Quelques projets ont été présentés lors du Forum Innovation Défense, tenu à Paris du 22 au 24 novembre 2018.

Communication par satellite. Certains bâtiments de la Marine nationale disposent de deux moyens de communications satellitaires avec son centre de commandement à terre, mais exploités de façon alternative avec des architectures complexes, hétérogènes et conçues séparément. L’innovation consiste à optimiser l’exploitation des ressources satellitaires en utilisant les deux moyens simultanément. La reconfiguration logicielle de l’équipement réseaux à bord permet une utilisation de mécanismes de routages agiles. Outre l’augmentation du débit global du bâtiment, la redondance automatique facilite la résilience des flux lors d’une avarie de l’un des réseaux satellitaires, (photo). Le développement d’une interface homme-machine en simplifiera la mise en œuvre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, des bâtiments de projection et de commandement et des frégates multi-missions. L’antenne de communication satellitaire à haut débit « SAKaR » transmet à grande distance des informations sensibles et sécurisées entre un avion de chasse Rafale et son centre de commandement, qui reçoit en temps réel les données recueillies par les capteurs embarqués. Cela raccourcit la boucle décisionnelle de la réaffectation de mission ou du partage de la situation tactique. Cette antenne, compatible avec le futur système de communication satellitaire « Syracuse IV », peut s’orienter vers différents satellites. Adaptable sur d’autres avions et des hélicoptères, SAKaR présente un encombrement réduit et une haute résistance à un environnement sévère. En octobre 2019, le CNES va lancer le nanosatellite « Angels » de moins de 50 kg, dix fois moins volumineux et consommant trois fois moins d’énergie que les satellites actuels. Des essaims de centaines de nanosatellites, regroupés en constellations, survoleront la même zone terrestre plusieurs fois par jour.

Systèmes de drones. Le drone « Corvus », issu des technologies civiles, s’adapte au déploiement d’un groupe de combat des forces spéciales. Ses innovations incluent : modularité, évolution et mise à jour aisée ; réduction du délai de remplacement des pièces en limitant les opérations de soutien. Outre la surveillance aérienne, il s’applique notamment à la sécurité civile, en cas d’accident ou de catastrophe naturelle, et à la recherche et au sauvetage. Le drone « DPCV » consiste en une plateforme amovible multi-charges avec une imprimante 3 D, qui reproduit rapidement les pièces nécessaires. Il permet : un marquage de zone, par des commandos de l’Air du CPA 10, au profit de « l’action feu » ; des opérations d’influence (épandage de tracts) ; un appui aux opérations (dépose ou largage de moyens relais ou de balises). Avec son système de navigation autonome et sa transmission « double flux vidéo » en temps réel, le « DROSBA » simplifie la surveillance d’une base aérienne, en coordination avec le contrôle aérien, ou celle d’un site sensible, militaire ou civil. Consommable, le drone de reconnaissance « AR-22 » empêche la traçabilité de son porteur et transmet en direct sur 40 km. Le drone «V-COAX », équipé de capteurs électronique et optronique  avec fusion des données, dispose d’une heure d’autonomie pour un poids inférieur à 1 kg.

Loïc Salmon

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation

Défense : l’ONERA, acteur majeur de l’innovation

Drones : préparer le combat aérien de demain