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Armée de Terre : faire plus sur le plan opérationnel avec moins de moyens

L’armée de Terre peut remplir son contrat de déployer durablement 15.000 hommes, dont 7.000 en opérations extérieures, mais n’a pas la capacité d’agir en permanence.

Tel est l’avis de son chef d’état-major, le général Bertrand Ract-Madoux, invité par l’Association des journalistes de défense le 21 janvier 2014 à Paris.

Les opérations. Les engagements au Mali (janvier 2013) et en République Centrafricaine (RCA, décembre 2013) ont mobilisé 66 % du dispositif d’alerte « Guépard ».  Intervenir sur deux théâtres extérieurs reste possible et acceptable, estime le général. « Pour un engagement majeur, je suis prêt à envoyer plus, en bouleversant le mode de fonctionnement actuel, mais pas trop ». Vu que 72 % des personnels sont sous contrat et que 45 % reçoivent le salaire minimum de la fonction publique, « cela risque de faire exploser les familles ». En 2013, l’armée de Terre a perdu 12 hommes au combat, dont 7 au Mali et 2 en RCA. Ces dernières opérations ont confirmé la bonne image de l’institution militaire dans l’opinion, face à des menaces différentes et fluctuantes contre des populations civiles, souligne le général. En outre, elles ont démontré le courage et le discernement des soldats et la qualité du commandement. Les jeunes cadres se trouvent dans des cas d’initiative totale dans la première demi-heure et le commandement doit faire preuve de courage intellectuel et de continuité dans l’action. « On a la chance d’avoir des forces assez modulaires et la capacité de les basculer d’un pays à l’autre ». Un autre déploiement en Afrique dépendra de l’évolution de la menace et des besoins des pays liés à la France par des accords de défense pour des actions à long terme. La durée de l’engagement correspond au contexte local. « Pour rassurer, il faut rester suffisamment longtemps. Si les forces armées (du pays) n’ont pas pris la place de nos soldats, on accroît le risque ». L’intervention d’une force internationale au Mali, qui répondait à une menace contre la population civile, a abouti à un processus politique (élections présidentielles et législatives). En RCA, les autorités françaises ont envoyé 1.600 hommes à Bangui, en raison de la surprise causée par la brutalité et l’ampleur des émeutes des 5 et 6 décembre 2013. Saluant l’évolution politique favorable, le général Ract-Madoux a indiqué que le fond du problème n’est ni religieux ni militaire, mais de l’ordre de la délinquance et du sentiment de haine au fur et à mesure de l’escalade. Malgré la rapidité du déploiement des forces françaises et leurs efforts, il se produit de ci de là des incidents d’origine sociale ou tribale. L’intervention a pour but de faire cesser la violence et d’éviter le risque de guerre civile et de génocide de grande ampleur entre les communautés chrétienne et musulmane. Cependant, il subsiste encore des espaces entiers qui échappent au contrôle des forces de sécurité centrafricaines. En outre, il faudrait constituer un pont aérien et envoyer des forces supplémentaires pour relever le défi humanitaire, car beaucoup de gens se trouvent dans le dénuement. Les interventions dans l’urgence au Mali et en RCA ont été entreprises tout en maintenant les engagements durables au Liban et en Afrique de l’Ouest. Le redéploiement des forces françaises aux frontières de la RCA ne poserait guère de difficultés  dans un milieu connu : « On enchaîne les solutions qui sont les meilleurs compromis ». Interrogé sur l’intervention française au Rwanda (1994) accélérée par le risque génocidaire, le général a rappelé que la mission a été remplie et qu’aucun cadre français n’a été mis en cause avec des faits avérés. « Pour nos soldats, c’est une référence dans laquelle il ne faut pas se retrouver ». Quant à la sortie d’Afghanistan, situation très délicate à gérer, « nous sommes satisfaits du comportement des soldats afghans que nous avons formés et à qui nous avons laissé la mission (sécurisation de la province de Kapisa) ».

Le fonctionnement. L’armée de Terre 2014 est une armée d’emploi avec 7.000 hommes déployables en opérations extérieures qu’il faut relever tous les 4 mois, souligne son chef d’état-major. Elle compte 6 brigades, auxquelles s’ajoute la brigade franco-allemande qui sera envoyée au Mali en mars. Le vote (décembre 2013) de la loi de programmation 2014-2019, indispensable pour les armées et les industriels de l’armement, permet d’engager un « référentiel pour l’équipement des forces ». Toutefois, ajoute son chef d’état-major, l’armée de Terre se trouve sur le fil du rasoir, « sentiment partagé par nos élus qui ont compris le risque de l’érosion programmée de l’effort budgétaire, qui peut rendre à la fin un projet caduc ».  Sont lancés les grands programmes suivants : « Scorpion » avec l’entrée en service du véhicule blindé multi-rôles en 2018 et de l’engin blindé de reconnaissance et de combat en 2020 ; missile antichar moyenne portée pour l’infanterie et la cavalerie pour remplacer les Milan et Eryx en 2018 ; hélicoptères Tigre 2 et NH90 ; nouveaux camions pour la logistique, qui seront envoyés au Mali dans le mois suivant leur livraison ; lance-roquettes unitaire (13 exemplaires livrés en 2014) qui tire à 70 km de distance avec une précision de 5 m par tous les temps ; budget « préparation opérationnelle » pour la conduite de l’entraînement des troupes en outre-mer, en vue d’un engagement extérieur significatif. L’armée de Terre a peu de grands choix stratégiques et connaît ses coûts avec précision. « Son projet est soutenable à condition que les conditions budgétaires soient remplies année après année ». Par ailleurs, la défense subit une déflation d’effectifs importante : 30.000 postes supprimés entre 2009 et 2012 et environ 7.000 en 2013. Cela devrait continuer en 2014 et 2015, alors que l’accompagnement financier a été arrêté en 2013. Entre 2009 et 2018, indique son chef d’état-major, le volume de l’armée de Terre aura été réduit de 66.000 personnels, soit l’équivalent de sa capacité projetable (voir encadré). Pourtant, il reste optimiste : « Il y a une prise de conscience du fait qu’en matière de déflations d’effectifs il ne faut pas aller trop loin dans les économies. C’est un grand réconfort pour les soldats ». Selon un sondage d’opinion, 66 % des personnes interrogées estiment qu’il faut maintenir les effectifs de la défense. En outre, 80 % des jeunes engagés choisissent l’armée de Terre, qui bénéficie d’une image d’utilité. « Depuis 20 ans, le cœur des engagements se passe au sol, là où sont les populations ».

Loïc Salmon

Armée de Terre : professionnalisme et inquiétude

Armée de Terre : un nouveau chef d’état-major

Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

Selon le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, les forces terrestres disposeront, à l’horizon 2025, d’unités adaptées à la diversité, à la durée, à la dispersion et au durcissement des opérations. Leur capacité opérationnelle, de l’ordre de 66.000 hommes projetables, comprendra : les forces spéciales terrestres ; 7 brigades interarmes ; des unités d’appui et de soutien ; les unités prépositionnées et celles implantées dans les départements et territoires d’outre-mer. Ces forces disposeront d’environ 200 chars lourds, 250 chars médians, 2.700 véhicules blindés multi-rôles et de combat, 140 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque, 115 hélicoptères de manœuvre et d’une trentaine de drones tactiques.




ALAT : forte qualification et uniquement de l’opérationnel

L’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) correspond aux besoins existants et montre son efficacité sur les théâtres d’opérations. Mais son quotidien demeure complexe avec un risque de rupture de capacité.

Son commandant, le général de division Olivier Gourlez de La Motte, a présenté la situation au cours d’une rencontre organisée, le 9 janvier 2015 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Structure et entraînement. L’ALAT est employée pour les opérations spéciales, l’aérocombat et le Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH). Son parc d’hélicoptères, actuellement de 300 appareils, se limitera à terme à 273, conformément au Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale. Son effectif de 5.000 personnes (pilotes, mécaniciens et personnels d’environnement) représente moins de 5 % de celui de l’armée de Terre. Le tout se répartit dans 4 régiments, dont 3 dits de forces conventionnelles (les 1er, 2ème et 3ème) dépendent de la Division aéromobile installée à Lille. Le 4ème, basé à Pau, relève du Commandement des opérations spéciales, dont il transporte et appuie les forces sur n’importe quel théâtre d’opérations. Sur ses 6 escadrilles, 2 font partie du GIH de Villacoublay pour appuyer et soutenir le Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale. L’ALAT compte 3 états-majors : 1 à l’École de l’ALAT au Cannet-des-Maures ; 1 au sein du Commandement des forces terrestres à Lille ; 1 (100 personnes) à Villacoublay pour conseiller le chef d’État-major des armées en matière de sécurité dans l’espace aérien, de maintenance et de navigabilité des appareils. L’ALAT doit assurer une disponibilité sur le territoire national en cas de catastrophe naturelle. Globalement, les équipages effectuent 156 heures de vol par an (h/an), alors que l’objectif est de 180 h/an, et de 200-250 h/an pour ceux affectés aux forces spéciales. Les pilotes se classent en 3 catégories : rang 1, les « hyper opérationnels » avec 146-180 h/an ; rang 2, ceux prêts à prendre la relève (moins de 146 h/an) ; rang 3 (moins de 126 h/an).  Grosso modo, le rang 1 regroupe  45-50 % des pilotes, le rang 2 moins de 20 % et le rang 3 environ 33 %. Sur les 80.000 h/an de l’ALAT, quelque 30.000 h/an d’hélicoptères Gazelle, Tigre et Caïman sont effectuées en simulation. La simulation (vol et système tactique) complexifie l’environnement en vue de recréer un contexte opérationnel. L’acheminement sur le théâtre se fait habituellement par embarquements des hélicoptères à bord d’avions cargos Antonov ou C17 et des équipages à bord d’avions de transport stratégique. Des raids sont déjà entrepris pour relier directement Pau à Bamako (Mali) en longeant la côte africaine avec des escales dans les aéroports internationaux, soit 3 jours de voyage et 2 jours de mise en condition.

Bilan opérationnel. L’ALAT déploie actuellement 50 hélicoptères en opérations extérieures (Opex), dont 40 en Afrique et 10 en alerte GIH et « Guépard » à préavis variable. Les équipages, qui tournent tous les 3 ou 4 mois, peuvent effectuer jusqu’à deux interventions de 1h30 par jour et un combat dure environ 1 h (Libye), indique le général Gourlez de la Motte. Employée pendant la guerre du Golfe (1991) puis dans les Opex de Somalie (1992) et des Balkans (1999), l’ALAT est montée en puissance en 2009 après l’embuscade d’Uzbin (10 morts et 21 blessés) en Afghanistan (2008), zone de montagnes. En Côte d’Ivoire (2010), les hélicoptères sont intervenus en zone urbaine, de jour et de nuit, au profit des troupes françaises au sol. Lors de l’opération « Harmattan » en Libye (2011), ils ont décollé de nuit à partir des bâtiments de projection et de commandement (BPC) en mer. La France a engagé 18 appareils (Tigre, Gazelle et Puma) et la Grande-Bretagne 4. Les renseignements optiques et électroniques ont été obtenus par satellite, avions, drones, frégates et sous-marins, via la chaîne OTAN. L’adversaire n’avait pas l’habitude du combat de nuit et a tiré quelques missiles sol/air contre les avions. Alors que ceux-ci savent que les cibles sont identifiées, validées et illuminées, les hélicoptères pratiquent le combat rapproché contre un adversaire, dont ils ignorent le moment où ils le rencontreront. La mission commence en amont à bord du BPC : choix des cibles ; 24 h de préparation ; 24 h de « pré-jeu » avec tous les détails de l’action ; départ dans l’obscurité. Le chef de bord garde l’initiative jusqu’au au dernier moment. En effet, il peut refuser le tir, par exemple s’il constate l’absence de fusil dans le pick-up qu’il est chargé de neutraliser. A cette occasion, l’ALAT a mis en œuvre un dispositif d’action autonome avec autorisation de tir : vol aux instruments au départ du BPC, puis emploi de jumelles de vision nocturne à proximité de la côte. Le Groupe aéromobile a détruit 1 brigade libyenne avec un effet multiplicateur triple, qui a neutralisé de fait 3 à 4 brigades. Pendant l’opération « Serval » au Mali (2013), il a participé au combat interarmes dans un sévère environnement désertique (50° C pendant la journée) et de grandes élongations nécessitant un important soutien logistique. Les « poser poussière » (en raison de la poussière soulevée par le rotor) se sont révélés très difficiles, à cause du sable très corrosif. En République centrafricaine, l’ALAT a repris le combat en zone urbaine à Bangui, lors de l’opération « Sangaris » (2014). Pendant celle de « Barkhane » de contrôle de territoire et d’attaques dans la brousse du Sahel (depuis 2014), les hélicoptères de l’ALAT ont tiré au canon de 200 mm et lancé 5 missiles Hot, de nuit, contre un adversaire déterminé. Le succès de « Serval » et de « Barkhane » repose sur le renseignement, souligne le général Gourlez de La Motte. Il s’agit de prendre l’adversaire de vitesse, repérer ses pick-up et les neutraliser le plus vite possible. Parallèlement, les hélicoptères assurent la couverture et l’appui des unités conventionnelles d’infanterie et de cavalerie au sol. En outre, ils transportent très vite les forces spéciales sur des objectifs ciblés. Rien que pour « Barkhane », l’ALAT met en œuvre 21 appareils, dont la disponibilité, de 80 %, est jugée satisfaisante en opérations. Depuis l’engagement en Afghanistan, 18 hélicoptères ont été touchés en opérations, dont 6 détruits. Le taux d’attrition (1 appareil/an) est pris en compte. Enfin, 3 personnels de l’ALAT ont été tués au combat et 6 blessés.

Loïc Salmon

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

Recruté sur titre en 1983, Olivier Gourlez de La Motte suit, comme lieutenant, la formation de l’École d’application de la cavalerie à Saumur. Breveté pilote et chef de patrouille d’hélicoptères de combat, il est ingénieur aéronautique et ingénieur d’essais. Breveté du Collège interarmées de défense (1997-1998), il est auditeur du Centre des hautes études de l’armement (2005-2006). En 1990-1991, il participe à la guerre du Golfe comme commandant d’escadrille appui protection. Par la suite, il commande le Groupement aéromobilité de la Section technique de l’armée de terre (2001), l’École de l’aviation légère de l’armée de terre (2010) et l’Aviation légère de l’armée de terre (2012). Titulaire de la croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs, le général de division Gourlez de La Motte est officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.




Armée de Terre : le « soldat augmenté », efficacité et éthique

Nanotechnologies, biotechnologie, informatique et sciences cognitives accroissent les capacités du combattant. Ce dernier doit se dépasser au service d’une cause supérieure, impliquant de donner la mort mais aussi de la recevoir. Il prend aussi en compte l’évolution de la société civile dont il est issu.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé, le 15 janvier 2019 à Paris, par le Cercle de recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Y sont notamment intervenus : le professeur psychiatre Serge Tisseron ; un colonel de la Direction des ressources humaines de l’armée de Terre (DRHAT) ; le capitaine Louis-Joseph Maynié, Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan ; le médecin en chef Nicolas Zeller, conseiller du Commandement des opérations spéciales ; Frédéric Coste, Fondation pour la recherche stratégique.

Perception sociologique. Le développement du « soldat augmenté » nécessite la miniaturisation d’objets technologiques et la mise au point de matériaux compatibles avec la physiologie humaine, explique le professeur Tisseron. Certaines augmentations n’impliquent pas de modifications biologiques, comme les lunettes de vision nocturne, l’équipement pour grimper aux murs, l’exosquelette ou les robots d’assistance et de compagnie. D’autres modifient les capacités corporelles, y compris génétiques et donc transmissibles. L’augmentation des performances dans la durée portent sur la veille prolongée ou la survie sans nourriture par l’injection de bactéries, qui digèrent des substances habituellement non comestibles. Celle des performances dans l’intensité concernent la force musculaire, la résistance à la perte de sang ou la suppression de la douleur. La biologie des capacités mentales peut être modifiée par : des psychostimulants, comme l’alcool, le cannabis ou les amphétamines ; l’augmentation des capacités intellectuelles en accélérant les processus d’apprentissage par l’activation de nerfs périphériques de façon indolore ; la création d’interfaces biocompatibles pour transférer des données du cerveau vers des appareils électroniques. Toutefois, prévient le professeur Tisseron, des modifications aux effets encore imprévus peuvent remettre en cause le libre consentement du soldat. Ainsi, des « bêtabloquants » (médicaments contre l’hypertension) peuvent provoquer une « mort émotionnelle », qui rend le soldat insensible au meurtre sans pour autant l’empêcher de commettre un crime dans un accès de rage. Celui qui lui administré le produit en porte la responsabilité. Par ailleurs, un corps augmenté par des appareils électroniques devient une cible pour les hackers ennemis. Sur le plan psychologique, le soldat risque d’oublier que les machines restent vulnérables à l’espionnage, au piratage et à la tromperie. Se posent ensuite les questions de l’obsolescence des technologies mises en œuvre et de l’avenir du soldat augmenté. Si les modifications sont réversibles, il perdra ces capacités. En cas d’irréversibilité, il pourrait être tenté de les utiliser de façon immodérée pendant le combat ou après le retour à la vie civile. Plutôt que de transformer le soldat en robot, estime le professeur Tisseron, il vaudrait mieux valoriser sa capacité d’improviser sur le terrain, en fonction de situations que l’ennemi cherchera à rendre toujours plus imprévisibles.

Recrutement des jeunes. Pour demain, l’armée de Terre souhaite disposer de soldats identiques à ceux d’aujourd’hui en termes de rusticité et de résilience, mais avec une capacité accrue de mise en œuvre des systèmes complexes, explique le colonel de la DRHAT. Chaque année, ses 1.000 recruteurs, anciens personnels militaires, accueillent 100.000 candidats, dont 15.000 sont retenus sur les critères d’évaluation physique, sanitaire, cognitive, de maturité et de personnalité. Il s’agit de recruter, avec équité, des jeunes aptes à travailler en équipe très structurée, où le discernement et la résilience comptent plus que la performance physique pour remplir la mission, dans un conflit qui peut durer de cinq mois à cinq ans.

Retour d’expérience. Grâce à l’entraînement, le groupe augmente sa force, calculée sur celle de l’élément le plus faible physiquement qu’il faut aider, souligne le capitaine Maynié. Malgré l’amélioration des conditions de vie et des armements, le combattant en opération extérieure porte sur lui, en moyenne, 30 kg d’équipements, munitions et ravitaillement. Ainsi en Afghanistan (2012), le poids moyen d’un combattant passe de 90 kg à 84 kg en deux ans car : températures de – 20 °C (janvier) à + 40 °C (avril) ; nourriture abondante et variée ; sorties quotidiennes de la base américaine ; nuit en sûreté permettant une bonne récupération ; stress présent sans être prégnant (engins explosifs improvisés). Au Mali (2015), ce poids passe de 92 kg à 74 kg en huit mois car : températures de + 35 ° C (janvier) à + 55 ° C (mai) ; rations parfois améliorées ; opérations de 4 à 10 jours ; cumul de responsabilités et de stress. En outre, le mental du combattant est affecté : pression de la hiérarchie pour des résultats ; pression de la troupe vers le chef ; confrontation aux morts injustes (enfants) ; besoin de reconnaissance des efforts ; orgueil de sa résistance physique. Au combat, le soldat a l’impression d’avoir un corps surmultiplié avec le sentiment de dominer les autres. Mais usure physique et fatigue psychologique conduisent à l’épuisement. Pour éviter l’effondrement, indique le capitaine Maynié, il faut chercher en soi une force morale, à savoir l’âme ou « psyché » (ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité). Il s’agit de découvrir et dépasser ses propres limites.

Au-delà de la performance. Tous les pays membres de l’OTAN se dotent de programmes de guerriers augmentés, surtout pour les forces spéciales, indique le médecin en chef Zeller. Ainsi, un « opérateur » (exécutant d’un geste technique) devient un système d’armes avec des aides pour augmenter son champ de performances, comme un sportif de haut niveau. Le chef militaire est alors présenté comme un entraîneur sportif. Or le combattant ne se réduit pas à des capacités physique, technique et intellectuelle. Capable de donner sa vie pour son pays, il a besoin d’un chef, qui le connaisse bien. Il ne se battra pas s’il n’en a pas envie. Seule la volonté de vaincre emporte la décision. Tous les programmes de soldat augmenté sont centrés sur la sphère physique au détriment de l’âme, cette augmentation du corps et de l’esprit au service de l’humain, mais délaissée aujourd’hui, conclut le médecin en chef Zeller.

Loïc Salmon

Selon Frédéric Coste, les réflexions et débats publics sur l’emploi des technologies de l’augmentation en milieu militaire, très médiatisés, ont commencé dès les années 1990 en Amérique du Nord, en Australie et en Europe. Ils ont notamment porté sur les problèmes médicaux, éthiques et moraux, juridiques (consentement des militaires) et de cohésion interne aux armées (inégalités) et retour dans la société civile. Il en ressort la nécessité de développer, en les encadrant, les « technologies d’augmentation » des troupes amies, pour éviter leur mise en infériorité si leurs adversaires s’en dotent.

Défense : le futur combattant dans un monde numérisé

Exposition « Dans la peau d’un soldat » aux Invalides

Opex : le soldat au cœur du succès




Forces spéciales : création du commando Ponchardier de la Marine nationale

La Force maritime des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO) compte une nouvelle unité, le commando Ponchardier, qui a reçu, le 11 septembre 2015 à Lorient, son fanion décoré de la croix de Guerre 1939-1945, au cours d’une cérémonie présidée par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Composé d’environ 150 personnels, le commando Ponchardier compte 4 escouades et 1 élément de commandement. L’escouade « mer » met en œuvre des moyens d’insertion maritime à longue distance et d’action au large des commandos marine : embarcations rapides de type ECUME (Embarcation Commando à Usage Multiple Embarquable), ETRACO (Embarcation de Transport Rapide pour COmmandos) et FUTURA (embarcation pneumatique à gonflage rapide). L’escouade « terre » est spécialisée dans la mobilité terrestre des opérations spéciales : véhicules de patrouille spéciale et véhicules légers de reconnaissance et d’appui. L’escouade « 3 D » assure l’insertion, par voie aérienne, des capacités des commandos marine, notamment en mer : parachutes spéciaux, personnels et matériels de largage. L’escouade « moyens spéciaux » regroupe les armes et munitions spéciales. Les « commandos marine », qui agissent en haute mer et de la mer vers la terre, effectuent aussi des opérations spéciales à terre. Ils participent aux actions de l’État en mer, à savoir la lutte contre les narcotrafics, l’immigration clandestine et la pêche illégale. Ils sont également engagés dans les opérations extérieures (Opex) à dominante maritime (lutte contre la piraterie au large de la Somalie) et à dominante terrestre (lutte contre le djihadisme dans la bande sahélo-saharienne). Totalisant 650 marins, ils sont répartis au sein de 7 unités, dénommées « commandos » et qui portent le nom d’un officier qui s’est illustré au combat : 5 de combat, Trépel, Jaubert, de Monfort, de Penfentenyo et Hubert ; 2 d’appui, Kieffer et Ponchardier. Les commandos de combat disposent de capacités communes : combat commando, renseignement, action d’environnement et maîtrise de tous les modes d’infiltrations terrestre, nautique et aéronautique. Toutefois, chacun s’est spécialisé : Trépel et Jaubert dans le contre-terrorisme, la libération d’otages et l’assaut en mer ; de Monfort et de Penfentenyo dans la neutralisation et l’observation ; Hubert dans le contre-terrorisme, la libération d’otages et l’action sous-marine ; Kieffer dans le commandement de groupes de forces spéciales, la guerre électronique, la cynotechnie (chiens), les drones et la lutte contre les risques NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; Ponchardier dans les moyens nautiques, terrestres, la troisième dimension et les armements. La FORFUSCO compte environ 2.300 personnels militaires et civils, répartis dans 18 unités sur 10 sites en France. Les unités de  « fusiliers marins » assurent : la protection et la défense de tous les sites sensibles de la Marine nationale ; la protection, à terre et en mer, de ceux des armées de Terre et de l’Air déployées à l’étranger ou en Opex ; la protection des navires civils d’intérêt stratégique ou particulièrement exposés à des menaces maritimes (piraterie). Les unités de commandos marine constituent les forces spéciales de la Marine. La FORFUSCO, basée à Lorient sauf Hubert installé à Toulon, est l’une des composantes de la Marine, qui compte également la Force d’action navale, la Force océanique stratégique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) et la Force de l’aéronautique navale.

Loïc Salmon

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Tigre 2 : exercice franco saoudien d’opérations spéciales

De la cavalerie aux forces spéciales, l’histoire du 13ème Régiment de dragons parachutistes




19ème Régiment du génie, entreprendre et réussir

Depuis 1876, le 19ème Régiment du génie, décoré des croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945, apporte un appui incontournable aux opérations.

Le nom de « sapeurs d’Afrique », employé dans le chant régimentaire, reste attaché à cette unité. Dès les premières années de son existence, le 19ème Régiment du génie (RG) est déployé en Extrême-Orient et en Afrique. A Madagascar, le génie assure, durant 8 ans, la construction et l’entretien des casernements, hôpitaux, voiries et installations d’assainissement. Il joue déjà un rôle de pacificateur qui marquera son histoire à diverses reprises. Dès l’automne 1914, il s’illustre dans la guerre de position à laquelle se livrent Français et Allemands dans les tranchées : aménagement des fortifications de campagne ; appui aux offensives ; construction de galeries sous les tranchées ennemies lors de la « guerre des mines ». Le génie connaît une croissance rapide avec la création de nouvelles unités spécialisées : télégraphistes, sapeurs de chemins de fer, pontonniers et colombophiles. Les sapeurs s’imposent à tous les niveaux de la hiérarchie, à l’arrière comme au front, jusqu’à entrer les premiers dans le fort de Douaumont (bataille de Verdun, 1916). Le 19ème RG reçoit son appellation officielle en 1935.Il changera plusieurs fois de nom.

Durant l’entre-deux-guerres, il développe sa vocation nord-africaine en menant des travaux d’aménagements en Algérie et au Maroc, dont un réseau de 100 km de ligne télégraphique au sommet de collines tunisiennes ou une voie ferrée algéro-tunisienne. Au cours de la seconde guerre mondiale le 19ème RG participe aux campagnes de Tunisie, d’Italie, de France et d’Allemagne. Il compte alors dans ses rangs le fameux Alain Mimoun…futur champion olympique du marathon en 1956 ! Déminage, franchissement et rétablissement d’itinéraires font partie du quotidien des sapeurs. A la fin du conflit, une citation à l’ordre de l’armée leur est décernée. La 19ème Compagnie de marche du génie, issue du 19ème RG, participe au conflit en Indochine de 1949 à 1955. La tâche est rendue difficile par le terrain, le climat, l’action ennemie incessante, un matériel ancien et défaillant. Au cours de 22 opérations, les sapeurs d’Afrique réalisent près de 600 km de routes et de pistes, construisent plus de 100 ponts et radiers (souvent détruits par le Viêt Minh puis reconstruits), trois pistes d’aviation, un terrain pour les hélicoptères et un autre pour les avions de transport. Le régiment, regroupé à Hussein-Dey, est aux premières loges lorsqu’éclatent « les événements d’Algérie » (1954). Outre leurs missions traditionnelles de mise en valeur du territoire et d’assistance aux populations, les sapeurs d’Afrique sont déployés dans des opérations de maintien de l’ordre. A la fin de la guerre d’Algérie (1962), le 19ème RG s’installe à Besançon. Les sapeurs poursuivent leur instruction, s’entraînent à la navigation en courant rapide, à construire et détruire des ponts de nuit… pour faire face à la menace venant de l’Est. Depuis les années 1990, le  19ème RG s’illustre dans de nombreuses opérations extérieures : Balkans, Côte d’Ivoire, Liban, Kosovo, Afghanistan et bande sahélo-saharienne. En 2016, composée de 1500 personnels, l’unité est organisée en 9 compagnies et devient le régiment d’appui de la  1ère Division.

Nathalie Deleau

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Opérations : Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire et Tchad

Robotisation du champ de bataille : état de l’art

« Entreprendre et réussir, histoire du 19ème Régiment du génie », par Christophe Lafaye. Editions Pierre de Taillac, 2016, 175 pages, 35€.




Guerre : maîtriser la violence humaine et technologique

L’armement létal de demain, potentiellement accessible aux organisations terroristes, ne saurait échapper au contrôle du soldat, formé et entraîné à la maîtrise de la violence par ses qualités humaines, à savoir la force, la justice, la prudence et la tempérance.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 23 mai 2018 à Paris, par l’Ecole de guerre. Y sont intervenus : Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées ; Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire ; le général de division Benoît Durieux, chef du cabinet militaire du Premier ministre ; le lieutenant-colonel Jean-Gaël Le Flem et le capitaine de frégate Olivier Brossolet, stagiaires à l’Ecole de guerre.

La guerre des robots. Un système d’arme létal autonome (SALA) ou « robot tueur » est capable de choisir sa cible et de s’adapter à un environnement évolutif sans intervention humaine, explique Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer. Le robot tueur se différencie du système d’arme automatique, qui réagit toujours de la même façon aux mêmes stimuli, que ce soit à bord d’un navire, sur un camion ou à partir d’un point fixe. Ainsi, les systèmes SGR-A1 surveillent la frontière entre les deux Corées. Si l’homme est dans la boucle décisionnelle, il peut arrêter le processus à tout moment (drones télépilotés). S’il ne l’est pas, l’arme continue sa mission, même en cas de rupture de communications (missiles tirés de sous-marins). Les SALA font l’objet d’un débat au sein de la représentation de l’ONU à Genève, où se prennent les décisions sur le droit humanitaire, dans le cadre de la Convention sur certaines armes conventionnelles. Les discussions annuelles réunissent 30 Etats et aussi des organisations non gouvernementales. Celles-ci, partisanes de l’interdiction préventive des SALA, ont rallié à leur cause 26 Etats d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient, l’Autriche et même la Chine, mais seulement pour les SALA « entièrement autonomes ». Selon Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, un débat moral sous-jacent entre sur la scène politique : la guerre souhaitable doit-elle être conforme à une norme (le droit) ou à des règles si elle entraîne de meilleures conséquences sur l’issue d’un conflit ? Ainsi, un bombardement sans discrimination, comme en Syrie par les forces russes et celles du régime syrien, apparaît plus problématique que le tir ciblé et sans dégât collatéral d’un SALA sur un pickup armé. Pourtant, les partisans de l’interdiction des SALA estiment que ceux-ci engendrent des risques : abaissement du seuil de l’emploi de la force, incitant des Etats à s’en doter ; course aux armements entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis ; asymétrie des moyens, notamment par l’emploi d’essaims de SALA pour saturer les défenses anti-aériennes (argument de la Chine) ; réaction en chaîne incontrôlable ; acquisition de SALA par des organisations terroristes. Faute d’une entité supra-étatique de vérification avec des pouvoirs contraignants, les discussions semblent s’orienter vers un « code de bonne conduite » s’appuyant sur le droit applicable existant, en y incorporant certaines règles. Il ne s’agit plus d’empêcher la course aux armements dotés d’intelligence artificielle, mais de contrôler la situation pour ne pas inciter certains Etats à développer des SALA, conclut Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

Guerre et politique. Depuis des siècles, le concept européen de la guerre consiste à dépasser la contradiction entre la violence (nier l’autre) et la politique (définir ensemble un avenir commun), explique le général Durieux. La guerre est d’abord un reflet de l’environnement politique et une approche déterminante du sens de l’Histoire. Ainsi, en 1815, une victoire de Napoléon à Waterloo n’aurait pas réglé la crise politique profonde. De même en 1962, le général de Gaulle avait compris que la guerre d’Algérie n’entrait plus dans le combat politique. Aujourd’hui, l’usage de la guerre (déclarée) s’avère difficile, en raison de la pression médiatique et de l’évolution de l’opinion publique. La violence politique, visible, se présente comme un moyen « juste » face au « mal ». Elle apparaît comme une solution simple à un problème complexe et apporte des résultats rapides à une situation qui dure. Une belle opération tactique attire toujours les militaires, car techniquement bonne, immédiate et visible. Mais une réflexion s’impose sur son sens stratégique, à savoir l’évolution de la situation politique et une appréciation correcte de la guerre. Une autre concerne le statut de la guerre en tant que violence régulée. En cent ans, rappelle le général Durieux, la guerre a été rendue justifiable (droit international), impossible (dissuasion nucléaire) et inutilisable (opérations ciblées). Mais la violence s’accroît par l’élimination de l’adversaire, pour ne pas avoir à négocier avec lui. L’autorité politique fixe les objectifs, les militaires remplissent leur mission puis l’autorité politique reprend la main, par la diplomatie. De fait, dans la doctrine occidentale de l’effet recherché, l’autorité politique joue un rôle militaire par les plans de frappe et règles d’engagement. En opération extérieure, les militaires exercent un rôle politique par leur interaction avec les chefs de milices locales et entités non-étatiques.

Retours d’expériences.  Selon le lieutenant-colonel Le Flem, lors de l’engagement en Afghanistan (2001-2014), la maîtrise de la violence, pour la coalition occidentale, concernait la limite à ne pas dépasser mais, pour les Afghans, la capacité à vivre sereinement. Il s’agissait donc de comprendre cet écosystème et le risque de dégâts collatéraux par une surutilisation de la violence. Le chef militaire devait rendre ses hommes capables de violence en opération, tout en restant à des niveaux acceptables sur les plans technique et humain. De son côté, le capitaine de frégate Brossolet a souligné l’importance de la sélection des personnels des forces spéciales, aptes à maîtriser tout le spectre de la violence pour ne l’utiliser qu’au niveau requis, implacable ou très mesuré. Il s’agit de permettre à l’autorité politique un contrôle maximal de l’opération pendant un maximum de temps. Cela nécessite une planification extrême et élaborée en commun à tous les échelons, pour imaginer des solutions tactiques favorisant le contrôle de la violence et limitant les dommages collatéraux. Il s’agit d’éviter les dérives dues au surmenage, lors de la lutte contre le terrorisme ou la libération d’otages.

Loïc Salmon

Mgr Antoine de Romanet a mis en garde contre le risque de déshumanisation dû au sentiment d’invulnérabilité. La période de 1985 à 1995 a vu la transformation du vivant, celle de 1995 à 2005 l’essor des nanotechnologies et la suivante leur combinaison avec les communications. Il s’agit donc de savoir jusqu’où laisser la machine décider seule dans un contexte stable ou évolutif. La robotisation déresponsabilise, car chaque partie a été programmée par des individus isolés du « tout ». Malgré la tentation de toute-puissance (technologique), le soldat doit conserver une part de responsabilité pour pouvoir vaincre l’adversaire. L’enjeu consiste à éviter de transformer en machine l’homme par nature vulnérable, car en relation entre la biologie et le psychisme (émotion).

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Armée de Terre : préparer les ruptures stratégiques et technologiques de demain

Par le contrôle d’un territoire et de sa population, la force terrestre s’impose pour marquer une solution politique à un conflit futur, sur le terrain et dans la durée, à condition de conserver l’ascendant sur l’adversaire. Ce nouvel engagement de l’armée de Terre figure dans un document, rédigé par son état-major et rendu public lors de la présentation annuelle des forces terrestres, le 20 octobre 2016 à Satory.

Démonstration dynamique. Une opération terrestre a été schématisée en 8 tableaux : renseignement humain en ouverture de théâtre par les forces spéciales et l’aérocombat (photo) ; ciblage et renseignement image par les drones et autres moyens ; coordination dans la 3ème dimension en gérant la bulle aéroterrestre ; agression, capacité à s’engager au contact de l’adversaire ;  commandement d’une opération, même en zone difficile ; saisie d’un point sensible, capacité à s’emparer d’une zone ; combat interarmes des véhicules blindés d’infanterie ou de cavalerie avec appui de l’artillerie (canon Caesar) et du génie ; logistique de l’avant en tous temps et lieux avec ravitaillement, maintenance et évacuation sanitaire.

Action terrestre future. Dans le document « Action terrestre future », le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, rappelle que, depuis la guerre du Golfe (1991), 600.000 hommes se sont succédé dans des opérations militaires asymétriques, avec un avantage opérationnel certain… jusqu’au conflit en Afghanistan (2001-2014). Désormais, la domination de l’adversaire, terroriste ou autre, n’est plus acquise d’avance. En conséquence, l’armée de Terre a entamé une transformation en 3 phases sur 3 ans. La 1ère (2015), dite « Au Contact », concerne l’augmentation de la menace sur le territoire national avec pour effet la remontée en puissance opérationnelle. La 2ème (2016), centrée sur le programme intégrateur « Scorpion », porte sur la simulation, l’infovalorisation et des capacités accrues d’agression et de protection. La 3ème (2017), décrite dans « Action terrestre future », traite la mutation de l’environnement opérationnel et le développement des facteurs de supériorité. L’Afrique et le Proche-Orient resteront durablement une zone pivot des conflits futurs, sans écarter le risque d’un affrontement majeur à l’Est. La mondialisation des rapports entre les sociétés entraîne des flux humains, matériels et immatériels, facilités par la porosité des frontières intérieures. L’échec des modes de régulation supranationaux se cumule avec la remise en cause des droits de la guerre, impliquant brutalité et hyperviolence. Les États verront leur autorité contestée par l’intrusion des nano et biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives, la dissémination de moyens guerriers innovants et l’irruption des lanceurs d’alerte et pirates informatiques. De nouvelles puissances régionales développent hélicoptères, blindés, feux dans la profondeur, robotique et munitions hypervéloces. Les systèmes d’armes antichars, antiaériens antinavires ou de guerre électronique deviennent accessibles. Les prochaines opérations verront la contestation de la supériorité aérienne, la menace d’arsenaux chimiques, radiologiques et nucléaires et des actions répétées sur les centres de commandement et les flux logistiques. Face à des adversaires combinant qualité et quantité, conclut « Action terrestre future », la bataille sera remportée par : la technologie et l’humanité ; la foudroyance et la patience ; l’intelligence et la puissance.

Loïc Salmon

Armée de Terre : mise en place du modèle « Au Contact »

Armée de Terre : programme « Scorpion », le GTIA de demain

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

 




Exposition « Les gendarmeries du monde » à Melun

Au service des Etats et des citoyens, les gendarmeries garantissent aussi l’indépendance et le choix des autorités judiciaires, en temps de paix, de crise ou de guerre, grâce à leurs organisation, formation et équipements adaptés.

Un même concept. Quels que soient les appellations, les uniformes ou leurs rattachements aux ministères de la Défense ou de l’Intérieur, les gendarmeries se caractérisent par leur structure militaire avec des valeurs partagées, un sentiment d’appartenance et un fort esprit de corps. Leurs armements varient des pistolets et fusils de petit calibre aux armes lourdes et véhicules blindés, avec emploi d’avions, d’hélicoptères et de bateaux. Organisées pour le traitement de l’insécurité intérieure et parfois extérieure, elles agissent de façon raisonnée et hiérarchisée, suivant des ordres déclinés d’un échelon à l’autre. En France, la « maréchaussée », apparue au XIVème siècle, devient « Gendarmerie nationale » en 1791. Elle s’exporte, d’abord en Europe par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes puis, à partir de 1830, lors de l’expansion coloniale en Afrique et en Asie jusqu’aux indépendances de nouveaux Etats entre 1954 et 1962. De même, le Portugal, l’Espagne et l’Italie développent leurs modèles dans leurs sphères d’influence. La Turquie s’est inspirée de l’Allemagne. L’Iran fait appel à la Gendarmerie suédoise en 1911. La Chine a réformé sa Police armée populaire (PAP) en 1982 et le Cambodge a recréé sa Gendarmerie royale khmère en 1993. Après la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, les gendarmeries sont réapparues en Roumanie, Lituanie, Moldavie, Serbie et même… Russie ! Leur modèle a été retenu au Qatar (2003), en Jordanie (2008) et au Mexique (2014). Ces cousinages ont débouché notamment sur des coopérations bilatérales frontalières, facilitées par la similitude des missions.

Le contrôle des flux. Le maillage des unités sur les axes de communication permet de contrôler l’espace terrestre national. Au Bénin et à Madagascar, la gendarmerie couvre 90 % du territoire où vit 81 % de la population. Le Niger, le Mali, la Mauritanie ont créé des brigades fluviales. En 2015, le Tchad a suivi leur exemple et a aussi institué un Groupement de sécurité et de protection des installations pétrolières. La Guinée s’est dotée d’une Gendarmerie de l’urbanisme et de l’habitat et d’une autre chargée des mines et de la géologie. La PAP chinoise a développé des « unités des mines d’or », des brigades de gardes forestiers et des « unités de travaux hydrauliques ». La surveillance des frontières est dévolue à la gendarmerie en Turquie et en Algérie. L’Union européenne dispose de l’agence Frontex pour le contrôle de ses frontières extérieures. En outre, la « Guardia Civil » espagnole surveille ses frontières terrestres avec le Maroc, pour les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, et maritimes par des patrouilles en haute mer. En Amérique, la répression de la criminalité transfrontalière dans les voies navigables communes est assurée par le Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis et la Gendarmerie royale canadienne. Des gendarmeries maritimes existent aux Comores, en France, au Gabon, en Guinée Conakry, au Maroc, en Mauritanie, au Portugal, au Togo, en Tunisie et au Venezuela. Le maillage territorial des brigades de gendarmerie, qui vivent sur place avec leur famille, facilite leur proximité avec la population. Une caserne de gendarmerie symbolise l’Etat, comme l’école, le lieu de culte ou la mairie. Ce lien social s’avère essentiel dans les pays peuplés de nombreuses ethnies aux affrontements récurrents, comme en Côte d’Ivoire (2002-2005) et en Centrafrique (2004-2007 et depuis 2012). Certaines gendarmeries côtoient des populations nomades : Touaregs (Tchad, Mali, Algérie et Niger) ; Bédouins (Jordanie) ; Peuls (Sénégal) ; Somalis (Djibouti). Suite à la guerre civile en Syrie depuis 2011, le Liban accueille 1,5 million de réfugiés et la Jordanie près d’un million.

La protection de la nation et de l’Etat. La plupart des gendarmeries assurent la police au sein des armées pour éviter les exactions à l’encontre des populations civiles. Certaines se sont trouvé directement confrontées aux groupes armés terroristes d’Aqmi ou de Boko Haram : Burkina Faso (9 octobre 2015) ; Cameroun (7 octobre 2016) ; Tchad (8 octobre 2016) ; Niger (6 mars 2017). En 2016, la Garde nationale tunisienne a été sévèrement attaquée par des groupes de Daech, venus de Libye pour établir un émirat en Tunisie. Depuis 2005, des carabiniers italiens forment des policiers d’Afrique et d’Asie avant leur déploiement dans les missions de l’ONU. Par ailleurs, les gendarmes assurent souvent la garde rapprochée du chef de l’Etat, des hôtes étrangers et des hautes personnalités (Côte d’Ivoire et Comores). Lors des déplacements, les escortes sont constituées de motocyclistes, mais aussi, parfois, de gendarmes à cheval comme ceux de la Garde républicaine française : Italie ; Mali ; Maroc ; Niger ; Portugal ; Burkina Faso ; Jordanie ; Sénégal (la Garde rouge) ; Togo. Les fanfares de gendarmerie rendent les honneurs aux plus hautes personnalités de l’Etat et animent les cérémonies patriotiques. Enfin, outre la garde des palais nationaux, les gendarmes assurent celle des ambassades à l’étranger.

Les nouvelles menaces. Les gendarmeries ont constitué des unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme. La Guardia Civil reste la pionnière avec la création d’un service de renseignement dédié contre l’ETA (organisation armée indépendantiste basque de 1959 à 2011), suivie des carabiniers contre les Brigades rouges italiennes (1970-1988 et 1999-2003). Le GIGN français, créé en1974, a servi de modèle à des unités similaires : DSI en Algérie (intervention sur le site gazier de Tiguentourine en janvier 2013) ; SFE en Argentine ; GIGN au Bénin et au Tchad ; GPIGN au Cameroun ; GOPE au Chili ; PIGN aux Comores ; UIGN en Côte d’Ivoire ; UEI en Espagne ; PIGN au Mali ; GSI au Maroc ; GSI en Italie ; GSIGN en Mauritanie et au Togo ; « Scorpion » en Moldavie ; USI/GN au Niger ; BSB aux Pays-Bas ; JÖAK en Turquie. Ces unités ont acquis un savoir-faire particulier dans le tir de précision, l’emploi d’explosifs et la libération d’otages. La PAP chinoise intervient lors de prises massives d’otages. Quelques pays disposent d’unités de sécurité spécialisées dans le déminage : Portugal avec un centre à Bela ; Qatar pour les explosifs radioactifs, biologiques et chimiques (RBC) ; Espagne pour les menaces RBC et nucléaire.

Loïc Salmon

Gendarmerie : lutte contre le terrorisme et renseignement

Les gendarmes du ciel

Les spécialistes de la gendarmerie

L’exposition « les Gendarmeries du monde » (5 octobre 2017- 15 juillet 2018) est organisée par le musée de la Gendarmerie de Melun, avec notamment les participations du ministère des Affaires étrangères, de la Garde républicaine et de la Société nationale de l’histoire et du patrimoine de la gendarmerie. Elle présente des objets, documents, équipements, armes, uniformes, insignes, photos et clips vidéo des gendarmeries ou forces équivalentes de 46 pays dans le monde, dont le Vatican et Monaco. Entre 1951 et 2016, l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale de Melun a formé 837 officiers de 52 pays. (www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/musee)




Salon de l’aéronautique et de l’espace 2015 : + 5 % d’exposants

Le 51ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget accueille 2.260 exposants dont 50 % étrangers, soit une hausse de 5 % en deux ans, a déclaré Marwan Lahoud, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 21 mai 2015. « C’est un bon cru, grâce aux grandes commandes militaires » dit-il. Avec les commandes de l’avion de chasse Rafale par l’Égypte (24 appareils), l’Inde (36) et le Qatar (24), les commandes françaises ont atteint 73 Md€ en décembre 2014. Le Salon du Bourget (15-21 juin 2015), aujourd’hui à 20 % militaire et à 80 % civil, est aussi, pour tous les décideurs de l’aéronautique du monde, l’occasion de se rencontrer. Il aura reçu 120 aéronefs, 300 délégations officielles, 140.000 visiteurs professionnels  et 180.000 visiteurs grand public. Selon le GIFAS, il reste le plus grand du monde du genre avec 2.215 exposants et 139.000 visiteurs professionnels en 2013 (photo), par rapport à celui de Farnborough (Grande-Bretagne) avec 1.506 exposants et 132.000 visiteurs professionnels en 2014, le salon ILA de Berlin avec 1.203 exposants et 125.000 visiteurs professionnels en 2014 et ceux de Dubaï (2013) et Singapour (2014) avec approximativement 1.000 exposants et 50.000 visiteurs professionnels. Le Salon du Bourget 2015 est le moins cher du monde, par suite de la baisse de l’euro, et aussi le plus international, précise le GIFAS avec 26 pavillons nationaux, 47 pays représentant les exposants et 181 pays représentant les visiteurs professionnels. Compte tenu du plan « Vigipirate alerte attentat » en cours, la sécurité mobilise près de 1.500 personnels, privés et publics, fournis notamment par la Direction de  l’ordre public et de la circulation, la Police de l’air et des frontières, la Gendarmerie mobile, la Direction générale de la sécurité intérieure, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Brigade anti-criminalité départementale 93, la Police parisienne et la Préfecture de Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, lors des trois derniers jours (vendredi, samedi et dimanche) se tient le 1er Salon de l’emploi et de la formation de l’industrie aéronautique et spatiale, du transport aérien et de la défense nationale. Les personnes à la recherche d’une formation, d’un stage ou d’un emploi peuvent y rencontrer quelque 70 exposants : entreprises (avionneurs, motoristes, équipementiers, sous-traitants, sociétés de services en ingénierie informatique et agences d’intérim) ; établissements de formation (écoles d’ingénieurs, instituts universitaires de technologie, universités, lycées professionnels, centres de formation d’apprentis et écoles spécialisées) ; associations ; fédérations. En outre, le GIFAS indique que ses entreprises adhérentes ont recruté environ 10.000 personnes (20 % de jeunes diplômés) en 2014 : 43 % d’ingénieurs et cadres ; 26 % d’employés, de techniciens et d’agents de maîtrise ; 31 % d’ouvriers qualifiés. Enfin, l’industrie aéronautique, spatiale, de défense et de sécurité a employé 180.000 personnes en 2014, auxquelles s’ajoutent 11.000 emplois équivalents temps plein de l’intérim aéronautique.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

 




Défense : le Plan Famille, soutien du moral des troupes

Le « Plan Famille 2018-2022 » d’accompagnement du quotidien des militaires, annoncé en 2017, les aide à supporter les sujétions inhérentes à leur statut exigeant une disponibilité en tout temps et tous lieux.

Un premier bilan a été présenté à la presse, le 21 octobre 2021 à Paris, par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et Jean-Charles Cottez, directeur du projet Plan Famille.

Objectifs. Une des priorités de la loi de programmation militaire 2019-2025, le Plan famille comporte 61 mesures, contre 46 prévues à l’origine, explique Hervé Grandjean. Il s’articule autour de six axes : mieux prendre en compte les absences opérationnelles ; faciliter l’intégration des familles dans la communauté de défense du lieu d’affectation ; mieux vivre la mobilité professionnelle ; améliorer les conditions de logement de la famille et favoriser l’accès à la propriété ; faire bénéficier les familles de l’accompagnement social du ministère des Armées ; améliorer les conditions d’hébergement et de vie des célibataires et des « célibataires géographiques ». Ce plan coûte 302 M€ sur la période 2018-2022, dont 80 M€ en 2022.

Priorité au logement. Désormais, 85 % des militaires reçoivent leur préavis de mutation au minimum cinq mois à l’avance, souligne Jean-Charles Cottez, Ceux affectés en Ile-de-France rencontrant des difficultés pour se loger, 37,4 M€ ont été dépensés entre 2018 et 2020 à cet effet. Il s’agit de deux « bâtiments cadres célibataires » (BCC) de 150 lits chacun ouverts, l’un à l’été 2020 sur le plateau de Satory (Versailles) et l’autre début 2021 à la caserne Joffre-Drouot au Camp des Loges (Saint-Germain-en-Laye). Deux autres BCC (300 places) suivront en 2022. Un « wifi », sécurisé et gratuit pour l’accès à internet, a été déjà installé dans 2.400 bâtiments en métropole et le sera à bord des navires à quai à partir de 2022. En outre, 718 logements neufs ont été commandés (400 déjà livrés), en majorité en Ile-de-France (283) et dans la région du port de Toulon (223). En 2020, 44 M€, dont 29 M€ en métropole, ont été investis dans l’entretien du parc domanial. De plus, le ministère des Armées a acquis 20 logements neufs à Mayotte. Pour les forces françaises pré-positionnées à l’étranger, 16 logements sont prévus à Djibouti en 2022 et, après 2024, 6 au Gabon et 12 au Sénégal. Le Plan Famille prévoit 40 M€ pour le logement en 2022.

Soutien aux parents. Pour pallier l’absence des parents pour raisons opérationnelles de l’un ou professionnelles de l’autre, le Plan Famille organise des accueils collectifs et des gardes d’enfants à domicile ou chez une assistante maternelle ou en « maisons d’assistants maternels » qui ont accueilli 5.200 enfants en 2020. En matière de crèches, le nombre de berceaux a augmenté de 20 % depuis 2017 et environ 8 M€ y ont été consacrés entre 2018 et 2020. Les conjoints se voient proposer des « boîtes multi-activités pour enfants de deux à huit ans. Plus de 66.000 de ces boîtes ont été distribuées. Les conjoints, qui perdent leur emploi lors de la mobilité de militaires, bénéficient de l’assistance de « Défense mobilité ». Cet organisme, qui en a reclassé 6.800 depuis octobre 2017, propose bilans de compétences, formations d’adaptation à l’emploi, cycles d’enseignement, validation des acquis de l’expérience et aide à la création d’entreprise. Le ministère met en place des plateformes numériques pour demander des prestations sociales ou une information personnalisée pour les blessés et ouvre des espaces multiservices (206 à la fin de 2022).

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy

Défense : relance de la politique immobilière des armées