Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation

Affrontement de deux volontés et fondé sur des ressources matérielles et immatérielles, la victoire implique, pour l’armée de Terre, la poursuite de son mandat sur 20-30 ans et l’intégration des innovations d’usage immédiat.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 6 février 2018 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre. Un diplomate et deux généraux de haut rang y sont intervenus.

Le dilemme du temps. Le pouvoir politique veut des victoires rapides, car l’opinion publique se lasse des engagements militaires longs après ceux en Afghanistan (13 ans), en Centrafrique (3 ans) et au Sahel (depuis janvier 2013), explique le diplomate. Il voit sa propre communication contestée par le « complexe militaro-industriel » dans les médias…qui racontent la guerre à sa place ! L’incertitude du monde actuel estompe l’idée de « guerre juste » et donc de victoire militaire définitive. L’ennemi soviétique d’hier a été remplacé par le terrorisme islamiste, avec une vision du monde différente de celle des Etats démocratiques. Quoique ce dernier soit identifiable au Levant et au Mali, la difficulté d’une interposition internationale entre factions rivales conduit à un combat sans fin et une victoire impossible. Sans accompagnement économique massif, les effets pervers l’emportent sur la victoire. Ainsi en Libye, la réussite militaire franco-britannique de 2011 s’efface devant l’émergence des centres de transit de migrants clandestins et de trafics d’armes, comme en Irak depuis l’intervention américaine de 2003. Les contraintes budgétaires nécessitent de s’intégrer à une alliance, facteur de dépendance dans la prise de décision. En France, la fin du service militaire obligatoire et la recherche du « zéro mort » dans un conflit ont conduit à l’absence de prise de risques et donc de victoire. Or, souligne le diplomate, le monde doit reconnaître que la France porte un message, reste fidèle à son histoire et maintient son rang, le rôle de sa diplomatie étant de transformer la victoire aux yeux de tous en une paix durable. Les dirigeants politiques actuels n’ont connu ni le second conflit mondial ni les guerres de décolonisation. Mais conscients de l’Histoire ils s’imprègnent de la culture militaire par leurs fréquentes visites sur le terrain. Par ailleurs, aux Etats-Unis, les généraux sont reconnus comme les artisans de la victoire, alors qu’en France, cet honneur revient aux dirigeants politiques, en raison de la mauvaise image des militaires dans la nation après les guerres de décolonisation. Toutefois, les attentats terroristes de 2015 et 2016 ont eu pour conséquence de valoriser les services de renseignement, autrefois mal vus, et les militaires avec l’opération « Sentinelle ».

La constance et la patience. Le chef militaire doit concilier le temps de son action sur le terrain avec celui, très court, du pouvoir politique, et celui, très long, du diplomate et éviter qu’ils divergent, indique l’un des généraux. Cela passe d’abord par une réflexion sur les crises, toujours différentes, et la connaissance de leurs acteurs, pour ne pas appliquer à une crise nouvelle la solution de la précédente. La fascination pour les images de départs de navires et de déploiements d’avions et d’hélicoptères dans la gestion des crises occulte la nécessité de jouer sur tous les leviers et dans le temps long, surtout quand elles durent plus de dix ans (Kosovo, Irak, Afghanistan). Entre 2014 et 2017, la coalition internationale a largué 100.000 bombes contre Daech en Syrie et en Irak, soit cinq fois plus que sur Dresde en 1944. Par ailleurs, tout pays membre d’une coalition internationale doit rester lucide quant à son poids dans la décision opérationnelle. Ainsi, dans celle contre les talibans, la France n’a fourni que 2,5 % des effectifs pour contrôler 3 % du territoire afghan. Une erreur consiste à tenter de résoudre les crises une par une, en partant du principe qu’elles sont disjointes, alors qu’elles surviennent en réseau, comme en Libye, Irak et Syrie. L’action précipitée, sous le coup de l’émotion et de la pression médiatique, peut avoir de graves conséquences, comme le brusque afflux de 5.000 migrants clandestins en Méditerranée après la diffusion mondiale d’une vidéo montrant un enfant mort sur une plage. Enfin, précise le général, l’engagement politico-militaire ne peut reposer sur un consensus lent. Le pouvoir politique doit donner une directive claire et rapide sur les objectifs à atteindre, pour lesquels les militaires présentent des options d’action avec les risques encourus.

L’action durable. Autrefois, gagner la guerre consistait à remporter une grande bataille ou s’emparer d’une capitale pour détruire une idéologie. Aujourd’hui, souligne l’autre général, la liberté d’action s’impose à l’armée de Terre pour défendre les intérêts de la France dans un monde multipolaire, asymétrique et connecté. Elle doit pouvoir agir vite et loin, en toute circonstance, où il faut et autant que nécessaire, par une opération aéroportée ou amphibie. Cela implique maîtrise du renseignement, masse et épaisseur. Cela va de l’interopérabilité avec les armées des Etats baltes, à l’adversaire hybride dans la bande sahélo-saharienne et à la combinaison des forces armées avec celles de la sécurité intérieure (autorités civiles, douane et gendarmerie). En cas de coup dur, la résilience inclut action de communication, acte juridique et application de règles éthiques pour éviter la barbarie. La spécificité militaire (donner et recevoir la mort) nécessite endurance, aguerrissement et volonté du pouvoir politique de détruire l’ennemi. L’initiative sert à mener l’action pour exercer une influence et obtenir un effet final pertinent. Elle implique imposition du tempo à l’adversaire et réversibilité de l’action, car le temps militaire diffère de celui de la reconstruction. L’efficience repose sur une intervention brutale et décisive des forces spéciales et conventionnelles. Pour empêcher l’adversaire de prendre un ascendant tactique par l’emploi inattendu de moyens bon marché, comme un drone commercial armé de façon rudimentaire, l’achat d’une technologie de pointe « sur étagère » satisfait le besoin d’urgence opérationnelle. Par ailleurs, une intervention armée ne se justifie qu’avec le soutien de la population locale. Ainsi l’opération « Serval » au Mali (2013) l’a pris en compte dans le cadre d’une approche globale régionale, avec un appui international et le partage de renseignements sur place et en France.

Loïc Salmon

Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre anime la pensée militaire au profit de l’efficacité opérationnelle des forces terrestres. Il assure la formation des futurs décideurs à différents niveaux. L’enseignement militaire supérieur Terre prépare à l’exercice de hautes responsabilités ou de postes de direction exigeant un niveau élevé de qualifications scientifiques et techniques. Il enseigne le travail en état-major et en interarmées, au sein de quatre établissements : Ecole d’état-major pour jeunes capitaines et sous-officiers ainsi que pour les officiers candidats au concours d’entrée à l’Ecole de guerre ; Cours supérieur interarmes ; Enseignement militaire supérieur scientifique et technique ; Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major.

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Armée de Terre : faire face à toutes menaces, ici et là-bas




Marine nationale : « Jeanne d’Arc 2018 », missions opérationnelles et de formation

Outre son volet « entraînement », le voyage annuel du Groupe école d’application des officiers de marine (GEAOM), dit « Mission Jeanne d’Arc », constitue un outil de connaissance et d’anticipation et un ensemble de moyens visibles pour intervenir loin.

Le GEAOM est déployé du 26 février au 20 juillet 2018 dans le Sud de la Méditerranée, la mer Rouge et les océans Indien et Pacifique. Il compte le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude, la frégate Surcouf et 5 hélicoptères (1 Alouette III Marine, 2 Gazelle de l’armée de Terre et 2 Wildcat de la Marine britannique). Son commandant, le capitaine de vaisseau Jean Porcher, s’est entretenu avec la presse, le 7 juin à Paris, en visioconférence à bord du BPC.

Les opérations. Le déploiement dans des zones d’intérêt stratégique pour la France permet un soutien naval à sa diplomatie, une interopérabilité militaire et une coopération internationale pour conduire une action militaire de haute intensité ou une opération de gestion de crise humanitaire. La préparation opérationnelle a inclus un exercice amphibie en Corse en février, puis des entraînements avec les forces maritimes libanaise, israélienne et égyptienne. En mars, l’exercice amphibie majeur « Wakri 18 » a mobilisé 300 militaires du 3ème Régiment d’infanterie de marine et du 5ème Régiment interarmes d’outre-mer, les moyens interarmées des forces françaises stationnées à Djibouti et 45 « marines » américains. En mai, le GEAOM a participé à l’exercice de soutien humanitaire « Komodo 2018 », qui a nécessité 35 navires et 27 aéronefs de 42 autres pays au large de l’île indonésienne de Lombok. En outre, il s’est entraîné avec les Marines de l’Inde, de Malaisie, de l’Indonésie, de Singapour, du Viêt Nam et de l’Australie, partenaires stratégiques de la France. En effet, environ 1,5 million de ressortissants des départements et territoires d’outre-mer et 200.000 expatriés résident dans la zone Indo-Pacifique. Les escales, équilibrées avec les différents pays de la zone, sont préparées en amont par la Direction des relations internationales et de la stratégie. En tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, la France contribue au respect de la liberté de navigation en mer de Chine méridionale. La « Mission Jeanne d’Arc » s’y est rendue en mai, avec des observateurs européens (militaires, réservistes et universitaires) pour montrer ce qui s’y passe et comment elle agit. Elle a patrouillé autour des atolls et îlots artificiels, où la Chine construit des ports et des aéroports, et y a recueilli des renseignements par radar, photos, caméras, drones et hélicoptères. Les échanges, courtois, avec les navires chinois, se sont faits selon le code de communication « Q », commun à 11 pays asiatiques, pour éviter toute incompréhension fâcheuse.

La formation « in situ ». Le GEAOM embarque 131 officiers-élèves, 35 cadres, 60 stagiaires (administrateurs des Affaires maritimes, médecins, sous-lieutenants de Saint-Cyr Coëtquidan, ingénieurs de l’armement et élèves de l’EDHEC), 25 marins de la flottille amphibie, 21 fusiliers marins, 7 membres du détachement drone, 9 commissaires « Marine », 10 officiers étrangers et 36 marins britanniques (pilotes d’hélicoptères, techniciens et soutien). Les missions de ces derniers portent sur le renforcement de la capacité « porte-hélicoptères d’assaut » du BPC et le partage de savoir-faire amphibie, pour intensifier l’intégration des forces armées franco-britanniques.

Loïc Salmon

L’océan Indien : espace sous tension

Asie-Pacifique : rivalités et négociations sur les enjeux stratégiques

Asie du Sud-Est : zone sous tension et appropriation territoriale de la mer




Armée de Terre : connaissance, coopération et influence

La réflexion sur le rôle des sciences humaines et sociales entre dans la résolution des crises, afin de transformer une réussite tactique en succès opératif et politique.

Ce thème a été abordé lors d’un colloque organisé, le 23 novembre 2017 à Paris, par l’Etat-major spécialisé pour l’outre-mer et l’étranger. Y sont intervenus : Pascal Rey, docteur en géographie du développement, universités de Paris I et de Djibouti ; le commandant guinéen Mamadi Doumbouya, stagiaire à l’Ecole de guerre (2017-2018).

Caractéristiques locales. La compréhension des organisations sociales facilite la coopération, souligne Pascal Rey, qui centre son propos sur l’Afrique subsaharienne de l’Ouest et Madagascar. Selon l’animisme originel, un chasseur s’aventure dans les endroits interdits, à la recherche d’un territoire pour établir un village. Il entre alors en contact et négocie avec des génies et entités surnaturelles. Ce contrat ou « acte fondateur » assure la légitimité du territoire et des droits éminents pour lui et ses descendants. Après accord du génie, il pourra accueillir d’autres familles de sa tribu ou même étrangères, qui deviendront ses dépendants par consolidation du droit d’usage des terres agricoles. Dans cette société matrilinéaire, le « père » considéré comme tel n’est pas le géniteur mais celui qui élève l’enfant, à savoir le ou les oncles maternels. Le lignage du fondateur, par la branche aînée, devient l’autorité coutumière, responsable de la gestion durable et cohérente des ressources naturelles. Cette hiérarchie se maintient au sein de la même famille, où le plus âgé prend souvent la parole. L’administration coloniale a rencontré des difficultés au début pour entrer en contact avec les chefs locaux, qui lui envoyaient des délégués non décisionnaires. Aujourd’hui, dans une administration locale décentralisée, les élus restent sous la coupe des autorités coutumières et ne peuvent prendre de décisions rapides. Sur le plan religieux, une construction syncrétique de l’islam a remplacé la nature par les sourates du Coran pour l’organisation sociale. Le clan du fondateur doit maintenir la paix sociale par consensus et l’accès de tous aux ressources, même de façon inégale. A l’échelle locale, les droits individuels et ceux liés au lignage se superposent sous le contrôle des fondateurs, qui bénéficient d’un accès plus aisé aux espaces de production : agriculture, pêche, élevage, extraction du sel et plantations de palmiers à huile. Toutefois, le droit d’usage étant imprescriptible, la presque totalité des ménages peut pratiquer une culture annuelle. La gestion des conflits se caractérise par sa partialité, souligne Pascal Rey, car elle repose sur les hiérarchies sociales établies sur l’hérédité et sans égalité des chances. Sur le plan économique, les ménages ne peuvent dépendre d’un emploi unique et multiplient leurs sources de revenus en cumulant la culture vivrière avec d’autres activités. La modicité des salaires des fonctionnaires entraîne diverses conséquences : absentéisme pour pouvoir travailler dans le secteur privé ; corruption, considérée comme un avantage annexe de la fonction ; petits commerces ou trafics divers et variés. Par ailleurs, l’art de la parole, où la forme l’emporte sur le fond, reste la première qualité chez un homme. Pour un gouvernement, l’armée constitue un outil pour l’emploi et lui permet de se maintenir au pouvoir. Pascal Rey recommande aux militaires français en poste en Afrique de manifester au quotidien leur volonté de comprendre les coutumes locales, afin de diminuer les risques de rupture de confiance avec la population. Les familles, qui représentent aussi l’institution, ne devraient pas rester cloîtrées dans leur domicile mais apprendre ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Quoique présents au titre de la coopération, les militaires français portent le poids politique de leurs prédécesseurs et ne peuvent se désolidariser de l’héritage colonial, à l’origine de frustrations. Lors des interventions en secours d’urgence, ils doivent se montrer équitables dans la distribution de vivres, mais en évitant de contourner les autorités coutumières. Enfin, ils doivent s’appuyer sur les relais locaux pour diffuser des messages.

Une perception militaire africaine. Le commandant Doumbouya a présenté un constat partagé par ses condisciples d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Dans l’ensemble, les représentations françaises à l’étranger ou les officiers français détachés dans les armées africaines sont accueillis avec une grande fraternité d’armes. Mais leur connaissance trop théorique de l’Afrique se trouve en décalage avec la réalité du moment. Leur enthousiasme à se renseigner sur les moyens des armées locales finit par paraître suspect. Les gouvernants africains accordent plus de crédit à leurs compétences qu’à celles de leurs compatriotes. Conseillers des hauts responsables politiques et militaires, les officiers français donnent l’impression d’influencer leurs décisions selon les intérêts de la France. Ils peuvent débloquer des situations rapidement, comme l’obtention de munitions, sans être soupçonnés de fomenter un coup d’Etat. Ils sous-estiment les capacités humaines et intellectuelles de leurs partenaires africains, dont certains sont passés par l’Ecole de guerre, et ne cachent pas leur mépris vis-à-vis d’officiers supérieurs locaux accédant à de très hautes fonctions. En matière de compétences, les militaires étrangers ont perdu la considération automatique de leurs homologues africains, qui attendent d’eux plus de respect et moins de condescendance. Si l’intention des coopérants français est jugée généralement bonne, ces derniers, ne disposent plus des moyens de leur politique, contrairement aux Américains qui proposent munitions et structures pour s’entraîner. Sur le plan privé, ils entretiennent peu de contacts avec les officiers africains et préfèrent les circuits touristiques officiels au vécu quotidien des populations locales.

Loïc Salmon

Centrafrique : l’opération « Sangaris » au niveau « opératif »

Afrique : les armées et leur implication dans la politique

L’Etat-major spécialisé pour l’outre-mer et l’étranger (EMSOME) assure la formation et l’adaptation des militaires qui doivent y aller dans le cadre d’une affectation, d’une mission de courte durée ou d’une opération extérieure. Il pilote aussi les domaines outre-mer, étrangers et amphibie de l’armée de Terre. Il assume la responsabilité organique des onze formations terrestres stationnée hors métropole : 9ème Régiment d’infanterie de marine (Guyane) ; 3ème Régiment étranger d’infanterie (Centre spatial guyanais de Kourou) ; 33ème Régiment d’infanterie de marine (Antilles) ; 43ème Bataillon d’infanterie de marine (Côte d’Ivoire) ; 6ème Bataillon d’infanterie de marine (Gabon) ; 5ème Régiment interarmes d’outre-mer (Djibouti) ; 2ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (La Réunion) ; Régiment d’infanterie de marine du Pacifique-Nouvelle-Calédonie ; Régiment d’infanterie de marine du Pacifique-Polynésie ; Détachement de Légion étrangère de Mayotte ; 5ème Régiment de cuirassiers (Emirats arabes unis). Interface entre les régiments, le Commandement des forces terrestres et l’état-major de l’armée de Terre, l’EMSOME s’occupe des ressources humaines, de la chancellerie, de la logistique et de l’entraînement spécialisé. Il a formé 12.000 stagiaires en 2016.




IRSEM : à l’intersection de la défense et de l’université

Très engagée en opérations extérieures, la France doit investir davantage dans la recherche stratégique, indispensable pour comprendre le présent et éclairer l’avenir.

Telle est l’opinion de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, (IRSEM) qu’il a présenté à la presse le 26 janvier 2017 à Paris.

Une équipe civilo-militaire. Créé en 2010 et rattaché à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense, l’IRSEM compte environ 40 personnes (militaires titulaires d’un doctorat et universitaires spécialisés). Les chercheurs se répartissent en 5 domaines : « Questions régionales Nord », pour l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’espace post-soviétique, la Chine, le Japon et la péninsule coréenne ; « Questions régionales Sud », pour l’Afrique, le Moyen-Orient, le golfe Arabo-Persique, le sous-continent indien, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique ; « Armement et économie de défense » ; « Défense et société » ; « Pensée stratégique », sur les conflits armés aux niveaux stratégique, opératif et tactique. Ce domaine, précise Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, est étudié dans certaines universités britanniques depuis 1962, alors que persiste en France un cloisonnement entre les universités et les « think tanks » (instituts de recherche privés). L’IRSEM envoie ses chercheurs dans le monde entier pour répondre aux besoins du ministère de la Défense. Il contribue à l’enseignement militaire supérieur par des cours dispensés à l’Ecole de guerre et au Centre des hautes études militaires et par l’encadrement des officiers stagiaires dans la réalisation de leur mémoire de recherche. L’IRSEM effectue aussi des recherches externes destinées à la communauté scientifique et publiées en français et en anglais. Il favorise l’émergence d’une génération de jeunes chercheurs par l’encadrement des doctorants, par l’attribution d’aides à la mobilité pour faciliter leur employabilité ultérieure et par la valorisation de leur réseau dans la durée. Plus d’une centaine de chercheurs ont déjà reçu un soutien. Enfin, l’IRSEM organise des colloques publics en France et à l’étranger.

Un monde de plus en plus incertain. Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la multiplicité des crises contemporaines, caractérisées par leur violence, provient d’abord d’une mutation du système international. A la bipolarité, influence soviétique et démocratie de type occidental de 1945 à 1999, a succédé un monde devenu progressivement multipolaire par la diffusion de la puissance. L’hégémonie des Etats-Unis diminue, tandis que la Chine émerge et que la Russie revient sur le devant de la scène, avec une prévisibilité moindre de leurs relations entre eux. Outre leur nombre en augmentation, les groupes armés non-étatiques accroissent leur capacité de nuisance par la démocratisation des technologies destructrices et de l’information. Certaines crises sont liées. Les médiateurs régionaux s’affaiblissent ou présentent une attitude ambivalente. S’y ajoute la diversion d’attention sur une crise donnée. Ainsi celle de l’Ukraine se trouve éclipsée par celle de la Syrie. Selon le directeur de l’IRSEM, la recherche stratégique se justifie par les risques de la faiblesse et la menace de la force. Les dépenses militaires en Asie dépassent  celles en Europe. Une dizaine de pays disposent de drones armés, dont la Turquie, le Pakistan, le Kazakhstan, l’Arabie saoudite et le Nigeria. Les acteurs non-étatiques peuvent acquérir tout le spectre des capacités militaires, la formation sur les nouveaux équipements étant fournie par des entreprises privées. Outre l’asymétrie des moyens, le monde occidental est confronté à celle des volontés où « l’ennemi est prêt à mourir, voire souhaite mourir pour défendre sa cause ». Enfin, les repères disparaissent par suite de l’interpénétration des mondes civil et combattant, terroriste et criminel,  et de la guerre conventionnelle ou non.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence




Armée de l’Air : la BA 123, base opérationnelle, de soutien et d’instruction

La base aérienne (BA) 123 d’Orléans-Bricy, qui accueille la 61ème Escadre de transport, doit assurer la montée en puissance de toutes ses capacités. Le colonel qui la commande l’a présentée à l’Association des journalistes de défense, le 16 novembre 2016.

Plate-forme cohérente. La BA 123 s’étend sur 736 ha avec 2 pistes (1.000 m et 2.400 m) et 33 parkings pour les avions. Son effectif, en progression annuelle de 100 personnels, devrait en compter 3.000 en 2020. La 61ème Escadre de transport est constituée d’avions A400M (10), C130 (14), Twin (2) et TBM (1), dont 50 % en cours de rénovation. Sa capacité de projection et d’intervention mobilise 550 personnes pour 15.000 heures de vol par an dans le monde entier. S’y ajouteront, à terme, des C130H et C130J. En matière de connaissance et d’anticipation, la BA 123 assure la récolte et l’analyse des informations électroniques et remplit des missions de photographie aérienne dans le cadre d’un traité international. Le Commandement des opérations spéciales y a installé l’unité de commandos parachutistes de l’air CPA10. Chaque année, la BA 123 assure des prestations de maintenance : 140.000 heures de travaux sur une trentaine d’avions ; le pliage de 11.000 parachutes ; la rénovation et la réparation des équipements  et des réseaux électroniques. Par ailleurs, des pilotes allemands viennent s’y entraîner au vol tactique, à savoir la capacité à partir en opération avec 2 avions. En contrepartie, des mécaniciens français effectuent des stages en Allemagne.

Centre de formation. Depuis 2008, la BA 123 abrite le Centre d’instruction des équipages de transport, créé en 1946 à Toulouse. Celui-ci standardise toutes les plates-formes de transport aérien et dispense chaque année des cours de connaissances techniques et de procédures, en anglais, à 1.200 stagiaires de toutes les catégories, en vue de leur aptitude au combat de 1 à 4 avions. Il dispose d’un simulateur de vol sur A400M, qui permet d’employer davantage ces avions dans des missions opérationnelles et de réduire la charge financière de la formation des équipages. Les stagiaires, qui ont déjà 300 heures de vol sur C160 et C130, sont formés sur ce simulateur par 9 instructeurs « qualifiés A400M ». Le cockpit est identique à celui de de l’A380 d’Air France. Pilotes civils et militaires viennent y échanger leurs expériences. Les 2 pilotes de l’équipage d’un A400M passent 80 heures sur simulateur avant leur premier vol. Ensuite, ils doivent, chaque année, effectuer 50 heures de vol tactique, notamment en vision nocturne, sur simulateur. Le « load master », 3ème membre de l’équipage, apprend sur simulateur la répartition des charges de la soute, avec exercices de pannes et d’incendie. A terme, le simulateur A400M sera connecté à ceux du Rafale et de l’avion radar AWACS.

A400M, bond opérationnel. L’A400M peut emporter au choix : 1 hélicoptère Tigre ou Caïman ; 2 véhicules de l’avant blindé ; 1 camion logistique ; 54 soldats équipés et 9 palettes de fret militaire. Les sauts en parachute à ouverture retardée se font à 4.000 m par la porte arrière, mais ceux en automatique, par les portes latérales, sont encore en expérimentation. Nécessitant moins d’escales, l’A400M permet de réduire les aléatoires négociations diplomatiques. En 2016, après 500 heures de vol sur A400M, le pilote devient commandant de bord. Il transmet alors son expérience tactique antérieure sur C130 ou C160 aux jeunes pilotes de transport, qui seront bientôt formés directement sur A400M.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur




La guerre par ceux qui la font

Trois généraux et treize colonels ou assimilés du Centre des hautes études militaires présentent leurs réflexions sur les enjeux de défense et de sécurité.

Depuis l’Antiquité, la guerre a toujours été motivée par la peur, l’honneur ou les valeurs, éventuellement religieuses, et l’intérêt. Dans les années 1990, la « révolution des affaires militaires », d’origine américaine, prône le recours à la guerre psychologique et à la maîtrise du champ de bataille par l’imagerie. La guerre se construit autour de la boucle « observation, orientation, décision et action ». Elle s’appuie surtout sur les innovations technologiques : vélocité des plates-formes, puissance unitaire et précision de l’armement, volume et vitesse des communications et supériorité absolue en matière de « C4ISR » (commandement, contrôle, communications, systèmes informatiques, renseignement, surveillance et reconnaissance). Or, les attentats terroristes du 11 septembre  2001 aux États-Unis, par leur soudaineté, l’ampleur des destructions et la désorganisation qui s’ensuit, atteignent un niveau de violence comparable à celui d’une opération de guerre. Ils annoncent les interactions entre sécurité nationale et sécurité globale et entre territoire national et théâtre extérieur. Leur impact, aussi dévastateur qu’une guerre, a nécessité un investissement limité : Al-Qaïda n’aurait dépensé que 500.000 $, alors que les guerres qui ont suivi (Irak et Afghanistan) auraient coûté 3 Mds$ entre 2001 et 2014. En outre, les armées régulières ont perdu le monopole de la guerre. Terrorisme, guérilla, cyber-guerre et sanctions économiques sont mis en œuvre séparément ou combinés au service d’une stratégie asymétrique, utilisée par les puissances dominantes : cyberattaques menées par les États-Unis,  la Chine ou la Russie ; annexion  de la Crimée par la Russie, sans intervention militaire violente ; stratégie chinoise d’extension de la zone économique exclusive en mer de Chine. Depuis 1945, la dissuasion nucléaire a démontré son efficacité à proscrire toute montée des tensions aux extrêmes ou prévenir tout conflit majeur. Certaines puissances régionales d’Asie et du Moyen-Orient veulent acquérir des capacités nucléaires crédibles et les grandes puissances rénovent les leurs. La France a adopté une dissuasion strictement défensive de frappe en second et uniquement nucléaire. En revanche, les États-Unis basent la leur sur la combinaison des capacités nucléaires et conventionnelles, à caractère offensif et défensif, dans une perspective de prévention d’une guerre majeure et de maîtrise de l’escalade lors de conflits périphériques. Ainsi, les missiles de croisière ou balistiques équipés de charges conventionnelles leur permettent, théoriquement, de neutraliser ou de menacer des cibles à haute valeur politique ou militaire, fugaces, protégées ou camouflées partout dans le monde, en quelques dizaines de minutes et avec une précision métrique. Toutefois, leur emploi reste hasardeux en temps de crise ou de guerre, en raison de leur localisation à proximité des vecteurs d’armes nucléaires. En effet, les moyens d’alerte de la Russie ou de la Chine pourraient l’interpréter comme une attaque nucléaire. Enfin, la « surprise stratégique » reste possible, à savoir la transgression des règles du jeu ou un événement peu ou mal anticipé et à très fort impact sur les fondements d’un État.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

La guerre future : hybride, majeure ou mondiale ?

Cyber : au cœur des enjeux de défense et de sécurité

« La guerre par ceux qui la font », ouvrage collectif. Éditions du Rocher 366 pages, 22 €.




École de guerre : « Coalition 2016 », exercice d’état-major pour conflit hybride ou asymétrique

Les officiers stagiaires de l’École de guerre (ÉdG) à Paris effectuent, chaque année, un exercice de synthèse de « l’approche globale » d’une crise internationale et des engagements militaires en opération.

Dénommé « Coalition », cet exercice (21 mars-15 avril 2016) a fait l’objet d’une présentation à la presse le 7 avril par le contre-amiral Loïc Finaz, directeur de l’enseignement de l’ÉdG, et d’une journée ouverte à la presse et aux attachés de défense étrangers le 13 avril.

Scénario. Les officiers stagiaires doivent appliquer l’enseignement dispensé en matière de stratégie, géopolitique, relations internationales, planification et conduite des opérations, en vue de se préparer à leurs responsabilités futures en état-major, interarmées et interalliés, ou dans des organismes ministériels ou interministériels. L’édition 2016 de « Coalition » met en œuvre toutes les structures, du niveau politique et international au niveau tactique et prend en compte l’influence de la société civile et des médias. Des outils de simulation font vivre les scénarios selon les décisions prises. Deux coalitions sont confrontées aux menaces hybrides et aux modes d’action asymétriques, comparables à celles que connaissent les forces françaises aujourd’hui. Les acteurs gèrent une crise née de tensions ethniques sur des territoires économiquement riches avec deux légitimités : les traités internationaux pour un camp ; le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour l’autre. Ces tensions sont jugées suffisamment sérieuses pour justifier la préparation d’une éventuelle opération. Pendant la période de planification, incidents et troubles à l’ordre public vont crescendo, jusqu’à l’événement déclencheur de l’affrontement des deux coalitions.

Participation pluridisciplinaire. « Coalition 2016 » mobilise près de 600 acteurs, dont 4 officiers généraux et 30 officiers d’état-major opérationnels. L’École de guerre y envoie ses 227 stagiaires, dont 80 officiers étrangers venus de 62 pays, et 57 stagiaires de 17 ÉdG étrangères. Au cours de leur scolarité, les 147 Français, sélectionnés par concours et issus des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales, bénéficient du concours du Commandement pour les opérations interarmées, qui attribue une qualification standardisée OTAN. Les autorités militaires aux niveaux opératif, stratégique et politique sont représentées par 8 auditeurs du Centre des hautes études militaires, lesquels sont destinés à exercer de hautes responsabilités ultérieurement. L’exercice « Coalition », qui implique 6 ambassadeurs, s’inscrit dans le programme de 74 diplomates en formation à l’Institut diplomatique et consulaire, créé en 2009 pour répondre aux besoins du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France (juillet 2008). Partenaire de l’ÉdG, le Centre d’études diplomatiques et stratégiques, qui appartient au groupe European Business School Paris, envoie 14 étudiants jouer les représentations diplomatiques et les instances internationales dans « Coalition ». De son côté, l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel mobilise 67 élèves journalistes de toutes les catégories pour incarner la tension médiatique. S’y ajoutent 14 étudiants de l’Université américaine de Paris, qui représentent les organisations non gouvernementales (droits de l’Homme, action humanitaire, écologie). Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge assure l’engagement humanitaire et fait respecter le droit des conflits armés.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

Un CICDE, pour quoi faire ?




Armée de l’Air : création d’un « centre de guerre aérienne »

Le Centre d’expertise aérienne militaire, véritable « centre de guerre aérienne » installé sur la Base aérienne 118 (BA 118) de Mont-de-Marsan, a été officiellement ouvert le 1er septembre 2015 par le général Denis Mercier, chef d’État-major de l’armée de l’Air. Il doit permettre de répondre, de manière cohérente et dans des délais réduits au plus juste, aux demandes des états-majors et des forces. Ce centre, directement rattaché au major général de l’armée de l’Air, résulte de la fusion du Centre d’expériences aériennes militaires (CEAM), qui réunit les expertises indispensables à la construction des futures capacités opérationnelles, et le Centre tactique air destiné aux besoins du commandement des forces aériennes. Le Centre d’expertise aérienne militaire rassemble trois types d’expertises sur un même site (la BA 118) et sous un même chef (un général de division aérienne). Le premier type (niveau opératif) concerne les doctrines de l’armée de l’Air : travaux sur les principes fondamentaux ; coordination du retour d’expérience ; conduite d’études exploratoires intéressant directement le commandement et le contrôle d’un théâtre d’opération. Le deuxième type (niveau stratégique) porte sur les expertises technico-opérationnelles nécessaires à la modernisation des équipements des forces : contribution au suivi du développement des nouveaux matériels ; conception et réalisation des expérimentations. Le troisième type (niveau tactique) consiste à capitaliser les meilleures pratiques et à valoriser toute initiative ou réflexion pertinente des unités opérationnelles. Ce triptyque assure la cohérence des capacités opérationnelles et permet de maîtriser la surenchère technologique des équipements. Le Centre d’expertise aérienne militaire entretient des partenariats avec la Délégation générale de l’armement, l’industrie et les universités. Il repose aussi sur un réseau de « référents tactiques » des  unités opérationnelles. Chaque référent aura reçu une formation de haut niveau de 4 semaines, dont les cours sont validés par les centres experts de l’armée de l’Air ou d’organismes externes. La première session a eu lieu en juin 2015 et la seconde est prévue à la fin de l’année. Le stagiaire est immergé dans une « ruche multiculturelle », où il explique les capacités et expertises de son unité d’origine, ses besoins et ses contraintes. En retour, il apprend à intégrer les spécificités des unités des autres stagiaires. De son côté, le commandant d’unité peut faire appel au référent tactique pour solliciter le Centre d’expertise aérienne militaire sur des questions d’ordre tactique, technique ou doctrinal. Il y fait remonter, par son intermédiaire, les bonnes pratiques de son unité, pour les faire partager par d’autres. Enfin, il tient ainsi son unité à jour des changements doctrinaux, techniques et tactiques de l’armée de l’Air. La Base aérienne 118 abrite diverses unités, qui facilitent les activités du Centre d’expertise aérienne militaire : escadrons de chasse et de défense sol-air ; unités d’appui aux opérations (soutien, guerre électronique, liaisons de données tactiques, systèmes d’information opérationnels et génie de l’Air) ; unités d’instruction (contrôle et défense aérienne, formation Rafale et utilisation opérationnelle et technique) ; unités d’expérimentations techniques ; unités de soutiens communs et spécialisés. Toutes participent aux missions permanentes de l’armée de l’Air : protection, dissuasion nucléaire et intervention.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : une « smart base » pour créer des partenariats avec le monde civil

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

Dissuasion nucléaire : assurer à la France son indépendance




Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

La proportion de femmes « officier général », de 3,5 % (19) en 2013, devrait passer à 7 % (38) en 2019. Toutefois, quoique fières de leur métier, les jeunes femmes militaires ne sont pas à l’abri du harcèlement sexuel, que les autorités militaires entendent prévenir, traiter en toute transparence et sanctionner.

A cet effet, le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, a demandé aux officiers généraux Brigitte Debernardy et Didier Bolelli de mener une enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées, dont le rapport lui a été remis le 15 avril 2014 à Paris en présence de 200 responsables civils et militaires.

Parité accrue. En décembre 2013, le ministre a installé un « Observatoire pour la parité », dont le secrétariat est assuré par Françoise Gaudin, nommée « Haut fonctionnaire à l’égalité des droits » auprès du secrétaire général pour l’Administration en septembre 2012. Cet observatoire devra constituer un tableau de bord de l’avancement pour : mesurer l’accès des femmes aux étapes clés de la carrière (diplôme d’état-major, École de guerre et Centre des hautes études militaires) ; suivre l’ancienneté moyenne pour l’accès aux grades d’officier supérieur ; évaluer la parité à l’avancement ; identifier et analyser les étapes et motifs de sortie des femmes de l’institution et les reconversions offertes. L’égalité professionnelle poursuit son cours dans les armées. Actuellement, les femmes ne peuvent faire partie des équipages de sous-marins pour des raisons de sécurité, de santé et d’aménagements des locaux à bord. Mais, dès 2017, 3 femmes officiers seront intégrées à titre expérimental à un équipage de sous-marin nucléaire lanceur d’engins, après une sélection de volontaires en 2014 et une période de formation initiale en 2015, en vue de la pérennisation de la féminisation des équipages de sous-marins. En outre, 2 femmes ont atteint le grade d’amiral : l’une a déjà quitté la Marine et l’autre commande toutes les forces armées en Polynésie française depuis 2012. Dans l’armée de l’Air, 6 femmes colonels ont déjà commandé une base aérienne ou un détachement air. Des femmes pilotes ont été affectées aux escadrons, en outre-mer et même à la tête de la patrouille de France. A l’été 2014, un lieutenant-colonel féminin doit commander la première escadre de défense sol/air équipée de missiles SAMP. Une femme devrait diriger l’escadron de chasse «  La Fayette » des Forces aériennes stratégiques à l’été 2015. Dans l’armée de Terre, une femme colonel commande, depuis 2013, le 40ème Régiment de transmissions, qui a participé à l’opération « Serval » au Mali. En 2015, le Bataillon de Saint-Cyr sera confié pour la première fois à une femme. A la Direction générale de l’armement, depuis 2013, une ingénieure dirige un centre d’expertise de renommée mondiale dans la lutte contre les menaces biologique et chimique. Au cours de 2014, 2 des 9 hôpitaux d’instruction des armées et 3 des 6 centres du commissariat des armées seront dirigés par des femmes.

Harcèlement sexuel. Les deux rapporteurs ont rempli leur mission d’enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées en un mois. Ils ont retenu tous les faits survenus en France et en opérations extérieures, en service, à l’occasion du service et en dehors du service mais à l’intérieur d’un site Défense. Ces faits incluent notamment les viols, agressions sexuelles, exhibitions sexuelles, harcèlement sexuel ou moral, atteinte à l’intimité de la vie privée, bizutages, diffamations et provocations à la discrimination en raison du sexe. La méthode de travail des rapporteurs, qui ont rencontré 300 femmes, a combiné des auditions en dehors de la hiérarchie, des tables rondes par catégories (militaire du rang, sous-officier et officier) et des vérifications sur pièces et sur place dans les formations et les écoles militaires pour corroborer les déclarations. Les rapporteurs ont constaté l’absence de statistiques exhaustives au sein du ministère de la Défense sur ce sujet, qui touche aussi les hommes. La promiscuité protège, car chacun vit aux yeux de tous. Les propos à connotation sexuelle s’estompent au fur et à mesure que le nombre de femmes augmente dans une unité. Le grade et la spécialité protègent en créant une distance et une meilleure capacité de réaction. Toutefois, les dérapages font suite à des jeux qui tournent mal sous l’emprise de l’alcool consommé par des gens très jeunes (18-19 ans), non encore psychologiquement stabilisés. Une femme victime préfère parler  d’abord à une autre femme, avant de porter plaine, et de préférence à une de sa catégorie. Le recours à une aide psychologique au profit de la victime n’est que très rarement envisagé, à l’exception de la Marine, indique le rapport. Les faits avérés de harcèlement sexuel donnent lieu à une sanction disciplinaire (nombre variable de jours d’arrêt), susceptible de ruiner une carrière, ou même à une condamnation pénale si la justice est saisie. Le rapport énumère 12 canaux de signalement d’événements graves, au sein et en dehors de la hiérarchie, mais peu connus du personnel militaire et civil. Enfin, il propose 26 recommandations.

Mesures ministérielles. Suite à cette enquête, le ministre de  la Défense a présenté un plan d’action en 4 axes. Une cellule de soutien et de conseil dénommée « Thémis », dirigée par le contrôleur général Brigitte Debernardy, accompagnera la victime et le commandement pour la définition des suites judiciaires à donner à l’événement. La prévention sera renforcée par l’inscription des articles relatifs aux harcèlements, discriminations et violences dans le Code de la défense et le Code du soldat et par l’ouverture au droit à une protection juridique pour la victime. Pour assurer la transparence, le Haut fonctionnaire à l’égalité des droits traitera les signalements, fournira chaque année des statistiques sur les faits de harcèlement et de violence et mettra à la disposition des personnels militaires et civils toutes  les informations nécessaires quant à leurs droits et devoirs. La politique disciplinaire appliquera des sanctions plus graves, allant de l’exclusion temporaire à la radiation des cadres, pour les actes de violence ou d’agression sexuelle.

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique

L’inspecteur général Didier Bolelli et le contrôleur général Brigitte Debernardy ont mené l’enquête sur le harcèlement sexuel dans les armées, hors Gendarmerie (ministère de l’Intérieur). Le ministère de la Défense emploie 60.000 femmes, soit près de 38 % du personnel civil et 15 % du personnel militaire. Quoique l’École Navale n’ait été ouverte aux femmes qu’en 1992, celles-ci représentent 14 % des effectifs de la Marine. L’École de l’Air est accessible aux jeunes filles depuis 1976. La féminisation atteint 33 % des militaires techniciens de l’air et 62 % des volontaires. L’armée de Terre compte 11.600 femmes. Elle en admet parmi les sous-officiers depuis 1976 et à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan depuis 1983. La Direction générale de l’armement, féminisée depuis longtemps, compte 11 des 19 officiers généraux féminins du ministère de la Défense. Le Service de santé emploie 59 % de femmes, qui représentent 42 % des effectifs projetés en opérations extérieures. Enfin, le corps des commissaires compte 27 % de femmes.




Marine nationale : mission « Jeanne d’Arc » 2014 en Atlantique

De mars à juillet 2014, un groupe amphibie (GA) se déploie en Atlantique au profit des officiers-élèves de l’École navale et des forces françaises prépositionnées outre-mer, dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc ». Il pourrait, éventuellement, être engagé en opérations.

Les missions. Le GA, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral et de la frégate La-Fayette, effectue la mission dite « Jeanne d’Arc » à 4 volets. Sur le plan opérationnel, il participe à l’opération « Corymbe » de présence dans le golfe de Guinée et en Afrique de l’Ouest pour y protéger les intérêts français. Cela relève des missions générales de connaissance, d’anticipation de crises et de coopération régionale. S’y ajoute le renforcement temporaire des forces de souveraineté en Guadeloupe et en Martinique par des entraînements communs. Le cas échéant, le chef d’État-major des armées peut utiliser le GA dans la conduite d’opérations vers la terre ou en mer. Le volet « coopération » porte sur la préparation opérationnelle interarmées des bâtiments déployés et des détachements de l’armée de Terre embarqués (groupements tactique et aéromobile). Il inclut l’interopérabilité avec les grands pays alliés, par des exercices OTAN avec les forces américaines et canadiennes, et les entraînements bilatéraux avec les Marines d’autres pays riverains de l’océan Atlantique (Sénégal, Cote d’Ivoire, Togo, Bénin, Brésil et Portugal). Le volet « rayonnement »  consiste à apporter un soutien naval à la diplomatie de la France et, lors des escales, un soutien à l’exportation d’armements français et, par voie de conséquence, à l’emploi industriel en France. Enfin, la mission « Jeanne d’Arc » constitue l’école d’application des élèves de la promotion 2011 de l’École navale, intégrés au « systèmes d’hommes » du GA : découverte des enjeux stratégiques de l’océan Atlantique, zone d’opérations des armées françaises ; rythme de navigation soutenu et enchaînement rapide d’activités pour se préparer à la prise de responsabilités au retour ; acquisition d’une expérience dense et variée du monde maritime par la vie en équipage.

Les personnels. Les élèves embarqués comptent 155 officiers et 20 civils. Il y a : 95 enseignes de vaisseau de 2ème classe, dont 13 étrangers (2 Allemands, 2 Saoudiens, 2 Béninois, 1 Camerounais, 1 Sud-Coréen, 1 Libanais 1 Malgache, 1 Sénégalais et 1 Togolais) ; 9 commissaires-élèves des armées, dont 1 Camerounais ; 11 administrateurs des Affaires maritimes ; 8 médecins des armées ; 8 officiers-élèves invités en cursus extérieur (1 Belge, 1 Brésilien, 1 Gabonais, 2 Koweïtiens, 1 Malaisien, 1 Canadien et 1 Britannique). En outre, embarquent pour une courte période : 10 sous-lieutenants de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; 14 stagiaires-ingénieurs de l’armement ; 20 stagiaires de l’école de commerce EDHEC. Par ailleurs, le groupement tactique embarqué compte 60 véhicules et engins ainsi que 210 soldats du 3ème Régiment d’infanterie de marine, du Régiment d’infanterie chars de marine, du 11ème Régiment d’artillerie de marine et du  6ème Régiment du génie. Le groupement aéromobile se monte à 2 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Puma, 2 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle et 35 soldats issus du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat. Enfin, les détachements Marine comptent 1 hélicoptère Alouette III de l’escadrille 22S, 1 engin de débarquement amphibie rapide et 2 chalands de transport de matériel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Mission Jeanne d’Arc 2012 : un tour du monde opérationnel