Marine : interopérabilité et résilience, plus vite et plus fort

Avec ses innovations technologiques et ses talents, la Marine se prépare aux futures interventions en interarmées et en coalition. L’Europe va se projeter au-delà de la Méditerranée, jusqu’à l’arc Iran-Pakistan et l’Afrique.

L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine (CEMM), l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 8 mars 2022 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Bouleversement géopolitique. Le monde vient d’entrer dans une logique de puissance remettant en cause l’architecture de sécurité internationale, souligne le CEMM. L’intervention russe en Ukraine ne constitue pas une crise, comme au Proche-Orient, mais un changement profond sur les plans militaire et économique affectant les approvisionnements en pétrole, gaz (russe) et blé (russe et ukrainien). Elle ne se réduit pas à la mer Noire, mais s’inscrit dans un ensemble cohérent du port de Sébastopol (Crimée) à celui de Mourmansk (Nord du cercle polaire arctique). Déployé en Méditerranée orientale en support de la mission OTAN, le groupe aéronaval lance deux patrouilles de chasseurs Rafale et une de l’avion de guet aérien Hawkeye chaque jour. Un Rafale peut effectuer un aller-retour jusqu’en Roumanie en 1h30. Un sous-marin nucléaire d’attaque se trouve en océan Indien et la frégate de surveillance Vendémiaire en mer de Chine. Selon le document Brèves Marines (octobre 2021) du Centre d’études stratégique de la marine, des Etats historiquement maritimes renforcent leurs capacités en sous-marins et navires de surface et de débarquement. Plusieurs puissances émergentes, dont la Turquie, acquièrent des capacités de protection, d’intervention et parfois de projection océanique. En outre, l’Asie rassemble 55 % des sous-marins en service dans le monde, d’abord en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Australie, en Inde et au Pakistan, puis au Viêt Nam, en Birmanie, en Thaïlande et au Bangladesh. Faute de pouvoir mettre en œuvre un porte-avions, des Etats se dotent de bâtiments d’assaut amphibies.

Combat aéromaritime. L’exercice « Polaris 2021 » a permis de renforcer les capacités en combat aéromaritime de haute intensité. Du 18 novembre au 3 décembre 2021 sur les façades méditerranéenne et atlantique, il a mobilisé plus de 6.000 militaires français (130 soldats de l’armée de Terre) et étrangers et, notamment, le porte-avions nucléaire Charles-de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre. « Polaris 21 » a provoqué un changement de la manière de penser, estime le CEMM. Il a mis en œuvre deux forces symétriques, qui ont dû gérer leurs ressources en pétrole et en munitions et innover sur le plan tactique. Les commandants d’unités ont dû utiliser de nouvelles technologies et de nouveaux concepts, afin de surprendre l’adversaire pour conserver leur liberté d’action. Habitué à se préparer à la guerre selon une doctrine et par l’entraînement, le chef d’aujourd’hui doit faire face à l’incertitude, l’imprévu et la vulnérabilité consécutive à une perte de communication par satellite ou un dysfonctionnement du GPS, indispensables aux missiles de croisière. Il s’agit de maintenir le combat au même niveau, mais en mode dégradé, grâce à la résilience globale où chaque opérateur doit pouvoir être remplacé par un autre. Des marins « ambassadeurs internes » expliquent à d’autres marins comment changer de métier en cours de carrière. Sur le plan technique, le drone naval mode hélicoptère, véritable œil déporté, sera expérimenté mi-avril pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 ».

Loïc Salmon

Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Union européenne : penser les opérations maritimes futures

Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée




La nouvelle guerre secrète

Lutte contre le terrorisme et guerre hybride ont conduit la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et Israël à recourir à des interventions secrètes par des unités militaires spécialisées ou même des sociétés militaires privées.

Ces unités, souvent dérivées des forces spéciales et entourées du secret le plus strict, opèrent sur le territoire national (sauf aux Etats-Unis) en étroite relation avec les forces de sécurité et à l’étranger avec les forces armées et les services de renseignement extérieur. Les groupes terroristes, cloisonnés en petites cellules difficiles à infiltrer, connaissent le mode de fonctionnement militaire et le rôle des médias et de l’opinion publique dans les pays occidentaux. Ces derniers doivent alors anticiper leurs opérations, identifier les cibles visées pour les protéger et localiser les cellules adverses pour les détruire. Cela nécessite des renseignements opérationnels très précis, d’origines humaine, électromagnétique et optique, en vue d’une attaque de drones, d’une frappe aérienne ou d’une intervention par une équipe spécialisée. Quoique surtout issus des forces spéciales, les personnels passent par une sélection drastique et suivent un entraînement rigoureux. Certaines unités changent de nom ou disparaissent en raison des circonstances. Leur budget est dissimulé et leur existence cachée. Créées à l’insu du contrôle parlementaire ou pour le contourner, elles ont démontré leur efficacité sans pour autant permettre, par leur seule action, de l’emporter dans un conflit. Toutes, en totalité ou via certains de leurs membres, ont abusé de leur autonomie d’action pour sortir de leur cadre initial avec, pour conséquences, des dégâts collatéraux lors d’assassinats ciblés, la torture (physique et/ou psychologique) de suspects ou des tractations financières illégales. L’expérience des actions clandestines pendant la seconde guerre mondiale, les conflits de la décolonisation et en Irlande du Nord a permis aux unités spécialisées britanniques de s’adapter puis d’intervenir à Londres, en Irak, Afghanistan, Pakistan, Libye, Yémen, Somalie et Iran. Grâce aux enseignements britanniques, les services spéciaux des Etats-Unis entament, contre l’Allemagne et le Japon (1941-1945), des opérations clandestines et une action psychologique qu’ils vont ensuite développer dans de nombreux pays. La CIA, civile et chargée de déstabiliser le bloc communiste dès 1947, se concentre sur le niveau stratégique. Créé 1980, le « Joint Special Operations Command » (Commandement interarmées des opérations spéciales) monte en puissance après 2001 et coopère désormais avec la CIA, autrefois sa rivale. Depuis la guerre conventionnelle de 1973, Israël est devenu la cible de menaces asymétriques accrues sur son territoire, ses frontières et à l’étranger. Les services de renseignement Shin Bet (intérieur), Aman (sécurité militaire) et Mossad (pays étrangers) ont considérablement développé leurs propres unités spécialisées. La France dispose de la Gendarmerie au niveau national, du Commandement des opérations spéciales et, pour les opérations clandestines, du service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure. Enfin, une « remilitarisation » du renseignement se manifeste en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Israël. En effet, le développement des unités spécialisées et des moyens de renseignement de toutes origines assure aux forces armées la prééminence sur les agences civiles.

Loïc Salmon

« La nouvelle guerre secrète », par Eric Denécé et Alain-Pierre Laclotte. Mareuil Éditions, 432 pages. 19,90 €

Exposition « Guerres secrètes » aux Invalides

Lève-toi et tue le premier

Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles




Ukraine : soutiens OTAN et UE, sanctions contre la Russie

Suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, la France, l’OTAN et l’Union européenne (UE) ont apporté leur soutien à cette dernière, sauf l’envoi de troupes au sol, et pris des sanctions économiques contre la Russie. L’Allemagne a décidé de se réarmer.

La France. Le 28 février, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé aux armées de faire preuve d’une « grande vigilance » et de la « retenue nécessaire lors des possibles interférences ». Il s’agit d’éviter un incident mal maîtrisé et mal interprété. En effet, depuis une décennie, les avions à long rayon d’action, les bâtiments de surface et les sous-marins russes fréquentent les zones d’intérêt français, près du territoire national, en Atlantique, en Méditerranée et en Manche. Depuis l’engagement direct de la Russie dans la guerre civile en Syrie en 2015, les bâtiments et aéronefs français engagés dans l’opération « Chammal » contre Daech en Irak se coordonnent avec les autres unités militaires sur zone pour éviter des situations à risque élevé. En Afrique, des sociétés militaires privées, dont Wagner (russe) que Moscou ne reconnaît pas officiellement, sont présentes en Centrafrique et au Mali, où sont engagées les forces armées françaises. Par ailleurs, selon le ministère des Armées, dès le début du conflit russo-ukrainien, la France a livré à l’Ukraine des casques, gilets pare-balles et appareils de déminage. D’autres équipements à vocation défensive, létaux et non létaux, seront prochainement livrés. Entre 2011 et 2020, la France a conclu avec l’Ukraine des contrats d’armements d’un montant de 124 M€ et incluant 20 patrouilleurs garde-côtes, en service en mer Noire, et des missiles défensifs à très courte portée pour les corvettes ukrainiennes. La France, qui préside le Conseil de l’UE pour le premier semestre 2022, se félicite de la décision de l’UE de financer des équipements militaires pour l’Ukraine jusqu’à 500 M€ (voir plus loin).

L’OTAN. Le 25 février, le président de la République a annoncé le renforcement de la présence militaire de la France sur le flan Est de l’OTAN. Le déploiement, déjà prévu, d’avions de chasse dans les Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) sera accéléré et renforcé à des fins de protection et de défense. Depuis le 24 février, des patrouilles parties de France, assurent la défense aérienne du territoire polonais. Dès la mi-mars, 4 Mirage 2000-5 et une centaine de personnels de l’armée de l’Air et de l’Espace seront déployés en Estonie ainsi que 200 militaires d’un sous-groupement terrestre aux côtés des détachements danois et britannique. En Roumanie, la France va projeter un premier groupement tactique interarmes d’environ 500 militaires, issu du bataillon « Spearhead » de la Force à très haut niveau de réactivité de l’OTAN, actuellement commandée par la France. En effet, le Commandement suprême des forces alliées en Europe a demandé d’y déployer le bataillon «Spearhead ». La France s’est engagée à y tenir le rôle de nation-cadre. Déjà, depuis 2014, à la suite de l’annexion russe de la Crimée, non reconnue par la communauté internationale, les forces armées françaises participent à des missions de réassurance. Dans le cadre de la « présence avancée renforcée », un détachement de 300 militaires, de chars Leclerc et de véhicules blindés de combat d’infanterie, présent en Estonie depuis plus d’un an, est, alternativement, intégré à un bataillon britannique en Estonie et à un bataillon allemand en Lituanie. Dans les Etats baltes, la France contribue régulièrement à la police du ciel avec des avions de chasse, de guet aérien AWACS et de surveillance maritime pour des missions de surveillance et de renseignement. Elle envoie régulièrement des moyens navals en mer Noire, dont la frégate multi-missions Auvergne en janvier 2022. Par ailleurs, elle contribue à la sécurité aux abords de l’Europe par le déploiement du groupe aéronaval en Méditerranée et la participation à l’exercice « Naval 22 » en Norvège. Suite à un dialogue amorcé après l’effondrement de l’URSS en 1991, l’OTAN a accru son soutien au développement de l’Ukraine à partir de 2014 et a renforcé sa présence en mer Noire. Elle a ainsi intensifié sa coopération maritime avec l’Ukraine et la Géorgie, dont les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ont proclamé leur indépendance que la Russie a reconnue en 2008. En 2017, le Parlement ukrainien a adopté une loi portant sur l’adhésion à l’OTAN, objectif de politique étrangère et de sécurité inscrit dans la constitution en 2019.

Les sanctions économiques. Selon le Groupe d’études géopolitiques, au 26 février 2022, Biélorussie, Syrie, Birmanie et Venezuela ont soutenu l’intervention russe en Ukraine. Tous les pays occidentaux l’ont condamnée. Le 2 mars, l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution déplorant « l’agression » de la Russie et exigeant le retrait immédiat de ses forces armées : 141 votes pour ; 5 votes contre (Russie, Biélorussie, Erythrée, Corée du Nord et Syrie) ; 35 abstentions. Le 26 février, selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les pays occidentaux ont décidé d’exclure de nombreuses banques russes, y compris la Banque centrale, de la plateforme interbancaire Swift, pour réduire le financement de la guerre en Ukraine. Swift permet le transit des ordres de paiement entre banques, de transfert de fonds, d’achat et de vente de valeurs mobilières. Selon l’association nationale russe Rosswift, la Russie en est le 2ème utilisateur après les Etats-Unis avec environ 300 banques et institutions, soit plus de la moitié de ses organismes de crédit. Toutefois, Moscou met en œuvre ses propres infrastructures pour les paiements (carte bancaire Mir), la notation (agence Akra) et les transferts (système SPFS). Le Conseil européen a décidé de geler les avoirs du président Vladimir Poutine, du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, des membres du Conseil national de sécurité et des députés russes ayant soutenu la reconnaissance des républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk en Ukraine. D’autres sanctions portent sur les finances, l’énergie, les transports, la technologie et les visas. La Suisse, qui a endossé toutes les sanctions prises par l’UE, a gelé les avoirs, estimés à 21,4 Mds$, de riches hommes d’affaires russes. Environ 80 % du négoce de pétrole et de gaz russes se fait en Suisse. Le 2 mars, l’Allemagne a abandonné le projet de gazoduc Nord Stream 2, long de 1.230 km en mer Baltique, la reliant à la Russie et propriété du groupe russe Gazprom.

Les conséquences militaires induites. Le 27 février, Josep Borrell, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a annoncé une aide de 450 M€ à l’Ukraine pour l’achat d’équipements militaires létaux, dont des avions de chasse, et une autre de 50 M€ pour des matériels non létaux. L’Allemagne va livrer 1.000 lance-roquettes et 500 missiles sol-air à l’Ukraine. Elle a augmenté immédiatement son propre budget militaire de 100 Mds€ et l’accroîtra chaque année, afin qu’il dépasse 2 % de son produit intérieur brut. La construction des futurs chars et avions de combat avec les pays de l’UE, dont la France, devient une « priorité absolue », selon le chancelier Olaf Scholtz.

Loïc Salmon

Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

OTAN : la France a repris toute sa place sur le plan opérationnel

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »




Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique




Industrie de défense : Arquus, rebond mais incertitude

Le constructeur français de véhicules militaires terrestres Arquus a amélioré son chiffre d’affaires en 2021, malgré la pandémie du Covid-19. Toutefois, celle-ci rend encore difficile la prospection de clients à l’international en 2022.

Son président, Emmanuel Levacher, a présenté la situation à la presse le 16 février 2022 à Paris.

Résultats. Propriété du groupe suédois Volvo, Arquus est issu de la fusion de Renault Trucks Defense, ACMAT (Ateliers de constructions mécanique de l’Atlantique) et Panhard en 2018. Il ne publie pas de données financières, mais plutôt des pourcentages. La fusion avait entraîné une hausse du chiffre d’affaires de 38 % en 2019. Mais l’année suivante, le ralentissement de l’activité, consécutif à la pandémie, avait provoqué une baisse de 10 %, puis la reprise s’est traduite par une hausse de 6 % en 2021. Le chiffre d’affaires a été réalisé à 75 % sur le marché français et à 25 % à l’international. Le carnet des commandes cumulées totalise 5 Mds€ de prises de commandes, dont 1,20 Md€ de commandes fermes. Pour l’année 2021, les prises de commandes se montent à 275 M€ pour la France et 60 M€ à l’export en Afrique et au Moyen-Orient. La réalisation des engagements de la loi de programmation militaire 2019-2025 a permis la production de : 1.200 VT4 (véhicules tactiques polyvalents non protégés) en 2021 avec une prévision de 1.134 en 2022 ; 119 véhicules blindés multi-rôles Griffon (116 en 2022), dont certains sont déjà déployés en opération ; 20 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar (18 en 2022), destinés au 1er Régiment étranger de cavalerie ; 186 tourelleaux télé-opérés Hornet pour armer les Griffon (243 en 2022) ; 22 véhicules blindés légers (120 en 2022). Pour la première fois, Arquus a assuré le soutien des Griffon du programme de combat collaboratif Scorpion. Un conflit de haute intensité nécessiterait de la masse, à savoir des chars et de l’artillerie lourde sur une longue période, indique le président. Cela signifierait plus de blindage pour faire face à des engagements dans la durée. Arquus dispose de la capacité pour augmenter sa production si nécessaire.

Projets. Le groupe dispose de cinq sites répartis dans toute la France, dont quatre dédiés à la production : Marolles pour la militarisation des moteurs ; Limoges, chargé des véhicules neufs, reçoit 8 M€ sur la période 2020-2023 pour la construction d’un nouveau centre logistique et de nouveaux bureaux ; Garchizy, chargé des cabines blindées et de la distribution des pièces de rechange, reçoit 2,5 M€ d’investissement ; Saint-Nazaire, chargé de la maintenance opérationnelle terrestre, reçoit également 2,5 M€. Le site de Versailles-Satory abrite les bureaux d’études et la fonction support. L’armée de Terre devant renouveler ses capacités tactiques et logistiques, Arquus va développer : des « briques technologiques » innovantes ; la protection des véhicules ; l’hybridation du Griffon par stockage de l’énergie électrique ; des robots terrestres de 3 t ; la lutte anti-drones. Il anticipe le programme VBAE (véhicule blindé d’aide à l’engagement), conçu en coopération européenne. D’ici à 2030, Arquus compte faire passer son taux de féminisation à 35 % (20 % en 2021) et réaliser un chiffre d’affaires de 1 Md€. Outre la vente de VLRA (véhicules légers de reconnaissance et d’appui) et de camions tactiques Sherpa, il compte s’implanter en Europe (Grèce, Roumanie, Estonie, République tchèque, Suède et Belgique), mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Il vend déjà ses matériels dans 60 pays.

Loïc Salmon

Défense : les industriels pendant la crise du Covid-19

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : budget 2022, une hausse annuelle de 4,3 %




Union européenne : penser les opérations maritimes futures

La sécurité maritime de l’Union européenne (UE) s’étend jusqu’au golfe de Guinée et à la zone Indo-Pacifique, en raison de la « militarisation » des océans et de la « maritimisation » des activités criminelles croissantes qui menacent ses échanges économiques.

Ce thème a fait l’objet du colloque « Forum Sûreté Maritime », suivi dans 29 pays en « distanciel » et organisé le 12 janvier 2022 par la Présidence française du Conseil de l’Union européenne et la Marine nationale. Y sont notamment intervenus : Josep Borell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ; l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine française ; le vice-amiral espagnol José Nunez, commandant de l’opération « Atalanta » ; Eva Pejsova, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique ; Julia Tasse, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Acteur mondial. L’UE dépend des transports et des infrastructures maritimes, rappelle Josep Borell. Les rivalités géostratégiques, la criminalité et le terrorisme transforment les océans, espaces communs, en zones de plus en plus prisées et contestées. L’utilisation pacifique et libre des océans se trouve perturbée par des contentieux juridiques, la politique du fait accompli, les cyber-activités et d’autres « zones grises ». Mais l’UE dispose de l’expertise, des capacités et des ressources nécessaires pour y faire face. Elle s’y est déjà engagée avec les opérations « Irini » en Méditerranée et « Atalanta » dans l’océan Indien. Elle peut tirer profit des moyens navals et aériens déjà déployés par les Etats membres pour accroître ses capacités pour agir dans les zones maritimes où ses intérêts sont menacés, notamment dans le golfe de Guinée où la piraterie se répand. Dans le Nord-Ouest de l’océan Indien, zone d’intérêt majeur, elle vise à promouvoir une architecture de sécurité régionale fondée sur la coopération, le respect du droit international et la protection des routes maritimes. L’UE va y accroître sa présence navale pour augmenter sa visibilité dans le domaine maritime et affirmer son rôle stratégique sur les océans dans le contexte des rivalités croissantes et des menaces hybrides. Selon le vice-amiral Nunez, l’opération « Atalanta », lancée fin 2008, a protégé 1.598 navires du Programme alimentaire mondial (ONU), qui ont livré 2,28 Mt de marchandises d’urgence en Somalie, et transféré 171 pirates aux autorités judiciaires régionales. En outre, elle contribue à l’embargo sur les armes vers la Somalie et à la lutte contre le trafic de stupéfiants. Outil diplomatique de l’UE, « Atlanta » coopère avec le Centre de sécurité maritime de la Corne de l’Afrique et avec la Commission pour l’océan Indien (La Réunion, Madagascar, les Seychelles et l’Ile Maurice). Elle assure aussi une mission de formation au Mozambique.

Spectre d’action élargi. La zone Indo-Pacifique présente des intérêts économiques, politiques et stratégiques pour l’UE, souligne Eva Pejsova. Elle assure 50 % de son commerce maritime avec l’Asie, dont les échanges bilatéraux ont totalisé 1,5 milliard de milliards d’euros en 2018, soit le tiers des exportations de l’UE. La Chine constitue le deuxième partenaire commercial de l’UE. Cette dernière est le premier partenaire commercial de la Chine avec 1 Md€/jour. Les échanges UE-Japon représentent 25 % du produit intérieur brut mondial. L’Association des nations du Sud-Est (ASEAN, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie et Cambodge) est devenue la principale récipiendiaire des investissements directs de l’UE à l’étranger avec 189 Mds€ en 2020. Sur les 19 ports situés le long des principales voies maritimes mondiales, 16 se trouvent en Indo-Pacifique, où la France assure une présence permanente. Pour renforcer sa crédibilité dans les relations internationales, l’UE a conclu divers accords-cadres ou des partenariats stratégiques avec la Corée du Sud en 2016, le Japon (2018 et 2019), l’ASEAN (2020), le Viêt Nam (2020) et l’Inde (2020). En effet, les ambitions maritimes de la Chine dans la zone Indo-Pacifique exacerbent les tensions régionales par sa volonté d’étendre une souveraineté, contestée, sur des îlots et atolls en mer de Chine orientale et méridionale. Elle augmente ses capacités d’action en haute mer et construit des bases navales ou des ports à usage civil et militaire sur la partie maritime des « Nouvelles Routes de la Soie ». La situation de la zone se trouve fragilisée par la rivalité sino-américaine, la piraterie, les trafics illicites, la surpêche et les dégradations de l’environnement (voir encadré).

Approche sécuritaire globale. Le droit de la mer, en vigueur depuis 1982, est contesté et parfois violé, souligne l’amiral Vandier. La « territorialisation » d’espaces océaniques se poursuit en mer de Chine et en Méditerranée, tandis que la piraterie et le brigandage maritime persistent dans le golfe de Guinée et le détroit de Singapour. Outre la vulnérabilité des détroits d’Ormuz, de Suez, Malacca et Bab-el-Mandeb, des tensions se font sentir sur les routes maritimes essentielles, dans le golfe de Guinée et en mer de Chine. Aujourd’hui, la conflictualité porte sur la mer, l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace, caractérisés par l’absence de frontière physique, la liberté de mouvement par la maîtrise de la technologie de pointe, leurs enjeux commerciaux, leurs dimensions et leur opacité qui facilite des actions sous le seuil d’affrontement et difficilement attribuables. Le réarmement naval se confirme en Méditerranée et en Asie. L’influence géopolitique de l’opération « Atalanta », unanimement reconnue et modèle de la défense de l’UE, complète l’OTAN, que renforce la Politique (européenne) de sécurité et de défense commune. La coopération civilo-militaire, principe d’action de l’UE, se concrétise par les projets Crimario et Mase (océan Indien), Yaris (golfe de Guinée) et Esiwa (Asie). Le plan d’action de la Stratégie de sûreté maritime de l’UE, mis à jour en 2018, bénéficie du partage de l’information par le MICA Center de Brest. Le concept de présences maritimes coordonnées, dans une zone maritime d’intérêt pour l’UE, va renforcer l’interopérabilité des Marines de l’UE déployées en océan Indien. Celles-ci totalisent un nombre de frégates et de destroyers équivalent à ceux de la Chine et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

Selon Julia Tasse, la sécurité de l’environnement constitue un enjeu stratégique, en raison du réchauffement climatique et de la perturbation de l’équilibre des écosystèmes de la biodiversité. L’élévation de la température de la surface de la mer va provoquer des migrations des bancs de poissons de la zone tropicale vers la haute mer. Les pêcheurs feront alors des incursions dans les zones économiques exclusives des pays voisins. Dans quelques décennies, l’élévation du niveau des eaux devrait submerger 30 % du delta du Mékong, zone de production alimentaire en Asie du Sud-Est, et entraîner des déplacements de populations. En outre, d’ici à 2050, elle risque de menacer des villes de plus de 10 millions d’habitants, à savoir Londres, Istanbul, Mumbai, Chennai, Shanghai, Dacca, Bangkok, Djakarta, Dar es Salaam, Luanda, Lagos, Dakar, Buenos Aires, Lima et New York.

Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

Marine nationale : le « MICA Center », compétence mondiale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique

 




Histoire de l’IHEDN

Liberté de ton, originalité de la pensée et brassage civilo-militaire ont conduit à un consensus national sur la défense de la France et à la diffusion de l’esprit de défense parmi sa population.

Ces caractéristiques de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) résultent d’expérimentations, d’études et de réflexions depuis…1936 ! Après l’effondrement du Second Empire en 1870, le « gouvernement de la Défense nationale » inspire un nouveau concept appelé à se développer. La crise de Fachoda (Afrique de l’Est,1898), entre la France et la Grande-Bretagne, souligne l’absence d’un organe de coordination politico-stratégique, mais il faut attendre 1932 pour la constitution d’un ministère de la Défense nationale remplaçant, temporairement, les ministères dédiés à chaque armée. En 1911, pour préparer le recrutement du haut commandement, le Centre des hautes études militaires (CHEM) vient compléter l’Ecole de Guerre (1880) et l’Ecole supérieure de Marine (1893). Le décret de 1921 transforme celle-ci en Ecole de guerre navale et lui adjoint le Centre des hautes études navales (CHEN), dont le directeur, en 1928, n’est autre que le contre-amiral Raoul Castex, futur fondateur de l’IHEDN. Tirant l’expérience de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne innove en 1926 avec l’instauration de « l’Imperial Defence College » pour former un corps d’officiers et de fonctionnaires civils à la stratégie impériale sous son aspect le plus large. Dix ans plus tard, la France s’en inspire avec le Collège des hautes études de défense nationale (CHEDN) pour les officiers du grade de lieutenant-colonel ou équivalent, admis sans concours mais ayant suivi le CHEM ou le CHEN, et de hauts fonctionnaires civils. Son directeur, l’amiral Castex conçoit un programme sur la défense nationale avec ses aspects politique, financier, militaire (terre, mer et air), économique, colonial et diplomatique, incluant visites, discussions et restitutions de travaux collectifs. Lors de la première session, le lieutenant-colonel Charles de Gaulle, écrivain militaire reconnu, y prononce une conférence sur l’organisation politico-militaire de la défense de la nation en temps de guerre, traduite en acte à l’été 1940 et annonciatrice de sa future ordonnance de…1959 ! Une logique de réseaux des anciens auditeurs se met en place jusqu’à la fermeture du CHEDN en septembre 1939. Il est rouvert en 1948 sous le nom d’Institut des hautes études de défense nationale, d’une durée d’une année universitaire et dont la méthodologie de travail, empruntée à « l’Imperial Defence College » et au « National War College » américain, se pérennise pendant une dizaine d’années. Progressivement, le caractère civilo-militaire s’accentue avec la règle, encore en vigueur, des trois tiers : militaires, fonctionnaires civils et membres du secteur privé. Dès 1948, se crée l’Association des anciens auditeurs et cadres de l’IHEDN, dénommée AA-IHEDN. Dès 1959, les officiers du CHEM suivent la session nationale. Les femmes y accèdent en 1956 et les étrangers en 1999. Présidents de la République et Premiers ministres s’y expriment. Par la suite, l’IHEDN évolue avec l’ouverture de sessions beaucoup plus courtes en province, à l’international (auditeurs d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine) et aux « jeunes » et instaure des sessions thématiques. L’Union-IHEDN, fondée en 1975, fédère les associations des anciens. Entre 1948 et 2020, l’IHEDN a formé 25.000 auditeurs, dont plus d’un tiers au sein des sessions nationales.

Loïc Salmon

« Histoire de l’IHEDN », Philippe Vial et Guillaume Denglos. Editions Tallandier, 208 pages, 29 €.

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Défense : se réapproprier la question militaire

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Marine nationale : « Clemenceau 22 », la TF 473 en Méditerranée

Le déploiement de la Task Force (TF) 473 en Méditerranée (1er février-avril 2022) vise à appuyer l’effort de défense européen et renforcer l’interopérabilité avec les Marines alliées et partenaires.

Le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, préfet maritime et commandant de la zone maritime Méditerranée, l’a présenté à la presse le 20 janvier 2022 à Paris.

Outil politique et militaire. La TF (force d’intervention) 473, constituée autour de Groupe aéronaval (GAN), comprend : le porte-avions Charles-de-Gaulle et son groupe aérien embarqué ; les frégates multi-missions Alsace et Normandie ; la frégate de défense aérienne Forbin ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; le pétrolier-ravitailleur Marne et son hélicoptère Alouette III (34F). Un avion de patrouille maritime Atlantique 2, basé en Crète ou à Chypre, renforce le dispositif. En outre, plusieurs unités étrangères s’intègrent, totalement ou en partie, au GAN : le destroyer américain Ross ; la frégate espagnole anti-aérienne Juan-de-Borbon ; une frégate et un sous-marin grecs ; un hélicoptère belge de manœuvre et d’assaut NH90. L’état-major du GAN compte aussi trois officiers étrangers (allemand, canadien et italien). Acteur de la crédibilité militaire et stratégique de la France vis-à-vis de ses partenaires et de ses adversaires éventuels, le GAN contribue à sa souveraineté par l’emport, jamais précisé, de la force aéronavale nucléaire. Intégré au dispositif « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » au large de la Syrie, il doit contribuer à la lutte contre Daech en soutien des forces irakiennes au sol. En complément de la participation de l’armée de l’Air et de l’Espace, les missions du GAN portent sur le renseignement, le contrôle aérien, la défense aérienne, l’appui-feu et les frappes contre la terre. La TF 473 doit participer aux opérations européennes « Irini » (respect de l’embargo sur les armes destinées à la Libye) et « Althea » (Adriatique, stabilisation de la Bosnie-Herzégovine) en partenariat avec l’OTAN. Le GAN doit s’entraîner avec les porte-avions américain Harry-Truman et le porte-aéronefs italien Cavour. En outre, ses avions et une frégate française participeront à des exercices communs avec la Marine roumaine en mer Noire, zone de tension entre l’Ukraine et la Russie. Enfin, le Charles-de-Gaulle et l’état-major du GAN répondent aux critères d’interopérabilité avec la Force de réaction rapide de l’OTAN, déployable en cinq jours n’importe où dans le monde pendant trente jours.

Zone sous tensions. Pour l’Union européenne, la Méditerranée constitue un carrefour économique avec 25 % du trafic mondial de fret et 65 % de ses flux énergétiques via, notamment, les gazoducs actifs avec l’Afrique du Nord et en projet avec la Russie et les Proche et Moyen-Orient. Chaque jour, 310 navires franchissent le détroit de Gibraltar et 50 celui du Bosphore. Fréquenté par 60 navires/jour, le canal de Suez assure 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic mondial de porte-conteneurs. Outre le conflit israélo-palestinien et les tensions entre l’Algérie et le Maroc, la zone est le théâtre des ambitions des Etats-Unis et de la Russie ainsi que des contentieux entre Etats riverains et puissances régionales, consécutifs aux découvertes gazières en Méditerranée orientale. Une frégate française patrouille près du canal de Suez pour une appréciation autonome de la situation. L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex surveille les trafics de stupéfiants du Maroc et de migrants vers l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

 




Défense : l’adaptation des SALA aux combats de demain

La mise en œuvre des « systèmes d’armes létaux autonomes » (SALA) reste du ressort du chef, qui donne un sens à l’action dans le respect du droit.

Ce thème a fait l’objet d’un colloque organisé le 9 novembre 2021 à Paris par le Centre de recherche de l’académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (CReC) et la Croix-Rouge française. Y sont notamment intervenus : Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche au CrEC ; lieutenant-colonel David Schuster, Etat-major de l’armée de Terre ; lieutenant-colonel Marc-Antoine Gérard, Etat-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ; professeur Jean-Marc Moschetta, Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace ; professeur Michaël Krajecki, Agence de l’innovation de défense ; Eric Carrey, directeur audit, contrôle interne et de la qualité à la Croix-Rouge française.

Opportunités en robotique militaire. En déportant les fonctions, la robotique permet l’extension de la zone d’action d’une unité tactique, explique Gérard de Boisboissel. Les plateformes robotiques embarquent des modules fonctionnels, activables et utilisés selon leurs élongations, pour la surveillance d’une zone d’intérêt, la détection et l’identification de l’adversaire, sa neutralisation, l’usage de la guerre électronique et la protection de l’unité par un leurre. La robotique réduit l’exposition des combattants à ce qui est dangereux, sale et répétitif. Les robots servent au transport de charges lourdes et à la logistique et contribuent au besoin de masse des armées. Discrets et en veille permanente, les robots présentent de meilleures réactivité et précision et permettent le combat « collaboratif », par l’intervention d’une plateforme différente de celle ciblée par l’adversaire. L’autonomie permet de décharger le militaire du pilotage et de poursuivre l’objectif de la mission, même en mode « sans contact ». L’automatisme, qui reproduit des séquencements déterminés et donc prédictifs, diffère de l’autonomie totale, qui définit ses propres règles. En revanche, les « systèmes d’armes létaux intégrant l’autonomie » (SALIA), à des niveaux variables, prennent en compte les règles et contraintes d’engagement imposées par le commandement humain, l’adaptation à l’environnement et l’évaluation des résultats. Le chef doit pouvoir reprendre la main sur le SALIA, en cas de perte de communication ou de comportement non attendu, par une désactivation ou même une autodestruction automatique.

Milieu terrestre. L’emploi de drones augmente la profondeur tactique et change les modes d’action, rappelle le lieutenant-colonel Schuster. Dans l’exécution de la manœuvre, l’emploi des systèmes automatisés doit d’abord permettre de réserver les ressources humaines (vie des soldats) et d’augmenter la liberté d’action du chef en conservant les unités en réserve. Il s’agit alors de développer la masse des forces terrestres, de manière permanente ou temporaire, en déployant des systèmes automatisés « sacrifiables ». Certaines tâches opérationnelles peuvent être déléguées à des systèmes automatisés, afin d’économiser le potentiel humain des forces terrestres et donc d’accroître leur endurance. Le combattant va alors se concentrer sur des actions tactiques et opératives (niveau théâtre) choisies, en s’appuyant sur la meilleure synergie possible homme/systèmes automatisés pour augmenter l’agilité des forces terrestres. Enfin, il convient de concilier ce que l’on veut (besoins tactiques), ce que l’on peut (faisabilité technique) et ce que l’on a (ressources financières).

Milieu aérien. Le développement d’armements de pointe par la Russie et l’accroissement constant du budget de défense de la Chine conduisent à anticiper un affrontement futur entre puissances, estime le lieutenant-colonel Gérard. Les stratégies de déni d’accès et d’interdiction de zone, utilisées par divers pays, mobilisent avions de chasse, défense sol-air, veille radar et camouflage. La bataille se joue dans tout le spectre du champ électromagnétique. Le temps alloué à la décision politique se réduit. La vitesse hypersonique et la capacité accrue de manœuvre nécessitent d’accélérer la boucle OODA (Observer, s’Orienter, Décider et Agir). La préparation des frappes, planifiées ou sur des cibles mobiles, met en œuvre des moyens de détection infrarouge et électromagnétique, automatisés par l’intelligence artificielle embarquée. Le pilote gère les trajectoires des armes après reconnaissance et identification. L’autorisation d’engagement d’une frappe aérienne prend en compte la défense adverse sol-air, démasquée par les capteurs infrarouges puis trompée par des leurres tirés à distance de sécurité. La manœuvre d’attrition contre l’adversaire se gère en temps réel sur des cibles, préalablement validées par le commandement selon la situation. Un système hybride se révèle plus performant qu’un système entièrement habité. Par ailleurs, le réarmement d’un avion de chasse est passé de quelques minutes pour un Mirage III, pendant la guerre israélo-arabe de 1967, à plusieurs heures pour un Rafale aujourd’hui. La complexification des systèmes nécessitera le déploiement de robots de maintenance sur les théâtres d’opération pour réduire ce délai.

Opérations en essaims. Selon le professeur Moschetta, les essaims de micro-drones présentent plusieurs intérêts opérationnels : résistance au brouillage et aux agressions ; faible coût, car emport possible de plusieurs charges utiles, drones remplaçables et mobilisant peu d’opérateurs ; discrétion et furtivité, grâce à des faibles signatures équivalentes radar, infrarouge, visuelle et acoustique et nécessitant peu de communication longue distance. Largués en essaims par avion pour réduire les élongations, les micro-drones doivent éviter toute collision, maintenir le cap fixé et ne pas s’éloigner les uns des autres. Ils peuvent reconstituer une synthèse de la situation sur le terrain grâce à : un calcul déporté, distribué et miniaturisé ; une communication interne, à courte distance et à haut débit, d’images et de reconnaissance de cibles ; une communication avec le sol, à faible débit et à grande distance, pour recevoir les ordres de haut niveau. Toutefois, leur emploi souffre de leur faible élongation et des difficultés liées au mode de déploiement. Sur le plan éthique, il est impossible de contrôler chaque « soldat » de l’essaim et de faire la différence entre combattants et civils.

Technologie et éthique. La Croix-Rouge française aide le gouvernement à développer le droit humanitaire international et un cadre normatif pour les SALA, indique Erice Carrey. Un plan national de formation porte sur les questions éthiques et opérationnelles et de nouvelles règles contraignantes, en précisant leur degré d’applicabilité.

Loïc Salmon

Selon Michaël Krajecki, l’intelligence artificielle (IA) permet de répondre à diverses interrogations tactiques. Ainsi, la présence et la classification d’un objet particulier sont traitées par la détection, la reconnaissance et l’identification. Ensuite, l’appréciation de la situation permet d’évaluer l’intensité de la menace et l’évolution possible de l’objet. Enfin, l’IA propose des recommandations pour répondre à l’objectif de la mission. Mais le maintien d’un contrôle suffisant ne peut être délégué par l’humain à la machine, pas plus que la permanence de la responsabilité du commandement.

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Drones : applications à la guerre d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’IA dans le champ de bataille, confiance et contrôle




Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

Le renforcement de l’autonomie stratégique de l’Union européenne (UE) constitue une priorité de la présidence de la France au premier semestre 2022.

Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, et Hervé Grandjean, porte-parole du ministère, l’ont expliqué en conférence de presse le 16 décembre 2021 à Paris.

« Boussole stratégique ». Afin d’éviter un déclassement stratégique, l’UE doit renforcer sa cohésion et sa capacité d’action, souligne Alice Guitton. La présidence française va porter ses efforts sur cinq axes : hausse de l’ambition opérationnelle ; contribution au droit international et préservation de l’accès aux espaces communs contestés ; résilience et solidarité face aux influences extérieures ; souveraineté technologique et industrielle ; rôle mondial par des relations équilibrées et mutuellement bénéfiques. La « Boussole stratégique », initiée sous la présidence allemande (second semestre 2020), qui fixe une vision à l’horizon 2030, a été endossée par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres. En outre, elle dispose d’un mécanisme de suivi de sa mise en œuvre par le Conseil européen (composé de la présidence en cours, des dirigeants des 27 Etats membres et de la présidente de la Commission européenne). Ses propositions visent à agir, sécuriser, investir et coopérer. Conformément à l’article 44 du traité de l’UE (1992), il s’agit d’abord d’assouplir le mécanisme de déclenchement des opérations de l’UE concernant les missions de formation et le déploiement rapide d’unités militaires. Un document, examiné en novembre 2021 pendant la présidence slovène du Conseil européen de l’UE, mentionne des forces modulaires jusqu’à 5.000 militaires d’ici à 2025 et l’engagement d’investissement dans les technologies de rupture. Selon Alice Guitton, la sécurisation des espaces maritime, aérien, extra-atmosphérique et cyber se concrétisera par l’élaboration d’une stratégie spatiale d’ici à 2023, le développement d’une cyberdéfense, l’expérimentation de la « Présence maritime coordonnée » et la modernisation de la stratégie maritime de 2014. Pour réduire la dépendance extérieure en matière de technologies et de matériels, l’innovation sera renforcée par la création d’une plateforme dédiée au sein de l’Agence européenne de défense. La coopération avec l’OTAN implique interopérabilité et complémentarité avec celle au sein de l’UE pour appuyer une montée en puissance de la capacité européenne. S’y ajoutent : des partenariats avec des pays d’Afrique et de la zone indopacifique, dont le Japon ; le dialogue avec les pays tiers ; une politique migratoire.

Participations militaires françaises. Le ministère des Armées, rappelle Hervé Grandjean, participe à 50 des 60 projets de la « Coopération structurée permanente », destinée à éviter la duplication des moyens ou des structures dans l’UE. Il a joué un rôle décisif dans le lancement de « l’Initiative européenne d’intervention » et le format de la « task force Takuba » (forces spéciales) au Sahel. De plus, la France participe à deux opérations européennes : « Irini » pour le respect de l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye ; « Atalanta » pour dissuader et réprimer la piraterie au large de la Somalie. Elle s’implique aussi dans des programmes industriels : Système de combat aérien du futur avec l’Allemagne et l’Espagne ; projet terrestre CaMo avec la Belgique ; construction des frégates multi-missions et de la flotte logistique avec l’Italie ; Constellation spatiale optique avec l’Allemagne et la Suède.

Loïc Salmon

Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Union européenne : la sécurité et la défense après le « Brexit »

Union européenne : une diplomatie en progression lente