La sûreté nucléaire des installations de défense

Quelles que soient les précautions, le risque zéro n’existe pas en matière de sûreté des installations nucléaires, dont l’exploitant assume la responsabilité. Toutefois, les exigences de communication sont plus limitées pour les installations de défense que pour les centrales civiles, surtout si cela concerne la dissuasion.

Bernard Dupraz, délégué à la sûreté nucléaire des installations intéressant la défense, s’est exprimé sur ce sujet au cours d’une conférence organisée, le 15 mai 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

La sécurité nucléaire a considérablement évolué depuis 1945. Elle inclut la sûreté (prévention des accidents et limitation de leurs effets), la radioprotection contre les rayonnements, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance (du ressort des services de renseignement et du ministère de l’Intérieur) et enfin les actions de sécurité civile en cas d’accidents. Des incidents et accidents successifs ont conduit les autorités scientifiques à élaborer une échelle de magnitude comme pour les tremblements de terre. Les niveaux 1,2 et 3 n’entraînent aucune conséquence en dehors du site, contrairement aux suivants. A titre d’exemples, l’accident survenu à la centrale de Three Mile Island (Etats-Unis, 1979) a été classé 5, celui de Tchernobyl (Union soviétique, 1986) 7 et celui de Fukushima (Japon, 2011) 7. Entre 1945 et 1970, des organismes uniques puis de référence pour développer des compétences spécifiques avec des commissions de sûreté ont vu le jour en URSS, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France (Institut de protection et de sûreté nucléaire  au sein du Commissariat à l’énergie atomique). Par la suite, le développement des centrales nucléaires commerciales et l’évolution de la situation internationale ont abouti à la séparation des organismes civils et de défense. En France et suite aux revendications d’autonomie d’EDF, un service de contrôle et de sûreté est créé au sein du ministère de l’Industrie. Pour les installations de défense, des commissions de sûreté sont mises sur pied et présidées par le Délégué général pour l’armement et le Haut-commissaire à l’Energie atomique. Après les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl, les opinions publiques doutent des informations fournies par les autorités publiques et demandent une indépendance accrue des organismes de sûreté et, surtout, plus de transparence. En France, à la suite du rapport du député Jean-Yves Le Déaut, opposé au « ghetto du nucléaire militaire », des décisions sont prises en 2001-2002, notamment sur l’expertise nucléaire de défense et l’établissement d’une quinzaine de commissions d’informations pour les installations nucléaires intéressant la défense. En juin 2006, une loi codifie la sûreté nucléaire. Dans le domaine civil, elle instaure un Haut comité pour la transparence et l’information et la sécurité nucléaire… lequel est très sollicité depuis l’accident de Fukushima (2011). Cette loi rend obligatoire les commissions locales d’information, à l’initiative des conseils généraux des départements, pour le suivi et la concertation en matière de sûreté nucléaire. Enfin, elle crée une autorité administrative indépendante, dénommée Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont les cinq membres sont nommés par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat. En matière d’expertise, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire fait circuler les retours d’expériences entre l’ASN et son pendant militaire, l’Autorité de sûreté nucléaire de défense (ASND), dans le respect de la confidentialité.

La dissuasion connaît un tournant en 1995. La France signe le traité d’interdiction complète des essais nucléaires, après une ultime campagne d’essais réels en Polynésie. Ensuite, des essais numériques en laboratoire simulent le fonctionnement des armes au moyen du Laser mégajoule (conditions thermodynamiques) et de l’Airix (accélérateur à induction pour la radiographie et l’imagerie X). Parallèlement, les moyens de la dissuasion sont réduits à la stricte suffisance, à savoir les composantes aérienne et océanique (voir encadré). La production de matières fissiles est arrêtée. Commencent alors le démantèlement et l’assainissement des usines de Pierrelatte et de Marcoule. Aujourd’hui, en temps de paix comme au titre des risques de malveillance et en interface avec les infrastructures à terre, l’ASND forme et entraîne des intervenants sur les systèmes militaires (voir encadré) à tous les stades du cycle des programmes et de vie : conception, réalisation, exploitation technique et démantèlement. Le mode de propulsion des sous-marins et du Charles-De-Gaulle est analogue au réacteur d’une centrale nucléaire. Mais en cas d’accident, le refroidissement du combustible à l’intérieur du bâtiment sera plus long que dans une piscine de centrale. En général, les sous-marins nucléaires d’attaque et lance-engins passent en carénage tous les dix ans. Depuis les années 1980, l’amélioration de leurs performances opérationnelles (détection et acoustique) a rendu préférable la mise au point de submersibles de la deuxième génération. Mais aujourd’hui, rien n’est décidé quant à la prolongation de la durée de vie de ces derniers ou leur remplacement par des unités de la troisième génération.

La coopération franco-britannique restera limitée en ce qui concerne la propulsion des sous-marins nucléaires, car cela touche au domaine stratégique de chaque Etat. Elle a été presqu’inexistante dans le domaine des armes nucléaires jusqu’au traité de défense et de sécurité de décembre 2010. En effet, un autre, signé à la même date et d’une durée de 50 ans, porte sur le partage d’installations destinées à tester les armes nucléaires, mais sans renoncer à l’indépendance des dissuasions nucléaires nationales. Les autorités de chaque Etat garantissent la confidentialité des modules de calcul pour la simulation effectués dans un laboratoire français, situé près de Dijon, et dans un centre de recherches qui sera ouvert dans le Sud-Est de l’Angleterre en 2014.

Loïc Salmon

Les installations et activités nucléaires du ministère de la Défense concernent la dissuasion. Celle-ci comporte une composante aérienne : armes, missiles ASMP-A, avions Rafale et bases aériennes de l’armée de l’Air (Istres, Saint-Dizier et Avord), armes, missiles ASMP-A et Rafale Marine embarqués sur le porte-avions Charles-De-Gaulle. La composante océanique inclut les armes et missiles M51 des sous-marins nucléaires lance-engins (SNLE) et la base de soutien de l’Ile Longue (Brest). S’y ajoutent les appareils de propulsion nucléaire des SNLE (Cherbourg et Brest), des sous-marins nucléaires d’attaque (Toulon) et du Charles-De-Gaulle (Toulon). Les laboratoires et usines de traitement des matières fissiles se trouvent à Marcoule, Pierrelatte et Valduc. Enfin, les anciens sites d’essais du Pacifique (atolls de Mururoa et Fangataufa) font l’objet de surveillances radiologique et géomécanique.




Obsèques nationales pour quatre tués en Afghanistan

Le 14 juin 2012, les obsèques nationales des quatre militaires français, victimes d’un attentat suicide le 9 juin en Afghanistan, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, de l’ensemble du gouvernement, de deux anciens présidents de la République, de la plupart des anciens Premiers ministres et des détachements de leurs unités.

Il s’agit de l’adjudant-chef Thierry Serrat, du maréchal des logis-chef Stéphane Prudhom, du maréchal des logis Pierre-Olivier Lumineau et du brigadier Yoann Marcillan. Deux de leurs interprètes afghans ont trouvé la mort lors de l’attentat, qui a fait cinq blessés français (trois gravement) et deux blessés civils afghans. Dans son éloge funèbre aux quatre militaires décédés, le président de la République François Hollande, chef des armées, a notamment déclaré : « Ils sont morts pour des valeurs justes et hautes, celles de la paix, celles de la liberté, celles de la démocratie, les valeurs de la France ». Après les avoir faits chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume, il s’est entretenu avec leurs familles présentes. Le retrait des forces combattantes françaises reste fixé à fin 2012. Depuis son engagement en Afghanistan en 2001, la France déplore 87 morts et environ 700 blessés. Selon l’Etat-major des armées, les quatre militaires effectuaient une mission de contact avec la population pour connaître ses besoins et ses sentiments. Ces missions, indispensables pour comprendre l’environnement opérationnel, ne sont pas suspendues, car elles permettent de déceler les menaces, participant ainsi à la sécurité des forces sur le terrain. Elles sont progressivement dévolues aux forces de sécurité afghanes. Enfin, il n’existe aucun moyen de se prémunir contre une attaque suicide.

L.S.




Crises : prévention et gestion en Ile-de-France

En cas de crises majeures hostiles, accidentelles ou naturelles, le Secrétariat général de la zone de défense et de sécurité de Paris (SGZDSP), rattaché à la Préfecture de police, doit informer le plus vite possible les autorités politiques et administratives et leur fournir les bonnes réponses avec un temps d’avance. Son chef d’état-major, le général Serge Garrigues, a expliqué comment faire face à ces crises, au cours d’une conférence organisée, le 20 mars 2012 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut de hautes de défense nationale.

Les crises sont diverses : terrorisme, soulèvement populaire, d’ordre sanitaire, intempéries et inondations. Les terroristes n’ont plus besoin des moyens lourds d’autrefois pour parvenir à leurs fins. Certains ont fait des études supérieures et donc acquis les mêmes démarches intellectuelles que ceux chargés de les dépister. Ils peuvent ainsi simplement faire planer des menaces de nature NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique). Un colis chargé d’explosif conventionnel crée la même panique qu’un véritable objet radioactif, s’il est présenté comme tel. Lors des Jeux Olympiques de Londres (27 juillet-12 août 2012), une partie des menaces risque de viser la France, dont certaines zones seront sécurisées. Les ingrédients d’une arme bactériologique sont accessibles sur internet, mais un plan gouvernemental prend en compte la réactivité des laboratoires. Les soulèvements populaires ne se produisent pas d’un seul coup et sont gérés par le préfet de zone. Les crises sanitaires (grippe aviaire par exemple) font l’objet de retours (médicaments et centres de vaccinations). Sur les 30.000 km d’autoroutes du pays, L’Etat ne gère que 900 Km, le reste étant du ressort d’opérateurs privés et de collectivités locales, les mairies étant responsables de l’hébergement des personnes bloquées par un enneigement soudain. L’Ile-de-France dispose de 60 déneigeuses, suffisantes pour faire face… à condition que trop de voitures ne bloquent pas la circulation ! Les leçons de la crue de la Seine de 1910 à Paris ont été tirées. Aujourd’hui, 80.000 personnes se retrouveraient les pieds dans l’eau et 5 millions d’autres subiraient des conséquences (électricité, télécommunications et déchets). Quelque 400 km d’échafaudages seraient installés dans les zones inondables. Environ deux millions de personnes resteraient chez elles… si les toilettes fonctionnaient et si les grands magasins restaient ouverts. L’eau potable serait fournie. Des norias de bateaux enlèveraient les déchets. ERDF (Electricité Réseau Distribution France) a déjà consolidé ses réseaux et mis en place 1.500 groupes électrogènes dans les endroits stratégiques, dont les hôpitaux. Toutefois, une planification d’évacuation de 250.000 personnes, dont 75 % partiraient d’elles-mêmes, est établie sur Lille, Rennes et Strasbourg. Les zones évacuées seraient sécurisées pour éviter les pillages. Dans tous les cas, le SGZDSP doit anticiper les débordements dans les départements voisins, d’autant plus que la couverture médiatique des événements aura un impact sur l’opinion publique et les autorités nationales.

L’action publique en Ile-de-France est exercée par l’Etat et les collectivités locales. L’état-major (75 personnes) du SGZDSP reçoit des informations des préfets des huit départements, par un réseau extranet sécurisé, et définit les priorités. Il faut réagir vite et bien, car si ça démarre mal… ça se passe mal. La réponse est globale. La police et les pompiers interviennent les premiers. Les hôpitaux déprogramment leurs opérations pour libérer 1.200 à 3.000 lits. Le plan de gestion de la circulation prévoit le blocage de certains axes pour envoyer au loin les blessés les moins graves. L’Etat a décentralisé les missions de service public et les capacités de financement. Les préfets élaborent les schémas directeurs, mais les moyens capacitaires sont payés par les conseils généraux. Pour le SGZDSP, il est essentiel que toutes les communes aient leur plan de sauvegarde. Les entreprises ne doivent plus attendre d’aide de l’Etat, sauf pour l’audit de leurs propres plans de continuité de leurs activités. Les sociétés étrangères, implantées en Ile-de-France, ont bien intégré ce fait et, si elles sont bien gérées, constatent que leur cotation en bourse remonte quand la validation de leur plan de sauvegarde est connue ! En cas de crise grave, le plan Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile) est déclenché. Sa planification repose sur quatre principes : sauvegarde de la population ; autonomisation des acteurs économiques et sociaux (audit inondation) ; permanence des services de secours et de police ; maintien des liaisons gouvernementales. Finalement, le dispositif du SGZDSP est une « boîte à outils », où l’état-major prend ce dont il a besoin. Par chance, les principales associations caritatives, dont la Protection civile, la Croix-Rouge et l’Ordre de Malte, disposent de personnels formés et encadrés.

Les opérateurs publics et privés sont preneurs d’informations, partagées grâce à l’extranet sécurisé. Le SGZDSP en a besoin pour sa planification, notamment pour l’alimentation, les télécommunications et l’approvisionnement en hydrocarbures. Cependant, les grands opérateurs ont perdu l’esprit public… et font payer un service maximal ! Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus assurer des plates-formes logistiques. Si trop de CRS et de gendarmes mobiles sont mis à contribution pour sécuriser les dépôts d’Ile-de-France, ils seront moins nombreux sur le terrain. Or, en cas de crise majeure, certaines équipes de fauteurs de troubles urbains n’attendent que ça. Ainsi, un mouvement social intense peut dégénérer et empêcher la mise en place du plan de sauvegarde. C’est notamment le cas pour les approvisionnements en hydrocarbures, quand les stations-services sont vidées de leurs réserves en quelques heures par des automobilistes et des chauffeurs de camions paniqués. Selon le SGZDSP, les Français ont perdu la culture du risque depuis la chute du mur de Berlin (1989), contrairement aux citoyens des pays asiatiques et anglo-saxons, mais sont capables de s’organiser dans l’urgence. Les réflexes se créent au fur et à mesure, alors qu’ils devraient s’acquérir… dès l’école !

Loïc Salmon

Les armées peuvent être amenées à participer, sous la direction des autorités civiles, à la gestion d’une crise majeure sur le territoire national : voir dans la rubrique « Archives » 25-4-2012, 26-10-2011 et 26-10-2011. Parmi les sept zones de défense de France, celle de la région parisienne est particulièrement sensible, car elle concentre des institutions et les sièges sociaux de grandes entreprises et des médias nationaux. Son activité économique représente 28 % du produit intérieur brut du pays. Sa population de 11,5 millions de personnes effectue 35 millions de déplacements par jour. Le terrorisme, qui a touché Paris en 1986, a pris de l’ampleur depuis le 11 septembre 2001 à New York (2.977 morts et 6.291 blessés) : 17 attentats dans le monde faisant 828 morts et 3.591 blessés, notamment à Londres et Madrid. La zone Ile-de-France peut compter sur 2.000 sapeurs pompiers, 18.000 médecins et 28.000 policiers, renforcés par les 600 militaires du plan Vigipirate.




Résilience : la survie de la collectivité nationale

En raison de leurs moyens, compétences et capacité à évoluer dans des environnements dégradés, les armées peuvent constituer des ressources pour la gestion de crises majeures sur le territoire national (actes de terrorisme, accidents industriels et catastrophes naturelles). Elles contribuent à la résilience de la nation, comme les réserves militaires et civiles.

Leur participation a fait l’objet d’un colloque organisé le 15 mars 2012, à l’Ecole militaire de Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), la Fondation pour la recherche stratégique et le Conseil supérieur de la réserve militaire.

L’Etat : d’après le vice-amiral d’escadre Richard Laborde, directeur de l’IHEDN et de l’Enseignement militaire supérieur, la Défense, première raison d’être de l’Etat, et la Sécurité nationale, dont dépendent la vie et la mort de la collectivité, fonctionnent en synergie. La résilience résulte de « la volonté de vivre ensemble, de faire face et de résister par la force des armes si nécessaire ».  Connaître le danger pour savoir le mesurer conduit à la résilience. L’esprit de défense, sur les plans individuel et collectif, a consisté à accepter et endurer la guerre jusqu’à la disparition de l’Union soviétique. Aujourd’hui, l’analyse des menaces porte sur la stratégie et les intentions de l’ennemi éventuel dans le cadre de l’Europe de la défense et aussi la prise en compte de l’évolution de la collectivité nationale : « que peut-on défendre, que veut-on défendre et contre qui ». La France dispose d’un outil militaire qui répond à ses ambitions sur le plan international. Cet outil apparaît comme un modèle à forte résilience : ouverture, disponibilité, force morale et discipline. La dimension morale de l’usage de la force joue un rôle moteur dans la politique internationale, « dans l’observation stricte des lois de la guerre ». Il convient de comprendre la situation internationale pour se donner les moyens d’agir, d’inscrire l’effort dans la durée (lois de programmation militaire depuis 1960) et d’expliquer pour susciter l’adhésion de la nation. « Aucune politique n’a de sens sans consentement national ». Pour le préfet Yann Jounot, chargé de la protection et de la sécurité de l’Etat au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), « la résilience consiste à résister, surmonter et rétablir ». Une approche globale et simultanée des risques et menaces implique les mêmes types de préparation, qui se traduisent par un guide pour l’action en termes de sécurité globale. Un dispositif existe au niveau du Premier ministre et avec l’ensemble des ministères. La capacité à comprendre ce qui se passe se met au service d’une stratégie de réponse aux niveaux de l’Etat, du territoire (coordination départementale) et de l’environnement européen, condition d’efficacité internationale. D’abord, il y a le plan gouvernemental, outil de planification, guide pour la stratégie d’action sur le terrain, support de la gestion politique des crises et prise en compte du retour d’expérience. Les professionnels de la gestion de crises y sont associés. Par ailleurs, il convient de connaître les capacités des organisations publiques et privées à tenir dans la durée (économie, transport et santé) et celles des collectivités locales à continuer leurs activités. Les sites internet gouvernementaux communiquent sur la connaissance des risques et menaces pour faciliter leur compréhension par les citoyens. Selon le préfet Jounot, la communication doit être accrue et apporter des réponses précises : comportement des citoyens, association des collectivités locales à la planification et participation à des colloques et séminaires.

Les armées : la résilience est plus longue que la simple gestion des crises, estime le colonel (Terre) Patrick Chanliau, officier « Projets » du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations. «  C’est un cycle à quatre-temps :  la préparation, résister, se rétablir et consolider ». Lorsque la crise est jugulée, il faut dresser rapidement un état des lieux et reconstruire, surtout les esprits pour ne pas affecter la volonté de résister à l’événement. Il convient pour tous de ne pas céder à la panique et de garder confiance en soi. Par leur capacité à agir en situation dégradée, les armées inspirent confiance et maintiennent la cohésion nationale, sans laquelle il ne peut y avoir de résilience.  La réponse se trouve dans la solidité des acteurs, la capacité d’agir de manière décentralisée et la solidité technique (réseaux informatiques). Par rapport à la société, les armées ont un rôle à jouer : éduquer en suscitant la conscience raisonnée de la menace (continuité de l’histoire du pays et de ses intérêts) ; informer sur ce qu’il convient de faire (code des sirènes, aujourd’hui méconnu) ; impliquer la réserve ; éviter les initiatives malheureuses et les rumeurs déstabilisantes. Le retour d’expérience doit se faire à chaud et sans complaisance pour en tirer des enseignements. Enfin, il faut intégrer la nécessité de se préparer à la crise future et ajuster les comportements individuels et collectifs.

La réserve : permet à l’Etat de monter en puissance de façons quantitative et qualitative (voir rubrique « Archives » 14-3-2012). Le général d’armée (Gendarmerie) Marc Watin-Augouard, inspecteur général des armées, explique la particularité du réserviste citoyen, qui reste dans son entreprise ou sa collectivité. Il correspond à la notion de poste-clé entre les acteurs de terrain, civils et militaires. La réserve permet d’ajuster l’offre de sécurité et de défense. La réserve citoyenne constitue une résilience territoriale capable de jouer en réseaux maillés. « Il faut 50.000 réservistes, hommes et femmes de toutes conditions. Dans une situation et un lieu géographique donnés, ils peuvent donner de la rassurance », déclare le général Watin-Augouard, qui recommande aux jeunes retraités militaires d’animer ces réseaux citoyens. Enfin, Jean-François Daguzan de la Fondation pour la recherche stratégique conclut : « La résilience est possible quand le citoyen sait qui il est et ce qu’il doit faire ».

Loïc Salmon

Selon le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale (2008),  « la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou à tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière. (…) C’est en effet un devoir pour l’État de se préparer à répondre aux situations dans lesquelles pourraient être mis en cause la vie de la population ou le fonctionnement régulier de la vie économique, sociale ou institutionnelle du pays. Cela suppose une organisation des pouvoirs publics, conçue dès le temps de paix pour prendre en compte les hypothèses du temps de crise, et l’établissement de priorités dans les capacités de renseignement, d’analyse et de décision. La résilience suppose aussi d’organiser la coopération entre l’État et les collectivités territoriales, pour la complémentarité des moyens, et entre l’État et les entreprises privées dans les secteurs stratégiques (énergie, communication, santé, alimentation) ».




Exotic 2012 : premier exercice de SIC en Retex d’Harmattan

Jusqu’au 25 juin 2012, la Marine nationale et les armées de Terre et de l’Air participent à « Exotic 2012 », premier exercice interarmées de systèmes d’informations et de communications (SIC) qui prend en compte le retour d’expériences (Retex) de l’opération « Harmattan » (Libye, 2011). En préparation depuis le 7 mai, Exotic 2012 (11-25 juin) met en œuvre, sur le plateau de Satory (région parisienne), des architectures de télécommunications pour simuler un déploiement installé sur les sites italiens de Poggio Renatico et de Sigonella. Il vise notamment à améliorer les performances des réseaux SIC, à identifier les systèmes peu satisfaisants en double bonds satellitaires et à proposer des axes d’évolution. L’exercice est conduit par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense. Créée le 31 décembre 2003, celle-ci emploie 11.000 personnes sur le territoire métropolitain et en outre-mer et couvre tous les réseaux de communications (internet, téléphone etc.), la sécurité des systèmes d’information, la gestion des fréquences et le soutien des réseaux des forces nucléaires stratégiques. Elle assure la mise en œuvre et le soutien des SIC opérationnels des forces prépositionnées outre-mer et à l’étranger et de celles déployées en opérations extérieures.

L.S.




OTAN : sommet de Chicago

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’OTAN ont fait le point sur la situation en Afghanistan et dans les autres théâtres. En outre, ils ont pris des décisions sur les capacités nécessaires à la défense collective, la gestion des crises et la sécurité coopérative, lors du sommet qui s’est tenu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. Des communiqués communs ont recensé leurs décisions et objectifs d’ici à 2020.

Pour l’Afghanistan, ils ont rappelé que la responsabilité totale de la sécurité sera transférée de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) aux forces de sécurité nationales afghanes (ANSF) d’ici à la fin 2014. Courant 2013, la mission de la FIAS évoluera du combat à la formation, au conseil et à l’assistance. Après 2014 et à la demande du gouvernement afghan, l’OTAN apportera un soutien politique et conseillera les ANSF, y compris les forces spéciales, mais « ce ne sera pas une mission de combat ». Les mécanismes de financement seront basés sur la flexibilité, la transparence, l’obligation de rendre compte et le rapport coût/efficacité, avec des mesures anti-corruption.

Les autres théâtres ont été évoqués. La capacité de la KFOR au Kosovo sera maintenue pour, notamment, soutenir la mission « Etat de droit » menée par l’Union européenne (UE). Les enseignements tirés de l’intervention en Libye, menée sous mandat de l’ONU et avec le soutien de la Ligue des Etats arabes, seront intégrés dans les plans de l’OTAN. La lutte contre la piraterie au large de la corne de l’Afrique a été prolongée jusqu’à la fin 2014, en coopération avec l’UE (opération « Atalante »). A la demande de l’Union africaine (UA), son soutien à sa mission en Somalie (AMISOM) est poursuivi dans les domaines des transports maritime et aérien stratégiques et le développement des capacités de la future force africaine de l’UA. L’opération maritime « Active Endeavour » contre le terrorisme est maintenue. En coopération avec l’ONU, l’OTAN entend faire appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la protection des femmes et des enfants dans les situations de conflit, où ils font l’objet de recrutement, de violences sexuelles et d’attaques ciblées. L’OTAN continue de collaborer avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans la prévention et la résolution des conflits, le relèvement de pays affectés par un conflit et la réponse aux nouvelles menaces de sécurité aux niveaux politique et opérationnel. Les négociations se poursuivent avec la Macédoine, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Géorgie en vue de leur adhésion à l’OTAN. La coopération avec la Russie porte sur : les arrangements de transit dans les deux sens pour la FIAS en Afghanistan ; l’affectation de fonds à la maintenance des hélicoptères des ANSF ; la formation conjointe de personnels de lutte contre la drogue venus d’Afghanistan, d’Asie centrale et du Pakistan ; la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime ; l’échange d’informations sur les capacités de défense antimissiles.

Les capacités atteintes et à réaliser à l’horizon 2020 ont été définies à la suite de l’adoption d’un nouveau concept stratégique, lors du sommet de Lisbonne (19-20/11/2010). Face à la prolifération des missiles balistiques, la capacité intérimaire de défense antimissiles est considérée comme une première étape de la mise en place d’un système de défense antimissiles de l’OTAN pour protéger le territoire, la population et les forces de tous les pays européens membres. Cela implique un partage équitable des risques et charges, compte tenu du niveau de la menace, de la capacité de soutien financier et de la faisabilité technique. Un système allié de surveillance terrestre, très sophistiqué, est en cours de déploiement. Plusieurs pays alliés (non cités) ont lancé une initiative de grande ampleur visant à améliorer le renseignement, la surveillance et la reconnaissance interarmées. La mission de police du ciel dans les Etats baltes est prolongée.

A l’horizon 2020, les  forces de l’OTAN devront être étroitement interconnectées, équipées, formées, entraînées et commandées, afin d’agir ensemble et avec des partenaires dans n’importe quel environnement. La coopération existe déjà dans le transport aérien stratégique et les systèmes aéroportés de détection et de contrôle. Il convient de maintenir une industrie européenne de défense forte et de faire le meilleur usage du potentiel de coopération industrielle entre Alliés pour la mise en place des capacités nécessaires à une « défense intelligente » (« smart defence » en  anglais). Celle-ci repose notamment sur des projets multinationaux pour améliorer la protection des forces, la surveillance et l’entraînement, en vue d’une plus grande efficacité opérationnelle, d’économies d’échelle et d’une interconnexion plus étroite. L’OTAN et l’UE feront en sorte que l’initiative de défense intelligente de l’Alliance atlantique et l’initiative de défense européenne de mutualisation et de partage se complètent et se renforcent mutuellement. Les efforts de l’UE ont été reconnus en matière de ravitaillement en vol, soutien médical, surveillance maritime et formation. L’importance des connexions entre les forces des Etats membres et d’autres pays partenaires (pays européens non membres et pays arabes) a été démontrée lors de la  phase aérienne de l’intervention en Libye en 2011. En outre, les pays membres de l’OTAN vont renforcer la coopération entre leurs forces spéciales, notamment par l’intermédiaire de l’Etat-major des opérations spéciales de l’OTAN. Enfin, la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN sera améliorée par une utilisation plus intensive de sa Force de réaction.

Loïc Salmon

En Afghanistan, « notre mission en termes d’action et de combat est terminée », a déclaré le président de la République François Hollande, au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’OTAN à Chicago le 21 mai. Il a rappelé que la France déplore 83 militaires tués et de nombreux blessés depuis 2001. Les troupes combattantes, soit la majeure partie des 3.400 militaires déployés, auront quitté le pays d’ici au 31 décembre 2012. Ensuite, des personnels participeront à la formation de la police et de l’encadrement de l’armée afghane et procéderont au rapatriement du matériel via l’Ouzbékistan et le Pakistan, une fois obtenus les accords de transit. Après 2014 et conformément au traité franco-afghan signé en janvier et qui doit être ratifié à l’automne, la France apportera « un soutien civil à l’accès au développement, à l’éducation, à la santé et à l’émancipation des femmes », a précisé le président. Enfin, il a estimé avoir reçu les garanties nécessaires pour adhérer à la défense antimissiles balistiques, autre dossier important du sommet de l’OTAN.




L’ennemi : un choix essentiellement politique

En temps de guerre, il faut tuer l’ennemi, désigné pour des motifs plus politiques que stratégiques et qu’il faut déshumaniser pour légitimer la violence. Tel est l’avis de Pierre Conesa, ancien adjoint au directeur de la Délégation aux affaires stratégiques.

Auteur du livre « La fabrication de l’ennemi ou comment tuer avec sa conscience pour soi », il a présenté son argumentation au cours d’une conférence organisée, le 3 mai 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Selon lui, la construction de l’ennemi facilite la cohésion nationale et permet d’expliquer les difficultés économiques. En outre, une « bonne » guerre sert souvent d’exutoire à la vitalité des jeunes. Par ailleurs, une démocratie n’est pas pacifiste par nature ni une dictature belliciste par nature. Toutefois, une guerre menée par une démocratie doit être acceptée par son opinion publique. Les « think tanks » (institutions privées de recherche) et les organismes publics chargés des questions stratégiques doivent identifier les risques, menaces et ennemis en vue de formater les forces militaires nécessaires. Or, ceux qui font l’opinion belliciste ne sont pas les intellectuels et les médias les plus lucides, mais les plus lus et les plus regardés.

Les rebellions et révoltes se classent en diverses catégories. Il y en aurait environ 400 dans le monde, alors que les think tanks américains n’en recensent que 40 et que le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 ne donne que la vision française. Traditionnellement, l’ennemi se situe au-delà de la frontière. Au nom du droit historique, certaines autorités politiques déterminent encore le territoire de l’identité nationale : la Serbie vis-à-vis du Kosovo et la Grèce qui considère la mer Egée, bordée par la Turquie, comme une mer intérieure alors que sa souveraineté ne s’exerce que sur les îles. Au XIXème siècle, la rivalité planétaire a fait son apparition. L’Allemagne, soucieuse d’une influence comparable à celles des empires coloniaux français et britannique, a fabriqué l’idéologie du « péril jaune » contre la Chine, peuplée à l’époque de 400 millions d’habitants susceptibles d’envahir l’Occident. Par la suite, ce « péril », largement instrumentalisé, a désigné le Japon vainqueur de la Russie en 1905, la Chine communiste en 1949 et enfin l’un puis l’autre lors de leurs décollages économiques respectifs en 1960 et 2000. Or, en 2011, le budget chinois de la Défense s’établit à 420 Md$, soit le  cinquième de celui du Pentagone ! Pendant la guerre froide (1947-91), la propagande communiste a vilipendé les « impérialismes » britannique et américain. La guerre civile, qui vise l’assassinat de l’ennemi intime, commence par les mots qui disqualifient le voisin… avec la participation des Eglises et des intellectuels ! Ce processus conduit à l’humiliation de « l’autre » : attentats contre les lieux de culte chiites et sunnites au Moyen-Orient et aussi camps de concentration et viols collectifs en Bosnie. Le conflit en République démocratique du Congo est le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. Plus insidieux, l’ennemi caché repose sur la théorie du complot : d’abord « juif », avec la Shoah pour conséquence, et ensuite « américain » responsable de tout. Les idéologies totalitaires, laïques ou religieuses, donnent à penser que le monde peut être totalement organisé et que « l’autre » doit être exterminé : grands procès de Moscou (années 1930), révolution culturelle en Chine (1966-76) et attentats suicides d’aujourd’hui. Dans les territoires occupés, l’habitant est figuré, par l’occupant, comme un sauvage qui ne comprend que la force. L’unilatéralisme, qui consiste pour un pays à ignorer les instances internationales (ONU, OTAN) pour parvenir à ses fins, conduit à déclarer la guerre à des concepts comme « l’axe du mal » ou le terrorisme. Enfin, les médias servent de caisses de résonnance aux diasporas actives, intellectuels engagés et organisations humanitaires.

La vision de l’ennemi des néo-conservateurs américains remonte à l’humiliation de la prise de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979. Or, pendant toute la guerre froide, les Etats-Unis n’avaient pas hésité à soutenir des régimes dictatoriaux dans le monde pour occuper le terrain face à l’Union soviétique. Après la chute de celle-ci, l’Iran devient donc l’ennemi idéal. Les relations de Washington avec ce pays sont complexes : soutien à la dictature du Shah (1953-79) puis à l’Irak en guerre contre l’Iran (1980-88), qui se trouve aujourd’hui encerclé de bases américaines installées dans les pays voisins et qui souhaite se doter de l’arme nucléaire. En termes de prolifération nucléaire, Washington pratique le double standard, souligne Pierre Conesa : l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord sont de « mauvais » proliférateurs, mais Israël, le Pakistan et l’Inde sont de « bons » proliférateurs, car alliés des Etats-Unis. Pour les néoconservateurs américains, les guerres en Irak et en Afghanistan sont une vengeance contre les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Le terreau idéologique a été préparé dès les années 1990 avec notamment le livre « Le choc des civilisations » (Huntington) traduit en 39 langues, diffusant ainsi une vision « américaine » du monde. Les médias ultra-conservateurs du groupe Murdoch ont amplifié le phénomène. D’une façon générale, les Américains, veulent des héros « positifs » et voient la guerre comme au cinéma, d’où le succès des westerns contre les Indiens et de la série du vengeur Rambo. Ils n’ont en effet jamais connu l’invasion, contrairement aux Européens plus conscients des conséquences d’une guerre sur la population locale. Ainsi, la moitié seulement des pays de l’Union européenne ont suivi le Etats-Unis en Irak (opération dite « préventive » par l’administration Bush). En revanche, l’intervention en Afghanistan, légitimée par un mandat de l’ONU, a suscité la solidarité de la quasi-totalité d’entre eux.

La déconstruction de l’ennemi nécessite un acte politique. Les sorties de guerre civile passent par les lois d’amnistie. La France et l’Allemagne, qui ont connu trois guerres (1870, 1914-18 et 1939-45), ont conclu un traité de réconciliation (Elysée, 1963) et entamé la construction européenne. L’Afrique, sujette à des problèmes récurrents de frontières, sollicite souvent l’arbitrage de l’ONU. Enfin, la Cour internationale de justice vise à casser le mécanisme de la vengeance en faisant juger les dictateurs « bourreaux » par la communauté internationale.

Loïc Salmon

Pierre Conesa, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques, est maître de conférences à l’Ecole nationale d’administration. Il a été notamment adjoint au directeur de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense (1992), puis au directeur des relations internationales de la Délégation générale de l’armement (1997). La DAS propose des analyses des crises internationales, coordonne les réflexions stratégiques menées au sein du ministère de la Défense et soutient celles d’instituts de recherche et d’organismes universitaires français et étrangers. Enfin, elle participe au processus interministériel de contrôle des exportations de matériel de guerre et aux négociations sur la non-prolifération d’armes nucléaires.




Défense : nouveaux ministre et ministre délégué

Le 16 mai 2012, le président de la République François Hollande a nommé Jean-Yves Le Drian ministre de la Défense et Kader Arif ministre délégué chargé des Anciens Combattants. La passation de pouvoir entre Gérard Longuet et Jean-Yves Le Drian a eu lieu le lendemain (photo). Ce dernier, âgé de 64 ans, est inspecteur général de l’Education nationale. Secrétaire d’Etat à la mer (1991-1992) dans le premier gouvernement d’Edith Cresson, il a été élu et réélu député du Morbihan (1978-1988 et 1997-2002). Il a été notamment membre, rapporteur et vice-président de la Commission de la défense nationale et des forces armées (1988-1991 puis 1997-2002), puis membre et rapporteur de la Commission d’enquête sur la sécurité du transport maritime des produits dangereux ou polluants (2000). Kader Arif (52 ans), élu et réélu député européen (2004-2012), a remplacé Marc Laffineur dans ses fonctions le 17 mai.

L.S.




Afrique : huit accords de défense avec la France

Huit pays d’Afrique ont signé des accords de partenariats de défense avec la France, dont trois doivent encore être ratifiés par le Parlement français. Ces accords sont publiés au journal officiel (J.O.) après leur ratification, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ils portent sur l’appui de la France à la mise en place du pacte de sécurité collective de chaque pays signataire selon ses besoins et ses capacités.

Selon le ministère français de la Défense, il s’agit du Cameroun (21 mai 2009, J.O. du 21-04-2011), du Gabon (24 février 2010 en attente de publication au J.O.), de la République centrafricaine (8 avril 2010, J .O. du 21-04-2011), du Togo (13 mars 2009, J.O. du 21-04-2011), des Comores (27 septembre 2010, J.O. du 8-03-2011), de Djibouti (21 décembre 2011, en attente de ratification), de Côte d’Ivoire (26 janvier 2012, en attente de ratification) et du Sénégal (18 avril 2012, en attente de ratification). Par ailleurs le 17 avril, le colonel Marc Conruyt, chef de corps du Régiment d’infanterie de chars de marine, a pris officiellement le commandement de la force Licorne en Côte d’Ivoire, en présence du nouveau ministre de la Défense ivoirien Paul Koffi Koffi (photo). La force Licorne (450 militaires) accompagne la montée en puissance de l’armée ivoirienne, appuie l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et assure la protection des ressortissants français. Entre le 4 septembre 2011 et le 5 avril 2012, elle a détruit 24 t d’explosifs, mis 300 t de munitions en sécurité et effectué 300 patrouilles. Elle a aussi participé à des actions civilo-militaires (distribution de denrées de première nécessité et de kits scolaires), à des aides médicales à la population et à la formation de cadres militaires ivoiriens avec des éléments français stationnés au Sénégal.

Loïc Salmon




Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

L’Ecole de guerre, qui forme des officiers supérieurs français et étrangers, inclut un exercice annuel de simulation interarmées de niveau OTAN dans son cursus. Dénommé « Coalition », celui-ci prend en compte l’environnement politique, diplomatique et médiatique d’une crise. Une journée de sensibilisation a été organisée le 15 mars 2012, à l’Ecole militaire de Paris, pour les attachés de Défense étrangers et la presse.

Le scénario, à configuration ouest-européenne fictive, implique une « Confédération », une « Alliance » et des Etats neutres. Il s’agit, pour les participants, de faire travailler toutes les composantes de chaque camp, qui prend tout à tour l’initiative. Des considérations juridiques et économiques entrent aussi en jeu, sans oublier les aspects « asymétriques » de l’affrontement, arbitré par un système informatique du Centre de simulation de théâtre (18 permanents et 4 réservistes). Celui-ci prépare et conduit le scénario et valide les méthodes d’action en coordination avec le Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations (voir rubrique « Archives » 31-08-2011). Des conseillers tactiques assurent l’interface entre la simulation et les stagiaires. Un shelter militaire, installé dans la cour de l’Ecole de guerre, abrite les équipements informatiques qui traduisent les renseignements techniques en renseignements tactiques pour les composantes aérienne, maritime et terrestre. Enfin, la Direction de l’exercice maintient l’équilibre entre les deux camps et procède à des calages, matin et soir, avec les unités et les « mentors » pour garder le conflit à un niveau raisonnable de violence et éviter la montée aux extrêmes. L’objectif n’est pas de gagner à tout prix, mais de comprendre comment les choses se passent, de favoriser les interactions et de stimuler la réflexion des stagiaires. Les forces armées sont dirigées par l’Etat-major interarmées stratégique (8 personnes dont des officiers étrangers), qui assure la liaison avec les autorités politiques, dont il concrétise les directives et les objectifs en ordres opérationnels. Il vérifie que Coalition 2012 se déroule conformément au plan initial, comme, par exemple, l’emploi de réfugiés comme boucliers humains ou de sociétés militaires privées à un moment donné. Il tient à jour une carte « politique » par sa connaissance de l’action réelle sur le terrain. Au-dessous, sur le plan militaire de théâtre, chaque camp a son PC, dont l’état-major interarmées de 40 personnes correspond, dans la réalité, à 60-100 personnels pour mettre en œuvre des forces combinées de 80.000 hommes. Il traite les aspects militaires, civilo-militaires et politico-militaires, à savoir les incertitudes étatiques. Il s’agit surtout de faire circuler l’information entre ses cellules (renseignement, logistique et conduite des opérations) et de coordonner l’action des composantes tactiques «  terre », « air », « mer » et « forces spéciales », qui ont leurs propres cellules. La composante « terre » dispose d’un état-major de 16 officiers (60 à 150 dans la réalité) pour la planification à 72 heures et la conduite de son action spécifique. La composante « air » (8 personnes) évalue les besoins en support aérien, mais ne conduit pas les opérations aériennes. La composante « mer » (une dizaine de personnels) établit la planification de son groupe aéronaval en coordination avec la précédente, en vue du débarquement des troupes alliées avec ses moyens amphibies. Elle assure la protection, par bâtiments de surface et sous-marins, des 2 convois civils qui acheminent des renforts en provenance d’Amérique du Sud. La composante « forces spéciales », qui planifie des opérations de niveau stratégique, compte 3 personnes correspondant à un état-major de 200 hommes pour 4.000 déployés sur le terrain.

Les intervenants extérieurs, à savoir les diplomates et les organisations non gouvernementales, cherchent à stabiliser la situation sur le terrain et à établir des couloirs humanitaires pour garantir la survie des populations. Cela implique des négociations avec le secrétariat général de l’ONU, représenté, dans Coalition 2012, par… un ancien ambassadeur africain à l’ONU ! Le Centre d’études diplomatiques et stratégiques, forme des diplomates et des officiers supérieurs d’une quarantaine de pays. Les autorités politiques commandent aux militaires. Or, le jeu politique est complexe : rapports internes conflictuels et revendications officielles et officieuses. Avec la disparition de deux blocs de la guerre froide, les Etats neutres se trouvent au cœur des conflits pour négocier des solutions. Celles-ci s’élaborent aux niveaux politique et diplomatique. Dans la réalité, le décideur définit une position officielle, mais il est influencé par ses conseillers. Les médias tirent profit de toutes les sources et les exploitent pour la télévision, la radio, la presse écrite et le « web » (internet). Les élèves-journalistes, âgés de 20-21 ans, sont en deuxième année d’un cursus de trois ans. Leur école, l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel, participe à l’exercice Coalition depuis plusieurs années. Deux journaux télévisés d’une vingtaine de minutes sont réalisés chaque jour à l’Ecole de guerre à partir de dépêches fictives des agences AFP et Reuters, complétées par des « plateaux » de présentation, des reportages sur le terrain et des interviews en direct. La radio  émet un « flash » toutes les heures et deux journaux par jour. Les journaux télévisés et radio sont diffusés dans toutes les salles de l’exercice. Pour la presse écrite, deux quotidiens recherchent un équilibre dans la présentation du conflit, mais avec un point de vue conforme à la sensibilité de leur camp respectif. Un troisième, de six pages, est réalisé le soir et distribué aux militaires le lendemain matin. Un site « web » met en ligne 40 dépêches par jour avec un article de fond, des photos, des interviews MP3 et même un « forum » pour les populations. Les deux camps organisent une conférence de presse quotidienne. Coalition 2012 est particulièrement complexe, car les choses ne se passent jamais comme elles le devraient. « Il faut bien commander et anticiper », conclut le contre-amiral commandant le PC de l’Alliance.

Loïc Salmon

L’exercice Coalition2012 s’est déroulé du 27 février au 9 mars, pour la planification, et du 12 au 17 mars pour la conduite proprement dite. Il a mobilisé 537 personnes, dont 263 stagiaires de l’Ecole de guerre, l’ensemble des cadres de l’Ecole et du Centre de simulation pour la formation, l’entraînement et l’expérimentation, 3 officiers généraux, l’Etat-major interarmées de forces et d’entraînement, le Commandement des opérations spéciales, les armées de Terre et de l’Air et la Marine nationale, une vingtaine d’opérateurs de simulation commune au niveau théâtre d’opérations (JTLS dans la nomenclature OTAN), des officiers des pays partenaires, 80 élèves-journalistes et 10 cadres de l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel, 40 auditeurs et cadres du Centre d’études diplomatiques et stratégiques, le ministère des Affaires Etrangères et Européennes, l’UNITAR (Institut des nations unies pour la formation et la recherche) et enfin des réservistes.