Cyberdéfense : une complexité exponentielle

Malgré leur retard technologique et leur coût élevé, les moyens de défense des systèmes d’information peuvent créer des conditions rendant difficiles les cyberattaques, qui deviennent de plus en plus subtiles.

Laurent Bloch, directeur du système d’information de l’université Paris-Dauphine, a fait le point sur les menaces, vulnérabilités et contremesures, au cours d’une conférence organisée le 19 avril 2012 à Paris par la chaire Castex de cyberstratégie. Le professeur François Géré est également intervenu.

Les attaques, souvent d’origines inconnues ou indirectes, ciblent autant les entreprises privées que les Etats (voir revue téléchargeable juin 2011 p.9-16). Elles font perdre des sommes considérables, notamment aux banques (fraudes à la carte bleue) et à l’industrie pharmaceutique (pillage de recherches non encore rendues publiques). Le ministère américain de l’énergie, responsable d’une partie du programme nucléaire militaire, reçoit dix millions d’attaques par jour, dont 95 % proviennent… des Etats-Unis ! Depuis dix ans, les efforts de recherche et le développement sur les attaques des systèmes d’information sont plus importants que sur leur sécurisation. La productivité de telles entreprises à but lucratif est élevée, surtout en Ukraine, Russie et Chine où les salaires des ingénieurs sont bas. La frontière entre la cybercriminalité et l’agression à des fins militaires devient poreuse, en raison de la similitude des méthodes. L’agresseur, pragmatique, cherche la faille pour s’introduire dans un système protégé ou le mettre hors service. Il observe le réseau et cherche à dérober les données qui y circulent. Au départ, l’attaque est aléatoire (virus ou spam), mais si elle réussit, elle devient systématique. Des robots scannent automatiquement des sites internet.

Les vulnérabilités face aux menaces terroristes, nucléaires, radiologiques, chimiques, biologiques et informatiques, sont étudiées par tous les ministères de l’Intérieur ou agences de sécurité étatiques depuis les attentats terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis. Celles du cyberespace sont infinies et augmentent de manière sensible. Les moyens informatiques sont d’acquisition aisée, car réalisés à bas coûts et sans préoccupation de sécurité. Les téléphones portables, objets à protéger en raison de toutes les données personnelles et des accès divers qu’ils renferment, se perdent ou s’oublient facilement. Quant aux ordinateurs, les attaquants attendent les mises à jour des fabricants et les comparent avec les appareils des nombreux utilisateurs qui ne les ont pas encore effectuées. Ainsi, l’interposition d’un intrus, susceptible de modifier le contenu d’un ordinateur, sera très difficile à détecter. Un « espion dactylographique » (« keylogger ») introduit dans un ordinateur peut retrouver les mots de passe et leurs modifications successives et donc connaître toutes les données personnelles de l’utilisateur. « Les ripostes législatives sont inappropriées », estime Laurent Bloch. En effet, pour réduire les vulnérabilités informatiques des lois ont été récemment débattues ou votées aux Etats-Unis et en France pour protéger l’industrie du divertissement, mais elles seront difficiles à faire appliquer par les autorités judiciaires et faciles à contourner. En conséquence, elles risquent d’avoir des effets négatifs sur internet. Si le DNS (système américain de gestion des adresses des ordinateurs connectés à un réseau) est soumis à la censure, des DNS alternatifs apparaîtront, compromettant l’ubiquité et l’universalité d’internet. La Chine a déjà créé un système qui lui permet d’échapper au DNS.

La protection à 100 % n’existe pas, mais elle peut s’améliorer sur l’accès au système et par les deux types de chiffrement (cryptographie) du canal de communication au réseau. Celui dit « symétrique » consiste en une « clé » secrète, partagée entre deux personnes qui doivent se rencontrer Celui dit « asymétrique » repose sur deux clés : l’une, publique pour le chiffrement, l’autre, privée et secrète, pour le déchiffrement. La signature électronique nécessite  l’emploi d’un algorithme (suite d’opérations pour résoudre un problème) dit de « condensation ». Ce dernier détermine les « empreintes » ou « condensats » qui authentifient un message envoyé après un chiffrement asymétrique. Sur internet, la garantie de confidentialité des échanges privés, commerciaux en ligne, administratifs et médicaux, repose sur la confiance accordée aux fabricants de clés et à l’autorité de certification qui les publie dans un annuaire. Les algorithmes de chiffrement vivent environ une quinzaine d’années, avant d’être surclassés par des versions beaucoup plus complexes et font régulièrement l’objet d’attaques pour les « casser », notamment de la part d’experts chinois. Aujourd’hui, la protection des serveurs et des réseaux, devenue insuffisante, doit se compléter par celle des contenus, notamment des « Smartphones », mobiles divers et autres matériels privés volés. Le DVD d’un film, protégé par un DRM (dispositif de gestion des droits numériques), contient le logiciel de déchiffrement et … la clé secrète de chiffrement ! Un « expert » qui l’a acheté peut donc prendre tout son temps pour analyser son programme et tenter de le casser. Un système d’armes contient un dispositif analogue, mais cette fois, l’acquéreur, généralement étatique, essaiera de découvrir ses secrets en vue de les copier. Par contre, le système « Skype » de téléphonie par internet, utilisé par 663 millions de personnes dans le monde, est particulièrement bien protégé. Sur un plan plus vaste, le ministère américain de la Sécurité intérieure a mis sur pied le programme « Einstein », qui réagit instantanément à toute activité suspecte sur le réseau d’une agence ou d’une administration fédérale. A terme, il compte l’appliquer aux systèmes de gestion des infrastructures stratégiques, comme l’eau, l’électricité et les télécommunications. En outre, selon Laurent Bloch, l’agence américaine de sécurité nationale NSA, responsable de la collecte et de l’analyse de toute forme de communications, « a certainement déjà réussi à casser les systèmes cryptés, mais ça, on ne le saura jamais ! »

Loïc Salmon

 Le Cercle des partenaires  de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale) et la Fondation d’entreprise EADS se sont associés en novembre 2011 pour créer la « chaire Castex de cyberstratégie », du nom de l’amiral Castex, fondateur en 1936 du Collège des hautes études de défense nationale qui deviendra l’IHEDN en 1948. La chaire concentre ses recherches sur l’étude et le suivi des menaces, le coût des cyberattaques, les enjeux politiques et stratégiques, les réponses juridiques et réglementaires aux conflits. Son titulaire est le professeur François Géré, directeur de recherches à l’université Paris III. Fondée en 2004, la Fondation d’entreprise EADS a notamment soutenu plus de 110 projets de recherches scientifiques et économiques et créé huit chaires de recherche et d’enseignement.




Une deuxième femme amirale

Le capitaine de vaisseau Anne Cullerre deviendra, le 1er septembre 2012, la deuxième « amirale » de la Marine française, après Chantal Desbordes (2 S) en 2001. Officier du Corps technique et administratif  de la Marine (1981), elle est brevetée d’études militaires supérieures (2000). L’embarquement étant ouvert aux femmes en 1993, elle se porte volontaire sur l’un des deux premiers bâtiments à équipage mixte, la frégate anti-sous-marine Latouche-Tréville et y passe deux ans. Par la suite, elle a notamment commandé les bâtiments hydrographique Lapérouse (1997) et océanographique D’Entrecasreaux (2001) et a exercé, à bord du bâtiment de commandement et de ravitaillement Somme, les fonctions de chef d’état-major interarmées de l’amiral commandant de la zone maritime de l’océan Indien (2009). A terre, elle a dirigé le service  « ouvrage cartes et documents centralisés » de Brest (1998), puis la division 7 (entraînement, exercices et retour d’expérience) du Centre de planification et de conduite des opérations (2007) et ensuite du l’OHQ (Operations Headquarters) européen du Mont-Valérien dans le cadre de l’opération « Eufor » au Tchad et en Centrafrique. En 2010, elle est nommée directeur « Plans » de l’état-major multinational des Combined Maritime Forces pour les opérations TF 150, 151 et 152 à Bahreïn. L’année suivante, elle devient chef du bureau Asie-Pacifique à l’Etat-major des armées. Dès sa promotion au gade de contre-amirale, elle prendra les fonctions de commandant supérieur des forces armées de la Polynésie française, commandant du centre d’expérimentations du Pacifique et commandant des zones maritimes océan Pacifique et Polynésie française. Le capitaine de vaisseau Cullerre est chevalier de la Légion d’Honneur, de l’Ordre national du Mérite et de l’Ordre du mérite maritime.

Loïc Salmon




Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

Un contexte géostratégique éclaté, l’abandon quasi généralisé de la conscription en Europe, l’idée de nation en crise, le poids de l’opinion publique et la toute-puissance du Conseil de sécurité de l’ONU quant à l’usage de la force font que beaucoup de militaires européens se sentent plus fonctionnaires de l’OTAN que « défenseurs de la cité ».

Le général (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d’Etat-major des armées françaises et président du Comité militaire de l’Union européenne, s’est exprimé sur tout cela à Paris au cours d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2012, puis lors d’une conférence tenue le 18 juin à l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le contexte géostratégique a explosé depuis vingt ans. La plupart des pays européens ont délégué leur défense à l’OTAN, c’est-à-dire aux Etats-Unis qui fournissent en effet 50 % du financement mais 80 % des moyens militaires. Ils ont donc de moins en moins la capacité de dire leur mot sur les choix militaires américains, d’autant plus que leurs budgets de défense diminuent. En Afghanistan, les responsables politiques européens n’osent pas dire non aux Etats-Unis mais, sous la pression de leurs Parlements, ils font faire de la figuration à leurs troupes, sauf en ce qui concerne la France, la Grande-Bretagne et le Danemark. La médiatisation du conflit suscite l’émotion et, par voie de conséquence, la tentation de remettre la stratégie en cause. Par ailleurs, le déroulement d’une opération extérieure peut devenir l’objet d’un débat de politique intérieure. En Libye, sous la pression de l’opinion publique quant au sort d’une population menacée, l’opération « Harmattan » a été décidée dans l’urgence, sans prendre le temps de définir le projet politique indispensable à la gestion de sortie de crise. Toutefois, son succès technique présente des avantages : pas de pertes pour la coalition et peu de victimes civiles grâce à la précision des armes ; l’absence de déploiement au sol a évité de passer pour une armée d’occupation ; les factions locales ont effectué le « sale boulot ». Mais, aucune opération ne ressemble à une autre pour servir de modèle aux suivantes. Par ailleurs, depuis 1990, presque tous les pays européens ont le sentiment que plus rien ne les menace, sauf dans les Balkans où leurs troupes sont présentes depuis 1992. La lutte contre le terrorisme relève plus de la police que des armées. Cependant, les Etats baltes, la Pologne et la Roumanie redoutent la puissance de la Russie. Celle-ci, qui a réussi sa contribution à l’indépendance de l’Ossétie du Sud par rapport à la Géorgie, reste attachée à l’ancien espace soviétique et à la grandeur attribuée à son ancienne puissance militaire. Par ailleurs, elle estime que le projet de défense anti-missiles de l’OTAN menace sa capacité de dissuasion nucléaire. Ce projet affecte également la France et la Grande-Bretagne, car leur dissuasion nucléaire leur assure la sécurité et aussi un statut de grande puissance.

Le vague-à-l’âme des militaires européens résulte du flou du retour de la guerre depuis 1945, à l’exception des conflits des Balkans, de la décolonisation, de l’Irak et de l’Afghanistan. S’y ajoute le flou des missions au niveau de l’OTAN et de l’Union européenne. Les documents de base existent, mais la stratégie de sortie de crise n’est pas définie et les règles d’ouverture du feu diffèrent. En effet, chaque pays se réserve le droit de les modifier pour ses troupes et peut exercer des interférences nationales dans la chaîne de commandement d’une coalition, sources de frustrations et de malentendus. Par ailleurs, l’ONU ne se connaît pas d’ennemi mais se découvre tout à coup un adversaire, car elle ne disposait pas de services de renseignement jusqu’à récemment. Ses troupes, tenues de respecter les lois internationales, se trouvent face à des civils qui prennent les armes au dernier moment, des attentats suicides, des embuscades et des miliciens qui tuent surtout des femmes et des enfants. En Afghanistan, la relève tous les six mois des troupes de l’OTAN entraîne la perte des liens avec la population… qu’il faut reconstruire ! La majorité des contingents européens font essentiellement de l’autoprotection. De plus, le retrait annoncé de ce théâtre donne aux militaires européens l’illusion, déstabilisante, qu’il n’y aura plus d’opérations extérieures par la suite. Par ailleurs, celles-ci consomment les crédits destinés à l’entraînement en Europe, devenu insuffisant. Enfin, la numérisation de l’espace de bataille, projet déjà lancé par quelques pays européens, favorise une guerre virtuelle et l’emprise croissante du commandement à tous les niveaux, qui déresponsabilise de fait les échelons subalternes.

Les valeurs militaires spécifiques, à savoir l’abnégation, le courage, la solidarité, la discipline, l’honneur et le patriotisme, ainsi que le droit de tuer avec le risque d’être tué apparaissent décalés par rapport à la société civile, pour qui la vie humaine est la valeur suprême. Le patriotisme se forge chez les jeunes recrues au cours des opérations et se cristallise autour des morts et des blessés. En outre, les armées, bien considérées par 80 % de la population française, constituent un facteur d’intégration pour les jeunes défavorisés. Toutefois, elles doivent faire face à un phénomène nouveau : la « judiciarisation », susceptible de conduire, chez les militaires, à l’abandon de l’idée de sacrifice personnel pour la sécurité de la communauté et au sentiment d’être « lâché par l’arrière ». Outre le risque d’arbitraire d’un juge, la condamnation d’un officier ou d’un sous-officier pour son action au combat pourrait avoir comme conséquences l’hésitation du combattant et l’inhibition du commandement, remettant ainsi en cause une opération.

Loïc Salmon

Le général d’armée (2S) Henri Bentégeat  a été chef de l’état-major particulier du président de la République (1999-2002) puis chef d’Etat-major des armées (2002-2006). Saint-Cyrien (1965), il choisit les Troupes de marine puis entre à l’Ecole d’application de l’arme blindée cavalerie. Licencié en Histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Ecole supérieure de guerre (1985), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut de hautes études de défense nationale (1992). Au cours de sa carrière, il a effectué des missions opérationnelles au Tchad et en République Centrafricaine, commandé le Régiment d’infanterie de chars de marine et les Forces armées aux Antilles. Attaché de défense adjoint à l’ambassade de France à Washington (1990), il a été aussi directeur adjoint de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense (1992) et président du Comité militaire de l’Union européenne (2006-2009). Auteur du livre « Aimer l’armée, une passion à partager » (2011), il est aujourd’hui membre de l’Association nationale maréchal Lyautey (photo) et de l’association EuroDéfense-France. Titulaire de nombreuses décorations étrangères, le général Bentégeat est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite.




Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés

Face à la complexité croissante des théâtres d’opérations extérieurs, les personnels de groupements tactiques interarmes (GTIA), doivent pouvoir disposer, souvent dans un délai très court, d’armements adaptés… mais pas trop sophistiqués !

C’est ce qu’ont expliqué le général de division Bernard Guillet, sous-chef d’état-major « plans et programmes », et le général de brigade Daniel Poëdras, directeur de la Section technique de l’armée de Terre « adaptation réactive des armements terrestres », au cours d’une table ronde, organisée le 6 juin 2012 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le combat terrestre se déroule dans un environnement complexe, parfois au sein de populations avec parfois des actions ponctuelles très violentes pendant quelques jours ou quelques semaines. La guerre et l’après-guerre se jouent au sol, souligne le général Guillet. L’armée de Terre doit donc être cohérente, polymorphe et capable de « réversibilité », à savoir passer très vite du combat de haute intensité à une action de maintien de la paix. Elle peut se trouver engagée dans un conflit dissymétrique, c’est-à-dire entre un Etat fort et un Etat faible et où les cibles sont militaires, ou dans une guerre asymétrique où l’adversaire compense son infériorité technologique par le terrorisme et la guérilla. Or, aujourd’hui, les nations occidentales acceptent de moins en moins les pertes en vies humaines, alliées ou adverses. Dans un contexte asymétrique, l’ennemi connaît les règles d’emploi de leurs armées, la lourdeur du commandement d’une coalition et l’influence de leurs opinions publiques sur leurs gouvernements. Il s’agit donc de protéger les soldats par un équipement approprié, le blindage des véhicules, une portée accrue des armes, le renseignement et des moyens optroniques (capteur optique associé à un traitement électronique de l’image). Pendant l’intervention en Libye en 2011, les hélicoptères ont pu attaquer de nuit grâce à leurs équipements infrarouges. Les armes à létalité réduite ont fait leur apparition dans les conflits asymétriques. Ainsi, en Afghanistan, des hauts parleurs à forte puissance permettent d’arrêter des foules hostiles, surtout quand les talibans utilisent des femmes et des enfants comme boucliers humains. Les lasers à haute intensité servent à la destruction des mines. Moins il y a de dommages collatéraux, plus il sera facile de gérer l’après-conflit d’autant plus que l’ennemi s’adapte en permanence. Selon le général Guillet, l’armée de Terre conservera son ascendant sur l’adversaire en préservant son volume de forces, notamment par sa polyvalence et sa supériorité technologique (dont allonge et puissance de feu). Au niveau du GTIA, le programme Scorpion (voir encadré) vise à conserver les échanges verticaux hiérarchiques et à améliorer les échanges horizontaux de collaboration interarmes. Il doit permettre à l’armée de Terre de tirer les leçons des conflits récents, de s’adapter aux conflits futurs en temps réel et de garantir la pertinence et la cohérence de ses équipements…dans un cadre budgétaire restreint !

Les nouvelles technologies d’armement procèdent du retour d’expérience des opérations passées en vue de les préparer à un engagement sur un nouveau théâtre, indique le général Poëdras. A l’analyse de la centaine d’opérations lancées depuis 2008, les menaces les plus fréquentes sont les mines, engins explosifs improvisés, piges et armes légères. Le programme FELIN de protection du fantassin est fourni avec un kit d’adaptation pour pouvoir le monter et le démonter en tout temps. Les moyens de détection incluent le renseignement électromagnétique, le radar d’alerte de départ de coup d’une roquette et les drones. La complémentarité des systèmes facilite le regroupement des informations. La capacité de combat de nuit intègre les drones tactiques, la veille optronique et la vision nocturne. Les moyens de communications assurent le suivi des véhicules blindés de l’avant et l’interopérabilité entre les systèmes d’informations opérationnels (drones et réseau de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan). Les interventions en Afghanistan et en Libye ont démontré la supériorité que donnent les équipements de nuit, mais des progrès restent à faire dans le soutien. Celui-ci devant se trouver au plus près des forces, il convient de simplifier la mise en condition opérationnelle des matériels et de pouvoir stocker les pièces de rechange pour réduire les flux avec la métropole.

La trop grande complexité d’un nouvel équipement risque de conduire les personnels à renoncer rapidement à l’utiliser, en raison du stress qu’il induit. La résistance au changement rend en effet difficile l’imposition d’un nouvel équipement. Par ailleurs, les troupes au sol, qui veulent voir leurs besoins satisfaits au plus tôt, reçoivent trop d’équipements dont elles n’ont qu’une connaissance sommaire du mode d’emploi. S’y ajoute la complexité des procédures OTAN. En outre, le théâtre afghan a fait redécouvrir… le combat à pied ! De son côté, l’adversaire parvient à contourner la technologie militaire qui lui fait défaut par une technologie civile plus simple et disponible sur le marché. En outre, il n’est pas soumis à la pression médiatique ni à la « judiciarisation » (poursuite judiciaires pour les conséquences d’une décision prise au combat) occidentales. Le général Poëdras préconise l’emploi de matériels utilisables dans des environnements civil et opérationnel. Enfin, l’avenir se prépare avec des technologies associant les équipements anciens et récents, comme l’a démontré le conflit en Afghanistan.

Loïc Salmon

Les groupements tactiques interarmes (GTIA), qui comprennent de 500 à 1.500 combattants, sont déployés en opérations extérieures et formés à partir d‘éléments de régiments d’infanterie, de cavalerie, du génie et d’artillerie. Le programme national « Scorpion » transforme un GTIA en un système de combat global en fédérant combattants et systèmes d’armes par la transmission et le partage instantané des informations. Il prend en compte les programmes existants VBCI (véhicule blindé de combat d’infanterie) et FELIN (fantassin à équipements et liaisons intégrés). La première étape du programme Scorpion prévoit, d’ici à 2021 : la rénovation d’une partie du parc des chars Leclerc (XL) ; la mise en œuvre du système d’information et de combat Scorpion (SICS) avec des kits de numérisation associés ; la livraison d’environ 1.000 véhicules blindés multirôles (VBMR) et de 70 engins blindés de reconnaissance et de combat (ERBC). Des appareils de simulation seront embarqués dans les véhicules. Enfin, deux étapes supplémentaires du programme Scorpion sont prévues d’ici à 2030.




La sûreté nucléaire des installations de défense

Quelles que soient les précautions, le risque zéro n’existe pas en matière de sûreté des installations nucléaires, dont l’exploitant assume la responsabilité. Toutefois, les exigences de communication sont plus limitées pour les installations de défense que pour les centrales civiles, surtout si cela concerne la dissuasion.

Bernard Dupraz, délégué à la sûreté nucléaire des installations intéressant la défense, s’est exprimé sur ce sujet au cours d’une conférence organisée, le 15 mai 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

La sécurité nucléaire a considérablement évolué depuis 1945. Elle inclut la sûreté (prévention des accidents et limitation de leurs effets), la radioprotection contre les rayonnements, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance (du ressort des services de renseignement et du ministère de l’Intérieur) et enfin les actions de sécurité civile en cas d’accidents. Des incidents et accidents successifs ont conduit les autorités scientifiques à élaborer une échelle de magnitude comme pour les tremblements de terre. Les niveaux 1,2 et 3 n’entraînent aucune conséquence en dehors du site, contrairement aux suivants. A titre d’exemples, l’accident survenu à la centrale de Three Mile Island (Etats-Unis, 1979) a été classé 5, celui de Tchernobyl (Union soviétique, 1986) 7 et celui de Fukushima (Japon, 2011) 7. Entre 1945 et 1970, des organismes uniques puis de référence pour développer des compétences spécifiques avec des commissions de sûreté ont vu le jour en URSS, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France (Institut de protection et de sûreté nucléaire  au sein du Commissariat à l’énergie atomique). Par la suite, le développement des centrales nucléaires commerciales et l’évolution de la situation internationale ont abouti à la séparation des organismes civils et de défense. En France et suite aux revendications d’autonomie d’EDF, un service de contrôle et de sûreté est créé au sein du ministère de l’Industrie. Pour les installations de défense, des commissions de sûreté sont mises sur pied et présidées par le Délégué général pour l’armement et le Haut-commissaire à l’Energie atomique. Après les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl, les opinions publiques doutent des informations fournies par les autorités publiques et demandent une indépendance accrue des organismes de sûreté et, surtout, plus de transparence. En France, à la suite du rapport du député Jean-Yves Le Déaut, opposé au « ghetto du nucléaire militaire », des décisions sont prises en 2001-2002, notamment sur l’expertise nucléaire de défense et l’établissement d’une quinzaine de commissions d’informations pour les installations nucléaires intéressant la défense. En juin 2006, une loi codifie la sûreté nucléaire. Dans le domaine civil, elle instaure un Haut comité pour la transparence et l’information et la sécurité nucléaire… lequel est très sollicité depuis l’accident de Fukushima (2011). Cette loi rend obligatoire les commissions locales d’information, à l’initiative des conseils généraux des départements, pour le suivi et la concertation en matière de sûreté nucléaire. Enfin, elle crée une autorité administrative indépendante, dénommée Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont les cinq membres sont nommés par les présidents de la République, de l’Assemblée nationale et du Sénat. En matière d’expertise, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire fait circuler les retours d’expériences entre l’ASN et son pendant militaire, l’Autorité de sûreté nucléaire de défense (ASND), dans le respect de la confidentialité.

La dissuasion connaît un tournant en 1995. La France signe le traité d’interdiction complète des essais nucléaires, après une ultime campagne d’essais réels en Polynésie. Ensuite, des essais numériques en laboratoire simulent le fonctionnement des armes au moyen du Laser mégajoule (conditions thermodynamiques) et de l’Airix (accélérateur à induction pour la radiographie et l’imagerie X). Parallèlement, les moyens de la dissuasion sont réduits à la stricte suffisance, à savoir les composantes aérienne et océanique (voir encadré). La production de matières fissiles est arrêtée. Commencent alors le démantèlement et l’assainissement des usines de Pierrelatte et de Marcoule. Aujourd’hui, en temps de paix comme au titre des risques de malveillance et en interface avec les infrastructures à terre, l’ASND forme et entraîne des intervenants sur les systèmes militaires (voir encadré) à tous les stades du cycle des programmes et de vie : conception, réalisation, exploitation technique et démantèlement. Le mode de propulsion des sous-marins et du Charles-De-Gaulle est analogue au réacteur d’une centrale nucléaire. Mais en cas d’accident, le refroidissement du combustible à l’intérieur du bâtiment sera plus long que dans une piscine de centrale. En général, les sous-marins nucléaires d’attaque et lance-engins passent en carénage tous les dix ans. Depuis les années 1980, l’amélioration de leurs performances opérationnelles (détection et acoustique) a rendu préférable la mise au point de submersibles de la deuxième génération. Mais aujourd’hui, rien n’est décidé quant à la prolongation de la durée de vie de ces derniers ou leur remplacement par des unités de la troisième génération.

La coopération franco-britannique restera limitée en ce qui concerne la propulsion des sous-marins nucléaires, car cela touche au domaine stratégique de chaque Etat. Elle a été presqu’inexistante dans le domaine des armes nucléaires jusqu’au traité de défense et de sécurité de décembre 2010. En effet, un autre, signé à la même date et d’une durée de 50 ans, porte sur le partage d’installations destinées à tester les armes nucléaires, mais sans renoncer à l’indépendance des dissuasions nucléaires nationales. Les autorités de chaque Etat garantissent la confidentialité des modules de calcul pour la simulation effectués dans un laboratoire français, situé près de Dijon, et dans un centre de recherches qui sera ouvert dans le Sud-Est de l’Angleterre en 2014.

Loïc Salmon

Les installations et activités nucléaires du ministère de la Défense concernent la dissuasion. Celle-ci comporte une composante aérienne : armes, missiles ASMP-A, avions Rafale et bases aériennes de l’armée de l’Air (Istres, Saint-Dizier et Avord), armes, missiles ASMP-A et Rafale Marine embarqués sur le porte-avions Charles-De-Gaulle. La composante océanique inclut les armes et missiles M51 des sous-marins nucléaires lance-engins (SNLE) et la base de soutien de l’Ile Longue (Brest). S’y ajoutent les appareils de propulsion nucléaire des SNLE (Cherbourg et Brest), des sous-marins nucléaires d’attaque (Toulon) et du Charles-De-Gaulle (Toulon). Les laboratoires et usines de traitement des matières fissiles se trouvent à Marcoule, Pierrelatte et Valduc. Enfin, les anciens sites d’essais du Pacifique (atolls de Mururoa et Fangataufa) font l’objet de surveillances radiologique et géomécanique.




Obsèques nationales pour quatre tués en Afghanistan

Le 14 juin 2012, les obsèques nationales des quatre militaires français, victimes d’un attentat suicide le 9 juin en Afghanistan, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, de l’ensemble du gouvernement, de deux anciens présidents de la République, de la plupart des anciens Premiers ministres et des détachements de leurs unités.

Il s’agit de l’adjudant-chef Thierry Serrat, du maréchal des logis-chef Stéphane Prudhom, du maréchal des logis Pierre-Olivier Lumineau et du brigadier Yoann Marcillan. Deux de leurs interprètes afghans ont trouvé la mort lors de l’attentat, qui a fait cinq blessés français (trois gravement) et deux blessés civils afghans. Dans son éloge funèbre aux quatre militaires décédés, le président de la République François Hollande, chef des armées, a notamment déclaré : « Ils sont morts pour des valeurs justes et hautes, celles de la paix, celles de la liberté, celles de la démocratie, les valeurs de la France ». Après les avoir faits chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume, il s’est entretenu avec leurs familles présentes. Le retrait des forces combattantes françaises reste fixé à fin 2012. Depuis son engagement en Afghanistan en 2001, la France déplore 87 morts et environ 700 blessés. Selon l’Etat-major des armées, les quatre militaires effectuaient une mission de contact avec la population pour connaître ses besoins et ses sentiments. Ces missions, indispensables pour comprendre l’environnement opérationnel, ne sont pas suspendues, car elles permettent de déceler les menaces, participant ainsi à la sécurité des forces sur le terrain. Elles sont progressivement dévolues aux forces de sécurité afghanes. Enfin, il n’existe aucun moyen de se prémunir contre une attaque suicide.

L.S.




Crises : prévention et gestion en Ile-de-France

En cas de crises majeures hostiles, accidentelles ou naturelles, le Secrétariat général de la zone de défense et de sécurité de Paris (SGZDSP), rattaché à la Préfecture de police, doit informer le plus vite possible les autorités politiques et administratives et leur fournir les bonnes réponses avec un temps d’avance. Son chef d’état-major, le général Serge Garrigues, a expliqué comment faire face à ces crises, au cours d’une conférence organisée, le 20 mars 2012 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut de hautes de défense nationale.

Les crises sont diverses : terrorisme, soulèvement populaire, d’ordre sanitaire, intempéries et inondations. Les terroristes n’ont plus besoin des moyens lourds d’autrefois pour parvenir à leurs fins. Certains ont fait des études supérieures et donc acquis les mêmes démarches intellectuelles que ceux chargés de les dépister. Ils peuvent ainsi simplement faire planer des menaces de nature NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique). Un colis chargé d’explosif conventionnel crée la même panique qu’un véritable objet radioactif, s’il est présenté comme tel. Lors des Jeux Olympiques de Londres (27 juillet-12 août 2012), une partie des menaces risque de viser la France, dont certaines zones seront sécurisées. Les ingrédients d’une arme bactériologique sont accessibles sur internet, mais un plan gouvernemental prend en compte la réactivité des laboratoires. Les soulèvements populaires ne se produisent pas d’un seul coup et sont gérés par le préfet de zone. Les crises sanitaires (grippe aviaire par exemple) font l’objet de retours (médicaments et centres de vaccinations). Sur les 30.000 km d’autoroutes du pays, L’Etat ne gère que 900 Km, le reste étant du ressort d’opérateurs privés et de collectivités locales, les mairies étant responsables de l’hébergement des personnes bloquées par un enneigement soudain. L’Ile-de-France dispose de 60 déneigeuses, suffisantes pour faire face… à condition que trop de voitures ne bloquent pas la circulation ! Les leçons de la crue de la Seine de 1910 à Paris ont été tirées. Aujourd’hui, 80.000 personnes se retrouveraient les pieds dans l’eau et 5 millions d’autres subiraient des conséquences (électricité, télécommunications et déchets). Quelque 400 km d’échafaudages seraient installés dans les zones inondables. Environ deux millions de personnes resteraient chez elles… si les toilettes fonctionnaient et si les grands magasins restaient ouverts. L’eau potable serait fournie. Des norias de bateaux enlèveraient les déchets. ERDF (Electricité Réseau Distribution France) a déjà consolidé ses réseaux et mis en place 1.500 groupes électrogènes dans les endroits stratégiques, dont les hôpitaux. Toutefois, une planification d’évacuation de 250.000 personnes, dont 75 % partiraient d’elles-mêmes, est établie sur Lille, Rennes et Strasbourg. Les zones évacuées seraient sécurisées pour éviter les pillages. Dans tous les cas, le SGZDSP doit anticiper les débordements dans les départements voisins, d’autant plus que la couverture médiatique des événements aura un impact sur l’opinion publique et les autorités nationales.

L’action publique en Ile-de-France est exercée par l’Etat et les collectivités locales. L’état-major (75 personnes) du SGZDSP reçoit des informations des préfets des huit départements, par un réseau extranet sécurisé, et définit les priorités. Il faut réagir vite et bien, car si ça démarre mal… ça se passe mal. La réponse est globale. La police et les pompiers interviennent les premiers. Les hôpitaux déprogramment leurs opérations pour libérer 1.200 à 3.000 lits. Le plan de gestion de la circulation prévoit le blocage de certains axes pour envoyer au loin les blessés les moins graves. L’Etat a décentralisé les missions de service public et les capacités de financement. Les préfets élaborent les schémas directeurs, mais les moyens capacitaires sont payés par les conseils généraux. Pour le SGZDSP, il est essentiel que toutes les communes aient leur plan de sauvegarde. Les entreprises ne doivent plus attendre d’aide de l’Etat, sauf pour l’audit de leurs propres plans de continuité de leurs activités. Les sociétés étrangères, implantées en Ile-de-France, ont bien intégré ce fait et, si elles sont bien gérées, constatent que leur cotation en bourse remonte quand la validation de leur plan de sauvegarde est connue ! En cas de crise grave, le plan Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile) est déclenché. Sa planification repose sur quatre principes : sauvegarde de la population ; autonomisation des acteurs économiques et sociaux (audit inondation) ; permanence des services de secours et de police ; maintien des liaisons gouvernementales. Finalement, le dispositif du SGZDSP est une « boîte à outils », où l’état-major prend ce dont il a besoin. Par chance, les principales associations caritatives, dont la Protection civile, la Croix-Rouge et l’Ordre de Malte, disposent de personnels formés et encadrés.

Les opérateurs publics et privés sont preneurs d’informations, partagées grâce à l’extranet sécurisé. Le SGZDSP en a besoin pour sa planification, notamment pour l’alimentation, les télécommunications et l’approvisionnement en hydrocarbures. Cependant, les grands opérateurs ont perdu l’esprit public… et font payer un service maximal ! Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus assurer des plates-formes logistiques. Si trop de CRS et de gendarmes mobiles sont mis à contribution pour sécuriser les dépôts d’Ile-de-France, ils seront moins nombreux sur le terrain. Or, en cas de crise majeure, certaines équipes de fauteurs de troubles urbains n’attendent que ça. Ainsi, un mouvement social intense peut dégénérer et empêcher la mise en place du plan de sauvegarde. C’est notamment le cas pour les approvisionnements en hydrocarbures, quand les stations-services sont vidées de leurs réserves en quelques heures par des automobilistes et des chauffeurs de camions paniqués. Selon le SGZDSP, les Français ont perdu la culture du risque depuis la chute du mur de Berlin (1989), contrairement aux citoyens des pays asiatiques et anglo-saxons, mais sont capables de s’organiser dans l’urgence. Les réflexes se créent au fur et à mesure, alors qu’ils devraient s’acquérir… dès l’école !

Loïc Salmon

Les armées peuvent être amenées à participer, sous la direction des autorités civiles, à la gestion d’une crise majeure sur le territoire national : voir dans la rubrique « Archives » 25-4-2012, 26-10-2011 et 26-10-2011. Parmi les sept zones de défense de France, celle de la région parisienne est particulièrement sensible, car elle concentre des institutions et les sièges sociaux de grandes entreprises et des médias nationaux. Son activité économique représente 28 % du produit intérieur brut du pays. Sa population de 11,5 millions de personnes effectue 35 millions de déplacements par jour. Le terrorisme, qui a touché Paris en 1986, a pris de l’ampleur depuis le 11 septembre 2001 à New York (2.977 morts et 6.291 blessés) : 17 attentats dans le monde faisant 828 morts et 3.591 blessés, notamment à Londres et Madrid. La zone Ile-de-France peut compter sur 2.000 sapeurs pompiers, 18.000 médecins et 28.000 policiers, renforcés par les 600 militaires du plan Vigipirate.




Résilience : la survie de la collectivité nationale

En raison de leurs moyens, compétences et capacité à évoluer dans des environnements dégradés, les armées peuvent constituer des ressources pour la gestion de crises majeures sur le territoire national (actes de terrorisme, accidents industriels et catastrophes naturelles). Elles contribuent à la résilience de la nation, comme les réserves militaires et civiles.

Leur participation a fait l’objet d’un colloque organisé le 15 mars 2012, à l’Ecole militaire de Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), la Fondation pour la recherche stratégique et le Conseil supérieur de la réserve militaire.

L’Etat : d’après le vice-amiral d’escadre Richard Laborde, directeur de l’IHEDN et de l’Enseignement militaire supérieur, la Défense, première raison d’être de l’Etat, et la Sécurité nationale, dont dépendent la vie et la mort de la collectivité, fonctionnent en synergie. La résilience résulte de « la volonté de vivre ensemble, de faire face et de résister par la force des armes si nécessaire ».  Connaître le danger pour savoir le mesurer conduit à la résilience. L’esprit de défense, sur les plans individuel et collectif, a consisté à accepter et endurer la guerre jusqu’à la disparition de l’Union soviétique. Aujourd’hui, l’analyse des menaces porte sur la stratégie et les intentions de l’ennemi éventuel dans le cadre de l’Europe de la défense et aussi la prise en compte de l’évolution de la collectivité nationale : « que peut-on défendre, que veut-on défendre et contre qui ». La France dispose d’un outil militaire qui répond à ses ambitions sur le plan international. Cet outil apparaît comme un modèle à forte résilience : ouverture, disponibilité, force morale et discipline. La dimension morale de l’usage de la force joue un rôle moteur dans la politique internationale, « dans l’observation stricte des lois de la guerre ». Il convient de comprendre la situation internationale pour se donner les moyens d’agir, d’inscrire l’effort dans la durée (lois de programmation militaire depuis 1960) et d’expliquer pour susciter l’adhésion de la nation. « Aucune politique n’a de sens sans consentement national ». Pour le préfet Yann Jounot, chargé de la protection et de la sécurité de l’Etat au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), « la résilience consiste à résister, surmonter et rétablir ». Une approche globale et simultanée des risques et menaces implique les mêmes types de préparation, qui se traduisent par un guide pour l’action en termes de sécurité globale. Un dispositif existe au niveau du Premier ministre et avec l’ensemble des ministères. La capacité à comprendre ce qui se passe se met au service d’une stratégie de réponse aux niveaux de l’Etat, du territoire (coordination départementale) et de l’environnement européen, condition d’efficacité internationale. D’abord, il y a le plan gouvernemental, outil de planification, guide pour la stratégie d’action sur le terrain, support de la gestion politique des crises et prise en compte du retour d’expérience. Les professionnels de la gestion de crises y sont associés. Par ailleurs, il convient de connaître les capacités des organisations publiques et privées à tenir dans la durée (économie, transport et santé) et celles des collectivités locales à continuer leurs activités. Les sites internet gouvernementaux communiquent sur la connaissance des risques et menaces pour faciliter leur compréhension par les citoyens. Selon le préfet Jounot, la communication doit être accrue et apporter des réponses précises : comportement des citoyens, association des collectivités locales à la planification et participation à des colloques et séminaires.

Les armées : la résilience est plus longue que la simple gestion des crises, estime le colonel (Terre) Patrick Chanliau, officier « Projets » du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations. «  C’est un cycle à quatre-temps :  la préparation, résister, se rétablir et consolider ». Lorsque la crise est jugulée, il faut dresser rapidement un état des lieux et reconstruire, surtout les esprits pour ne pas affecter la volonté de résister à l’événement. Il convient pour tous de ne pas céder à la panique et de garder confiance en soi. Par leur capacité à agir en situation dégradée, les armées inspirent confiance et maintiennent la cohésion nationale, sans laquelle il ne peut y avoir de résilience.  La réponse se trouve dans la solidité des acteurs, la capacité d’agir de manière décentralisée et la solidité technique (réseaux informatiques). Par rapport à la société, les armées ont un rôle à jouer : éduquer en suscitant la conscience raisonnée de la menace (continuité de l’histoire du pays et de ses intérêts) ; informer sur ce qu’il convient de faire (code des sirènes, aujourd’hui méconnu) ; impliquer la réserve ; éviter les initiatives malheureuses et les rumeurs déstabilisantes. Le retour d’expérience doit se faire à chaud et sans complaisance pour en tirer des enseignements. Enfin, il faut intégrer la nécessité de se préparer à la crise future et ajuster les comportements individuels et collectifs.

La réserve : permet à l’Etat de monter en puissance de façons quantitative et qualitative (voir rubrique « Archives » 14-3-2012). Le général d’armée (Gendarmerie) Marc Watin-Augouard, inspecteur général des armées, explique la particularité du réserviste citoyen, qui reste dans son entreprise ou sa collectivité. Il correspond à la notion de poste-clé entre les acteurs de terrain, civils et militaires. La réserve permet d’ajuster l’offre de sécurité et de défense. La réserve citoyenne constitue une résilience territoriale capable de jouer en réseaux maillés. « Il faut 50.000 réservistes, hommes et femmes de toutes conditions. Dans une situation et un lieu géographique donnés, ils peuvent donner de la rassurance », déclare le général Watin-Augouard, qui recommande aux jeunes retraités militaires d’animer ces réseaux citoyens. Enfin, Jean-François Daguzan de la Fondation pour la recherche stratégique conclut : « La résilience est possible quand le citoyen sait qui il est et ce qu’il doit faire ».

Loïc Salmon

Selon le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale (2008),  « la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou à tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière. (…) C’est en effet un devoir pour l’État de se préparer à répondre aux situations dans lesquelles pourraient être mis en cause la vie de la population ou le fonctionnement régulier de la vie économique, sociale ou institutionnelle du pays. Cela suppose une organisation des pouvoirs publics, conçue dès le temps de paix pour prendre en compte les hypothèses du temps de crise, et l’établissement de priorités dans les capacités de renseignement, d’analyse et de décision. La résilience suppose aussi d’organiser la coopération entre l’État et les collectivités territoriales, pour la complémentarité des moyens, et entre l’État et les entreprises privées dans les secteurs stratégiques (énergie, communication, santé, alimentation) ».




Exotic 2012 : premier exercice de SIC en Retex d’Harmattan

Jusqu’au 25 juin 2012, la Marine nationale et les armées de Terre et de l’Air participent à « Exotic 2012 », premier exercice interarmées de systèmes d’informations et de communications (SIC) qui prend en compte le retour d’expériences (Retex) de l’opération « Harmattan » (Libye, 2011). En préparation depuis le 7 mai, Exotic 2012 (11-25 juin) met en œuvre, sur le plateau de Satory (région parisienne), des architectures de télécommunications pour simuler un déploiement installé sur les sites italiens de Poggio Renatico et de Sigonella. Il vise notamment à améliorer les performances des réseaux SIC, à identifier les systèmes peu satisfaisants en double bonds satellitaires et à proposer des axes d’évolution. L’exercice est conduit par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense. Créée le 31 décembre 2003, celle-ci emploie 11.000 personnes sur le territoire métropolitain et en outre-mer et couvre tous les réseaux de communications (internet, téléphone etc.), la sécurité des systèmes d’information, la gestion des fréquences et le soutien des réseaux des forces nucléaires stratégiques. Elle assure la mise en œuvre et le soutien des SIC opérationnels des forces prépositionnées outre-mer et à l’étranger et de celles déployées en opérations extérieures.

L.S.




OTAN : sommet de Chicago

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’OTAN ont fait le point sur la situation en Afghanistan et dans les autres théâtres. En outre, ils ont pris des décisions sur les capacités nécessaires à la défense collective, la gestion des crises et la sécurité coopérative, lors du sommet qui s’est tenu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. Des communiqués communs ont recensé leurs décisions et objectifs d’ici à 2020.

Pour l’Afghanistan, ils ont rappelé que la responsabilité totale de la sécurité sera transférée de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) aux forces de sécurité nationales afghanes (ANSF) d’ici à la fin 2014. Courant 2013, la mission de la FIAS évoluera du combat à la formation, au conseil et à l’assistance. Après 2014 et à la demande du gouvernement afghan, l’OTAN apportera un soutien politique et conseillera les ANSF, y compris les forces spéciales, mais « ce ne sera pas une mission de combat ». Les mécanismes de financement seront basés sur la flexibilité, la transparence, l’obligation de rendre compte et le rapport coût/efficacité, avec des mesures anti-corruption.

Les autres théâtres ont été évoqués. La capacité de la KFOR au Kosovo sera maintenue pour, notamment, soutenir la mission « Etat de droit » menée par l’Union européenne (UE). Les enseignements tirés de l’intervention en Libye, menée sous mandat de l’ONU et avec le soutien de la Ligue des Etats arabes, seront intégrés dans les plans de l’OTAN. La lutte contre la piraterie au large de la corne de l’Afrique a été prolongée jusqu’à la fin 2014, en coopération avec l’UE (opération « Atalante »). A la demande de l’Union africaine (UA), son soutien à sa mission en Somalie (AMISOM) est poursuivi dans les domaines des transports maritime et aérien stratégiques et le développement des capacités de la future force africaine de l’UA. L’opération maritime « Active Endeavour » contre le terrorisme est maintenue. En coopération avec l’ONU, l’OTAN entend faire appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la protection des femmes et des enfants dans les situations de conflit, où ils font l’objet de recrutement, de violences sexuelles et d’attaques ciblées. L’OTAN continue de collaborer avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans la prévention et la résolution des conflits, le relèvement de pays affectés par un conflit et la réponse aux nouvelles menaces de sécurité aux niveaux politique et opérationnel. Les négociations se poursuivent avec la Macédoine, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Géorgie en vue de leur adhésion à l’OTAN. La coopération avec la Russie porte sur : les arrangements de transit dans les deux sens pour la FIAS en Afghanistan ; l’affectation de fonds à la maintenance des hélicoptères des ANSF ; la formation conjointe de personnels de lutte contre la drogue venus d’Afghanistan, d’Asie centrale et du Pakistan ; la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime ; l’échange d’informations sur les capacités de défense antimissiles.

Les capacités atteintes et à réaliser à l’horizon 2020 ont été définies à la suite de l’adoption d’un nouveau concept stratégique, lors du sommet de Lisbonne (19-20/11/2010). Face à la prolifération des missiles balistiques, la capacité intérimaire de défense antimissiles est considérée comme une première étape de la mise en place d’un système de défense antimissiles de l’OTAN pour protéger le territoire, la population et les forces de tous les pays européens membres. Cela implique un partage équitable des risques et charges, compte tenu du niveau de la menace, de la capacité de soutien financier et de la faisabilité technique. Un système allié de surveillance terrestre, très sophistiqué, est en cours de déploiement. Plusieurs pays alliés (non cités) ont lancé une initiative de grande ampleur visant à améliorer le renseignement, la surveillance et la reconnaissance interarmées. La mission de police du ciel dans les Etats baltes est prolongée.

A l’horizon 2020, les  forces de l’OTAN devront être étroitement interconnectées, équipées, formées, entraînées et commandées, afin d’agir ensemble et avec des partenaires dans n’importe quel environnement. La coopération existe déjà dans le transport aérien stratégique et les systèmes aéroportés de détection et de contrôle. Il convient de maintenir une industrie européenne de défense forte et de faire le meilleur usage du potentiel de coopération industrielle entre Alliés pour la mise en place des capacités nécessaires à une « défense intelligente » (« smart defence » en  anglais). Celle-ci repose notamment sur des projets multinationaux pour améliorer la protection des forces, la surveillance et l’entraînement, en vue d’une plus grande efficacité opérationnelle, d’économies d’échelle et d’une interconnexion plus étroite. L’OTAN et l’UE feront en sorte que l’initiative de défense intelligente de l’Alliance atlantique et l’initiative de défense européenne de mutualisation et de partage se complètent et se renforcent mutuellement. Les efforts de l’UE ont été reconnus en matière de ravitaillement en vol, soutien médical, surveillance maritime et formation. L’importance des connexions entre les forces des Etats membres et d’autres pays partenaires (pays européens non membres et pays arabes) a été démontrée lors de la  phase aérienne de l’intervention en Libye en 2011. En outre, les pays membres de l’OTAN vont renforcer la coopération entre leurs forces spéciales, notamment par l’intermédiaire de l’Etat-major des opérations spéciales de l’OTAN. Enfin, la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN sera améliorée par une utilisation plus intensive de sa Force de réaction.

Loïc Salmon

En Afghanistan, « notre mission en termes d’action et de combat est terminée », a déclaré le président de la République François Hollande, au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’OTAN à Chicago le 21 mai. Il a rappelé que la France déplore 83 militaires tués et de nombreux blessés depuis 2001. Les troupes combattantes, soit la majeure partie des 3.400 militaires déployés, auront quitté le pays d’ici au 31 décembre 2012. Ensuite, des personnels participeront à la formation de la police et de l’encadrement de l’armée afghane et procéderont au rapatriement du matériel via l’Ouzbékistan et le Pakistan, une fois obtenus les accords de transit. Après 2014 et conformément au traité franco-afghan signé en janvier et qui doit être ratifié à l’automne, la France apportera « un soutien civil à l’accès au développement, à l’éducation, à la santé et à l’émancipation des femmes », a précisé le président. Enfin, il a estimé avoir reçu les garanties nécessaires pour adhérer à la défense antimissiles balistiques, autre dossier important du sommet de l’OTAN.