Mali : obsèques nationales pour le premier tué de l’opération Serval

Le 15 janvier 2013 aux Invalides (Paris), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présidé la cérémonie d’hommage national au lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé le 11 janvier lors du déclenchement de l’opération « Serval » au Mali. Le lieutenant Boiteux, chef de bord d’un hélicoptère de combat au 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de l’armée de Terre, a été promu au grade supérieur et fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume. Le même jour, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué à la presse le pourquoi et le comment de l’opération Serval, lancée moins de cinq heures après l’ordre du président de la République, François Hollande, à la suite de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. « Le Mali, dit-il,  fait face à une « agression caractérisée, organisée et coordonnée » du mouvement islamiste Ansar Eddine et des groupes terroristes Aqmi et Mujao. Selon le ministre, ceux-ci avaient déployé dans le nord du pays environ 200 véhicules et 1.200 combattants pour s’emparer de la capitale Bamako et anéantir l’armée malienne avant l’intervention de la force internationale de soutien au Mali (Misma) et la mission européenne de formation militaire (UTM Mali). La réaction militaire française poursuit trois objectifs : arrêter l’offensive des mouvements terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien ; préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali ; faciliter la mise en œuvre des décisions internationales et en accélérer le tempo pour les forces africaines et européennes. Pour cela, les forces françaises doivent remplir quatre missions : aider les forces maliennes à arrêter la progression de l’adversaire vers le sud par des frappes aériennes (avions et hélicoptères) et le déploiement d’éléments terrestres ;  frapper dans la profondeur (actions aériennes) les bases arrière adverses pour empêcher toute nouvelle offensive ; envoyer un signal fort de soutien au gouvernement malien de transition et assurer la sécurité des ressortissants français et européens ; préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention de la Misma (commandée par un général nigérian) et de l’UTM Mali. Au 15 janvier, l’opération Serval avait déjà mobilisé 1.700 militaires dont 800 au sol, des avions Atlantique (renseignement et guidage de frappe), 12 avions de chasse (Rafale et Mirage 2000), 5 avions ravitailleurs et 5 avions de transport tactique (C-130 et C-160). Le dispositif au sol, qui compte une cinquantaine de véhicules blindés, devrait monter en puissance, a indiqué le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, présent à la conférence de presse. Enfin, le ministre, qui a reçu des offres d’assistance des pays européens et du Canada (transport et soutien santé) et aussi des Etats-Unis (renseignement et logistique), a souligné « qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de la mission européenne de formation ».

Loïc Salmon




Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

L’armée de Terre dispose d’un « Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine » (Cenzub), unique en Europe. Le 28 novembre 2012 au camp de Sissonne (Aisne), elle a organisé une démonstration dynamique devant la presse et des parlementaires des commissions de Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) a mis en œuvre drones, hélicoptères, blindés légers et lourds, mortiers et fantassins et pris d’assaut une zone urbaine représentant une ville de 5.000 habitants. Le SGTIA, commandé par un capitaine, regroupe près de 200 hommes et 30 blindés et peut faire appel aux hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Le Cenzub peut accueillir, en même temps et pendant deux semaines, deux SGTIA qui mettent en pratique les spécificités de ce type de combat. La formation dispensée s’enrichit des retours d’expériences des armées françaises et alliées sur les théâtres d’opérations extérieurs en milieu urbain avec ses menaces spécifiques, dont les engins explosifs improvisés et attaques-suicides. En outre, les types d’engagement les plus probables sont étudiés. Les stagiaires s’entraînent au combat en espace confiné (distances d’engagement de 0 à 100 m, milieu très cloisonné, pièces fermées et zones obscures) et en zone habitée (impacts juridique et d’influence). Ils apprennent à réduire au maximum les pertes dans ce type de combat particulièrement meurtrier. Le Cenzub, où viennent déjà s’entraîner les armées allemande et britannique, doit accueillir un SGTIA des Emirats arabes unis en mai 2013.

Loïc Salmon




La Légion étrangère : qualité, commandement et formation

Troupe d’étrangers au service de la France, la « Légion » est commandée par des officiers français, garants des valeurs de la République. Son aura résulte d’un fort esprit de corps et d’une efficacité indéniable, forgés et entretenus depuis 1831.

Les particularités de la Légion étrangère ont été présentées par son chef, le général de brigade Christophe de Saint Chamas, au cours d’une rencontre au fort de Nogent (banlieue parisienne) organisée le 23 novembre 2012 par l’Association des journalistes de défense.

L’unité de la Légion. Quand la Légion défile le 14 juillet à Paris, elle marche d’un pas plus lent (88 pas/minute) que les autres détachements (120 pas/minute) et ne se sépare pas en deux rangs de chaque côté de la tribune présidentielle… pour symboliser sa particularité et son unité. Sur ses drapeaux et étendards, le mot « Honneur » n’est pas suivi de « Patrie », comme dans les autres unités françaises, mais de « Fidélité », vertu que les officiers doivent faire acquérir à leurs subordonnés. En 1961, après le putsch militaire en Algérie, auquel ont participé des unités de la Légion, rappelle le général de Saint Chamas, seuls les officiers ont été condamnés. Les légionnaires, qui avaient exécuté les ordres de leurs chefs, n’ont pas été punis. Aujourd’hui, quotidiennement, les officiers luttent contre la tendance au communautarisme de ressortissants de 150 nationalités différentes en pratiquant l’amalgame. Après l’apprentissage du français pendant les quatre mois de formation initiale, les gens de même origine sont dispersés. Le rugby participe de cette logique avec succès. Par ailleurs, en raison de l’excellence de ses joueurs dans le Tournoi des six nations, l’hymne de la Légion est souvent chanté en dernier. Celle-ci compte 13 % de Français et  87 % d’étrangers : 25 % viennent d’Europe centrale et balkanique, 19 % du monde slave et d’Asie du Nord, 14 % du monde occidental (Amérique du Nord, Europe, Nouvelle Zélande et Australie), 11 % d’Asie du Sud, 8 % d’Amérique latine, 7 % d’Afrique et 3 % du monde arabe. Les francophones (20 % du total) participent à l’enseignement indispensable de la langue. Cependant, quoique légionnaires, ces soldats de la « deuxième chance » restent instables et fragiles. De plus, ils conçoivent leur relation avec la femme en fonction de leur culture d’origine. En conséquence et pour éviter une source supplémentaire de déstabilisation, le recrutement d’étrangers n’est pas ouvert aux femmes. Toutefois, en caserne, la féminisation existe parmi les sous-officiers pour conserver l’équilibre. Mais, seuls les hommes partent en opérations extérieures. Le taux d’encadrement est d’un sous-officier pour trois soldats pour assurer la cohésion de l’institution. En outre, 10 % des officiers servant à la Légion le sont à titre étranger et donc issus du rang légionnaire.

Le légionnaire. Les candidats s’engagent au titre de la Légion et non d’un régiment ou d’une spécialité. Leur affectation dépend des besoins. En 2011, 800 ont été retenus…  sur 10.000 postulants ! Ils ont 23 ans en moyenne avec une expérience militaire ou professionnelle. Ils sont recrutés sous leur identité réelle ou une identité militaire « déclarée ». Toutefois, la Légion n’accepte que ceux dont le passé est connu et vérifié. Cela n’exclut pas, pour certains, de se trouver mêlé à un fait divers par la suite. « Quand on dit du bien de la Légion, ça lui fait du bien, quand on dit du mal d’elle, ça ne fait pas de mal car, pour le légionnaire, c’est normal, indique le général de Saint Chamas, mais on fait tout pour éviter les dysfonctionnements ». Délégué du chef d’état-major de l’armée de Terre, il a déjà été affecté à la Légion à trois reprises (1984, 1995 et 2003-2005). Selon lui, le fait d’être puni par un supérieur qui le connaît a un impact très fort sur le légionnaire. Le mot « Légion » exerce une véritable fascination : « Si on fait une bêtise, la Légion est un peu ternie ». Mais, si tout se passe bien, un légionnaire étranger peut demander sa naturalisation à partir de trois ans de service. S’il a été blessé au combat, la loi de 1999 sur « le sang versé » lui assure une procédure rapide et un droit, auquel personne ne peut s’opposer, même si son comportement a été discutable. Par ailleurs, le principe de recrutement à titre étranger autorise également un candidat français à postuler pour la Légion. Souvent, il se déclare « belge ».

Les traditions. La marche de la Légion est rythmée par une musique aussi célèbre que son refrain sur le « boudin  pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains », mais pas « pour les Belges ». En fait, le mot « boudin » correspondrait, à l’origine, au rouleau de la toile de tente fixé sur le sac. La musique a été composée à l’occasion de l’expédition du Mexique en 1863. Les paroles de la chanson, qui font référence au boudin de charcuterie, remonteraient à la guerre entre la France et la Prusse en 1870. Le Roi des Belges avait en effet demandé à ses sujets de ne pas combattre dans l’armée française, afin que la Belgique ne soit pas considérée comme partie prenante dans le conflit. Ensuite et jusqu’en 1914, des Alsaciens et des Lorrains se sont engagés dans la Légion étrangère pour ne pas servir dans l’armée allemande. Aujourd’hui, lors de l’apéritif dans les casernes, le boudin est servi en canapé avec du vin blanc ou rouge provenant du Domaine Capitaine Danjou (le héros de Camerone, 1863) appartenant à l’Institution des Invalides de la Légion étrangère à Puyloubier (Bouches-du-Rhône). Outre le souvenir de Camerone (30 avril), la Légion célèbre la fête nationale et Noël. Selon le général de Saint Chamas, le 14 juillet constitue l’accueil du légionnaire par la Nation : « Les Français comprennent ma démarche, m’accueillent et me reconnaissent ». Par contre, à Noël, le jeune recruté « doit se sentir accueilli par la famille légionnaire ».

Loïc Salmon

Camerone : la main du capitaine Danjou, « relique » de la Légion

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

La Légion étrangère représente 7 % des effectifs de l’armée de Terre. Elle compte 7.300 hommes, répartis dans une unité de commandement et onze régiments ou unités. Les huit régiments stationnés en métropole, placés pour emploi auprès du Commandement des forces terrestres, sont régulièrement engagés en opérations extérieures, missions intérieures (plan Vigipirate notamment) et missions de courte durée (quatre mois). Trois appartiennent à la 6ème Brigade légère blindée (cavalerie, génie et infanterie). Un régiment est intégré à la 11ème Brigade parachutiste et un autre à la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. Trois unités sont stationnées outre-mer et à l’étranger : le 3ème Régiment étranger d’infanterie à Kourou (Guyane), le Détachement de la Légion étrangère de Mayotte et la 13ème Demi-brigade de Légion étrangère à Abou Dhabi (Emirats arabes unis). L’état-major de la Légion se trouve à Aubagne, auquel sont rattachées trois unités : administration centrale (Aubagne) ; instruction et formation (Castelnaudary) ; recrutement (Fontenay-sous-Bois).




Afghanistan : la Task Force La Fayette s’en va

« Il est temps de partir. Il est temps de passer la main aux forces armées et de sécurité afghanes », a déclaré le général Eric Hautecloque-Raysz, commandant la Task Force La Fayette (TLFL) depuis avril 2012, Au cours d’une visioconférence le 14 novembre 2012 entre Kaboul et le ministère de la Défense à Paris, il a dressé le bilan de son mandat, marqué notamment par la visite du président de la République François Hollande (25 mai), les transferts de la sécurité des provinces de Surobi (12 avril) et Kapisa (4 juillet), les départs des bases de Tora (31 juillet) et Tagab (30 septembre). Les séjours des militaires français varient désormais de 3 à 8 mois. Entre le 3 juin (ordre de désengagement) et le 30 septembre (sortie de la zone la plus exposée), la TLFL a réalisé 224 opérations et 47 convois de désengagement. Le général Hautecloque-Raysz estime que l’armée nationale afghane, capable d’une grande résilience, a accompli « un effort majeur » pour sensibiliser la population et les forces de sécurité afghanes à la menace des engins explosifs improvisés. Ses chefs tentent d’éviter les pertes collatérales civiles et de protéger leurs soldats. Selon le général, les 7.500 militaires et policiers afghans déployés en Kapisa et Surobi ont les moyens de les sécuriser : planification  d’état-major autonome, maillage policier complet et coordination aux niveaux provincial et de district. Les insurgés, évalués à 450 à 600 talibans, sont devenus minoritaires et ne seront bientôt plus protégés par la verdure en raison de l’approche de l’hiver, particulièrement rigoureux en Afghanistan. Au 12 novembre, la TFLF comptait encore 2.200 militaires et le bilan de son retrait s’établissait à 164 vols, 4 navires affrétés et plus de 500 matériels roulants et 400 conteneurs. Le désengagement se déroule conformément au calendrier (voir rubrique « Archives » : « Afghanistan, retrait des troupes combattantes en bon ordre » 5-9-2012).

Loïc Salmon

 




La sécurisation des océans : un impératif mondial

L’avenir du monde dépend des océans, dont la conquête raisonnée de leurs ressources est un enjeu politique, économique, social et sécuritaire majeur. La liberté de circulation et d’exploitation des mers, de plus en plus menacée, repose sur la surveillance et le contrôle que peuvent exercer les Etats.

C’est ce qu’ont expliqué trois présidents-directeurs généraux d’entreprises en rapport avec la mer, au cours d’une table ronde tenue le 24 octobre 2012 au salon Euronaval 2012 du Bourget (banlieue parisienne) : Patrick Boissier (DCNS, armement naval), Philippe Louis-Dreyfus (Louis-Dreyfus Armateurs, transport maritime) et Jean-Michel Malcor (CGG Veritas, recherche sismique). Avec 11 Mkm2, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive (ZEE) du monde après les Etats-Unis.

Les vulnérabilités. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer limite à 12 milles (22 km) les eaux territoriales, où un pays riverain exerce sa pleine souveraineté. Or, la course aux ressources maritimes, à l’origine de compétitions acharnées, se répercute sur la délimitation des ZEE qui marque une tendance à la « territorialisation » des mers jusqu’à  200 milles (370 km) au large, déjà source de tensions en mer de Chine (Chine, Japon, Taïwan, Viet Nam, Malaisie, Brunei et Philippines), dans l’océan Arctique (Russie, Canada et Etats-Unis) et en Méditerranée orientale (Chypre, Turquie et Grèce). Les routes maritimes, de plus en plus denses, deviennent aussi des lieux de tensions, surtout dans les détroits et zones côtières, où se produisent  des modes d’actions « asymétriques ». Un Etat doté de moyens militaires technologiquement avancés peut être gêné par les attaques d’un adversaire beaucoup moins armé et parfois difficile à identifier avec certitude. Des dispositifs étatiques de contrôle des activités en mer se mettent en place, mais l’immensité des océans ne permet pas de les maîtriser à distance. « Les radars et les caméras de surveillance n’ont jamais rendu inutiles les gendarmes et les policiers armés », souligne Patrick Boissier. La piraterie remet en cause la sécurité des personnes et des biens et va causer de graves difficultés économiques à terme, estime Philippe Louis-Dreyfus. Elle change quantitativement (actes de plus en plus nombreux) et qualitativement (nouvelles filières économiques) en océan Indien et bientôt à proximité de l’Amérique du Sud. Certains bâtiments, lents et peu manœuvrants en raison même de leurs activités, deviennent des proies idéales : bateaux de pêche et navires de recherche sismique pour la prospection pétrolière en mer dans des fonds supérieurs à 3.000 m, secteur en pleine croissance. Les pirates sont de plus en plus audacieux et capables d’agir à grande distance. Ainsi, des pirates somaliens ont capturé un roulier thaïlandais, qui leur a servi de « navire-mère » pour attaquer des navires civils au large de l’Inde. Les navires de recherche sismique sont particulièrement tentants pour les pirates, en raison de la valeur de leurs équipements, qui peuvent se revendre sur le marché international, et de leurs équipages pléthoriques, qui constituent autant d’otages potentiels et donc de rançons. En effet, un navire de recherche sismique navigue à 5 nœuds (9 km/h) et tire une ou plusieurs « flûtes (câbles) sismiques » (coût unitaire 30 M$ ou environ 23 M€) longues chacune d’environ 1 km, à 10 km du navire et jusqu’à 3 km de profondeur. En outre, il embarque un équipage de 50 à 60 personnes (personnel scientifique compris). Accompagné d’une unité de soutien, il est en service 24h sur 24 pendant environ 340 jours/an. Son exploitation coûte de 150.000 à 250.000 $/jour (monnaie de référence dans le domaine maritime civil). Sa capture par des pirates, d’une durée plus ou moins longue jusqu’à sa libération à l’issue de négociations laborieuses avec ou sans intervention  militaire, entraînerait des pertes financières considérables pour son opérateur. Par ailleurs, selon Jean-Michel Malcor, les contraintes techniques d’exploitation d’un navire de recherche sismique pose la question de sa sécurité (arraisonnement éventuel) dans une zone frontalière litigieuse, comme en mer de Chine (Chine/Viet Nam). S’y ajoute la complexité du cadre légal de recherche : « Nous avons des permis de prospection délivrés par les Etats, mais qui peuvent varier d’un Etat à l’autre ». Tout cela constitue des entraves à la liberté d’exploitation des océans, qu’il convient de sécuriser.

La puissance maritime. Face à la piraterie, certaines compagnies maritimes et des opérateurs de plates-formes de production pétrolière en mer recourent à des sociétés militaires privées. Philippe Louis-Dreyfus estime que cette protection doit rester du ressort de l’Etat. « Ces équipes embarquées, qui n’ont pas toujours la qualification nécessaire, devraient être certifiées, dit-il, ou composées d’anciens militaires habilités à assurer la sécurité de nos navires ». Il recommande que des décisions en ce sens soient prises de concert dans les instances internationales. Par ailleurs, la haute mer constitue un théâtre de manœuvre des forces aéromaritimes et sous-marines. La Marine de guerre a toujours été considérée comme un instrument de puissance et de pouvoir, attributs majeur du statut international d’un Etat dans le cadre d’une stratégie à long terme. L’appropriation des espaces maritimes ne peut être l’objet ultime d’une politique, estime Patrick Boissier, mais leur contrôle constitue une condition indispensable de la puissance. Tous les pays émergents l’ont bien compris et se dotent d’une Marine de haute mer pour défendre leurs intérêts. Eux et même leurs voisins engagent d’importants programmes d’extension ou de renouvellement de leurs flottes militaires, alors que les nations européennes ne parviennent pas à définir une politique maritime ambitieuse. La voie maritime et le statut de la haute mer, ouverte à tous, facilitent l’entrée de bâtiments militaires sur un théâtre de crise. « Les stratèges, souligne Patrick Boissier, s’orientent  de plus en plus vers des actions de la mer vers la terre, qui mettent en avant les forces aéronavales interarmées sous mandat international et donnent une résonnance nouvelle à la notion de pré-positionnement ».

Loïc Salmon

Les zones de production sont installées de préférence sur des voies navigables ou à proximité du littoral maritime, où se concentre la majorité de la population mondiale. Les océans recèlent des ressources considérables déjà exploitées : pétrole, gaz, énergie éolienne, pêche et aquaculture. Demain, s’y ajouteront l’énergie hydrolienne, les minerais, les terres rares et les médicaments et, dans un avenir plus lointain, l’énergie thermique et la biomasse. Aujourd’hui, ces activités représentent une valeur ajoutée de 1.500 Md€ par an dans le monde, soit le deuxième secteur économique après l’agroalimentaire. Pourtant, les activités maritimes sont affectées par les conflits des eaux frontalières et surtout par la piraterie (voit revue téléchargeable de  mars 2011 p.9-16).




L’Europe de la défense pour faire face aux crises

L’ambition collective (27 membres) d’une Europe de la défense apparaît nécessaire dans un monde de risques et de menaces globaux et de plus en plus interconnectés. Telle est la conviction  du général d’armée aérienne Patrick de Rousiers, président du comité militaire de l’Union européenne désigné le 23 janvier (voir rubrique Archives  : « Union européenne, un Français à la tête du Comité militaire » 1-02-2012). Lors d’une conférence de presse le 25 octobre 2012 à Paris, il s’est présenté comme « catalyseur de consensus entre les 27 », porte-parole des différents chefs d’état-major des armées et conseiller de la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton. Son rôle consiste à apporter une expertise militaire au Service européen pour l’action extérieure au moyen d’une planification générale (risques, enjeux et ce qui est possible ou pas) et opérationnelle (désignation du commandant de théâtre et définition des règles d’ouverture du feu). Selon le général, il s’agit d’engager tout le monde, même les pays qui ne sont pas présents sur le terrain. Cela prend de deux jours (Géorgie, 2008) à six mois (piraterie au large de la Somalie, 2008). Sont considérés comme des réussite européennes : le Commandement du transport aérien européen (convergence capacitaire) et les actions communes au Tchad (2007-2009) et en Somalie (mission de formation de forces de sécurité lancée en 2010). Mais, il n’y a aucune volonté de créer une armée européenne, a rappelé le général. Les accords dits « Berlin plus » (Washington, 1999 et Nice 2000) permettent à l’Union européenne de faire appel aux moyens et capacités de l’OTAN en cas de crise, mais sans engager militairement l’Alliance : planification, état-major, commandement et conduite (informations) et enfin détection aéroportée (avions AWACS). Toutefois, leur application dépend de l’approbation de l’Union européenne et… de celle de l’OTAN ! Faute de cette dernière, explique Patrick de Rousiers, seul le développement de l’Europe de la défense permettra de se doter des procédures communes d’engagement. Enfin, a déclaré le général, « je m’attacherai à trouver le compromis juste »  en ce qui concerne la détermination des projets capacitaires à mener à bien au sein de l’Agence européenne de défense (Archives : « AED, vision stratégique, recherche et technologie » 15-8-2012).

Loïc Salmon




Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

L’avenir et la sécurité des nations se jouent en mer, où se déploient leurs capacités militaires. Les océans, qui rapprochent des pays autrefois lointains, entraînent une distorsion et un rétrécissement de l’espace géopolitique en abolissant la majeure partie des frontières et en offrant un accès direct à la plupart des zones sensibles.

Telle est l’opinion du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, exprimée le 23 octobre 2012 au Bourget (banlieue parisienne), lors de l’inauguration du salon d’armement naval Euronaval 2012.

L’industrie navale militaire. Les choix politiques et stratégique concernant la Marine nationale seront poursuivis, a précisé le ministre. Ils portent sur : onze frégates européennes multimissions (FREMM), déjà commandées ; le programme « Barracuda », destiné à remplacer les sous-marins nucléaires d’attaque de type Rubis ; le missile de croisière naval qui permettra de renforcer la frappe de précision dans la profondeur ; les torpilles ; la version navale de l’hélicoptère NH90 (Caïman). Seront également construits des bâtiments de projection et de commandement, des patrouilleurs et aussi des bâtiments côtiers chargés de la surveillance et de la lutte contre toutes sortes d’intrusions et  de trafics. Le ministre entend encourager l’innovation pour détecter les ruptures, qui pourraient changer la donne, et rester en capacité de fournir le bâtiment le plus polyvalent et le mieux intégré, en tenant compte des meilleures conditions économiques. Dans ce contexte, il a rendu hommage à deux types d’acteurs de la filière navale : les systémiers, seuls capables de maîtriser la complexité croissante de la mise en œuvre de nouveaux équipements ; les petites et moyennes entreprises, porteuses d’innovations technologiques, qui devront  être mieux intégrées dans l’ensemble du « process » (ensemble des étapes ou transformations nécessaires à la fabrication d’un produit) lancé par le ministère de la Défense ou les grands groupes. La filière navale française, longtemps morcelée, associe désormais les secteurs civil et militaire dans une nouvelle ambition maritime. Cette logique, qui mérite d’être davantage accompagnée, a souligné le ministre, consiste à encourager le rapprochement des acteurs scientifiques, académiques et étatiques, des régions, des industriels et des petites et grandes entreprises « dans une stratégie globale d’affirmation de souveraineté maritime et d’affirmation de compétences ».

Exportation et coopération. L’industrie navale militaire est le premier secteur de défense à l’exportation pour plusieurs raisons, selon Jean-Yves Le Drian. Sa réussite, tient notamment aux partenariats stratégiques à long terme établis avec le Brésil et l’Inde, qui bénéficient d’une coopération dans le domaine des sous-marins. L’Etat s’engage au plus haut niveau pour dynamiser le processus de soutien à l’exportation, en vue de garantir le maintien de la base industrielle et technologique de défense. Il doit être le partenaire d’autres Etats, a indiqué le ministre, en fixant les normes du partenariat et en créant les conditions de la confiance. « L’industriel doit être celui qui propose ses compétences et ses capacités dans le cadre de ce partenariat, il faut que les rôles des uns et des autres soient complémentaires, qu’ils se fertilisent pour que la France joue vraiment son rôle de partenaire et que, du même coup, l’exportation s’en tire mieux ». Au cours d’une conférence de presse à l’issue de sa visite d’Euronaval 2012, Jean-Yves Le Drian a précisé : « Nous devons établir, nous, moi, le gouvernement, des relations étatiques qui permettent l’échange, qui s’inscrivent dans les demandes du gouvernement partenaire. Et, l’industriel joue sa propre partition dans ce cadre-là. Evidemment, le gouvernement n’est pas ignorant de ce que fait l’industriel et réciproquement ».

Partenariats industriels. Après l’échec du rapprochement entre les groupes franco-allemand EADS et britannique BAE, le ministre a fait le point sur les drones. Une décision a été prise pour un « prépositionnement » sur le drone tactique Watchkeeper, que construit Thales UK pour l’armée britannique. Une autre concerne le partenariat entre BAE et Dassault Aviation sur le drone de combat futur. Toutefois, rien n’a encore été décidé sur le drone MALE (moyenne altitude longue endurance), qui fait l’objet de discussions entre la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Par ailleurs, le ministre a rappelé qu’avec les Emirats arabes unis, où il s’est rendu les 21-22 octobre, les relations industrielles ont débouché sur un partenariat de longue durée concrétisé par une base permanente (aérienne et navale) française à Abou Dhabi (700 militaires sur place). Son agenda inclut une visite au Brésil (4-6 novembre) pour voir la base navale que construit DCNS avec le groupe brésilien de construction de bâtiments et travaux publics Odebrecht à Itaguai, près de Rio de Janeiro. Le programme « Prosub », conclu entre DCNS et la Marine brésilienne en 2008, prévoit également la conception et la construction  de quatre sous-marins à propulsion diesel-électrique de type Scorpène en transfert de technologie ainsi que l’assistance technique pour la réalisation des parties non nucléaires du premier sous-marin à propulsion nucléaire brésilien. La coopération militaire porte sur la surveillance des frontières communes et la lutte contre l’orpaillage clandestin et la pêche illicite. En 2010, le Brésil a commandé pour 100 M€ d’armements à la France et réceptionné des équipements d’un montant de 50 M€.

Enfin, une visite de Jean-Yves Le Drian en Inde est prévue ultérieurement. « J’active le partenariat », ajoute-t-il.

Loïc Salmon

Le salon de l’armement naval Euronaval 2012 (22-26 octobre) a accueilli 350 exposants (152 entreprises françaises) et environ 80 délégations officielles, dont celles de l’ONU, l’OTAN et l’Union Européenne. La Marine nationale et l’armée de Terre ont présenté les opérations amphibies, de la planification à la projection de forces. La Délégation générale de l’armement a exposé le premier système d’alerte de vagues scélérates et le projet « Espadon » de lutte contre les mines au moyen de drones marins. Euronaval 2012 été inauguré par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui a notamment visité les stands d’entreprises du Brésil, du Chili, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et de France, dont Thales (électronique de défense), EADS (aéronautique et espace), MBDA (missiles) et Dassault Aviation. Sur celui de DCNS (armement naval), Jean-Yves Le Drian (3ème à gauche) et le ministre délégué aux Anciens Combattants Kader Arif (2ème à gauche) ont été accueillis par le président directeur général Patrick Boissier (4ème à gauche) et Bernard Planchais (6ème à gauche), directeur général délégué.

 

 




Budget de la Défense 2013 : identique à celui de 2012

Le projet budget 2013 du ministère de la Défense, présenté le 30 octobre 2012 à la commission de la Défense de l’Assemblée nationale puis discuté en séance publique en novembre, se monte à 31,4 Md€ (hors pensions), soit tel que l’avait préparé le précédent ministre et comme prévu par la loi de programmation militaire en vigueur. Le directeur des affaires financières du ministère de la Défense, Hughes Bied-Charreton (photo), l’a présenté à la presse le 3 octobre. L’an prochain, le ministère recrutera  22.000 militaires et civils, mais supprimera 7.234 emplois. Le « contingentement des grades, décidé en avril 2012 », ne correspond pas à un « gel de l’avancement », mais à un « ralentissement du rythme d’avancement » et touchera « tout le monde », a précisé Hughes Bied-Charreton.  Le surcoût des opérations extérieures (Opex) est maintenu à 630 M€. Selon l’Etat-major des armés, au 15 août 2012, 4.450 militaires étaient déployés en Opex multinationales : 300 en ex-Yougoslavie ; 3.000 en Asie Centrale (Afghanistan, Tadjikistan, Kirghizistan et océan Indien) ; 900 au Liban ; 150 dans la lutte contre la piraterie (opération Atalante) ; 10 en Côte d’Ivoire (Onuci); 90 dans d’autres participations (Sahara occidental, Sinaï, République démocratique du Congo, Liberia, Ouganda, République centrafricaine, Haïti, Syrie, Israël, Liban et République de Côte d’Ivoire). En outre, d’autres Opex mobilisent 2.070 militaires : 80 pour la lutte contre la piraterie (équipes de protection embarquées sur les thoniers français) ; 950 au Tchad ; 250 en République centrafricaine ; 200 dans le golfe de Guinée ; 500 en Côte d’Ivoire (opération Licorne) ; 90 en Jordanie. Les programmes des anciens combattants totalisent 2,9 Md€ (hors pensions), conformément au budget triennal 2013-2015. Le plan de mise aux normes et de modernisation de l’infrastructure de l’Institution nationale des Invalides, mis en œuvre à partir de 2013, bénéficiera d’un abondement exceptionnel de 5,5 M€ en 2015. Enfin, le nouveau Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale, en cours d’élaboration en vue d’un examen en conseil de défense et de sécurité nationale début 2013, constituera le cadre de la future loi de programmation militaire 2015-2020, qui sera présentée au Parlement avant l’été 2013.

Loïc Salmon




Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Les cyberattaques gênent les opérations militaires, mais ne les remplacent pas. Derrière le flou de la ligne de partage entre la guerre et la paix se profilent des enjeux militaires, financiers et… démocratiques !

C’est ce qu’ont expliqué les professeurs Frédérick Douzet (géopolitique, Université Paris 8) et Kavé Salamatian (informatique, Université de Savoie), au cours d’une conférence organisée, le 27 septembre 2012 à Paris, par la chaire Castex de cyberstratégie (fondation d’entreprise EADS).

Les représentations géopolitiques. La stratégie repose sur la représentation de la réalité, que perçoivent les acteurs politiques d’un pays et qui varie d’un continent à l’autre. Le cyberespace est la représentation d’une menace pour un territoire qui, pour un Etat, est délimité par des frontières et sur lequel il exerce sa souveraineté (lois, sécurité, intérêts économiques, rivalités et coopérations régionales). Ce qui est acceptable dans certains pays ne l’est pas dans d’autres. Tout est une question de rapports de forces techniques et juridiques, précise Frédérick Douzet. Deux visions s’opposent. L’une, d’origine américaine, concerne un espace d’échanges sans frontières ni contrôle. L’autre, d’origine chinoise, porte sur un territoire à contrôler pour manifester sa puissance. Actuellement, une quarantaine d’Etats exercent un contrôle sur l’internet capté chez eux, afin de réaffirmer leur souveraineté. Il s’ensuit parfois des contradictions avec les valeurs que ce pays défend, comme la liberté d’expression et la protection de la vie privée. De petits acteurs non étatiques (pirates isolés et organisations diverses) émergent face à la supériorité des grandes puissances militaires. Cette perception d’une menace diffuse sur le territoire peut déterminer des orientations stratégiques. Ainsi, les Etats-Unis, qui ont pris conscience de leur vulnérabilité après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, ont mal ressenti la montée en puissance de la Chine et son développement de l’internet dans les années 2000. En effet, à partir de 2009, des attaques contre des réseaux et des entreprises américaines provoquent un emballement médiatique. Le cyberspace est présenté comme une menace par la hiérarchie militaire, le complexe militaro-industriel et le monde politique. Cette rhétorique alarmiste, souligne Frédérick Douzet, constitue la représentation d’une catastrophe imminente et contre laquelle il faut se prémunir, comme la menace nucléaire et avec les mêmes dégâts en termes de destructions militaires et économiques. Dès mai 2010, est créé le « US Cybercom » ou Commandement américain chargé de la sécurité des systèmes d’information et des opérations militaires dans le cyberespace. Un an plus tard, les Etats-Unis déclarent que les cyberattaques seront considérées comme des actes de guerre. Pourtant, leur gouvernement n’est pas unanime sur la question. De son côté, l’institution américaine à but non lucratif Rand Corporation qualifie les cyberattaques « d’armes de perturbation massive », susceptibles de causer des dégâts matériels importants, mais sans faire autant de victimes que des missiles à tête nucléaire. De plus, comment riposter contre un ennemi difficile à identifier avec certitude ou dépourvu d’infrastructures s’il n’est pas un Etat ? Mais, les enjeux sont considérables : capacité à élaborer une stratégie cohérente et efficace ; investissements en recherche et développement ; sécurité des personnes.

Des attaques très onéreuses. Kavé Salamatian définit la cyberstratégie comme l’art de diriger, coordonner et positionner ses forces dans l’espace de l’internet, afin d’atteindre des objectifs. Il est possible de couper l’internet d’un pays qui dispose d’un poste centralisé avec des connexions et qui a procédé à une réflexion stratégique. Les Etats-Unis ont effectué cette réflexion pour certains pays. L’Iran, qui a mené à terme cette réflexion, a quitté la connexion italienne pour celle de la Russie, qui assure 60 % de son trafic. En 2010, plusieurs de ses sites industriels avaient été victimes du ver informatique « Stuxnet », mis au point conjointement par Israël et… les Etats-Unis, dont la participation a été découverte en avril 2012. Aujourd’hui, l’Inde, la Chine et la France ont la capacité de réaliser le Stuxnet. Selon François Géré, l’administration Obama l’a utilisé pour mener une action contre le programme nucléaire iranien, en vue de signifier au gouvernement israélien qu’il est possible de gêner l’Iran sans recourir à une action militaire classique, opinion partagée par les services de renseignements israéliens. Par ailleurs, d’après le professeur Salamatian, les attaques informatiques chinoises contre Google, fin 2009, ont mobilisé trois équipes : une pour l’évaluation de la situation en amont, une pour l’élaboration de l’attaque et une pour l’attaque elle-même. Trois mois se sont écoulés entre chacune de ces actions. Des sommes astronomiques sont dépensées en matériels (« firewalls »), mais peu d’argent est consacré aux travaux de réflexion. De son côté, le professeur Géré indique que la phase de préparation d’une action exige des moyens financiers et humains considérables. Ainsi, il a fallu plusieurs centaines de personnes de haut niveau pour mener avec succès le vol des plans de l’avion polyvalent F-35 du constructeur américain Lockheed Martin. Enfin, selon le professeur Douzet, une cyberattaque abolit le temps et la distance, mais son efficacité repose sur une excellente connaissance du réseau, laquelle prend du temps.

La cybergéographie. L’internet, indique Kavé Salamatian, est un réseau virtuel qui s’étend dans le réel avec des contraintes physiques (fibres optiques et satellites), géopolitiques et économiques (investissements). Malgré la multitude de réseaux, seulement 10 % contrôlent 90 % des connexions. Le Japon concentre 85 % de son trafic grâce à sa langue. La Chine a intégré le cyberespace dans sa stratégie. Enfin, après le Stuxnet, les Etats-Unis ont développé le « Flame », encore plus efficace. La cyberguerre apparaît donc plus comme une gestion de crise qu’une véritable guerre.

Loïc Salmon

Frédérick Douzet (à gauche) est maître de conférences à l’Institut français de géopolitique de l’Université Paris 8, membre junior de l’Institut universitaire de France et membre du comité de rédaction de la revue « Hérodote ». Diplômée de l’Institut d’études politiques de Grenoble et de l’Université de Californie (Berkeley), elle est docteur en géopolitique. Elle a notamment publié, en 2007, un livre intitulé « La couleur du pouvoir. Géopolitique de l’immigration et de la ségrégation à Oakland, Calfornie », couronné par un prix de l’Académie des sciences morales et politiques et de la Société de géographie. Kavé Salamatian (à droite) est professeur à l’Université de Savoie et professeur adjoint à L’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. En 1998, il a obtenu un doctorat sur le « codage conjoint source-canal » pour la visioconférence sur internet. En 2011, il a été nommé, pour cinq ans, membre correspondant de l’Académie des sciences de Chine dans la section informatique et technologie des communications. Le professeur François Géré est également intervenu (voir rubrique « Archives » Cyberdéfense 25-07-2012).




Corsican Lion 2012 : exercice franco-britannique interarmées

L’exercice Corsican Lion (17-26 octobre 2012) a consisté à projeter, depuis la mer, une force expéditionnaire commune interarmées (sigle CJEF en anglais) franco-britannique pour porter assistance à un pays déstabilisé (insécurité et piraterie). Cette force, qui devrait être opérationnelle en 2016, fait suite au traité militaire bilatéral de Londres (Accords de Lancaster House) de 2010. Non permanente, elle sera mobilisable sur ordre pour une durée limitée. Corsican Lion a mobilisé 5.000 militaires français et britanniques. La phase tactique a porté sur la conduite d’une opération amphibie appuyée par des moyens aéronavals. La composante aéronavale inclut le porte-avions à catapultes Charles-De-Gaulle, les frégates Jean-de-Vienne et Jean-Bart, le pétrolier-ravitailleur Meuse, la frégate britannique Northumberland, 1 sous-marin nucléaire d’attaque et 27 aéronefs. La composante amphibie a mis en œuvre, du côté français, le bâtiment de projection et de commandement Mistral et une frégate et, du côté britannique, le porte-aéronefs à tremplin Illustrious, 2 transports de chalands de débarquement dont le Bulwark et 2 frégates. La composante terrestre compte, du côté français, 360 personnels issus du 2ème Régiment d’infanterie de marine, du 11ème Régiment d’artillerie et du 6ème Régiment du génie et, du côté britannique, 60 personnels des Royal Marines, issus de 3 régiments de commandos et de 2 régiments de logistique. Destiné à améliorer l’interopérabilité entre les Marines française et britannique, Corsican Lion vise à : mettre en œuvre le concept d’emploi à la mer de la CJEF ; mener une opération bilatérale de projection de force et de puissance (aéronavale et amphibie) ; intégrer des frégates d’escorte indifféremment françaises ou britanniques dans les groupes amphibie et aéronaval ; développer les procédures de commandement des composantes et de conduite de niveau du théâtre d’opérations ; optimiser le dialogue tactique et l’échange de données en temps réel au moyen des systèmes informatiques et de commandement. Enfin, pour souligner le caractère politique de Corsican Lion 2012, les ministres français de la Défense Jean-Yves Le Drian et britannique Philip Hammond se sont rendus le 26 octobre à bord du Charles-De-Gaulle et du Bulwark.

Loïc Salmon