Le sous-marin, composante fondamentale de l’action navale

Le sous-marin est une pièce maîtresse d’un dispositif interarmées. Toutefois, un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) dispose d’une énergie et d’une puissance très supérieure à un sous-marin à propulsion diesel-électrique.

L’emploi des submersibles a fait l’objet d’une table ronde organisée, le 18 décembre 2012 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine. Y ont notamment participé : l’ingénieur général de l’armement Jacques Cousquer ; le vice-amiral d’escadre (2S) Thierry d’Arbonneau, ancien commandant des forces sous-marines et de la Force océanique stratégiques (FOST) ; le capitaine de vaisseau ® Hughes Eudeline ; le capitaine de vaisseau Xavier Mesnet, sous-directeur de Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations.

Un emploi évolutif. Pendant la première guerre mondiale, les sous-marins diesel, mobiles et robustes, ont disposé d’une puissance de feu constituée de torpilles à courte portée, du mouillage offensif de mines et du canon. Mais l’attaque des voies maritimes d’approvisionnement a échoué en raison des hésitations du gouvernement impérial allemand, de l’efficacité du système allié de convois protégés par une escorte et enfin de la faiblesse des moyens de transmissions. Pendant la seconde guerre mondiale, les sous-marins ont encore eu pour mission de couper les flux d’approvisionnements de l’adversaire. En Atlantique, ce fut un nouvel échec de la Marine allemande. Elle a coulé 2.779 navires alliés, mais a perdu 88 % de ses 820 sous-marins opérationnels attaqués par les forces navales alliées : 800 escorteurs de haute mer, 2.250 escorteurs côtiers et 1.500 avions. En revanche, la guerre sous-marine fut un succès pour la Marine américaine dans le Pacifique. Elle n’a perdu que 18 % de ses 288 sous-marins, qui ont coulé 1.178 navires de commerce et 214 bâtiments de combat japonais. Pendant la guerre froide, la lutte anti-sous-marine est devenue prioritaire. Les SNA américains « pistaient » les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins nucléaires (SNLE) de l’URSS, tandis que les sous-marins soviétiques, équipés de missiles anti-navires, suivaient les porte-avions américains. Les sous-marins diesel-électriques de l’OTAN et ceux du Pacte de Varsovie se chassaient mutuellement. D’une manière générale, les sous-marins ont travaillé en coopération avec les avions de patrouille maritime et les forces navales de surface. Ils ont aussi participé à des opérations spéciales : renseignement sur zone, débarquement discret de commandos, sauvetage de pilotes d’avions abattus en mer, alerte antiaérienne avancée et espionnage ciblé sur les câbles de télécommunications. Pendant la guerre des Malouines (1982), en torpillant le croiseur argentin Belgrano, un SNA britannique a provoqué le retour à quai du porte-avions adverse 25-de-Mayo. Pendant la guerre du Kosovo (1999), la présence sur zone d’un SNA français a empêché la sortie de la flotte du Monténégro, qui n’a pu se rallier à la Serbie. Pendant l’intervention de l’OTAN en Libye (2011), des sous-marins américains et britanniques ont tiré plus de 120 missiles de croisière Tomahawk pour ouvrir la voie à une offensive aérienne. Des SNA français ont assuré une permanence sur zone pendant sept mois, détecté des petites vedettes par acoustique et guidé des hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre vers leurs cibles. En outre, des sous-marins britanniques, espagnols et turcs ont patrouillé au large de la Libye.

 Une menace grandissante. Aujourd’hui, la menace devient globale : maritime, aérienne et spatiale. L’interruption des trafics maritimes marchands aurait des conséquences graves sur l’économie mondiale. Malgré les forces qu’ils déploient, les Etats-Unis admettent qu’ils n’ont pas de capacité d’accès permanente à tous les théâtres d’opérations possibles. Sept pays renoncent actuellement à leurs forces sous-marines : le Danemark a désarmé 6 unités, la Serbie-Monténégro 8, la Croatie 1, la Roumanie toutes, la Bulgarie 4, la Libye 4 (+ 2 hors d’usage) et la Syrie 3. En revanche, le Japon, la Chine, les deux Corées, Taïwan, l’Australie, le Brésil, le Pakistan, l’Inde et l’Iran accroissent leurs flottes militaires et veulent se doter d’une composante sous-marine puissante. De son côté, Israël utilise ses sous-marins comme arme de dissuasion, en laissant entendre que leurs missiles de croisière pourraient atteindre des cibles vitales en Iran. La portée de ces missiles devra atteindre 800 km s’ils sont tirés du golfe Persique, mais devra être doublée s’ils doivent être tirés de la Méditerranée. La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis déploient leurs SNLE en Atlantique. « Les SNA font plus que du soutien aux SNLE, indique l’amiral d’Arbonneau, pas de crédibilité de la FOST sans SNA de qualité ! » Un SNA présent dans la zone d’un SNLE (capable désormais de signaler sa présence au central opérations de la FOST) collecte des renseignements acoustiques et les partagent. L’apprentissage du « pistage » de SNLE soviétiques, puis russes, par les SNA français a permis d’alimenter les SNLE français en renseignements. En Méditerranée, un SNA français acquiert des renseignements pour le long terme sur les Marines du Sud qui, quoiqu’encore peu performantes, naviguent de plus en plus. En mer Noire et en Méditerranée, il étudie les tactiques et les capacités des Marines américaine et russe En outre, il peut assurer un soutien au profit d’un théâtre terrestre et maintenir une présence sous la mer face aux sous-marins diesel (SMD) et patrouilleurs hostiles. Enfin un SNA français est déployé en océan Indien, où sévit la piraterie maritime. Capable d’intervenir sur un théâtre lointain, le SNA a une « employabilité » de trois à quatre fois supérieure à celle d’un SMD, car il peut rester trois à quatre semaines sur zone. La proportion de présence aux Proche et Moyen-Orient atteint un SNA pour 20 SMD de diverses nationalités. Aujourd’hui, seuls les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France et Chine) maîtrisent la conception et la construction de sous-marins nucléaires. Enfin, l’outil technique que constitue le sous-marin en général ne suffit pas, il faut aussi une doctrine d’emploi !

Loïc Salmon

Selon la Direction générale de l’armement, 489 sous-marins armés étaient en service dans le monde en 2011 et répartis dans 42 flottes sous-marines, alors qu’il existe 189 Marines militaires. Par zones géographiques, la répartition était la suivante : Asie, Océanie et Extrême-Orient, 42 % ; Europe, 17 % ; Amérique du Nord, 15 % ;Russie et Communauté des Etats indépendants, 14 % ; Afrique subsaharienne, 6 % ; Amérique Centrale et du Sud, 5 % ; Afrique du Nord et Moyen-Orient, 1 %. La propulsion diesel a été mise au point en 1906, la propulsion nucléaire en 1955 et la propulsion indépendante de l’air (AIP) non nucléaire, permettant de rester en plongée pendant de plus longues périodes que celle par diesel, en 1989. Le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) a été mis en service en 1960 par la Marine américaine. En 2012, la France et la Grande-Bretagne disposent chacune de 4 SNLE et de 6 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA).




Mali : la boucle du Niger contrôlée en 48 h par les forces franco-africaines

Les villes de Tombouctou et Goa ont été sécurisées les 26 et 27 janvier 2013 par une opération combinée avec des moyens terrestres et aériens, a indiqué l’Etat-major des armées (EMA) à la presse le 28 janvier. Cette opération, à laquelle ont participé des troupes françaises, maliennes, tchadiennes et nigériennes, a nécessité 6 avions de chasse Mirage 2000D, 6 Rafale, 2 Mirage F1 CR et 5 avions ravitailleurs C135. Un avion radar Atlantique 2 de la Marine nationale et des drones ont assuré le renseignement, notamment le visuel du déroulement de l’action. Le ciblage des cibles a été indispensable pour désorganiser le système de commandement et fragiliser la logistique des djihadistes. Il a fallu réactualiser le renseignement en permanence pour éviter de manquer les cibles, évaluer les dégâts et frapper éventuellement à nouveau. Les hélicoptères ont joué un rôle déterminant, a souligné l’EMA. Le bilan s’établit à environ 20 sorties aériennes, dont 6 de chasseurs, 20 bombes larguées, 15 bâtiments traités, 3 blindés, 1 pick-up et 1 groupe de djihadistes détruits. Des accrochages se sont produits entre les forces spéciales françaises et les djihadistes. Il n’y a pas de blessé ni de matériel endommagé du côté français. Le contrôle de la boucle du Niger avait pour objectif de stopper la progression des djihadistes vers le sud du Mali. Un avion de reconnaissance AWACS a également été mis en œuvre pour sécuriser l’aéroport de Tombouctou, afin d’interdire une infiltration adverse en provenance du nord. Un largage de parachutistes, sans marquage au sol, a précisé l’EMA, a eu lieu sur 1.800 m, les avions de transport tactiques Transall et Hercules se succédant en moins d’une minute. Le 30 janvier, l’EMA a confirmé le contrôle, par les troupes françaises, de l’aéroport de Kidal, ville située dans le nord du Mali, près de la frontière avec l’Algérie et refuge du groupe islamiste touareg malien Ansar Dine.

Fin   janvier, l’opération Serval a déployé 3.500 militaires français et 1.900 soldats africains. Les moyens aériens français mentionnés ci-dessus ont été renforcés par 5 avions cargos C17 (3 américains, 1 canadien et 1 britannique), 2 Hercules belges, 1 Hercules danois, 2 Transall et 1 avion de transport stratégique A310 allemands. Le bâtiment de projection et de commandement Dixmude a acheminé un PC tactique, un escadron de véhicules blindés de reconnaissance et d’appui feu AMX-10 RC et une compagnie de véhicules blindés de combat d’infanterie. Plus de 350 véhicules, dont plus de 150 blindés, et 13 hélicoptères ont été projetés au Mali. Des éléments des forces françaises pré-positionnées au Tchad et au Sénégal participent au dispositif.

Loïc Salmon




Union européenne : les défis stratégiques d’aujourd’hui

Les Etats membres de l’Union européenne (UE) se trouvent confrontés à une situation inédite : gérer l’incertitude et les crises immédiates… dans un monde brutalement transformé par les révolutions informatique et médiatique !

A l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix à l’UE, le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS), l’Institut des hautes études de défense nationale et l’Institut national de hautes études de la sécurité et de la justice ont organisé, le 11 décembre 2012 à Paris, plusieurs tables rondes sur les défis de l’Europe en matière de temps, de mutations et aussi de population (voir encadré). Le président du CSFRS, Alain Bauer, a défini la stratégie comme « l’art de mener les guerres, même quand elles ne sont pas militaires ». Il s’agit notamment des crises financières, économiques et interétatiques.

Le temps. Des attaques terroristes pourraient survenir contre les lieux de concentration d’outils complexes dans un espace restreint, d’après Noël Pons, conseiller auprès du Service central de prévention de la corruption. Les échanges financiers s’effectuent au moyen d’algorithmes et de logiciels, qui doivent se trouver auprès de sources d’énergie et des lieux d’opérations bancaires. Depuis avril 2012, l’unité de temps n’est plus la milliseconde, mais la nanoseconde (milliardième de seconde). Des gains financiers considérables sont possibles en profitant de cette rapidité, où l’intervention humaine a disparu, pour jouer sur les failles du système, compte tenu des sommes colossales engagées. L’effondrement des actifs de banques, d’entreprises ou d’Etats constitue un risque majeur, dû à l’informatique, sans oublier la fraude. Deux cas de « crash » se sont produits le 6 mai 2010 et le 8 août 2012, lorsqu’un logiciel, par suite d’une erreur humaine, s’est mis à vendre certains types d’actions, créant un coup de folie car les autres logiciels ont suivi, entraînant des pertes financières importantes. La régulation, indique Noël Pons, ne peut s’obtenir qu’en coupant l’électricité ! Sur un plan plus large, il préconise le renforcement de l’arsenal pénal pour lutter contre la fraude. Cela passe par : l’exigence de faire connaître les paramètres de ces robots pour détecter les flux financiers ; l’élaboration de logiciels de contrôle ; un taxe sur l’usage excessif de transactions, dont 95% ne correspondent pas à des ventes et achats réels et se chiffrent à 66.000 Md$, soit plus que l’économie réelle. De leur côté, souligne Antoine Frérot, président-directeur général de Veolia Environnement, les entreprises cotées en bourse sont écartelées entre la réalisation de projets à long terme et les réponses à donner, dans la journée, à la presse en cas de crise. Si celle-ci risque de ruiner la réputation d’une entreprise, elle permet aussi de révéler sa créativité en bouleversant ses méthodes de travail et favorisant l’innovation et la diversification pour préparer l’avenir. Les entreprises demandent du temps long au personnel politique… dont le temps se limite à la prochaine échéance électorale ! Au niveau de l’UE, les textes relatifs à une décision du Conseil européen… sortent un an ou 18 mois après !

Les mutations. Assurer la sécurité de l’individu dans toutes ses dimensions va de pair avec la globalisation et un seul événement nécessite plusieurs grilles de lecture, estime l’ambassadeur Eric Danon. La France met donc en œuvre plusieurs continuums. Le premier, « diplomatie/défense », avec des engagements militaires en opérations extérieures, s’inscrit dans les résolutions à l’ONU négociées par les diplomates (Libye et peut-être Syrie en cas d’emploi d’armes chimiques). Le deuxième, « diplomatie/sécurité », implique des négociations, contraintes et sanctions (l’Iran et son programme nucléaire militaire). Le troisième, « défense/sécurité/coopération » porte sur la capacité des militaires à exercer une influence dans d’autres pays par des actions de formation ou de simple présence : instruction des forces armées et de sécurité afghanes ou de militaires tanzaniens pour lutter contre la piraterie maritime. Il s’agit d’une approche préventive, adaptée au contexte d’aujourd’hui. La sécurité exigeant de travailler ensemble, la Direction des affaires stratégiques et la Coordination du renseignement œuvrent pour éviter le cloisonnement de l’information au sein des administrations françaises concernées. L’UE s’en remet à l’OTAN pour sa défense. Toutefis, elle a assuré des actions militaires et civilo-militaires dans les Balkans, en Afrique et au Moyen-Orient : 25 opérations en dix ans, dont 50 % civiles (police, actions humanitaires et surveillance pour faire respecter des accords internationaux). Au delà de l’action militaire, il s’agit de préparer l’après-conflit. Cette valeur ajoutée consiste à travailler sur l’ensemble du spectre de la gestion des crises. Il existe bien une politique étrangère européenne commune, constate l’ambassadeur, mais la volonté politique est absente. Aujourd’hui, aucun pays ne peut régler seul une crise. Un accord entre les 27 Etats membres donne la légitimité, mais il est encore difficile de passer à l’acte. « On dit le droit et la morale dans une logique nationale ou occidentale avec les Etats-Unis, mais pas européenne ». S’y ajoutent des lacunes dans les moyens opérationnels, la mutualisation des moyens et la capacité de déploiement lointain. Selon Eric Danon, le risque de décalage existe entre l’UE et les Etats-Unis, qui auront du mal à travailler avec elle dans la gestion des crises. Enfin, des acteurs, non étatiques, sont apparus : grandes entreprises (IBM, Google, Microsoft) et organisations non gouvernementales (Greenpeace, Amnesty International), capables d’influencer les réseaux dans lesquels ils agissent pour se faire entendre dans les affaires du monde.

Loïc Salmon

Selon Eurostat, avec une population de 503,7 millions d’habitants au 1er janvier 2012, l’Union européenne (UE) était derrière la Chine (1,3 milliard d’habitants) et l’Inde (1,2 milliard d’habitants), mais devant les Etats-Unis (315 millions d’habitants). D’après Catherine Withol de Wendel, démographe au CNRS, le succès du planning familial a fait baisser de 6 à 2,1 le nombre d’enfants par femme dans les pays musulmans. La moyenne d’âge atteint 25 ans au sud de la Méditerranée, contre 40 en Europe (28 il y a 50 ans). Celle-ci connaît deux phénomènes démographiques : sa population vieillit, mais les gens sont en meilleure santé qu’il y a 30 ans au même âge. Il s’ensuit une mobilité accrue vers le sud et aussi de l’est vers l’ouest depuis la chute du mur de Berlin (1989). L’UE reste un point de référence mondial, en raison de sa facilité d’accès et ses liens médiatiques. Cependant, elle ferme ses frontières, avec seulement 5 millions de « sans papiers » étrangers contre 12 millions aux Etats-Unis. En outre, elle déboute 80 % des demandes d’asile de réfugiés. Pourtant, elle dépend de la migration pour réguler son marché du travail. Sa politique migratoire, sujette aux aléas des sondages d’opinion, se trouve souvent en décalage avec la réalité des flux. Enfin, selon le criminologue Pierre Delval, 80 millions de personnes vivent au dessous du seuil de pauvreté en Europe.




Jean-Yves Le Drian : relancer l’Europe de la défense

« L’OTAN et l’Europe de la défense devraient fonctionner de concert » et l’Europe doit devenir « un acteur crédible pour défendre les intérêts communs, les zones où ils sont en jeu et les secteurs où ils sont menacés ».

Tel est l’avis du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui s’est exprimé sur ce sujet à Paris le 5 décembre 2012, devant trois commissions de l’Assemblée nationale (Défense, Affaires étrangères et Affaires européennes), et le 11 décembre au cours des IIIèmes Assises nationales de la recherche stratégique organisées par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (voir encadré).

Le ministre préfère parler « d’Europe de la Défense » plutôt que de « défense européenne », assumée aujourd’hui par les Etats membres avec l’aide des Etats-Unis dans le cadre de l’OTAN (clause d’assistance mutuelle du traité de Lisbonne 2007).

Constructions industrielle et capacitaire. L’Europe de la défense se construit de façon pragmatique et progressive par des coopérations structurées. L’Union européenne (UE), a insisté Jean-Yves Le Drian, doit « cesser d’être un consommateur de sécurité pour devenir un producteur de défense ». Elle doit consolider son industrie de défense en valorisant notamment les petites et moyennes entreprises, innovantes et compétitives au niveau international. Par ailleurs, les contraintes budgétaires de tous les Etats membres pourraient être compensées par une coopération accrue. Cela consiste à maintenir certaines capacités, en développer d’autres, éviter les duplications de capacités et d’outils industriels, accroître les interdépendances et parer au risque de déclassement stratégique. La France soutient les efforts de mutualisation et de partage capacitaire entrepris dans le cadre de l’Agence européenne de la défense (AED), y compris pour la conception des futurs programmes d’armement. Le Commandement européen de transport tactique (4 pays) est opérationnel depuis 2011. Onze dossiers sont en cours de traitement, dont celui du ravitaillement en vol (10 pays participants), le système d’information maritime Marsur, l’interopérabilité des communications tactiques, l’observation spatiale (France et Italie), les missiles sol/air et les drones. Un accord est intervenu entre l’AED, qui identifie les manques capacitaires et élabore les moyens d’y remédier, et l’Organisme conjoint de coopération en matière d’armement (OCCAR) qui se charge de l’acquisition. Cependant, des points de crispations subsistent au sein de l’UE. Ainsi, les groupements tactiques interarmes (GTIA) de 1.500 hommes, armés par des contributions volontaires d’un ou plusieurs Etats membres avec un tour d’alerte semestriel, ont été déclarés opérationnels en 2007. Mais aucun GTIA n’a encore été projeté, ce qui démotive les contributeurs éventuels, regrette Jean-Yves Le Drian. Ce dispositif permet pourtant à l’UE de disposer en permanence d’une force militaire de réaction rapide et déployable dans les dix jours suivant une décision politique.

Actions et opérations extérieures. « Nous devons tirer les enseignements du rééquilibrage des intérêts stratégiques américains vers la région Asie-Pacifique », a déclaré Jean-Yves Le Drian. En raison de la diversité, l’intensité et l’imprévisibilité des menaces ainsi que des tensions budgétaires des Etats membres, « l’Europe de la défense se présente à la fois comme une nécessité et comme une chance unique ». La sécurité commune inclut l’action militaire, la lutte contre les trafics, la formation en matière de police, le renseignement, la sécurité civile, la coopération sanitaire et l’aide au développement. Il s’agit de coordonner ces outils et d’élaborer une vision globale pour faire de l’UE un acteur reconnu des relations internationales. L’opération la plus efficace est maritime, à savoir « Atalante » dans la Corne de l’Afrique qui mobilise six bâtiments et quatre avions de surveillance pour lutter contre la piraterie, dont le taux de réussite des attaques a fortement diminué. La mission EUCAP-Nestor aide les pays riverains à se doter de moyens maritimes et juridiques. Les accords de Lancaster House cadrent la coopération (exercices communs et accords sur les drones notamment) avec la Grande-Bretagne, qui peut participer aux initiatives du groupe « Weimar + » (France, Allemagne, Pologne, Italie et Espagne). Ce groupe débat depuis longtemps de la génération de forces européennes pour les Balkans et réfléchit au rôle que pourrait jouer l’Europe dans une stratégie de sortie de crise en Syrie. Malgré la réserve que lui impose sa Constitution en matière d’intervention et de projection, l’Allemagne s’est montrée active dans l’initiative européenne sur le Mali. La question est en effet européenne car, à terme, la sécurité de l’Europe pouvait être menacée. La politique française au Sahel repose sur deux piliers, a indiqué le ministre : lutter contre le terrorisme et trouver une solution politique avec les groupes du Nord Mali, à condition que ceux-ci rejettent le terrorisme et l’idée d’une partition du Mali. Il s’agira d’une intervention européenne en soutien de la reconstitution de l’armée malienne, laquelle devrait participer à l’action que mèneront les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Africaine en fonction d’objectifs validés par l’ONU (1). Enfin, sur un plan plus général, la Commission européenne a installé un groupe de travail sur la défense qui rendra ses conclusions mi-2013. De son côté, le Conseil européen tente d’aboutir à un dispositif avant la fin de 2013.

Loïc Salmon

(1) Le 20 décembre, le Conseil de sécurité a autorisé, à l’unanimité, le déploiement pour au moins un an d’une force militaire africaine dans le nord du Mali, aux mains des rebelles touaregs et d’islamistes depuis avril 2012. Il autorise aussi l’UE et d’autres pays membres de l’ONU à participer au renforcement des forces de sécurité maliennes. L’UE apportera un soutien en matière de formation estimé à 400 militaires, dont 200 formateurs.

Le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS) est un groupement d’intérêt public constitué de l’Etat (plusieurs ministères, dont ceux de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur), d’acteurs de la recherche et de la formation (Institut des hautes études de la défense nationale, Institut national des hautes études de sécurité et de la justice, CNRS, HEC Paris, l’ENA et l’Université de technologie de Troyes) ainsi que d’entreprises (Sanofi Aventis, EADS, Euro RSCG, EDF, Total, SNCF, Caisse des dépôts, Safran, Veolia Environnement, le Groupe La Poste et la RATP). Il a comme partenaires l’Agence française de développement et Renault. Le CSFRS encourage les projets d’études, de recherche et de formation en matière de sécurité et de défense. Les Assises de la recherche stratégique rassemblent plus de 500 chercheurs, formateurs, responsables ministériels, journalistes et directeurs du risque ou de la prospective. Les deux premières ont eu lieu en 2010 et 2011.




Mali : obsèques nationales pour le premier tué de l’opération Serval

Le 15 janvier 2013 aux Invalides (Paris), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présidé la cérémonie d’hommage national au lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé le 11 janvier lors du déclenchement de l’opération « Serval » au Mali. Le lieutenant Boiteux, chef de bord d’un hélicoptère de combat au 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de l’armée de Terre, a été promu au grade supérieur et fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume. Le même jour, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué à la presse le pourquoi et le comment de l’opération Serval, lancée moins de cinq heures après l’ordre du président de la République, François Hollande, à la suite de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. « Le Mali, dit-il,  fait face à une « agression caractérisée, organisée et coordonnée » du mouvement islamiste Ansar Eddine et des groupes terroristes Aqmi et Mujao. Selon le ministre, ceux-ci avaient déployé dans le nord du pays environ 200 véhicules et 1.200 combattants pour s’emparer de la capitale Bamako et anéantir l’armée malienne avant l’intervention de la force internationale de soutien au Mali (Misma) et la mission européenne de formation militaire (UTM Mali). La réaction militaire française poursuit trois objectifs : arrêter l’offensive des mouvements terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien ; préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali ; faciliter la mise en œuvre des décisions internationales et en accélérer le tempo pour les forces africaines et européennes. Pour cela, les forces françaises doivent remplir quatre missions : aider les forces maliennes à arrêter la progression de l’adversaire vers le sud par des frappes aériennes (avions et hélicoptères) et le déploiement d’éléments terrestres ;  frapper dans la profondeur (actions aériennes) les bases arrière adverses pour empêcher toute nouvelle offensive ; envoyer un signal fort de soutien au gouvernement malien de transition et assurer la sécurité des ressortissants français et européens ; préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention de la Misma (commandée par un général nigérian) et de l’UTM Mali. Au 15 janvier, l’opération Serval avait déjà mobilisé 1.700 militaires dont 800 au sol, des avions Atlantique (renseignement et guidage de frappe), 12 avions de chasse (Rafale et Mirage 2000), 5 avions ravitailleurs et 5 avions de transport tactique (C-130 et C-160). Le dispositif au sol, qui compte une cinquantaine de véhicules blindés, devrait monter en puissance, a indiqué le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, présent à la conférence de presse. Enfin, le ministre, qui a reçu des offres d’assistance des pays européens et du Canada (transport et soutien santé) et aussi des Etats-Unis (renseignement et logistique), a souligné « qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de la mission européenne de formation ».

Loïc Salmon




Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

L’armée de Terre dispose d’un « Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine » (Cenzub), unique en Europe. Le 28 novembre 2012 au camp de Sissonne (Aisne), elle a organisé une démonstration dynamique devant la presse et des parlementaires des commissions de Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) a mis en œuvre drones, hélicoptères, blindés légers et lourds, mortiers et fantassins et pris d’assaut une zone urbaine représentant une ville de 5.000 habitants. Le SGTIA, commandé par un capitaine, regroupe près de 200 hommes et 30 blindés et peut faire appel aux hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Le Cenzub peut accueillir, en même temps et pendant deux semaines, deux SGTIA qui mettent en pratique les spécificités de ce type de combat. La formation dispensée s’enrichit des retours d’expériences des armées françaises et alliées sur les théâtres d’opérations extérieurs en milieu urbain avec ses menaces spécifiques, dont les engins explosifs improvisés et attaques-suicides. En outre, les types d’engagement les plus probables sont étudiés. Les stagiaires s’entraînent au combat en espace confiné (distances d’engagement de 0 à 100 m, milieu très cloisonné, pièces fermées et zones obscures) et en zone habitée (impacts juridique et d’influence). Ils apprennent à réduire au maximum les pertes dans ce type de combat particulièrement meurtrier. Le Cenzub, où viennent déjà s’entraîner les armées allemande et britannique, doit accueillir un SGTIA des Emirats arabes unis en mai 2013.

Loïc Salmon




La Légion étrangère : qualité, commandement et formation

Troupe d’étrangers au service de la France, la « Légion » est commandée par des officiers français, garants des valeurs de la République. Son aura résulte d’un fort esprit de corps et d’une efficacité indéniable, forgés et entretenus depuis 1831.

Les particularités de la Légion étrangère ont été présentées par son chef, le général de brigade Christophe de Saint Chamas, au cours d’une rencontre au fort de Nogent (banlieue parisienne) organisée le 23 novembre 2012 par l’Association des journalistes de défense.

L’unité de la Légion. Quand la Légion défile le 14 juillet à Paris, elle marche d’un pas plus lent (88 pas/minute) que les autres détachements (120 pas/minute) et ne se sépare pas en deux rangs de chaque côté de la tribune présidentielle… pour symboliser sa particularité et son unité. Sur ses drapeaux et étendards, le mot « Honneur » n’est pas suivi de « Patrie », comme dans les autres unités françaises, mais de « Fidélité », vertu que les officiers doivent faire acquérir à leurs subordonnés. En 1961, après le putsch militaire en Algérie, auquel ont participé des unités de la Légion, rappelle le général de Saint Chamas, seuls les officiers ont été condamnés. Les légionnaires, qui avaient exécuté les ordres de leurs chefs, n’ont pas été punis. Aujourd’hui, quotidiennement, les officiers luttent contre la tendance au communautarisme de ressortissants de 150 nationalités différentes en pratiquant l’amalgame. Après l’apprentissage du français pendant les quatre mois de formation initiale, les gens de même origine sont dispersés. Le rugby participe de cette logique avec succès. Par ailleurs, en raison de l’excellence de ses joueurs dans le Tournoi des six nations, l’hymne de la Légion est souvent chanté en dernier. Celle-ci compte 13 % de Français et  87 % d’étrangers : 25 % viennent d’Europe centrale et balkanique, 19 % du monde slave et d’Asie du Nord, 14 % du monde occidental (Amérique du Nord, Europe, Nouvelle Zélande et Australie), 11 % d’Asie du Sud, 8 % d’Amérique latine, 7 % d’Afrique et 3 % du monde arabe. Les francophones (20 % du total) participent à l’enseignement indispensable de la langue. Cependant, quoique légionnaires, ces soldats de la « deuxième chance » restent instables et fragiles. De plus, ils conçoivent leur relation avec la femme en fonction de leur culture d’origine. En conséquence et pour éviter une source supplémentaire de déstabilisation, le recrutement d’étrangers n’est pas ouvert aux femmes. Toutefois, en caserne, la féminisation existe parmi les sous-officiers pour conserver l’équilibre. Mais, seuls les hommes partent en opérations extérieures. Le taux d’encadrement est d’un sous-officier pour trois soldats pour assurer la cohésion de l’institution. En outre, 10 % des officiers servant à la Légion le sont à titre étranger et donc issus du rang légionnaire.

Le légionnaire. Les candidats s’engagent au titre de la Légion et non d’un régiment ou d’une spécialité. Leur affectation dépend des besoins. En 2011, 800 ont été retenus…  sur 10.000 postulants ! Ils ont 23 ans en moyenne avec une expérience militaire ou professionnelle. Ils sont recrutés sous leur identité réelle ou une identité militaire « déclarée ». Toutefois, la Légion n’accepte que ceux dont le passé est connu et vérifié. Cela n’exclut pas, pour certains, de se trouver mêlé à un fait divers par la suite. « Quand on dit du bien de la Légion, ça lui fait du bien, quand on dit du mal d’elle, ça ne fait pas de mal car, pour le légionnaire, c’est normal, indique le général de Saint Chamas, mais on fait tout pour éviter les dysfonctionnements ». Délégué du chef d’état-major de l’armée de Terre, il a déjà été affecté à la Légion à trois reprises (1984, 1995 et 2003-2005). Selon lui, le fait d’être puni par un supérieur qui le connaît a un impact très fort sur le légionnaire. Le mot « Légion » exerce une véritable fascination : « Si on fait une bêtise, la Légion est un peu ternie ». Mais, si tout se passe bien, un légionnaire étranger peut demander sa naturalisation à partir de trois ans de service. S’il a été blessé au combat, la loi de 1999 sur « le sang versé » lui assure une procédure rapide et un droit, auquel personne ne peut s’opposer, même si son comportement a été discutable. Par ailleurs, le principe de recrutement à titre étranger autorise également un candidat français à postuler pour la Légion. Souvent, il se déclare « belge ».

Les traditions. La marche de la Légion est rythmée par une musique aussi célèbre que son refrain sur le « boudin  pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains », mais pas « pour les Belges ». En fait, le mot « boudin » correspondrait, à l’origine, au rouleau de la toile de tente fixé sur le sac. La musique a été composée à l’occasion de l’expédition du Mexique en 1863. Les paroles de la chanson, qui font référence au boudin de charcuterie, remonteraient à la guerre entre la France et la Prusse en 1870. Le Roi des Belges avait en effet demandé à ses sujets de ne pas combattre dans l’armée française, afin que la Belgique ne soit pas considérée comme partie prenante dans le conflit. Ensuite et jusqu’en 1914, des Alsaciens et des Lorrains se sont engagés dans la Légion étrangère pour ne pas servir dans l’armée allemande. Aujourd’hui, lors de l’apéritif dans les casernes, le boudin est servi en canapé avec du vin blanc ou rouge provenant du Domaine Capitaine Danjou (le héros de Camerone, 1863) appartenant à l’Institution des Invalides de la Légion étrangère à Puyloubier (Bouches-du-Rhône). Outre le souvenir de Camerone (30 avril), la Légion célèbre la fête nationale et Noël. Selon le général de Saint Chamas, le 14 juillet constitue l’accueil du légionnaire par la Nation : « Les Français comprennent ma démarche, m’accueillent et me reconnaissent ». Par contre, à Noël, le jeune recruté « doit se sentir accueilli par la famille légionnaire ».

Loïc Salmon

Camerone : la main du capitaine Danjou, « relique » de la Légion

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

La Légion étrangère représente 7 % des effectifs de l’armée de Terre. Elle compte 7.300 hommes, répartis dans une unité de commandement et onze régiments ou unités. Les huit régiments stationnés en métropole, placés pour emploi auprès du Commandement des forces terrestres, sont régulièrement engagés en opérations extérieures, missions intérieures (plan Vigipirate notamment) et missions de courte durée (quatre mois). Trois appartiennent à la 6ème Brigade légère blindée (cavalerie, génie et infanterie). Un régiment est intégré à la 11ème Brigade parachutiste et un autre à la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. Trois unités sont stationnées outre-mer et à l’étranger : le 3ème Régiment étranger d’infanterie à Kourou (Guyane), le Détachement de la Légion étrangère de Mayotte et la 13ème Demi-brigade de Légion étrangère à Abou Dhabi (Emirats arabes unis). L’état-major de la Légion se trouve à Aubagne, auquel sont rattachées trois unités : administration centrale (Aubagne) ; instruction et formation (Castelnaudary) ; recrutement (Fontenay-sous-Bois).




Afghanistan : la Task Force La Fayette s’en va

« Il est temps de partir. Il est temps de passer la main aux forces armées et de sécurité afghanes », a déclaré le général Eric Hautecloque-Raysz, commandant la Task Force La Fayette (TLFL) depuis avril 2012, Au cours d’une visioconférence le 14 novembre 2012 entre Kaboul et le ministère de la Défense à Paris, il a dressé le bilan de son mandat, marqué notamment par la visite du président de la République François Hollande (25 mai), les transferts de la sécurité des provinces de Surobi (12 avril) et Kapisa (4 juillet), les départs des bases de Tora (31 juillet) et Tagab (30 septembre). Les séjours des militaires français varient désormais de 3 à 8 mois. Entre le 3 juin (ordre de désengagement) et le 30 septembre (sortie de la zone la plus exposée), la TLFL a réalisé 224 opérations et 47 convois de désengagement. Le général Hautecloque-Raysz estime que l’armée nationale afghane, capable d’une grande résilience, a accompli « un effort majeur » pour sensibiliser la population et les forces de sécurité afghanes à la menace des engins explosifs improvisés. Ses chefs tentent d’éviter les pertes collatérales civiles et de protéger leurs soldats. Selon le général, les 7.500 militaires et policiers afghans déployés en Kapisa et Surobi ont les moyens de les sécuriser : planification  d’état-major autonome, maillage policier complet et coordination aux niveaux provincial et de district. Les insurgés, évalués à 450 à 600 talibans, sont devenus minoritaires et ne seront bientôt plus protégés par la verdure en raison de l’approche de l’hiver, particulièrement rigoureux en Afghanistan. Au 12 novembre, la TFLF comptait encore 2.200 militaires et le bilan de son retrait s’établissait à 164 vols, 4 navires affrétés et plus de 500 matériels roulants et 400 conteneurs. Le désengagement se déroule conformément au calendrier (voir rubrique « Archives » : « Afghanistan, retrait des troupes combattantes en bon ordre » 5-9-2012).

Loïc Salmon

 




La sécurisation des océans : un impératif mondial

L’avenir du monde dépend des océans, dont la conquête raisonnée de leurs ressources est un enjeu politique, économique, social et sécuritaire majeur. La liberté de circulation et d’exploitation des mers, de plus en plus menacée, repose sur la surveillance et le contrôle que peuvent exercer les Etats.

C’est ce qu’ont expliqué trois présidents-directeurs généraux d’entreprises en rapport avec la mer, au cours d’une table ronde tenue le 24 octobre 2012 au salon Euronaval 2012 du Bourget (banlieue parisienne) : Patrick Boissier (DCNS, armement naval), Philippe Louis-Dreyfus (Louis-Dreyfus Armateurs, transport maritime) et Jean-Michel Malcor (CGG Veritas, recherche sismique). Avec 11 Mkm2, la France dispose de la deuxième zone économique exclusive (ZEE) du monde après les Etats-Unis.

Les vulnérabilités. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer limite à 12 milles (22 km) les eaux territoriales, où un pays riverain exerce sa pleine souveraineté. Or, la course aux ressources maritimes, à l’origine de compétitions acharnées, se répercute sur la délimitation des ZEE qui marque une tendance à la « territorialisation » des mers jusqu’à  200 milles (370 km) au large, déjà source de tensions en mer de Chine (Chine, Japon, Taïwan, Viet Nam, Malaisie, Brunei et Philippines), dans l’océan Arctique (Russie, Canada et Etats-Unis) et en Méditerranée orientale (Chypre, Turquie et Grèce). Les routes maritimes, de plus en plus denses, deviennent aussi des lieux de tensions, surtout dans les détroits et zones côtières, où se produisent  des modes d’actions « asymétriques ». Un Etat doté de moyens militaires technologiquement avancés peut être gêné par les attaques d’un adversaire beaucoup moins armé et parfois difficile à identifier avec certitude. Des dispositifs étatiques de contrôle des activités en mer se mettent en place, mais l’immensité des océans ne permet pas de les maîtriser à distance. « Les radars et les caméras de surveillance n’ont jamais rendu inutiles les gendarmes et les policiers armés », souligne Patrick Boissier. La piraterie remet en cause la sécurité des personnes et des biens et va causer de graves difficultés économiques à terme, estime Philippe Louis-Dreyfus. Elle change quantitativement (actes de plus en plus nombreux) et qualitativement (nouvelles filières économiques) en océan Indien et bientôt à proximité de l’Amérique du Sud. Certains bâtiments, lents et peu manœuvrants en raison même de leurs activités, deviennent des proies idéales : bateaux de pêche et navires de recherche sismique pour la prospection pétrolière en mer dans des fonds supérieurs à 3.000 m, secteur en pleine croissance. Les pirates sont de plus en plus audacieux et capables d’agir à grande distance. Ainsi, des pirates somaliens ont capturé un roulier thaïlandais, qui leur a servi de « navire-mère » pour attaquer des navires civils au large de l’Inde. Les navires de recherche sismique sont particulièrement tentants pour les pirates, en raison de la valeur de leurs équipements, qui peuvent se revendre sur le marché international, et de leurs équipages pléthoriques, qui constituent autant d’otages potentiels et donc de rançons. En effet, un navire de recherche sismique navigue à 5 nœuds (9 km/h) et tire une ou plusieurs « flûtes (câbles) sismiques » (coût unitaire 30 M$ ou environ 23 M€) longues chacune d’environ 1 km, à 10 km du navire et jusqu’à 3 km de profondeur. En outre, il embarque un équipage de 50 à 60 personnes (personnel scientifique compris). Accompagné d’une unité de soutien, il est en service 24h sur 24 pendant environ 340 jours/an. Son exploitation coûte de 150.000 à 250.000 $/jour (monnaie de référence dans le domaine maritime civil). Sa capture par des pirates, d’une durée plus ou moins longue jusqu’à sa libération à l’issue de négociations laborieuses avec ou sans intervention  militaire, entraînerait des pertes financières considérables pour son opérateur. Par ailleurs, selon Jean-Michel Malcor, les contraintes techniques d’exploitation d’un navire de recherche sismique pose la question de sa sécurité (arraisonnement éventuel) dans une zone frontalière litigieuse, comme en mer de Chine (Chine/Viet Nam). S’y ajoute la complexité du cadre légal de recherche : « Nous avons des permis de prospection délivrés par les Etats, mais qui peuvent varier d’un Etat à l’autre ». Tout cela constitue des entraves à la liberté d’exploitation des océans, qu’il convient de sécuriser.

La puissance maritime. Face à la piraterie, certaines compagnies maritimes et des opérateurs de plates-formes de production pétrolière en mer recourent à des sociétés militaires privées. Philippe Louis-Dreyfus estime que cette protection doit rester du ressort de l’Etat. « Ces équipes embarquées, qui n’ont pas toujours la qualification nécessaire, devraient être certifiées, dit-il, ou composées d’anciens militaires habilités à assurer la sécurité de nos navires ». Il recommande que des décisions en ce sens soient prises de concert dans les instances internationales. Par ailleurs, la haute mer constitue un théâtre de manœuvre des forces aéromaritimes et sous-marines. La Marine de guerre a toujours été considérée comme un instrument de puissance et de pouvoir, attributs majeur du statut international d’un Etat dans le cadre d’une stratégie à long terme. L’appropriation des espaces maritimes ne peut être l’objet ultime d’une politique, estime Patrick Boissier, mais leur contrôle constitue une condition indispensable de la puissance. Tous les pays émergents l’ont bien compris et se dotent d’une Marine de haute mer pour défendre leurs intérêts. Eux et même leurs voisins engagent d’importants programmes d’extension ou de renouvellement de leurs flottes militaires, alors que les nations européennes ne parviennent pas à définir une politique maritime ambitieuse. La voie maritime et le statut de la haute mer, ouverte à tous, facilitent l’entrée de bâtiments militaires sur un théâtre de crise. « Les stratèges, souligne Patrick Boissier, s’orientent  de plus en plus vers des actions de la mer vers la terre, qui mettent en avant les forces aéronavales interarmées sous mandat international et donnent une résonnance nouvelle à la notion de pré-positionnement ».

Loïc Salmon

Les zones de production sont installées de préférence sur des voies navigables ou à proximité du littoral maritime, où se concentre la majorité de la population mondiale. Les océans recèlent des ressources considérables déjà exploitées : pétrole, gaz, énergie éolienne, pêche et aquaculture. Demain, s’y ajouteront l’énergie hydrolienne, les minerais, les terres rares et les médicaments et, dans un avenir plus lointain, l’énergie thermique et la biomasse. Aujourd’hui, ces activités représentent une valeur ajoutée de 1.500 Md€ par an dans le monde, soit le deuxième secteur économique après l’agroalimentaire. Pourtant, les activités maritimes sont affectées par les conflits des eaux frontalières et surtout par la piraterie (voit revue téléchargeable de  mars 2011 p.9-16).




L’Europe de la défense pour faire face aux crises

L’ambition collective (27 membres) d’une Europe de la défense apparaît nécessaire dans un monde de risques et de menaces globaux et de plus en plus interconnectés. Telle est la conviction  du général d’armée aérienne Patrick de Rousiers, président du comité militaire de l’Union européenne désigné le 23 janvier (voir rubrique Archives  : « Union européenne, un Français à la tête du Comité militaire » 1-02-2012). Lors d’une conférence de presse le 25 octobre 2012 à Paris, il s’est présenté comme « catalyseur de consensus entre les 27 », porte-parole des différents chefs d’état-major des armées et conseiller de la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton. Son rôle consiste à apporter une expertise militaire au Service européen pour l’action extérieure au moyen d’une planification générale (risques, enjeux et ce qui est possible ou pas) et opérationnelle (désignation du commandant de théâtre et définition des règles d’ouverture du feu). Selon le général, il s’agit d’engager tout le monde, même les pays qui ne sont pas présents sur le terrain. Cela prend de deux jours (Géorgie, 2008) à six mois (piraterie au large de la Somalie, 2008). Sont considérés comme des réussite européennes : le Commandement du transport aérien européen (convergence capacitaire) et les actions communes au Tchad (2007-2009) et en Somalie (mission de formation de forces de sécurité lancée en 2010). Mais, il n’y a aucune volonté de créer une armée européenne, a rappelé le général. Les accords dits « Berlin plus » (Washington, 1999 et Nice 2000) permettent à l’Union européenne de faire appel aux moyens et capacités de l’OTAN en cas de crise, mais sans engager militairement l’Alliance : planification, état-major, commandement et conduite (informations) et enfin détection aéroportée (avions AWACS). Toutefois, leur application dépend de l’approbation de l’Union européenne et… de celle de l’OTAN ! Faute de cette dernière, explique Patrick de Rousiers, seul le développement de l’Europe de la défense permettra de se doter des procédures communes d’engagement. Enfin, a déclaré le général, « je m’attacherai à trouver le compromis juste »  en ce qui concerne la détermination des projets capacitaires à mener à bien au sein de l’Agence européenne de défense (Archives : « AED, vision stratégique, recherche et technologie » 15-8-2012).

Loïc Salmon