Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Joseph et Marie Hackin, connus pour leurs travaux archéologiques en Afghanistan dans les années 1930, ont été nommés « compagnons de la Libération » à titre posthume. C’est le seul couple de l’Ordre de la France libre.

Le « savant combattant ». D’origine luxembourgeoise, Joseph Hackin (1886-1941), diplômé de l’Institut commercial de Paris, entre en 1905 à l’Ecole libre des sciences politiques (section économique et sociale). Son intérêt pour les civilisations orientales s’éveille par ses fréquentes visites au musée Guimet, place d’Iéna et proche du domicile familial. Cela l’incite à choisir un sujet de fin d’études politiques original : « Une phase de l’histoire comparée des religions (de l’Iran et du Japon) ». Il entretient une correspondance avec Emile Guimet, dont le nom est associé à celui des Arts asiatiques qu’il a fondé en 1888 à partir des collections amassées au cours de ses voyages. Engagé comme secrétaire d’Emile Guimet et diplômé de « Sciences-Po » en 1907, Joseph Hackin continue des études historiques et philologiques en sanscrit et en tibétain à l’Ecole pratique des hautes études. Une fois diplômé en 1911, il commence une thèse de doctorat sous la direction de son professeur de sanscrit, Sylvain Lévi, professeur au Collège de France. L’obtention de la nationalité française l’année suivante, grâce aux relations d’Emile Guimet, lui permet d’être embauché au musée Guimet comme conservateur-adjoint en 1913. Considéré comme trop âgé (27 ans !), il est dispensé de service militaire…mais pas de la mobilisation générale au début de la première guerre mondiale. Fantassin de 2ème classe en août 1914, il la termine comme lieutenant commandant de compagnie, au terme d’un long parcours de combattant : bataille de la Marne (1914) ; offensive en Artois (1915) ; Verdun (1916-1917) ; Serbie (1918) ; Ukraine (1919). Titulaire de la croix de Guerre (deux citations) et chevalier de la Légion d’honneur, il a été blessé trois fois (1915, 1916 et 1918). Il consacre une année complète de soins à continuer puis présenter, en 1916, sa thèse intitulée « Scènes figurées de la vie de Bouddha d’après les peintures tibétaines ». Son propre courage physique lui fera dire que « le danger mesure exactement la valeur de la personnalité humaine ». Dans ses carnets de guerre, il analyse, à partir de son expérience du combat, les raisons de son attachement à la France qui justifient de « tenir envers et contre tout ». Démobilisé en 1919, il revient au musée Guimet, dont il devient le conservateur quatre ans plus tard. Il en enrichit les collections et le réorganise avec deux galeries d’archéologie khmère et une salle dédiée aux fouilles du monastère de Hadda (Afghanistan). La bibliothèque devient un centre de recherche grâce à l’acquisition de nombreux ouvrages. En 1928, il épouse Marie Parmentier (1905-1941), elle aussi de famille luxembourgeoise. Arrivée à Paris quelques années plus tôt, Marie suit les cours de l’Ecole du Louvre en auditrice libre et réside avenue d’Iéna, près du musée Guimet. Naturalisée française par son mariage, elle participe aux recherches de Joseph, tant dans ses missions en Asie que pour ses travaux scientifiques au musée Guimet.

Les grands voyageurs. En 1924, Joseph Hackin effectue sa première mission en Afghanistan et vit « l’archéologie comme un sport », écrit-il dans ses carnets. Il se rend notamment dans la vallée de Bamyan, où il réalise sa première étude sur les Bouddhas géants. Il participe aux fouilles dans le Sud de Bagram et y découvre, dans le monastère de Païtava, un « Bouddha au grand miracle » (photo). Cette stèle révèle l’extension en Afghanistan de l’art bouddhique, venu de l’Inde et marqué par les influences iranienne, grecque et romaine. Elle représente Sâkyamouni, le Bouddha historique, qui manifeste sa puissance devant l’assemblée des maîtres « hérétiques » en accomplissant des miracles. Le lotus de la Loi est gravé dans la paume de sa main droite levée. Les dieux hindous Indra et Brahma tiennent un parasol au-dessus de sa tête, en signe de révérence. Deux petits bouddhas, assis en méditation, l’encadrent pour accentuer son aspect monumental. Cette campagne de fouilles va profondément marquer Joseph Hackin qui, rentré en France en 1925, se détourne du Tibet au profit de l’Afghanistan. Quatre ans plus tard, il repart pour Kaboul diriger les fouilles de la Délégation française en Afghanistan, en compagnie de Marie et de l’architecte Jean Carl. Lors des événements liés à la prise de pouvoir par Nadir Shah, sa participation, l’arme à la main, à la protection de la légation française, lui vaut une promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur. Ensuite, il organise la remise en ordre du musée de Kaboul et explore les sites de Bamiyan et de Kakrak. De 1930 à 1933, à la tête de la Maison franco-japonaise à Tokyo, Joseph y dirige l’action intellectuelle de la France au Japon. De mai 1931 à février 1932, il accompagne la mission Citroën Centre-Asie (la « Croisière jaune ») à travers l’Afghanistan, l’Himalaya et la Chine, où il acquiert des sculptures chinoises et tibétaines pour les musées Guimet et du Louvre. Rentré en France en 1933, il devient titulaire de la chaire d’art et d’architecture de l’Inde à l’Ecole du Louvre. Pendant quatre autres missions en Afghanistan et son séjour au Japon, Marie photographie et filme paysages, découvertes et gens.

Les Résistants. En Afghanistan en 1939, Joseph Hackin est mobilisé sur place comme officier de liaison auprès de la légation de France à Kaboul. En désaccord avec l’armistice de juin 1940, il informe de son ralliement le général de Gaulle, qui lui demande de le rejoindre à Londres. Le couple y arrive mi-octobre après un voyage de 20.000 km via l’Afrique du Sud. Joseph s’engage dans les Forces françaises libres le 19 octobre et Marie le 26 décembre. Début 1941, Joseph est chargé d’entrer en contact avec le gouvernement de l’Inde, de mettre de l’ordre entre les groupes rivaux de la France libre des comptoirs français, premiers ralliés de l’Empire colonial français, et d’établir des relations avec les gouvernements de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Le 20 février, Marie embarque avec lui comme secrétaire sur le Jonathan-Holt. Ils disparaissent lors de son torpillage par un sous-marin allemand le 24 février au large des Îles Féroé.

Loïc Salmon

De l’Asie à la France libre

La Résistance en Europe, les combattants de l’ombre

L’exposition « De l’Asie à la France libre » (15 juin-16 septembre 2018) est organisée par et dans le musée de l’Ordre de la Libération aux Invalides à Paris. Elle présente des photographies, documents, objets et archives cinématographiques sur la « Croisière jaune » à travers l’Asie centrale jusqu’à Pékin (avril 1931-février 1932) et la destruction des Bouddhas de Bamyan (Afghanistan) par les talibans (mars 2001). L’ensemble provient des collections des musées des Arts asiatiques-Guimet, du Quai Branly-Jacques Chirac, de l’Armée, d’Art moderne-Centre Pompidou et de la Photographie, du Service historique de la défense, des Archives nationales et de la Cinémathèque française. Le musée de l’Ordre de la Libération accueille en moyenne 100.000 visiteurs par an. Il dispose de collections permanentes et d’un centre de recherches et de documentation : dossiers individuels de compagnons de la Libération ; collection de presse et périodiques ; 6.500 ouvrages ; 30.000 photographies. (www.ordredelaliberation.fr)




Journée d’étude « Honneur de la cité, cités à l’honneur », le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc (Meuse)

Le colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (à droite), remet une croix de Guerre 1914-1918 au colonel (ER) Philippe Mignolet, conservateur du musée du génie belge (à gauche). Au centre : Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du SHD (cravate rose) et le colonel (ER) Eric Tripnaux-Monin (micro à la main).

Placée sous le haut patronage du général d’armée Benoît Puga, Grand chancelier de la Légion d’honneur, une journée d’étude, consacrée aux villes décorées, s’est déroulée le 16 novembre 2018 à Bar-le-Duc. Elle a été organisée par le Service historique de la défense, le Département de la Meuse, qui a mis à disposition l’hémicycle de son hôtel, et l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire, dont le délégué pour la Meuse, le colonel (ER) Alain Artisson, directeur de la mission « Histoire » du département.

Plus de cent élus de communes, décorées des deux guerres mondiales, ont écouté avec attention les interventions mettant ces cités à l’honneur. La journée a été ouverte par de brèves allocutions de Claude Léonard, président du Conseil départemental de la Meuse, du colonel (H) Michel Bachette-Peyrade, président de l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM), et de Jean-François Dubos, conservateur en chef de la bibliothèque du Service historique de la Défense (SHD) et vice-président de la Société d’histoire des ordres et décorations. Ont suivi des exposés, passionnants et documentés, sur les villes décorées de la Légion d’honneur, celles décorées de la croix de Guerre et celles médaillées de la Résistance et Compagnons de la Libération. Par ailleurs, le colonel (ER) de l’armée belge, Eric Tripnaux-Monin, a expliqué pourquoi la ville de Liège a reçu la Légion d’honneur en 1916 et d’autres villes la croix de Guerre française. En effet, une croix de Guerre belge a été créée le 25 octobre 1915, pour acte de bravoure à titre individuel ou collectif. Toutefois, la Belgique n’a décoré aucune ville commune belge pendant la Grande Guerre, alors que toutes ont subi des dommages. Il faudra attendre 2006 pour que sept d’entre elles reçoivent l’appellation de « ville martyre » ! En revanche, onze villes recevront la croix de Guerre belge 1940-1945. Les actes complets du colloque feront l’objet d’une publication en juin 2019 par le SHD et l’ANCGVM. En outre, le dossier du numéro de juin 2019 de la revue « Croix de Guerre & Valeur militaire » de l’ANCGVM reprendra l’essentiel des exposés.

 

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Loïc Salmon

Bar-le-Duc | Juin 2017

 




Journée de rencontre-débats sur les institutions civiles décorées de la croix de Guerre reportée à juin 2022

 

LA MARQUE DU COURAGE

Les Institutions civiles décorées de la Croix de Guerre

JOURNEE DE RENCONTRE-DEBATS

Reportée à une date à déterminer vers la mi-juin 2022

en raison des restrictions sanitaires.

Le programme reste le même.

 

De 9 h à 18 h

A L’ENA

2, avenue de l’Observatoire 75006 PARIS

 PROGRAMME DU MATIN

9H00 > ACCUEIL

Monsieur Frédéric GUTHMANN

Secrétaire général de l’Ecole Nationale d’Administration

Colonel (R) Michel BACHETTE-PEYRADE

Président national de l’ANCGVM

10H00 > 1ère TABLE RONDE

Les 14 grandes écoles civiles décorées de la Croix de Guerre

Présidée par le Colonel (R) Pierre CASTILLON,

Président fondateur de l’Académie des technologies

12H00 > INTERVENTION

Madame Geneviève DARRIEUSSECQ

Ministre déléguée auprès de la Ministre des Armées,

chargée de la Mémoire et des Anciens combattants

12H30 COCKTAIL DEJEUNATOIRE

PROGRAMME DE L’APRES-MIDI

14H00 > 2ème TABLE RONDE

Les administrations et organisations civiles décorées de la Croix de Guerre

Présidée par Madame Frédérique NEAU-DUFOUR,

Professeur agrégé d’histoire, Ecrivain

16H00 > 3ème TABLE RONDE

Les entreprises et organisations professionnelles

décorées de la Croix de Guerre

Présidée par le Lieutenant-colonel (R) Franck GALLAND,

Directeur général d’Environmental Emergency & Security Services, (ES)²

 17H30 > INTERVENTION

Général d’armée Benoît PUGA,

Grand chancelier de la Légion d’honneur

 Débats des trois tables rondes modérés par Monsieur Jean-François DUBOS,

Conseiller scientifique de la journée d’étude,

Chef du département de la bibliothèque du Service Historique de la Défense

Par ailleurs, voici quelques liens utiles concernant la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des Armées :

www.defense.gouv.fr/memoire

www.eduscol.education.fr/cid47702/ressources-nationales-pour-l-education-a-la-defense.html

www.cheminsdememoire.gouv.fr

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr