Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Unique régiment d’artillerie à porter la fourragère de la Légion d’Honneur avec le ruban de la croix de Guerre 1914-1918, le 61ème Régiment d’artillerie (RA) de Chaumont s’est spécialisé dans le renseignement pour l’armée de Terre au moyen des drones et de l’imagerie, après avoir utilisé tous les types de canons de 1910 à 1999.

L’action des drones combinée au renseignement permet d’anticiper départs de crises, préparations de conflit et déplacements de population. Dans la conduite des missions, l’imagerie fournit une aide à la navigation et identifie l’objectif à l’aide de points de recalage. Pour la frappe, elle positionne la cible dans son environnement, l’acquiert à vue, la désigne et guide l’arme jusqu’au point d’impact. Enfin, elle contribue à la restitution des missions et l’évaluation des dommages, grâce aux capteurs ayant servi à la frappe ou par l’envoi d’une mission spécifique sur des objectifs déjà traités. Par ailleurs, les images constituent des preuves dans le domaine politico-stratégique : prévention ou gestion des crises ; contrôle du désarmement ; suivi de la prolifération ; contrôle de l’application des traités internationaux ; aide à l’engagement des forces ; prévention et évaluation des dégâts causés par une catastrophe naturelle ; participation aux efforts d’aide humanitaire. La planification d’une opération repose sur la cartographie, les bases de données sur les sites d’intérêt stratégique et un processus de ciblage qui dépendent du renseignement d’origine image. Ce dernier interagit avec les renseignements d’origines humaine et électromagnétique. En synergie avec l’analyse géographique, tous les renseignements participent au « renseignement multicapteurs », spécificité de la Brigade du renseignement. Fondée le 1er juillet 2011, celle-ci, forte de plus de 4.000 personnels, compte un état-major et 5 unités : le 2ème Régiment de hussards pour la recherche de renseignement dans la profondeur et le recueil de l’information d’origine humaine ; le  54ème Régiment de transmissions pour le renseignement électromagnétique de proximité et au contact ; le 28ème Groupe géographique ; le 44ème Régiment de transmissions pour le renseignement d’origine électromagnétique dans la profondeur ; le 61ème RA. Afin de produire du renseignement directement utilisable par les échelons supérieurs, 3 de ces régiments, dont le 61ème RA, ont constitué une unité d’analyse et de diffusion. Celle-ci arme le poste de commandement d’un bataillon de renseignement multicapteurs : orientation et coordination de la recherche des différents capteurs, récupération de l’information brute, son exploitation par recoupement et enfin sa diffusion. Les interprètes images préparent les missions du « combat camera » au moyen de caméscopes et d’appareils photos avec localisation par GPS embarqués sur des hélicoptères. En outre, le 61ème RA dispose d’un groupe d’exploitation d’images de satellites militaires, civils et interalliés. En 4 ans de séjour en Afghanistan, ce régiment a réalisé environ 800 missions de reconnaissance ou de surveillance et des centaines de dossiers d’objectifs pour la Force internationale d’assistance à la sécurité. Mélanie Bénard-Crozat présente en détail le 61ème RA avec de nombreuses illustrations et descriptions de matériels ainsi que des témoignages des « Diables Noirs » qui les servent.

Loïc Salmon

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

« 61ème Régiment d’artillerie » par Mélanie Bénard-Crozat. Éditions Crépin-Leblond, 192 page.s 27€




Les Compagnies des Indes

La Compagnie des Indes orientales fonctionne, sous plusieurs statuts, de Louis XIV à la Révolution française.

Sa création marque l’irruption des ports de la façade atlantique dans les circuits traditionnellement réservés à ceux de la Méditerranée vers le Levant et la mer Noire. Les échanges commerciaux avec l’Asie s’accélèrent aux XIIIème et XIVème siècles avec l’unification des « routes de la soie » par l’Empire mongol. Le Portugais Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne-Espérance en 1498 et arrive en Inde. La politique de l’Empire portugais qui, en 1515 s’étend jusqu’aux Moluques, consiste «  à faire du commerce là où c’était possible et à faire la guerre là où c’était nécessaire ». En 1580 quand il reçoit la couronne du Portugal, le roi d’Espagne Philippe II interdit l’accès de ses ports aux navires des Provinces-Unies. La Compagnie hollandaise des Indes orientales, plus connue sous le sigle « VOC », voit alors le jour et établit des agences commerciales en Asie. Elle devient le modèle des autres nations marchandes de l’Occident, qui copient sa puissance financière avec le recours à de nombreux actionnaires privés et l’organisation d’un monopole commercial protégé par l’État. Après 1608, des armateurs de Londres s’associent à la haute noblesse anglaise pour développer l’East India Company (EIC). En France en 1664, Louis XIV et Colbert instituent la Compagnie des Indes orientales, qui obtient le monopole des relations maritimes et commerciales de la Perse à la Chine et au Japon. Elle fait construire ses navires dans ce qui deviendra le port de Lorient, à proximité de Port-Louis, auparavant dévolu à la Marine royale qui installera ses arsenaux à Brest, Rochefort et Toulon. Au fil des années, la Compagnie des Indes orientales forme ses propres officiers responsables de l’itinéraire d’une campagne, du respect de la discipline à bord, de l’encadrement des marins, de la surveillance des opérations commerciales et du transport des passagers. Le recrutement des équipages est une préoccupation permanente dans un contexte de fréquente pénurie. Les navires sont armés de canons pour leur protection. Outre des marchandises et des esclaves africains, ils transportent aussi des passagers, dont plus de 50 % sont des soldats du roi et des troupes de la compagnie. Les gouverneurs des comptoirs français de l’Inde engagent aussi ponctuellement des mercenaires indiens armés à l’européenne, les « cipayes », dont la valeur sera démontrée pendant les guerres franco-anglaises. Malgré la chute du comptoir français de Pondichéry en 1761, l’EIC ne triomphe pas complètement. En effet, des officiers et ingénieurs français se mettent au service d’États indiens pour contribuer à la modernisation de leurs armées. Cette influence sera entretenue jusqu’en 1840 par de discrets envois français et plusieurs générations d’arrivants. Au cours du premier tiers du XIXème siècle, l’EIC exerce une véritable souveraineté sur toute la péninsule. Toutefois, après la révolte des cipayes en 1857, elle est reléguée au commerce et perd ses attributions politiques. En 1874, la reine Victoria devient impératrice des Indes et l’EIC disparaît. De 1815 à 1962, la France conservera 5 comptoirs en Inde : Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor.

Loïc Salmon

« Les Compagnies des Indes », ouvrage collectif sous la direction de René Estienne. Éditions Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA, 288 pages, plus de 350 illustrations. 49 €




Les spécialistes de la gendarmerie

Les éditions Nane ont publié un petit livre sur les 10 spécialités de la gendarmerie avec les filières à suivre, les effectifs actuels et les adresses utiles. Ces divers spécialistes apportent leurs compétences pointues aux gendarmes enquêteurs ou de proximité.

Ainsi, ceux de la brigade nautique côtière surveillent plaisanciers, pêcheurs amateurs et professionnels, parcs à huîtres et trafics de stupéfiants venant du large. Ils utilisent parfois des « jet-skis » pour plus de discrétion. Les enquêteurs subaquatiques plongent dans les puits, lacs, fleuves et mers pour trouver des indices, équipés éventuellement d’un micro et d’une caméra… pour informer un magistrat en direct ! Les connaissances techniques et les aptitudes physiques des gendarmes de haute montagne, secouristes très sollicités, sont contrôlées tous les 3 ans pour s’assurer du maintien de leur niveau. Les maîtres-chiens peuvent choisir une quinzaine de spécialités dont celle d’assaut. Lors d’une interpellation à domicile, la présence d’un chien d’assaut est un élément dissuasif très fort ! Habituellement, le maître recueille son chien arrivant à l’âge de la retraite. Confrontés quotidiennement aux tragédies de la route, les gendarmes motocyclistes travaillent parfois avec la Fédération française des motards en colère pour prodiguer des conseils de conduite. Les pilotes d’hélicoptère sont souvent intégrés aux dispositifs de traque de malfaiteurs au sol. Leurs caméras thermiques permettent de prolonger les poursuites la nuit et au-dessus des bois. La SNCF recourt à leurs services pour surveiller les voies ferrées, dont les câbles de cuivre tentent les voleurs. Sur la route, ces hélicoptères peuvent repérer les plaques d’immatriculation des chauffards à 1 km ou transporter les personnes gravement accidentées. Les conducteurs de la brigade rapide d’intervention, dont la voiture passe de 0 à 100 km/h en 5,9 secondes, sont formés par les pilotes professionnels civils des grandes écuries automobiles. Les gendarmes spéléologues descendent jusqu’à 1.000 m de profondeur et disposent d’instruments de démultiplication de forces pour faciliter la remontée d’une civière. Ils communiquent avec la surface en glissant des antennes dans les fissures des parois, qui propagent les ondes radio. Les spécialistes des systèmes d’information et de communication (SIC) restent disponibles 24 h sur 24 dans chaque département, pour éviter toute interruption des systèmes informatiques, téléphoniques et radio de la gendarmerie. Celle-ci et la police travaillent à la mise en commun de leurs fichiers informatiques. La spécialité SIC évolue au rythme de l’avancée des technologies de communication. Les techniciens en identification criminelle (TIC), vêtus d’une combinaison blanche, de gants, d’un masque et de lunettes de protection, assistent parfois à des scènes éprouvantes pour récolter les indices les plus infimes. Cette spécialité est également ouverte aux gendarmes titulaires du diplôme d’officier de police judiciaire (2 ans d’études juridiques). Tous les 5 ans, les TIC doivent suivre un stage de perfectionnement aux nouvelles techniques. Enfin, il est très important de pouvoir « décompresser » chez eux… en raison du stress professionnel permanent !

Loïc Salmon

Milipol 2013 : innovations technologiques pour la sécurité

«  Les spécialistes de la gendarmerie », ouvrage collectif Éditions Nane 48 p. 10 €




Angkor, naissance d’un mythe

Avec les travaux archéologiques du site d’Angkor par l’Ecole française d’Extrême-Orient fondée en 1898, la France a réalisé dans la jungle cambodgienne ce qu’elle avait déjà entrepris avec des institutions similaires à Rome (1829) et Athènes (1846).

A l’occasion de l’exposition « Angkor, naissance d’un mythe » au musée Guimet à Paris (16 octobre 2013-13 janvier 2014), un ouvrage retrace le parcours et l’œuvre de celui qui fit connaître ce site en France, à savoir l’officier de Marine Louis Delaporte (1842-1925) qui y a consacré sa vie. Après avoir conquis la Cochinchine (Sud de l’Empire d’Annam), les amiraux de Napoléon III placent le Royaume du Cambodge sous la protection de l’Empire français en 1863, le dispensant ainsi de l’obligation du tribut qu’il versait au Royaume du Siam, son voisin. Toutefois, ce dernier ne lui restitue les provinces de Battambang, de Siem Reap et d’Angkor qu’en 1907. Ce fut l’occasion de festivités grandioses en 1909 dans le site des temples qui stimulèrent un tourisme naissant. Les fêtes d’Angkor, suspendues pendant les guerres de 1970 à 1991, perdurent aujourd’hui pour affirmer l’identité khmère et la souveraineté nationale.

L’enseigne de vaisseau Louis Delaporte part en Indochine en 1865. L’année suivante, le gouverneur de la Cochinchine, l’amiral Pierre-Paul de la Grandière, le désigne pour l’expédition de reconnaissance du cours du Mékong, sous les ordres du capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée et du lieutenant de vaisseau Francis Garnier. Les ruines imposantes et harmonieuses d’Angkor stupéfient Louis Delaporte. Il écrit : « L’art khmer, issu du mélange de l’Inde et de la Chine, épuré, ennobli par les artistes qu’on pourrait appeler les Athéniens de l’Extrême-Orient, est resté en effet comme la plus belle expression du génie humain dans cette vaste partie de l’Asie qui s’étend de l’Indus au Pacifique ». Il met ses talents de dessinateur au service de cette « Mission du Mékong », qui connaît un grand retentissement en France avec la publication du récit du voyage par Francis Garnier dans la revue Le tour du monde (1870-1871 et 1873). Louis Delaporte retourne au Cambodge en 1873 en mission officielle pour vérifier la navigabilité du fleuve Rouge et permettre la collecte, pour les musées nationaux, de tout ce qui présente un intérêt archéologique et artistique. De retour à Paris, il est chargé de monter, au château de Compiègne, un « musée khmer », dont l’Exposition universelle de 1878 assure la notoriété. Il effectue une dernière mission au Cambodge en 1881 pour lancer plusieurs chantiers de fouilles, qu’il continuera à contrôler depuis Paris. Son « musée indochinois », installé au palais du Trocadéro (Paris), abritera, jusqu’aux années 1930, des sculptures originales, des moulages en plâtre et des reconstitutions composites d’architecture des temples khmers. Ces moulages furent longtemps considérés comme sans valeur, car ne relevant pas de l’histoire de l’art. Mais, depuis quelques années, ils sont restaurés et exposés en tant qu’œuvre d’art à part entière au musée Guimet. L’Ecole française d’Extrême-Orient se charge des travaux scientifiques sur l’art khmer. Mais, Louis Delaporte n’en fit jamais partie, « laissant aux érudits la recherche des idées mystérieuses, du sens caché des diverses parties des édifices et des représentations sacrées qui en sont l’ornement ».

Loïc Salmon

Exposition « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » aux Invalides

INDOCHINE, des territoires et des hommes, 1856-1956

« Angkor, naissance d’un mythe » ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée des arts asiatiques Guimet 312 pages dont 3 dépliants et environ 280 illustrations 49 €




INDOCHINE, des territoires et des hommes, 1856-1956

Cet ouvrage, véritable « somme » de la présence française en Indochine pendant 100 ans, complète l’exposition organisée par le musée de l’Armée à Paris (16 octobre 2013-26 janvier 2014).

La première partie concerne les rapports politiques et culturels. L’Histoire, vue par les vainqueurs ou les vaincus, a pour but le dialogue à égalité de tous les acteurs de cette période. La domination politique française, souvent acquise par les armes, s’est prolongée par la domination juridique. L’administration et la justice, abandonnées par les mandarins de l’empire d’Annam en fuite, sont alors exercées par des officiers de Marine et d’Infanterie de marine. En 1873, le recrutement s’élargit aux civils à Saigon puis l’Ecole coloniale voit le jour en 1889 à Paris. En outre, dès le début de la conquête, officiers de Marine et militaires mènent des explorations scientifiques pour reconnaître les espaces inconnus et le réseau hydrographique, notamment le Mékong (Henri Mouhot, Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier). Sur le plan sanitaire, l’Indochine n’a pas la sombre réputation de l’Afrique subsaharienne. Dès 1867, les médecins militaires exercent leur art et collectent des données botaniques, ethnographiques et cartographiques. Tout médecin doit remplir trois missions : humanitaire ; politique, en montrant la supériorité occidentale et d’abord française ; économique, en fortifiant et accroissant la main-d’œuvre indigène. Les consultations gratuites itinérantes et les campagnes de prévention et de vaccination sont lancées dans les années 1870. La médicalisation est un fait militaire, contrairement à l’éducation, autre pilier de l’action sociale civilisatrice. Les militaires exercent les plus hautes fonctions pendant les périodes troublées : amiraux gouverneurs du début ; colonels chefs de territoires militaires et généraux commandants supérieurs dans les capitales de la colonie de Cochinchine et des protectorats du Tonkin, d’Annam, du Cambodge et du Laos, pendant la pacification ; amiraux Decoux et Thierry d’Argenlieu et généraux de Lattre de Tassigny et Salan cumulant les responsabilités civiles et militaires à partir de 1940. Pourtant dès 1946 et quoique bien renseignés, les chefs militaires français, auréolés de leur victoire sur l’Allemagne nazie, ne comprendront pas la forte volonté d’indépendance de la population indochinoise. L’autodidacte Ho Chi Minh (1890-1969), fondateur du journal Le Paria et militant du Parti communiste français, est envoyé à Moscou en 1923 et devient l’un des cadres les plus actifs du bureau Orient de l’Internationale communiste. La suite est connue. La seconde partie de l’ouvrage constitue le catalogue de l’exposition. Les militaires sont les premiers collectionneurs de « bibelots » (boîtes incrustées de nacre, ivoires ou soieries), à l’origine des collections de nombreux musées d’Europe enrichies par legs ou dons. Mais, pour limiter le pillage d’œuvres d’art, des décrets sont promulgués en 1900, 1913 et 1924. L’exotisme inspire les écrivains, dont Henri Casseville (Sao, l’amoureuse tranquille, 1928), André Malraux (La voie royale, 1930) et Claude Farrère (Fumée d’opium, 1932). Enfin, les affiches des diverses propagandes de l’époque et les polémiques récurrentes rappellent que l’ex-Indochine ne laisse pas indifférent.

Loïc Salmon

Exposition « Indochine, des territoires et des hommes, 1856-1956 » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

INDOCHINE, des territoires et des hommes 1856-1956, ouvrage collectif de 50 auteurs. Editions Gallimard Musée de l’Armée 320 pages 39 €




La Légion d’honneur

En 2013, environ 93.000 personnes sont décorées de la Légion d’honneur. Chaque année, celle-ci est attribuée à 2.100 civils à parité hommes/femmes, à 1.100 militaires d’active, de réserve et anciens combattants et à 400 étrangers.

Toutefois, ces derniers ne font pas partie de cet ordre de chevalerie, institué en 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, pour récompenser les « services éminents » rendus à la Nation et selon les principes égalitaires de la Révolution. Le fameux « ruban rouge » moiré, pérenne depuis plus de deux siècles mouvementés de l’Histoire de France, remonte à Louis XIV qui avait créé l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis en 1693, supprimé par la Convention en 1792. L’Ordre de la Légion d’honneur est, depuis sa création, dirigé par un Grand Maître, en l’occurrence le chef de l’État intronisé le jour de son investiture. Son nom vient de la Rome antique, modèle des révolutionnaires de 1789 : les soldats romains étaient nommés « honorati » et la « légion » en regroupait l’élite. Son siège est installé depuis 1803 à l’hôtel de Salm (Paris), qui abrite aussi le musée de la Légion d’Honneur où sont exposées des décorations de plus de 120 pays : 4.600 œuvres, dont 4.000 insignes d’ordres et récompenses français et étrangers depuis le Moyen-Âge. En raison de son prestige, de nombreux gouvernements étrangers s’en sont en effet inspirés pour créer leurs ordres nationaux. Les femmes ont accédé progressivement aux trois grades et deux dignités, finalisés en 1816 : chevalier dès 1851 ; officier, 1895 ; commandeur, 1931 ; grand officier, 1953 ; grand-croix, 1998. Soucieux de l’instruction des filles de « légionnaires », Napoléon crée en 1805 les « maisons d’éducation de la Légion d’Honneur » aux Loges (collège) et à Saint-Denis (lycée), qui dispensent encore aujourd’hui une éducation morale et citoyenne ainsi qu’une formation intellectuelle de qualité : 100 % de réussite au brevet et au baccalauréat. Ces maisons sont ouvertes aux filles, petites-filles et arrière-petites-filles des membres de la Légion d’Honneur, des titulaires de la Médaille militaire (créée pour les militaires non officiers par Napoléon III en 1852) et des membres de l’Ordre national du Mérite (fondé par le général de Gaulle en 1963), mais les places sont chères : 300 places par an pour 1.000 candidates !

Les décorés de la Légion d’honneur, sans distinction de naissance, d’origine sociale, de profession et de diplôme, se retrouvent sur l’essentiel : le dépassement de soi, l’excellence au bénéfice du bien commun et le rayonnement de la France. Ils sont ensuite incités à faire partie de la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH), fondée en 1921, reconnue d’utilité publique et qui compte aujourd’hui 60.000 membres. Sous la devise « Honneur Patrie Solidarité », la SMLH poursuit trois objectifs : concourir partout au prestige de l’Ordre de la Légion d’honneur ; promouvoir ses valeurs et développer l’esprit civique et patriotique auprès de la jeunesse ; participer à des activités de solidarité nationale.

Pour éviter les abus, certaines personnes ne peuvent être proposées pendant l’exercice de leurs fonctions : ministres, parlementaires, membres des cabinets ministériels et fonctionnaires internationaux. Toutefois, les anciens Premiers ministres de la Cinquième République ayant exercé leurs fonctions pendant deux ans au moins sont élevés à la dignité de grand officier. Par ailleurs, tout acte déshonorant commis par un « légionnaire » peut entraîner une sanction : blâme, suspension et même exclusion de l’Ordre. Enfin, le port sans droit de la Légion d’Honneur est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 € d’amende !

Loïc Salmon

La Légion d’honneur, ouvrage collectif, 3ème édition en 2013. Éditions Nane 48 pages 10 €

 




Femmes en guerre 1940-1946

Cet ouvrage, réalisé par cinq personnes, présente les femmes qui ont participé, sous l’uniforme, à la seconde guerre mondiale du côté des Alliés. Abondamment illustré de photos et documents, sans oublier les détails vestimentaires et insignes,  il souligne leur engagement et leurs difficultés à se faire admettre par leurs collègues masculins. « Bien des combattants d’hier tiennent pour inadmissible la présence de femmes dans leurs rangs. Nous ternissons la pureté de leur légende, mettons de la sauce majorette dans leur gloire », explique Suzanne Torrès, qui épousera le futur général Massu. Elle fait partie des Françaises vivant à New York que la riche Américaine Florence Conrad, soutenue par les puissantes ligues féministes, recrute en 1943 pour créer le groupe de conductrices ambulancières « Rochambeau », du nom du commandant des troupes françaises pendant la guerre d’Indépendance américaine. Les « Rochambelles » accompagnent la 2ème Division blindée du général Leclerc jusqu’en Allemagne. En décembre 1940, au Caire, le général Catroux crée le Bureau central d’assistance pour les Forces françaises libres au Moyen-Orient et en confie la direction à sa femme Marguerite, infirmière principale de 1ère classe. Une autre infirmière, la comtesse Gali-Leila du Luart, met sur pied la Formation chirurgicale mobile (FCM) N°1, franco-américaine de statut civil, pour secourir les grands blessés pendant la campagne de France. Elle reçoit la croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Après divers avatars, la FCM reprend du service en Tunisie en 1942, suit tous les combats en Italie, rejoint la France le 31 mai 1945 et défile à Paris le 14 juillet. L’armée de l’Air crée le Corps auxiliaire féminin en 1943 à Alger. Parmi ces « filles de l’air » figurent la chanteuse américaine Joséphine Baker (croix de guerre avec palme et chevalier de la Légion d’Honneur) et l’aviatrice Maryse Bastié (croix de Guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur). Outre ces grandes dames, nombreuses furent les femmes de métropole et des colonies à contribuer à la libération de la France. En Afrique du Nord, les volontaires doivent avoir entre 18 et 45 ans mais, les effectifs ne suffisant pas, un appel individuel sous les drapeaux est institué pour les Françaises de 21 à 40 ans, célibataires, veuves, divorcées et mariées sans enfants. Seules celles ayant souscrit un engagement peuvent servir aux armées. De tous les corps féminins, celui des transmissions, créé par le général Merlin, est le plus connu. Les « Merlinettes » participent à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Parmi les 30 d’entre elles recrutées par le 2ème Bureau (renseignement), 7 seront parachutées en France occupée, capturées par les Allemands et exécutées. La Marine constitue les Services féminins de la flotte (SFF), dont les cadres sont recrutés en fonction des diplômes, des états de service ou des services rendus. Deux groupes d’ambulancières SFF se distinguent au 1er Régiment de fusiliers marins et au Régiment blindé de fusiliers marins. Les premières, engagées en Italie en juillet 1944, seront considérées comme membres à part entière de l’unité, malgré la méfiance du début, pour leur courage, leur endurance et leur calme en toutes circonstances. Les secondes seront présentes à la prise de Berchtesgaden (« nid d’aigle » d’Hitler) les 4 et 5 mai 1945. Pourtant, l’unique monument aux ambulancières mortes pour la France, situé à Réchésy (Territoire de Belfort), ne sera inauguré… qu’en 1991 !

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

 

« Femmes en guerre 1940-1946 » (2013).

Éditions E-T-A-I/176 pages/36 €




JU 87 « Stuka »

A travers les carrières et les témoignages de ses pilotes, c’est l’histoire de l’avion Ju 87 (Junkers) « Stuka » d’appui aux troupes au sol que relate Jean-Louis Roba, qui a puisé aux sources françaises, britanniques, italiennes et surtout allemandes.

Il s’est aussi entretenu avec huit de ces « As », dont le plus célèbre, le colonel Hans-Ulrich Rudel, l’homme aux 2.530 missions de combat et 2.000 cibles terrestres, navales et aériennes détruites, record mondial ! Récipiendaire des plus hautes décorations du IIIème Reich et dont la tête est mise à prix pour 100.000 roubles par Staline, Rudel préfère se rendre à l’armée américaine le 8 mai 1945, aux commandes de son Stuka dernier modèle. Ses exploits ont servi au développement de l’avion américain à turboréacteurs A-10 « Thunderbolt II », actuellement en service et spécialisé dans l’attaque des blindés. La robustesse du Stuka, sa remarquable maniabilité due à la configuration de ses ailes en « W » et sa grande précision consécutive à la tactique du bombardement « en piqué » le feront surnommer « tueur de chars » dans sa version finale. Lors du « Blitzkrieg » (guerre éclair) de 1940, il forme un tandem avec les « panzer » (blindés) dans les grandes offensives en Europe du Nord. En fait, la conception du bombardier en piqué, plus efficace contre des cibles mobiles que le bombardier attaquant horizontalement ou dispersant ses projectiles, est… d’origine américaine ! Ernst Udet, As allemand de la première guerre mondiale, la découvre en 1931 lors d’un meeting aérien aux Etats-Unis. L’adjonction d’une sirène pour terroriser l’ennemi au sol sera abandonnée après le Blitzkrieg. Constituée d’une petite hélice fixée sur une jambe du train d’atterrissage, elle ralentissait un avion déjà lent. Remplacée par un sifflet sur la bombe larguée, elle la déviait et nuisait à son efficacité. Pendant la Bataille d’Angleterre, les autorités britanniques connaissent les faiblesses de la Luftwaffe et de la Wehrmacht, grâce au déchiffrement des renseignements d’origine électromagnétique (nom de code « Ultra »). Le Stuka, utilisé avec succès contre des navires dans la Manche, est trop vulnérable pour les raids contre la terre. L’immensité du front russe augmente l’activité des Stuka et donc leurs pertes, surtout pendant la bataille de Stalingrad en 1942. En outre, l’offensive de l’Afrika Korps en Libye mobilise de nombreux Stuka, jusqu’au coup d’arrêt à El Alamein et au débarquement des Alliés en Afrique du Nord la même année. En Tunisie, les Stuka causent tellement de dommages aux troupes américaines que le général Patton demande d’agir « contre les attaques constantes de ces Stuka allemands soi-disant obsolètes » ! La dernière version du Stuka, dénommée « Gustav » et encore plus précise, peut détruire au canon 5 ou 6 chars au cours d’un seul vol. En 1943 en mer Egée, la Royal Navy domine la mer, mais la Luftwaffe domine les airs : les Stuka contribuent à la dernière grande victoire de la Wehrmacht en Grèce, où une armée britannique, général en tête, capitule en rase campagne. Tout au long de la guerre, cet avion mythique aura été utilisé par les propagandes des deux bords : symbole d’invincibilité et de terreur pour pousser l’adversaire à la capitulation pour l’une, « robot maléfique et inhumain » pour justifier l’effondrement brutal des armées franco-britanniques en mai et juin 1940 pour l’autre.

Loïc Salmon

« Les As du Junkers JU 87 Stuka » (2013).  Éditions E-T-A-I/ 192 pages/38 €




Jeep militaires

Ancêtre du 4×4 d’aujourd’hui, la « Jeep » reste le véhicule militaire le plus célèbre du monde. Destinée par l’armée américaine à remplacer le cheval, la moto et le side-car, elle fait l’objet, en juin 1940 avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis, d’un appel d’offres auquel répondent les constructeurs automobiles American Bantam, Willys-Overland et Ford. Leurs prototypes doivent notamment parcourir 8.000 km de route et 8.000 km tout terrain, atteindre 88 km/h sur route, transporter trois hommes avec une mitrailleuse et aussi respecter diverses spécifications en vue de simplifier la gestion des stocks, faciliter les opérations d’entretien et de réparations et garantir des composants éprouvés et fiables. A l’origine, « Jeep » est un terme militaire utilisé par les mécaniciens pour désigner tout véhicule réceptionné pour essai dans les années 1930, mais, selon l’auteur du livre Pat Ware, ne correspond pas aux abréviations de « Governmental Purpose » et « General Purpose » (« Jipi » en anglais). Toutefois début 1941, ce terme s’impose pour désigner ces voitures qui seront utilisées pour la reconnaissance, la patrouille, le transport de personnel et de matériel, la station radio mobile, l’évacuation sanitaire, la pose de lignes téléphoniques et le dépannage léger. Elle sera déclinée en version amphibie avec un gouvernail et une hélice.  American Bantam ayant été éliminé, Ford construit 277.896 exemplaires entre 1941 et 1945 et Willys 361.349. Les Jeep, qui supportent mal la traversée de l’Atlantique, sont alors acheminées en pièces détachées en Grande-Bretagne pour être montées sur place dès août 1943. Les forces spéciales britanniques « SAS » bricolent des Jeep lance-flammes, très redoutées des soldats allemands, en modifient d’autres pour leur donner une autonomie de plus de 1.000 km en vue de raids de commandos derrière les lignes ennemies, notamment pour attaquer le ravitaillement en carburant de l’Afrika Korps lors de la bataille d’El Alamein. Dans le cadre de la loi prêt-bail, les Soviétiques reçoivent plus de 20.000 Jeep et s’en inspirent pour fabriquer leur propre modèle amphibie après la guerre. De leur côté, les Allemands militarisent la « Coccinelle » qui devient la « Volkswagen Kübelwagen ». A la fin de la guerre, la Jeep, utilisée par toutes les armées alliées sur tous les théâtres d’opérations, a démontré sa fiabilité, sa polyvalence et ses facultés de franchissement. Le général Dwight Eisenhower déclare que « la Jeep, le Dakota (avion bimoteur de transport) et la péniche de débarquement furent les trois outils qui ont gagné la guerre ». Pour le chef d’état major des armées américaines, le général George Marshall, « la Jeep représente la plus grande contribution de l’Amérique à la guerre moderne ». Après la guerre, les autorités militaires françaises, ne disposant pas d’assez de dollars pour acheter des pièces de rechange pour leurs Jeep vieillissantes, confient, à la société Hotchkiss, la fabrication d’un modèle français dénommé M201 et quasiment identique à la Jeep américaine. Le M201, retiré du service en 2005, sera successivement équipé de postes de radio, de la mitrailleuse AA52, de phares infrarouges et enfin des missiles Entac (Engin téléguidé antichar) puis Milan (Missile d’infanterie légère antichar), tous deux franco-allemands.

L’ouvrage « Jeep militaires », abondamment illustré, donne aussi tous les détails techniques et contacts utiles aux amoureux de la « principale ambassadrice de l’Amérique en guerre »

Loïc Salmon

 « Jeep militaires » (2013) par Pat Ware. Éditions E-T-A-I/160 pages/36,90 €.




Histoires d’armes

Le musée de l’Armée et le Château royal de Blois ont publié un ouvrage à l’occasion de l’exposition « Histoires d’armes »  (23 juillet-3 novembre 2013). A elle seule, la couverture souligne la valeur symbolique de l’arme au cours de son histoire. L’épée d’apparat du roi François 1er est encastrée dans le fusil d’assaut Kalashnikov : l’exaltation  de l’idéal chevaleresque et celle de la libération des peuples réunies !

A l’origine, l’arme vise à accroître le pouvoir de destruction de l’homme et sa capacité à se défendre de plus en plus loin. Le combat commence en effet de près : l’affrontement direct reste le révélateur ultime de la valeur des combattants de l’Antiquité à la première guerre mondiale. Le poignard de bronze se transforme en épée de fer, plus ou moins longue, jusqu’à la baïonnette ou la dague emmanchée au canon du fusil d’assaut d’aujourd’hui. Son complément, la cuirasse, indispensable au début, perd son efficacité protectrice devant l’arme à feu, qui va changer l’art de la guerre et même l’environnement humain. La valeur guerrière des chevaliers et la société féodale, qui l’a engendrée, cèdent devant la froide efficacité et la réalité économique inhérentes à la production de cette nouvelle arme, de plus en plus meurtrière avec le progrès technique. Pourtant, la tactique peut parfois l’emporter sur la technique. Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, les chevaliers français sont décimés par les nuées de flèches lancées par les archers anglais, plus rapides que les arbalétriers français, au cours des batailles rangées de Crécy, Poitiers et Azincourt. Ensuite, l’invention de la poudre noire et les canons embrasent les champs de bataille, mettent fin à l’invulnérabilité des châteaux forts et précipitent l’effondrement de la société féodale. Le pouvoir royal se trouve en effet renforcé par l’artillerie au coût élevé. Par la suite, la fabrication de fusils pour l’infanterie de ligne fait figure de pionnière : l’artisan armurier disparaît devant la fabrication industrielle, lorsque sont établies des normes techniques pour remplir le cahier des charges de l’armement des troupes royales au XVIIIème siècle. La mitrailleuse, introduite aux Etats-Unis pendant la guerre de Sécession (1860-1865), fait des ravages pendant la première guerre mondiale et démontre l’inutilité de la charge de lanciers à cheval et de l’assaut de fantassins à la baïonnette. La tactique de l’offensive à outrance se transforme en enlisement dans les tranchées. L’ouvrage « Histoires d’armes » raconte tout cela avec de nombreuses illustrations et explications. Il donne aussi  une intéressante chronologie de l’histoire des armes, des guerres, de leurs techniques et usages, en parallèle avec celle, plus large, des sciences, techniques et inventions en général.

Loïc Salmon

Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse

Histoires d’armes. Editions Gourcuff Gradenigo. 96 pages/12 €.